Le pasteur réformé
Section 1 — La nature de cette surveillance

Chapitre 6 · 52 min de lecture · 1 h 7 min d’écoute

Section 1 — La nature de cette surveillance

Après vous avoir montré ce que c’est que de prendre garde à nous-mêmes, je dois maintenant vous montrer ce que c’est que de prendre garde à tout le troupeau.

Il fallait d’abord considérer ce que nous devons être, et ce que nous devons faire pour notre propre âme, avant d’en venir à ce qui doit être fait pour les autres : « Celui qui, faute de prendre soin de lui-même, n’est pas guéri, ne saurait réussir à guérir les blessures d’autrui. Il ne fait de bien ni à son prochain ni à lui-même. Il ne relève pas les autres, mais tombe lui-même. » Oui, de peur que tous ses travaux ne se réduisent à rien, parce que le cœur et la vie de celui qui les accomplit ne valent rien. « Car il est des hommes qui, quoique habiles dans le ministère spirituel, s’y conduisent avec obstination, et qui, tout en agissant avec intelligence, foulent aux pieds le bien qu’ils font. Ils enseignent trop hâtivement ce que seule la méditation peut rendre saint ; et ce qu’ils proclament en public, ils le démentent par leur conduite. D’où vient que, comme pasteurs, ils marchent dans des sentiers trop rudes pour que le troupeau puisse les suivre. » Quand nous les aurons conduits aux eaux vives, si nous les troublons par la souillure de notre vie, nous risquons de perdre notre peine, et eux de n’en être jamais meilleurs. Avant de parler de l’œuvre elle-même, nous relèverons quelque chose de ce que présupposent les paroles qui sont devant nous.

1. Il est ici sous-entendu que chaque troupeau doit avoir son propre pasteur, et chaque pasteur son propre troupeau. De même que chaque troupe ou compagnie d’un régiment doit avoir son propre capitaine et ses autres officiers, et que chaque soldat connaît son commandant et son drapeau, ainsi la volonté de Dieu est que chaque Église ait son propre pasteur, et que tous les disciples de Christ « connaissent ceux qui les enseignent et les dirigent dans le Seigneur ». Bien qu’un pasteur soit un officier de l’Église universelle, il est néanmoins d’une manière particulière le surveillant de l’Église particulière qui a été confiée à sa charge. Quand nous sommes ordonnés ministres sans charge particulière, nous recevons licence et commandement de faire de notre mieux pour tous, selon que nous aurons l’occasion d’exercer nos dons ; mais quand nous avons accepté une charge particulière, nous avons restreint l’exercice de nos dons si spécialement à cette assemblée, que nous ne devons accorder aux autres que ce qu’elle peut épargner de notre temps et de notre aide, sauf lorsque le bien public l’exige, lequel doit, sans aucun doute, être considéré en premier. C’est de cette relation entre le pasteur et le troupeau que découlent tous les devoirs qu’ils se doivent mutuellement.

2. Puisqu’il nous est commandé de prendre garde à tout le troupeau, il est clairement sous-entendu que les troupeaux ne doivent pas, d’ordinaire, être plus grands que ce que nous sommes capables de surveiller, ou ce à quoi nous pouvons « prendre garde ». Dieu ne nous imposera pas des impossibilités naturelles : il n’obligera pas les hommes à sauter jusqu’à la lune, à toucher les étoiles, ou à compter les grains de sable de la mer. Si la charge pastorale consiste à surveiller tout le troupeau, alors assurément le nombre des âmes confiées aux soins de chaque pasteur ne doit pas dépasser celui auquel il peut prendre garde de la manière qui est ici requise. Dieu exigera-t-il d’un seul évêque qu’il prenne la charge de tout un comté, ou d’un si grand nombre de paroisses ou de milliers d’âmes qu’il ne peut ni les connaître ni les surveiller ? Oui, et qu’il en prenne seul le gouvernement, tandis que ceux qui les enseignent en particulier sont dispensés de cette charge ? Dieu redemandera-t-il à la main d’un seul homme le sang de tant de paroisses, s’il n’accomplit pas ce que dix, ou vingt, ou cent, ou trois cents hommes ne pourraient pas plus accomplir que je ne pourrais déplacer une montagne ? Malheur alors aux pauvres prélats ! N’est-ce donc pas une chose bien lamentable que des hommes savants et sobres plaident pour cela comme pour un privilège désirable ; qu’ils attirent volontairement sur eux un tel fardeau ; et qu’ils ne tremblent pas plutôt à la pensée d’une si grande entreprise ? Oh ! heureuse eût été l’Église, et heureux les évêques eux-mêmes, si l’on avait toujours observé cette mesure que l’apôtre suggère ici : que le diocèse ne fût pas plus grand que ce que les anciens ou évêques pouvaient surveiller et gouverner, en sorte qu’ils pussent prendre garde à tout le troupeau ; ou que les pasteurs se fussent multipliés à mesure que les Églises s’accroissaient, et que le nombre des surveillants eût été proportionné au nombre des âmes, afin qu’ils ne laissent pas l’œuvre inaccomplie, tandis qu’ils s’arrogeaient des titres vides et entreprenaient l’impossible ! Et que n’ont-ils plutôt prié le maître de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers, autant qu’il en fallait pour l’œuvre, au lieu de tout entreprendre eux-mêmes ! Je ne louerais guère la prudence ni l’humilité de l’ouvrier, si grands que soient ses talents, qui non seulement entreprendrait de recueillir à lui seul toute la moisson de ce comté, et cela sous peine de mort, oui, de damnation, mais qui encore revendiquerait ardemment cette prérogative.

Mais on dira peut-être qu’il y en a d’autres pour enseigner, bien qu’un seul ait le gouvernement.

À cela je réponds : Dieu soit béni de ce qu’il en est ainsi ; et ce n’est pas grâce à certains d’entre eux. Mais le gouvernement n’est-il pas d’une grande importance pour le bien des âmes, tout autant que la prédication ? S’il ne l’est pas, à quoi servent donc les gouverneurs de l’Église ? S’il l’est, alors ceux qui l’anéantissent en entreprenant l’impossible s’emploient à ruiner les Églises et à se ruiner eux-mêmes. Si la prédication seule est nécessaire, n’ayons que de simples prédicateurs : à quoi bon alors tant d’agitation au sujet du gouvernement ? Mais si la discipline, à sa place, est nécessaire elle aussi, qu’est-ce que l’exclure, sinon être ennemi du salut des hommes ? Et elle est inévitablement exclue, quand on en fait l’œuvre d’un homme qui est naturellement incapable de l’accomplir. Le général qui voudrait commander seul une armée pourrait aussi bien dire : Qu’elle périsse faute de commandement ; le maître d’école qui voudrait surveiller ou gouverner seul toutes les écoles du comté pourrait aussi bien dire : Qu’elles restent toutes sans gouvernement ; et le médecin qui entreprendrait de soigner tous les malades d’une nation entière, ou d’un comté, alors qu’il n’est pas capable d’en visiter le centième, pourrait aussi bien dire : Qu’ils périssent. Il faut pourtant reconnaître qu’en cas de nécessité, là où l’on ne peut en avoir davantage, un homme peut se charger de plus d’âmes qu’il n’est capable d’en surveiller particulièrement. Mais alors il ne doit s’engager qu’à faire pour elles ce qu’il peut, et non à faire tout ce qu’un pasteur devrait ordinairement faire. C’est le cas de certains d’entre nous, qui avons des paroisses plus grandes que nous ne pouvons en prendre le soin particulier qu’exige leur état. Pour ma part, je le déclare, je suis si loin de la hardiesse de ceux qui osent s’aventurer à gouverner seuls tout un comté, que je n’aurais pas, pour toute l’Angleterre, accepté d’être l’un des deux hommes qui devraient accomplir toute l’œuvre pastorale que Dieu exige dans la paroisse où je vis, si je n’avais, pour satisfaire ma conscience, cette raison que, vu les nécessités de l’Église, on ne peut en avoir davantage ; et que par conséquent je dois plutôt faire ce que je peux, que de laisser tout inaccompli parce que je ne puis tout faire. Mais les cas de nécessité inévitable ne doivent pas être la condition ordinaire de l’Église ; ou du moins, il n’est pas souhaitable qu’il en soit ainsi. Oh ! heureuse Église de Christ, si les ouvriers étaient seulement capables et fidèles, et en nombre proportionné au nombre des âmes ; en sorte que les pasteurs fussent assez nombreux, ou les Églises particulières assez petites, pour que nous puissions « prendre garde à tout le troupeau » ! Après avoir relevé ces choses qui sont présupposées, nous allons maintenant considérer le devoir qui est recommandé dans le texte : Prenez garde à tout le troupeau. C’est, vous le voyez, tout le troupeau, c’est-à-dire chaque membre de notre charge. Pour cela, il est nécessaire que nous connaissions chaque personne qui appartient à notre charge ; car comment pourrions-nous prendre garde à eux, si nous ne les connaissons pas ? Nous devons travailler à connaître, non seulement les personnes, mais l’état de tout notre peuple, leurs inclinations et leur conduite ; quels sont les péchés qui les menacent le plus, quels devoirs ils sont le plus enclins à négliger, et à quelles tentations ils sont le plus exposés ; car si nous ne connaissons pas leur tempérament ou leur maladie, nous avons peu de chances de nous montrer des médecins efficaces.

