La clé dans ma main est le court livre pastoral de Gareth Evans sur les relations brisées dans l’Église — pourquoi elles se produisent, comment Satan s’en sert, et comment le pardon et la libération peuvent guérir les blessures qu’elles laissent. Écrit par un pasteur qui a passé des années à accompagner des croyants blessés, il mérite d’être lu par quiconque porte une vieille offense, par quiconque conduit une assemblée, et par quiconque s’est demandé pourquoi les prières qu’il adresse pour un être cher ne semblent jamais percer.
Quel genre de livre est-ce ?
Evans a été professeur de physique avant d’être pasteur, et cela se voit dans la structure ordonnée du livre : d’abord un diagnostic, puis un remède, puis une série d’étapes pratiques. Dans sa préface, Keith Price affirme que ces principes ont « résisté à l’épreuve de la mise en pratique », et c’est l’esprit de l’ensemble. Ces chapitres sont nés d’un ministère pastoral à Victoria, en Colombie-Britannique, et d’un enseignement donné sur le même sujet à des groupes d’églises et de responsables au Mexique, en Afrique, en Europe et en Australie.
Le titre vient de l’affirmation centrale du livre. Jésus a donné à ses disciples « les clefs du royaume des cieux » (Matthieu 16:19), et Evans soutient que ces clés ne sont ni une prérogative papale ni une formule de délivrance, mais quelque chose de bien plus ordinaire et de bien plus puissant : l’autorité qu’a tout croyant de pardonner à ceux qui ont péché contre lui et de les libérer. Cette clé est déjà dans notre main. La question que le livre ne cesse de poser : allons-nous nous en servir ?
La chambre haute : les priorités de Jésus
Le livre ne s’ouvre pas sur des blessures, mais sur un repas. Evans raconte de nouveau la nuit de la Pâque dans la chambre haute, d’un regard plein d’imagination et d’affection — Pierre qui maugrée au sujet de la servante absente, Jésus qui se lève de table avec un linge et lave les pieds de chaque disciple, Judas compris. La nuit qui précéda sa mort, dit Evans, Jésus fit ce que chacun de nous ferait s’il savait son temps compté : il s’occupa des priorités.
Il en trouve trois dans Jean 13–15. La première est le service : « comme je vous ai fait, faites de même les uns aux autres » (Jean 13:1–20). La deuxième est l’amour : « Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres » (Jean 13:34–35), et Evans nous rappelle qu’il s’agit d’un commandement, non d’une option. La troisième est l’obéissance : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jean 14:15). Les promesses de paix et de joie parfaite que contiennent ces mêmes chapitres, dit-il, sont vécues par ceux qui sont des serviteurs, qui aiment, et qui obéissent à sa Parole.
De là, il passe à la table du Seigneur. Dans le monde antique, les alliances étaient scellées autour d’une boisson partagée, et lorsque nous prenons la coupe, nous nous engageons de nouveau par alliance à vivre selon ces trois priorités. Voilà pourquoi Paul met en garde contre le fait de manger « indignement » (1 Corinthiens 11:27–30) : prendre le pain en nourrissant de l’animosité envers un autre croyant, c’est ne pas discerner le corps. Evans rapproche cela de Jacques 5:14–15, et suggère que les anciens sont appelés auprès du malade non pour la supériorité de leur puissance de prière, mais pour leur autorité à enjoindre au croyant de se réconcilier.
La prière de Jean 17 complète le tableau. Jésus a prié pour que les siens soient un, afin que le monde croie. Evans le dit de façon mémorable :
Nous sommes son tract d’évangélisation ! Il est temps que nous mettions nos priorités en ordre et en accord avec les siennes !Gareth Evans
Paul prolonge ce même thème dans son image de l’Église comme un seul corps vivant, dans lequel tout croyant a été baptisé par un seul Esprit (1 Corinthiens 12:13). Evans relève que l’appel de Paul à être « remplis de l’Esprit » (Éphésiens 5:18) est suivi de trois marques d’une telle vie : l’adoration, l’action de grâces et la soumission les uns aux autres. Il ne tient pas les dénominations pour mauvaises, mais il refuse que nos différences deviennent des divisions. Nous n’aimons peut-être pas les uns les autres, dit-il, mais il nous est commandé de nous aimer les uns les autres.
