Chapitre 14 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute
Article 4
APPLICATION DE CES MOTIFS
Ayant trouvé tant de raisons, et si puissantes, pour nous pousser à cette œuvre, je vais maintenant les appliquer plus avant, pour nous humilier et pour nous stimuler.
1. Quelle raison n’avons-nous pas de saigner aujourd’hui devant le Seigneur, pour avoir si longtemps négligé une œuvre si grande et si bonne ; pour avoir été tant d’années ministres de l’Évangile, et avoir fait si peu, par l’instruction personnelle et l’entretien, pour le salut des âmes ! Si seulement nous nous étions mis plus tôt à cette tâche, qui sait combien d’âmes auraient pu être amenées à Christ, et combien nos assemblées auraient pu être plus heureuses ? Et pourquoi n’aurions-nous pas pu le faire plus tôt aussi bien que maintenant ? J’avoue qu’il y avait sur notre chemin bien des obstacles, comme il y en a encore, et comme il y en aura tant qu’il y aura un diable pour tenter, et dans l’homme un cœur corrompu pour résister à la lumière ; mais si le plus grand obstacle n’avait pas été en nous-mêmes, à savoir dans nos propres ténèbres, dans notre torpeur et notre mauvaise disposition au devoir, dans nos divisions et notre inaptitude à nous unir pour l’œuvre de Dieu, je ne vois pas pourquoi l’on n’aurait pas pu faire beaucoup avant aujourd’hui. Nous avions le même Dieu pour nous commander, les mêmes misérables objets de compassion, et la même liberté de la part des gouvernants que nous avons aujourd’hui. Nous avons péché, et nous n’avons aucune juste excuse pour notre péché ; et ce péché est si grand, parce que le devoir est si grand, que nous devrions craindre d’alléguer la moindre excuse. Que le Dieu de miséricorde nous pardonne, à nous et à tout le ministère d’Angleterre, et qu’il ne nous impute ni ce péché ni aucune de nos négligences pastorales ! Oh ! qu’il veuille couvrir toutes nos infidélités et, par le sang d’une alliance éternelle, laver notre culpabilité pour le sang des âmes ; afin que, lorsque le souverain pasteur paraîtra, nous puissions nous tenir en paix devant lui, et ne pas être condamnés pour avoir dispersé son troupeau. Et oh ! qu’il veuille mettre fin au procès qu’il a contre les pasteurs de son Église, et ne pas les traiter plus durement à cause de nous, ni permettre que ceux qui les minent ou les persécutent les dispersent, comme ils ont laissé disperser ses brebis ; qu’il ne se soucie pas aussi peu de nous que nous nous sommes souciés des âmes des hommes, et qu’il ne juge pas son salut trop bon pour nous, comme nous avons jugé nos travaux et nos souffrances excessifs pour le salut des hommes !
Comme nous avons eu en Angleterre bien des journées d’humiliation pour les péchés du pays et pour les jugements qui nous ont frappés, j’espère que nous apprendrons que Dieu humilie plus profondément le ministère, qu’il amène les pasteurs à déplorer leurs propres négligences et à mettre à part, à travers tout le pays, quelques journées dans ce but ; afin qu’ils ne pensent pas qu’il suffise de se lamenter sur les péchés des autres tout en fermant les yeux sur les leurs ; afin que Dieu n’ait pas en horreur nos humiliations nationales solennelles parce qu’elles sont conduites par des guides qui ne se sont pas humiliés ; et afin que nous obtenions d’abord de lui le pardon pour nous-mêmes, pour être plus aptes à implorer le pardon des autres.
Et oh ! puissions-nous rejeter le fumier de notre orgueil, de nos querelles, de notre recherche de nous-mêmes et de notre paresse ; de peur que Dieu ne nous jette nos sacrifices au visage comme du fumier, et ne nous rejette nous-mêmes comme du fumier sur la terre, ainsi qu’il l’a fait récemment pour beaucoup d’autres, en avertissement pour nous ; et puissions-nous résoudre sans tarder, d’un commun accord, à presser le pas, avant de sentir un éperon plus aigu que celui que nous avons senti jusqu’ici.
