Chapitre 5 · 33 min de lecture · 43 min d’écoute
Section 2 — Les motifs de cette surveillance
Après vous avoir montré ce que c’est que prendre garde à nous-mêmes, je vais maintenant vous présenter quelques motifs propres à vous réveiller à ce devoir.
1. Prenez garde à vous-mêmes, car vous avez un ciel à gagner ou à perdre, et des âmes qui doivent être heureuses ou malheureuses pour toujours ; c’est pourquoi il vous importe de commencer par vous-mêmes, et de prendre garde à vous-mêmes aussi bien qu’aux autres. Une bonne prédication peut servir au salut des autres sans la sainteté de votre propre cœur et de votre propre vie ; c’est du moins possible, bien que moins ordinaire ; mais il est impossible qu’elle vous sauve vous-mêmes. « Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? » et il leur répondra : « Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » Ô messieurs, combien d’hommes ont prêché Christ, et ont pourtant péri faute d’avoir en lui une part qui sauve ! Combien, qui sont maintenant en enfer, ont parlé à leur peuple des tourments de l’enfer et l’ont averti d’y échapper ! Combien ont prêché la colère de Dieu contre les pécheurs, qui la subissent maintenant ! Ô quel sort plus triste peut-il y avoir au monde que celui d’un homme qui a fait son métier et sa vocation même de proclamer le salut et d’aider les autres à gagner le ciel, et qui, après tout cela, en est lui-même exclu ! Hélas ! faut-il que nous ayons dans nos bibliothèques tant de livres qui nous enseignent le chemin du ciel ; que nous passions tant d’années à lire ces livres et à étudier la doctrine de la vie éternelle, et qu’après tout cela nous la manquions ! — que nous étudiions tant de sermons sur le salut, et que nous n’y parvenions pas ! — que nous prêchions tant de sermons sur la damnation, et que nous y tombions ? Et tout cela parce que nous avons prêché tant de sermons sur Christ, tandis que nous le négligions ; sur l’Esprit, tandis que nous lui résistions ; sur la foi, tandis que nous ne croyions pas nous-mêmes ; sur la repentance et la conversion, tandis que nous demeurions dans un état impénitent et inconverti ; et sur une vie céleste, tandis que nous restions nous-mêmes charnels et terrestres. Si nous ne voulons être théologiens que de langue et de titre, sans porter l’image divine dans notre âme, et sans nous livrer nous-mêmes à l’honneur et à la volonté de Dieu, il n’est pas étonnant que nous soyons séparés de la présence divine et privés pour toujours de la jouissance de Dieu. Croyez-le, messieurs, Dieu ne fait pas acception de personnes : il ne sauve pas les hommes à cause de leur habit ou de leur vocation ; une sainte vocation ne sauvera pas un homme qui n’est pas saint. Si vous vous tenez à la porte du royaume de la grâce pour éclairer les autres qui y entrent, sans vouloir y entrer vous-mêmes, vous frapperez en vain aux portes de la gloire, vous qui n’avez pas voulu entrer par la porte de la grâce. Vous découvrirez alors que vos lampes auraient dû contenir l’huile de la grâce aussi bien que celle des dons du ministère — de la sainteté aussi bien que de la doctrine — si vous vouliez avoir part à la gloire que vous prêchiez. Ai-je besoin de vous dire que les prédicateurs de l’Évangile doivent être jugés par l’Évangile, comparaître à la même barre, être condamnés aux mêmes conditions, et être traités avec autant de sévérité que n’importe quels autres hommes ? Pensez-vous donc être sauvés par votre état ecclésiastique, et vous en tirer avec un « Il passait pour un homme d’Église », quand il manque le « Il a cru et vécu en chrétien » ? Hélas, il n’en sera rien ! Vous savez bien qu’il n’en sera rien. Prenez donc garde à vous-mêmes, pour l’amour de vous-mêmes, puisque vous avez une âme à sauver ou à perdre, aussi bien que les autres.
