Il tient mes lendemains est l’étude, écrite sans détour, que Gareth Evans consacre à ce qu’est vraiment la foi et à la manière dont elle agit dans la vie du croyant ordinaire. Partant de malentendus douloureux qu’il a rencontrés comme pasteur, il définit la foi comme l’œuvre de Dieu lui-même en nous, à laquelle répond notre obéissance, puis il parcourt Hébreux 11, un exemple après l’autre. Lisez-le si l’on vous a déjà dit qu’il vous fallait simplement « plus de foi », ou si vous voulez apprendre à marcher avec Dieu jour après jour sans savoir ce qui vous attend.
Pourquoi un livre sur la foi commence par une controverse
Evans s’ouvre sur deux histoires qu’on oublie difficilement. Marie, croyante fidèle épuisée depuis des mois par une maladie invalidante, reçoit l’appel d’une amie de l’Église : le groupe de prière a décidé de cesser de prier pour elle, car de toute évidence elle manque de foi, sans quoi elle serait déjà guérie. Le pasteur Jean, de son côté, voit son Église en pleine croissance emprunter des millions pour un bâtiment ; à quiconque hésitait, on répondait que c’était un manque de foi ; puis les taux d’intérêt grimpent et un gros employeur quitte la ville. Les deux histoires mettent au jour la même erreur. On a traité la foi comme une chose que nous faisons monter par notre propre effort, une quantité qui, une fois assez grande, obligerait Dieu à agir.
Evans croit à la guérison divine, mais il insiste : il n’existe aucune formule pour l’obtenir, et Dieu demeure souverain. Il écarte ensuite quatre contrefaçons. La croyance n’est pas la foi, car les démons eux-mêmes croient. La présomption n’est pas la foi, et il le montre par les tentations de Jésus en Luc 4:1–13 : Jésus aurait pu ordonner à la pierre de devenir du pain ou se jeter du haut du temple, mais il refusa d’agir en dehors de la volonté de son Père. L’espérance n’est pas non plus la foi ; selon lui, une bonne part de l’enseignement du « nomme-le, réclame-le » relève en réalité de l’espérance, et l’espérance chrétienne, à la différence de celle du monde, est l’attente ardente d’une chose certaine. Enfin, la pensée positive et la visualisation ne sont pas la foi, si spirituel que soit le langage qui les entoure.
L’espérance est un attribut de l’esprit et se manifeste dans la confiance. La foi est un attribut du cœur et se manifeste dans l’obéissance.Gareth Evans
Cette distinction, qu’il répète plus d’une fois, est la charnière de tout le livre. Puisque Hébreux 11:6 affirme que sans la foi il est impossible d’être agréable à Dieu, il veut que ses lecteurs comprennent ce qu’est réellement la foi avant d’essayer d’en vivre.
Trois sortes de foi, toutes venues de Dieu
Le plus long des chapitres d’enseignement expose trois sortes de foi qu’Evans discerne dans l’Écriture. La première est la foi qui sauve, tirée d’Éphésiens 2:8–9 : nous sommes sauvés par la grâce, par le moyen de la foi, et cette foi même, c’est le don de Dieu. Il raconte l’histoire d’un rabbin qui s’affligeait de ce que ses élèves ne croyaient en Dieu que dans leur tête, et il craint que bien des fidèles ne soient pas différents. À partir de 1 Jean 2:13–14, il décrit la croissance que Dieu a en vue : des petits enfants aux jeunes gens qui ont vaincu le malin, puis aux pères qui connaissent celui qui est dès le commencement.
La deuxième est le fruit de la foi, l’un des éléments du fruit de l’Esprit en Galates 5:22–23. Evans s’amuse à imaginer des arbres fruitiers qui gémissent et peinent pour produire leurs pommes ; aucun arbre ne fait cela, et nous non plus ne le devrions pas. Comme l’arbre du Psaume 1:3, planté près d’un courant d’eau, le croyant demeure simplement dans le cep, et la vie qui est en lui produit du fruit en sa saison. Cela demande du temps, de la taille et de la confiance, mais pas d’effort.
