Chapitre 8 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute
La Voix qui parle
Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.—Jean 1:1
Un homme simple et intelligent, ignorant des vérités du christianisme, qui tomberait sur ce texte en conclurait sans doute que Jean voulait enseigner que la nature de Dieu est de parler, de communiquer ses pensées à d’autres. Et il aurait raison. Une parole est le moyen par lequel s’expriment des pensées, et l’application de ce terme au Fils éternel nous conduit à croire que l’expression de soi est inhérente à la Divinité, que Dieu cherche sans cesse à se dire lui-même à sa création. Toute la Bible confirme cette idée. Dieu parle. Non pas : Dieu a parlé, mais : Dieu parle. Il est, par nature, continuellement éloquent. Il remplit le monde de sa Voix qui parle.
L’une des grandes réalités auxquelles nous avons affaire, c’est la Voix de Dieu dans son monde. La cosmogonie la plus brève, et la seule satisfaisante, est celle-ci : « Il dit, et la chose arrive. » Le pourquoi des lois naturelles, c’est la Voix vivante de Dieu, immanente à sa création. Et cette parole de Dieu qui a appelé tous les mondes à l’existence ne peut s’entendre de la Bible, car ce n’est nullement une parole écrite ou imprimée, mais l’expression de la volonté de Dieu prononcée jusque dans la structure de toutes choses. Cette parole de Dieu est le souffle de Dieu qui remplit le monde d’une puissance de vie en germe. La Voix de Dieu est la force la plus puissante de la nature, et même la seule force de la nature, car toute énergie n’existe ici que parce que la Parole, pleine de puissance, est en train d’être prononcée.
La Bible est la parole écrite de Dieu, et parce qu’elle est écrite, elle est enfermée et limitée par les nécessités de l’encre, du papier et du cuir. La Voix de Dieu, elle, est vivante et libre, comme le Dieu souverain est libre. « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » La vie est dans les paroles qui sont prononcées. La parole de Dieu dans la Bible ne peut avoir de puissance que parce qu’elle correspond à la parole de Dieu dans l’univers. C’est la Voix présente qui rend la Parole écrite toute-puissante. Sans elle, cette Parole resterait enfermée et endormie entre les couvertures d’un livre.
Nous avons une vision basse et primitive des choses quand nous imaginons Dieu, lors de la création, entrant en contact physique avec les choses, façonnant, ajustant et construisant comme un charpentier. La Bible enseigne autre chose : « Les cieux ont été faits par la parole de l’Éternel, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche.… Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. » « C’est par la foi que nous reconnaissons que le monde a été formé par la parole de Dieu. » Là encore, nous devons nous souvenir que Dieu ne parle pas ici de sa Parole écrite, mais de sa Voix qui parle. Il s’agit de sa Voix qui remplit le monde, cette Voix qui précède la Bible d’innombrables siècles, cette Voix qui ne s’est pas tue depuis l’aube de la création, mais qui retentit encore jusqu’aux confins les plus lointains de l’univers.
La Parole de Dieu est vivante et efficace. Au commencement, il a parlé au néant, et le néant est devenu quelque chose. Le chaos l’a entendue et est devenu ordre ; les ténèbres l’ont entendue et sont devenues lumière. « Dieu dit… Et cela fut ainsi. » Ces deux expressions jumelles, comme la cause et l’effet, reviennent tout au long du récit de la création dans la Genèse. Le dit explique l’ainsi. L’ainsi, c’est le dit mis au présent continu.
Que Dieu soit ici et qu’il parle, ces vérités-là se trouvent derrière toutes les autres vérités bibliques ; sans elles, il ne pourrait y avoir aucune révélation. Dieu n’a pas écrit un livre pour l’envoyer par messager, afin qu’il soit lu à distance par des esprits laissés à eux-mêmes. Il a prononcé un Livre, et il vit dans ses paroles prononcées, les prononçant sans cesse et faisant durer leur puissance à travers les années. Dieu a soufflé sur l’argile, et elle est devenue un homme ; il souffle sur les hommes, et ils redeviennent argile. « Fils de l’homme, retournez! » : telle fut la parole prononcée lors de la Chute, par laquelle Dieu décréta la mort de tout homme, et il n’a eu besoin d’y ajouter aucune autre parole. La triste procession de l’humanité sur la face de la terre, du berceau à la tombe, prouve que sa Parole première suffisait.