2. Prenez garde à vous-mêmes, car vous avez une nature dépravée et des penchants pécheurs, aussi bien que les autres. Si Adam innocent avait besoin de vigilance, et s’est perdu, et nous avec lui, faute d’en avoir eu, combien plus des gens comme nous en ont-ils besoin ! Le péché habite en nous, même quand nous avons prêché contre lui tant et plus ; un degré prépare le cœur à un autre, et un péché incline l’esprit à d’autres encore. Si un voleur est dans la maison, il fera entrer les autres, car ils ont la même disposition et le même dessein. Une étincelle est le commencement d’une flamme, et une petite maladie peut en causer une plus grave. Un homme qui se sait à demi aveugle doit prendre garde à ses pas. Hélas ! dans nos cœurs, aussi bien que dans ceux de nos auditeurs, il y a de l’aversion pour Dieu, de l’éloignement à son égard, des passions déraisonnables et presque indomptables ! Il y a en nous, au mieux, des restes d’orgueil, d’incrédulité, de recherche de soi, d’hypocrisie, et de tous les péchés les plus odieux et les plus mortels. Ne nous importe-t-il donc pas de prendre garde à nous-mêmes ? Tant de ce feu de l’enfer qui fut d’abord allumé en nous est-il encore inéteint ? Y a-t-il tant de traîtres au fond même de nos cœurs, et n’est-il pas nécessaire que nous prenions garde ? Vous laissez à peine vos petits enfants marcher seuls tant qu’ils sont faibles, sans leur crier de prendre garde de tomber. Et hélas ! que ceux d’entre nous qui paraissent les plus forts sont faibles ! Qu’ils sont prompts à trébucher sur un simple brin de paille ! Qu’il faut peu de chose pour nous abattre, en nous entraînant à la folie, ou en enflammant nos passions et nos désirs déréglés, en faussant notre jugement, en affaiblissant nos résolutions, en refroidissant notre zèle et en relâchant notre diligence ! Les pasteurs ne sont pas seulement fils d’Adam, mais aussi pécheurs contre la grâce de Christ, comme les autres, et ils ont ainsi aggravé leur péché originel. Ces cœurs perfides qui sont les vôtres vous tromperont un jour ou l’autre, si vous ne prenez pas garde. Ces péchés qui semblent maintenant morts revivront : votre orgueil, votre mondanité et maint vice pernicieux, que vous pensiez avoir arrachés jusqu’à la racine, repousseront. Il est donc des plus nécessaires que des hommes d’une telle infirmité prennent garde à eux-mêmes, et veillent avec soin sur leur propre âme.
3. Prenez garde à vous-mêmes, parce que le tentateur vous assaillira de ses tentations plus que les autres hommes. Si vous voulez être les chefs dans la lutte contre le prince des ténèbres, il ne vous épargnera que dans la mesure où Dieu le retient. Il porte la plus grande malveillance à ceux qui sont engagés à lui faire le plus de mal. Comme il hait Christ plus qu’aucun de nous, parce qu’il est le Général en campagne, le Chef de notre salut, et qu’il fait plus contre son royaume que le monde entier ensemble ; de même il hait les chefs placés sous Christ plus que les simples soldats : il sait quelle déroute il peut provoquer parmi ceux-ci, si les chefs tombent sous leurs yeux. Il a longtemps pratiqué cette manière de combattre, sans s’attaquer comparativement ni aux grands ni aux petits, mais en frappant les bergers afin de disperser le troupeau ; et il a eu tant de succès de cette façon qu’il continuera à la suivre autant qu’il le pourra. Prenez donc garde, frères, car l’ennemi a l’œil particulièrement sur vous. Vous aurez ses insinuations les plus subtiles, ses sollicitations incessantes et ses assauts violents. Si sages et si savants que vous soyez, prenez garde à vous-mêmes, de peur qu’il ne vous surpasse en ruse. Le diable est plus savant que vous, et plus agile à la dispute ; il peut se déguiser en ange de lumière pour tromper ; il s’introduira en vous et vous fera trébucher avant que vous vous en aperceviez ; il jouera avec vous les escamoteurs sans que vous le discerniez, et vous dérobera votre foi ou votre innocence, sans que vous sachiez que vous l’avez perdue ; bien plus, il vous fera croire qu’elle s’est multipliée ou accrue, quand elle est perdue. Vous ne verrez ni l’hameçon ni la ligne, encore moins le rusé pêcheur lui-même, pendant qu’il vous présente son appât. Et son appât sera si bien ajusté à votre tempérament et à votre disposition, qu’il est sûr de trouver en vous des avantages, et de faire en sorte que vos propres principes et penchants vous trahissent ; et chaque fois qu’il vous ruinera, il fera de vous les instruments de la ruine des autres. Ô quelle conquête pensera-t-il avoir remportée, s’il peut rendre un pasteur paresseux et infidèle, s’il peut entraîner un pasteur dans la cupidité ou le scandale ! Il triomphera de l’Église et dira : « Voilà vos saints prédicateurs ! Voyez ce qu’est leur rigorisme, et où il les mène. » Il triomphera de Jésus-Christ lui-même et dira : « Voilà tes champions ! Je puis amener tes principaux serviteurs à t’outrager ; je puis rendre infidèles les intendants de ta maison. » S’il a ainsi insulté Dieu sur un faux soupçon, en lui disant qu’il pouvait amener Job à le maudire en face, que fera-t-il s’il venait à l’emporter sur vous ? Et à la fin, il vous insultera tout autant, pour avoir pu vous amener à trahir votre grande charge, à souiller votre sainte profession, et à rendre tant de services à celui qui était votre ennemi. Oh ! ne donnez pas cette satisfaction à Satan ; ne lui offrez pas un tel divertissement ; ne souffrez pas qu’il vous traite comme les Philistins traitèrent Samson, en vous privant d’abord de votre force, puis en vous crevant les yeux, pour faire ainsi de vous l’objet de son triomphe et de sa dérision.