Connaissant ainsi tout le troupeau, nous devons ensuite prendre garde à lui. On imaginerait que tout homme raisonnable en serait convaincu, et que cela n’aurait besoin d’aucune autre preuve. Un berger attentif ne veille-t-il pas sur chacune de ses brebis ? un bon maître d’école sur chacun de ses élèves ? un bon médecin sur chacun de ses malades ? et un bon commandant sur chacun de ses soldats ? Pourquoi donc les bergers, les maîtres, les médecins, les guides des Églises de Christ ne prendraient-ils pas garde à chacun des membres de leur charge ? Christ lui-même, le grand et bon Berger, qui a le tout à surveiller, prend pourtant soin de chacun ; semblable à celui qu’il dépeint dans la parabole, qui laisse « les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue ». Les prophètes furent souvent envoyés à des hommes isolés. Ézéchiel fut établi sentinelle sur des individus, et reçut l’ordre de dire au méchant : « Tu mourras ! » Paul enseignait ses auditeurs non seulement « publiquement et dans les maisons », mais, dans un autre passage, il nous dit qu’il allait « exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ ». Bien d’autres passages de l’Écriture montrent avec évidence que c’est notre devoir de prendre garde à chacun des membres de notre troupeau ; et bien des passages des anciens conciles montrent clairement que telle était la pratique des premiers temps. Mais je n’en citerai qu’un seul, d’Ignace : « Que les assemblées, dit-il, soient souvent réunies ; informe-toi de tous par leur nom ; ne méprise ni les serviteurs ni les servantes. » Vous voyez qu’on regardait alors comme un devoir de s’occuper de chaque membre du troupeau par son nom, sans excepter le plus humble serviteur ou la plus humble servante. Mais, objectera quelqu’un : « L’assemblée à la tête de laquelle je suis placé est si grande qu’il m’est impossible de les connaître tous, et à plus forte raison de prendre garde à chacun en particulier. » À cela je réponds : Est-ce ou non la nécessité qui vous a jeté dans une telle charge ? Si ce n’est pas elle, vous excusez un péché par un autre. Comment avez-vous osé entreprendre ce que vous saviez être incapable d’accomplir, alors que vous n’y étiez pas contraint ? Il semblerait que vous ayez eu d’autres fins en l’entreprenant, et que vous n’ayez jamais eu l’intention d’être fidèle à ce qui vous était confié. Mais si vous pensez avoir été contraint de l’entreprendre, je vous demanderai : n’auriez-vous pas pu vous procurer de l’aide pour une si grande charge ? Avez-vous fait tout ce que vous pouviez auprès de vos amis et de vos voisins pour obtenir l’entretien d’un autre qui vous aide ? N’avez-vous pas vous-même assez de revenus pour suffire à vous et à un autre ? Qu’importe s’ils ne suffisent pas à vous entretenir dans l’abondance ? N’est-il pas plus raisonnable de vous restreindre, vous et votre famille, plutôt que d’entreprendre une œuvre que vous ne pouvez accomplir, et de négliger les âmes d’une si grande partie de votre troupeau ? Je sais que ce que je dis paraîtra dur à certains ; mais pour moi, c’est une chose incontestable que, n’eussiez-vous que cent livres par an, votre devoir serait de vivre d’une partie de cette somme et d’en céder le reste à un aide compétent, plutôt que de laisser négliger le troupeau à la tête duquel vous êtes. Si vous dites que c’est une mesure bien dure, et que votre femme et vos enfants ne peuvent vivre ainsi, je réponds : bien des familles de votre paroisse ne vivent-elles pas avec moins ? Bien des ministres capables, au temps des prélats, n’ont-ils pas été heureux d’avoir moins, pourvu qu’ils eussent la liberté de prêcher l’Évangile ? Il en est encore de vivants, à ce que j’ai entendu dire, qui ont offert aux évêques de s’engager par contrat à prêcher pour rien, pourvu seulement qu’ils eussent la liberté de prêcher l’Évangile. Si vous dites encore que vous ne pouvez vivre aussi pauvrement que les pauvres gens, je vous demande en outre : vos paroissiens peuvent-ils mieux supporter la damnation que vous ne pouvez supporter le besoin et la pauvreté ? Quoi ! vous vous appelez ministres de l’Évangile, et pourtant les âmes des hommes sont si viles à vos yeux, que vous aimeriez mieux les voir périr éternellement que de vivre, vous et votre famille, dans une condition basse et pauvre ? Ne devriez-vous pas plutôt mendier votre pain que de mettre en péril, ou en désavantage, une chose aussi grande que le salut des hommes ? Oui, que de mettre en péril la damnation d’une seule âme ? Ô messieurs, c’est une misérable chose que des hommes étudient le ciel et l’enfer, et en parlent, et du petit nombre des sauvés, et de la difficulté du salut, et qu’ils ne soient pas, pendant tout ce temps, véritablement sérieux. Si vous l’étiez, assurément vous ne pourriez jamais vous arrêter à de telles choses, et laisser votre peuple descendre en enfer pour vivre vous-mêmes sur un plus grand pied dans ce monde. Souvenez-vous de ceci la prochaine fois que vous leur prêcherez qu’ils ne peuvent être sauvés sans la connaissance ; et écoutez si votre conscience ne vous dit pas : « Il est probable qu’on pourrait les amener à la connaissance, s’ils recevaient seulement en particulier, homme par homme, une instruction et des exhortations diligentes ; et s’il y avait un autre pasteur pour m’aider, cela pourrait se faire ; et si je voulais vivre avec économie et renoncer à ma chair, je pourrais avoir un aide. Oserai-je donc laisser mon peuple vivre dans cette ignorance dont je leur ai dit moi-même qu’elle mène à la damnation, plutôt que de m’imposer, à moi et à ma famille, un peu de gêne ? »

