Le pasteur réformé
Article 1

Chapitre 11 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute

Article 1

MOTIFS TIRÉS DES BIENFAITS DE CETTE ŒUVRE

Quand je regarde devant moi et que je considère ce que cette œuvre, si elle est bien conduite, est appelée à produire par la bénédiction de Dieu, mon cœur bondit de joie. En vérité, frères, vous avez commencé une œuvre bénie entre toutes, une œuvre dont vos propres consciences pourront se réjouir, dont vos paroisses pourront se réjouir, dont la nation pourra se réjouir, et dont l’enfant qui n’est pas encore né pourra se réjouir. Oui, des milliers et des millions d’âmes, pour autant que nous le sachions, auront peut-être sujet d’en bénir Dieu quand nous aurons achevé notre course. Et bien que notre affaire, en ce jour, soit de nous humilier de l’avoir si longtemps négligée — et nous en avons un très grand sujet —, l’espérance d’un heureux succès est si grande en moi qu’elle est près de changer ce jour en un jour de réjouissance.

Je bénis le Seigneur d’avoir vécu assez pour voir un jour comme celui-ci, et pour être présent à l’engagement si solennel de tant de serviteurs de Christ dans une telle œuvre. Je bénis le Seigneur qui vous a fait l’honneur, à vous de ce comté, d’être ceux qui commencent ce devoir et qui y réveillent la nation. Ce n’est pas un point controversé, à propos duquel des esprits aigris pourraient nous chercher querelle ; ce n’est pas non plus une invention nouvelle, qui permettrait à l’envie de vous accuser d’innovation, ou que l’orgueil dédaignerait de suivre parce que vous auriez ouvert la voie. Non ; c’est un devoir bien connu. Ce n’est rien d’autre qu’une manière plus diligente et plus efficace de conduire l’œuvre du ministère. Ce n’est pas une invention nouvelle, mais simplement la restauration de l’ancienne œuvre pastorale. Et parce qu’elle est si riche d’avantages pour l’Église, j’énumérerai quelques-uns des bienfaits particuliers que nous pouvons espérer en voir sortir, afin que, voyant son excellence, vous vous y attachiez davantage et que vous craigniez d’autant plus de la faire échouer ou de la ruiner par quelque négligence ou défaillance de votre part. Car assurément, celui qui a les véritables intentions d’un ministre de Christ se réjouira de voir paraître quelque espérance nouvelle d’atteindre les fins de son ministère ; et rien ne lui sera plus bienvenu que ce qui fera avancer l’affaire même de sa vie. Que cette œuvre soit propre à l’accomplir, c’est ce que je vais maintenant vous montrer plus en détail.

1. Ce sera un moyen plein d’espérance pour la conversion des âmes ; car elle réunit les grandes choses qui servent le mieux une telle fin.

(1) Quant à sa matière : elle porte sur les choses les plus nécessaires, les principes ou l’essentiel de la foi chrétienne.

(2) Quant à sa manière : elle se fera par un entretien privé, où nous aurons l’occasion de faire pénétrer toutes choses jusqu’à la conscience et jusqu’au cœur.

L’œuvre de la conversion comprend deux parties : premièrement, l’instruction du jugement dans les principes essentiels de la religion ; deuxièmement, le changement de la volonté par l’efficace de la vérité. Or, dans cette œuvre, nous avons pour l’une et l’autre les plus excellents avantages. Pour instruire leur intelligence, ce doit être une aide excellente que d’avoir le sommaire du christianisme fixé dans leur mémoire. Et bien que de simples mots, qu’on ne comprend pas, ne produisent aucun changement, pourtant, quand ces mots sont dans la langue de tous les jours, celui qui possède les mots a bien plus de chances qu’un autre d’en comprendre le sens et la substance. Car qu’avons-nous, pour faire connaître des choses qui sont elles-mêmes invisibles, sinon des mots ou d’autres signes ? Ceux donc qui tournent en dérision tous les catéchismes comme des formulaires inutiles feraient mieux de se moquer d’eux-mêmes, eux qui parlent et se servent de la forme de leurs propres mots pour faire connaître leur pensée aux autres. Pourquoi des paroles écrites, constamment sous leurs yeux et dans leur mémoire, ne les instruiraient-elles pas aussi bien que les paroles passagères d’un prédicateur ? Ces formulaires, qui sont « le modèle des saines paroles », sont donc si loin d’être inutiles, comme certains l’imaginent, qu’ils sont d’un usage admirable pour tous. De plus, nous aurons l’occasion, par l’entretien personnel, d’éprouver jusqu’où ils comprennent le catéchisme, de le leur expliquer au fur et à mesure, et d’insister sur les points que les personnes à qui nous parlons ont le plus besoin d’entendre. Ces deux choses réunies — un modèle de saines paroles, avec une explication simple — peuvent faire plus que l’une ou l’autre n’en pourrait faire seule.

En outre, nous aurons la meilleure occasion d’imprimer la vérité dans leur cœur, lorsque nous pourrons parler à chacun selon son besoin particulier, et dire au pécheur : « Tu es cet homme-là », et nommer clairement son cas particulier, et faire pénétrer la vérité avec une insistance familière. Si quelque chose au monde est propre à leur faire du bien, c’est bien cela. Ceux qui ne comprennent pas un sermon comprendront un discours familier ; et ils auront une bien plus grande aide pour se l’appliquer à eux-mêmes. De plus, vous entendrez leurs objections, et vous saurez par où Satan a le plus de prise sur eux ; ainsi vous pourrez leur montrer leurs erreurs, réfuter leurs objections et les convaincre plus efficacement. Nous pouvons mieux les amener au point décisif, les presser de déclarer leurs résolutions pour l’avenir, et de promettre d’user des moyens de grâce et de réformer leur vie, que nous ne pourrions le faire autrement. Quelle autre preuve nous en faut-il que notre propre expérience ? Il m’arrive rarement de traiter avec des hommes, à dessein, de cette grande affaire, dans un entretien privé et sérieux, sans qu’ils s’en aillent avec quelque apparence de conviction et des promesses d’une obéissance nouvelle, sinon avec un remords plus profond et le sentiment de leur état.