4. Prenez garde à vous-mêmes, parce qu’il y a beaucoup d’yeux fixés sur vous, et qu’il y en aura beaucoup pour observer vos chutes. Vous ne pouvez faillir sans que le monde en retentisse. Les éclipses du soleil en plein jour ont rarement lieu sans témoins. Puisque vous vous tenez pour les lumières des Églises, vous pouvez vous attendre à ce que les yeux des hommes soient sur vous. Si d’autres hommes peuvent pécher sans être observés, vous, vous ne le pouvez pas. Et vous devriez considérer avec reconnaissance quelle grande miséricorde c’est d’avoir tant d’yeux pour veiller sur vous, et tant de gens prêts à vous signaler vos fautes ; vous avez ainsi plus de secours que les autres, du moins pour vous retenir de pécher. Bien qu’ils puissent le faire dans un esprit malveillant, vous en avez pourtant l’avantage. À Dieu ne plaise que nous soyons assez impudents pour faire le mal sous les yeux de tous, et pour pécher volontairement pendant que le monde nous regarde ! « Ceux qui dorment dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent s’enivrent la nuit. » Eh bien, considérez que vous êtes toujours en pleine lumière : la lumière même de votre propre doctrine exposera vos mauvaises actions. Puisque vous êtes comme des lumières placées sur une montagne, ne pensez pas rester cachés. Prenez donc garde à vous-mêmes, et faites votre œuvre comme des gens qui se souviennent que le monde les regarde, et cela avec l’œil perçant de la malveillance, prêt à tout prendre au pire, à trouver la moindre faute là où elle est, à l’aggraver là où il la trouve, à la divulguer et à en tirer parti pour ses propres desseins, et à inventer des fautes là où il ne peut en trouver. Avec quelle prudence ne devrions-nous donc pas marcher devant tant d’observateurs malintentionnés !
5. Prenez garde à vous-mêmes, car vos péchés ont des circonstances aggravantes plus odieuses que ceux des autres hommes. C’était une parole du roi Alphonse qu’« un grand homme ne peut commettre un petit péché » ; à plus forte raison pouvons-nous dire qu’un homme instruit, ou un homme qui enseigne les autres, ne peut commettre un petit péché ; ou du moins que le péché est grand commis par lui, qui serait moindre commis par un autre.
(1) Vous êtes plus exposés que les autres à pécher contre la connaissance, parce que vous en avez davantage ; du moins péchez-vous contre plus de lumière, ou de moyens de connaissance. Quoi ! ne savez-vous pas que la cupidité et l’orgueil sont des péchés ? ne savez-vous pas ce que c’est que d’être infidèle à votre charge, et de trahir les âmes des hommes par négligence ou par recherche de vous-mêmes ? Vous connaissez « la volonté de votre maître ; et si vous ne la faites pas, vous serez battus d’un grand nombre de coups ». Il y a nécessairement d’autant plus de volonté délibérée qu’il y a plus de connaissance.
(2) Vos péchés renferment d’autant plus d’hypocrisie que ceux des autres hommes, que vous avez davantage parlé contre eux. Ô quelle chose odieuse, chez nous, que d’étudier comment discréditer le péché le plus possible, et le rendre aussi haïssable que nous le pouvons aux yeux de notre peuple, et, cela fait, de vivre dedans, et de chérir en secret ce que nous discréditons en public ! Quelle vile hypocrisie que de faire notre œuvre quotidienne de le décrier, et pourtant de nous y attacher ; de le déclarer publiquement tout mauvais, et d’en faire en privé notre compagnon de lit et de route ; de lier sur les autres de pesants fardeaux, sans les toucher nous-mêmes du doigt ! Que pourrez-vous dire à cela au jugement ? Pensiez-vous autant de mal du péché que vous en disiez, ou non ? Si vous ne le pensiez pas, pourquoi parliez-vous contre lui en dissimulant ? Si vous le pensiez, pourquoi le gardiez-vous et le commettiez-vous ? Oh ! ne portez pas cette marque du pharisien hypocrite : « Ils disent, et ne font pas. » Maint pasteur de l’Évangile sera confondu, et ne pourra lever les yeux, à cause de cette lourde accusation d’hypocrisie.
(3) Vos péchés renferment d’autant plus de perfidie que ceux des autres hommes, que vous vous êtes davantage engagés contre eux. Outre tous vos engagements communs en tant que chrétiens, vous en avez beaucoup d’autres en tant que pasteurs. Combien de fois avez-vous proclamé le mal et le danger du péché, et appelé les pécheurs à s’en détourner ? Combien de fois avez-vous prononcé contre lui les terreurs du Seigneur ? Tout cela impliquait assurément que vous y renonciez vous-mêmes. Chaque sermon que vous avez prêché contre lui, chaque exhortation, chaque confession que vous en avez faite dans l’assemblée, vous engageait à l’abandonner. Chaque enfant que vous avez baptisé, et chaque administration de la cène du Seigneur, signifiait votre propre renoncement au monde et à la chair, et votre engagement envers Christ. Combien de fois, et combien ouvertement, avez-vous rendu témoignage à la nature odieuse et damnable du péché ? et pourtant vous l’accueillerez, malgré toutes ces professions et tous ces témoignages qui sont les vôtres ? Ô quelle trahison que de faire tant de bruit contre lui en chaire, et, après tout cela, de l’accueillir dans ton cœur, de lui donner la place qui est due à Dieu, et même de le préférer à la gloire des saints !
