Chapitre 12 · 6 min de lecture · 7 min d’écoute
Article 2
MOTIFS TIRÉS DES DIFFICULTÉS DE L’ŒUVRE
Après vous avoir exposé la première classe de raisons, tirées des bienfaits de l’œuvre, j’en viens à la seconde, qui se tire de ses difficultés. Si on les prenait seules, je l’avoue, elles seraient plutôt des sujets de découragement que des motifs ; mais si on les prend avec celles qui précèdent et celles qui suivent, il en va tout autrement : car, dans une œuvre nécessaire, les difficultés doivent pousser à une plus grande diligence.
Des difficultés, nous en trouverons beaucoup, en nous-mêmes comme dans notre peuple ; mais parce que ce sont des choses si évidentes que votre expérience ne vous laissera aucune place pour en douter, je les passerai en peu de mots.
1. Considérons d’abord les difficultés qui sont en nous-mêmes.
(1) Il y a en nous beaucoup de torpeur et de paresse, si bien qu’il ne sera pas facile de nous amener à être fidèles dans une œuvre si pénible. Comme le paresseux dans son lit, qui sait qu’il devrait se lever, et pourtant tarde et voudrait rester couché aussi longtemps qu’il le peut, ainsi faisons-nous à l’égard des devoirs pour lesquels notre nature corrompue a de l’aversion. Cela nous obligera à employer toutes nos forces. La seule paresse liera les mains de beaucoup.
(2) Nous avons une basse disposition à plaire aux hommes, qui nous fera laisser périr les hommes de peur de perdre leur affection, et les laisser aller tranquillement en enfer, de peur de les irriter contre nous parce que nous chercherions leur salut ; et nous sommes prêts à braver le déplaisir de Dieu et à risquer la misère éternelle de notre peuple, plutôt que d’attirer sur nous son mauvais vouloir. Il faut résister avec diligence à cette maladie.
(3) Beaucoup d’entre nous ont aussi une sotte timidité, qui nous rend lents à commencer avec eux et à leur parler franchement. Nous sommes si modestes, vraiment, que nous rougissons de parler pour Christ, ou de contredire le diable, ou de sauver une âme, tandis que, dans le même temps, nous avons moins honte des œuvres honteuses.
(4) Nous sommes si charnels que nos intérêts selon la chair nous entraînent à être infidèles dans l’œuvre de Christ, de peur de diminuer notre revenu, ou de nous attirer des ennuis, ou de dresser les gens contre nous, ou pour d’autres raisons semblables. Toutes ces choses demandent de la diligence pour y résister.
(5) Nous sommes si faibles dans la foi, et c’est là le plus grand obstacle de tous. De là vient que, lorsque nous devrions entreprendre un homme de toutes nos forces pour sa conversion, même s’il n’y a pas en nous des mouvements d’incrédulité sur la question de savoir s’il y a un ciel et un enfer, du moins notre croyance en eux est si faible qu’elle aura peine à susciter en nous un zèle ardent, résolu et constant ; si bien que tout notre mouvement ne sera que faible, parce que le ressort de la foi est si faible. Oh ! combien les pasteurs ont donc besoin, pour eux-mêmes et pour leur œuvre, de veiller de près sur leur foi, et surtout de veiller à ce que leur adhésion à la vérité de l’Écriture, touchant les joies et les tourments de la vie à venir, soit saine et vivante.
(6) Enfin, nous avons d’ordinaire beaucoup d’inhabileté et d’inaptitude pour cette œuvre. Hélas ! combien peu savent comment s’y prendre avec un homme ignorant et mondain pour sa conversion ! Pénétrer en lui et gagner sur lui ; adapter notre langage à sa condition et à son tempérament ; choisir les sujets les plus convenables, et les poursuivre avec un saint mélange de sérieux, de terreur, d’amour, de douceur et d’attraits évangéliques — oh ! qui est capable d’une telle chose ? Je le déclare sérieusement : par expérience, il me paraît aussi difficile de s’entretenir comme il faut avec un tel homme charnel, en vue de son changement, que de prêcher les sermons que nous prêchons d’ordinaire, sinon beaucoup plus. Toutes ces difficultés qui sont en nous devraient nous éveiller à une sainte résolution, à la préparation et à la diligence, afin que nous n’en soyons pas vaincus, et qu’elles ne nous empêchent pas d’entreprendre l’œuvre ni ne nous y entravent.
2. Après avoir relevé ces difficultés en nous-mêmes, j’en mentionnerai maintenant quelques-unes que nous rencontrerons dans notre peuple.
(1) Beaucoup refuseront obstinément d’être enseignés, et dédaigneront de venir à nous, se jugeant trop bons pour être catéchisés, ou trop vieux pour apprendre, à moins que nous ne sachions nous y prendre avec sagesse envers eux, en public et en particulier, et que nous ne nous appliquions, par la force de la raison et la puissance de l’amour, à vaincre leur obstination.
(2) Beaucoup de ceux qui sont de bonne volonté ont l’esprit si lent qu’ils peuvent à peine apprendre une page de catéchisme en un long temps ; aussi se tiendront-ils à l’écart, honteux de leur ignorance, à moins que nous ne mettions sagesse et diligence à les encourager.
(3) Et lorsqu’ils viennent, l’ignorance et la lenteur de compréhension de beaucoup sont si grandes que vous aurez bien de la peine à vous faire comprendre d’eux ; de sorte que, si vous n’avez pas l’heureux art de rendre les choses claires, vous les laisserez aussi ignorants qu’auparavant.
(4) Et vous trouverez plus difficile encore de faire pénétrer les choses dans leur cœur, et de les appliquer si bien à leur conscience qu’elles produisent ce changement salutaire qui est notre grand but, et sans lequel notre travail est perdu. Oh ! quel bloc, quel rocher qu’un cœur endurci et charnel ! Avec quelle force il résistera aux persuasions les plus puissantes, et entendra parler de la vie ou de la mort éternelle comme d’une chose de néant ! Si donc vous n’avez pas un grand sérieux, de la ferveur, une matière puissante et la justesse de l’expression, quel bien pouvez-vous attendre ? Et quand vous aurez tout fait, c’est l’Esprit de grâce qui doit faire l’œuvre. Mais comme Dieu et les hommes choisissent d’ordinaire des instruments appropriés à la nature de l’œuvre ou de la fin visée, ainsi l’Esprit de sagesse, de vie et de sainteté n’agit pas d’ordinaire par des instruments insensés, morts et charnels, mais par des persuasions de lumière, de vie et de pureté qui lui ressemblent le plus, à lui-même et à l’œuvre qui doit s’accomplir par elles.
(5) Enfin, lorsque vous aurez fait sur leur cœur quelques impressions souhaitables, si vous ne veillez pas sur eux et n’en prenez pas un soin particulier, leur cœur retournera bientôt à son ancienne dureté, et leurs anciens compagnons et leurs tentations détruiront tout de nouveau. En bref, toutes les difficultés de l’œuvre de la conversion, que vous avez coutume de faire connaître à votre peuple, se dressent devant nous dans notre présente œuvre.
Chapitre 12 terminé
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