La tragique vérité et les ruses de Satan
Si l’unité est la priorité de Dieu, raisonne Evans, la priorité de Satan est de la gâcher. Il n’adoucit en rien ce à quoi cela ressemble : des divorces entre croyants, des enfants rebelles issus de foyers « chrétiens », des hommes d’affaires chrétiens qui sont les plus difficiles à traiter, des missionnaires qui rentrent chez eux après un seul mandat à cause de mauvaises relations, des pasteurs qui partent après quatre années de mécontentement croissant, des églises qui se disputent les brebis les unes des autres. Après chaque exemple revient le même refrain : quel témoignage est-ce là ?
Il nomme ensuite les ruses de l’ennemi, en s’appuyant sur l’affirmation de Paul : « nous n’ignorons pas ses desseins » (2 Corinthiens 2:11). Il y a l’occasion offerte par la colère non résolue, et c’est pourquoi nous ne devons pas laisser le soleil se coucher sur elle (Éphésiens 4:26–27). Il y a le lion rugissant de 1 Pierre 5:8 qui, comme les lions enchaînés du Voyage du pèlerin, ne peut nous nuire sur le sentier étroit, mais en effraie beaucoup par le rugissement de l’accusateur. Il y a l’archer, dont les traits enflammés sont éteints par le bouclier de la foi (Éphésiens 6:16). Contre eux, Evans dresse une longue liste de ce que nous sommes « en Christ », avec une ordonnance pleine d’humour : prenez chaque jour deux de ces passages et méditez-les.
La ruse suivante est l’offense, qu’il dépeint sous les traits des singes d’un belvédère de Gibraltar, qui vous sautent sur les épaules et emmêlent leurs doigts dans vos cheveux. L’offense n’est pas la même chose que le péché ; Jésus lui-même était « un rocher de scandale ». Mais les offenses viendront (Luc 17:1), et Evans en retrace le coût à travers le sol pierreux du semeur, Nazareth, Judas, le reniement de Pierre et les disciples qui se retirèrent en Jean 6 : pas de fruit, pas de miracles, pas d’assurance, pas de témoignage, pas de communion. Son remède est simple et tonifiant : la reconnaître comme sienne, l’examiner, la rejeter, l’oublier.
L’âme blessée et la clé de la libération
La ruse la plus profonde, soutient Evans, c’est l’âme blessée. À la conversion, notre esprit est renouvelé (2 Corinthiens 5:17), mais notre âme — l’intelligence, la volonté et les émotions — porte encore d’anciennes blessures. Il leur donne des noms : les meurtrissures laissées par des années de critiques, les coups de couteau d’un unique acte d’abus ou d’une parole irréfléchie, les écorchures de la déception, les fractures du traumatisme. Satan, dit-il, agit comme un pêcheur à la ligne, qui lance son hameçon précisément dans ces endroits-là. Evans parle sans détour de son propre cas : un long dérèglement du sommeil alors qu’il était pasteur, qu’il en vint à comprendre comme l’œuvre de l’ennemi sur une profonde blessure d’abandon remontant à la mort de sa mère, lorsqu’il avait quatorze ans.
Le remède est le cœur du livre. Matthieu 16:19 trouve son écho en Matthieu 18:18, cette fois adressé à tous les disciples, et Matthieu 18 tout entier traite de la restauration, de la réconciliation et du pardon. Jean 20:23 dit la même chose : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ». Evans se montre ici prudent. Nous ne pouvons pas pardonner les péchés comme Dieu le fait ; nous ne pouvons que délier les péchés commis contre nous-mêmes. Mais lorsque nous le faisons, croit-il, nous ôtons un obstacle et nous « ouvrons le ciel » pour celui qui nous a fait du tort, afin que Dieu puisse agir sur son cœur.