6. Prenez garde à vous-mêmes, parce que des œuvres aussi grandes que les nôtres exigent plus de grâce que celles des autres hommes. Des dons et des grâces plus faibles peuvent suffire à un homme pour mener un genre de vie plus uni, qui n’est pas exposé à d’aussi grandes épreuves. Une force moindre peut suffire pour des œuvres et des fardeaux plus légers. Mais si vous voulez vous aventurer dans les grandes entreprises du ministère ; si vous voulez conduire les troupes de Christ contre Satan et ses partisans ; si vous voulez vous engager contre les dominations et les autorités, et contre les esprits méchants dans les lieux célestes ; si vous entreprenez d’arracher des pécheurs captifs aux griffes du diable ; ne pensez pas qu’une conduite insouciante et négligente accomplira une œuvre aussi grande que celle-là. Vous devez vous attendre à en sortir avec plus de honte et des blessures de conscience plus profondes que si vous aviez mené une vie ordinaire, si vous pensez venir à bout de choses aussi graves avec une âme négligente. Ce n’est pas seulement l’œuvre qui exige de la vigilance, mais aussi l’ouvrier, afin qu’il soit apte à une tâche d’un tel poids. Nous avons vu bien des hommes qui, vivant en simples chrétiens, avaient une bonne réputation de talents et de piété, et qui, lorsqu’ils se sont chargés de la magistrature ou d’un emploi militaire, où l’œuvre dépassait leurs dons et où les tentations l’emportaient sur leurs forces, se sont révélés des hommes scandaleux et déshonorés. Et nous avons vu quelques simples chrétiens, bien estimés, qui, ayant pensé trop de bien de leurs talents et s’étant poussés dans la charge pastorale, se sont révélés des hommes faibles et vides, et sont devenus pour l’Église de plus lourds fardeaux que certains de ceux que nous nous sommes efforcés d’écarter. Ils auraient pu rendre plus de services à Dieu au rang supérieur des simples fidèles qu’ils ne lui en rendent au plus bas rang du ministère. Si donc vous voulez vous aventurer au milieu des ennemis, et supporter la fatigue du jour et la chaleur, prenez garde à vous-mêmes.
7. Prenez garde à vous-mêmes, car l’honneur de votre Seigneur et Maître, ainsi que de sa sainte vérité et de ses voies, repose sur vous plus que sur les autres hommes. De même que vous pouvez lui rendre plus de services, vous pouvez aussi lui nuire plus que les autres. Plus les hommes se tiennent près de Dieu, plus leurs fautes lui causent de déshonneur, et plus elles seront imputées à Dieu lui-même par les insensés. Les lourds jugements exécutés sur Éli et sur sa maison vinrent de ce qu’ils foulaient aux pieds ses sacrifices et ses offrandes : « Ces jeunes gens se rendaient coupables devant l’Éternel d’un très grand péché, parce qu’ils méprisaient les offrandes de l’Éternel. » Ce fut cette grande circonstance aggravante, d’avoir « fait blasphémer les ennemis de l’Éternel », qui poussa Dieu à traiter David plus sévèrement qu’il ne l’aurait fait autrement. Si vous êtes vraiment chrétiens, la gloire de Dieu vous sera plus chère que votre vie. Prenez donc garde à ce que vous faites contre elle, comme vous prendriez garde à ce que vous faites contre votre vie. Ne seriez-vous pas blessés jusqu’au cœur d’entendre le nom et la vérité de Dieu outragés à cause de vous ; de voir les hommes vous montrer du doigt et dire : « Voilà un prêtre cupide, un buveur en cachette, un homme scandaleux ; ce sont eux qui prêchent la rigueur, tandis qu’eux-mêmes peuvent vivre aussi relâchés que les autres ; ils nous condamnent par leurs sermons, et se condamnent eux-mêmes par leur vie ; malgré tous leurs discours, ils ne valent pas mieux que nous » ? Ô frères, vos cœurs pourraient-ils supporter d’entendre les hommes jeter l’ordure de vos iniquités à la face du Dieu saint, à la face de l’Évangile, et de tous ceux qui désirent craindre le Seigneur ? Ne seriez-vous pas brisés de cœur à la pensée que tous les chrétiens pieux qui vous entourent auraient à souffrir l’opprobre à cause de vos méfaits ? Car si l’un de vous, qui est un conducteur du troupeau, se laissait prendre une seule fois à quelque crime scandaleux, il