Chapitre 23 · 43 min de lecture · 55 min d’écoute
Une nouvelle victoire de la foi
1850-1851.
LES GRÂCES PASSÉES, ENCOURAGEMENT À DE NOUVELLES ENTREPRISES—PROJET D’UNE MAISON POUR SEPT CENTS ORPHELINS—MARCHER PAR LA FOI—CONSEIL DEMANDÉ À DIEU—LA RÉSOLUTION PRISE—JOIE DEVANT LA GRANDEUR ET LA DIFFICULTÉ DU DESSEIN.
5 décembre 1850. Il y a ce soir seize ans et neuf mois que j’ai fondé l’Institution pour la connaissance des Écritures dans le pays et à l’étranger. Cette Institution fut, à ses débuts, extrêmement petite. Elle est aujourd’hui si grande que non seulement j’ai déboursé, depuis sa fondation, environ cinquante mille livres sterling, mais que les dépenses courantes, au rythme des derniers mois, dépassent six mille livres par an. J’ai bien « ouvert ma bouche toute grande », ce soir même, il y a quinze ans, et le Seigneur l’a remplie. La nouvelle maison des orphelins est maintenant habitée par trois cents orphelins ; et il y a en tout trois cent trente-cinq personnes qui s’y rattachent. Mon travail est abondant. La séparation d’avec ma chère femme et mon enfant est grande, parce que je passe la plus grande partie de la journée à la nouvelle maison des orphelins, et parfois aussi la nuit. Mais, malgré tout cela, j’ai pensé à maintes reprises à travailler plus que jamais au service des pauvres orphelins. Depuis dix jours, cette question a beaucoup occupé mon esprit, et depuis cinq jours j’ai beaucoup prié à ce sujet. Il m’est venu à l’esprit de bâtir une autre maison des orphelins, assez grande pour sept cents orphelins, afin de pouvoir en prendre soin de mille en tout. Les raisons qui m’ont conduit à cette pensée sont les suivantes : 1. Les nombreux cas douloureux d’enfants privés de leurs deux parents, qui n’ont personne pour les secourir. J’ai reçu deux cent sept orphelins au cours des seize derniers mois, et soixante-dix-huit attendent maintenant leur admission, sans que j’aie de place pour aucun d’eux. Il y a environ seize mois, une soixantaine d’enfants attendaient déjà leur admission ; ainsi, environ deux cent trente enfants ont fait l’objet d’une demande au cours de ces seize mois. Or, humainement parlant, le nombre des demandes sera bien plus grand pendant les seize prochains mois, car l’œuvre est maintenant beaucoup plus largement connue ; à moins que l’on n’apprenne que la nouvelle maison des orphelins est entièrement pleine, et qu’on ne juge pour cette raison inutile de faire une demande. 2. Le règlement de la plupart des autres établissements charitables pour orphelins rend l’admission d’un orphelin réellement démuni, c.-à-d. d’un enfant privé de ses deux parents et sans ami influent, très difficile, sinon impossible ; car l’admission par le moyen des votes des donateurs empêche le plus souvent les personnes réellement pauvres de profiter de ces établissements, puisqu’elles ne peuvent ni donner le temps ni dépenser l’argent nécessaires pour obtenir ces votes. J’ai vu moi-même certains candidats réunir plusieurs milliers de voix. Beaucoup de ceux qui sont attachés à ces établissements regrettent peut-être vivement que cette disposition doive être maintenue, mais ils n’ont pas le pouvoir de la changer. Chez nous, il suffit de s’adresser à moi ; et la personne la plus pauvre, sans influence, sans amis, sans aucuns frais, où qu’elle demeure et à quelque dénomination religieuse qu’elle appartienne, si elle présente une demande pour des enfants nés en légitime mariage, privés de leurs deux parents et dans le dénuement, peut obtenir leur admission. Or, comme la nouvelle loi sur les pauvres s’oppose à ce que l’on accorde des secours aux parents d’enfants orphelins hors des maisons de pauvres, et comme il est si difficile aux gens réellement pauvres de faire admettre leurs jeunes parents orphelins dans les établissements ordinaires, je me sens particulièrement appelé à être l’ami de l’orphelin, en rendant l’admission facile, pourvu qu’il s’agisse d’un cas de véritable dénuement. 3. La confiance que Dieu a amené des milliers de ses enfants à placer en moi m’oblige à en faire usage autant qu’il est en mon pouvoir, et à chercher à être plus largement encore leur dispensateur d’aumônes. 4. L’expérience que j’ai acquise dans ce service depuis quinze ans, durant lesquels je suis passé du plus petit commencement de l’œuvre à la charge actuelle de trois cents orphelins, m’oblige à faire usage de cette expérience autant qu’il est en mon pouvoir. Aucun membre de comité, aucun président de société ne pourrait avoir la même expérience, à moins d’avoir été lui-même engagé concrètement dans une telle œuvre pendant un certain nombre d’années, comme je l’ai été. 5. Cette expérience même me rend légères, avec l’aide de Dieu, des choses qui m’étaient autrefois difficiles, et qui seraient aujourd’hui très difficiles à beaucoup : ne pourrais-je donc pas aller plus loin encore ? 6. Si sept cents jeunes âmes de plus pouvaient être soumises à une éducation régulière et pieuse (et leur nombre serait renouvelé de temps à autre), quel service béni pour le royaume de Christ, et quelle dépense fructueuse de travail aussi, avec la bénédiction de Dieu, même pour ce royaume-ci, au point de vue civil et moral ! 7. Mais ce qui l’emporte sur chacune de ces six raisons, c’est enfin ceci : j’ai commencé cette œuvre des orphelins il y a quinze ans dans le but même de montrer au monde et à l’Église qu’il y a vraiment au ciel un Dieu qui exauce la prière ; que Dieu est le Dieu vivant. Or, ce dernier but est d’autant plus pleinement atteint que l’œuvre est plus grande, pourvu que je sois aidé à obtenir les ressources uniquement par la prière et la foi.
