Chapitre 9 · 43 min de lecture · 56 min d’écoute
2.5 Le cinquième commandement
« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. » Exode 20:12.
J’en ai fini avec la première table ; il me faut maintenant parler des devoirs de la seconde. Les commandements peuvent être comparés à l’échelle de Jacob : la première table regarde Dieu, et elle est le haut de l’échelle, qui touche au ciel ; la seconde regarde les supérieurs et les inférieurs, et elle est le pied de l’échelle, qui repose sur la terre. Par la première table, nous marchons religieusement envers Dieu ; par la seconde, nous marchons religieusement envers les hommes. Celui qui est mauvais dans la seconde table ne peut être bon dans la première. « Honore ton père et ta mère. » Nous avons ici, premièrement, un commandement : « Honore ton père et ta mère » ; et, secondement, la raison qui l’appuie : « afin que tes jours se prolongent dans le pays ». C’est surtout le commandement que nous considérerons ici : « Honore ton père ».
I. Il y a différentes sortes de pères : le père politique, le père âgé, le père spirituel, le père domestique et le père naturel.
[1] Le père politique, c’est-à-dire le magistrat. Il est le père de sa patrie ; il doit encourager la vertu, punir le vice, et être un père pour la veuve et l’orphelin. Tel fut Job : « J’étais le père des misérables, J’examinais la cause de l’inconnu. » Job 29:16. Si les magistrats sont des pères, le roi surtout, qui est le chef des magistrats, est un père politique ; il est placé comme le soleil au milieu des étoiles plus petites. L’Écriture appelle les rois des « pères nourriciers » : « Des rois seront tes nourriciers. » Ésaïe 49:23. Ils doivent former leurs sujets à la piété par de bons édits et par leur exemple, et les nourrir dans la paix et l’abondance. Tels furent ces pères nourriciers : David, Ézéchias, Josias, Constantin et Théodose. Heureux le peuple qui a de tels pères nourriciers, dont le sein verse à leurs enfants le lait de la consolation ! Ces pères doivent être honorés, car —
(1) Leur place mérite l’honneur. Dieu a établi ces pères politiques pour maintenir l’ordre et l’harmonie dans une nation, et pour prévenir les convulsions de l’État qui, sans eux, pourraient s’ensuivre. Lorsqu’« il n’y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon. » Juges 17:6. C’est merveille que les sauterelles n’aient point de roi, et qu’elles sortent pourtant toutes par bandes.
(2) Dieu a élevé les rois afin qu’ils élèvent la justice. Comme ils ont en main une épée, pour signifier leur puissance, ils ont aussi un sceptre, emblème de la justice. On rapporte de l’empereur Marc Aurèle qu’il consacrait une heure par jour à entendre les plaintes des opprimés. Les rois placent des juges autour du trône, comme des chérubins, pour rendre la justice. Ces pères politiques doivent être honorés : « honorez le roi. » 1 Pierre 2:17. Cet honneur se montre par un respect civil envers leur personne et par une soumission joyeuse à leurs lois, pour autant qu’elles s’accordent et marchent de pair avec la loi de Dieu. Il faut prier pour les rois, et c’est là une part de l’honneur que nous leur rendons. « J’exhorte à faire des supplications, des prières, des requêtes pour les rois, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. » 1 Timothée 2:1. Nous devons prier pour les rois, afin que Dieu leur fasse l’honneur d’être des bénédictions, et que, sous leur règne, nous jouissions de l’Évangile de paix et de la paix de l’Évangile. Qu’il fut heureux, le règne de Numa Pompilius, où les épées furent changées en socs de charrue, et où les abeilles faisaient leurs ruches dans les casques des soldats !