Ô frères, quel coup nous pouvons porter au royaume des ténèbres par la conduite fidèle et habile de cette œuvre ! Si donc le salut des âmes — des âmes de vos voisins, de beaucoup d’âmes — arrachées à la misère éternelle vaut votre travail, levez-vous et agissez ! Si vous voulez être les pères de beaucoup d’hommes nés de nouveau, et « rassasier vos regards du travail de votre âme », et pouvoir dire à la fin : « Me voici, moi et les enfants que tu m’as donnés », levez-vous et appliquez-vous à cette œuvre bénie ! S’il vous ferait du bien au cœur de voir ceux que vous avez convertis parmi les saints dans la gloire, louant l’Agneau devant le trône ; s’il vous réjouirait de les présenter à Christ irréprochables et sans tache, poursuivez avec diligence et avec ardeur cette occasion singulière qui vous est offerte. Si vous êtes vraiment ministres de Christ, vous désirerez ardemment l’achèvement de son corps et le rassemblement de ses élus ; et vous éprouverez « les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé » dans l’âme de votre peuple. Vous saisirez les occasions que vous offre le temps de votre moisson, comme on saisit les jours de soleil dans une moisson pluvieuse, où il est déraisonnable et inexcusable de rester oisif. Si vous avez en vous une étincelle de compassion chrétienne, il vous paraîtra assurément digne de votre plus grand travail de sauver tant « d’âmes de la mort » et de « couvrir » une si grande « multitude de péchés ». Si donc vous êtes vraiment ouvriers avec Christ, mettez-vous à son œuvre, et ne négligez pas les âmes pour lesquelles il est mort. Oh ! souvenez-vous, quand vous parlez avec les inconvertis, que vous avez maintenant l’occasion de sauver une âme, de réjouir les anges du ciel, de réjouir Christ lui-même, de chasser Satan d’un pécheur et d’agrandir la famille de Dieu ! Et quelle est votre « espérance, ou votre joie, ou votre couronne de gloire » ? N’est-ce pas votre peuple sauvé, « devant notre Seigneur Jésus, lors de son avènement » ? Oui, sans aucun doute, « ils sont votre gloire et votre joie ».

2. Elle favorisera essentiellement l’édification ordonnée de ceux qui sont convertis, et leur affermissement dans la foi. C’est mettre en péril toute notre œuvre, ou du moins l’entraver beaucoup, que de ne pas la faire dans l’ordre qui convient. Comment pouvez-vous bâtir, si vous ne posez pas d’abord un bon fondement ? ou comment poser la pierre du faîte, tandis qu’on néglige les parties du milieu ? « La grâce ne fait pas de sauts », pas plus que la nature. Les vérités chrétiennes du second rang dépendent tellement des premières qu’on ne peut jamais bien les apprendre tant que les premières ne sont pas apprises. C’est ce qui fait que tant de gens travaillent si fort en vain ; ils vont, « apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité », parce qu’ils voudraient lire avant d’apprendre à épeler, ou à connaître leurs lettres. C’est ce qui en fait tomber un si grand nombre : ils sont ébranlés par tout vent de tentation, parce qu’ils n’étaient pas bien affermis dans les principes fondamentaux de la religion. Ce sont ces fondements qui doivent conduire les hommes vers d’autres vérités ; c’est sur eux qu’ils doivent tout bâtir ; ce sont eux qui doivent mettre en mouvement toutes leurs grâces et animer tous leurs devoirs ; ce sont eux qui doivent les fortifier contre les tentations. Celui qui ne les connaît pas ne connaît rien ; celui qui les connaît bien en sait assez pour être heureux ; et celui qui les connaît le mieux est le meilleur chrétien et celui qui a le plus d’intelligence. Les personnes les plus pieuses de vos assemblées trouveront donc qu’il vaut la peine d’apprendre mot pour mot un catéchisme. Si donc vous voulez les édifier sûrement et les affermir solidement, soyez diligents dans cette œuvre.

3. Elle fera mieux comprendre et mieux recevoir notre prédication publique. Quand vous les aurez instruits dans les principes, ils comprendront mieux tout ce que vous dites. Ils verront où vous voulez en venir, une fois qu’ils connaîtront les points principaux. Cela prépare leur esprit et ouvre un chemin vers leur cœur ; tandis que, sans cela, vous risquez de perdre la plus grande partie de votre travail ; et plus vous prendrez de peine pour une préparation soignée, moins vous ferez peut-être de bien. Si donc vous ne voulez pas perdre votre travail public, veillez à être fidèles dans cette œuvre privée.

4. Par ce moyen, vous deviendrez familiers avec votre peuple, et vous pourrez ainsi gagner son affection. L’absence de cette familiarité, chez ceux qui ont des assemblées très nombreuses, est un grand obstacle au succès de nos travaux. La distance et le manque de connaissance mutuelle entretiennent quantité de malentendus entre les pasteurs et le peuple ; tandis que, d’un autre côté, la familiarité tendra à faire naître cette affection qui peut leur ouvrir l’oreille à une instruction plus poussée. De plus, quand nous serons familiers avec eux, ils seront encouragés à nous ouvrir leurs doutes et à traiter librement avec nous. Mais quand un pasteur ne connaît pas son peuple, ou lui est aussi étranger que s’il ne le connaissait pas, ce doit être un grand obstacle à tout bien qu’il pourrait faire parmi eux.

5. Par ce moyen, nous en viendrons à mieux connaître l’état spirituel de chaque personne, et nous saurons ainsi mieux comment veiller sur elle. Nous saurons mieux comment leur prêcher et comment nous conduire envers eux, quand nous connaîtrons leur tempérament et leurs principales objections, et par conséquent ce qu’ils ont le plus besoin d’entendre. Nous saurons mieux en quoi être jaloux d’eux « d’une jalousie de Dieu », et contre quelles tentations les prémunir le plus. Nous saurons mieux comment pleurer sur eux, nous réjouir avec eux et prier pour eux. Car, de même que celui qui veut bien prier pour lui-même doit connaître ses propres besoins et les maladies de son propre cœur, de même celui qui veut bien prier pour les autres devrait connaître les leurs autant que possible.