Mais, tandis que de telles pensées me traversaient l’esprit, il en est venu d’autres, d’un autre caractère. Par exemple : 1. J’ai déjà du travail en abondance. 2. Ma chère femme a déjà du travail en abondance. Tout son temps, presque sans relâche (sauf pour la prière et la lecture de la Parole de Dieu), est occupé, directement ou indirectement, par les orphelins. 3. N’entreprends-je pas trop pour mes forces physiques et mes facultés intellectuelles, en songeant à une autre maison des orphelins ? 4. Ne vais-je pas au-delà de la mesure de ma foi en songeant à étendre l’œuvre au point de la doubler ou de la tripler ? 5. N’est-ce pas là une illusion de Satan, une tentative pour me précipiter tout à fait hors de ma sphère d’utilité, en me faisant aller au-delà de ma mesure ? 6. N’est-ce pas aussi, peut-être, un piège pour m’enfler d’orgueil, que de tenter de bâtir une très grande maison des orphelins ?
Dans ces circonstances, je ne puis que prier le Seigneur, dans sa tendre miséricorde, de ne pas permettre à Satan de prendre l’avantage sur moi. Par la grâce de Dieu, mon cœur dit :—Seigneur, si je pouvais être sûr que c’est ta volonté que j’aille de l’avant dans cette affaire, je le ferais de bon cœur ; et, d’autre part, si je pouvais être sûr que ce sont là des pensées vaines, folles et orgueilleuses, qu’elles ne viennent pas de toi, je les haïrais, par ta grâce, et je les écarterais entièrement.
Mon espérance est en Dieu ; il m’aidera et m’enseignera. À en juger toutefois par sa conduite passée envers moi, il ne me paraîtrait ni étrange ni surprenant qu’il m’appelle à travailler plus largement encore dans cette voie.
Les pensées touchant l’extension de l’œuvre des orphelins ne sont pas nées d’une abondance d’argent récemment reçue ; car j’ai dû dernièrement attendre Dieu pendant environ sept semaines, tandis qu’il n’entrait que peu, très peu en comparaison, c.-à-d. qu’il sortait environ quatre fois plus qu’il n’entrait ; et si le Seigneur ne m’avait pas envoyé auparavant de fortes sommes, nous aurions été vraiment dans la détresse.
Seigneur, comment ton serviteur peut-il connaître ta volonté en cette affaire ? Voudras-tu bien l’enseigner ?
11 déc. Pendant les six derniers jours, depuis que j’ai écrit ce qui précède, j’ai attendu Dieu, jour après jour, au sujet de cette affaire. Elle a été généralement, plus ou moins, sur mon cœur toute la journée. Quand je me suis réveillé la nuit, elle n’était pas loin de mes pensées. Et tout cela sans la moindre excitation. Je suis parfaitement calme et tranquille à ce sujet. Mon âme se réjouirait d’aller de l’avant dans ce service, si je pouvais être sûr que le Seigneur le veut ; car alors, malgré les difficultés sans nombre, tout irait bien, et son nom serait magnifié.
D’autre part, si j’avais l’assurance que le Seigneur veut que je me contente de ma sphère de service actuelle, et que je ne prie pas pour l’extension de l’œuvre, je pourrais, par sa grâce, m’y soumettre de bon cœur sans effort ; car il a amené mon cœur dans un tel état que je ne désire que lui plaire en cette affaire. De plus, je n’ai jusqu’ici parlé de cette chose à personne, pas même à ma femme bien-aimée, qui partage mes joies, mes peines et mes travaux depuis plus de vingt ans ; et il n’est pas probable que je le fasse de quelque temps ; car je préfère attendre tranquillement le Seigneur, sans m’entretenir de ce sujet, afin d’être ainsi gardé plus facilement, par sa bénédiction, de toute influence venue du dehors. Le fond de ma prière à ce sujet, c’est que le Seigneur ne me laisse pas commettre d’erreur, et qu’il m’enseigne sa volonté. Quant aux choses extérieures, rien ne m’a encouragé pendant ces six jours, bien au contraire ; car les recettes pour les diverses branches de l’Institution pour la connaissance des Écritures dans le pays et à l’étranger ont été exceptionnellement faibles, six livres quatorze shillings seulement en tout, tandis que les dépenses se sont élevées à cent trente-trois livres onze shillings sept pence. Mais tout cela ne pèserait pas le moins du monde pour moi, si je pouvais être tout à fait sûr que le Seigneur veut que j’aille de l’avant.
Le fond particulier de ma prière est donc que Dieu veuille bien m’enseigner sa volonté. Mon esprit a aussi beaucoup réfléchi à la manière dont je pourrais connaître sa volonté avec certitude sur ce point particulier. Je suis sûr que je serai enseigné. Je désire donc attendre patiemment le temps du Seigneur, quand il lui plaira d’éclairer mon sentier sur ce point.
26 déc. Quinze jours se sont écoulés depuis que j’ai écrit le paragraphe précédent. Chaque jour depuis lors, j’ai continué à prier à ce sujet, et cela avec une bonne mesure de ferveur, par le secours de Dieu. Il s’est à peine passé une heure, pendant ces jours, où, tant que j’étais éveillé, cette affaire ne fût pas plus ou moins devant moi ; mais tout cela sans même l’ombre d’une excitation. Je n’en parle à personne. Je ne l’ai pas encore fait, même avec ma chère femme. Je m’en abstiens toujours, et je traite de cette affaire avec Dieu seul, afin qu’aucune influence extérieure ni aucune excitation extérieure ne m’empêche de parvenir à une claire connaissance de sa volonté. J’ai l’assurance la plus entière et la plus paisible qu’il me montrera clairement sa volonté. Ce soir, j’ai eu de nouveau un temps de prière particulier et solennel, pour chercher à connaître la volonté de Dieu. Mais, tout en continuant à supplier et à conjurer le Seigneur de ne pas permettre que je sois abusé dans cette affaire, je puis dire qu’il ne reste presque plus aucun doute dans mon esprit quant à l’issue : c’est que je dois aller de l’avant. Comme c’est là cependant l’un des pas les plus graves que j’aie jamais faits, j’estime que je ne saurais aborder cette affaire avec trop de prudence, de prière et de réflexion. Je ne suis nullement pressé. Je pourrais attendre des années, par la grâce de Dieu, si telle était sa volonté, avant de faire un seul pas vers cette chose, ou même d’en parler à qui que ce soit ; et, d’autre part, je me mettrais à l’œuvre dès demain, si le Seigneur me l’ordonnait. Ce