Me faut-il recourir à ma Bible pour montrer à un prédicateur où il est écrit que l’âme d’un homme vaut plus qu’un monde, et donc bien plus que cent livres par an, et que bien des âmes valent bien davantage encore ? Ou que nous-mêmes et tout ce que nous avons appartenons à Dieu, et devons être employés jusqu’au bout à son service ? Ou que c’est une cruauté inhumaine de laisser des âmes aller en enfer, de peur que ma femme et mes enfants ne soient un peu plus durement traités ou ne vivent plus modestement ; alors que, selon la manière ordinaire dont Dieu agit par des moyens, je pourrais faire beaucoup pour prévenir leur misère, si seulement je consentais à déplaire un peu à ma chair, que tous ceux qui sont à Christ ont crucifiée avec ses convoitises ? Tout homme doit rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et cela, qu’on s’en souvienne, c’est tout ce qu’il est et tout ce qu’il possède. Comment toutes choses nous sont-elles sanctifiées, sinon en étant mises à part et consacrées à Dieu ? Ne sont-elles pas toutes ses talents, et ne doivent-elles pas être employées à son service ? Tout chrétien ne doit-il pas d’abord se demander : De quelle manière puis-je le mieux honorer Dieu avec mes biens ? Ne prêchons-nous pas ces choses à notre peuple ? Sont-elles vraies pour eux, et non pour nous ? Bien plus, les revenus de l’Église ne sont-ils pas consacrés, d’une manière particulière, au service de Dieu pour l’Église ? Et ne devrions-nous pas alors les employer à avancer cette fin le plus possible ? Si un pasteur qui a deux cents livres par an peut prouver que cent livres de cette somme rendront plus de service à Dieu en étant dépensées pour lui-même, ou pour sa femme et ses enfants, qu’en entretenant un ou deux aides convenables pour faire avancer le salut du troupeau, je n’aurai pas la présomption de blâmer ses dépenses ; mais là où cela ne peut être prouvé, qu’on ne justifie pas cette pratique. Et je dois dire encore que cette pauvreté n’est pas une chose aussi intolérable et dangereuse qu’on le prétend. Si vous avez seulement la nourriture et le vêtement, ne devez-vous pas vous en contenter ? et que voudriez-vous de plus que ce qui peut vous rendre apte à l’œuvre de Dieu ? Ce n’est pas d’« être vêtu de pourpre et de fin lin, et de mener chaque jour joyeuse et brillante vie » qui est nécessaire à cette fin. « La vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance. » Si vos vêtements sont chauds et votre nourriture saine, vous pouvez en être aussi bien soutenus pour servir Dieu que si vous donniez à votre chair la plus pleine satisfaction. Un habit rapiécé peut tenir chaud, et le pain et l’eau sont une nourriture saine. Celui qui ne manque pas de ces choses n’a qu’une pauvre excuse à faire valoir pour exposer les âmes des hommes au péril, afin de pouvoir vivre de mets délicats.

Mais, s’il est de notre devoir de prendre garde à tout le troupeau, nous devons accorder une attention spéciale à certaines catégories en particulier. Beaucoup ne le comprennent que très imparfaitement, et c’est pourquoi je m’y arrêterai un peu.

1. Nous devons travailler, d’une manière spéciale, à la conversion des inconvertis.

L’œuvre de la conversion est la première et la grande chose à laquelle nous devons viser ; c’est à elle que nous devons travailler de toutes nos forces. Hélas ! la misère des inconvertis est si grande, que c’est elle qui réclame le plus fort notre compassion. Si un pécheur véritablement converti vient à tomber, ce ne sera que dans un péché qui sera pardonné, et il ne court pas par là le même danger de damnation que les autres. Non que Dieu haïsse leurs péchés moins que ceux des autres, ou qu’il doive les amener au ciel quelque méchamment qu’ils vivent ; mais l’esprit qui est en eux ne leur permettra pas de vivre dans la méchanceté, ni de pécher comme pèchent les impies. Mais il en va tout autrement des inconvertis. Ils sont « dans un fiel amer et dans les liens de l’iniquité », et n’ont encore ni part ni communion au pardon de leurs péchés, ni à l’espérance de la gloire. Nous avons donc pour eux une œuvre plus nécessaire à accomplir, à savoir « leur ouvrir les yeux, pour qu’ils passent des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu, pour qu’ils reçoivent le pardon des péchés et l’héritage avec les sanctifiés ». Celui qui voit un homme atteint d’une maladie mortelle, et un autre qui souffre seulement d’une rage de dents, sera plus ému de compassion pour le premier que pour le second ; et il se hâtera assurément davantage de le secourir, fût-il un étranger, et l’autre un frère ou un fils. C’est une chose si triste de voir des hommes dans un état de damnation, où, s’ils venaient à mourir, ils seraient perdus pour toujours, qu’il me semble que nous ne devrions pas pouvoir les laisser tranquilles, ni en public ni en particulier, quelque autre travail que nous ayons à faire. Je l’avoue, je suis souvent contraint de négliger ce qui devrait servir à accroître davantage la connaissance des hommes pieux, à cause de la lamentable nécessité des inconvertis. Qui pourrait parler de controverses, ou de points subtils et inutiles, ou même de vérités d’une nécessité moindre, si excellentes soient-elles, tandis qu’il voit devant ses yeux une foule de pécheurs ignorants, charnels, misérables, qui doivent être changés ou damnés ? Il me semble que je les vois entrer dans leur malheur final ! Il me semble que je les entends crier au secours, réclamer le secours le plus prompt ! Leur misère parle d’autant plus fort qu’ils n’ont pas le cœur de demander pour eux-mêmes. Bien des fois j’ai su que j’avais quelques auditeurs aux goûts plus relevés, qui cherchaient des choses rares, et qui étaient enclins à mépriser le ministère si je ne leur disais quelque chose qui sortît de l’ordinaire ; et pourtant je ne pouvais me résoudre à me détourner des besoins des impénitents pour leur complaire ; ni même à cesser de parler à de misérables pécheurs de leur salut pour parler à ces amateurs de nouveautés ; non, pas même autant qu’il l’aurait fallu autrement aux saints faibles, pour leur affermissement et leur croissance dans la grâce. Il me semble que, de même que Paul « sentait au-dedans de lui son esprit s’irriter, à la vue de cette ville pleine d’idoles », ainsi nous devrions être jetés dans l’un de ses paroxysmes, en voyant tant d’hommes dans le plus extrême danger d’être perdus pour l’éternité. Il me semble que, si par la foi nous les regardions vraiment comme à un pas de l’enfer, cela délierait nos langues plus efficacement que le danger de Crésus ne délia, à ce qu’on raconte, celle de son fils. Celui qui laisse un pécheur descendre en enfer faute de lui parler, fait moins de cas des âmes que n’en fit le Rédempteur des âmes ; et moins de cas de son prochain que la charité commune ne lui permettrait d’en faire de son plus grand ennemi. Oh ! donc, frères, quels que soient ceux que vous négligez, ne négligez pas les plus misérables ! Quoi que vous laissiez de côté, n’oubliez pas les pauvres âmes qui sont sous la condamnation et la malédiction de la loi, et qui peuvent s’attendre d’heure en heure à l’exécution infernale, si un prompt changement ne la prévient. Oh ! appelez les impénitents, et appliquez-vous à cette grande œuvre de la conversion des âmes, quoi que vous laissiez d’autre inaccompli.