6. Par cette épreuve et cette connaissance de l’état de notre peuple, nous serons grandement aidés pour l’admettre aux sacrements. Je ne doute pas qu’un pasteur puisse demander à son peuple de venir le trouver à tout moment convenable, pour rendre compte de sa foi et de ses progrès, et pour recevoir instruction, et qu’il puisse donc le faire en préparation à la Cène du Seigneur ; mais parce que les pasteurs ont fait reposer tout le poids de cet examen sur la seule nécessité d’être apte à cette ordonnance, et non sur leur devoir ordinaire de connaître en toute saison convenable l’état et les progrès de chaque membre de leur troupeau, ni sur le devoir du peuple de se soumettre en tout temps à la direction et à l’instruction de ses pasteurs, ils ont donné occasion aux gens de chicaner, par ignorance, sur leurs examens. Or, par cette méthode, nous découvrirons leur aptitude ou leur inaptitude d’une manière irréprochable, et d’une manière bien plus efficace que par quelque examen partiel avant de les admettre à la table du Seigneur.

7. Elle montrera aux hommes la vraie nature de la charge pastorale, et les éveillera à la considérer mieux qu’on ne le fait d’ordinaire aujourd’hui. Il est trop commun de penser que l’œuvre du ministère ne consiste qu’à prêcher, à baptiser, à administrer la Cène du Seigneur et à visiter les malades. Ainsi le peuple ne veut se soumettre à rien de plus ; et trop de pasteurs sont si étrangers à leur propre vocation qu’ils ne veulent rien faire de plus. J’ai souvent eu le cœur affligé de voir combien certains prédicateurs éminents et capables font peu pour le salut des âmes, hormis en chaire, et combien une grande partie de leur travail reste vaine à cause de cette négligence. Ils ont des centaines de personnes auxquelles ils n’ont jamais dit un mot en particulier pour leur salut ; et, à en juger par leur pratique, ils ne considèrent pas que ce soit leur devoir ; et la principale chose qui endurcit les hommes dans cette omission, c’est la négligence commune de la partie privée de l’œuvre chez les autres. Il y en a si peu qui y fassent beaucoup, et l’omission est devenue si commune parmi des hommes pieux et capables, que leur capacité en atténue la honte ; et un homme peut maintenant s’en rendre coupable sans qu’on le remarque particulièrement ni qu’il en soit déshonoré. Jamais le péché ne règne autant dans une Église ou dans un État que lorsqu’il a acquis de la réputation, ou du moins qu’il n’est plus une honte pour le pécheur ni un sujet de scandale pour ceux qui le voient. Mais je ne doute nullement que, par la miséricorde de Dieu, le rétablissement de la pratique de la surveillance personnelle ne convainque beaucoup de pasteurs que c’est là leur œuvre aussi véritablement que ce qu’ils font maintenant, et ne les éveille à voir que le ministère est une tout autre affaire que ne le pensent trop d’excellents prédicateurs. Frères, appliquez-vous seulement de près à cette œuvre, et poursuivez-la avec diligence ; et même si vous le faites en silence, sans rien dire à ceux qui la négligent, j’ai l’espérance que la plupart d’entre vous qui êtes ici présents vivront assez pour voir le jour où la négligence de la surveillance personnelle et privée de tout le troupeau sera tenue pour une omission scandaleuse et odieuse, et sera aussi déshonorante pour ceux qui s’en rendent coupables que l’était autrefois le fait de ne prêcher qu’une fois par jour. Un maître d’école doit faire rendre compte à chacun de ses élèves, sinon il risque de faire peu de bien. Si les médecins se contentaient de donner une leçon publique de médecine, leurs patients ne s’en porteraient guère mieux ; et un homme de loi ne mettrait pas vos biens en sûreté en faisant une leçon de droit. Or, la charge d’un pasteur exige qu’il traite avec les personnes une à une, tout autant que n’importe laquelle de ces professions. Montrons cela au monde par notre pratique ; car la plupart des hommes ne font plus guère cas des simples paroles.

La vérité est que nous avons été amenés à faire un tort extrême à l’Église sur ce point par l’extrême opposé des papistes, qui contraignent tout leur peuple à la confession auriculaire ; car, en renversant cette erreur qui est la leur, nous sommes tombés dans l’extrême contraire, et nous y avons entraîné notre peuple beaucoup plus loin que nous n’y sommes allés nous-mêmes. J’ai été fort troublé de lire, chez un historien orthodoxe, que la licence, et le désir d’échapper aux enquêtes rigoureuses des prêtres dans la confession, avaient beaucoup favorisé l’accueil fait à la religion réformée en Allemagne. Et pourtant il est bien possible que ce soit vrai, et que ceux qui étaient contre la réforme à d’autres égards se soient, pour cette raison, joints à de meilleurs qu’eux pour décrier le clergé romain. Je ne doute pas que la confession auriculaire papiste ne soit une nouveauté coupable, que l’Église ancienne ne connaissait pas. Mais peut-être certains trouveront-ils étrange que je dise que notre négligence commune de l’instruction personnelle est bien pire, si l’on considère leurs confessions en elles-mêmes, et non dans leur rapport avec leurs doctrines connexes de la satisfaction et du purgatoire. Si quelqu’un parmi nous se rendait coupable d’une erreur aussi grossière que de penser qu’après avoir prêché il a fait toute son œuvre, montrons-lui, par notre pratique du reste, qu’il y a beaucoup plus à faire, et que « prendre garde à tout le troupeau » est une autre affaire que ne l’imaginent les pasteurs négligents et paresseux. Si un homme se persuade qu’un devoir, et le principal des devoirs, n’est pas un devoir, il risque fort de le négliger, et de demeurer impénitent dans cette négligence.

