L’adoration est la réponse de tout l’être à la valeur de Dieu. Le mot anglais qui la désigne, « worship », vient lui-même de « worth-ship », la « dignité », la « valeur » : adorer, c’est déclarer, par le cœur et par la vie, que Dieu en est digne, c’est lui rendre l’honneur et l’amour qui répondent à sa valeur infinie. Nous réduisons souvent ce mot aux chants du dimanche, mais dans la Bible l’adoration est bien plus vaste : c’est l’offrande de tout ce que nous sommes au Dieu qui nous a créés et rachetés. La musique en fait partie, mais aussi l’obéissance, le service, la générosité et la fidélité ordinaire de la vie de tous les jours. En un sens, tout homme est un adorateur — la question n’est jamais de savoir si nous adorerons, mais quoi, ou qui. Comprendre l’adoration, c’est comprendre pour quoi l’être humain existe en définitive, car nous avons été faits pour adorer — et nous adorerons quelque chose, soit le vrai Dieu, soit un pâle substitut qui ne pourra jamais rassasier l’âme. « Prosternez-vous devant l’Éternel avec des ornements sacrés » (Psaume 29:2). Voici ce qu’est vraiment l’adoration, et comment rendre à Dieu l’honneur qui n’est dû qu’à lui seul.

L’adoration est une réponse à ce que Dieu est

La véritable adoration ne commence pas par nous, mais par Dieu — par la vision de sa grandeur, de sa sainteté et de son amour. Lorsqu’Ésaïe vit le Seigneur « assis sur un trône très élevé » et entendit les séraphins s’écrier : « Saint, saint, saint est l’Éternel des armées! » (Ésaïe 6:1-3), l’adoration fut la seule réponse possible ; il tomba, anéanti et adorant. L’adoration, c’est ce qui se produit lorsque nous voyons Dieu tel qu’il est. Les êtres célestes qui entourent son trône le disent clairement : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance; car tu as créé toutes choses » (Apocalypse 4:11).

Cela signifie que l’adoration est fondamentalement centrée sur Dieu, et non sur nous. Il ne s’agit pas d’abord de ce que nous en retirons — un sentiment agréable, un élan d’émotion —, mais de rendre à Dieu l’honneur dû à son nom. Quand nos yeux sont remplis de sa valeur, l’adoration jaillit naturellement, comme l’eau descend la pente. Le moyen d’approfondir l’adoration n’est donc pas d’attiser nos sentiments, mais de regarder à Dieu : de contempler son caractère dans l’Écriture, ses œuvres dans la création, et surtout son amour à la croix, jusqu’à ce que le cœur réponde par l’adoration.

L’adoration se fait en esprit et en vérité

C’est à une inconnue, près d’un puits, que Jésus donna la définition la plus claire de la véritable adoration. Elle l’interrogeait sur le bon lieu où adorer, et il l’éleva bien au-delà de cette question : « l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » (Jean 4:23-24).

Deux choses sont requises. L’adoration doit se faire en esprit — venir du cœur, sincère et vivante, et non se réduire à un rite extérieur ou à un culte des lèvres. Dieu n’est pas impressionné par une performance qui laisse le cœur froid ; il cherche la réalité. Et l’adoration doit se faire en vérité — selon ce que Dieu est réellement, tel qu’il s’est révélé, et non selon notre imagination ou nos préférences. Adorer avec ferveur une idée fausse de Dieu n’est pas la véritable adoration ; et une doctrine juste tenue d’un cœur froid n’est pas non plus de l’adoration. Les deux vont ensemble : des cœurs sincères et une connaissance vraie, qui se rencontrent en la présence de Dieu.

Toute la vie est adoration

Le Nouveau Testament étend l’adoration bien au-delà de tout culte ou de tout chant. Paul écrit : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. » (Romains 12:1). Remarquez-le : le sacrifice n’est ni un animal ni une cérémonie, mais nous-mêmes tout entiers — notre corps, notre vie quotidienne — déposés sur l’autel. L’adoration, dans son sens le plus plein, est une vie donnée à Dieu.

Voilà qui abolit la fausse séparation entre le « sacré » et le « profane ». Le chrétien n’adore pas seulement lorsqu’il chante, mais aussi lorsqu’il travaille honnêtement, élève fidèlement ses enfants, sert les pauvres, résiste à la tentation, et accomplit la plus petite tâche « de bon cœur, comme pour le Seigneur ». « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Corinthiens 10:31). Un repas, une journée de travail, une bonté accomplie au nom de Jésus — tout cela devient adoration lorsque c’est offert à Dieu. La vie entière est le lieu de l’adoration, et chaque instant une occasion de proclamer sa valeur.

