Chapitre 13 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute
Article 3
MOTIFS TIRÉS DE LA NÉCESSITÉ DE L’ŒUVRE
La troisième sorte de motifs se tire de la nécessité de l’œuvre. Car si elle n’était pas nécessaire, le paresseux pourrait être découragé plutôt qu’excité par les difficultés que je viens de mentionner. Mais comme j’ai déjà été plus long que je ne l’avais prévu, je ne ferai que vous indiquer brièvement quelques-uns des fondements généraux de cette nécessité.
1. Ce devoir est nécessaire à la gloire de Dieu. Comme tout chrétien vit pour la gloire de Dieu, comme pour sa fin, il prendra volontiers la voie qui la favorisera le plus efficacement. Car quel homme ne voudrait atteindre ses fins ? Ô frères, si nous pouvions mettre cette œuvre en train dans toutes les paroisses d’Angleterre, et amener notre peuple à s’y soumettre, puis la poursuivre nous-mêmes avec habileté et avec zèle, quelle gloire elle répandrait sur la face de la nation, et quelle gloire, par elle, rejaillirait sur Dieu ! Si notre commune ignorance était ainsi bannie, si notre vanité et notre oisiveté se changeaient en étude du chemin de la vie, si chaque boutique et chaque maison était occupée à apprendre les Écritures et les catéchismes, et à parler de la Parole et des œuvres de Dieu, quel plaisir Dieu prendrait dans nos villes et dans nos campagnes ! Il habiterait même dans nos demeures et en ferait ses délices. C’est la gloire de Christ qui brille dans ses saints, et toute leur gloire est sa gloire. Ce qui les honore, en nombre ou en excellence, l’honore donc lui-même. La gloire de Christ ne sera-t-elle pas merveilleusement manifestée dans la nouvelle Jérusalem, quand elle descendra du ciel dans toute la splendeur et la magnificence avec lesquelles elle est décrite dans le livre de l’Apocalypse ? Si donc nous pouvons accroître le nombre ou la force des saints, nous accroîtrons par là la gloire du Roi des saints ; car il recevra service et louange là où il ne recevait auparavant que désobéissance et déshonneur. Christ aussi sera honoré dans les fruits de son sang répandu, et l’Esprit de grâce dans le fruit de ses opérations. Et des fins aussi importantes n’exigent-elles pas que nous employions les moyens avec diligence ?
Tout chrétien est tenu de faire tout ce qu’il peut pour le salut des autres ; mais tout pasteur y est doublement tenu, parce qu’il est mis à part pour l’Évangile de Christ et qu’il doit se donner tout entier à cette œuvre. Il est inutile de mettre davantage en question notre obligation, quand nous savons que cette œuvre est nécessaire à la conversion et au salut de notre peuple, et qu’il nous est commandé, d’une manière générale, de faire tout ce qui est nécessaire à ces fins, autant que nous le pouvons. Que les inconvertis aient besoin de conversion, j’espère que nul parmi nous n’en doute. Et que ce soit là un moyen, et un moyen des plus nécessaires, l’expérience suffirait à le mettre hors de doute, n’eussions-nous rien d’autre. Que ceux qui se sont donné le plus de peine en public examinent leur peuple, et voient si beaucoup ne sont pas presque aussi ignorants et insouciants que s’ils n’avaient jamais entendu l’Évangile. Pour ma part, je m’applique à parler aussi clairement et d’une manière aussi touchante que je le puis (et, après le souci de parler vrai, c’est là mon principal souci), et pourtant je rencontre souvent des gens qui sont mes auditeurs depuis huit ou dix ans, et qui ne savent pas si Christ est Dieu ou homme, et qui s’étonnent quand je leur raconte l’histoire de sa naissance, de sa vie et de sa mort, comme s’ils ne l’avaient jamais entendue auparavant. Et parmi ceux qui connaissent l’histoire de l’Évangile, combien peu connaissent la nature de la foi, de la repentance et de la sainteté qu’il exige, ou du moins connaissent leur propre cœur ! La plupart ont une confiance sans fondement en Christ, espérant qu’il leur pardonnera, les justifiera et les sauvera, tandis que le monde possède leur cœur et qu’ils vivent pour la chair. Et cette confiance, ils la prennent pour la foi qui justifie. J’ai constaté par expérience que certaines personnes ignorantes, qui avaient été si longtemps des auditeurs sans profit, ont acquis plus de connaissance et de remords de conscience en une demi-heure d’entretien serré qu’elles n’en avaient retiré de dix ans de prédication publique.
