À la poursuite de Dieu
Le regard de l’âme

Chapitre 9 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute

Le regard de l’âme

Ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi.—Hébreux 12:2

Pensons à cet homme simple et intelligent dont il a été question au chapitre six, qui s’approche pour la première fois de la lecture des Écritures. Il aborde la Bible sans rien savoir au préalable de ce qu’elle contient. Il est entièrement dépourvu de préjugés ; il n’a rien à prouver et rien à défendre.

Un tel homme n’aura pas lu longtemps avant que son esprit commence à remarquer certaines vérités qui se détachent de la page. Ce sont les principes spirituels qui sous-tendent le récit des rapports de Dieu avec les hommes, et qui sont tissés dans les écrits des saints hommes qui ont parlé « poussés par le Saint-Esprit ». À mesure qu’il avance dans sa lecture, il pourrait vouloir numéroter ces vérités au fur et à mesure qu’elles lui deviennent claires, et rédiger un bref résumé sous chaque numéro. Ces résumés seront les articles de son credo biblique. Une lecture plus poussée n’affectera pas ces points, sinon pour les élargir et les affermir. Notre homme est en train de découvrir ce que la Bible enseigne réellement.

Tout en haut de la liste des choses que la Bible enseigne figurera la doctrine de la foi. La place d’une importance capitale que la Bible accorde à la foi sera trop évidente pour qu’il puisse la manquer. Il conclura très probablement : la foi est d’une importance absolue dans la vie de l’âme. Sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu. La foi m’obtiendra n’importe quoi, me conduira n’importe où dans le royaume de Dieu ; mais sans la foi, il ne peut y avoir aucun accès auprès de Dieu, aucun pardon, aucune délivrance, aucun salut, aucune communion, aucune vie spirituelle d’aucune sorte.

Lorsque notre ami sera parvenu au onzième chapitre de l’épître aux Hébreux, l’éloquent éloge qui y est prononcé sur la foi ne lui paraîtra pas étrange. Il aura lu la puissante défense de la foi que Paul présente dans ses épîtres aux Romains et aux Galates. Plus tard, s’il se met à étudier l’histoire de l’Église, il comprendra l’étonnante puissance de l’enseignement des Réformateurs, lorsqu’ils montrèrent la place centrale de la foi dans la religion chrétienne.

Or, si la foi est d’une importance aussi vitale, si elle est dans notre poursuite de Dieu une nécessité absolue, il est parfaitement naturel que nous soyons profondément soucieux de savoir si nous possédons ou non ce don si précieux. Et nos esprits étant ce qu’ils sont, il est inévitable que tôt ou tard nous en venions à nous interroger sur la nature de la foi. La question « Qu’est-ce que la foi ? » serait toute proche de cette autre : « Est-ce que j’ai la foi ? », et exigerait une réponse, si toutefois il s’en trouvait une quelque part.

Presque tous ceux qui prêchent ou écrivent sur le sujet de la foi en disent à peu près les mêmes choses. Ils nous disent que la foi, c’est croire à une promesse, c’est prendre Dieu au mot, c’est tenir la Bible pour vraie et s’avancer en s’appuyant sur elle. Le reste du livre ou du sermon est d’ordinaire occupé par des histoires de personnes dont les prières ont été exaucées grâce à leur foi. Ces exaucements sont pour la plupart des dons directs d’ordre pratique et temporel, tels que la santé, l’argent, la protection physique ou la réussite en affaires. Ou bien, si le prédicateur a l’esprit philosophique, il peut prendre une autre voie et nous perdre dans un fatras de métaphysique, ou nous ensevelir sous un jargon psychologique, tandis qu’il définit et redéfinit, rabotant le mince cheveu de la foi toujours plus finement, jusqu’à ce qu’il disparaisse enfin en copeaux arachnéens. Quand il a terminé, nous nous levons déçus et sortons « par la porte même par où nous étions entrés ». Il doit sûrement y avoir quelque chose de meilleur que cela.