n’y aurait guère d’homme ni de femme recherchant avec diligence son salut, à portée d’en entendre parler, qui, outre la douleur de son cœur à cause de votre péché, ne risque de se le voir jeter au visage par les impies qui l’entourent, si fort qu’il le déteste et le déplore. Le mari impie le dira à sa femme, les parents impies le diront à leurs enfants, et les voisins et compagnons de service impies se le raconteront les uns aux autres, en disant : « Voilà vos pieux prédicateurs ! Voyez ce qui sort de tout votre zèle. En quoi valez-vous mieux que les autres ? Vous êtes tous pareils. » Voilà les paroles que tous les gens pieux du pays devront entendre à cause de vous. « Il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive! » Oh ! prenez garde, frères, à chaque parole que vous dites et à chaque pas que vous faites, car vous portez l’arche du Seigneur, — son honneur vous est confié ! Si vous qui « connaissez sa volonté, appréciez la différence des choses, étant instruits par la loi, et vous flattez d’être les conducteurs des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, les docteurs des insensés, les maîtres des ignorants », — si vous, dis-je, viviez à l’encontre de votre doctrine, et « en transgressant la loi déshonoriez Dieu, le nom de Dieu sera blasphémé » parmi les ignorants et les impies « à cause de vous ». Et vous n’ignorez pas ce décret immuable du ciel : « J’honorerai celui qui m’honore, mais ceux qui me méprisent seront méprisés. » Jamais homme n’a déshonoré Dieu sans que ce soit devenu son propre plus grand déshonneur. Dieu trouvera bien assez de moyens d’effacer toute tache jetée sur lui ; mais vous n’ôterez pas si facilement de vous-mêmes la honte et la douleur.
8. Enfin, prenez garde à vous-mêmes, car le succès de tous vos travaux en dépend pour une très grande part. Dieu a coutume de rendre les hommes aptes aux grandes œuvres avant de les employer comme ses instruments pour les accomplir. Or, si l’œuvre du Seigneur n’est pas solidement accomplie dans votre propre cœur, comment pouvez-vous vous attendre à ce qu’il bénisse vos travaux pour l’accomplir chez les autres ? Il peut le faire, s’il lui plaît, mais vous avez bien des raisons de douter qu’il le fera. Je mentionnerai ici quelques raisons propres à vous convaincre que celui qui voudrait être un moyen de sauver les autres doit prendre garde à lui-même, et que Dieu fait plus rarement prospérer les travaux des hommes non sanctifiés.
(1) Peut-on s’attendre à ce que Dieu bénisse les travaux d’un homme (je veux dire comparativement, par rapport aux autres pasteurs) qui travaille, non pour Dieu, mais pour lui-même ? Or, tel est le cas de tout homme non sanctifié. Seuls les hommes convertis font de Dieu leur fin principale et font tout, ou quoi que ce soit, de bon cœur pour son honneur ; les autres ne font du ministère qu’un métier pour gagner leur vie. Ils le choisissent plutôt qu’une autre vocation parce que leurs parents les y ont destinés, ou parce qu’il leur procure une subsistance suffisante ; parce que c’est une vie où ils ont plus d’occasions d’enrichir leur intelligence de toute sorte de science ; ou parce qu’il n’est pas si pénible pour le corps, chez ceux qui ont envie de ménager leur chair ; parce qu’il s’accompagne d’une certaine révérence et d’un certain respect de la part des hommes, et parce qu’ils trouvent beau d’être des conducteurs et des maîtres, et que d’autres « demandent la loi à leur bouche ». C’est pour de telles fins qu’ils sont pasteurs, et pour elles qu’ils prêchent ; et sans elles, ou d’autres semblables, ils auraient tôt fait d’y renoncer. Et peut-on s’attendre à ce que Dieu bénisse beaucoup les travaux de tels hommes ? Ce n’est pas pour lui qu’ils prêchent, mais pour eux-mêmes, pour leur réputation ou leur profit. Ce n’est pas lui, mais eux-mêmes, qu’ils cherchent et servent ; il n’est donc pas étonnant qu’il les abandonne à eux-mêmes quant au succès, que leurs travaux n’aient pas d’autre bénédiction que celle qu’ils peuvent se donner eux-mêmes, et que la Parole n’aille pas plus loin que leur propre force ne peut la faire aller.
