Chapitre 1 · 3 min de lecture · 3 min d’écoute
Pourquoi nous devons aimer Dieu
Vous désirez que je vous explique pour quelle raison et dans quelle mesure nous devons aimer Dieu.
Je dirai que Dieu lui-même est le motif de notre amour pour lui, et que la mesure de l’amour qui lui est dû est d’être sans mesure. Est-ce assez clair ? Peut-être l’est-ce pour un esprit intelligent ; mais je désire répondre aux savants comme aux ignorants, et, si j’en ai peut-être dit assez pour les premiers, je dois me souvenir aussi des autres. C’est pour eux que je vais développer ma pensée, et peut-être y ajouter quelque chose.
Il y a deux choses qui nous portent à aimer Dieu pour lui-même : rien n’est plus raisonnable ; rien n’est plus profitable.
La question : Qu’est-ce qui nous oblige à aimer Dieu ? peut signifier ou bien : Quel est son titre à notre amour ? ou bien : Quel profit tirerons-nous d’aimer Dieu ? À ces deux formes de la question il n’y a qu’une seule réponse : le motif d’aimer Dieu, c’est Dieu. Aucun titre ne saurait être plus fort que celui-ci : Dieu s’est donné à nous en dépit de notre indignité, et, étant Dieu, que pouvait-il nous donner de plus précieux que lui-même ? Si donc, en demandant pourquoi nous sommes tenus d’aimer Dieu, nous voulons dire : quel est son droit sur nous, la réponse est : c’est surtout qu’il nous a aimés le premier. Cela lui donne droit à notre amour en retour ; surtout si l’on considère qui est celui qui aime, ce que sont ceux qu’il aime, et de quelle manière il les aime. Car qui est celui qui nous aime, sinon celui dont tout esprit rend ce témoignage : “Tu es mon Dieu, tu n’as pas besoin de mes biens ” ? Et son amour n’est-il pas cette charité qui ne cherche point son intérêt ? Mais sur qui se porte cet amour désintéressé ? L’Apôtre répond : “lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu. ” Dieu nous a aimés sans intérêt, et alors que nous étions encore ses ennemis. Mais comment nous a-t-il aimés ? Saint Jean le dit, jusqu’à cet extrême : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. ” Saint Paul ajoute : “Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous ” ; et le Fils dit de lui-même : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. ” Tels sont les droits que Dieu, le Saint, le souverainement grand et le Tout-Puissant, a sur l’amour de l’homme, infiniment petit, faible et pécheur. On dira peut-être : Oui, cela est vrai du genre humain, mais non des anges. Je le sais ; pour les anges, la même chose n’était pas nécessaire. Du reste, celui qui a secouru l’homme dans sa misère a préservé les anges d’y tomber ; et si l’amour de Dieu pour les hommes leur a ouvert une voie de salut, c’est par ce même amour qu’il a gardé les anges d’une chute semblable à la nôtre.
Chapitre 1 terminé
Pourquoi nous devons aimer Dieu