2. Et maintenant, frères, que nous reste-t-il à faire pour l’avenir, sinon renoncer à notre chair paresseuse et nous réveiller pour l’œuvre qui est devant nous ? La moisson est grande, il y a peu d’ouvriers ; les flâneurs et ceux qui font obstacle sont nombreux ; les âmes des hommes sont précieuses ; la misère des pécheurs est grande, et la misère éternelle dont ils sont proches est plus grande encore ; les joies du ciel sont inconcevables ; la consolation d’un pasteur fidèle n’est pas petite ; la joie d’un vaste succès sera une pleine récompense. Être ouvriers avec Dieu et avec son Esprit n’est pas un mince honneur ; concourir à l’effusion du sang de Christ pour le salut des hommes n’est pas une chose légère. Conduire les armées de Christ au plus épais des rangs ennemis ; les guider sûrement à travers un désert dangereux ; piloter le navire à travers tant de tempêtes, de rochers, de sables et de hauts-fonds, et l’amener sain et sauf au port du repos, cela ne demande ni peu d’habileté ni peu de diligence. Les champs semblent déjà blanchir pour la moisson ; les préparatifs faits pour nous sont très grands ; la saison du travail est plus calme que ne l’ont jamais vue la plupart des siècles qui nous ont précédés. Nous n’avons déjà que trop longtemps flâné avec insouciance ; le temps présent s’enfuit à toute allure ; pendant que nous badinons, des hommes meurent ; oh ! avec quelle rapidité ils passent dans un autre monde ! Et n’y a-t-il rien dans tout cela pour nous réveiller à notre devoir, rien pour nous résoudre à une diligence prompte et infatigable ? Pouvons-nous penser qu’un homme puisse être trop soigneux et trop laborieux devant tant de motifs et d’engagements ? Ou bien cet homme peut-il être un instrument propre à éclairer les autres, qui est lui-même si aveugle ? ou à vivifier les autres, qui est lui-même si insensible ? Quoi, messieurs ! vous, hommes de sagesse, êtes-vous aussi engourdis que le commun peuple ? et faut-il entasser une multitude de paroles pour vous persuader d’un devoir connu et important ? On croirait qu’il devrait suffire, pour vous mettre à l’œuvre, de vous montrer une ligne dans le Livre de Dieu ; de prouver que c’est sa volonté ; ou de vous prouver que l’œuvre tend à avancer le salut des hommes. On croirait que la seule vue de vos misérables voisins devrait être un motif suffisant pour susciter vos efforts les plus compatissants en vue de leur soulagement. Si un estropié ne fait que découvrir ses plaies et vous montrer ses membres infirmes, cela vous émeut sans paroles ; et l’état des âmes qui sont près de la damnation ne vous émouvra-t-il pas ? Heureuse Église, si seulement les médecins étaient eux-mêmes guéris ; si nous n’avions pas trop de cette incrédulité et de cette stupidité contre lesquelles nous prêchons chaque jour chez les autres ; si nous étions plus solidement persuadés de ce dont nous persuadons les autres, et plus profondément touchés des choses merveilleuses dont nous voudrions les toucher !
Si seulement il y avait dans nos propres âmes des impressions aussi claires et profondes de ces choses glorieuses que nous prêchons chaque jour, oh ! quel changement cela produirait dans nos sermons et dans le cours privé de notre vie ! Oh ! quelle misère, pour l’Église et pour eux-mêmes, que des hommes doivent prêcher le ciel et l’enfer avant de croire solidement que ces choses existent, ou d’avoir senti le poids des doctrines qu’ils prêchent ! Un homme sensé serait saisi de stupeur en pensant aux sujets dont nous prêchons et parlons : ce que c’est, pour l’âme, que de sortir de cette chair, de comparaître devant un Dieu juste, et d’entrer dans une joie immuable ou dans un tourment immuable ! Oh ! avec quelles pensées saisissantes les mourants considèrent ces choses ! Comment de tels sujets devraient-ils être prêchés et traités ! Oh ! quelle gravité, quel sérieux, quelle diligence incessante ces choses exigent ! Je ne sais ce que d’autres en pensent ; mais pour ma part, j’ai honte de ma stupidité, et je m’étonne de moi-même de ne pas