(2) Pouvez-vous penser que celui-là ait autant de chances de succès que les autres, qui ne s’applique pas de bon cœur et fidèlement à son œuvre, qui ne croit pas ce qu’il dit, et qui n’est pas vraiment sérieux quand il paraît le plus diligent ? Et pouvez-vous penser qu’un homme non sanctifié puisse être sincère et sérieux dans l’œuvre du ministère ? Il peut certes avoir une sorte de sérieux, tel qu’il procède d’une foi ou d’une opinion commune que la Parole est vraie ; ou il peut être mû par une ferveur naturelle, ou par des fins égoïstes ; mais le sérieux et la fidélité d’un vrai croyant, qui vise en dernier ressort la gloire de Dieu et le salut des hommes, cela, il ne l’a pas. Ô messieurs, toutes vos prédications et toutes vos exhortations aux autres ne seront que rêverie et vile hypocrisie, tant que l’œuvre n’aura pas été accomplie à fond dans votre propre cœur. Comment pouvez-vous vous appliquer jour et nuit à une œuvre pour laquelle votre cœur charnel a de l’aversion ? Comment pouvez-vous appeler avec une ferveur sérieuse les pauvres pécheurs à se repentir et à revenir à Dieu, vous qui ne vous êtes jamais repentis ni convertis vous-mêmes ? Comment pouvez-vous poursuivre de bon cœur les pauvres pécheurs de vos sollicitations pressantes, pour qu’ils prennent garde au péché et mènent une vie sainte, vous qui n’avez jamais senti vous-mêmes le mal du péché ni le prix de la sainteté ?
Ces choses ne sont jamais bien connues tant qu’elles ne sont pas senties, ni bien senties tant qu’elles ne sont pas possédées ; et celui qui ne les sent pas lui-même n’est guère en état d’en parler aux autres avec sentiment, ni d’aider les autres à les sentir. Comment pouvez-vous poursuivre les pécheurs, la compassion au cœur et les larmes aux yeux, et les supplier au nom du Seigneur d’arrêter leur course, de revenir et de vivre, vous qui n’avez jamais eu assez de compassion pour votre propre âme pour en faire autant pour vous-mêmes ? Quoi ! pouvez-vous aimer les autres hommes mieux que vous-mêmes ? Pouvez-vous avoir pitié d’eux, vous qui n’avez pas pitié de vous-mêmes ? Messieurs, pensez-vous qu’ils mettront un zèle sincère à sauver les hommes de l’enfer, ceux qui ne sont pas sincèrement persuadés qu’il y a un enfer ? Ou à conduire les hommes au ciel, ceux qui ne croient pas vraiment qu’il y a un ciel ? Comme le dit Calvin sur mon texte : « Car jamais l’homme qui néglige son propre salut ne prendra un soin diligent du salut des autres. » Celui qui n’a pas une foi assez forte en la Parole de Dieu et en la vie à venir pour détacher son propre cœur des vanités de ce monde et l’exciter à une sainte diligence pour son salut, on ne peut s’attendre à ce qu’il soit fidèle à rechercher le salut des autres hommes. Assurément, celui qui ose se damner lui-même osera laisser les autres sur le chemin de la damnation ; celui qui, comme Judas, vendra son Maître pour de l’argent, ne se fera pas scrupule de trafiquer du troupeau ; celui qui abandonnera ses espérances du ciel plutôt que de quitter ses plaisirs mondains et charnels, aura bien de la peine à les quitter pour le salut des autres. Nous pouvons naturellement concevoir que celui qui est volontairement cruel envers lui-même n’aura pas pitié des autres ; qu’on ne doit pas confier les âmes des autres hommes à celui qui est infidèle à la sienne, et qui la vendra au diable pour les courts plaisirs du péché. J’avoue que l’homme qui ne prend pas garde à lui-même, mais néglige sa propre âme, n’aura jamais mon consentement pour avoir la charge des âmes des autres et veiller sur elles en vue de leur salut, sauf en cas de nécessité absolue, faute de pouvoir trouver mieux.
(3) Pensez-vous qu’il soit vraisemblable que celui-là combatte Satan de toutes ses forces, qui est lui-même un serviteur de Satan ? Fera-t-il grand tort au royaume du diable, celui qui est lui-même un membre et un sujet de ce royaume ? Sera-t-il fidèle à Christ, celui qui est en alliance avec son ennemi ? Or, tel est le cas de tous les hommes non sanctifiés, de quelque rang ou de quelque profession qu’ils soient. Ils sont les serviteurs de Satan et les sujets de son royaume ; c’est lui qui règne dans leur cœur ; et ceux que le diable gouverne seront-ils vraisemblablement fidèles à Christ ? Quel prince choisira les amis et les serviteurs de son ennemi pour conduire ses armées dans la guerre contre lui ? Voilà ce qui a fait de tant de prédicateurs de l’Évangile des ennemis de l’œuvre même de l’Évangile qu’ils prêchent. Il n’est pas étonnant que de tels hommes tournent en dérision la sainte obéissance des fidèles, et que, tout en se chargeant de prêcher une vie sainte, ils accablent d’opprobres ceux qui la pratiquent ! Ô combien de tels traîtres y a-t-il eu dans l’Église de Christ en tous les siècles, qui ont fait plus contre lui, sous ses couleurs, qu’ils n’auraient pu le faire en rase campagne ! Ils parlent bien de Christ et de la piété en général, et pourtant ils font sournoisement ce qu’ils peuvent pour les discréditer, et pour faire croire aux hommes que ceux qui s’appliquent à chercher Dieu de tout leur cœur sont une bande d’exaltés ou d’hypocrites. Et quand la honte les empêche de parler ainsi en chaire, ils le font en privé parmi leurs connaissances. Hélas ! combien de tels loups ont été établis sur les brebis ! S’il y eut un traître parmi les douze, dans la famille de Christ, il n’est pas étonnant qu’il y en ait beaucoup aujourd’hui. On ne peut s’attendre à ce qu’un esclave de Satan, « qui a pour dieu son ventre, et qui ne pense qu’aux choses de la terre », soit autre chose qu’« un ennemi de la croix de Christ ». Qu’importe qu’il vive honnêtement, qu’il prêche de façon plausible, et qu’il maintienne extérieurement une profession de religion ? Il peut être tout aussi pris dans les pièges du diable, par la mondanité, l’orgueil, un dégoût secret de la piété diligente, ou par un cœur malsain qui n’est pas enraciné dans la foi ni consacré sans réserve à Christ, que d’autres le sont par l’ivrognerie, l’impureté et d’autres péchés honteux semblables. Les publicains et les prostituées entrent plus tôt au ciel que les pharisiens, parce qu’ils sont plus tôt convaincus de leur péché et de leur misère.