Dans les Écritures, il n’y a pratiquement aucun effort pour définir la foi. En dehors d’une brève définition de quatorze mots en Hébreux 11:1, je ne connais aucune définition biblique, et même là, la foi est définie de manière fonctionnelle, non philosophique ; c’est-à-dire qu’il s’agit d’une déclaration de ce qu’est la foi en action, et non de ce qu’elle est dans son essence. Ce texte suppose la présence de la foi et montre ce qu’elle produit, plutôt que ce qu’elle est. Nous serons sages d’aller exactement jusque-là et de ne pas chercher à aller plus loin. On nous dit d’où elle vient et par quel moyen : « C’est le don de Dieu », et « la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ ». Cela du moins est clair, et, pour paraphraser Thomas a Kempis : « J’aime mieux exercer la foi que d’en connaître la définition. »

Désormais, lorsque les mots « la foi est » ou leur équivalent apparaîtront dans ce chapitre, je demande qu’on les comprenne comme se rapportant à ce qu’est la foi en action, telle que l’exerce un homme qui croit. Ici même, nous abandonnons l’idée de définition et nous pensons à la foi telle qu’on peut en faire l’expérience dans l’action. Nos pensées seront d’ordre pratique, non théorique.

Dans un récit saisissant du livre des Nombres, on voit la foi en action. Israël se découragea et parla contre Dieu, et le Seigneur envoya parmi eux des serpents brûlants. « Ils mordirent le peuple, et il mourut beaucoup de gens en Israël. » Alors Moïse intercéda auprès du Seigneur pour eux, et le Seigneur l’exauça et leur donna un remède contre la morsure des serpents. Il ordonna à Moïse de faire un serpent d’airain et de le placer sur une perche, à la vue de tout le peuple : « quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie ». Moïse obéit, « et quiconque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d’airain, conservait la vie » (Nombres 21:4-9).

Dans le Nouveau Testament, cet épisode important nous est interprété par une autorité qui n’est autre que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Il explique à ses auditeurs comment ils peuvent être sauvés. Il leur dit que c’est en croyant. Puis, pour le rendre clair, il se réfère à cet épisode du livre des Nombres : « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle » (Jean 3:14-15).

En lisant cela, notre homme simple ferait une découverte importante. Il remarquerait que « regarder » et « croire » sont des termes synonymes. « Regarder » le serpent de l’Ancien Testament est identique à « croire » au Christ du Nouveau Testament. Autrement dit, le regard et la foi sont une seule et même chose. Et il comprendrait que, tandis qu’Israël regardait avec ses yeux extérieurs, c’est avec le cœur que l’on croit. Je pense qu’il conclurait que la foi est le regard d’une âme fixé sur un Dieu qui sauve.

Ayant vu cela, il se souviendrait de passages qu’il avait lus auparavant, et leur sens l’inonderait. « Quand on tourne vers lui les regards, on est rayonnant de joie, Et le visage ne se couvre pas de honte » (Psaumes 34:6 ; 34:5 dans les versions anglaises). « Je lève mes yeux vers toi, Qui sièges dans les cieux. Voici, comme les yeux des serviteurs sont fixés sur la main de leurs maîtres, Et les yeux de la servante sur la main de sa maîtresse, Ainsi nos yeux se tournent vers l’Éternel, notre Dieu, Jusqu’à ce qu’il ait pitié de nous » (Psaumes 123:1-2). Ici, l’homme qui cherche miséricorde regarde droit vers le Dieu de miséricorde et ne détourne jamais les yeux de lui jusqu’à ce que la miséricorde lui soit accordée. Et notre Seigneur lui-même regardait toujours vers Dieu. « Levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples » (Matthieu 14:19). En vérité, Jésus a enseigné qu’il accomplissait ses œuvres en gardant toujours ses yeux intérieurs fixés sur son Père. Sa puissance résidait dans son regard continuel vers Dieu (Jean 5:19-21).

Toute la teneur de la Parole inspirée est en plein accord avec les quelques textes que nous avons cités. Elle est résumée pour nous dans l’épître aux Hébreux, lorsqu’il nous est enseigné de courir la course de la vie « ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi ». De tout cela nous apprenons que la foi n’est pas un acte accompli une fois pour toutes, mais un regard continuel du cœur vers le Dieu trinitaire.

