L’Imitation de Jésus-Christ
La componction du cœur

Chapitre 22 · 3 min de lecture · 3 min d’écoute

La componction du cœur

SI TU veux progresser dans la vertu, vis dans la crainte du Seigneur, ne cherche pas trop de liberté, discipline tes sens et fuis les sottises frivoles. La componction ouvre la porte à bien des grâces que la dissipation détruit d’ordinaire.

Il est étonnant qu’un homme qui considère et médite son état d’exil et les nombreux périls de son âme puisse jamais être parfaitement joyeux en cette vie. Légers et insouciants de nos défauts, nous ne sentons pas les vraies douleurs de notre âme, mais nous nous livrons souvent à un rire vain quand nous aurions bien sujet de pleurer. Il n’est de vraie liberté ni de joie véritable que fondées sur la crainte du Seigneur et une bonne conscience.

Heureux l’homme qui peut rejeter le poids de tout souci et se recueillir dans une sainte contrition. Heureux l’homme qui rejette loin de lui tout ce qui peut souiller ou charger sa conscience.

Combats en homme. L’habitude est vaincue par l’habitude. Si tu laisses les hommes en paix, ils te laisseront en paix faire ce que tu as à faire. Ne t’occupe pas des affaires d’autrui et ne t’embarrasse pas de celles de tes supérieurs. Veille d’abord sur toi-même, et reprends-toi toi-même plutôt que tes amis.

Si tu ne jouis pas de la faveur des hommes, ne t’en attriste pas ; mais tiens pour chose grave de ne pas te conduire aussi bien ni avec autant de soin qu’il convient à un serviteur de Dieu et à un religieux pieux.

Il est souvent meilleur et plus sûr pour nous d’avoir peu de consolations en cette vie, surtout celles du corps. Pourtant, si nous n’avons pas la consolation divine ou si nous l’éprouvons rarement, c’est notre faute, parce que nous ne cherchons pas la componction du cœur et ne renonçons pas aux vaines satisfactions extérieures.

Estime-toi indigne de la consolation divine et digne plutôt de beaucoup de tribulations. Quand un homme est parfaitement contrit, le monde entier lui est amer et pesant.

L’homme de bien trouve toujours assez de sujets de gémir et de pleurer ; qu’il pense à lui-même ou à son prochain, il sait que nul ne vit ici-bas sans souffrance, et plus il s’examine de près, plus il s’afflige.

Les péchés et les vices où nous sommes si empêtrés que nous pouvons rarement nous appliquer à la contemplation du ciel sont un juste sujet de douleur et de remords intérieur.

Je ne doute pas que tu ne te corrigerais avec plus d’ardeur si tu pensais davantage à une mort prochaine qu’à une longue vie. Et si tu méditais en ton cœur les peines futures de l’enfer ou du purgatoire, je crois que tu endurerais volontiers le travail et la peine, et ne craindrais aucune rigueur. Mais parce que ces pensées ne pénètrent jamais jusqu’au cœur, et que nous aimons les plaisirs qui nous flattent, nous demeurons froids et indifférents. Notre misérable corps se plaint si aisément parce que notre âme est beaucoup trop languissante.

Prie donc humblement le Seigneur de te donner l’esprit de contrition, et dis avec le Prophète : « Nourris-moi, Seigneur, du pain des pleurs, et abreuve-moi de larmes à pleine mesure. »

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