traiter ma propre âme et celle des autres comme quelqu’un qui attend le grand jour du Seigneur ; de pouvoir trouver place pour presque n’importe quelles autres pensées ou paroles ; et que des sujets si stupéfiants n’absorbent pas entièrement mon esprit. Je m’étonne de pouvoir en prêcher avec légèreté et froideur, de pouvoir laisser les hommes tranquilles dans leurs péchés, et de ne pas aller à eux pour les supplier, pour l’amour du Seigneur, de se repentir, quelle que soit la manière dont ils le prendront, et quelque peine ou quelque ennui qu’il doive m’en coûter ! Je descends rarement de la chaire sans que ma conscience me frappe de n’avoir pas été plus sérieux et plus fervent dans une telle cause. Elle ne m’accuse pas tant de manquer d’ornements ou d’élégance, ni d’avoir laissé échapper un mot malheureux ; mais elle me demande : « Comment as-tu pu parler de la vie et de la mort avec un tel cœur ? Comment as-tu pu prêcher le ciel et l’enfer d’une manière si insouciante et si endormie ? Crois-tu ce que tu dis ? Parles-tu sérieusement ou en plaisantant ? Comment peux-tu dire aux gens que le péché est une telle chose, et qu’une si grande misère pèse sur eux et les attend, sans en être davantage ému ? Ne devrais-tu pas pleurer sur un tel peuple, et tes larmes ne devraient-elles pas interrompre tes paroles ? Ne devrais-tu pas crier à plein gosier, leur montrer leurs transgressions, les exhorter et les supplier comme s’il y allait de la vie et de la mort ? » En vérité, tel est le carillon que la conscience fait sonner à mes oreilles, et pourtant mon âme assoupie ne veut pas se réveiller.
Oh ! quelle chose qu’un cœur insensible et endurci ! Ô Seigneur, préserve-nous nous-mêmes du fléau de l’incrédulité et de la dureté de cœur ; sinon, comment serons-nous des instruments propres à en sauver les autres ? Oh ! fais dans nos propres âmes ce que tu voudrais nous employer à faire dans les âmes des autres ! Je suis tout confondu de penser quelle différence il y a entre mes pensées sur la vie à venir quand je suis sur mon lit de malade et quand je suis en chaire ; qu’une chose qui me paraissait alors si grande et si stupéfiante puisse jamais me sembler maintenant si légère, alors que je sais qu’elle me paraîtra de nouveau telle quand la mort me regardera en face, et que pourtant je connais chaque jour cette heure qui approche et que j’y pense ; et que ces pensées anticipées ne me rendent pas des impressions aussi agissantes ! Ô messieurs, assurément, si vous aviez tous conversé avec la Mort, votre voisine, aussi souvent que moi, et si vous aviez aussi souvent reçu en vous-mêmes la sentence, vous auriez une conscience inquiète, sinon une vie réformée, quant à votre diligence et à votre fidélité pastorales ; et vous auriez au-dedans de vous quelque chose qui vous poserait souvent des questions comme celles-ci : « Est-ce là toute ta compassion pour les pécheurs perdus ? Ne feras-tu rien de plus pour les chercher et les sauver ? N’y a-t-il pas un tel et un tel — oh ! combien autour de toi ! — qui sont encore visiblement des fils de la mort ? Que leur as-tu dit, ou qu’as-tu fait pour leur conversion ? Mourront-ils et seront-ils en enfer avant que tu leur adresses une seule parole sérieuse pour l’empêcher ? Te maudiront-ils là éternellement de n’avoir pas fait davantage, pendant qu’il en était temps, pour les sauver ? »
De tels cris de la conscience retentissent chaque jour à mes oreilles, bien que, le Seigneur le sait, je leur aie trop peu obéi. Que le Dieu de miséricorde me pardonne et me réveille, avec le reste de ses serviteurs qui ont été ainsi coupablement négligents. J’avoue à ma honte que j’entends rarement la cloche sonner le glas pour un mort sans que ma conscience me demande : « Qu’as-tu fait pour le salut de cette âme avant qu’elle quitte le corps ? En voilà encore un qui s’en est allé au jugement ; qu’as-tu fait pour le préparer au jugement ? » et pourtant j’ai été paresseux et lent à secourir ceux qui survivent. Comment pourriez-vous, quand vous déposez un cadavre dans la tombe, ne pas vous dire en vous-mêmes : « Ici gît le corps ; mais où est l’âme ? et qu’ai-je fait pour elle avant qu’elle s’en aille ? Elle faisait partie de ma charge ; quel compte puis-je en rendre ? »