La troisième est le don de la foi mentionné en 1 Corinthiens 12:9, accordé pour le bien de l’Église. Il dépeint un conseil d’anciens, divisé sur l’embauche d’un animateur de jeunesse qu’il n’a pas les moyens de payer, soudain amené à un même sentiment parce que Dieu met la foi dans le cœur de chacun. Il raconte aussi l’histoire de son ami Yorrie Richards, autrefois voleur et bègue, qui tint à prêcher dans sa ville natale et sentit sa voix s’affermir à mesure qu’il parlait. La conclusion libère : ces trois sortes de foi viennent de Dieu, non de nous. Aussi, dit Evans, ne dites pas, je vous prie, à un croyant en difficulté d’avoir plus de foi ; ce que nous avons besoin de développer, c’est plus de confiance.
Le doigt de Dieu et notre obéissance
Evans se demande ensuite qui l’Écriture présente réellement comme exemples de foi. Ni Caleb, ni Élisée, ni Daniel, mais Abraham et Rahab, et, dans les Évangiles, six personnes que Jésus loua : un centenier romain (Matthieu 8:8), une femme atteinte d’une perte de sang, une mère cananéenne, l’aveugle Bartimée, une femme dans la maison de Simon et un lépreux samaritain. La plupart étaient des gens du dehors, plusieurs se disaient indignes, et tous étaient pécheurs. Ce qu’ils ont en commun, c’est l’obéissance à un témoignage intérieur, une parole ou une impulsion venue de Dieu.
Il lit alors Hébreux 11:1 à la lumière de Paul. La foi, substance des choses qu’on espère, est un don, comme un cadeau longtemps attendu par un enfant ; la foi, preuve des choses qu’on ne voit pas, est un fruit, comme on connaît l’arbre par le fruit (Matthieu 12:33). De là, il propose sa propre définition.
Je définis la foi comme le doigt de Dieu dans le cœur des hommes et des femmes, qui les meut à faire sa volonté.Gareth Evans
Le doigt qui meut est celui de Dieu ; la réponse d’obéissance est la nôtre. C’est aussi pourquoi un chapitre sur l’écoute de la voix de Dieu trouve ici sa place. Dieu parla à Élie non dans le vent, le tremblement de terre ou le feu, mais par un murmure doux et léger (1 Rois 19:12), et Jésus a dit : « Mes brebis entendent ma voix » (Jean 10:27). Pour entendre, dit Evans, il nous faut une faim de la volonté de Dieu, un cœur résolu à obéir, du temps passé dans la Parole, un lieu tranquille et le silence intérieur. Il se méfie avec douceur du « Le Seigneur m’a dit… » et suggère la formule plus humble : « Je crois que le Seigneur voudrait que je fasse ceci. » Pourtant il raconte aussi, avec un émerveillement manifeste, un soir bruineux de novembre sur Bear Hill où il entendit une voix lui dire qu’il serait pasteur de l’Église Alliance de Victoria, puis les mois d’attente, sans en parler à personne, jusqu’à ce que l’invitation arrive.
Hébreux 11 : des exemples, non des héros
Evans refuse de voir en Hébreux 11 une galerie de héros. C’est une liste de gens ordinaires, parmi lesquels Moïse le meurtrier, Sara qui rit et Rahab la menteuse, placée après Hébreux 10 pour montrer à quoi ressemble une vie de foi. Les chapitres suivants les reprennent un à un, chacun se terminant par un bref résumé de principes.
- Caïn et Abel (Genèse 4) : Dieu agréa l’agneau d’Abel pour enseigner qu’on s’approche de lui par le sang versé, et il avertit Caïn que le péché se couchait à sa porte. Evans s’attarde sur le pouvoir destructeur de l’offense lorsque nous la laissons devenir péché.
- Énoch et Noé : la marche d’Énoch avec Dieu annonce l’espérance de la résurrection ; l’arche de Noé figure le salut préparé en Christ, où nous sommes scellés et bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles (Éphésiens 1:3). La foi qui sauve exige une réponse d’obéissance.
- Abraham et Sara : Abraham partit sans savoir où il allait, tenant ses biens d’une main légère. La manœuvre de Sara produisit Ismaël, tandis qu’Isaac vint par la promesse ; Evans en tire son appel à faire l’œuvre de Dieu à la manière de Dieu, à partir de la tentative manquée de David de transporter l’arche sur un char (1 Chroniques 15:13).
- Abraham mis à l’épreuve : Dieu éprouve pour purifier, non pour tenter. Abraham déclara que Dieu se pourvoirait lui-même de l’agneau (Genèse 22:8), et ce que nous déposons, nous pouvons le reprendre avec puissance, comme Moïse reprit sa verge.
