Chapitre 8 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute
Section 3 — Les motifs de la surveillance du troupeau
Ayant considéré la manière dont nous devons prendre garde au troupeau, je vais maintenant vous exposer quelques motifs de cette surveillance ; et je m’en tiendrai ici à ceux que contient mon texte.
1. La première considération que notre texte nous suggère est tirée de notre relation au troupeau : nous en sommes les surveillants.
(1) La nature de notre charge exige de nous que nous « prenions garde au troupeau ». Pour quoi d’autre sommes-nous surveillants ? « Évêque » est un titre qui évoque « plus le labeur que l’honneur », dit Polydore Virgile. Être évêque, ou pasteur, ce n’est pas être dressé comme une idole devant laquelle le peuple se prosterne, ni vivre en « ventres paresseux » pour notre plaisir charnel et notre aise ; c’est être le guide des pécheurs vers le ciel. Quelle triste chose que des hommes embrassent une vocation dont ils ignorent la nature, et entreprennent ils ne savent quoi ! Ces hommes considèrent-ils ce qu’ils ont entrepris, eux qui vivent dans l’aise et le plaisir, et qui trouvent le temps de prendre des récréations superflues et de passer une heure et davantage d’affilée à flâner ou en vains discours, alors qu’une si lourde tâche leur reste sur les bras ? Frères, considérez-vous ce dont vous vous êtes chargés ? Eh bien, vous avez entrepris de conduire, sous Christ, une troupe de ses soldats « contre les dominations, contre les autorités, et contre les esprits méchants dans les lieux célestes ». Vous devez les mener aux combats les plus rudes ; vous devez leur faire connaître les ruses et les assauts de l’ennemi ; vous devez veiller vous-mêmes, et les tenir en éveil. Si vous faillissez, eux et vous pouvez périr. Vous avez un ennemi subtil, c’est pourquoi vous devez être sages. Vous avez un ennemi vigilant, c’est pourquoi vous devez être vigilants. Vous avez un ennemi malicieux, violent et inlassable, c’est pourquoi vous devez être résolus, courageux et infatigables. Vous êtes au milieu d’une foule d’ennemis qui vous cernent de toutes parts, et si vous prenez garde à l’un et non à tous, vous tomberez bientôt. Et oh ! quelle immense tâche vous avez à accomplir ! N’eussiez-vous qu’un seul vieillard ou une seule vieille femme ignorants à instruire, quelle rude tâche ce serait, même s’ils étaient disposés à apprendre ! Mais s’ils sont aussi peu disposés qu’ignorants, combien plus difficile cela se révélera ! Mais avoir une telle multitude d’ignorants, comme la plupart d’entre nous en ont, quelle besogne cela nous donnera ! Quelle vie pitoyable que d’avoir à raisonner avec des hommes qui ont presque perdu l’usage de la raison, et à discuter avec des gens qui ne se comprennent ni eux-mêmes ni vous ! Ô frères, quel monde de méchanceté nous avons à combattre dans une seule âme ; et quel nombre de ces mondes ! Et quand vous pensez avoir fait quelque chose, vous laissez la semence parmi les oiseaux du ciel ; les méchants sont à leurs côtés pour se lever et contredire tout ce que vous avez dit. Vous ne parlez qu’une fois à un pécheur, contre dix ou vingt fois que les émissaires de Satan lui parlent.
