Gareth Evans ouvre S’élever comme l’aigle sur une image chère au prophète Ésaïe : le Dieu d’éternité qui renouvelle la force de ceux qui s’attendent à lui : « Ils prennent le vol comme les aigles » (Ésaïe 40:31). Sa conviction est simple et pénétrante : Dieu veut que chacun des siens vole ainsi, bien au-dessus de la banalité, porté par le vent de l’Esprit. Pourtant, dit Evans, la plupart des croyants n’ont jamais appris à quitter le nid. Ce court livre pastoral en diagnostique les raisons, puis expose six étapes par lesquelles tout chrétien peut atteindre la destinée que Dieu a prévue pour lui.
L’aigle et la poule de basse-cour
Le livre tire son titre et son image centrale d’Ésaïe 40:28–31 et du Psaume 103:1–5, où David bénit l’Éternel, « qui rassasie de biens ta vieillesse, Qui te fait rajeunir comme l’aigle ». Evans, un Gallois qui a passé une grande partie de son ministère à voyager, raconte comment, au sommet d’une colline, sur une île au large des côtes du Canada, six ou sept aigles frôlèrent ses mains tendues. Ce qui le frappa, ce fut l’aisance de leur vol : aucun battement d’ailes affairé, seulement des ailes déployées sur l’air ascendant. Voilà, affirme-t-il, la vie que Dieu veut pour nous : non l’effort crispé, mais le vol plané.
Il lui oppose un contraste sans détour. Nos églises, écrit-il, sont pleines de croyants qui ressemblent davantage à la poule de basse-cour qu’à l’aigle qui plane — contents de glousser en picorant des grains de bénédiction parmi les programmes de l’église, de digérer le dernier repas servi en chaire le dimanche matin, sans jamais s’élever sur le vent. Certains ont essayé de voler, se sont avancés par la foi, et sont retombés lourdement sur le sol, déçus. La promesse du livre, c’est qu’il n’en va pas nécessairement ainsi.
C’est le désir de Dieu que son peuple devienne tout ce qu’il doit être — semblable à des aigles s’élevant avec lui dans les lieux célestes.Gareth Evans
Evans s’attarde sur un détail de l’hébreu. L’expression que nos Bibles rendent par « se confient en l’Éternel » — l’anglais dit « attendre l’Éternel » — porte, note-t-il, l’idée d’être entrelacé à lui : elle est plus proche de « demeurer en » que d’une attente passive. S’élever n’est pas quelque chose que nous fabriquons ; c’est ce qui se produit lorsqu’une vie est liée à Dieu et soulevée par son Esprit.
Pourquoi tant de croyants ne quittent jamais le nid
Avant de montrer le chemin vers les hauteurs, Evans dit franchement ce qui cloue les croyants au sol. Il nomme quatre raisons, et elles méritent qu’on s’y arrête, car la plupart d’entre nous s’y reconnaîtront.
Premièrement, beaucoup sont nés blessés. La nouvelle naissance rend aussitôt notre esprit vivant pour Dieu, mais les anciennes blessures de l’âme — rejet, peur, insécurité, abandon — ne guérissent que progressivement, par l’œuvre continue de la sanctification. Tant que ces blessures ne sont pas affrontées, dit Evans, notre vol restera limité ; Satan ne manque jamais d’appuyer sur une vieille meurtrissure chaque fois que nous entreprenons quelque chose pour Dieu. (C’est un thème qu’il approfondit dans un autre livre, consacré à la guérison intérieure.)
Deuxièmement, certains ont pris des décisions contraires au modèle de vie que Dieu a établi — en se mettant sous un joug étranger, en contractant des dettes qui les asservissent sans bruit, en entretenant rancune et offense. Certaines de ces décisions peuvent être réparées, et doivent l’être ; d’autres ne le peuvent pas, mais Dieu vient encore nous rejoindre là où nous sommes. Evans cite l’auteur de l’épître aux Hébreux : « rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte ».