Ô messieurs, est-ce peu de chose pour vous que d’avoir à répondre à de telles questions ? Cela peut le sembler maintenant, mais l’heure vient où il n’en semblera plus ainsi. « Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur », et il nous condamnera bien davantage, et d’une tout autre condamnation que celle de la conscience. La voix de la conscience est une voix douce, et la sentence de la conscience une sentence clémente, en comparaison de la voix et de la sentence de Dieu. Hélas ! la conscience ne voit qu’une bien petite part de notre péché et de notre misère, en comparaison de ce que Dieu voit. Quelles montagnes ces choses ne paraîtraient-elles pas à vos âmes, elles qui semblent maintenant des taupinières ? Quelles poutres ne seraient-elles pas dans vos yeux, elles qui semblent maintenant des pailles, si seulement vous les voyiez à une lumière plus claire ? (Je n’ose dire : comme Dieu les voit.) Nous pouvons aisément nous arranger pour plaider notre cause devant la conscience, et soit la corrompre, soit supporter sa sentence ; mais on n’a pas si facilement affaire à Dieu, et sa sentence ne se supporte pas si facilement. « C’est pourquoi, recevant », et prêchant, « un royaume inébranlable, montrons notre reconnaissance en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte, car notre Dieu est aussi un feu dévorant. » Mais afin que vous ne disiez pas que je vous effraie avec des épouvantails, et que je vous parle de dangers et de terreurs là où il n’y en a point, je vais vous montrer ici la certitude et la sûreté de la condamnation qui risque de frapper les pasteurs négligents, et en particulier combien seront prêts à se lever contre nous et à nous condamner, si nous devions désormais négliger volontairement cette grande œuvre.
(1) Nos parents, qui nous ont destinés au ministère, nous condamneront et diront : « Seigneur, nous les avions consacrés à ton service, et ils en ont fait peu de cas, et se sont servis eux-mêmes. »
(2) Nos maîtres qui nous ont enseignés, nos précepteurs qui nous ont instruits, les écoles et les universités où nous avons vécu, et toutes les années que nous avons passées à l’étude, se lèveront en jugement contre nous et nous condamneront ; car pourquoi tout cela, sinon pour l’œuvre de Dieu ?
(3) Notre savoir, nos connaissances et nos dons pastoraux nous condamneront ; car dans quel but avons-nous été rendus participants de ces choses, sinon pour l’œuvre de Dieu ?
(4) Le fait que nous ayons volontairement accepté la charge des âmes nous condamnera ; car tout homme doit être fidèle au dépôt dont il s’est chargé.
(5) Tout le soin que Dieu prend de son Église, et tout ce que Christ a fait et souffert pour elle, se lèveront en jugement contre nous, si nous sommes négligents et infidèles, et nous condamneront ; parce que, par notre négligence, nous aurons perdu ceux pour qui Christ est mort.
(6) Tous les préceptes et toutes les injonctions de l’Écriture sainte, toutes les promesses de secours et de récompense, toutes les menaces de châtiment, se lèveront contre nous et nous condamneront ; car Dieu n’a pas dit tout cela en vain.
(7) Tous les exemples des prophètes, des apôtres et des autres prédicateurs rapportés dans l’Écriture, et tous les exemples des serviteurs fidèles et diligents de Christ en ces derniers temps et dans les lieux qui nous entourent, se lèveront en jugement et nous condamneront ; car tous ces exemples nous étaient donnés pour que nous les imitions, et pour nous provoquer à une sainte émulation de fidélité et de diligence pastorale.
(8) La sainte Bible qui est ouverte devant nous, et tous les livres de nos cabinets d’étude qui nous parlent, directement ou indirectement, de notre devoir, condamneront le serviteur paresseux et inutile ; car ce n’est pas en vain que nous avons tous ces secours et tout cet équipement.
