Biographie de Jeanne Guyon
1648–1717
Le seul chemin vers le Ciel, c’est la prière ; une prière du cœur, dont chacun est capable, et non des raisonnements qui sont les fruits de l’étude. Que les pauvres viennent, que les ignorants et les charnels viennent…
Jeanne-Marie Bouvier de la Motte Guyon naquit le 13 avril 1648, dans la ville de Montargis, au sud de Paris, au sein d’une famille bourgeoise prospère et pieuse. Son père, Claude Bouvier, était un magistrat et officier de justice respecté ; sa mère, femme profondément pieuse, remarqua de bonne heure le sérieux peu ordinaire de sa fille — enfant sensible, silencieuse et intérieure, qui préférait le recueillement aux jeux et la contemplation au bavardage — et la confia aux soins des religieuses. Éduquée tour à tour par les Ursulines et les Bénédictines, Jeanne fut attirée vers Dieu dès ses premières années ; elle se souviendra plus tard qu’à seulement sept ans elle éprouvait déjà une inclination pour le cloître, désirant consacrer toute son existence à Son service. Pourtant, de son propre aveu, elle était aussi attirée par la vanité et les attentions flatteuses d’un monde qui prisait sa beauté et son esprit. C’était une jeune fille à la conscience tendre et au désir inquiet, tendant tour à tour vers la sainteté et retombant dans l’orgueil d’une vie confortable. Elle considérera plus tard ces années sans illusion, nommant sa propre frivolité aussi franchement que sa piété.
À quinze ans, en 1664, sa mère la donna en mariage à Jacques Guyon, un homme fortuné de vingt-deux ans son aîné. L’union fut arrangée pour la sécurité et le rang, et conclue sans égard pour le désir de la jeune fille ; elle avait souhaité le couvent, et supplierait plus tard son mari — en vain — de la laisser y entrer. Ce ne fut pas une union heureuse. Le foyer était gouverné par une belle-mère autoritaire, et Jeanne, jeune et sensible, trouva dans sa maison un lieu de mortification quotidienne — « une maison d’affliction », disait-elle. En octobre 1670, la petite vérole faillit lui coûter la vie et laissa des cicatrices durables sur ce visage que le monde avait tant admiré ; elle ne pleura pas longtemps cette perte, car la maladie lui apprit combien la vie est fugitive et combien la beauté de ce monde importe peu, et elle approfondit le détachement qui se formait doucement dans son âme. Des enfants qu’elle mit au monde, plusieurs moururent en bas âge ; le deuil devint de bonne heure un compagnon familier. Pourtant, elle en vint à lire même ces pertes avec les yeux de la foi. « La mort de mes enfants, écrivit-elle, fut pour moi la mort de l’amour-propre. Dieu m’ôta les idoles de mon cœur afin qu’il y régnât seul. » En ces années troublées, les livres devinrent ses amis les plus fidèles : elle se nourrit de saint François de Sales, dont le doux conseil de dévotion intérieure parlait droit à sa condition ; de l’exemple de Madame de Chantal, femme pieuse menant une vie de dévotion au milieu du monde ; et de l’Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis, qui affermit sa résolution de rejeter la vanité et de ne chercher que la volonté de Dieu. Ce fut précisément dans cette maison étroite et douloureuse que Dieu commença en elle son œuvre la plus profonde, lui apprenant par la déception à chercher une joie que le monde ne pouvait donner.
La parole qui ouvrit son cœur
Pendant des années, Jeanne avait peiné dans la prière comme dans une tâche, s’efforçant vers la dévotion et ne trouvant que sécheresse. Elle se confessait souvent, parfois chaque jour, et s’en retournait toujours anxieuse. « Je ne pouvais trouver aucun repos, se souviendra-t-elle, car je cherchais Dieu au-dehors, alors qu’il était au-dedans. » Le tournant vint en 1668, lorsqu’un frère franciscain, lui-même récemment revenu d’une longue retraite, lui donna une seule phrase de conseil qu’elle porterait le reste de sa vie. Ses efforts avaient échoué, lui dit-il, parce qu’elle cherchait hors d’elle-même ce qu’elle possédait déjà au-dedans ; qu’elle s’accoutumât à chercher Dieu dans son propre cœur, et elle l’y trouverait. Dès cet instant, écrivit-elle, son cœur fut entièrement changé. La prière qu’elle avait poursuivie si longtemps en vain lui fut soudain donnée — non comme une conquête, mais comme la découverte de ce qui avait toujours été là, attendant d’être connu.