Et bien que beaucoup de ces hommes puissent paraître d’excellents prédicateurs, et décrier le péché aussi bruyamment que les autres, ce n’est pourtant qu’une ferveur affectée, et trop souvent qu’une simple criaillerie inutile ; car celui qui chérit le péché dans son propre cœur ne l’attaque jamais pour de bon chez les autres. Je sais bien, il est vrai, qu’un méchant homme peut désirer davantage la réforme des autres que la sienne propre, et montrer ainsi une sorte d’ardeur à les détourner de leurs mauvaises voies ; parce qu’il lui en coûte moins de prêcher contre le péché que de l’abandonner, et que la réforme d’un autre peut s’accorder avec la jouissance de ses propres convoitises. C’est pourquoi maint pasteur ou maint parent méchant peut presser avec ardeur son peuple ou ses enfants de s’amender, parce qu’il ne perd pas ses propres profits ou plaisirs coupables par la réforme d’autrui, et qu’elle ne l’appelle pas au renoncement que sa propre réforme exigerait. Mais malgré tout cela, il n’y a rien de ce zèle, de cette résolution et de cette diligence qui se trouvent chez tous ceux qui sont fidèles à Christ. Ils ne s’en prennent pas au péché comme à l’ennemi de Christ, et comme à ce qui met en danger l’âme de leur peuple. Un commandant traître, qui ne tire sur l’ennemi que de la poudre, peut faire faire à ses canons autant de bruit et de détonation que ceux qui sont chargés de boulets ; mais il ne fait aucun mal à l’ennemi. De même, l’un de ces hommes peut parler aussi fort, et déclamer avec une ferveur affectée, mais il fait rarement grand ravage contre le péché et contre Satan. Nul ne peut bien combattre que là où il hait, ou est fort en colère ; à plus forte raison contre ceux qu’il aime, et qu’il aime par-dessus tout. Tout homme non renouvelé est si loin de haïr sérieusement le péché, que c’est son plus cher trésor. Vous pouvez donc voir qu’un homme non sanctifié, qui aime l’ennemi, est très peu propre à être un chef dans l’armée de Christ, et à amener les autres à renoncer au monde et à la chair, puisqu’il s’y attache lui-même comme à son bien suprême.