calme de l’esprit, cette absence de volonté propre en cette affaire, ce seul désir d’y plaire à mon Père céleste, cette seule recherche de son honneur et non du mien ; cet état du cœur, dis-je, est pour moi la plus pleine assurance que mon cœur n’est pas sous l’empire d’une excitation charnelle, et que, si je suis aidé à continuer ainsi, je connaîtrai pleinement la volonté de Dieu. Mais, tout en écrivant ainsi, je ne puis m’empêcher d’ajouter en même temps que je désire ardemment l’honneur et le glorieux privilège d’être de plus en plus employé par le Seigneur. J’ai beaucoup servi Satan dans mes jeunes années, et je désire maintenant, de toutes mes forces, servir Dieu pendant les jours qui me restent de mon pèlerinage terrestre. J’ai quarante-cinq ans et trois mois. Chaque jour diminue le nombre des jours que j’ai à passer sur la terre. Je désire donc travailler de toutes mes forces. Il y a des multitudes immenses d’orphelins à secourir. Il y a environ cinq ans, un frère dans le Seigneur m’a dit avoir vu, dans un rapport officiel, qu’il y avait alors six mille jeunes orphelins dans les prisons d’Angleterre. Mon cœur aspire à servir d’instrument pour épargner la prison à ces jeunes orphelins. Je désire être employé par le Seigneur comme un instrument pour fournir tous les secours temporels nécessaires, non seulement aux trois cents qui sont maintenant à ma charge, mais à sept cents de plus. Je désire soulager davantage encore les souffrances des pauvres veuves mourantes, quand elles regardent les orphelins sans défense qu’elles vont laisser derrière elles. Je désire aider davantage encore les pauvres gens à qui restent des orphelins démunis, et qui sont incapables de pourvoir à leurs besoins. Je désire qu’il me soit donné de procurer l’instruction scripturaire à mille orphelins, au lieu de trois cents. Je désire expliquer régulièrement les saintes Écritures à mille orphelins, au lieu de trois cents. Je désire qu’ainsi il soit plus abondamment manifeste encore que Dieu est toujours celui qui entend et exauce la prière, et qu’il est le Dieu vivant aujourd’hui, comme il l’a toujours été et le sera toujours, lorsque, uniquement en réponse à la prière, il aura daigné me pourvoir d’une maison pour sept cents orphelins et des moyens de les entretenir. Cette dernière considération est le point le plus important à mes yeux. L’honneur du Seigneur est pour moi le point principal dans toute cette affaire ; et justement parce qu’il en est ainsi, s’il devait être davantage glorifié par le fait que je n’aille pas de l’avant dans cette entreprise, je serais, par sa grâce, parfaitement content de renoncer à toute pensée d’une autre maison des orphelins. Assurément, dans un tel état d’esprit, produit par ton Saint-Esprit, toi, ô mon Père céleste, tu ne permettras pas que ton enfant se trompe, et encore moins qu’il soit abusé ! Avec l’aide de Dieu, je continuerai encore, jour après jour, à l’attendre dans la prière au sujet de cette chose, jusqu’à ce qu’il m’ordonne d’agir.
2 janvier 1851. Il y a une semaine, j’ai écrit le paragraphe précédent. Pendant cette semaine, j’ai encore été aidé, jour après jour, et plus d’une fois chaque jour, à chercher la direction du Seigneur au sujet d’une autre maison des orphelins. Le fond de ma prière a toujours été qu’il me garde, dans sa grande miséricorde, de commettre une erreur. Au cours de la semaine dernière, le livre des Proverbes est venu dans l’ordre de ma lecture des Écritures, et mon cœur a été fortifié, à l’égard de ce sujet, par les passages suivants : « Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, Et ne t’appuie pas sur ta sagesse; Reconnais-le dans toutes tes voies, Et il aplanira tes sentiers. » Proverbes 3:5, 6. Par la grâce de Dieu, je reconnais bien le Seigneur dans mes voies, et dans cette chose en particulier ; j’ai donc la douce assurance qu’il aplanira mes sentiers touchant cette partie de mon service, qu’il s’agisse de m’y occuper ou non. Ensuite : « L’intégrité des hommes droits les dirige, Mais les détours des perfides causent leur ruine. » Proverbes 11:3. Par la grâce de Dieu, je suis droit dans cette affaire. Mon intention sincère est de procurer de la gloire à Dieu. Je m’attends donc à être bien dirigé. Ensuite : « Recommande à l’Éternel tes œuvres, Et tes projets réussiront. » Proverbes 16:3. Je recommande bien mes œuvres au Seigneur ; je m’attends donc à ce que mes projets réussissent. Mon cœur parvient de plus en plus à une assurance calme, tranquille et ferme que le Seigneur, en fin de compte, daignera m’employer davantage encore dans l’œuvre des orphelins. Me voici, Seigneur, ton serviteur !
14 janv. Douze jours se sont écoulés depuis que j’ai écrit le dernier paragraphe. J’ai encore pu, jour après jour, attendre le Seigneur au sujet de l’extension de l’œuvre des orphelins. Pendant toute cette période, j’ai aussi été dans une paix parfaite, fruit du fait que je ne cherche en cette chose que l’honneur du Seigneur et le bien temporel et spirituel de mes semblables. Je pourrais, par sa grâce, écarter sans effort toute pensée de cette affaire, si seulement j’avais l’assurance que c’est la volonté de Dieu que je le fasse ; et, d’autre part, j’irais aussitôt de l’avant, s’il le voulait ainsi. J’ai continué à garder cette affaire entièrement pour moi. Bien qu’il y ait maintenant environ sept semaines que mon esprit en est occupé jour après jour, plus ou moins, et que je prie chaque jour à ce sujet, pas un être humain n’en sait rien. Je n’en ai encore rien dit, même à ma chère femme, afin de n’être pas influencé, en attendant ainsi tranquillement le Seigneur, par ce qu’on pourrait me dire à ce sujet. J’ai mis à part ce soir, tout particulièrement, pour la prière, suppliant une fois de plus le Seigneur de ne pas permettre que je me trompe en cette chose, et encore moins que je sois abusé par le diable. J’ai aussi cherché à faire passer devant mon esprit toutes les raisons contre la construction d’une autre maison des orphelins, et toutes les raisons pour ; et maintenant, par souci de clarté et de précision, je les mets par écrit.