La mort de son mari, en 1676, laissa Jeanne veuve à vingt-huit ans, riche et libre. Elle aurait pu choisir la facilité. Elle se tourna au contraire résolument vers Dieu, et vers une vie qui allait lui coûter presque tout. Sous la direction du prêtre barnabite François La Combe, elle quitta son monde établi et parcourut la Savoie et la Suisse — Genève, Annecy, Grenoble, Turin — enseignant sa méthode d’oraison intérieure aux couvents comme aux simples laïcs. Elle répandit sa fortune en aumônes et ses forces dans le ministère, convaincue que l’âme la plus simple, sans lettres et pauvre, pouvait prier aussi véritablement que n’importe quel savant.
Le seul chemin vers le Ciel, c’est la prière ; une prière du cœur, dont chacun est capable, et non des raisonnements qui sont les fruits de l’étude. Que les pauvres viennent, que les ignorants et les charnels viennent ; que les enfants sans raison ni savoir viennent, et ils deviendront sages.
— Jeanne Guyon
Un ministère sous le soupçon
Dès 1681, à l’instance d’un prêtre, elle avait commencé à consigner l’histoire de sa propre vie — le récit candide publié plus tard sous le titre La Vie de Madame Guyon. En 1685, elle publia le Moyen court et très facile de faire oraison, petit livre qui allait survivre à toutes les controverses soulevées autour d’elle. Elle y affirmait que tous les croyants, sans exception, sont appelés et rendus capables de prier — que Dieu n’est pas la possession privée du cloître, mais la portion proche et vivante du laboureur et de l’enfant. La même année, elle acheva un commentaire sur le Cantique des cantiques ; à ceux-ci elle ajouterait Les Torrents spirituels, où elle représentait le voyage de l’âme comme un fleuve courant vers la mer — rapide, bruyant et troublé près de sa source, mais toujours plus calme et plus profond à mesure qu’il approche de l’océan où il se perdra.
La véritable prière n’est rien d’autre que l’amour de Dieu ; c’est perdre sa volonté dans la sienne, comme une goutte se perd dans l’océan.
— Jeanne Guyon
Ses écrits se répandirent rapidement, et avec eux son influence autant que l’inquiétude des gardiens de l’orthodoxie. En 1688, elle fut arrêtée et enfermée au couvent de la Visitation à Paris, où des examinateurs l’interrogèrent durant des semaines sur ses convictions touchant la grâce, la prière et l’union divine ; ses réponses, données avec calme et respect, ne montraient aucune trace de rébellion ni de crainte. Après sa libération, elle se retira quelque temps de la vie publique, mais ses livres passaient discrètement de main en main, et son influence ne fit que croître. Cette même année, elle rencontra François Fénelon, futur archevêque de Cambrai, et leur amitié spirituelle devint l’une des plus lourdes de conséquences dans l’histoire religieuse française. Pendant une saison, elle fut accueillie à la cour, liée d’amitié avec Madame de Maintenon, et honorée comme une femme d’une dévotion rare.
L’inquiétude, cependant, ne s’apaisa pas. Son langage d’abandon de soi, d’amour pur et désintéressé, de réceptivité passive à Dieu, semblait à ses détracteurs dangereusement proche du quiétisme condamné de Miguel de Molinos. Elle-même rejeta toujours de tels excès, soutenant que la véritable union avec Dieu produit non l’indifférence mais la sainteté, non l’oisiveté mais un amour plus profond qui s’exprime dans l’action. Au premier rang de ses adversaires se dressa Jacques-Bénigne Bossuet, le redoutable évêque de Meaux, qui voyait dans sa doctrine une recette de paresse spirituelle et d’indifférence morale. Ce qui avait été admiration tourna en soupçon. Les conférences d’Issy, en 1694 et 1695, examinèrent son enseignement et, sans la nommer, fermèrent la porte à sa réputation publique.
Les prisons
Les années qui suivirent furent des années de captivité. La Combe avait déjà été enfermé en 1687, pour ne jamais être libéré, l’esprit sombrant sous le long enfermement. Guyon elle-même, après des interrogatoires à Meaux, fut arrêtée en décembre 1695 et détenue à Vincennes, puis à Vaugirard, et enfin, en 1698, à la Bastille. On produisit contre elle des lettres falsifiées ; on lui refusa les sacrements, on la soumit aux mauvais traitements et à la crasse, et parfois elle craignit d’être empoisonnée. Elle ne fut libérée qu’en mars 1703 — quelque quatre ans dans la grande prison-forteresse, et près de huit ans de réclusion en tout.