De plus, avec quelle facilité les affaires et les soucis du monde étouffent la semence que vous avez semée ! Et si la vérité n’avait d’autre ennemi que celui qui est en eux-mêmes, avec quelle facilité un cœur charnel et glacé éteindra les étincelles que vous avez mis longtemps à allumer ! oui, faute d’aliment et d’un secours supplémentaire, elles s’éteindront d’elles-mêmes. Et quand vous pensez que votre œuvre réussit heureusement, que vous avez vu des hommes confesser leurs péchés, promettre de s’amender, et vivre en nouvelles créatures et en convertis zélés, hélas ! ils peuvent, après tout cela, se révéler malsains et faux au fond du cœur, de ceux qui n’ont été changés que superficiellement et ont adopté de nouvelles opinions et une nouvelle compagnie, sans un cœur nouveau. Oh ! combien, après un changement considérable, sont séduits par les profits et les honneurs du monde, et de nouveau enlacés par leurs anciennes convoitises ! Combien ne font qu’échanger une manière honteuse de complaire à la chair contre une autre moins déshonorante, et qui ne fait pas tant de bruit dans leur conscience ! Combien deviennent orgueilleux avant d’avoir acquis une connaissance approfondie de la religion ; et, confiants dans la force de leur intelligence mal pourvue, se jettent avidement sur toute erreur qu’on leur présente sous le nom de vérité ; et, comme des poussins qui s’écartent de la poule, sont emportés par ce milan infernal, tandis qu’ils méprisent orgueilleusement la conduite et les conseils de ceux que Christ a établis sur eux pour leur sûreté ! Ô frères, quel champ de travail s’étend devant nous ! Il n’est personne que vous voyiez qui ne puisse vous donner de l’ouvrage. Chez les saints eux-mêmes, combien vite les grâces chrétiennes languissent si vous les négligez ; et avec quelle facilité ils sont entraînés dans des voies coupables, au déshonneur de l’Évangile, et pour leur propre perte et leur propre chagrin ! Si telle est l’œuvre d’un pasteur, vous pouvez voir quelle vie il doit mener. Levons-nous donc et agissons, de toutes nos forces ; les difficultés doivent nous stimuler, et non nous décourager, dans une œuvre si nécessaire. Si nous ne pouvons pas tout faire, faisons ce que nous pouvons ; car si nous la négligeons, malheur à nous, et aux âmes confiées à nos soins ! Si nous laissions de côté tous ces autres devoirs, et pensions, par un sermon plausible seulement, nous montrer pasteurs fidèles, et nous acquitter envers Dieu et envers les hommes avec une telle coquille et un tel masque, notre récompense se révélera aussi superficielle que notre œuvre.
(2) Considérez que c’est par votre propre engagement, librement contracté, que toute cette œuvre vous est imposée. Personne ne vous a forcés à devenir surveillants de l’Église. Et la simple honnêteté ne vous oblige-t-elle pas à être fidèles au dépôt qui vous a été confié ?
(3) Considérez que vous avez l’honneur pour vous encourager au labeur. Et c’est un grand honneur que d’être les ambassadeurs de Dieu et les instruments de la conversion des hommes, pour « sauver leur âme de la mort et couvrir une multitude de péchés ». L’honneur, à vrai dire, n’est que le compagnon de l’œuvre. Faire donc comme les prélats de l’Église l’ont fait dans tous les siècles, lutter pour la préséance et remplir le monde de querelles sur la dignité et la supériorité de leurs sièges, montre que nous oublions bien la nature de la charge que nous avons entreprise. Je vois rarement des pasteurs se disputer si furieusement à qui ira le premier dans la chaumière d’un pauvre homme pour lui enseigner, à lui et à sa famille, le chemin du ciel ; ou à qui s’efforcera le premier de convertir un pécheur, ou se fera le premier le serviteur de tous. Chose étrange : malgré toutes les paroles si claires de Christ, les hommes ne veulent pas comprendre la nature de leur charge ! S’ils la comprenaient, se disputeraient-ils à qui sera le pasteur de tout un comté et davantage, alors qu’il s’y trouve tant de milliers de pauvres pécheurs qui crient au secours, et qu’ils ne sont ni capables ni désireux de s’engager pour les soulager ? Bien plus, alors qu’ils peuvent vivre patiemment sous le même toit que des profanes, sans les poursuivre sérieusement et sans relâche pour leur conversion ? Et voudraient-ils avoir le nom et l’honneur de l’œuvre de tout un comté, eux qui sont incapables de faire toute l’œuvre d’une paroisse, alors que l’honneur n’est que l’accessoire de l’œuvre ? Est-ce le nom et l’honneur, ou l’œuvre et sa fin, qu’ils désirent ? Oh ! s’ils voulaient se dépenser fidèlement, humblement et avec renoncement à eux-mêmes pour Christ et son Église, sans jamais penser aux titres et à la réputation, ils auraient alors de l’honneur, qu’ils le veuillent ou non ; mais à force de le convoiter, ils le perdent : car il en est ici comme de l’ombre de la vertu : « Qui me suit, je le fuis ; qui me fuit, je le suis. »