Nous n’avons pas prêté assez d’attention à cette parole profonde du livre de Jean : « Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. » Déplaçons la ponctuation comme nous voudrons, la vérité demeure : la Parole de Dieu touche le cœur de tous les hommes comme une lumière dans l’âme. Dans le cœur de tous les hommes, la lumière brille, la Parole retentit, et nul ne peut y échapper. Il faudrait nécessairement qu’il en soit à peu près ainsi si Dieu est vivant et présent dans son monde. Et Jean dit qu’il en est ainsi. Même ceux qui n’ont jamais entendu parler de la Bible ont reçu une prédication assez claire pour ôter à jamais de leur cœur toute excuse. « Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs, leur conscience en rendant témoignage, et leurs pensées s’accusant ou se défendant tour à tour. » « En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables. »
Cette Voix universelle de Dieu, les anciens Hébreux l’appelaient souvent la Sagesse ; ils disaient qu’elle retentissait et cherchait partout sur la terre, attendant quelque réponse des fils des hommes. Le huitième chapitre du livre des Proverbes commence ainsi : « La sagesse ne crie-t-elle pas? L’intelligence n’élève-t-elle pas sa voix? » L’auteur dépeint ensuite la sagesse comme une belle femme qui se tient « au sommet des hauteurs près de la route », « à la croisée des chemins ». Elle fait entendre sa voix de tous côtés, afin que personne ne puisse manquer de l’entendre. « Hommes, c’est à vous que je crie, Et ma voix s’adresse aux fils de l’homme. » Puis elle supplie les simples et les insensés de prêter l’oreille à ses paroles. C’est une réponse spirituelle que cette Sagesse de Dieu implore, une réponse qu’elle a toujours recherchée et qu’elle obtient bien rarement. La tragédie, c’est que notre bien éternel dépend de notre écoute, et que nous avons habitué nos oreilles à ne pas entendre.
Cette Voix universelle a toujours retenti, et elle a souvent troublé les hommes, même lorsqu’ils ne comprenaient pas la source de leurs craintes. Se pourrait-il que cette Voix, qui se dépose comme une brume vivante sur le cœur des hommes, ait été la cause inconnue de la conscience troublée et de la soif d’immortalité qu’ont avouées des millions d’êtres depuis l’aube de l’histoire écrite ? Nous n’avons pas à craindre de regarder cela en face. La Voix qui parle est un fait. La manière dont les hommes y ont réagi, tout observateur peut la constater.
Lorsque Dieu parla du ciel à notre Seigneur, des hommes centrés sur eux-mêmes qui l’entendirent l’expliquèrent par des causes naturelles : ils dirent : « C’était un tonnerre. » Cette habitude d’expliquer la Voix en invoquant les lois naturelles est à la racine même de la science moderne. Dans le cosmos vivant et palpitant, il y a un mystérieux Quelque Chose, trop merveilleux, trop redoutable pour qu’aucune intelligence le comprenne. Le croyant ne prétend pas comprendre. Il tombe à genoux et murmure : « Dieu. » L’homme de la terre s’agenouille aussi, mais non pour adorer. Il s’agenouille pour examiner, pour fouiller, pour trouver la cause et le comment des choses. Il se trouve que nous vivons à présent dans un âge séculier. Nos habitudes de pensée sont celles du savant, non celles de l’adorateur. Nous sommes plus enclins à expliquer qu’à adorer. « C’était un tonnerre », nous écrions-nous, et nous reprenons notre chemin terrestre. Mais la Voix retentit toujours et sonde toujours. L’ordre et la vie du monde dépendent de cette Voix, mais les hommes sont le plus souvent trop occupés ou trop obstinés pour y prêter attention.