Croire, c’est donc diriger l’attention du cœur vers Jésus. C’est élever l’esprit pour contempler celui dont il est dit : « Voici l’Agneau de Dieu », et ne jamais cesser de le contempler pour le reste de notre vie. Au début, cela peut être difficile, mais cela devient plus facile à mesure que nous regardons fixement sa merveilleuse Personne, paisiblement et sans effort. Les distractions peuvent nous gêner, mais une fois que le cœur s’est engagé envers lui, après chaque brève escapade loin de lui, l’attention reviendra se poser sur lui, comme un oiseau vagabond qui regagne sa fenêtre.

J’aimerais insister sur cet engagement unique, ce seul grand acte de la volonté qui fixe l’intention du cœur de contempler Jésus pour toujours. Dieu prend cette intention pour notre choix et tient compte, comme il le doit, des mille distractions qui nous assaillent dans ce monde mauvais. Il sait que nous avons orienté nos cœurs vers Jésus, et nous pouvons le savoir aussi, et nous consoler en sachant qu’une habitude de l’âme est en train de se former, qui deviendra au bout d’un certain temps une sorte de réflexe spirituel n’exigeant plus de notre part aucun effort conscient.

La foi est la moins tournée vers elle-même de toutes les vertus. Elle est, par sa nature même, à peine consciente de sa propre existence. Comme l’œil qui voit tout ce qui est devant lui et ne se voit jamais lui-même, la foi est occupée de l’Objet sur lequel elle repose et ne prête aucune attention à elle-même. Tandis que nous regardons Dieu, nous ne nous voyons pas nous-mêmes — heureuse délivrance ! L’homme qui a lutté pour se purifier et n’a connu que des échecs répétés éprouvera un réel soulagement lorsqu’il cessera de bricoler son âme et qu’il détournera les yeux vers Celui qui est parfait. Tandis qu’il regarde Christ, les choses mêmes qu’il s’efforçait depuis si longtemps de faire s’accompliront en lui. Ce sera Dieu qui produira en lui le vouloir et le faire.

La foi n’est pas en elle-même un acte méritoire ; le mérite est en Celui vers qui elle est dirigée. La foi est une réorientation de notre regard : nous sortons du champ de notre propre vision, et nous y faisons entrer Dieu. Le péché a tourné notre vision vers l’intérieur et l’a rendue égocentrique. L’incrédulité a mis le moi à la place où Dieu devrait être, et elle est dangereusement proche du péché de Lucifer, qui disait : « J’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu. » La foi regarde vers le dehors au lieu du dedans, et toute la vie se remet en ordre.

Tout cela peut sembler trop simple. Mais nous n’avons pas à nous en excuser. À ceux qui voudraient monter au ciel ou descendre dans l’abîme pour y chercher du secours, Dieu dit : « La parole est près de toi […] c’est la parole de la foi. » La parole nous incite à lever les yeux vers le Seigneur, et l’œuvre bénie de la foi commence.

Lorsque nous levons nos yeux intérieurs pour contempler Dieu, nous sommes sûrs de rencontrer des yeux amis qui nous regardent en retour, car il est écrit que l’Éternel étend ses regards sur toute la terre. Le doux langage de l’expérience est : « Tu es le Dieu qui me voit. » Quand les yeux de l’âme qui regardent au-dehors rencontrent les yeux de Dieu qui regardent au-dedans, le ciel a commencé ici même, sur cette terre.

« Quand tout mon effort est tourné vers toi parce que tout ton effort est tourné vers moi ; quand je ne regarde que toi seul de toute mon attention, sans jamais détourner les yeux de mon esprit, parce que tu m’enveloppes de ton regard constant ; quand je dirige mon amour vers toi seul parce que toi, qui es l’Amour même, tu t’es tourné vers moi seul. Et qu’est-ce que ma vie, Seigneur, sinon cette étreinte dans laquelle ta délicieuse douceur m’enveloppe si tendrement ? » Ainsi écrivait Nicolas de Cues, il y a quatre cents ans.

