Chapitre 6 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
La cuisine qu’il ne supportait pas
« Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes. » — Colossiens 3:23
Le monastère avait besoin d’un cuisinier, alors frère Laurent devint le cuisinier. Il le fut pendant une quinzaine d’années. Il y a dans les notes de Beaufort un petit détail qui rend cette histoire si honnête : Laurent n’aimait pas la cuisine. Beaufort dit même que c’était un travail « pour lequel il avait naturellement une grande aversion ». Une aversion, c’est un dégoût profond. Ce n’était pas un chef né qui avait trouvé le métier de ses rêves. C’était un homme coincé dans une tâche qu’il trouvait dure et désagréable, tous les jours sans exception.
Alors, que faisait-il ? Avant de se mettre au travail, il réfléchissait à ce qu’il y avait à faire, et quand. Puis il priait à peu près ainsi :
« Mon Dieu, puisque vous êtes avec moi, et que je dois maintenant, pour obéir à vos ordres, appliquer mon esprit à ces choses extérieures, je vous supplie de m’accorder la grâce de demeurer en votre présence ; et pour cela, soutenez-moi de votre secours, recevez tous mes travaux et possédez toutes mes affections. »
Puis il s’y mettait, en parlant à Dieu pendant qu’il travaillait, en lui demandant de l’aide et en lui offrant chaque tâche. Quand il avait fini, il faisait honnêtement le bilan. Si tout s’était bien passé, il remerciait Dieu. Sinon, il demandait pardon, puis, sans se décourager, il recommençait.
Les gens le remarquaient. Ceux qui le connaissaient disaient que même « au plus fort du travail de la cuisine », il restait calme. « Il n’était jamais ni précipité ni traînard, mais faisait chaque chose en son temps. » Imagine la scène : des marmites qui débordent, plusieurs frères qui réclament des choses différentes en même temps, et un cuisinier boiteux qui traverse tout cela avec un visage paisible. Laurent lui-même disait :
« Dans le bruit et le tintamarre de ma cuisine, pendant que plusieurs personnes me demandent des choses différentes en même temps, je possède Dieu aussi paisiblement que si j’étais à genoux devant le saint sacrement. »
C’est le cœur de tout son message. Tu n’as pas besoin de fuir le bruit pour être avec Dieu. Le temps du travail et le temps de la prière, disait-il, n’étaient pas différents pour lui. Il disait même qu’il se sentait plus uni à Dieu dans son travail ordinaire que lorsqu’il le quittait pour prier dans le calme.
Pense aux choses de ta vie que tu n’as pas le choix de faire et que tu n’aimes pas : une matière à l’école, les corvées, un petit boulot, garder un petit frère ou une petite sœur. Laurent ne te dirait pas de faire semblant de les adorer. Il te dirait d’y faire entrer Dieu. Un travail fait avec Dieu, pour Dieu, n’est jamais perdu.
Une chose à faire cette semaine : choisis la tâche que tu aimes le moins cette semaine. Avant de la commencer, dis ta propre version courte de la prière de cuisine de Laurent : « Mon Dieu, tu es là avec moi. Aide-moi à bien faire ceci, et reçois-le comme un cadeau. » Après, remercie Dieu ou demande-lui pardon, puis passe à autre chose.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Qu’est-ce que frère Laurent pensait du travail à la cuisine ?
Il avait naturellement pour lui « une grande aversion ». Il le détestait vraiment, et pourtant il le fit pendant une quinzaine d’années.
Que faisait-il avant, pendant et après son travail ?
Avant, il demandait à Dieu la grâce de rester en sa présence et de recevoir son travail. Pendant, il continuait de parler avec Dieu. Après, il remerciait Dieu si tout s’était bien passé, ou demandait pardon sinon, et recommençait sans se décourager.
Que disait-il de la présence de Dieu dans la cuisine bruyante ?
Qu’au milieu du bruit et du tintamarre, avec plusieurs personnes qui réclamaient des choses différentes, il possédait Dieu aussi paisiblement que s’il avait été à genoux devant le saint sacrement.
Chapitre 6 terminé
La cuisine qu’il ne supportait pas