(4) Considérez que vous avez beaucoup d’autres excellents privilèges de la charge pastorale pour vous encourager à l’œuvre. Si donc vous ne voulez pas faire l’œuvre, vous n’avez aucun droit aux privilèges. Ce n’est pas rien que d’être entretenus par le travail d’autres hommes. Cela vous est accordé pour votre œuvre, afin que vous n’en soyez pas détournés, mais que, comme Paul l’exige, vous puissiez « vous donner tout entiers à ces choses », sans être contraints de négliger les âmes des hommes pendant que vous pourvoyez à vos propres corps. Faites donc l’œuvre, ou ne prenez pas l’entretien. Mais vous avez des privilèges bien plus grands que celui-là. N’est-ce rien que d’être élevé dans l’étude, quand d’autres sont élevés à la charrette et à la charrue ? et d’être pourvu de tant de connaissances délicieuses, quand le monde est plongé dans l’ignorance ? N’est-ce rien que de converser avec des hommes savants, et de s’entretenir de choses élevées et glorieuses, quand d’autres ne peuvent guère converser qu’avec les gens les plus grossiers et les plus illettrés ? Mais surtout, quel excellent privilège que de vivre en étudiant et en prêchant Christ ! d’être continuellement occupé à sonder ses mystères, ou à s’en nourrir ! d’être employé chaque jour à considérer la bienheureuse nature, les œuvres et les voies de Dieu ! D’autres sont heureux du loisir du jour du Seigneur, et, de temps à autre, d’une heure de plus, quand ils peuvent la saisir. Mais nous, nous pouvons garder un sabbat continuel. Nous pouvons ne faire presque rien d’autre qu’étudier Dieu et la gloire et nous en entretenir, nous livrer à la prière et à la louange, et nous abreuver de ses vérités saintes et salutaires. Notre occupation est tout entière élevée et spirituelle. Que nous soyons seuls ou en compagnie, notre affaire regarde un autre monde. Oh ! si seulement nos cœurs étaient mieux accordés à cette œuvre ! Quelle vie bienheureuse et joyeuse nous mènerions alors ! Combien notre étude nous serait douce ! Combien la chaire nous serait agréable ! Et quel délice nous procureraient nos entretiens sur les choses spirituelles et éternelles ! Vivre au milieu des précieux secours que nous offrent nos bibliothèques, avoir tant de sages compagnons silencieux chaque fois qu’il nous plaît – tous ces privilèges, et beaucoup d’autres semblables qu’offre le ministère, réclament de nous une diligence infatigable dans l’œuvre.
(5) Par votre œuvre, vous êtes liés à Christ aussi bien qu’au troupeau. Vous êtes les dispensateurs de ses mystères et ceux qui gouvernent sa maison ; et celui qui vous a confié cette charge vous soutiendra dans son œuvre. Mais alors, « ce qu’on demande des dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle ». Soyez fidèles envers lui, et ne doutez jamais qu’il le sera envers vous. Paissez son troupeau, et il vous nourrira plutôt comme il nourrit Élie que de vous laisser dans le besoin. Si vous êtes en prison, il en ouvrira les portes ; mais alors vous devez secourir les âmes captives. Il vous donnera « une langue et une sagesse auxquelles aucun ennemi ne pourra résister », mais alors vous devez vous en servir fidèlement pour lui. Si vous tendez la main pour secourir les affligés, il desséchera la main qui se lève contre vous. Les pasteurs d’Angleterre, j’en suis sûr, peuvent le savoir par une longue expérience. Bien des fois Dieu les a arrachés aux mâchoires du dévoreur. Oh ! les admirables préservations et délivrances dont ils ont bénéficié face aux papistes cruels, aux persécuteurs tyranniques, et aux hommes égarés et emportés ! Considérez, frères, pourquoi Dieu a fait tout cela. Est-ce pour vos personnes, ou pour son Église ? Qu’êtes-vous pour lui de plus que les autres hommes, sinon à cause de son œuvre et de son peuple ? Êtes-vous des anges ? Votre chair est-elle formée d’une meilleure argile que celle de vos voisins ? N’êtes-vous pas de la même race de pécheurs, qui ont autant besoin qu’eux de sa grâce ? Debout donc, et travaillez comme les rachetés de l’Éternel, comme des hommes délivrés tout exprès de la ruine pour son service. Si vous croyez que Dieu vous a délivrés pour lui-même, vivez pour lui, comme appartenant sans réserve à celui qui vous a délivrés.