(4) Il n’est pas vraisemblable que le peuple fasse grand cas de la doctrine de tels hommes, quand il voit qu’ils ne vivent pas comme ils prêchent. Il pensera que le prédicateur ne pense pas ce qu’il dit, s’il ne vit pas comme il parle. On croira difficilement un homme qui ne semble pas se croire lui-même. Si quelqu’un vous dit de courir pour sauver votre vie, parce qu’un ours ou un ennemi est à vos trousses, et que lui-même ne presse pas le pas, vous serez tentés de penser qu’il ne fait que plaisanter, et qu’il n’y a en réalité aucun danger tel qu’il le prétend. Quand les prédicateurs parlent aux gens de la nécessité de la sainteté, et de ce que sans elle personne ne verra le Seigneur, et qu’ils restent eux-mêmes sans sainteté, le peuple pensera qu’ils ne parlent que pour passer le temps, parce qu’ils doivent bien dire quelque chose pour leur argent, et que tout cela n’est que paroles de convention. Vous pourrez longtemps élever la voix contre le péché avant que les hommes croient qu’il s’y trouve le mal ou le danger dont vous parlez, tant qu’ils voient le même homme qui le blâme le chérir dans son sein et en faire ses délices. Vous les poussez plutôt à penser qu’il s’y trouve quelque bien particulier, et que vous le dénigrez comme les gourmands dénigrent un plat qu’ils aiment, afin de l’avoir tout entier pour eux. Tant que les hommes auront des yeux aussi bien que des oreilles, ils penseront voir votre pensée aussi bien que l’entendre ; et ils sont plus enclins à croire leur vue que leur ouïe, la vue étant le plus parfait des deux sens. Tout ce que fait un pasteur est une sorte de prédication ; et si vous menez une vie cupide ou négligente, vous prêchez ces péchés à votre peuple par votre conduite. Si vous buvez, si vous jouez, ou si vous gaspillez votre temps en vains propos, ils le prennent comme si vous leur disiez : « Voisins, voilà la vie que vous devriez tous mener ; vous pouvez vous engager dans cette voie sans aucun danger. » Si vous êtes impies, si vous n’enseignez pas à vos familles la crainte de Dieu, si vous ne reprenez pas les péchés de la compagnie où vous vous trouvez, si vous ne détournez pas le cours de ses vains bavardages, et si vous ne lui parlez pas franchement de son salut, ils le prendront comme si vous leur prêchiez que ces choses sont inutiles, et qu’ils peuvent hardiment faire comme vous. Bien plus, vous faites pire que tout cela, car vous leur apprenez à penser du mal d’autres qui valent mieux que vous. Combien de pasteurs fidèles et de simples chrétiens sont haïs et injuriés à cause de gens comme vous ! Que leur dit le peuple ? « Vous êtes si rigoristes, vous nous parlez tant du péché et du devoir, et vous faites tant de bruit autour de ces choses, tandis que tel ou tel pasteur, qui est aussi savant que vous et aussi bon prédicateur, sait se réjouir et plaisanter avec nous, nous laisse tranquilles, et ne s’embarrasse jamais, ni nous non plus, de tels discours. Vous ne pouvez jamais rester tranquille, mais vous faites plus d’histoires qu’il n’en faut ; et vous aimez effrayer les gens en leur parlant de damnation, quand des théologiens sobres, savants et paisibles se tiennent tranquilles et vivent avec nous comme les autres hommes. » Telles sont les pensées et les paroles du peuple, auxquelles votre négligence donne occasion. Ils vous permettront de prêcher contre leurs péchés, et de parler autant que vous voudrez en faveur de la piété en chaire, pourvu que vous les laissiez tranquilles ensuite, que vous soyez amical et joyeux avec eux quand vous avez fini, que vous parliez comme eux, viviez comme eux, et soyez indifférent avec eux dans votre conversation. Car ils tiennent la chaire pour une simple scène ; un lieu où les prédicateurs doivent se montrer et jouer leur rôle ; où vous avez la liberté, pendant une heure, de dire ce qui vous plaît ; et ce que vous dites, ils n’en font aucun cas, si vous ne leur montrez pas, en le leur disant personnellement en face, que vous parliez sérieusement et que c’était bien eux que vous visiez. Cet homme est-il donc susceptible de faire beaucoup de bien, ou propre à être un ministre de Christ, qui parlera pour lui une heure le jour du sabbat, et, par sa vie, prêchera contre lui tout le reste de la semaine, et même donnera un démenti à ses paroles publiques ?
Et si quelques-uns du peuple sont assez sages pour ne pas suivre l’exemple de tels hommes, la vie répugnante de ceux-ci rendra pourtant leur doctrine moins efficace. Même si vous savez que la viande est bonne et saine, elle peut soulever le cœur d’un estomac faible, si le cuisinier ou le serviteur qui la porte a les mains lépreuses, ou simplement sales. Prenez donc garde à vous-mêmes, si jamais vous voulez faire du bien aux autres.
Enfin, considérez si le succès de vos travaux ne dépend pas de l’assistance et de la bénédiction du Seigneur. Et où a-t-il fait une quelconque promesse de son assistance et de sa bénédiction aux impies ? S’il promet à son Église une bénédiction même par leur moyen, il ne leur en promet pourtant aucune à eux-mêmes. À ses fidèles serviteurs, il a promis qu’il sera avec eux, qu’il mettra son Esprit sur eux et sa parole dans leur bouche, et que Satan tombera devant eux comme un éclair du ciel. Mais où y a-t-il une telle promesse pour des pasteurs impies ? Bien plus, par votre hypocrisie et par l’abus que vous faites de Dieu, ne le provoquez-vous pas à vous abandonner et à frapper de stérilité tous vos efforts, du moins en ce qui vous concerne, bien qu’il puisse les bénir pour ses élus ? Car je ne nie pas que Dieu puisse faire du bien à son Église par des méchants ; mais il ne le fait ni aussi ordinairement ni aussi éminemment que par ses propres serviteurs. Et ce que j’ai dit des méchants eux-mêmes vaut en partie pour les hommes pieux, tant qu’ils sont dans le scandale et dans la rechute, à proportion de la mesure de leur péché.
Chapitre 5 terminé
Section 2 — Les motifs de cette surveillance