Chapitre 2 · 4 min de lecture · 6 min d’écoute
Préface
En cette heure de ténèbres presque universelles, une lueur réconfortante apparaît : au sein du christianisme conservateur, on trouve un nombre croissant de personnes dont la vie religieuse est marquée par une faim grandissante de Dieu lui-même. Elles sont avides de réalités spirituelles et ne se laisseront pas payer de mots ; elles ne se contenteront pas non plus d’« interprétations » correctes de la vérité. Elles ont soif de Dieu, et elles ne seront pas satisfaites tant qu’elles n’auront pas bu à longs traits à la Source d’eau vive.
C’est le seul véritable signe avant-coureur d’un réveil que j’aie pu discerner où que ce soit à l’horizon religieux. C’est peut-être la petite nuée, grande comme la main d’un homme, que quelques saints çà et là guettaient. Elle peut produire une résurrection de vie pour bien des âmes et faire retrouver cet émerveillement radieux qui devrait accompagner la foi en Christ, cet émerveillement qui a presque déserté l’Église de Dieu de nos jours.
Mais il faut que nos conducteurs religieux reconnaissent cette faim. L’évangélisme actuel a (pour changer d’image) dressé l’autel et partagé la victime en morceaux, mais il semble désormais se contenter de compter les pierres et de réarranger les morceaux, sans jamais s’inquiéter de ce qu’il n’y ait pas la moindre trace de feu au sommet du haut Carmel. Mais Dieu soit loué, il en est quelques-uns qui s’en inquiètent. Ce sont ceux qui, tout en aimant l’autel et en faisant leurs délices du sacrifice, ne peuvent pourtant se résigner à l’absence persistante du feu. Ils désirent Dieu par-dessus tout. Ils ont soif de goûter par eux-mêmes la « douceur pénétrante » de l’amour de Christ, de celui dont tous les saints prophètes ont écrit et que les psalmistes ont chanté.
Il ne manque pas aujourd’hui d’enseignants de la Bible pour exposer correctement les principes des doctrines de Christ, mais trop d’entre eux semblent se contenter d’enseigner les fondements de la foi année après année, étrangement inconscients qu’il n’y a dans leur ministère aucune Présence manifeste, ni rien d’extraordinaire dans leur vie personnelle. Ils exercent constamment leur ministère auprès de croyants qui ressentent au fond de leur cœur une aspiration que leur enseignement ne satisfait tout simplement pas.
J’espère parler avec charité, mais le manque dans nos chaires est réel. La terrible phrase de Milton s’applique à notre époque aussi exactement qu’à la sienne : « Les brebis affamées lèvent les yeux, et ne sont pas nourries. » C’est une chose grave, et un scandale non négligeable dans le Royaume, que de voir les enfants de Dieu mourir de faim alors qu’ils sont assis à la table même du Père. La vérité des paroles de Wesley se vérifie sous nos yeux : « L’orthodoxie, ou opinion juste, n’est au mieux qu’une bien mince partie de la religion. Bien que des dispositions justes ne puissent subsister sans opinions justes, des opinions justes peuvent subsister sans dispositions justes. On peut avoir une opinion juste de Dieu sans avoir ni amour ni aucune disposition juste envers lui. Satan en est la preuve. »
Grâce à nos admirables sociétés bibliques et à d’autres organismes efficaces de diffusion de la Parole, il y a aujourd’hui bien des millions de personnes qui ont des « opinions justes », sans doute plus qu’à aucun autre moment de l’histoire de l’Église. Pourtant, je me demande s’il y eut jamais une époque où le véritable culte spirituel était tombé aussi bas. Dans de larges secteurs de l’Église, l’art de l’adoration s’est entièrement perdu, et à sa place est venue cette chose étrange et étrangère qu’on appelle le « programme ». Ce mot a été emprunté au théâtre et appliqué, avec une triste justesse, au genre de réunion publique qui passe aujourd’hui chez nous pour du culte.
Une exposition biblique solide est une nécessité absolue dans l’Église du Dieu vivant. Sans elle, aucune Église ne peut être une Église du Nouveau Testament au sens strict du terme. Mais l’exposition peut être menée de telle manière qu’elle laisse les auditeurs dépourvus de toute vraie nourriture spirituelle. Car ce ne sont pas de simples mots qui nourrissent l’âme, mais Dieu lui-même, et tant que les auditeurs n’ont pas trouvé Dieu dans une expérience personnelle, ils ne sont pas plus avancés pour avoir entendu la vérité. La Bible n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’amener les hommes à une connaissance intime et comblante de Dieu, afin qu’ils entrent en lui, qu’ils fassent leurs délices de sa Présence, qu’ils goûtent et connaissent la douceur intime de Dieu lui-même au plus profond de leur cœur.
Ce livre est une modeste tentative pour aider les enfants affamés de Dieu à le trouver ainsi. Rien ici n’est nouveau, sinon en ce sens qu’il s’agit d’une découverte que mon propre cœur a faite de réalités spirituelles qui me sont infiniment douces et merveilleuses. D’autres avant moi sont allés bien plus loin que moi dans ces saints mystères, mais si mon feu n’est pas grand, il est du moins réel, et il se peut que certains viennent allumer leur bougie à sa flamme.
A. W. Tozer
Chicago (Illinois)
16 juin 1948
Chapitre 2 terminé
Préface