8. Elle aidera notre peuple à mieux comprendre la nature de son devoir envers ses surveillants, et par conséquent à mieux s’en acquitter. Ce ne serait là, à vrai dire, qu’une affaire sans importance, s’il ne s’agissait que de nous ; mais leur propre salut y est grandement intéressé. Je suis convaincu, par une triste expérience, que ce n’est pas le moindre obstacle à leur salut, et à une véritable réforme de l’Église, que le peuple ne comprenne pas ce qu’est l’œuvre d’un pasteur, ni quel est son propre devoir envers lui. Ils pensent communément qu’un pasteur n’a rien d’autre à faire avec eux que de leur prêcher, de leur administrer les sacrements et de les visiter dans la maladie ; et que, s’ils l’écoutent et reçoivent de lui les sacrements, ils ne lui doivent aucune autre obéissance, et qu’il ne peut rien exiger de plus de leur part. Ils ne savent guère que le pasteur est dans l’Église comme le maître d’école dans son école, pour enseigner chacun en particulier et lui faire rendre compte ; et que tous les chrétiens, ordinairement, doivent être disciples ou écoliers dans quelque école de ce genre. Ils ne pensent pas qu’un pasteur est dans l’Église comme un médecin dans une ville, pour que tous viennent à lui chercher un conseil personnel pour la guérison de toutes leurs maladies ; et que « les lèvres du sacrificateur doivent garder la science, Et c’est à sa bouche qu’on demande la loi, Parce qu’il est un envoyé de l’Éternel des armées ». Ils ne considèrent pas que toutes les âmes de l’assemblée sont tenues, pour leur propre sûreté, d’avoir personnellement recours à lui pour la solution de leurs doutes, pour être aidées contre leurs péchés, pour être dirigées dans leur devoir, et pour croître dans la connaissance et dans toute grâce salutaire ; et que les pasteurs sont tout exprès établis dans les assemblées à cette fin, pour être toujours prêts à conseiller et à aider le troupeau.

Si notre peuple connaissait seulement son devoir, il viendrait volontiers à nous, quand on l’en prie, pour être instruit et pour rendre compte de sa connaissance, de sa foi et de sa vie ; il viendrait même de son propre mouvement, sans qu’on l’envoie chercher ; il frapperait plus souvent à nos portes ; il réclamerait conseil et secours pour son âme ; et il demanderait : « Que faut-il que nous fassions pour être sauvés ? » Au lieu de cela, les choses en sont venues à ce triste point qu’ils pensent qu’un pasteur n’a rien à voir avec eux : s’il les avertit, ou s’il les appelle pour être catéchisés et instruits, ou s’il veut leur faire rendre compte de leur foi et de leurs progrès, ils lui demanderaient par quelle autorité il fait ces choses, et le prendraient pour un homme affairé et indiscret qui aime se mêler de ce qui ne le regarde pas, ou pour un orgueilleux qui voudrait dominer sur leurs consciences ; alors qu’ils pourraient tout aussi bien lui demander par quelle autorité il prêche, ou il prie, ou il leur donne le sacrement. Ils ne considèrent pas que toute notre autorité n’existe que pour notre œuvre — ce n’est rien d’autre qu’un pouvoir de faire notre devoir — et que notre œuvre est pour eux, de sorte que ce n’est qu’une autorité pour leur faire du bien. Ils ne parlent pas plus sagement que s’ils cherchaient querelle à un homme venu les aider à éteindre le feu dans leur maison, en lui demandant par quelle autorité il le fait ; ou à un homme qui voudrait donner de l’argent pour soulager les pauvres, et à qui ils demanderaient : Par quelle autorité exigez-vous que nous prenions cet argent ? Ou comme si je tendais la main à un homme tombé, pour l’aider à se relever, ou à un homme dans l’eau, pour le sauver de la noyade, et qu’il me demandât par quelle autorité je le fais. Et qu’est-ce qui a amené notre peuple à cette ignorance de son devoir, sinon la coutume ? C’est nous, frères, pour parler vrai et franchement, qui sommes à blâmer, nous qui ne les avons pas habitués, ni nous-mêmes, à autre chose qu’à l’œuvre publique ordinaire. Nous voyons tout ce que la coutume peut sur le peuple. Là où c’est la coutume, comme chez les papistes, ils n’hésitent pas à confesser tous leurs péchés au prêtre ; mais chez nous, ils dédaignent d’être catéchisés ou instruits, parce que ce n’est pas la coutume. Ils s’en étonnent comme d’une chose étrange, et disent : On n’a jamais fait cela auparavant. Et si nous pouvons seulement parvenir à rendre ce devoir aussi commun que les autres devoirs, ils s’y soumettront bien plus facilement qu’aujourd’hui. Quel bonheur ce serait, si vous pouviez vivre assez pour voir le jour où il serait aussi ordinaire pour les gens de tout âge de venir à leur tour trouver leurs pasteurs pour recevoir un conseil personnel et un secours pour leur salut, qu’il leur est habituel aujourd’hui de venir à l’église entendre un sermon ou recevoir le sacrement ! Notre diligence dans cette œuvre est le moyen d’y parvenir.