Raisons contre la fondation d’une autre maison des orphelins pour sept cents orphelins.—1. Ne serait-ce pas aller au-delà de ma mesure spirituellement ? selon cette parole : « Par la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun de vous de n’avoir pas de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun. » Romains 12:3. Réponse : si le Seigneur m’abandonnait à moi-même, la dixième partie des difficultés et des épreuves qui m’arrivent maintenant en rapport avec les diverses branches de l’Institution pour la connaissance des Écritures dans le pays et à l’étranger suffirait à m’accabler ; mais, tant qu’il lui plaît de me soutenir, je puis avancer paisiblement jour après jour, et je suis porté à travers une difficulté après l’autre : et ainsi, avec l’aide de Dieu, même avec ma mesure actuelle de foi, si elle m’est conservée, je serais rendu capable de supporter d’autres difficultés et d’autres épreuves ; mais je m’attends à un accroissement de foi à chaque nouvelle difficulté à travers laquelle il plaît au Seigneur de m’aider.
2. Ne serait-ce pas aller au-delà de ma mesure naturellement, quant aux forces intellectuelles et physiques ? Réponse : de toutes les objections contre la fondation d’une autre maison des orphelins, il n’en est aucune qui pèse plus sur moi que celle-ci ; je pourrais dire que c’est la seule vraie difficulté. Pourtant, celle-là aussi, je suis rendu capable de l’écarter et de la surmonter, ainsi : en ménageant mes forces, par un grand ordre, par des habitudes régulières, en allégeant le travail autant que possible, en utilisant toute l’aide dont je puis disposer, j’ai pu venir à bout d’une énorme quantité de travail. Mon immense correspondance, d’environ trois mille lettres par an, j’ai pu l’accomplir sans secrétaire. Toute l’administration et la direction, et toute la vaste correspondance de l’Institution pour la connaissance des Écritures, ont reposé sur moi seul pendant ces seize ans et dix mois, et j’ai pensé qu’en cherchant un secrétaire capable, un commis capable et un inspecteur des écoles, je pourrais, avec l’aide de Dieu, accomplir davantage encore, bien qu’une grande partie de ce que j’ai fait jusqu’ici dût alors être faite par d’autres. Plusieurs autres dispositions se sont présentées à mon esprit, depuis que je suis occupé de cette affaire, par lesquelles, avec la bénédiction de Dieu, le travail pourrait être allégé. J’aurais certainement besoin d’aides capables pour exécuter les plans qui sont devant moi ; mais avec de tels aides, je pourrais, en tant que directeur, accomplir davantage encore, avec l’aide de Dieu.
3. Il doit y avoir une limite à mon travail et à mon service. Réponse : cela est vrai, et si j’étais tout à fait sûr que l’état actuel de l’Institution pour la connaissance des Écritures dût être cette limite, j’écarterais aussitôt cette chose ; mais je ne suis pas sûr d’être déjà parvenu à la limite fixée par Dieu. Pendant tous ces seize ans et dix mois, l’œuvre n’a cessé de progresser, et le Seigneur m’a continuellement aidé ; et maintenant mon esprit est occupé exactement de la même manière que lorsque, il y a quinze ans, je commençai l’œuvre des orphelins, et que lorsque, il y a treize ans, j’étendis l’œuvre des orphelins, et que lorsque, il y a sept ans et neuf mois, je l’étendis davantage encore, et que lorsque, il y a cinq ans et deux mois, je fus conduit à décider la construction de la nouvelle maison des orphelins. Dans ces circonstances, ayant été aidé à travers toutes ces difficultés, voyant devant moi un si vaste champ d’utilité, et recevant tant de demandes d’admission pour des orphelins dans le plus grand dénuement, j’aspire à être employé davantage encore, et je ne puis dire que le Seigneur m’ait déjà amené à sa limite.
4. N’est-ce pas comme « tenter Dieu » que de songer à bâtir une autre maison des orphelins pour sept cents orphelins de plus ? Réponse : « tenter Dieu » signifie, selon les saintes Écritures, le limiter dans l’un quelconque de ses attributs ; or, par sa grâce, je ne désire limiter ni sa puissance ni sa bonne volonté de me donner, à moi son pauvre serviteur, uniquement en réponse à la prière, toutes les ressources, et toute autre aide et toute bénédiction dont j’aurai besoin pour bâtir une autre grande maison des orphelins.
5. Vous n’obtiendrez pas les ressources pour bâtir et aménager une si grande maison des orphelins ; et, même si vous les obteniez, comment obtiendrez-vous en même temps les ressources pour poursuivre l’œuvre qui existe déjà ? Réponse : à considérer la chose naturellement, c’est là en effet une objection de poids.
La nouvelle maison des orphelins, avec ses trois cents orphelins seulement, a coûté environ quinze mille livres pour la construction, l’aménagement et l’ameublement, et même maintenant toutes les dépenses ne sont pas encore couvertes. Il en coûtera, selon toute probabilité, plusieurs centaines de livres encore. Et cette grosse somme a été nécessaire, bien que le style du bâtiment soit des plus simples, et que le terrain sur lequel il a été construit ait été relativement bon marché. À ce compte, un bâtiment destiné à loger sept cents orphelins, avec le terrain nécessaire pour cultiver les légumes consommés dans l’établissement, ne pourrait coûter moins de trente-cinq mille livres. Or, à considérer la chose naturellement, d’où viendra cette grande somme ? Même si je passais en revue tous mes amis qui ont donné jusqu’ici, et plusieurs l’ont fait très libéralement, je n’aurais encore, naturellement, aucune perspective de recevoir ce montant ; surtout si l’on se souvient qu’il me faudrait en outre, chaque année, six ou sept mille livres pour poursuivre ce qui existe déjà. Je pourrais donc bien trembler, à considérer la chose naturellement, et dire : je n’aurai jamais l’argent pour cette maison des orphelins projetée pour sept cents enfants ; car d’où viendra cette grosse somme de trente-cinq mille livres ? Et même si j’obtenais l’argent, ceux qui donneraient pour un tel fonds de construction ne le retrancheraient-ils pas de ce qu’ils auraient pu me donner pour poursuivre l’œuvre qui existe déjà ? Mais si, naturellement, je n’ai ainsi aucun espoir de réussir, je ne suis pas le moins du monde découragé spirituellement ; car, par la foi au Dieu vivant, je dis ceci : il a le pouvoir de me donner ces trente-cinq mille livres, et bien davantage s’il le fallait ; et il a le pouvoir, en attendant, de me donner aussi toutes les fortes sommes nécessaires, semaine après semaine, pour faire face aux dépenses courantes de l’œuvre dans son état actuel. De plus, je me réjouis de la grandeur de la difficulté quant à la grosse somme nécessaire pour bâtir et aménager un tel établissement ; car je désire être pleinement assuré, dès le début, que j’avance dans cette affaire selon l’ordre du Seigneur. S’il en est ainsi, il me donnera les ressources ; sinon, je ne les aurai pas. Et je n’entends pas non plus solliciter personnellement qui que ce soit pour une aide pécuniaire, mais je me propose de m’adonner à la prière pour obtenir les ressources, comme jusqu’ici.