2. Nous devons être prêts à donner conseil à ceux qui viennent nous consulter sur des cas de conscience ; surtout sur la grande question que les Juifs posèrent à Pierre, et le geôlier à Paul et à Silas : « Que faut-il que nous fassions pour être sauvés ? » Un pasteur ne doit pas être seulement un prédicateur public, mais être connu comme le conseiller de leurs âmes, comme le médecin l’est pour leurs corps et l’homme de loi pour leurs biens : en sorte que chacun, dans le doute et la détresse, puisse lui apporter son cas pour qu’il le résolve ; comme Nicodème vint à Christ, et comme le peuple avait coutume autrefois d’aller trouver le sacrificateur, car « les lèvres du sacrificateur doivent garder la science, Et c’est à sa bouche qu’on demande la loi, Parce qu’il est un envoyé de l’Éternel des armées ». Mais comme le peuple ne connaît plus cette fonction du ministère, ni son propre devoir et son propre besoin à cet égard, c’est à nous de les lui faire connaître, et de le presser publiquement de venir nous demander conseil sur les grands intérêts de son âme. Nous ne devons pas seulement être disposés à en prendre la peine, mais nous devrions l’attirer sur nous en les invitant à venir. Quelle abondance de bien nous pourrions faire, si seulement nous pouvions les amener à cela ! Et sans doute on pourrait y faire beaucoup, si nous faisions notre devoir. Combien peu en ai-je jamais entendu nommer qui aient pressé de tout leur cœur leur peuple de remplir ce devoir de cette manière ! Oh ! c’est une triste chose que les âmes des hommes soient tellement lésées et mises en péril par l’entière négligence d’un si grand devoir, et que les pasteurs ne leur en parlent presque jamais et ne les y éveillent pas. Si vos auditeurs sentaient comme il faut la nécessité et l’importance de cela, vous les verriez plus souvent frapper à vos portes, vous faire part de leurs tristes plaintes et implorer vos conseils. Je vous en supplie donc, pressez-les davantage à l’avenir de remplir ce devoir ; et veillez à vous en acquitter avec soin lorsqu’ils viennent chercher votre aide. Pour cela, il est très nécessaire que vous connaissiez bien les cas pratiques, et surtout que vous connaissiez la nature de la grâce qui sauve, et que vous soyez capables de les aider à éprouver leur état et à résoudre la question capitale qui concerne leur vie ou leur mort éternelle. Un mot d’avis opportun et prudent, donné par un pasteur à des personnes dans le besoin, peut être plus utile que bien des sermons. « Combien est agréable, dit Salomon, une parole dite à propos ! »

3. Nous devons nous appliquer à édifier ceux qui sont déjà véritablement convertis. À cet égard, notre œuvre est diverse, selon les divers états des chrétiens.

(1) Il y a dans notre troupeau beaucoup de jeunes et de faibles qui, bien que convertis depuis longtemps, n’ont encore que peu de progrès ou de force. C’est là, en vérité, la condition la plus commune des hommes pieux. La plupart se contentent de faibles degrés de grâce, et il n’est pas facile de les faire monter plus haut. Les amener à des opinions plus élevées et plus rigoureuses est facile, c’est-à-dire les faire passer de la vérité à l’erreur, à droite aussi bien qu’à gauche ; mais accroître leur connaissance et leurs dons n’est pas facile, et accroître leurs grâces est le plus difficile de tout. C’est une chose bien triste pour des chrétiens que d’être faibles : cela nous expose aux dangers ; cela diminue nos consolations et notre joie en Dieu, et ôte la douceur des voies de la sagesse ; cela nous rend moins utiles à Dieu et aux hommes, nous fait apporter moins d’honneur à notre Maître, et faire moins de bien à tous ceux qui nous entourent. Nous retirons peu de profit de l’usage des moyens de grâce. Nous jouons trop facilement avec les appâts du serpent, et nous nous laissons prendre à ses ruses. Un séducteur nous ébranlera aisément, et l’on pourra nous faire paraître le mal comme bien, la vérité comme mensonge, le péché comme devoir ; et de même à l’inverse. Nous sommes moins capables de résister et de tenir bon dans le combat ; nous tombons plus vite ; nous nous relevons plus difficilement ; et nous sommes plus enclins à devenir un scandale et un opprobre pour notre profession. Nous nous connaissons moins nous-mêmes, et sommes plus sujets à nous tromper sur notre propre état, ne remarquant pas nos corruptions lorsqu’elles ont pris l’avantage sur nous. Nous déshonorons l’Évangile par notre faiblesse même, et sommes peu utiles à tous ceux qui nous entourent. En un mot, bien que nous vivions avec moins de profit pour nous-mêmes ou pour les autres, nous sommes pourtant peu disposés et trop mal préparés à mourir.

Or, puisque la faiblesse chez les convertis est une chose si triste, avec quelle diligence ne devrions-nous pas entretenir et accroître leur grâce ! La force des chrétiens est l’honneur de l’Église. Quand ils sont embrasés de l’amour de Dieu, qu’ils vivent d’une foi vivante et agissante, qu’ils font peu de cas des profits et des honneurs du monde, qu’ils s’aiment ardemment les uns les autres d’un cœur pur, qu’ils savent supporter une injustice et la pardonner de bon cœur, souffrir avec joie pour la cause de Christ, s’appliquer à faire le bien, et marcher dans le monde sans offense et sans reproche, qu’ils sont prêts à se faire serviteurs de tous pour leur bien, se faisant tout à tous afin de les gagner à Christ, et pourtant s’abstenant de toute apparence de mal, et assaisonnant toutes leurs actions d’un doux mélange de prudence, d’humilité, de zèle et d’esprit céleste – oh ! quel honneur de tels chrétiens sont pour leur profession ! Quel ornement pour l’Église ; et combien utiles à Dieu et aux hommes ! Les hommes croiraient plus volontiers que l’Évangile vient du ciel, s’ils voyaient davantage de tels effets produits par lui dans le cœur et la vie de ceux qui le professent. Le monde est plus capable de lire la nature de la religion dans la vie d’un homme que dans la Bible. « Ceux qui n’obéissent point à la parole peuvent être gagnés par la conduite » de ceux qui se distinguent ainsi par leur piété. C’est donc une partie très importante de notre œuvre que de travailler davantage à polir et à perfectionner les saints, afin qu’ils soient forts dans le Seigneur et rendus propres au service de leur Maître.

(2) Une autre catégorie de convertis qui ont besoin de notre aide particulière, ce sont ceux qui luttent contre quelque corruption particulière, laquelle tient leurs grâces sous le joug, et fait d’eux un tourment pour les autres et un fardeau pour eux-mêmes. Hélas ! il n’y a que trop de personnes de cette sorte. Les uns sont particulièrement adonnés à l’orgueil, les autres à l’esprit mondain ; certains aux désirs sensuels, d’autres à l’humeur revêche ou à d’autres passions mauvaises. Or, c’est notre devoir de venir en aide à tous ceux-là ; et, en partie par des exhortations à s’en détourner et en mettant clairement au jour ce que le péché a d’odieux, en partie par des directions appropriées quant au remède, de les aider à remporter une victoire plus complète sur leurs corruptions. Nous sommes les chefs de l’armée de Christ contre les puissances de l’enfer, et nous devons résister à toutes les œuvres des ténèbres partout où nous les trouvons, fût-ce chez les enfants de lumière. Nous ne devons pas ménager davantage les péchés des hommes pieux que ceux des impies, ni leur témoigner plus d’amitié ou de faveur. Plus nous aimons leurs personnes, plus nous devons le manifester en nous opposant à leurs péchés. Et pourtant nous devons nous attendre à rencontrer ici quelques personnes susceptibles, surtout lorsque l’iniquité a pris de l’ascendant, s’est fait un parti, et que beaucoup se sont épris d’elle ; elles seront aussi irritables et aussi impatientes de la répréhension que certains hommes pires qu’elles, et peut-être iront-elles jusqu’à mettre la piété elle-même du côté de leurs fautes. Mais les pasteurs de Christ doivent faire leur devoir, malgré cette mauvaise humeur ; et ils ne doivent pas haïr leur frère au point de s’abstenir de le reprendre, ni laisser le péché peser sur son âme. Il faut, sans aucun doute, le faire avec beaucoup de prudence ; mais il faut le faire.