Troisièmement, beaucoup n’ont jamais compris qu’ils devraient voler. Ils se sont si bien habitués à une foi confortable et peu exigeante qu’ils ne s’attendent plus à entendre la voix du Berger et n’aspirent plus à la vie en abondance que Jésus a promise. Evans rappelle qu’Evan Roberts, le jeune homme dont Dieu se servit dans le réveil gallois de 1904, apprit à s’élever en priant : « Seigneur, courbe-moi, courbe-moi plus bas ! »
Quatrièmement — et c’est la plus incisive de ses accusations —, certains ont tout simplement eu les ailes rognées. Trop de dirigeants, écrit-il, mènent leurs églises comme les organisations du monde, où le pouvoir descend du sommet vers la base et où le maître-mot est le contrôle. Or la vocation d’un pasteur, tirée tout droit d’Éphésiens 4, existe « pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère » : apprendre aux gens à voler, non les garder bien à l’abri et tranquilles dans le nid.
Je suis appelé à faire des disciples, non à bâtir de plus grands nids !Gareth Evans
Six étapes pour atteindre votre destinée
Le cœur du livre est un chemin vers la vie en abondance, et Evans le rattache à un seul récit de l’Ancien Testament : la veuve et l’huile, en 2 Rois 4:1–7. La veuve d’un prophète est sur le point de voir ses fils emmenés par le créancier. Élisée lui demande ce qu’elle a à la maison ; elle répond : « Ta servante n’a rien du tout à la maison qu’un vase d’huile ». De ce petit vase, versé dans l’obéissance, Dieu remplit tous les récipients empruntés qu’elle parvient à rassembler — assez pour payer ses dettes et vivre du reste. Dans son histoire, Evans discerne six mouvements qui conduisent tout croyant du désespoir à sa destinée :
- Vision. La veuve ne voyait que ses circonstances. Deux hommes regardent à travers les mêmes barreaux de prison, écrit Evans : l’un ne voit que les ténèbres, l’autre voit les étoiles. Il nous appelle à trois regards — le regard intérieur, qui sait qui nous sommes en Christ ; le regard extérieur, qui ne s’étonne pas d’un monde brisé ; et le regard vers le haut, qui, comme le serviteur d’Élisée à Dothan, voit « la montagne pleine de chevaux et de chars de feu » envoyés par Dieu (2 Rois 6:17).
- Fardeau. Un fardeau qui vient vraiment de Dieu vous ôtera le sommeil et vous poussera à l’action — et, paradoxalement, il sera léger. Jésus a dit : « mon joug est doux, et mon fardeau léger » (Matthieu 11:28–30) ; Evans est convaincu que les pasteurs qui s’épuisent portent le plus souvent une charge que Dieu ne leur a jamais donnée. « Portez les fardeaux les uns des autres » dans le deuil (Galates 6:2), oui — mais, pour le fardeau du ministère, « chacun portera son propre fardeau » (Galates 6:5), au lieu de s’en décharger sur les autres.
- Les dons. « Qu’y a-t-il dans ta main? » demanda Dieu à Moïse, et une houlette de berger suffit (Exode 4:2). Dieu met toujours dans notre main ce dont nous avons besoin pour porter son fardeau. C’est à vous de définir votre fardeau, conseille Evans, mais laissez les autres vous aider à nommer votre don.
- Le ministère. La veuve reçut une tâche qui paraissait insensée : rassembler les vases vides. Jésus, « qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains », « se leva de table » et lava les pieds de ses disciples (Jean 13:3–4). Le ministère est service, et Evans insiste : il n’est pas la propriété privée du clergé. Votre fardeau, c’est vous qui le définissez ; vos dons, vos amis les confirment ; mais votre ministère, c’est à la direction de l’église de le reconnaître et de le libérer.
- L’onction. À mesure que l’huile était versée, elle se multipliait. L’onction, pour Evans, c’est Dieu qui appose son sceau sur une œuvre, afin qu’elle ait un impact éternel qu’aucun effort humain ne saurait produire — « à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune » (1 Corinthiens 12:7).
- L’envol. La veuve paya ses dettes et vécut libre. Cette liberté — être bénie, et devenir une bénédiction pour ses voisins —, voilà ce que signifie s’élever.
Sous ces six étapes court un même principe, tiré par Evans de l’histoire de l’arche en 1 Samuel : quand on veut faire l’œuvre de Dieu, il faut agir à la manière de Dieu. Dieu a établi dans l’Église des dons et des ministères selon son propre choix — « nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée » (Romains 12:6) — et il ne cautionnera pas les plans que nous improvisons à la place des siens.