Son modèle est Étienne, qui pria en mourant : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché! » (Actes 7:60) — une prière qui, selon Evans, a ouvert le ciel pour Saul de Tarse. C’est pourquoi il insiste pour que le pardon et la libération aillent ensemble, et pourquoi la confession n’est pas complète tant qu’elle n’atteint pas le frère à qui nous avons fait du tort.
Sa priorité n’est pas le pardon — c’est la réconciliation !Gareth Evans
Le chapitre « Le ciel est ouvert » raconte trois histoires tirées de son accompagnement pastoral : Marie, qui libéra ses parents froids et distants et que son père serra dans ses bras sur un quai de Montréal ; Angela, dont le père prit cinq semaines de congé pour les passer avec elle ; et Tony, un jeune homme qui pardonna à un professeur cruel et devint ensuite un contremaître à qui l’on se fiait. Evans change les noms et les lieux, mais affirme n’avoir pas exagéré les résultats.
Marcher vers votre guérison
Les deux derniers chapitres sont les plus pratiques. Lorsque celui qui nous a blessés est mort, dit Evans, nous ne pouvons plus le libérer, mais Jésus nous guérit tout de même, car « c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53:5). Il se méfie aussi de la recherche de coupables : il ne présume pas que tout souvenir retrouvé soit exact, et il écrit clairement que son but est d’amener les gens à prendre la responsabilité de leurs propres actes.
La récrimination ne produit jamais la liberté ; seul le pardon le fait !Gareth Evans
Ses consignes finales suivent le schéma de son accompagnement. Demandez au Seigneur de diriger vos pensées. Prenez votre temps. Parcourez votre passé par courtes séances. Reconnaissez honnêtement si vous avez été blessé par le péché d’un autre. Écrivez une lettre détaillée que vous n’enverrez jamais, puis choisissez de pardonner tout ce qu’elle contient, choisissez de libérer avec les mots d’Étienne, et brûlez la lettre. Priez chaque jour pour celui qui vous a blessé, et devenez ainsi son serviteur plutôt que son esclave émotionnel (Matthieu 5:40–41). Restez ouvert à la réconciliation, revêtez chaque matin les armes de Dieu (Éphésiens 6:10–18), et confiez chaque blessure au grand Médecin. Il raconte même comment il a écrit à sa propre fille pour lui demander pardon d’une histoire dont il avait plaisanté pendant des années.
Comment le lire
Lisez-le lentement et honnêtement. Le livre est court, et ses chapitres progressent de la chambre haute jusqu’au bureau du conseiller ; il gagne donc à être lu dans l’ordre. Ses illustrations sont chaleureuses et familières, et son ton est celui d’un pasteur qui parle de l’autre côté d’un bureau plutôt que celui d’un conférencier. Certains lecteurs voudront éprouver par eux-mêmes, à la lumière de l’Écriture, telle ou telle interprétation, comme sa lecture de Jacques 5 ou l’idée d’« ouvrir le ciel » ; Evans s’en réjouirait. Ce qui compte le plus, c’est la question qui sous-tend chaque chapitre : à qui dois-je pardonner, et qui dois-je libérer ?
- Laquelle des trois priorités de la chambre haute — servir, aimer, obéir — trouvez-vous la plus difficile dans votre propre église ?
- Y a-t-il une offense que vous portez comme un singe sur l’épaule ? Que signifierait, pour vous, la reconnaître comme vôtre, l’examiner, la rejeter et l’oublier ?
- Evans distingue le fait d’être offensé du fait d’être victime d’un péché. Pourquoi cette différence compte-t-elle pour Matthieu 18:15 ?
- Y a-t-il quelqu’un pour qui vous priez sans lui avoir d’abord pardonné et sans l’avoir libéré ?
- À quoi pourrait ressembler une prière quotidienne pour le bien de quelqu’un qui vous a blessé ?
« La clé dans ma main » est un livre simple et plein d’espérance. Il ne vous laissera pas vous contenter de gérer d’anciennes blessures, et il ne vous laissera pas non plus en rejeter la faute sur les autres. Il désigne plutôt la clé que Jésus a déjà placée dans nos mains — et le Guérisseur qui, comme le dit le Psaume 23:3, restaure l’âme.