6. Supposons maintenant que vous réussissiez même à faire bâtir cette grande maison des orphelins, comment pourrez-vous pourvoir à sept cents autres orphelins ? Réponse : cette objection a beaucoup de poids, à la considérer naturellement. Je suis trop homme d’affaires, et trop porté au calcul calme, tranquille et froid, pour ne pas en sentir la force. Et, en vérité, si je ne considérais la chose que naturellement, je serais aussitôt prêt à reconnaître que je vais trop loin ; car l’augmentation des dépenses pour l’entretien de ces sept cents autres orphelins ne pourrait être inférieure à huit mille livres de plus par an, de sorte que les dépenses courantes de l’Institution pour la connaissance des Écritures, en comptant son état actuel et en y ajoutant ces huit mille livres, s’élèveraient à environ quinze mille livres par an. Or, je reconnais volontiers que je n’ai aucune perspective humaine d’obtenir une telle somme année après année. Mais, si les choses se présentent ainsi à les considérer naturellement, je n’y vois aucune difficulté spirituellement. Si, selon la volonté de Dieu, je suis rendu capable d’entreprendre cette seconde maison des orphelins projetée, et si, avec son aide, je suis rendu capable de l’achever, il pourvoira assurément à ceux qui y seront rassemblés, aussi longtemps qu’il lui plaira de me rendre capable de me confier en lui pour les ressources. Et ici je regarde en arrière, à la manière dont le Seigneur m’a conduit et a agi envers moi. Lorsque, il y a environ dix-sept ans, je pris à ma charge, en dépendant du Dieu vivant pour les ressources, deux écoles de charité, par lesquelles commença l’Institution pour la connaissance des Écritures (ce qui entraînait une dépense de moins de cent livres par an), je n’avais aucune perspective certaine de pouvoir faire face même à cette petite somme ; mais Dieu m’aida si bien que j’eus bientôt six écoles de charité. Il m’aida alors aussi, et me rendit capable de faire face à toutes leurs dépenses. Lorsque, il y a quinze ans, je commençai l’œuvre des orphelins, qui entraînait des dépenses bien plus lourdes, j’avais encore moins de perspective, selon la raison naturelle, de pouvoir y faire face ; mais je me confiai en Dieu, et il m’aida ; et non seulement il me rendit capable de faire face aux dépenses courantes de trente orphelins dans la première maison louée pour eux, mais il me rendit aussi capable d’en ouvrir bientôt une autre pour trente-six de plus, et je pus faire face également à toutes ces dépenses ; car, comme j’avais commencé dans la foi au Dieu vivant, et non en mettant ma confiance en mes frères en Christ, je ne fus pas confondu. Après que j’eus poursuivi quelque temps avec ces orphelins dans les deux maisons louées, il y a environ treize ans, il plut au Seigneur de m’encourager grandement et d’augmenter ma foi par un don de cinq cents livres pour les orphelins ; car, jusqu’à cette époque, je n’avais jamais reçu plus de cent livres à la fois. Mais ce généreux donateur, qui m’était jusqu’alors inconnu, me suggéra l’opportunité de placer cette somme et de n’en utiliser que l’intérêt, puisque je ne pouvais pas espérer voir les orphelins entretenus indéfiniment de la manière dont ils l’avaient été jusque-là ; car de tels établissements, disait-il, doivent dépendre de souscriptions régulières ou de biens placés, sans quoi ils ne peuvent subsister. Mais comme ce n’était qu’une suggestion amicale, et non une condition attachée au don, j’employai ces cinq cents livres à aménager une troisième maison, pour recevoir trente orphelins de plus. Depuis lors, l’œuvre n’a cessé de s’accroître, jusqu’à devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Or, supposons que j’aie dit, il y a dix-sept ans, en considérant les choses selon la raison naturelle : « Les deux écoles de charité suffisent, je ne dois pas aller plus loin ; » l’œuvre se serait alors arrêtée là. Ou, si j’avais eu un peu plus de confiance en mes efforts ou en mes amis, j’aurais pu faire tout au plus un ou deux pas de plus. Au lieu de cela, toutefois, je n’ai nullement considéré les choses selon ma raison naturelle déchue, et je ne me suis pas confié dans le cercle de mes amis chrétiens, mais dans le Dieu vivant ; et il en est résulté que, depuis 1834, dix mille âmes ont reçu notre instruction dans les diverses écoles de jour, écoles du dimanche et écoles d’adultes ; plusieurs centaines d’orphelins ont été élevés, dont beaucoup dès leur plus tendre enfance ; plusieurs centaines de milliers de traités et bien des milliers d’exemplaires de la Parole de Dieu ont été répandus ; une quarantaine de prédicateurs de l’Évangile, dans le pays et à l’étranger, ont été soutenus, pendant plusieurs années, en rapport avec l’Institution pour la connaissance des Écritures ; et une maison a été bâtie et aménagée pour loger trois cents orphelins démunis, dont chacun n’a ni père ni mère. Qu’il est donc heureux de se confier en Dieu, et en lui seul, et non dans les circonstances ni dans les amis ! Il y a cependant une chose que je dois consigner ici, parce qu’elle a eu lieu depuis la dernière fois que j’ai écrit sur ce sujet dans mon journal, le 2 janvier. La voici. Pendant ces douze jours, j’ai reçu pour les diverses branches de l’Institution pour la connaissance des Écritures, en dons plus petits, soixante-quatre livres quinze shillings six pence deux farthings, ainsi qu’un don de cent cinquante livres, et un autre de trois mille livres. N’est-ce pas là une preuve évidente que Dieu est à la fois capable et désireux d’aider uniquement en réponse à la prière ? La raison humaine n’est-elle pas confondue par de tels exemples ? Lorsque j’ai commencé à écrire ces exercices de mon esprit au sujet d’une autre maison des orphelins, je ne savais pas que, le 4 janvier, je recevrais un don de trois mille livres ; mais j’avais pleinement l’assurance que Dieu pouvait entretenir mille orphelins aussi facilement que les trente que j’avais reçus au début dans une maison louée. Ne me dit-il pas cependant, par tout cela : Va de l’avant, mon serviteur, et je t’aiderai ?