9. Elle donnera aux gouvernants de la nation des vues plus justes sur la nature et le fardeau du ministère, et pourra ainsi obtenir d’eux une aide plus grande. C’est un obstacle lamentable à la réforme de l’Église et au salut des âmes que, dans la plupart des villes populeuses, il n’y ait qu’un ou deux hommes pour veiller sur plusieurs milliers d’âmes, de sorte que les ouvriers ne sont aucunement en proportion de l’œuvre ; il leur devient impossible d’accomplir une mesure tant soit peu considérable de ce devoir personnel que des pasteurs fidèles devraient remplir envers tout le troupeau. Je l’ai souvent dit, et je dois le dire encore, que c’est une grande partie de la misère de l’Angleterre qu’une famine spirituelle profonde règne dans la plupart des villes et des gros bourgs à travers tout le pays, même là où l’on n’en a pas conscience et où l’on se croit bien pourvu. Hélas ! nous voyons autour de nous des multitudes de pécheurs ignorants, charnels et sensuels — ici une famille, là une famille, et là presque toute une rue ou tout un village —, et notre cœur a pitié d’eux, et nous voyons que leurs besoins réclament à grands cris notre secours prompt et diligent, si bien que « celui qui a des oreilles pour entendre » ne peut que les entendre. Et pourtant, quel que soit notre désir, nous ne pouvons pas les secourir ; et cela non seulement à cause de leur obstination, mais aussi parce que l’occasion nous manque. Nous avons constaté par expérience que, si seulement nous avions le loisir de leur parler et de leur exposer clairement leur péché et leur danger, il y aurait grande espérance de faire du bien à beaucoup d’entre eux, qui ne retirent que peu de chose de notre enseignement public. Mais nous ne pouvons arriver jusqu’à eux ; une œuvre plus nécessaire nous en empêche : nous ne pouvons faire les deux à la fois ; et notre œuvre publique doit avoir la préférence, parce que là nous avons affaire à beaucoup à la fois. Et c’est tout ce que nous pouvons faire que d’accomplir l’œuvre publique, ou un peu plus ; et si nous prenons le temps où nous devrions manger ou dormir (sans compter que nous ruinons par là des corps affaiblis), nous ne pourrons malgré tout parler qu’à un seul d’entre eux sur un très grand nombre. De sorte qu’il nous faut rester là à voir de pauvres gens périr, sans pouvoir rien faire que nous affliger pour eux, et sans pouvoir même leur parler pour tenter de les relever. N’est-ce pas une triste situation, dans une nation qui se glorifie de la plénitude de l’Évangile ? Un incrédule dira : Non ; mais il me semble qu’aucun homme qui croit à une joie ou à un tourment éternels ne devrait faire une telle réponse.

Je vous donnerai l’exemple de mon propre cas. Nous sommes deux pasteurs ensemble, et un troisième dans une chapelle, prêts à consacrer chaque heure de notre temps à l’œuvre de Christ. Avant d’entreprendre cette œuvre, nous avions les mains pleines ; et maintenant nous nous sommes engagés à mettre à part deux jours chaque semaine, du matin au soir, pour la catéchisation et l’instruction privées ; de sorte que chacun peut voir qu’il nous faut laisser de côté tout l’autre travail que nous avions coutume de faire pendant ce temps ; et nous sommes contraints de nous précipiter dans l’œuvre publique de la prédication avec peu de préparation, et de délivrer ainsi le message de Dieu d’une manière si peu mûrie, si confuse et si peu digne de sa grandeur et des besoins des âmes, que c’est un grand tourment pour notre esprit d’y penser, et un tourment plus grand encore au moment même où nous le faisons. Et pourtant il doit en être ainsi ; il n’y a pas de remède : à moins d’omettre cette instruction personnelle, il nous faut bien monter ainsi en chaire sans préparation. Et l’omettre, nous ne l’osons pas, tant c’est une œuvre grande et nécessaire. Et quand nous aurons subi tous les inconvénients que j’ai dits, et mis à part deux journées entières par semaine pour cette œuvre, ce sera tout ce que nous pourrons faire que de parcourir la paroisse une fois par an (elle compte environ 800 familles) ; et, ce qui est pire, nous serons forcés d’abréger, et de faire l’œuvre moins efficacement auprès de ceux que nous verrons, ayant plus de quinze familles par semaine à visiter. Et hélas ! quelle petite chose que de parler à un homme une seule fois par an, et cela aussi rapidement que nous serons forcés de le faire, en comparaison de ce que réclament leurs besoins ! Nous espérons pourtant quelque fruit de ce peu ; mais combien plus pourrait-il y en avoir, si seulement nous pouvions leur parler une fois par trimestre, et faire l’œuvre plus pleinement et plus posément, comme vous pouvez le faire, vous qui êtes dans de plus petites paroisses ! Et beaucoup de pasteurs en Angleterre ont dix fois plus de paroissiens que moi : de sorte que, s’ils entreprenaient l’œuvre que nous avons entreprise, ils ne pourraient parcourir leur paroisse qu’une fois en dix ans. Ainsi, tandis que nous espérons trouver l’occasion de leur parler, nous apprenons la mort de l’un après l’autre, et, à la douleur de notre âme, nous sommes forcés de les accompagner à la tombe avant d’avoir jamais pu leur dire personnellement un seul mot pour les préparer à ce grand changement. Et quelle est la cause de toute cette misère ? Eh bien, nos gouvernants n’ont pas vu la nécessité de plus d’un ou deux pasteurs dans de telles paroisses ; et ainsi ils n’ont accordé aucune subsistance à cette fin. Certains ont aliéné une grande part des biens de l’Église (que le Seigneur humilie tous ceux qui y ont consenti, de peur que cela ne finisse par être la ruine de la nation !), tandis qu’ils ont laissé cette famine dans les principales parties du pays. Il est facile de se séparer de la multitude, de rassembler des Églises distinctes, et de laisser le reste couler ou surnager ; et, s’ils ne veulent pas être sauvés par la prédication publique, de les laisser se perdre : mais savoir si c’est là la conduite la plus charitable et la plus chrétienne, ce ne devrait pas, semble-t-il, être une question difficile.