L’onction, non le charisme
L’un des avertissements récurrents du livre, c’est que l’Église confond trop souvent talent et onction. Il existe de grands ministères, observe Evans, bâtis sur le charisme ou le sens des affaires d’un dirigeant plutôt que sur le don de l’Esprit — des hommes qui auraient tout aussi bien réussi à la tête d’une entreprise. Il montre au contraire l’exemple de Jésus lui-même, qui, bien que rempli de l’Esprit dès sa naissance, ne voulut pas commencer son ministère avant que l’Esprit ne vienne sur lui et qu’il puisse dire : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres » (Luc 4:18). Le commandement de Paul, c’est que nous continuions d’être remplis de l’Esprit (Éphésiens 5:18) ; mais l’onction qui donne sa puissance à un ministère est, selon la distinction d’Evans, une grâce supplémentaire, qui repose sur ceux qui servent là où Dieu les a réellement placés.
Son illustration la plus mémorable est la parabole d’un vieil homme lors d’une fête d’église. Un acteur célèbre récite le psaume vingt-trois sous des applaudissements chaleureux ; puis un vieux croyant tout simple répète les mêmes paroles, et la salle se tait, les yeux mouillés. L’acteur lui demande son secret. « Vous connaissez le psaume, répond le vieil homme, mais moi, je connais le Berger. » Tel est, dit Evans, tout le secret de l’onction : non une technique, mais être uni au Berger sous le même joug et porter son fardeau avec lui.
Libérer et être libéré
Les derniers chapitres donnent au livre une portée pratique peu commune, et c’est là que son fardeau apparaît clairement : Evans veut que les pasteurs libèrent leur peuple, et que les croyants cherchent à être libérés, pour les ministères que Dieu a prévus pour eux. Il revient sans cesse à la mère aigle, qui remue son nid et pousse l’aiglon vers le bord, puis plonge sous lui et le porte — encore et encore — jusqu’à ce que le jeune oiseau sente le vent soutenir ses propres ailes. Voilà, dit-il, l’œuvre d’un dirigeant : non pas garder les jeunes à l’abri dans le nid, mais les lancer, les rattraper quand ils tombent, et rester tout près jusqu’à ce qu’ils sachent planer.
Aux dirigeants, il suggère que chaque réunion des anciens pose deux questions : que dit Dieu, et qui, parmi nous, est prêt à être libéré ? Il esquisse même une « alliance de ministère » écrite, qui nomme le fardeau d’une personne, l’autorité qui lui est déléguée et les comptes qu’elle aura à rendre, afin que la libération des personnes soit délibérée plutôt qu’accidentelle. Au croyant qui pressent un fardeau sans voir comment le porter, il propose une démarche simple : clarifier ce fardeau, s’examiner honnêtement, comprendre la direction de son église, mettre sa vision par écrit, et avancer vers la libération en rendant vraiment des comptes — prêt à entendre « non » aussi bien que « oui ». Ce n’est que si les dirigeants refusent toute la tâche de former les saints, dit-il, que vous devriez partir de votre côté — et même alors, jamais en cavalier solitaire, mais entouré de conseillers sages et mûrs.
Tout ce que j’avais fait, c’était de libérer un aigle pour qu’il vole !Gareth Evans
Comment le lire
Abordez S’élever comme l’aigle pour ce qu’il est : un livre chaleureux, direct, plein d’histoires, écrit par un pasteur de terrain qui a passé sa vie parmi de jeunes croyants et des serviteurs de Dieu blessés, sur plusieurs continents. Il est court, et ses chapitres s’enchaînent : l’image de l’aigle, les quatre raisons qui clouent au sol, les six étapes, puis le travail pratique qui consiste à libérer et à être libéré. Lisez-le un crayon à la main. Quand Evans vous demande quel est votre fardeau, ou ce qu’il y a dans votre main, arrêtez-vous et répondez-lui. Les annexes sur l’autorité, la responsabilité et la délégation récompenseront une lecture lente chez quiconque exerce une direction.
Lisez-le aussi pour son honnêteté au sujet des blessures que portent les croyants, et de la façon dont les églises peuvent rogner les ailes qu’elles devaient fortifier. C’est un livre pour le pasteur fatigué autant que pour le jeune disciple impatient — un appel à cesser de picorer dans la basse-cour et à se confier au Dieu qui renouvelle notre force comme celle de l’aigle. Vous avez été créé pour vous élever ; ce livre est une poussée amicale et pleine de foi vers le bord du nid.