7. Mais, pourrait-on dire, supposons que vous puissiez obtenir par la prière cette grosse somme pour bâtir une maison pour sept cents autres orphelins ; et supposons que vous puissiez pourvoir à leurs besoins de votre vivant,—que deviendrait cette Institution après votre mort ? Réponse : je connais très bien cette objection. Je l’ai entendue bien des fois comme argument contre la manière d’obtenir les ressources de l’Institution pour la connaissance des Écritures, uniquement en se confiant en Dieu, sans aucun bien placé et sans compter sur des souscripteurs réguliers ; mais voici ma réponse. Mon affaire est de servir de toutes mes forces ma propre génération ; en le faisant, je servirai le mieux la génération suivante, si le Seigneur Jésus tarde. Il peut revenir bientôt ; mais s’il tarde, et que je doive m’endormir avant son retour, je n’aurai pas été tout à fait inutile à la génération à venir, si seulement le Seigneur me rend capable de servir ma propre génération. Si cette objection était fondée, je n’aurais jamais dû commencer l’œuvre des orphelins, de peur de ce qu’elle pourrait devenir après ma mort ; et ainsi toutes ces centaines d’enfants démunis, sans père ni mère, dont le Seigneur m’a permis de prendre soin pendant les quinze dernières années, n’auraient pas été recueillis par moi. Le même argument fut opposé à maintes reprises à Franké, mon estimé compatriote, qui fonda à Halle, en Prusse, en l’an 1696, le plus grand établissement charitable pour enfants pauvres qui existe au monde, autant que je sache. Il se confia en Dieu seul. Il continua à se confier en Dieu seul. Et Dieu l’aida abondamment jusqu’au bout. Uniquement par la confiance dans le Dieu vivant, les établissements, qui ressemblaient plutôt à une grande rue qu’à une maison, furent élevés, et environ deux mille enfants y furent instruits. Pendant une trentaine d’années, tout se poursuivit sous ses propres yeux, jusqu’en 1727, où il plut à Dieu de reprendre son serviteur auprès de lui. À sa mort, ces établissements furent dirigés par son gendre, homme véritablement pieux. Il est vrai qu’à la fin du siècle dernier et pendant la première partie du siècle présent, il y eut peu de piété réelle et vivante dans ces établissements ; ils furent pourtant, même alors, une bénédiction temporelle pour bien des dizaines de milliers de jeunes gens. Ainsi donc, pendant plusieurs dizaines d’années après la mort de Franké, ils furent conduits d’une manière véritablement pieuse ; et lorsque, par la suite, on ne trouva plus que peu de piété réelle et vivante dans ces écoles, des dizaines de milliers d’enfants en bénéficièrent cependant, du moins pour cette vie. Or, ces établissements existent déjà depuis cent cinquante ans, ils existent encore ; et, si le Seigneur Jésus tarde, ils continueront vraisemblablement, humainement parlant, d’exister à l’avenir comme ils ont existé jusqu’ici. Supposons donc que ce cher homme de Dieu, A. H. Franké, eût prêté l’oreille aux suggestions de l’incrédulité, et eût dit : Je ne dois pas entreprendre cette œuvre, car que deviendra-t-elle après ma mort ?—alors toute la bénédiction spirituelle qui en est résultée pour des milliers, et tous les bienfaits temporels qui en sont résultés pour des centaines de milliers, auraient été perdus. J’ajoute pourtant ceci. La nouvelle maison des orphelins a été placée entre les mains de onze administrateurs, et dûment enregistrée à la chancellerie ; et de même, si Dieu daigne m’honorer davantage en me permettant de bâtir pour lui cette maison projetée pour sept cents orphelins, elle serait pareillement placée entre les mains d’administrateurs et enregistrée à la chancellerie. Je dis un mot pour conclure sur ce sujet : que chacun prenne garde qu’en se préoccupant de ce que deviendra la génération suivante, il n’oublie de servir sa propre génération. C’est cela que chacun devrait chercher à faire de toutes ses forces, et il devrait en être ainsi de chaque génération successive ; alors, quoique morts, nous parlerions encore. A. H. Franké est depuis longtemps entré dans son repos, mais il a parlé à mon âme en 1826, et il parle à mon âme aujourd’hui ; et je dois beaucoup à son exemple d’avoir été poussé à me soucier des enfants pauvres en général, et des pauvres orphelins en particulier.
8. La dernière objection qui s’est présentée à mon propre esprit est qu’en bâtissant une autre maison des orphelins je serais en danger de m’enorgueillir. Réponse : j’en serais en danger, en effet ; et j’y suis grandement exposé, même si je n’allais pas le moins du monde de l’avant. Oui, la dixième partie de l’honneur que le Seigneur a daigné m’accorder, et la dixième partie du service qu’il lui a plu de me confier, suffiraient, si j’étais abandonné à moi-même, à m’enfler excessivement d’orgueil. Je ne puis dire que jusqu’ici le Seigneur m’ait gardé humble ; mais je puis dire que jusqu’ici il m’a donné un désir sincère de lui rendre toute la gloire, et de considérer comme une grande condescendance de sa part qu’il lui ait plu de m’employer comme un instrument à son service. Je ne vois donc pas que la crainte de m’enorgueillir doive m’empêcher d’aller de l’avant dans cette œuvre ; mais plutôt que je dois supplier le Seigneur de bien vouloir me donner un esprit humble, et de ne jamais permettre que je le prive de la gloire qui n’est due qu’à lui seul.
Raisons pour la fondation d’une autre maison des orphelins pour sept cents orphelins.—1. Les nombreuses demandes d’admission d’orphelins démunis qui continuent à m’être adressées, je les considère comme un appel de Dieu à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour procurer un foyer et une éducation scripturaire à un plus grand nombre encore d’orphelins. Rien, sinon une incapacité positive d’aller de l’avant, ne devrait me retenir immobile, alors que je reçois presque chaque jour de nouvelles supplications pour que j’accueille des orphelins. Depuis que j’ai commencé à écrire sur ce sujet dans mon journal, trente orphelins de plus ont fait l’objet d’une demande, de deux ans et au-dessus. Je ne puis refuser mon aide, aussi longtemps que je vois une porte ouverte, et ouverte par Dieu, à mon sens, pour les secourir.