Je sais que la prédication publique de l’Évangile est le moyen le plus excellent, parce que nous parlons à beaucoup à la fois. Mais il est d’ordinaire bien plus efficace de le prêcher en particulier à un pécheur, comme s’adressant à lui seul ; car l’homme le plus simple qui soit peut à peine parler assez simplement en public pour qu’ils comprennent, mais en particulier nous le pouvons bien davantage. En public, nous ne pouvons employer les expressions familières ni les répétitions qu’exige la lenteur de leur esprit ; en particulier, nous le pouvons. En public, nos discours sont longs, nous dépassons tout à fait leur intelligence et leur mémoire ; ils sont confondus et perdus, incapables de nous suivre ; une chose en chasse une autre, et ainsi ils ne savent pas ce que nous avons dit. Mais en particulier, nous pouvons mener notre travail gradatim, et emmener nos auditeurs avec nous ; et, par nos questions et leurs réponses, nous pouvons voir jusqu’où ils nous comprennent, et ce que nous avons à faire ensuite. En public, la longueur et le fait de parler seuls nous font perdre leur attention ; mais quand ils sont nos interlocuteurs, nous pouvons aisément les rendre attentifs. De plus, nous pouvons mieux répondre à leurs objections et les engager par des promesses avant de les quitter, ce que nous ne pouvons faire en public. Je conclus donc que la prédication publique ne suffira pas ; car bien qu’elle puisse être un moyen efficace de convertir beaucoup de gens, elle n’en convertit pas autant qu’il le faudrait, comme peuvent nous en assurer l’expérience et le fait que Dieu a institué d’autres moyens encore. Vous pourrez longtemps étudier et prêcher sans grand fruit, si vous négligez ce devoir.
2. Ce devoir est nécessaire au bien de notre peuple. Frères, pouvez-vous regarder avec les yeux de la foi votre peuple misérable, sans l’entendre vous appeler au secours ? Il n’est pas un pécheur dont vous ne devriez avoir assez compassion pour être prêts à le secourir à un prix bien plus élevé que celui-ci. Pouvez-vous les voir, comme l’homme blessé au bord du chemin, et passer outre sans pitié ? Pouvez-vous les entendre vous crier, comme le Macédonien à Paul dans la vision : « Viens, secours-nous ! » et pourtant refuser votre secours ? Vous a-t-on confié la charge d’un hôpital, où l’un languit dans un coin, où un autre gémit dans un autre et s’écrie : « Oh ! secourez-moi, ayez pitié de moi pour l’amour du Seigneur ! », et où un troisième, fou furieux, voudrait se détruire et vous détruire avec lui ; et resterez-vous assis, oisifs, à refuser votre secours ? Si l’on peut dire de celui qui ne soulage pas le corps des hommes, combien plus de celui qui ne soulage pas leur âme : « Si, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » Vous n’êtes pas des monstres tels, des hommes au cœur si dur, que vous n’ayez pitié d’un lépreux ; vous aurez pitié de celui qui est nu, du prisonnier ou de l’abandonné ; vous aurez pitié de celui qui est tourmenté par une douleur ou une maladie cruelle ; et n’aurez-vous pas pitié d’un pécheur ignorant au cœur endurci ? n’aurez-vous pas pitié de celui qui doit être exclu de la présence du Seigneur, et demeurer sous sa colère sans remède, si une repentance véritable ne vient bientôt l’en préserver ? Oh ! quel cœur est-ce que celui qui n’a pas pitié d’un tel homme ! Comment appellerai-je le cœur d’un tel homme ? Un cœur de pierre, un vrai rocher, un diamant ; un cœur de tigre ; ou plutôt le cœur d’un incrédule : car assurément, s’il croyait à la misère de l’impénitent, il ne pourrait pas ne pas avoir pitié de lui. Pouvez-vous dire aux hommes, du haut de la chaire, qu’ils seront certainement damnés s’ils ne se repentent, et n’avoir pourtant aucune pitié d’eux après leur avoir annoncé un tel danger ? Et si vous avez pitié d’eux, ne ferez-vous pas ce peu pour leur salut ?