Ce qui est remarquable n’est pas qu’elle ait souffert, mais la manière dont elle souffrit. Elle écrivit que les pierres mêmes de sa prison brillaient à ses yeux comme des rubis, tant elle était remplie de la présence de Dieu. Elle chantait dans sa cellule. Dans des vers plus tard traduits en anglais par le poète William Cowper, elle se comparait à un oiseau en cage qui se pose et chante pour Celui qui l’y a placé — contente, si telle était sa volonté, de passer le reste de sa vie derrière ces murs. Tel fut le fruit de cette oraison du cœur si longtemps cultivée : une âme si ancrée en Dieu que quatre murs ne pouvaient la rétrécir.
La tempête théologique atteignit son comble autour de Fénelon, dont la défense de l’amour pur dans ses Maximes des saints fut condamnée par le pape Innocent XII en 1699. Fénelon se soumit aussitôt et avec humilité — sans jamais retirer la vénération personnelle qu’il portait à son amie. « Madame Guyon, écrivit-il un jour, a été conduite par des voies que peu comprennent, et pourtant son cœur est tout entier à Dieu. » Rome, notons-le, ne censura jamais formellement Guyon elle-même ; mais en France son nom devint presque synonyme d’erreur suspecte, et une grande partie de son œuvre fut jetée à l’Index des livres interdits. Elle était devenue, aux yeux de son Église, un danger — cette femme dont les seules armes avaient toujours été la prière et la plume.
Mort et héritage
Libérée enfin, à la condition de se retirer de la vie publique et de ne plus enseigner, Guyon passa ses dernières années sous restriction à Blois, auprès de sa fille. Elle garda la lettre de son silence, et pourtant sa maison devint un paisible refuge : des disciples accouraient de près et de loin pour chercher ses conseils, et elle les recevait avec bonté, évitant la controverse mais rayonnant d’une paix que les visiteurs trouvaient presque lumineuse. Elle continua d’écrire et de correspondre avec un large cercle, dont beaucoup étaient désormais protestants et trouvaient en elle cette religion intérieure même que leurs propres traditions prisaient. Elle porta sa contrainte comme elle avait porté sa cellule — dans le calme, et sans amertume. Dans l’une de ses dernières lettres, elle pouvait encore dire : « Il ne reste plus rien en moi qui ne soit à Dieu. Je vis parce qu’il vit en moi. » Elle mourut à Blois le 9 juin 1717, à l’âge de soixante-neuf ans, ayant demandé pardon à l’Église qu’elle n’avait jamais voulu blesser et remettant son âme au Dieu qu’elle avait cherché dans son cœur pendant un demi-siècle. Ses dernières paroles furent aussi simples que sa foi : « J’aime mon Dieu, et mon Dieu m’aime — voilà tout. » Elle fut ensevelie sans bruit à Blois, sans cérémonie ni monument.
Je suis un petit oiseau, enfermé loin des champs de l’air ; et dans ma cage je me tiens et je chante pour Celui qui m’y a placé.
— Jeanne Guyon
Condamnée dans la France catholique, elle fut reçue à bras ouverts ailleurs. L’éditeur hollandais Pierre Poiret rassembla et publia ses œuvres ; le piétiste allemand Gerhard Tersteegen porta sa poésie jusqu’au cœur protestant de l’Europe. John Wesley abrégea son autobiographie, louant sa dévotion tout en mettant en garde contre ses excès. Les quakers s’en inspirèrent pour leurs manuels de prière silencieuse ; les mouvements de Sainteté et de Vie supérieure du dix-neuvième siècle, et plus tard des auteurs comme A. W. Tozer et le maître chinois Watchman Nee, mirent ses petits livres entre les mains de générations nouvelles avides des profondeurs de Dieu.
Son histoire n’est pas de celles qu’il faut idéaliser. Elle tenait des convictions que sa propre Église jugea erronées, et des lecteurs honnêtes ont longtemps pesé son enseignement avec soin. Pourtant, à travers trois siècles et par-delà tous les murs de séparation des traditions, la substance de son témoignage a subsisté — à savoir que Dieu est plus proche que nous ne le savons, que l’âme la plus humble peut le chercher et le trouver dans le cœur, et qu’une vie donnée tout entière à la prière peut chanter dans une prison et appeler ses pierres des rubis. Ce témoignage, éprouvé dans le feu d’une souffrance réelle, est la raison pour laquelle ses petits livres ont survécu aux grands hommes qui l’ont fait taire.
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