(3) Une autre catégorie qui réclame une aide particulière, ce sont les chrétiens en déclin, qui sont soit tombés dans quelque péché scandaleux, soit relâchés dans leur zèle et leur diligence, et qui montrent qu’ils ont perdu leur premier amour. Autant le cas des rétrogrades est triste, autant notre diligence doit être grande pour leur relèvement. Il est triste pour eux de perdre une si grande part de leur vie, de leur paix et de leur utilité au service de Dieu, et de devenir si utiles à Satan et à sa cause. Il est triste pour nous de voir que tout notre labeur en est venu là, et qu’après tant de peine prise pour eux et tant d’espérances placées en eux, tout se trouve à ce point frustré. Le plus triste de tout est de penser que Dieu soit ainsi déshonoré par ceux qu’il a tant aimés et pour qui il a tant fait, et que Christ soit ainsi blessé dans la maison de ses amis. De plus, le relâchement partiel tend naturellement à l’apostasie totale, et il y aboutirait si une grâce spéciale ne l’en empêchait. Or, plus le cas de ces chrétiens est triste, plus nous devons nous dépenser pour leur relèvement. Nous devons « redresser ceux qui sont surpris en quelque faute, avec un esprit de douceur », et pourtant veiller à ce que la plaie soit sondée à fond et guérie, et l’articulation bien remise en place, quelle que soit la douleur qu’il en coûte. Nous devons regarder surtout à l’honneur de l’Évangile, et veiller à ce qu’ils donnent de telles preuves d’une vraie repentance, et fassent une confession si libre et si complète de leur péché, que quelque réparation soit ainsi faite à l’Église et à leur sainte profession, pour la blessure qu’ils ont infligée à la religion. Il faut beaucoup d’habileté pour relever une telle âme.

(4) La dernière catégorie que je relèverai ici comme réclamant notre attention, ce sont les forts ; car eux aussi ont besoin de notre aide : en partie pour conserver la grâce qu’ils ont ; en partie pour les aider à faire de nouveaux progrès ; en partie pour les diriger dans l’emploi de leur force au service de Christ et pour l’assistance de leurs frères ; et aussi pour les encourager à persévérer, afin qu’ils reçoivent la couronne.

Tous ceux-là sont les objets de l’œuvre du ministère, et à l’égard de chacun d’eux, nous devons « prendre garde à tout le troupeau ».

4. Nous devons avoir un œil particulier sur les familles, pour veiller à ce qu’elles soient bien réglées et que les devoirs de chaque relation y soient remplis. La vie de la religion, ainsi que le bien et la gloire tant de l’Église que de l’État, dépendent beaucoup du gouvernement de la famille et des devoirs qui s’y rattachent. Si nous en tolérons la négligence, nous défairons tout. Que pourrons-nous faire nous-mêmes pour réformer une assemblée, si toute l’œuvre est rejetée sur nous seuls, et que les chefs de famille négligent ce devoir nécessaire qui leur incombe, et par lequel ils sont tenus de nous aider ? Si quelque bien est commencé dans une âme par le ministère, une famille insouciante, sans prière et mondaine risque fort de l’étouffer ou de l’entraver grandement ; tandis que, si vous pouviez seulement amener les chefs de famille à faire leur devoir, à reprendre l’œuvre là où vous l’avez laissée et à la faire avancer, quelle abondance de bien pourrait s’accomplir ! Je vous en supplie donc, si vous désirez la réforme et le bien de votre peuple, faites tout ce que vous pouvez pour promouvoir la religion familiale. À cette fin, permettez-moi de vous prier de veiller aux choses suivantes :

(1) Informez-vous de la manière dont chaque famille est réglée, afin de savoir comment procéder dans vos efforts pour leur plus grand bien.

(2) Allez de temps en temps chez eux, au moment où ils ont le plus de chances d’être de loisir, et demandez au chef de famille s’il prie avec les siens et lit l’Écriture, ou ce qu’il fait. Efforcez-vous de convaincre de leur péché ceux qui négligent cela ; et si vous en avez l’occasion, priez avec eux avant de partir, et donnez-leur l’exemple de ce que vous voudriez qu’ils fassent. Peut-être aussi serait-il bon d’obtenir d’eux la promesse qu’ils se feront désormais davantage une conscience de leur devoir.

(3) Si vous en trouvez qui, par ignorance et faute de pratique, sont incapables de prier, persuadez-les d’étudier leurs propres besoins et d’en avoir le cœur touché, et, en attendant, conseillez-leur d’user d’une formule de prière plutôt que de ne pas prier du tout. Dites-leur toutefois que c’est leur péché et leur honte d’avoir vécu si négligemment qu’ils connaissent assez peu leurs propres besoins pour ne pas savoir parler à Dieu dans la prière, alors que n’importe quel mendiant trouve des mots pour demander l’aumône ; et que, par conséquent, une formule de prière n’est qu’un expédient de nécessité, comme une béquille pour un estropié, tant qu’ils ne peuvent bien faire sans elle ; mais qu’ils doivent résolument refuser de s’en contenter, et apprendre au plus vite à mieux faire, puisque la prière doit jaillir des sentiments du cœur et varier selon nos besoins et nos circonstances.

(4) Veillez à ce qu’il y ait dans chaque famille quelques livres utiles et touchants, outre la Bible. S’ils n’en ont aucun, persuadez-les d’en acheter ; s’ils n’ont pas les moyens de les acheter, donnez-leur-en si vous le pouvez. Si vous n’en avez pas vous-même les moyens, obtenez de quelques gentilshommes ou d’autres personnes riches, disposées aux bonnes œuvres, qu’ils le fassent. Et engagez-les à les lire le soir, quand ils sont de loisir, et surtout le jour du Seigneur.

(5) Indiquez-leur comment passer le jour du Seigneur ; comment expédier leurs affaires temporelles de manière à prévenir les embarras et les distractions ; et, quand ils ont été à l’église, comment employer le temps en famille. La vie de la religion en dépend beaucoup, car les pauvres gens n’ont pas d’autre temps libre de quelque importance ; si donc ils perdent celui-là, ils perdent tout, et demeureront ignorants et grossiers comme des bêtes. Persuadez le chef de chaque famille de faire réciter le catéchisme à ses enfants et à ses serviteurs chaque soir de sabbat, et de leur faire rendre compte de ce qu’ils ont entendu à l’église pendant la journée. Ne négligez pas, je vous en supplie, cette partie importante de votre œuvre. Amenez les chefs de famille à faire leur devoir, et non seulement ils vous épargneront beaucoup de travail, mais ils feront grandement avancer le succès de vos travaux. Si un capitaine peut amener les officiers placés sous ses ordres à faire leur devoir, il pourra commander les soldats avec beaucoup moins de peine que si tout reposait sur ses propres épaules. Vous n’avez guère de chances de voir une réforme générale avant d’avoir obtenu la réforme des familles. Il peut y avoir un peu de religion çà et là ; mais tant qu’elle reste confinée à des individus isolés et n’est pas encouragée dans les familles, elle ne prospérera pas et ne promettra guère d’accroissement à l’avenir.