Combien, autour de vous, courent aveuglément à la perdition, alors que votre voix est établie pour être le moyen de les réveiller et de les ramener ! Le médecin n’a point d’excuse, lui qui est doublement tenu de soulager les malades, quand chaque voisin même est tenu de les secourir. Frères, que feriez-vous si vous entendiez des pécheurs crier derrière vous dans les rues : « Ô monsieur, ayez pitié de moi, et donnez-moi votre conseil ! J’ai peur de la colère éternelle de Dieu. Je sais que je dois bientôt quitter ce monde, et je crains d’être misérable dans l’autre. » Pourriez-vous refuser votre secours à de si pauvres pécheurs ? Que feriez-vous s’ils venaient à la porte de votre cabinet d’étude, criant au secours, et refusant de s’en aller jusqu’à ce que vous leur ayez dit comment échapper à la colère de Dieu ? Pourriez-vous trouver dans votre cœur de les chasser sans conseil ? Je suis convaincu que vous ne le pourriez pas. Eh bien, hélas ! de telles personnes sont moins misérables que celles qui ne veulent pas crier au secours. C’est le pécheur endurci, qui ne se soucie pas de votre secours, qui en a le plus besoin ; et celui qui n’a pas assez de vie pour sentir qu’il est mort, ni assez de lumière pour voir son danger, ni assez de sens pour avoir pitié de lui-même — voilà l’homme qui est le plus à plaindre. Regardez vos voisins autour de vous, et pensez combien d’entre eux ont besoin de votre secours dans un cas qui n’est rien de moins que le danger manifeste de la damnation. Supposez que vous entendiez chaque impénitent que vous voyez et connaissez autour de vous vous crier au secours : « Si jamais vous avez eu pitié des pauvres malheureux, ayez pitié de nous, de peur que nous ne soyons tourmentés dans les flammes de l’enfer ; si vous avez un cœur d’homme, ayez pitié de nous. » Eh bien, faites pour eux ce que vous feriez s’ils vous poursuivaient de telles supplications. Oh ! comment pouvez-vous marcher, causer et vous réjouir avec de telles gens, quand vous connaissez leur état ? Il me semble que, lorsque vous les regardez en face et que vous pensez qu’ils doivent souffrir une misère éternelle, vous devriez fondre en larmes (comme le fit le prophète lorsqu’il regarda Hazaël), puis vous mettre à les exhorter avec la plus pressante insistance. Quand vous les visitez dans leur maladie, ne sera-ce pas une blessure pour votre cœur de les voir prêts à partir pour la misère, avant que vous ne vous soyez jamais sérieusement occupés de leur conversion ? Oh ! donc, pour l’amour du Seigneur et pour l’amour des pauvres âmes, ayez pitié d’eux, remuez-vous, et n’épargnez aucune peine qui puisse contribuer à leur salut.
3. Ce devoir est nécessaire à votre propre bien, aussi bien qu’à celui de votre peuple. C’est là votre œuvre, d’après laquelle, entre autres choses, vous serez jugés. Vous ne pouvez pas plus être sauvés sans diligence et sans fidélité dans le ministère, qu’eux ou vous ne pouvez être sauvés sans diligence et sans fidélité chrétiennes. Si donc vous ne vous souciez pas des autres, souciez-vous du moins de vous-mêmes. Oh ! quelle chose terrible que d’avoir à répondre de la négligence d’une telle charge ! et quel péché plus odieux que de trahir des âmes ? Cette menace ne vous fait-elle pas trembler : « Si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang » ? Je crains, que dis-je, je ne doute pas que le jour ne soit proche où les pasteurs infidèles souhaiteront n’avoir jamais connu la charge des âmes, et avoir été plutôt charbonniers, ramoneurs ou chaudronniers que pasteurs du troupeau de Christ, lorsque, outre tous leurs autres péchés, ils auront à répondre du sang de tant d’âmes. Ô frères, notre mort, comme celle de notre peuple, est proche, et elle est aussi terrible pour un pasteur infidèle que pour quiconque. Quand nous verrons qu’il nous faut mourir et qu’il n’y a point de remède ; que ni l’esprit, ni le savoir, ni les applaudissements populaires ne peuvent détourner le coup ni en retarder l’heure ; mais que, bon gré mal gré, notre âme doit s’en aller, et cela dans un monde que nous n’avons jamais vu, où il ne sera tenu aucun compte de nos personnes ni de nos intérêts terrestres ; oh ! alors, qu’il fera bon avoir une conscience pure, qui puisse dire : « Je n’ai pas vécu pour moi-même, mais pour Christ ; je n’ai pas épargné ma peine ; je n’ai pas caché mes talents ; je n’ai caché aux hommes ni leur misère, ni le chemin de leur relèvement. » Ô messieurs, prenons donc le temps pendant que nous l’avons, et travaillons tandis qu’il est jour ; « car la nuit vient, où personne ne peut travailler. » C’est aussi notre jour ; et c’est en faisant du bien aux autres que nous devons nous faire du bien à nous-mêmes. Si vous voulez vous préparer à une mort paisible, et à une grande et glorieuse récompense, la moisson est devant vous. Ceignez les reins de votre entendement, et soyez des hommes, afin de pouvoir finir vos jours sur ces paroles triomphantes : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m’est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là. » Si vous voulez être heureux avec les morts qui meurent dans le Seigneur, travaillez maintenant, afin de vous reposer alors de vos travaux ; et faites des œuvres telles que vous souhaiteriez qu’elles vous suivent, et non de celles qui feront votre terreur quand elles seront passées en revue.
Chapitre 13 terminé
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