Chacun de nous a connu des expériences qu’il n’a pas su expliquer : un soudain sentiment de solitude, ou une impression d’émerveillement ou de crainte sacrée devant l’immensité de l’univers. Ou bien nous avons reçu la visite fugitive d’une lumière, comme l’éclat d’un autre soleil, qui nous a donné en un éclair l’assurance que nous venons d’un autre monde, que nos origines sont divines. Ce que nous avons vu alors, ou ressenti, ou entendu, contredisait peut-être tout ce qu’on nous avait enseigné à l’école et s’écartait largement de toutes nos croyances et opinions passées. Nous avons été contraints de suspendre nos doutes acquis tandis que, l’espace d’un instant, les nuages s’écartaient et que nous voyions et entendions par nous-mêmes. Expliquons ces choses comme nous voudrons, je crois que nous n’avons pas rendu justice aux faits tant que nous n’admettons pas au moins la possibilité que de telles expériences proviennent de la Présence de Dieu dans le monde et de son effort persévérant pour communiquer avec l’humanité. Ne rejetons pas une telle hypothèse trop à la légère.
C’est ma conviction personnelle (et je ne serai pas peiné si personne ne me suit sur ce point) que toute chose bonne et belle que l’homme a produite dans le monde a été le fruit de sa réponse imparfaite, entravée par le péché, à la Voix créatrice qui retentit sur la terre. Les philosophes moraux qui ont rêvé leurs hauts rêves de vertu, les penseurs religieux qui ont médité sur Dieu et l’immortalité, les poètes et les artistes qui, à partir d’une matière ordinaire, ont créé une beauté pure et durable : comment les expliquer ? Il ne suffit pas de dire simplement : « C’était du génie. » Qu’est-ce donc que le génie ? Se pourrait-il qu’un génie soit un homme hanté par la Voix qui parle, peinant et luttant comme un possédé pour atteindre des buts qu’il ne comprend que vaguement ? Que le grand homme ait pu passer à côté de Dieu dans ses travaux, qu’il ait même pu parler ou écrire contre Dieu, cela ne détruit pas l’idée que j’avance. La révélation rédemptrice de Dieu dans les Saintes Écritures est nécessaire à la foi qui sauve et à la paix avec Dieu. La foi en un Sauveur ressuscité est nécessaire si ces vagues élans vers l’immortalité doivent nous conduire à une communion avec Dieu reposante et satisfaisante. Pour moi, c’est là une explication plausible de tout ce qu’il y a de meilleur en dehors de Christ. Mais vous pouvez être un bon chrétien sans accepter ma thèse.
La Voix de Dieu est une Voix amie. Nul n’a à craindre de l’écouter, à moins d’avoir déjà décidé de lui résister. Le sang de Jésus a couvert non seulement la race humaine, mais aussi toute la création. « Il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. » Nous pouvons sans crainte prêcher un Ciel ami. Les cieux aussi bien que la terre sont remplis de la bienveillance de celui qui habitait dans le buisson. Le sang parfait de l’expiation nous l’assure pour toujours.
Quiconque veut écouter entendra le Ciel qui parle. Ce n’est vraiment pas l’heure où les hommes accueillent volontiers une exhortation à écouter, car l’écoute ne fait pas aujourd’hui partie de la religion populaire. Nous en sommes à l’autre extrémité. La religion a accepté cette monstrueuse hérésie selon laquelle le bruit, la taille, l’activité et l’agitation rendent un homme cher à Dieu. Mais nous pouvons reprendre courage. À un peuple pris dans la tempête du dernier grand conflit, Dieu dit : « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu », et il le dit encore, comme s’il voulait nous faire comprendre que notre force et notre sécurité ne sont pas dans le bruit, mais dans le silence.