(9) Tous les sermons que nous prêchons pour persuader notre peuple de travailler à son salut avec crainte et tremblement, de porter des mains violentes sur la couronne de vie, de s’emparer du royaume par la force, de s’efforcer d’entrer par la porte étroite, et de courir de manière à remporter le prix, se lèveront contre les infidèles et les condamneront ; car s’il leur importe tant de travailler pour leur salut, ne nous importe-t-il pas, à nous qui sommes chargés d’eux, d’être aussi violents, laborieux et infatigables dans nos efforts pour faire avancer leur salut ? Cela vaut-il leur travail et leur patience, et ne vaut-il pas aussi le nôtre ?
(10) Tous les sermons que nous leur prêchons pour leur exposer le mal du péché, le danger de l’état naturel, le besoin d’un Sauveur, les joies du ciel et les tourments de l’enfer, oui, et la vérité de la religion chrétienne, se lèveront en jugement contre les infidèles et les condamneront. Et ce sera pour eux une triste revue, lorsqu’ils seront contraints de penser : « Leur ai-je parlé en public de si grands dangers et de si grandes espérances, et n’ai-je rien voulu faire de plus, en privé, pour les aider ? Quoi ? leur parler chaque jour de la damnation, et les laisser pourtant y courir si facilement ? Leur parler d’une telle gloire, et leur dire à peine un mot personnellement pour les aider à l’atteindre ? Ces choses étaient-elles si grandes pour moi à l’église, et si petites quand je rentrais chez moi ? » Ah ! ce sera une terrible condamnation de soi-même.
(11) Tous les sermons que nous avons prêchés pour persuader d’autres hommes de devoirs semblables — les voisins, de s’exhorter les uns les autres chaque jour, les parents et les maîtres, d’enseigner à leurs enfants et à leurs serviteurs le chemin du ciel — se lèveront en jugement contre les infidèles et les condamneront ; car persuaderez-vous les autres de faire ce que vous ne voulez pas faire vous-mêmes, autant que vous le pouvez ? Quand vous les menacez pour avoir négligé leur devoir, combien plus menacez-vous vos propres âmes !
(12) Tout le traitement que nous recevons pour notre service, si nous sommes infidèles, nous condamnera ; car qui donc paiera un serviteur pour prendre son plaisir, rester oisif ou travailler pour lui-même ? Si nous avons la toison, c’est assurément pour que nous prenions soin du troupeau ; et, en acceptant le salaire, nous nous obligeons à l’œuvre.
(13) Tout le témoignage que nous avons rendu contre les pasteurs scandaleux et négligents de ce temps, et tous les efforts que nous avons faits pour les faire destituer, condamneront les infidèles ; car Dieu ne fait point acception de personnes. Si nous leur succédons dans leurs péchés, c’est contre nous-mêmes que nous avons dit tout cela ; et, comme nous les avons condamnés, Dieu et les autres nous condamneront, si nous les imitons. Et même si nous n’étions pas aussi mauvais qu’eux, ce sera une triste chose si nous leur ressemblons seulement.
(14) Tous les jugements que Dieu a exécutés, en ce temps, sous nos yeux, contre les pasteurs négligents, nous condamneront si nous sommes infidèles. A-t-il rendu les bergers oisifs et les frelons sensuels odieux aux narines du peuple ? Et nous honorera-t-il, si nous sommes oisifs et sensuels ? Les a-t-il séquestrés, chassés de leurs demeures et de leurs chaires, mis de côté comme des morts alors qu’ils sont encore vivants, et faits un objet de sifflement et de risée dans le pays ? Et nous oserions pourtant les imiter ? Leurs souffrances ne sont-elles pas nos avertissements ? et tout cela ne leur est-il pas arrivé pour nous servir d’exemple ? Si quelque chose au monde pouvait réveiller les pasteurs au renoncement et à la diligence, il me semble que nous en avons vu assez pour le faire. Auriez-vous imité l’ancien monde si vous aviez vu le déluge qui l’a englouti ? Vous seriez-vous livrés aux péchés de Sodome — l’oisiveté, l’orgueil, l’abondance de pain — si vous aviez été là, et aviez vu monter jusqu’au ciel les flammes qui l’ont consumée ? Qui aurait voulu être un Judas, après l’avoir vu pendu et rompu par le milieu du corps ? Et qui aurait voulu être un hypocrite menteur et sacrilège, après avoir vu mourir Ananias et Saphira ? Et qui n’aurait pas craint de contredire l’Évangile, après avoir vu Élymas frappé de cécité ? Et nous montrerons-nous des pasteurs oisifs et intéressés, quand nous avons vu Dieu chasser de tels hommes de son temple à coups de fouet, et les balayer comme de la boue dans les ruisseaux ? À Dieu ne plaise ! Car alors combien grande et combien multiple sera notre condamnation ?