J’aimerais en dire davantage sur ce vieil homme de Dieu. Il est peu connu aujourd’hui parmi les croyants chrétiens, où qu’ils soient, et parmi les fondamentalistes actuels, il ne l’est pas du tout. J’ai le sentiment que nous aurions beaucoup à gagner à faire un peu connaissance avec des hommes de sa saveur spirituelle et avec l’école de pensée chrétienne qu’ils représentent. Pour être acceptée et approuvée par les dirigeants évangéliques de notre temps, la littérature chrétienne doit suivre de très près le même fil de pensée, une sorte de « ligne du parti » dont il est à peine prudent de s’écarter. Un demi-siècle de ce régime en Amérique nous a rendus suffisants et satisfaits de nous-mêmes. Nous nous imitons les uns les autres avec une dévotion servile, et nos efforts les plus acharnés visent à dire la même chose que tout le monde autour de nous — tout en trouvant une excuse pour la dire : quelque petite variation sans risque sur le thème approuvé ou, à défaut, au moins une nouvelle illustration.

Nicolas était un vrai disciple de Christ, un amoureux du Seigneur, rayonnant et lumineux dans sa dévotion à la Personne de Jésus. Sa théologie était orthodoxe, mais parfumée et douce, comme on peut à juste titre s’attendre à ce que soit tout ce qui touche à Jésus. Sa conception de la vie éternelle, par exemple, est belle en elle-même et, si je ne me trompe, plus proche dans son esprit de Jean 17:3 que celle qui a cours parmi nous aujourd’hui. La vie éternelle, dit Nicolas, n’est « rien d’autre que ce regard bienheureux par lequel tu ne cesses jamais de me contempler, oui, jusque dans les replis secrets de mon âme. Chez toi, regarder, c’est donner la vie ; c’est communiquer sans cesse le très doux amour de toi ; c’est m’enflammer d’amour pour toi en me communiquant l’amour, et me nourrir en m’enflammant, et en me nourrissant attiser mon désir, et en l’attisant me faire boire la rosée de l’allégresse, et en me faisant boire répandre en moi une source de vie, et en la répandant la faire croître et durer. »

Or, si la foi est le regard du cœur vers Dieu, et si ce regard n’est rien d’autre que le fait de lever les yeux intérieurs pour rencontrer les yeux de Dieu qui voient tout, il s’ensuit que c’est l’une des choses les plus faciles qui soient. Il serait bien digne de Dieu de rendre facile la chose la plus vitale et de la mettre à la portée des plus faibles et des plus pauvres d’entre nous.

On peut légitimement tirer de tout cela plusieurs conclusions. Sa simplicité, par exemple. Puisque croire, c’est regarder, cela peut se faire sans équipement spécial ni attirail religieux. Dieu a veillé à ce que la seule chose essentielle, question de vie ou de mort, ne puisse jamais être soumise aux caprices du hasard. Le matériel peut tomber en panne ou se perdre, l’eau peut s’écouler, les registres peuvent être détruits par le feu, le pasteur peut être retardé ou l’église peut brûler. Tout cela est extérieur à l’âme et soumis aux accidents ou aux défaillances mécaniques ; mais regarder est une affaire du cœur, et n’importe quel homme peut le faire avec succès, qu’il soit debout, à genoux, ou couché dans sa dernière agonie à mille lieues de toute église.

Puisque croire, c’est regarder, cela peut se faire à tout moment. Aucune saison n’est supérieure à une autre pour cet acte, le plus doux de tous. Dieu n’a jamais fait dépendre le salut des nouvelles lunes, des fêtes ou des sabbats. Un homme n’est pas plus près de Christ le dimanche de Pâques qu’il ne l’est, disons, le samedi 3 août ou le lundi 4 octobre. Aussi longtemps que Christ siège sur le trône de médiateur, chaque jour est un bon jour, et tous les jours sont des jours de salut.

Le lieu n’a pas davantage d’importance dans cette œuvre bénie qui consiste à croire Dieu. Élevez votre cœur, laissez-le se reposer sur Jésus, et vous êtes instantanément dans un sanctuaire, fût-ce une couchette de wagon-lit, une usine ou une cuisine. Vous pouvez voir Dieu de n’importe où, si votre esprit est résolu à l’aimer et à lui obéir.

Maintenant, quelqu’un demandera peut-être : « Ce dont vous parlez n’est-il pas réservé à des personnes particulières, comme les moines ou les pasteurs, qui, par la nature même de leur vocation, ont davantage de temps à consacrer à la méditation tranquille ? Je suis un travailleur très occupé et j’ai peu de temps à passer seul. » Je suis heureux de dire que la vie que je décris est pour chacun des enfants de Dieu, quelle que soit sa vocation. Elle est, en fait, heureusement pratiquée chaque jour par beaucoup de gens qui travaillent dur, et elle n’est hors de portée de personne.