2. L’état moral des maisons de pauvres m’incite fortement à aller de l’avant. J’ai entendu dire à maintes reprises, de bonne source, que les enfants placés dans les Unions s’y corrompent, à cause des enfants de vagabonds et d’autres jeunes gens très mauvais qui se trouvent en de tels lieux ; de sorte que beaucoup de parents pauvres d’orphelins, bien qu’incapables de pourvoir à leurs besoins, ne peuvent supporter la pensée de les y voir aller, de peur qu’ils ne s’y corrompent. J’estime donc que, ne serait-ce que pour éviter aux orphelins de gens pauvres mais respectables d’être obligés de se mêler aux enfants de vagabonds, je dois faire, de tout mon pouvoir, tout ce que je puis pour les secourir. Pour cette raison donc, je me propose, en dépendant du Dieu vivant, d’aller de l’avant et de fonder une autre maison des orphelins pour sept cents enfants démunis, privés de leurs deux parents. Quand j’écris ainsi au sujet des maisons de pauvres, je ne désire pas être compris comme faisant un reproche : car je ne sais comment ces choses pourraient être changées ; mais j’énonce simplement le fait qu’il en est ainsi.
3. Je suis d’autant plus affermi dans ce dessein que je sais pour un fait que les maisons d’orphelins qui existent déjà dans le royaume ne suffisent nullement à admettre même les cas les plus méritants et les plus douloureux, et bien moins encore tous ceux auxquels il serait bon de pourvoir. De plus, l’admission d’un orphelin dans la plupart des établissements ordinaires est entourée de grandes difficultés, à cause des votes qu’il faut obtenir, de sorte que les personnes réellement nécessiteuses n’ont ni le temps ni l’argent pour les obtenir. Le fait qu’il y avait, il y a environ cinq ans, six mille jeunes orphelins dans les prisons d’Angleterre ne réclame-t-il pas à grands cris l’extension des établissements pour orphelins ? Avec l’aide de Dieu, j’essaierai de faire ce que je puis pour épargner la prison aux pauvres orphelins.
4. Je suis encore encouragé dans ce dessein par le grand secours que le Seigneur m’a accordé jusqu’ici dans ce service béni. Quand je regarde au petit commencement, et que je considère comment le Seigneur m’a aidé maintenant depuis plus de quinze ans dans l’œuvre des orphelins ; quand je considère comment il lui a plu de m’aider à traverser une grande difficulté après l’autre ; et quand je considère surtout comment, comme par une main invisible, presque contre ma volonté, pourrais-je dire, et contre mes désirs et mes pensées d’autrefois, il m’a conduit d’un pas à l’autre, et a étendu l’œuvre de plus en plus,—quand, dis-je, je passe tout cela en revue et que j’y compare l’exercice actuel de mon esprit, je trouve dans le grand secours, le secours ininterrompu que le Seigneur m’a accordé depuis plus de quinze ans, une puissante raison d’aller de l’avant dans cette œuvre. Et c’est ce que, me confiant en lui, je suis résolu à faire.
5. Je vois une autre raison d’aller de l’avant dans ce service dans l’expérience que j’y ai acquise. Depuis le plus petit commencement jusqu’à l’état actuel de l’établissement, avec ses trois cents orphelins, tout est passé par mes propres mains. C’est dans l’œuvre elle-même que j’ai acquis l’expérience. Elle a grandi avec l’œuvre. J’ai été, sous Dieu, le seul directeur de l’œuvre depuis son plus petit commencement. Or, ce n’est pas là un cas ordinaire. Aucun membre de comité d’une société, aucun président ni vice-président d’un établissement, à moins d’avoir été placé comme moi, ne pourrait avoir cette expérience. À cela s’ajoute la mesure de don qu’il a plu au Seigneur de m’accorder pour une telle œuvre, et dont l’exercice me rend responsable envers lui. Ces choses, jointes aux raisons précédentes, me paraissent être un appel de Dieu à aller de l’avant dans cette œuvre plus que jamais.
6. Le bien spirituel d’orphelins plus nombreux encore est pour moi une autre raison particulière de me sentir appelé à aller de l’avant. Les orphelins qui ont été à ma charge jusqu’ici étaient presque tous des enfants de parents naturellement faibles de corps, sinon phtisiques. Le fait même qu’un enfant soit privé de ses deux parents à l’âge de quatre, cinq, six ou sept ans montre que, à moins que les parents n’aient perdu la vie par accident, ils étaient de constitution faible. Pour cette raison, les jeunes orphelins, en général, demandent un soin particulier quant à leur santé. À cet égard, je désire prendre soin d’eux ; mais il y a plus que cela à considérer. Je désire en outre de tout cœur les garder de l’influence corruptrice et démoralisante des enfants de la pire espèce, dans les rues, les cours et les Unions. Mais je désire pour eux plus que la simple décence et la moralité ; je désire qu’ils soient des membres utiles de la société, et que les prisons du Royaume-Uni ne soient pas remplies de pauvres orphelins démunis et sans foyer ; c’est pourquoi nous les élevons dans des habitudes de travail, et nous cherchons à les instruire dans les choses qui sont utiles pour la vie présente. Mais je désire plus encore pour les orphelins. Je ne puis me contenter, à leur égard, de rien de moins que ceci : que leurs âmes soient gagnées au Seigneur. Pour cette raison, j’aspire à les avoir sous ma garde dès leurs premières années, oui, le plus jeunes possible, afin qu’ainsi, sous les soins de nourrices et de maîtres pieux, ils soient élevés dès leur plus jeune âge dans la crainte du Seigneur. Or, comme c’est là le but principal et premier à l’égard des chers orphelins, à savoir le salut de leurs âmes par la foi au Seigneur Jésus, j’aspire à être employé plus largement que jusqu’ici, afin d’en avoir mille à ma charge au lieu de trois cents.
7. Mais il est un point qui pèse sur moi plus fortement encore que le précédent. Le voici : lorsque j’ai commencé l’œuvre des orphelins, il y a plus de quinze ans, ce fut dans le but précis et particulier que, par son moyen, les inconvertis pussent voir, par les exaucements de prière que je recevais à son sujet, qu’il y a vraiment de la réalité dans les choses de Dieu ; et que les enfants de Dieu pussent avoir leur foi fortifiée par ce moyen, et être encouragés à traiter en toute simplicité avec Dieu en toute circonstance, et à se confier en lui en tout temps. Or, si ce but a été atteint dans une certaine mesure par l’état où se trouvait l’œuvre des orphelins autrefois, et davantage par ce qu’elle a été depuis l’érection de la nouvelle maison des orphelins, il le serait plus encore, par la bénédiction de Dieu, si j’allais de l’avant dans cette œuvre à un degré bien plus grand qu’auparavant. Ce point, à savoir la gloire de Dieu dans la manifestation de sa promptitude à exaucer la prière, a pesé tout particulièrement et souverainement sur moi dans mon dessein d’étendre l’œuvre des orphelins.