2. Le deuxième motif du texte est tiré de la cause efficiente de cette relation. C’est le Saint-Esprit qui nous a établis surveillants de son Église ; il nous convient donc d’y prendre garde. Le Saint-Esprit fait des hommes les évêques ou surveillants de l’Église à trois égards distincts : en les qualifiant pour la charge ; en dirigeant ceux qui ordonnent, afin qu’ils discernent leurs aptitudes et reconnaissent les hommes les plus capables ; et en les dirigeant, eux, le peuple et les intéressés eux-mêmes, pour les attacher à une charge particulière. Toutes ces choses se faisaient alors d’une manière extraordinaire, par inspiration, ou du moins très souvent. Les mêmes se font aujourd’hui par la voie ordinaire de l’assistance de l’Esprit. Mais c’est toujours le même Esprit ; et les hommes sont établis surveillants de l’Église (quand ils sont légitimement appelés) par le Saint-Esprit, aujourd’hui comme alors. C’est donc une étrange idée des papistes que de tenir l’ordination par les mains des hommes pour plus absolument nécessaire, dans la charge pastorale, que l’appel du Saint-Esprit. Dieu a déterminé dans sa Parole qu’il y aurait une telle charge, quelles en seraient l’œuvre et l’autorité, et quelle sorte d’hommes, quant à leurs aptitudes, la recevraient. Rien de tout cela ne peut être défait par l’homme, ni rendu inutile. Dieu donne aussi aux hommes les aptitudes qu’il requiert ; de sorte que tout ce que l’Église a à faire, pasteurs ou peuple, ceux qui ordonnent ou ceux qui élisent, se borne à discerner et à déterminer quels sont les hommes que Dieu a ainsi qualifiés, à accepter ceux qui sont ainsi pourvus, et, d’un commun accord, à les installer solennellement dans cette charge. Quelle obligation nous est donc imposée par notre appel à l’œuvre ! Si notre mandat est envoyé du ciel, il ne faut pas lui désobéir. Quand les apôtres furent appelés par Christ à quitter leurs occupations séculières, ils laissèrent aussitôt amis, maison, métier et tout le reste, et le suivirent. Quand Paul fut appelé par la voix de Christ, il « ne résista point à la vision céleste ». Bien que notre appel ne soit ni aussi immédiat ni aussi extraordinaire, il vient pourtant du même Esprit. Ce n’est pas une voie sûre que d’imiter Jonas en tournant le dos aux commandements de Dieu. Si nous négligeons notre œuvre, il a un aiguillon pour nous stimuler ; si nous la fuyons, il a assez de messagers pour nous rattraper, nous ramener et nous la faire accomplir ; et mieux vaut la faire dès le commencement qu’à la fin.
3. Le troisième motif du texte est tiré de la dignité de l’objet qui est confié à notre charge. C’est l’Église de Dieu que nous devons surveiller – cette Église pour laquelle le monde est principalement maintenu, qui est sanctifiée par le Saint-Esprit, qui est le corps mystique de Christ, cette Église auprès de laquelle les anges sont présents et qu’ils servent comme des esprits au service de Dieu, et dont les petits ont leurs anges qui contemplent la face de Dieu dans le ciel. Oh ! quelle charge nous avons entreprise ! Et lui serions-nous infidèles ? Avons-nous l’intendance de la propre famille de Dieu, et la négligerions-nous ? Avons-nous la conduite de ces saints qui vivront éternellement avec Dieu dans la gloire, et les négligerions-nous ? À Dieu ne plaise ! Je vous en supplie, frères, que cette pensée réveille les négligents. Vous qui reculez devant les devoirs pénibles, déplaisants et coûteux en souffrances, et qui vous acquittez envers les âmes des hommes par des formalités inefficaces, pensez-vous que ce soit traiter honorablement l’épouse de Christ ? Les âmes des hommes sont-elles jugées dignes par Dieu de voir sa face et de vivre éternellement dans le ciel, et ne seraient-elles pas dignes de votre plus grande dépense et de votre plus grand labeur sur la terre ? Avez-vous une si basse opinion de l’Église de Dieu, comme si elle ne méritait pas le meilleur de vos soins et de votre secours ? Si vous gardiez des brebis ou des pourceaux, c’est à peine si vous les laisseriez aller en disant : Ils ne valent pas la peine qu’on s’en occupe ; surtout s’ils vous appartenaient. Et vous oseriez dire cela des âmes des hommes, de l’Église de Dieu ? Christ marche au milieu d’elles : souvenez-vous de sa présence, et veillez à être diligents dans votre œuvre. Elles sont « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour annoncer les vertus de celui qui les a appelées ». Et pourtant vous les négligeriez ? Quel grand honneur que d’être seulement de leur nombre, oui, seulement « portier dans la maison de Dieu » ! Mais être le prêtre de ces prêtres, et celui qui gouverne ces rois – c’est là un honneur tel qu’il multiplie vos obligations à la diligence et à la fidélité dans un emploi si noble.