Mais d’où vient que des gouvernants sages et pieux se rendent ainsi coupables de notre misère, et qu’aucun de nos cris ne puisse les éveiller à la compassion ? Quoi ! sont-ils assez ignorants pour ne pas savoir ces choses ? Ou sont-ils devenus cruels envers les âmes des hommes ? Ou sont-ils faux de cœur à l’égard des intérêts de Christ, et ont-ils le dessein de saper son royaume ? Non, j’espère que ce n’est rien de tout cela ; mais, autant que je puisse en juger, c’est nous qui sommes à blâmer, oui, nous, les ministres de l’Évangile, que ces gouvernants devraient ainsi entretenir. Car les pasteurs qui ont de petites paroisses, et qui pourraient faire toute cette partie privée de l’œuvre, ne la font pourtant pas, ou du moins bien peu d’entre eux. Et ceux des grandes villes et des cités, qui pourraient en faire quelque chose, même s’ils ne peuvent tout faire, ne font absolument rien, sauf ce qui se présente par hasard sur leur chemin, ou presque rien ; de sorte que le magistrat n’est pas éveillé à remarquer ni à considérer le poids de notre œuvre. Ou s’ils en saisissent l’utilité, voyant pourtant que les pasteurs sont si négligents et si paresseux qu’ils ne veulent pas la faire, ils jugent inutile de leur fournir de quoi subsister pour cela — ce ne serait qu’entretenir des frelons oisifs —, et ils pensent ainsi qu’en entretenant assez de pasteurs pour prêcher en chaire, ils ont fait leur part. Et c’est ainsi qu’ils se trouvent engagés dans un péché odieux, et que nous en sommes l’occasion. Au contraire, si nous nous mettons tous de bon cœur à cette œuvre, et montrons au magistrat, sous ses yeux, que c’est une partie très importante et nécessaire de notre tâche, que nous la ferions à fond si nous le pouvions, et que, s’il y avait assez de bras, l’œuvre pourrait avancer ; et, avec cela, quand il verra l’heureux succès de nos travaux, alors, sans aucun doute, si la crainte de Dieu est en eux et s’ils ont quelque amour pour sa vérité et pour les âmes des hommes, ils y prêteront la main, et ne laisseront pas les hommes périr faute d’un homme qui leur parle pour l’empêcher. D’une manière ou d’une autre, ils pourvoiront dans ces lieux populeux à la subsistance d’ouvriers en proportion du nombre des âmes et de la grandeur de l’œuvre. Qu’ils nous voient seulement nous mettre à l’œuvre, et qu’ils la voient prospérer entre nos mains — comme, si elle est bien conduite, elle prospérera sans aucun doute par la bénédiction de Dieu —, et alors leur cœur sera porté à la promouvoir ; et, au lieu de réunir des paroisses pour diminuer le nombre des pasteurs, ils les diviseront, ou bien ils accorderont plus de pasteurs à une même paroisse. Mais quand ils voient que bien des pasteurs charnels font plus de bruit pour obtenir davantage de revenus pour eux-mêmes que pour avoir plus d’aide dans l’œuvre de Dieu, ces mondains les tentent de faire tort à l’Église, afin que tel ou tel pasteur ait ses aises et l’abondance.

10. Elle facilitera extrêmement l’œuvre du ministère dans les générations à venir. La coutume, comme je l’ai dit plus haut, est ce qui a le plus d’empire sur la multitude ; et ceux qui les premiers rompent une coutume pernicieuse doivent essuyer le choc de son indignation. Or, il faut bien que quelqu’un le fasse. Si nous ne le faisons pas, cela retombera sur nos successeurs ; et comment pouvons-nous espérer qu’ils seront plus hardis, plus résolus et plus fidèles que nous ? C’est nous qui avons vu les lourds jugements du Seigneur, et qui l’avons entendu plaider avec le pays par le feu et par l’épée. C’est nous qui avons été nous-mêmes dans la fournaise, et qui devrions être les plus épurés. C’est nous qui sommes le plus profondément obligés par des serments et des alliances, par des délivrances merveilleuses, par des expériences et par des miséricordes de toute sorte. Et si nous reculons encore, si nous tournons le dos et nous montrons faux de cœur, pourquoi attendrions-nous mieux de ceux qui n’ont pas été poussés par de tels fléaux que nous, ni tirés par de tels liens ? Mais s’ils se montrent meilleurs que nous, la même haine et la même opposition que nous évitons devront tomber sur eux, et même accrues, à cause de notre négligence ; car le peuple leur dira que nous, leurs prédécesseurs, ne faisions rien de tel. Mais si nous voulions maintenant rompre la glace pour ceux qui nous suivent, leurs âmes nous béniront, nos noms leur seront chers, et ils sentiront les heureux fruits de notre travail chaque jour de leur ministère, quand le peuple se soumettra volontiers à leurs instructions et à leurs examens privés, oui, et à la discipline aussi, parce que nous les y aurons habitués, que nous aurons levé le préjugé et brisé la mauvaise coutume dont nos prédécesseurs avaient été la cause. Ainsi nous pouvons beaucoup contribuer au salut de plusieurs milliers d’âmes, dans tous les âges à venir aussi bien que dans l’âge présent où nous vivons.

11. Elle contribuera beaucoup à mieux régler les familles et à mieux employer le jour du sabbat. Quand nous aurons une fois obtenu des chefs de famille qu’ils s’engagent, chaque jour du Seigneur, à interroger leurs enfants et leurs serviteurs et à leur faire réciter quelque catéchisme et quelques passages de l’Écriture, cela leur procurera l’occupation la plus profitable, alors que beaucoup d’entre eux, sans cela, resteraient oisifs ou s’occuperaient mal. Beaucoup de maîtres de maison, qui savent eux-mêmes peu de chose, peuvent pourtant être amenés à le faire pour d’autres, et de cette façon ils peuvent même s’instruire eux-mêmes.

12. Elle fera du bien à beaucoup de pasteurs, qui ne sont que trop enclins à l’oisiveté et à gaspiller leur temps en conversations, affaires, voyages ou divertissements inutiles. Elle leur fera voir qu’ils n’ont pas de temps à perdre en de telles choses ; et ainsi, quand ils seront engagés dans tant d’occupations pressantes et d’une nature si élevée, ce sera le meilleur remède à toute cette oisiveté et à cette perte de temps. De plus, elle supprimera le scandale qui en découle habituellement ; car les gens sont prompts à dire : Tel pasteur peut passer son temps aux boules, ou à d’autres jeux, ou en vains propos ; et pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant que lui ? Mettons-nous tous avec diligence à cette partie de notre œuvre, et voyons alors quel temps il nous restera pour vivre dans l’oisiveté, dans la volupté ou dans l’esprit du monde, si nous le pouvons.