Il est important que nous fassions silence pour attendre Dieu. Et il vaut mieux que nous soyons seuls, de préférence avec notre Bible ouverte devant nous. Alors, si nous le voulons, nous pourrons nous approcher de Dieu et commencer à l’entendre nous parler dans notre cœur. Je pense que, pour la plupart des gens, la progression ressemblera à ceci : d’abord un bruit, comme celui d’une Présence qui marche dans le jardin. Puis une voix, plus intelligible, mais encore loin d’être claire. Puis l’heureux moment où l’Esprit commence à éclairer les Écritures, et où ce qui n’avait été qu’un bruit, ou tout au plus une voix, devient maintenant une parole intelligible, chaleureuse, intime et claire comme la parole d’un ami cher. Alors viendront la vie et la lumière, et surtout la capacité de voir Jésus-Christ, de se reposer en lui et de l’embrasser comme Sauveur, comme Seigneur et comme Tout.
La Bible ne sera jamais pour nous un Livre vivant tant que nous ne serons pas convaincus que Dieu parle dans son univers. Sauter d’un monde mort et impersonnel à une Bible dogmatique, c’est trop pour la plupart des gens. Ils peuvent admettre qu’ils devraient accepter la Bible comme la Parole de Dieu, et ils peuvent essayer de la considérer comme telle, mais il leur est impossible de croire que les paroles qui sont là, sur la page, sont réellement pour eux. Un homme peut dire : « Ces paroles me sont adressées », sans pourtant sentir et savoir dans son cœur qu’elles le sont. Il est victime d’une psychologie divisée. Il essaie de se représenter Dieu muet partout ailleurs, et ne parlant que dans un livre.
Je crois qu’une grande part de notre incrédulité religieuse vient d’une fausse conception des Écritures de vérité et d’un faux sentiment à leur égard. Un Dieu silencieux se serait soudain mis à parler dans un livre, puis, le livre une fois achevé, serait retombé pour toujours dans le silence. Et maintenant nous lisons ce livre comme le compte rendu de ce que Dieu a dit lorsqu’il a été, pour un bref moment, d’humeur à parler. Avec de telles idées en tête, comment pourrions-nous croire ? La réalité, c’est que Dieu n’est pas silencieux, et qu’il ne l’a jamais été. La nature de Dieu est de parler. La deuxième Personne de la sainte Trinité est appelée la Parole. La Bible est le fruit inévitable de la parole continuelle de Dieu. Elle est la déclaration infaillible de sa pensée à notre intention, mise dans nos mots humains familiers.
Je pense qu’un monde nouveau surgira des brumes religieuses lorsque nous aborderons notre Bible avec l’idée qu’elle n’est pas seulement un livre qui a été prononcé autrefois, mais un livre qui parle maintenant. Les prophètes disaient habituellement : « Ainsi parle l’Éternel. » Ils voulaient faire comprendre à leurs auditeurs que la parole de Dieu est au présent continu. Nous pouvons à juste titre employer le passé pour indiquer qu’à un certain moment une certaine parole de Dieu a été prononcée, mais une parole de Dieu une fois prononcée continue d’être prononcée, comme un enfant une fois né continue de vivre, ou comme un monde une fois créé continue d’exister. Et ce ne sont là que des images imparfaites, car les enfants meurent et les mondes s’éteignent, mais la parole de notre Dieu subsiste éternellement.
Si vous voulez continuer à connaître le Seigneur, venez sans tarder à la Bible ouverte en vous attendant à ce qu’elle vous parle. Ne venez pas avec l’idée qu’elle est une chose que vous pouvez déplacer à votre convenance. Elle est plus qu’une chose : elle est une voix, une parole, la Parole même du Dieu vivant.
Seigneur, apprends-moi à écouter. Les temps sont bruyants, et mes oreilles sont lasses des mille sons criards qui les assaillent sans cesse. Donne-moi l’esprit du jeune Samuel lorsqu’il te dit : « Parle, car ton serviteur écoute. » Fais-moi entendre ta voix qui parle dans mon cœur. Que je m’habitue au son de ta Voix, afin que ses accents me soient familiers quand les bruits de la terre s’éteindront et que le seul son sera la musique de ta Voix qui parle. Amen.
Chapitre 8 terminé
La Voix qui parle