Beaucoup ont trouvé le secret dont je parle et, sans trop réfléchir à ce qui se passe en eux, pratiquent constamment cette habitude de contempler intérieurement Dieu. Ils savent que quelque chose dans leur cœur voit Dieu. Même lorsqu’ils sont contraints de détourner leur attention consciente pour s’occuper des affaires terrestres, une communion secrète se poursuit toujours en eux. Que leur attention soit libérée un seul instant des occupations nécessaires, et elle s’envole aussitôt de nouveau vers Dieu. Tel a été le témoignage de beaucoup de chrétiens, si nombreux que, même en l’exprimant ainsi, j’ai le sentiment de citer quelqu’un, sans pouvoir savoir de qui ni de combien de personnes.

Je ne voudrais pas laisser l’impression que les moyens ordinaires de la grâce n’ont aucune valeur. Ils en ont très certainement. La prière personnelle devrait être pratiquée par tout chrétien. De longs moments de méditation de la Bible purifieront notre regard et l’orienteront ; la fréquentation de l’église élargira nos horizons et augmentera notre amour pour les autres. Le service, le travail, l’activité : tout cela est bon, et tout chrétien devrait s’y engager. Mais au fond de toutes ces choses, et leur donnant leur sens, il y aura l’habitude intérieure de contempler Dieu. Une nouvelle paire d’yeux (pour ainsi dire) se développera en nous, qui nous permettra de regarder Dieu pendant que nos yeux extérieurs voient les scènes de ce monde qui passe.

Certains craindront peut-être que nous ne grossissions la religion personnelle hors de toute proportion, que le « nous » du Nouveau Testament ne soit supplanté par un « je » égoïste. Vous est-il déjà venu à l’esprit que cent pianos accordés sur le même diapason sont automatiquement accordés entre eux ? Ils sont à l’unisson, non parce qu’ils ont été accordés les uns sur les autres, mais parce qu’ils l’ont été sur une autre norme, à laquelle chacun doit se soumettre individuellement. De même, cent adorateurs réunis, chacun détournant les yeux vers Christ, sont plus proches les uns des autres dans leur cœur qu’ils ne pourraient jamais l’être s’ils devenaient obsédés par l’« unité » et détournaient les yeux de Dieu pour rechercher une communion plus étroite. La religion communautaire est rendue parfaite lorsque la religion personnelle est purifiée. Le corps devient plus fort à mesure que ses membres deviennent plus sains. Toute l’Église de Dieu y gagne lorsque les membres qui la composent commencent à rechercher une vie meilleure et plus élevée.

Tout ce qui précède présuppose une véritable repentance et un abandon total de la vie à Dieu. Il est à peine nécessaire de le mentionner, car seules les personnes qui se sont ainsi abandonnées auront lu jusqu’ici.

Lorsque l’habitude de tourner intérieurement son regard vers Dieu se sera fixée en nous, nous serons introduits à un nouveau niveau de vie spirituelle, plus conforme aux promesses de Dieu et à l’esprit du Nouveau Testament. Le Dieu trinitaire sera notre demeure, alors même que nos pieds suivent ici-bas, parmi les hommes, l’humble chemin du simple devoir. Nous aurons vraiment trouvé le summum bonum de la vie. « Là est la source de toutes les délices que l’on puisse désirer ; non seulement les hommes et les anges ne peuvent rien concevoir de meilleur, mais rien de meilleur ne peut exister dans l’ordre de l’être ! Car c’est le maximum absolu de tout désir raisonnable, au-delà duquel il ne peut y avoir rien de plus grand. »

Ô Seigneur, j’ai entendu une bonne parole qui m’invite à détourner les yeux vers toi et à être rassasié. Mon cœur désire ardemment répondre, mais le péché a obscurci ma vue au point que je ne te vois que confusément. Daigne me purifier dans ton propre sang précieux, et rends-moi pur au-dedans, afin que je puisse, les yeux dévoilés, te contempler tous les jours de mon pèlerinage terrestre. Alors je serai prêt à te contempler dans ta pleine splendeur, au jour où tu viendras pour être glorifié dans tes saints et admiré dans tous ceux qui auront cru. Amen.


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