13. Elle produira pour nous-mêmes beaucoup de bienfaits personnels. Elle contribuera beaucoup à soumettre nos propres corruptions, et à exercer et accroître nos propres grâces. Elle procurera beaucoup de paix à nos consciences, et nous consolera quand viendra l’heure de passer en revue notre vie passée.

Être souvent occupés à exciter les autres à la repentance et à une pensée tournée vers le ciel peut beaucoup contribuer à les éveiller en nous-mêmes. Décrier le péché des autres, les engager contre lui et leur montrer comment le vaincre, contribuera beaucoup à nous faire rougir du nôtre et à nous en détourner ; et la conscience ne nous laissera guère vivre dans ce dont nous nous donnons tant de peine pour retirer les autres. Le simple fait d’être constamment employés pour Dieu, et d’occuper notre esprit et notre langue contre le péché, et pour Christ et la sainteté, contribuera beaucoup à vaincre nos inclinations charnelles, à la fois par une mortification directe et par diversion, en ne laissant à notre imagination ni place ni temps pour ses anciennes occupations. Toutes les austérités des moines et des ermites, qui s’adonnent à une solitude sans profit et qui pensent se sauver en négligeant de témoigner de la compassion aux autres, ne feront pas, à beaucoup près, autant pour la véritable œuvre de la mortification que cette diligence féconde pour Christ.

14. Ce sera un bienfait que, par ce moyen, nous détournerons nos personnes et notre peuple des vaines controverses, et de dépenser notre soin et notre zèle pour les moindres choses de la religion, celles qui tendent le moins à leur édification spirituelle. Tandis que nous serons occupés à enseigner, et eux à apprendre, les vérités fondamentales de l’Évangile, nous détournerons notre esprit et notre langue, et nous aurons moins de place pour les choses inférieures ; et ainsi elle guérira bien des chicanes et des contestations entre pasteurs et peuple. Car nous faisons ce que nous n’avons pas besoin de faire et ne devrions pas faire, parce que nous ne voulons pas nous mettre avec diligence à faire ce que nous avons besoin de faire et devrions faire.

15. Venons-en maintenant à l’étendue des bienfaits susdits. Le dessein de cette œuvre est la réforme et le salut de tout le peuple de nos diverses paroisses. Car nous ne laisserons de côté aucun homme qui consentira à être instruit ; et bien que nous puissions à peine espérer que chaque individu sera réformé et sauvé par elle, nous avons pourtant raison d’espérer que, l’entreprise étant universelle, le succès sera plus général et plus étendu que ce que nous avons vu jusqu’ici de nos autres travaux. Ce dont je suis sûr, c’est qu’elle est tout à fait conforme à l’esprit, aux préceptes et aux offres de l’Évangile, qui nous ordonne de prêcher Christ à toute créature, et qui promet la vie à tout homme, s’il veut l’accepter en croyant. Si Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (c’est-à-dire si, comme Recteur et Bienfaiteur du monde, il s’est montré disposé à sauver tous les hommes, s’ils le veulent eux-mêmes, quoiqu’il rende aussi ses élus bien disposés), alors assurément il nous convient d’offrir le salut à tous les hommes, et de nous efforcer de les amener à la connaissance de la vérité. Et si Christ « a souffert la mort pour tous », il est juste que nous prêchions sa mort à tout homme. Cette œuvre a un dessein plus excellent que nos entretiens occasionnels, de temps à autre, avec telle ou telle personne. Et j’ai observé que, dans ces conversations de rencontre, les hommes se contentent d’avoir dit quelques bonnes paroles, mais font rarement pénétrer la chose de façon claire et pressante, pour convaincre les hommes de leur péché, de leur misère et de la miséricorde offerte, comme nous serons plus enclins à le faire dans cette œuvre établie tout exprès.

16. Il est probable que ce sera une œuvre qui s’étendra à tout le pays, et qui ne s’arrêtera pas à nous qui nous y sommes engagés maintenant. Car bien qu’elle soit présentement négligée, je suppose que la cause en est la même chez nos frères que chez nous, à savoir cette irréflexion et cette paresse que nous déplorons ici en ce jour, mais surtout le désespoir de voir le peuple s’y soumettre. Mais quand on leur rappellera un devoir si clair et si grand, et qu’ils verront qu’il est réalisable, dans une bonne mesure, quand on le fait d’un commun accord, ils l’adopteront, sans aucun doute, universellement, et s’uniront avec joie à nous dans une œuvre si bénie ; car ils sont serviteurs du même Dieu, aussi sensibles que nous aux intérêts de Christ, aussi compatissants envers les âmes des hommes, aussi consciencieux, aussi prêts à renoncer à eux-mêmes, et à agir ou à souffrir pour des fins si excellentes. Voyant donc qu’ils ont le même esprit, la même règle et le même Seigneur, je ne serai pas assez peu charitable pour douter que tous ceux qui sont pieux dans tout le pays (ou du moins la plupart d’entre eux) se joindront avec joie à nous. Et oh ! quel bonheur ce sera de voir une telle union générale pour Christ, et de voir toute l’Angleterre si sérieusement appelée et pressée pour Christ, et placée sur un si beau chemin vers le ciel ! Il me semble que cette pensée devrait faire tressaillir notre cœur au-dedans de nous : voir tant de fidèles serviteurs de Christ dans tout le pays s’adresser à chaque pécheur en particulier avec une telle insistance, comme des hommes qui n’acceptent guère un refus. Il me semble que je vois déjà tous les pasteurs pieux d’Angleterre commencer l’œuvre, et résolus à saisir l’occasion présente, afin que l’unanimité la facilite.

17. Enfin, le devoir que nous recommandons maintenant est d’un si grand poids et d’une telle excellence que la principale part de la réforme de l’Église qui reste encore à accomplir, quant aux moyens, consiste en lui ; et il doit être le principal moyen de répondre aux jugements, aux miséricordes, aux prières, aux promesses, aux dépenses, aux efforts et au sang de la nation ; et sans lui cela ne se fera pas ; les fins de toutes ces choses ne seront jamais bien atteintes ; une réforme digne de ce nom ne sera jamais accomplie ; l’Église demeurera toujours abaissée ; les intérêts de Christ seront fort négligés ; et Dieu aura toujours un procès avec le pays, et surtout avec le ministère, qui a été le plus profondément engagé dans cette culpabilité.