- Isaac, Jacob et Joseph : la bénédiction du fils cadet révèle ce qu’Evans appelle le principe du second-né, qui annonce la nouvelle naissance en Christ, le second Adam (1 Corinthiens 15:21–22). Joseph, mourant en Égypte, regardait vers un libérateur à venir.
- Moïse : chaque tournant de sa vie, même quarante années « gâchées » auprès des brebis, était une préparation de Dieu. Evans lit le rocher frappé d’Exode 17:6 et le rocher auquel Moïse aurait dû parler en Nombres 20:8 comme deux images de Christ : celui qui a été frappé une seule fois, et celui dont nous nous approchons maintenant par la prière.
- Rahab et les autres : une femme de Jéricho confessa ce que ses voisins ne faisaient que redouter, suspendit un cordon de cramoisi et devint une ancêtre de Jésus. Les derniers versets du chapitre montrent que la foi tantôt conquiert des royaumes, tantôt va jusqu’aux flammes.
Les fils qui relient le tout
Plusieurs convictions traversent tout le livre. La première est que la foi se voit toujours dans l’obéissance. Noé ne se contenta pas de croire ; il construisit. Abraham ne discuta pas ; il partit. Le peuple de Josué fit le tour de Jéricho parce que Dieu avait parlé, et les murailles tombèrent. « La foi ne s’oppose pas à la raison ; elle est au-dessus de la raison », écrit Evans, et celui qui obéit, même en s’écriant : « Je crois! Viens au secours de mon incrédulité! » (Marc 9:24), marche par la foi (2 Corinthiens 5:7).
La deuxième est le cœur de pèlerin. Les hommes et les femmes d’Hébreux 11:13–16 reconnaissaient qu’ils étaient étrangers et voyageurs en quête d’une patrie meilleure, et Evans insiste : tenez vos biens d’une main légère, gardez-vous des dettes, et prenez la place du serviteur, de l’enfant et du plus jeune, comme Jésus l’enseigna en Luc 22:26.
La troisième est l’honnêteté face à la souffrance. Tous, en Hébreux 11, ne furent pas délivrés ; certains furent sciés. Evans suit le fil de la gloire à travers la souffrance dans l’Évangile de Jean, et évoque Étienne, les martyrs anglais et les cinq missionnaires morts en Équateur en 1956. Dieu est glorifié en son peuple, qu’il le conduise sur les sommets ou à travers les vallées. Sous tout cela coule la grâce, qui atteint les plus bas et les relève.
Nous ne sommes pas appelés à nous tenir dans le monde pour rendre témoignage à Christ ; nous sommes appelés à nous tenir en Christ pour rendre témoignage au monde.Gareth Evans
Comment le lire
C’est un livre chaleureux, sur le ton de la conversation, plein d’histoires venues d’une salle de classe galloise, de pastorats canadiens et d’années passées à bord d’un navire de secours (Mercy Ship). Les quatre premiers chapitres portent l’enseignement sur la foi elle-même ; lisez-les lentement, peut-être un carnet à la main, car tout le reste du livre en dépend. Les chapitres sur Hébreux 11 sont courts et se prêtent à la lecture d’un chapitre par jour, votre Bible ouverte au passage de la Genèse ou de l’Exode qu’Evans indique. Ses résumés en fin de chapitre offrent de bons points de départ pour la prière ou pour un petit groupe.
Quelques questions à garder avec vous :
- Vous a-t-on déjà dit, ou avez-vous déjà dit à quelqu’un, d’avoir plus de foi ? En quoi l’appel d’Evans à développer plus de confiance change-t-il cette conversation ?
- Où pourriez-vous confondre la foi avec la présomption, la pensée positive ou l’espérance ?
- Laquelle des trois sortes de foi avez-vous le plus besoin de mieux comprendre en ce moment, et pourquoi ?
- Qu’est-ce qui vous aide à entendre le murmure doux et léger, et qu’est-ce qui le couvre ?
- Y a-t-il quelque chose que Dieu vous demande peut-être de déposer, afin que vous puissiez le reprendre dans sa puissance ?
Evans conclut sur une image de lui-même enfant, tenant la main de son Père, sans savoir si la journée mène à la confiserie ou chez le dentiste, mais confiant en celui qui connaît le chemin. C’est là le cœur de ce livre, et un beau point de départ.
Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je sais qui tient demain, et il tient ma main !Gareth Evans