8. Enfin, je suis paisible et heureux, spirituellement, dans la perspective d’étendre l’œuvre, comme dans les occasions précédentes où j’ai dû le faire. Cela pèse particulièrement sur moi comme raison d’aller de l’avant. Après tout l’examen calme, tranquille et accompagné de prière que j’ai consacré à ce sujet pendant environ huit semaines, je suis paisible et heureux, spirituellement, dans le dessein d’étendre le champ. Après tout l’examen de cœur auquel je me suis livré, la prière quotidienne pour être gardé de l’illusion et de l’erreur en cette chose, et le recours à la parole de Dieu, il n’en serait pas ainsi, à mon avis, si le Seigneur ne s’était pas proposé de daigner m’employer plus que jamais dans ce service.
Je conclus donc, sur le fondement des objections auxquelles j’ai répondu et de ces huit raisons d’étendre l’œuvre, que c’est la volonté du Dieu béni que son pauvre et très indigne serviteur le serve plus largement encore dans cette œuvre, ce qu’il est tout disposé à faire.
Jusqu’à ce jour, 25 janv. 1851, je n’en ai parlé à aucun être humain. Ma chère femme elle-même n’en sait encore rien. Je me propose de garder encore quelque temps l’affaire entièrement pour moi, en traitant avec Dieu seul à ce sujet, afin qu’aucune excitation extérieure ne soit pour moi le moindre stimulant. Je prie encore pour être gardé de l’erreur et de l’illusion en cette chose ; non que je pense me tromper ou être abusé, bien au contraire ; mais je voudrais pourtant me défier de moi-même et m’attacher à Dieu, pour être gardé des erreurs et des illusions.
31 janv. Depuis plusieurs semaines déjà, je ne doute plus que le Seigneur veuille que je le serve par l’érection et l’aménagement d’une autre maison des orphelins pour sept cents orphelins, et je suis bien décidé à le faire, avec son aide ; et je garde maintenant le silence à ce sujet, non que j’aie la moindre hésitation dans mon esprit, mais parce que je sais qu’il convient tout à fait que je continue encore quelque temps à traiter tranquillement de cette affaire avec Dieu seul.
5 mars. Près de cinq semaines se sont écoulées depuis que j’ai écrit le dernier paragraphe, et pas une seule fois pendant ce temps mon esprit n’a été, ne fût-ce qu’un instant, dans l’incertitude sur ce que je dois faire. Il y a maintenant environ quinze semaines que je prie particulièrement à ce sujet, trois mois que j’ai commencé à écrire sur ce sujet dans mon journal, et environ dix semaines que je n’ai plus aucun doute sur la volonté du Seigneur concernant ce service. Je crois que, tout indigne que je suis de ce grand honneur, il daignera m’employer davantage et plus largement qu’auparavant à prendre soin d’enfants démunis privés de leurs deux parents. Et c’est ce que je me propose de faire.
24 mai. Depuis le moment où j’ai commencé à noter les exercices de mon esprit, le 5 déc. 1850, jusqu’à ce jour, quatre-vingt-douze orphelins de plus ont fait l’objet d’une demande, et soixante-dix-huit attendaient déjà leur admission auparavant. Mais ce nombre augmente rapidement à mesure que l’œuvre est de plus en plus connue.
Sur le fondement de ce qui a été consigné ci-dessus, je me propose d’aller de l’avant dans ce service, et de chercher à bâtir, à la louange et à l’honneur du Dieu vivant, une autre maison des orphelins, assez grande pour loger sept cents orphelins.
Lorsque je publiai ces exercices de mon esprit, et que je fis connaître mon dessein au sujet de la maison projetée pour sept cents orphelins, dans le douzième Rapport de l’Institution pour la connaissance des Écritures, j’ajoutai à ce qui a été dit les détails suivants :—
1. Pendant tout ce temps, bien que six mois se soient maintenant écoulés depuis que j’ai commencé à être occupé de cette affaire, je n’ai pas été conduit une seule fois à demander au Seigneur des ressources pour cette œuvre, mais j’ai seulement continué, jour après jour, à lui demander de me diriger, pour savoir si je devais l’entreprendre ou non.
2. Les ressources nécessaires pour achever la construction et l’aménagement d’une maison qui convienne vraiment aux fins que je me propose, si simple que soit le bâtiment, ne peuvent être inférieures à trente-cinq mille livres, y compris quinze ou vingt acres de terrain autour du bâtiment, à cultiver à la bêche, afin de tirer de nos propres terres tous les légumes qui sont si importants pour la santé des enfants.
3. Je n’ai pas l’intention de commencer la construction avant d’avoir en main les ressources nécessaires, comme ce fut le cas pour la nouvelle maison des orphelins. Si Dieu daigne m’employer à bâtir pour lui une autre maison des orphelins (comme je pense qu’il le fera), il m’en donnera les ressources. Or, bien qu’il ne reste dans mon esprit aucun doute que c’est sa volonté que je le fasse, comme je l’ai dit à maintes reprises dans les pages précédentes, il manque encore un point pour la confirmation : c’est qu’il me fournisse aussi, sans sollicitation personnelle auprès de qui que ce soit, toutes les ressources nécessaires pour cette nouvelle branche de mon service. J’ai d’autant plus besoin, pour ma propre âme, de cette dernière de toutes les preuves que je ne me suis pas trompé (comme je crois fermement ne pas m’être trompé), afin d’avoir l’assurance indubitable que, quelles que soient les épreuves qui pourraient être permises à l’avenir à mon égard en rapport avec cette œuvre, je ne l’ai pas entreprise de mon propre chef ni selon mon désir naturel, mais sous la direction de Dieu. La grandeur de la somme nécessaire me procure une sorte de joie secrète ; car plus la difficulté à surmonter est grande, plus on verra, à la gloire de Dieu, tout ce que peuvent la prière et la foi ; et aussi parce que, lorsque Dieu lui-même surmonte nos difficultés pour nous, nous avons, dans ce fait même, l’assurance que nous sommes engagés dans son œuvre, et non dans la nôtre.
Chapitre 23 terminé
Une nouvelle victoire de la foi