(15) Enfin, toutes les journées de jeûne et de prière qui ont été observées ces dernières années en Angleterre pour obtenir une réforme se lèveront en jugement contre ceux qui ne se sont pas réformés et qui ne veulent pas se laisser persuader d’entreprendre la partie pénible de l’œuvre. C’est là, je l’avoue, une circonstance si lourdement aggravante de notre péché que je suis prêt à trembler quand j’y pense. Y eut-il jamais, sur la face de la terre, une nation qui ait si longtemps et si solennellement recherché Dieu par le jeûne et la prière, comme nous l’avons fait ? Avant que le Parlement commence à siéger, combien nous étions assidus et fervents dans le secret ! Après cela, pendant de nombreuses années de suite, nous avons eu un jeûne mensuel ordonné par le Parlement, sans compter de fréquents jeûnes privés et publics en d’autres occasions. Et à quoi tout cela tendait-il ? Quels qu’aient été, pour un temps, les moyens que nous avions en vue, le but de toutes nos prières restait la réforme de l’Église et, en elle, tout particulièrement ces deux choses : un ministère fidèle et l’exercice de la discipline dans l’Église. Et nous est-il alors seulement venu à l’esprit, au peuple ou même à nous, d’imaginer que, lorsque nous aurions tout ce que nous voulions, et que l’affaire serait remise entre nos mains, libres d’être aussi laborieux que nous le pourrions et d’exercer la discipline que nous voudrions, nous ne ferions alors rien d’autre que prêcher en public ? que nous ne voudrions pas prendre la peine de catéchiser et d’instruire personnellement notre peuple, ni exercer la moindre part considérable de la discipline ? Je suis stupéfait d’y penser. Quel abîme de tromperie que le cœur de l’homme ! Quoi ? le cœur des hommes de bien est-il si trompeur ? Le cœur de tous les hommes est-il si trompeur ? J’avoue que j’ai dit alors à bien des soldats et à d’autres hommes charnels que, bien qu’ils aient combattu pour une réforme, j’étais certain qu’ils l’auraient en horreur et qu’ils en deviendraient les ennemis quand ils la verraient et la sentiraient ; je pensais que le joug de la discipline leur meurtrirait le cou, et que, lorsqu’on les catéchiserait, qu’on s’occuperait d’eux personnellement, qu’on les reprendrait de leur péché en privé et en public, qu’on les amènerait à la confession et à la repentance publiques, ou qu’on les éviterait comme impénitents, ils mépriseraient et rejetteraient tout cela, et prendraient le joug de Christ pour une tyrannie ; mais je ne pensais guère que les pasteurs laisseraient tout tomber et ne leur imposeraient presque rien de tout cela, mais qu’ils les laisseraient tranquilles par crainte de leur déplaire, et laisseraient tout aller comme auparavant.
Oh ! les prières ardentes que j’ai entendues pour obtenir un ministère laborieux et la discipline ! C’était comme s’ils luttaient pour le salut lui-même. Oui, ils appelaient couramment la discipline « le royaume de Christ, ou l’exercice de sa fonction royale dans son Église », et ils prêchaient et priaient pour elle comme si l’établissement de la discipline avait été l’établissement du royaume de Christ. Et pensais-je alors qu’ils refuseraient de l’établir quand ils le pourraient ? Quoi ! le royaume de Christ est-il maintenant compté parmi les choses indifférentes ?