L’adoration engage le cœur, l’intelligence et le corps

Parce que nous sommes des êtres entiers, l’adoration biblique engage tout notre être. Elle engage les émotions — les Psaumes débordent de joie, de crainte respectueuse, de désir, et même de larmes répandues devant Dieu. Elle engage l’intelligence — nous devons adorer en vérité, penser justement au sujet de Dieu et laisser la parole de Christ habiter en nous abondamment, tandis que nous nous instruisons et nous exhortons les uns les autres par nos chants (Colossiens 3:16). Et elle engage le corps — l’Écriture parle de s’agenouiller, de se prosterner, de lever les mains, de se tenir debout et de chanter : « Venez, prosternons-nous et humilions-nous, Fléchissons le genou devant l’Éternel, notre créateur! » (Psaume 95:6).

Cette plénitude nous garde de deux erreurs : une religion froide et cérébrale qui ne touche jamais le cœur, et un émotionnalisme superficiel qui n’engage jamais l’intelligence. Dieu demande l’un et l’autre, et le corps aussi, car il nous a faits âmes incarnées. L’adoration n’est pas seulement quelque chose que nous pensons ou que nous ressentons ; c’est quelque chose que nous faisons, avec tout ce que nous sommes.

L’adoration s’offre ensemble et dans le secret

L’adoration a une dimension personnelle et une dimension communautaire, et nous avons besoin des deux. En privé, le croyant adore seul — dans le lieu secret de la prière, dans un temps paisible passé avec Dieu, dans un cœur qui se tourne vers lui tout au long du jour. Mais Dieu appelle aussi son peuple à l’adorer ensemble, et il y a dans le culte communautaire une plénitude que la dévotion solitaire ne peut donner. « Entrez dans ses portes avec des louanges, Dans ses parvis avec des cantiques! » (Psaume 100:4) : cette parole s’adresse à un peuple rassemblé.

Lorsque les croyants s’assemblent pour louer Dieu, entendre sa parole, prier et partager la table du Seigneur, ils s’encouragent les uns les autres et élèvent d’une seule voix une louange qui fait écho à l’adoration du ciel. Négliger le culte communautaire, c’est appauvrir sa propre âme et refuser à Dieu l’honneur commun qui lui est dû. Chérissez donc l’un et l’autre : la chambre secrète et l’assemblée, le moment de silence et l’Église rassemblée.

L’adoration transforme l’adorateur

L’une des merveilles discrètes de l’adoration est qu’elle nous façonne à la ressemblance de ce que nous adorons. Nous devenons semblables à ce que nous adorons — pour le meilleur ou pour le pire. Ceux qui donnent leur cœur aux idoles deviennent vides comme elles ; ceux qui adorent le Dieu vivant sont lentement transformés à son image. Paul le décrit ainsi : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire » (2 Corinthiens 3:18). Contempler Dieu dans l’adoration, c’est être changé par lui.

Cela signifie que l’adoration n’est jamais du temps perdu, même lorsqu’elle paraît aride. Chaque fois que nous tournons notre cœur vers Dieu, chaque chant de louange, chaque offrande de notre vie accomplit en nous une œuvre que nous ne ressentons peut-être pas, mais qui est réelle — elle attendrit le cœur endurci, réchauffe le cœur froid, nous rend peu à peu conformes à Christ. Nous n’adorons pas pour obtenir quelque chose pour nous-mêmes, mais Dieu, dans sa grâce, nous accorde ceci : en le contemplant, nous devenons semblables à lui. Celui qui adore Dieu fidèlement tout au long de sa vie est lentement, sûrement, refait à neuf.

N’adorez que le Seigneur

Enfin, l’adoration n’appartient qu’à Dieu. Lorsque Satan offrit à Jésus le monde en échange de son adoration, Jésus répondit : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » (Matthieu 4:10). L’adoration rendue à ce qui est moindre que Dieu — l’argent, la réussite, le moi, une autre personne, et même de bonnes choses trop aimées — est de l’idolâtrie, et elle déçoit toujours, car Dieu seul est digne de porter le poids de notre adoration. Le cœur humain est, comme on l’a dit, une fabrique d’idoles ; une part de la vie chrétienne consiste à les abattre patiemment pour rendre à Dieu la place qui lui revient.

Examinez donc votre adoration. Qu’est-ce qui commande réellement votre cœur, votre temps, vos biens, vos plus hautes espérances ? C’est cela que vous adorez vraiment. L’appel de l’Évangile est de nous détourner de toute idole et de nous donner tout entiers au Dieu qui s’est donné lui-même pour nous — de rendre à Dieu « un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte, car notre Dieu est aussi un feu dévorant » (Hébreux 12:28-29). Adorez-le en esprit et en vérité, par vos chants et par votre vie, et vous aurez trouvé cela même pour quoi vous avez été créé. Car nous avons été créés pour connaître Dieu et faire nos délices de lui, et l’adoration n’est rien d’autre que le cœur faisant ce pour quoi il a été fait — se tourner pleinement vers son Créateur et découvrir, enfin, que Dieu lui suffit.