5. Nous devons être diligents à visiter les malades, et à les aider à se préparer soit à une vie féconde, soit à une mort heureuse. Bien que ce doive être l’affaire de toute notre vie et de la leur, cela requiert pourtant, en un tel moment, un soin extraordinaire de leur part comme de la nôtre. Quand le temps est presque écoulé, et qu’ils doivent maintenant ou jamais être réconciliés avec Dieu, oh ! combien il leur importe de racheter ces heures et de saisir la vie éternelle ! Et quand nous voyons que nous n’aurons sans doute plus que quelques jours ou quelques heures pour leur parler en vue de leur bien éternel, qui donc, s’il n’est pas une souche ou un infidèle, ne voudrait pas être souvent auprès d’eux, et faire tout ce qu’il peut pour leur salut en ce court espace ? Ne serons-nous pas éveillés à la compassion en regardant un homme qui languit, et en pensant que d’ici quelques jours son âme sera au ciel ou en enfer ? Assurément, cela éprouvera la foi et le sérieux des pasteurs que d’être souvent auprès des mourants ! Ils auront ainsi l’occasion de discerner s’ils sont eux-mêmes véritablement sérieux quant aux choses de la vie à venir. Si grand est le changement opéré par la mort, qu’il devrait nous éveiller à la plus vive sensibilité de voir un homme si près d’elle, et susciter en nous les plus profonds élans de compassion, pour remplir auprès de l’âme l’office d’anges inférieurs avant qu’elle quitte le corps, afin qu’elle soit prête à être escortée par les anges supérieurs vers « l’héritage des saints dans la lumière ». Quand un homme est presque au bout de son voyage, et que le pas suivant le mènera au ciel ou en enfer, il est temps pour nous, tant qu’il y a de l’espoir, de l’aider si nous le pouvons.

Et de même que leur nécessité présente doit nous pousser à saisir cette occasion pour leur bien, ainsi doit le faire l’avantage qu’offrent la maladie et la perspective de la mort. Les pécheurs les plus endurcis eux-mêmes nous écouteront sur leur lit de mort, bien qu’ils nous aient méprisés auparavant. Ils laisseront alors tomber leur fureur, et seront doux comme des agneaux, eux qui étaient auparavant aussi indomptables que des lions. Je n’en trouve pas un sur dix, parmi les misérables les plus obstinés et les plus moqueurs de ma paroisse, qui, lorsqu’il vient à mourir, ne s’humilie, ne confesse ses fautes, ne paraisse repentant et ne promette, s’il venait à guérir, de réformer sa vie. Cyprien dit à ceux qui sont en santé : « Celui qui se rappelle chaque jour qu’il est mourant méprise le présent et se hâte vers les choses à venir. Combien plus celui qui se sent dans l’acte même de mourir. » Oh ! avec quelle résolution les pires des pécheurs sembleront rejeter leurs péchés, promettre de se réformer, et crier contre leur folie et contre la vanité de ce monde, quand ils voient que la mort ne plaisante plus avec eux et qu’il leur faut partir sans délai ! Peut-être direz-vous que ces changements forcés ne sont pas sincères, et que, par conséquent, nous n’avons guère d’espoir de leur faire quelque bien salutaire. J’avoue qu’il est très commun que des pécheurs soient effrayés jusqu’à former des résolutions sans effet, mais qu’il n’est pas aussi commun qu’ils soient, en un tel moment, convertis au Sauveur. C’est une remarque d’Augustin : « Il ne peut mal mourir, celui qui vit bien ; et à peine mourra-t-il bien, celui qui vit mal. » Pourtant « à peine » et « jamais » ne sont pas une seule et même chose. Cela devrait les rendre, eux et nous, d’autant plus diligents au temps de la santé, parce que c’est « à peine » ; mais nous devrions néanmoins nous démener jusqu’au dernier moment, en usant des meilleurs remèdes, parce que ce n’est pas « jamais ».

Mais comme je n’ai pas l’intention de fournir un directoire pour toute l’œuvre du ministère, je ne m’arrêterai pas à vous dire en détail ce qu’il faut faire pour les hommes à leur dernière extrémité ; je relèverai seulement trois ou quatre choses, comme particulièrement dignes de votre attention.

(1) N’attendez pas que leurs forces et leur intelligence les aient quittés, et que le temps soit si court que vous ne sachiez plus guère que faire ; mais allez vers eux dès que vous apprenez qu’ils sont malades, qu’ils vous fassent appeler ou non. (2) Quand le temps est si court qu’il n’y a pas moyen de les instruire méthodiquement dans les principes de la religion, ne manquez pas d’insister sur les points principaux, et de vous arrêter sur les vérités les plus propres à favoriser leur conversion : montrez-leur la gloire de la vie à venir, et le chemin par lequel elle nous a été acquise, et le grand péché et la folie qu’ils ont commis en la négligeant au temps de la santé ; mais aussi la possibilité qui leur reste encore de l’obtenir, s’ils veulent croire en Christ, le seul Sauveur, et se repentir de leurs péchés. (3) S’ils guérissent, ne manquez pas de leur rappeler leurs promesses et leurs résolutions du temps de la maladie. Allez les voir tout exprès pour les appliquer à leur conscience ; et chaque fois que, par la suite, vous les voyez se relâcher, allez vers eux et remettez-leur en mémoire ce qu’ils disaient lorsqu’ils étaient étendus sur un lit de malade. Et parce que cela est d’un si grand usage pour ceux qui guérissent, et a été le moyen de la conversion de bien des âmes, il est très nécessaire que vous alliez vers ceux dont la maladie n’est pas mortelle aussi bien que vers les mourants, afin d’avoir quelque avantage pour les pousser à la repentance, et de pouvoir ensuite plaider cela contre leurs péchés ; comme un évêque de Cologne, dit-on, répondit à l’empereur Sigismond, qui lui demandait quel était le chemin du salut : « Qu’il soit ce qu’il se proposait ou promettait d’être, la dernière fois qu’il fut tourmenté par la pierre et la goutte. »

6. Nous devons reprendre et avertir ceux qui vivent dans le scandale ou dans l’impénitence. Avant de porter de telles affaires devant l’Église ou devant ses conducteurs, il convient ordinairement que le pasteur essaie lui-même ce qu’il peut faire en privé pour amener le pécheur à la repentance, surtout s’il ne s’agit pas d’une faute publique. Il faut ici beaucoup d’habileté, et l’on doit faire une différence selon les divers tempéraments des coupables ; mais avec la plupart, il sera nécessaire de parler avec la plus grande franchise et la plus grande force, pour ébranler leur cœur insouciant et leur faire voir ce que c’est que de badiner avec le péché ; pour leur faire connaître le mal qu’il renferme et ses tristes effets, tant à l’égard de Dieu qu’à l’égard d’eux-mêmes.

7. La dernière partie de notre surveillance que je relèverai consiste dans l’exercice de la discipline de l’Église. Celle-ci consiste, après les répréhensions privées dont il a été question, en une répréhension plus publique, jointe à une exhortation à la repentance, en la prière pour le coupable, en la réintégration du pénitent, et en l’exclusion et l’évitement de l’impénitent.