Si le Dieu du ciel, qui connaissait nos cœurs, au milieu de nos prières et de nos cris, lors de l’un de nos jeûnes publics mensuels, nous avait fait cette réponse, de sa voix redoutable, en présence de l’assemblée : « Pécheurs au cœur trompeur ! Quelle hypocrisie que de me lasser de vos cris pour obtenir ce que vous ne voudriez pas avoir si je vous le donnais, et d’élever ainsi la voix pour ce que vos âmes ont en horreur ! Qu’est-ce que la réforme, sinon d’instruire les pécheurs et de les presser avec insistance d’accueillir mon Christ et ma grâce tels qu’ils leur sont offerts, et de gouverner mon Église selon ma parole ? Or ces choses, qui sont votre œuvre, vous ne vous laisserez pas persuader de les faire, quand vous viendrez à les trouver pénibles et ingrates. Quand je vous aurai délivrés, ce n’est pas moi, mais vous-mêmes, que vous servirez ; et il me faudra mettre autant d’instance à vous persuader de réformer l’Église en accomplissant votre propre devoir que vous en mettez à me presser de vous accorder la liberté de la réforme. Et, quand tout sera fait, vous le laisserez inachevé, et il faudra longtemps avant que vous vous laissiez persuader de faire mon œuvre. » Si le Seigneur, ou quelque messager de sa part, nous avait donné une telle réponse, n’en aurions-nous pas été stupéfaits ? Ne nous aurait-il pas semblé incroyable que nos cœurs fussent tels qu’ils se révèlent aujourd’hui ? Et n’aurions-nous pas dit, comme Hazaël : « Ton serviteur est-il un chien, pour faire une telle chose ? » ou comme Pierre : « Quand tous t’abandonneraient, moi, je ne t’abandonnerai jamais » ? Eh bien, frères, une triste expérience nous a montré notre fragilité. Nous avons refusé la partie pénible et coûteuse de la réforme pour laquelle nous avions prié ; mais Christ se retourne encore et nous regarde d’un œil miséricordieux. Oh ! si nous avions encore le cœur de sortir aussitôt pour pleurer amèrement, de ne plus faire comme nous avons fait, de peur qu’il ne nous arrive quelque chose de pire, et de suivre maintenant Christ, que nous avons tant abandonné, à travers le travail et la souffrance, dût-il nous en coûter la vie !
Je vous ai ainsi montré ce qui en résultera si vous ne vous appliquez pas fidèlement à cette œuvre, envers laquelle vous avez tant d’obligations et d’engagements ; combien notre négligence sera inexcusable, et à quelle grande et multiple condamnation elle nous exposera. En vérité, frères, si je ne considérais pas cette œuvre comme d’une extrême importance pour vous-mêmes, pour le peuple et pour l’honneur de Dieu, je ne vous aurais pas importunés de tant de paroles à son sujet, et je n’aurais pas osé parler aussi sévèrement que je l’ai fait. Mais quand il s’agit de vie et de mort, les hommes sont enclins à oublier les égards, la courtoisie, les compliments et les bonnes manières. Pour ma part, je considère que c’est l’une des meilleures et des plus grandes œuvres auxquelles j’aie jamais mis la main de ma vie ; et je pense vraiment que, si vous en pensez ce que j’en pense, vous ne trouverez mes paroles ni trop nombreuses ni trop vives. Je me souviens bien du temps où je me passionnais pour la réforme des questions de cérémonies ; et si j’étais froid dans une affaire aussi substantielle que celle-ci, combien mon zèle paraîtrait désordonné et disproportionné ! Hélas ! pouvons-nous penser que la réforme est accomplie quand nous avons rejeté quelques cérémonies et changé quelques vêtements, quelques gestes et quelques formes ! Oh non, messieurs ! c’est la conversion et le salut des âmes qui est notre affaire. Voilà la partie principale de la réforme, celle qui fait le plus de bien et qui tend le plus au salut du peuple.
Et maintenant, frères, l’œuvre est devant vous. C’est dans ces instructions personnelles de tout le troupeau, aussi bien que dans la prédication publique, qu’elle consiste. D’autres ont fait leur part et porté leur fardeau, et maintenant vient la vôtre. Vous pouvez aisément voir quelle grande affaire repose entre vos mains, combien d’hommes subiront un tort si vous manquez à votre devoir, et combien sera perdu si vous ménagez votre peine. Si votre peine vaut plus que les âmes des hommes et que le sang de Christ, alors restez tranquilles, et ne vous occupez ni des ignorants ni des impies ; suivez votre propre plaisir ou vos affaires mondaines, ou prenez vos aises ; ne déplaisez ni aux pécheurs ni à votre propre chair, mais laissez vos voisins couler ou surnager ; et, si la prédication publique ne les sauve pas, qu’ils périssent. Mais si le cas est tout autre, vous feriez bien de prendre garde à vous.
Chapitre 14 terminé
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