4. Le dernier motif mentionné dans mon texte est tiré du prix qui a été payé pour l’Église que nous surveillons : « Que Dieu », dit l’apôtre, « s’est acquise par son propre sang ». Oh ! quel argument pour stimuler les négligents, et pour condamner ceux qui ne veulent pas en être stimulés à leur devoir ! « Oh ! dit l’un des anciens docteurs, si Christ m’avait seulement confié la garde d’une cuillerée de son sang dans un verre fragile, avec quel soin je la conserverais, et combien je ménagerais ce verre ! Si donc il m’a confié ce qu’il a acquis par son sang, ne devrais-je pas veiller aussi soigneusement sur ma charge ? » Quoi ! messieurs, mépriserons-nous le sang de Christ ? Penserons-nous qu’il a été versé pour des hommes qui ne sont pas dignes de nos plus grands soins ? Vous pouvez voir ici que ce n’est pas une petite faute dont les pasteurs négligents se rendent coupables. Autant qu’il est en eux, le sang de Christ aurait été versé en vain. Ils lui feraient perdre ces âmes qu’il a si chèrement acquises. Oh ! écoutons donc ces arguments de Christ chaque fois que nous nous sentons devenir indolents et insouciants : « Suis-je mort pour ces âmes, et toi, ne veux-tu pas veiller sur elles ? Valaient-elles mon sang, et ne valent-elles pas ta peine ? Suis-je descendu du ciel sur la terre pour “chercher et sauver ce qui était perdu”, et toi, n’iras-tu pas jusqu’à la porte voisine, dans la rue voisine ou au village voisin, pour les chercher ? Combien ta condescendance et ton labeur sont petits auprès des miens ! Je me suis abaissé jusque-là, mais c’est pour toi un honneur d’être ainsi employé. Ai-je tant fait et tant souffert pour leur salut, ai-je bien voulu faire de toi mon compagnon d’œuvre, et refuseras-tu de faire le peu qui repose entre tes mains ? » Chaque fois que nous regardons nos assemblées, souvenons-nous avec foi qu’elles sont l’acquisition du sang de Christ, et que nous devons donc les considérer avec le plus profond intérêt et la plus tendre affection. Oh ! pensez quelle confusion ce sera pour un pasteur négligent, au dernier jour, de voir ce sang du Fils de Dieu plaider contre lui, et d’entendre Christ dire : « C’était l’acquisition de mon sang, ce dont tu faisais si peu de cas, et penses-tu toi-même être sauvé par lui ? » Ô frères, puisque Christ apportera son sang pour plaider avec nous, qu’il plaide pour nous ramener à notre devoir, de peur qu’il ne plaide pour notre damnation.
J’en ai maintenant fini avec les motifs que je trouve dans le texte lui-même. Il y en a beaucoup d’autres qu’on pourrait tirer du reste de cette exhortation de l’apôtre, mais nous ne devons pas nous attarder à les recueillir tous. Si le Seigneur grave seulement ces quelques-uns dans nos cœurs, je ne doute pas que nous verrons des raisons de presser le pas ; et le changement sera tel dans nos cœurs et dans notre ministère que nous-mêmes et nos assemblées aurons sujet d’en bénir Dieu. Je sais que je suis indigne d’être celui qui vous avertit ; mais quelqu’un pour vous avertir, il vous en faut un ; et mieux vaut pour nous entendre parler de notre péché et de notre devoir par n’importe qui que par personne. Recevez l’avertissement, et vous ne trouverez dans l’indignité de celui qui le donne aucune raison de vous en repentir. Mais si vous le rejetez, le plus indigne des messagers pourra porter contre vous, un autre jour, un témoignage qui vous confondra alors.
Chapitre 8 terminé
Section 3 — Les motifs de la surveillance du troupeau