(1) Dans le cas d’offenses publiques, et même de celles d’une nature plus privée, lorsque le coupable demeure impénitent, il doit être repris devant tous et invité de nouveau à la repentance. Ce n’en est pas moins notre devoir parce que nous nous sommes fait si peu de conscience de le pratiquer. Ce n’est pas seulement le commandement de Christ de le dire à l’Église, mais aussi celui de Paul de « reprendre devant tous » ; et l’Église l’a constamment pratiqué, jusqu’à ce que l’égoïsme et le formalisme l’aient rendue négligente en ceci comme en d’autres devoirs. Il n’y a pas lieu de douter que ce soit là notre devoir, et il n’y a pas davantage lieu de douter que nous avons été infidèles dans son accomplissement. Beaucoup d’entre nous, qui auraient honte de négliger la prédication ou la prière moitié autant, ont peu considéré ce qu’ils faisaient en vivant aussi longtemps que nous l’avons fait dans la négligence volontaire de ce devoir et des autres parties de la discipline. Nous ne pensons guère combien nous avons attiré sur nos propres têtes la culpabilité des jurons, de l’ivrognerie, de la fornication et d’autres crimes, en négligeant d’employer les moyens que Dieu a établis pour les guérir.

Si quelqu’un dit : Il y a peu d’apparence qu’une répréhension publique leur fasse du bien ; ils en seront plutôt irrités par la honte qu’elle leur inflige ; je réponds —

[a] Il sied mal à une créature d’accuser d’inutilité les ordonnances de Dieu, ou de dénigrer le service de Dieu au lieu de l’accomplir, et d’opposer son esprit à son Créateur. Dieu peut rendre utiles ses propres ordonnances ; autrement, il ne les aurait jamais établies.

[b] L’utilité de la discipline est manifeste : elle couvre le péché de honte et humilie le pécheur, et elle manifeste devant le monde entier la sainteté de Christ, de sa doctrine et de son Église.

[c] Que ferez-vous de tels pécheurs ? Les abandonnerez-vous comme désespérés ? Ce serait plus cruel que de leur administrer la répréhension. Userez-vous d’autres moyens ? Mais on suppose que tous les autres moyens ont été employés sans succès ; car ceci est le dernier remède.

[d] L’usage principal de cette discipline publique ne regarde pas le coupable lui-même, mais l’Église. Elle tend extrêmement à détourner les autres de semblables crimes, et ainsi à garder pures l’assemblée et son culte. Sénèque a pu dire : « Celui qui excuse les maux présents les transmet à la postérité. » Et ailleurs : « Celui qui épargne les coupables nuit aux bons. » (2) À la répréhension, nous devons joindre l’exhortation du coupable à la repentance, et à la profession publique de celle-ci pour la satisfaction de l’Église. Comme l’Église est tenue d’éviter la communion avec les pécheurs scandaleux impénitents, de même, après avoir eu la preuve de leur péché, elle doit aussi avoir quelque preuve de leur repentance ; car nous ne pouvons les savoir pénitents sans preuve ; et quelle preuve l’Église peut-elle avoir, sinon leur profession de repentance, et ensuite leur réforme effective ? Il faut, je l’avoue, user de beaucoup de prudence dans de telles procédures, de peur de faire plus de mal que de bien ; mais ce doit être une prudence chrétienne, qui règle les devoirs et les ajuste à leurs fins, et non une prudence charnelle, qui les énerve ou les supprime. En accomplissant ce devoir, nous devons agir humblement, même lorsque nous agissons le plus sévèrement, et faire voir que cela ne procède d’aucune malveillance, d’aucune disposition dominatrice, ni d’aucun désir de vengeance pour quelque injure, mais d’un devoir nécessaire que nous ne pouvons négliger en conscience ; c’est pourquoi il peut être convenable de montrer au peuple les commandements de Dieu qui nous obligent à faire ce que nous faisons, en des termes tels que ceux-ci : « Frères, le péché est un mal si odieux aux yeux du Dieu très saint, quelque peu de cas qu’en fassent les pécheurs impénitents, qu’il a préparé pour le punir les tourments éternels de l’enfer ; et aucun moyen moindre ne peut prévenir ce châtiment que le sacrifice du Fils de Dieu, appliqué à ceux qui s’en repentent véritablement et l’abandonnent ; c’est pourquoi Dieu, qui appelle tous les hommes à la repentance, nous a commandé : “exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! Afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché” (Hébreux 3:13) ; il nous a commandé de ne pas haïr notre frère dans notre cœur, mais d’avoir soin de reprendre notre prochain, et de ne pas souffrir le péché sur lui (Lévitique 19:17) ; et, si notre frère nous offense, de lui dire sa faute entre lui et nous ; s’il ne nous écoute pas, de prendre avec nous deux ou trois autres personnes ; s’il ne les écoute pas, de le dire à l’Église ; et s’il refuse d’écouter l’Église, qu’il soit pour nous comme un païen et un publicain (Matthieu 18:15-17) ; ceux qui pèchent, nous devons les reprendre devant tous, afin que les autres aussi éprouvent de la crainte (1 Timothée 5:20), et reprendre avec une pleine autorité (Tite 2:15) ; bien plus, si c’était un apôtre de Christ qui péchait ouvertement, il devrait être repris ouvertement, comme Paul le fit pour Pierre (Galates 2:11, 14) ; et s’ils ne se repentent pas, nous devons nous éloigner d’eux, et ne pas même manger avec un tel homme (2 Thessaloniciens 3:6, 11, 12, 14 ; 1 Corinthiens 5:11-13.)

« Ayant appris la conduite scandaleuse de A. B., de cette Église (ou paroisse), et ayant reçu des preuves suffisantes qu’il a commis l’odieux péché de —, nous avons sérieusement agi auprès de lui pour l’amener à la repentance ; mais, au grand regret de nos cœurs, nous ne voyons aucun résultat satisfaisant de nos efforts ; il semble au contraire demeurer toujours impénitent (ou bien il vit toujours dans le même péché, bien qu’il professe en paroles la repentance). Nous jugeons donc de notre devoir de recourir à ce remède supplémentaire que Christ nous a commandé d’essayer ; c’est pourquoi nous le supplions, au nom du Seigneur, sans plus tarder, de prendre à cœur la grandeur de son péché, le tort qu’il a fait à Christ et à lui-même, ainsi que le scandale et la peine qu’il a causés aux autres. Et je le supplie instamment, pour l’amour de sa propre âme, de considérer ce qu’il peut bien gagner par son péché et son impénitence, et si cela compensera la perte de la vie éternelle ; et comment il pense subsister devant Dieu au jugement, ou comparaître devant le Seigneur Jésus, quand la mort arrachera son âme à son corps, s’il est trouvé dans cet état d’impénitence. Et je le supplie, pour l’amour de sa propre âme, et, comme messager de Jésus-Christ, je le somme, sous peine d’en répondre au tribunal de Dieu, de déposer l’obstination et l’impénitence de son cœur, et de confesser et déplorer sans feinte son péché devant Dieu et devant cette assemblée. Et ce désir, je le publie ici, non par malveillance envers sa personne, le Seigneur le sait, mais par amour pour son âme, et par obéissance à Christ, qui m’en a fait un devoir ; désirant que, s’il est possible, il soit sauvé de son péché, de la puissance de Satan et de la colère éternelle de Dieu, et qu’il soit réconcilié avec Dieu et avec son Église ; et qu’il soit donc humilié par une vraie contrition, avant d’être humilié par une condamnation sans remède. »

C’est dans ce sens, à mon avis, que nos avertissements publics devraient procéder ; et dans certains cas, où le pécheur estime son péché petit, il peut être nécessaire d’en faire ressortir les circonstances aggravantes, en particulier en citant quelques passages de l’Écriture qui parlent de son mal et de son danger.