Depuis combien de temps parlons-nous de réforme, combien avons-nous dit et fait pour elle en général, et avec quelle profondeur et quelle dévotion l’avons-nous vouée pour notre propre part ; et, après tout cela, combien honteusement l’avons-nous négligée, et la négligeons-nous encore aujourd’hui ! Nous nous conduisons comme si nous n’avions pas su ni considéré ce qu’était cette réforme que nous avions vouée. De même que les hommes charnels prétendent être chrétiens, et déclarent avec assurance qu’ils croient en Christ et acceptent son salut, et peuvent même combattre pour Christ et se battre pour lui, et pourtant, malgré tout cela, ne veulent point de lui, mais périssent pour l’avoir refusé, eux qui ne se doutaient guère d’avoir jamais été de ceux qui le refusent ; et tout cela parce qu’ils ne comprenaient pas ce qu’est son salut ni comment il s’opère, mais rêvent d’un salut qui ne contrarie point la chair, sans renoncement à soi-même ni au monde, sans se séparer de leurs péchés, sans aucune sainteté, sans aucune grande peine ni aucun travail de leur part au service de Christ et de l’Esprit : de même, trop de pasteurs et de simples particuliers ont parlé, écrit, prié, combattu et soupiré après la réforme, et auraient eu bien de la peine à croire l’homme qui aurait eu l’audace de leur dire que, malgré tout cela, leur cœur même était opposé à la réforme, et que ceux qui priaient pour elle, qui jeûnaient pour elle et qui passaient à travers le sang pour elle ne l’accepteraient jamais, mais en seraient eux-mêmes ceux qui la rejettent et qui la détruisent. Et pourtant il en est ainsi, et cela ne s’est que trop clairement vérifié : et d’où vient toute cette étrange tromperie du cœur, que des hommes de bien ne se connaissent pas mieux eux-mêmes ? Eh bien, la chose est claire : ils pensaient à une réforme que Dieu donnerait, mais non à une réforme qui devait s’accomplir en eux-mêmes et par eux-mêmes. Ils considéraient la bénédiction, mais ne pensaient jamais aux moyens de l’obtenir. Mais c’était comme s’ils s’étaient attendus à ce que toutes choses, hormis eux-mêmes, fussent réparées sans eux, ou que le Saint-Esprit descendît de nouveau miraculeusement, ou que chaque sermon convertît des milliers d’âmes, ou que quelque ange du ciel ou quelque Élie fût envoyé pour rétablir toutes choses, ou que la loi du parlement et l’épée du magistrat eussent converti ou contraint tout le monde et fait l’affaire ; et ils ne pensaient guère à une réforme qui devait s’accomplir par leur propre diligence et par leurs travaux infatigables, par une prédication pressante et par la catéchisation, par des instructions personnelles, et en prenant garde à tout le troupeau, quelque peine ou quelque opprobre qu’il dût leur en coûter. Ils ne pensaient pas qu’une réforme complète multiplierait leur propre travail ; mais nous avions tous des pensées trop charnelles, croyant que, lorsque nous aurions les impies à notre merci, tout serait fait, et que les vaincre, c’était les convertir, ou du moins un moyen qui les aurait effrayés jusqu’au ciel. Mais il en va tout autrement ; et si nous avions su alors comment une réforme doit s’obtenir, peut-être certains auraient-ils été plus froids à la poursuivre. Et pourtant je sais que même les travaux que l’on prévoit paraissent peu de chose de loin, tant que nous ne faisons qu’en entendre parler et en parler ; mais quand nous nous en approchons, qu’il nous faut mettre la main à l’œuvre, revêtir notre armure et charger au plus épais des difficultés qui s’opposent à nous, alors la sincérité et la force du cœur des hommes sont mises à l’épreuve, et l’on voit ce que valaient leurs desseins et leurs promesses d’auparavant.

La réforme est pour beaucoup d’entre nous ce que le Messie était pour les Juifs. Avant sa venue, ils l’attendaient et le désiraient ardemment, se glorifiaient de lui et se réjouissaient dans l’espérance de sa venue ; mais quand il vint, ils ne purent le supporter ; ils le haïrent, ils refusèrent de croire qu’il fût vraiment celui-là, et c’est pourquoi ils le persécutèrent et le mirent à mort, pour la malédiction et la confusion de la plus grande partie de leur nation. « Soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l’alliance que vous désirez. Qui pourra soutenir le jour de sa venue? Qui restera debout quand il paraîtra? Car il sera comme le feu du fondeur, Comme la potasse des foulons. Il s’assiéra, fondra et purifiera l’argent; Il purifiera les fils de Lévi, Il les épurera comme on épure l’or et l’argent, Et ils présenteront à l’Éternel des offrandes avec justice. » Et la raison en était que les Juifs attendaient un tout autre Christ ; ils en attendaient un qui leur apporterait richesses et liberté, et jusqu’à ce jour ils déclarent qu’ils ne croiront jamais en aucun autre qu’un tel Christ. Il en est ainsi de trop d’hommes au sujet de la réforme. Ils espéraient une réforme qui leur apporterait plus de richesse et d’honneur auprès du peuple, et le pouvoir de forcer les hommes à faire ce qu’ils voulaient ; et voici qu’ils voient une réforme qui doit les astreindre à plus de condescendance et de peine qu’ils n’en ont jamais eu auparavant. Ils pensaient tenir les adversaires de la piété sous leurs pieds ; mais ils voient maintenant qu’il leur faut aller à eux avec d’humbles supplications, et mettre leurs mains sous leurs pieds, s’ils veulent leur faire du bien, et supplier avec douceur ceux-là mêmes qui autrefois en voulaient à leur vie, et faire maintenant leur affaire de chaque jour de les vaincre par la bonté et de les gagner par l’amour. Oh ! combien d’attentes charnelles se trouvent ici déçues !

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