(3) À ces répréhensions et exhortations, nous devons joindre les prières de l’assemblée en faveur du coupable. Cela devrait se faire dans tous les cas de discipline, mais particulièrement si le coupable refuse d’être présent pour recevoir l’avertissement, ou ne donne aucune preuve de repentance et ne montre aucun désir des prières de l’assemblée. Dans de tels cas surtout, il conviendra que nous demandions nous-mêmes les prières de l’assemblée pour lui, en la priant de considérer en quelle effroyable condition se trouvent les impénitents, et d’avoir pitié d’une pauvre âme si aveuglée et si endurcie par le péché et par Satan qu’elle ne peut avoir pitié d’elle-même ; et de penser à ce que c’est, pour un homme, que de comparaître dans un tel état devant le Dieu vivant ; et par conséquent de s’unir dans une prière ardente à Dieu, afin qu’il lui ouvre les yeux, et qu’il amollisse et humilie son cœur obstiné, avant qu’il soit en enfer, sans remède. Et, en conséquence, soyons nous-mêmes très ardents à prier pour lui, afin que l’assemblée soit excitée à s’y joindre avec nous de tout son cœur ; et qui sait si Dieu n’entendra pas nos prières, et si le cœur du pécheur ne se laissera pas fléchir par elles, plus que par toutes nos exhortations ? C’est, à mon jugement, une pratique très louable de certaines Églises, qui ont coutume, trois jours de suite, de demander à l’assemblée de s’unir dans une prière ardente à Dieu pour que les yeux du pécheur soient ouverts, que son cœur soit amolli, et qu’il soit sauvé de l’impénitence et de la mort éternelle. Si les pasteurs voulaient accomplir ce devoir en conscience, entièrement et avec renoncement à eux-mêmes, ils pourraient en tirer quelque fruit et en attendre une bénédiction ; mais quand nous reculons devant tout ce qui est dangereux ou ingrat dans notre œuvre, et que nous esquivons tout ce qui est coûteux ou pénible, nous ne pouvons nous attendre à ce qu’un grand bien soit produit par un usage si charnel et si partiel des moyens ; et bien que quelques-uns puissent çà et là être touchés, nous ne pouvons pourtant espérer que l’Évangile se répande et soit glorifié quand nous faisons notre devoir d’une manière si boiteuse et si défectueuse. (4) Nous devons rétablir le pénitent dans la communion de l’Église. Comme nous ne devons pas apprendre au coupable à faire peu de cas de la discipline par une trop grande facilité, ainsi nous ne devons pas non plus le décourager par une trop grande sévérité. S’il paraît vraiment sensible au caractère coupable de sa conduite, et s’en repentir, nous devons veiller à ce qu’il confesse sa faute, et qu’il promette de fuir désormais de tels péchés, de veiller plus étroitement et de marcher plus prudemment, d’éviter la tentation, de se défier de ses propres forces et de s’appuyer sur la grâce qui est en Jésus-Christ.

Nous devons l’assurer des richesses de l’amour de Dieu, et de la suffisance du sang de Christ pour pardonner ses péchés, s’il croit et se repent.

Nous devons veiller à ce qu’il demande à être rétabli dans la communion de l’Église, et qu’il sollicite ses prières à Dieu pour son pardon et son salut.

Nous devons recommander à l’Église d’imiter Christ en pardonnant au pénitent et en le gardant dans son sein ; ou, s’il avait été retranché, en le rétablissant dans sa communion ; et de ne jamais lui reprocher ses péchés ni les lui jeter à la figure, mais de les lui pardonner, comme Christ le fait. Enfin, nous devons rendre grâces à Dieu pour son relèvement, et prier pour son affermissement et sa préservation à l’avenir.

(5) La dernière partie de la discipline consiste à exclure de la communion de l’Église ceux qui, après une épreuve suffisante, demeurent impénitents.

L’exclusion de la communion de l’Église, communément appelée excommunication, est de diverses sortes ou de divers degrés, qu’il ne faut pas confondre ; mais celle qui doit le plus communément se pratiquer parmi nous consiste seulement à écarter de notre communion un pécheur impénitent, jusqu’à ce qu’il plaise au Seigneur de lui donner la repentance.

Dans cette exclusion ou mise à l’écart, le pasteur ou les conducteurs de l’Église doivent, avec autorité, enjoindre au peuple, au nom du Seigneur, de n’avoir aucune communion avec lui, et le déclarer quelqu’un dont l’Église est tenue d’éviter la communion ; et c’est le devoir du peuple de l’éviter soigneusement, pourvu que l’injonction du pasteur ne contredise pas la Parole de Dieu. Néanmoins, nous devons prier pour la repentance et le rétablissement même des excommuniés ; et si Dieu leur donne la repentance, nous devons les recevoir de nouveau avec joie dans la communion de l’Église.

Plût à Dieu que nous fussions aussi fidèles dans la pratique de cette discipline que nous sommes convaincus de sa matière et de sa forme, et que nous ne la dépréciions et ne la déshonorions pas par notre négligence, tandis que nous écrivons et plaidons pour elle avec les plus hautes louanges ! Il vaut la peine de considérer qui, selon toute apparence, aura la plus lourde charge à ce sujet au tribunal de Dieu — ceux qui ont outragé et entravé la discipline par leur langue, parce qu’ils n’en connaissaient ni la nature ni la nécessité ; ou nous, qui l’avons tant avilie par notre omission constante, tandis que de notre langue nous l’exaltions ? Si l’hypocrisie n’est pas un péché, ou si la connaissance de la volonté de notre Maître n’aggrave en rien la désobéissance, alors nous pouvons être en meilleure posture qu’eux ; mais si ce sont là de grands maux, nous devons être bien pires que ceux-là mêmes que nous condamnons si bruyamment. Je ne conseillerai pas à ces zélés défenseurs et obstinés négligents de la discipline de se dédire de tout ce qu’ils ont dit, jusqu’à ce qu’ils soient prêts à faire ce qu’ils disent ; ni de rétracter leurs plaidoyers pour la discipline, jusqu’à ce qu’ils aient l’intention de la pratiquer ; ni de brûler tous les livres qu’ils ont écrits en sa faveur, et toutes les traces des frais et des risques qu’ils ont courus pour elle, de peur que ces témoignages ne s’élèvent en jugement contre eux, à leur confusion. Mais je voudrais les persuader de conformer sans plus tarder leur pratique aux témoignages qu’ils ont rendus, de peur que, plus il sera prouvé qu’ils ont recommandé la discipline, plus il ne soit prouvé qu’ils se sont condamnés eux-mêmes pour l’avoir négligée. J’ai été quelque peu stupéfait d’entendre certains, que je tenais pour de vénérables et pieux théologiens, dénigrer comme une secte les Sacramentaires et les Disciplinaires. Et quand je désirai savoir qui ils entendaient par là, ils me dirent qu’ils voulaient parler de ceux qui refusent de donner le sacrement à toute la paroisse, et de ceux qui veulent faire des distinctions par leur discipline. J’avais pensé que le tentateur aurait remporté une grande victoire s’il avait seulement amené un pieux pasteur d’une Église à négliger la discipline, tout autant que s’il l’avait amené à négliger la prédication ; bien plus encore s’il l’avait amené à approuver cette négligence : mais il semble qu’il en ait amené quelques-uns à se moquer de ceux qui accomplissent le devoir qu’eux-mêmes négligent. Ce dont je suis sûr, c’est que, si l’on comprenait bien quelle part de l’autorité et de l’œuvre pastorales consiste dans la conduite de l’Église, on discernerait aussi qu’être contre la discipline, c’est être bien près d’être contre le ministère ; qu’être contre le ministère, c’est être bien près d’être absolument contre l’Église ; et qu’être contre l’Église, c’est être bien près d’être absolument contre Christ. Ne blâmez pas la dureté de la conséquence avant de pouvoir l’éviter, et de vous laver de cette accusation devant le Seigneur.

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