[2] Il y a le père grave et âgé, vénérable par sa vieillesse, dont les cheveux blancs sont comparés aux fleurs blanches de l’amandier. Ecclésiaste 12:7. Il y a des pères par l’ancienneté, sur le front ridé desquels, et dans les sillons des joues, se dessine la carte de la vieillesse. Ces pères doivent être honorés : « Tu te lèveras devant les cheveux blancs, et tu honoreras la personne du vieillard. » Lévitique 19:32. Il faut honorer surtout ceux qui sont pères, non seulement par leur âge, mais par leur piété, et dont l’âme fleurit quand le corps décline. C’est un spectacle béni que de voir des sources de grâce jaillir dans l’automne de la vieillesse ; de voir des hommes qui se courbent vers la tombe et qui pourtant gravissent la montagne de Dieu ; qui perdent leurs couleurs et qui gardent pourtant leur saveur. Ceux dont les cheveux d’argent sont couronnés de justice sont dignes d’un double honneur ; il faut les honorer, non seulement comme des pièces d’antiquité, mais comme des modèles de vertu. Si vous voyez un vieillard qui craint Dieu, dont la grâce brille avec le plus d’éclat quand le soleil de sa vie se couche, oh ! honorez-le comme un père, en le révérant et en l’imitant.
[3] Il y a les pères spirituels, c’est-à-dire les pasteurs et les ministres. Ils sont les instruments de la nouvelle naissance. « Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile. » 1 Corinthiens 4:15. Les pères spirituels doivent être honorés en raison de leur charge. Quelles que soient leurs personnes, leur charge est honorable ; ils sont les envoyés de l’Éternel des armées. Malachie 2:7. Ils ne représentent rien de moins que Dieu lui-même : « Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ. » 2 Corinthiens 5:20. Jésus-Christ lui-même a exercé cette vocation ; il a reçu du ciel sa mission et son autorité, et cela couronne d’honneur la vocation du ministère. Jean 8:18.
Ces pères spirituels doivent être honorés « à cause de leur œuvre ». Ils viennent, comme la colombe, un rameau d’olivier dans le bec ; ils annoncent la bonne nouvelle de la paix ; leur œuvre est de « sauver des âmes ». Les autres vocations ne s’occupent que du corps ou des biens des hommes, mais la vocation du ministre a pour objet leur âme. Leur œuvre est de racheter les captifs spirituels, et de ramener les hommes « de la puissance de Satan à Dieu ». Actes 26:18. Leur œuvre est d’« éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres », et de les faire « briller comme des étoiles dans le royaume des cieux ». Ces pères spirituels doivent être honorés « à cause de leur œuvre » ; et cet honneur se montre de trois manières : —
(1) En leur témoignant du respect. Ayez « de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur », et ayez « pour eux beaucoup d’affection, à cause de leur œuvre ». 1 Thessaloniciens 5:12, 13. J’avoue que la vie scandaleuse de certains ministres a été un grand opprobre, et qu’elle a fait mépriser, en quelques endroits du pays, « les offrandes de l’Éternel ». Le lépreux, sous la loi, devait avoir la lèvre couverte ; de même, ceux qui sont des anges par leur charge, mais des lépreux par leur vie, devraient avoir la lèvre couverte, et être réduits au silence. Mais si quelques-uns ne méritent « aucun honneur », ceux qui sont fidèles, et qui font leur œuvre d’amener des âmes à Christ, doivent être révérés comme des pères spirituels. Abdias honora le prophète Élie. 1 Rois 18:7. Pourquoi Dieu a-t-il compté la tribu de Lévi pour les premiers-nés, Nombres 3:13 ? Pourquoi a-t-il ordonné que le prince consultât Dieu par le sacrificateur, Nombres 27:21 ? Pourquoi l’Éternel a-t-il montré, par le miracle de la verge d’Aaron qui fleurit, qu’il avait choisi la tribu de « Lévi pour le servir », Nombres 17 ? Pourquoi Christ appelle-t-il ses apôtres « la lumière du monde » ? Pourquoi dit-il à tous ses ministres : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » ? N’est-ce point parce qu’il veut que ces pères spirituels soient révérés ? Dans l’Antiquité, les Égyptiens choisissaient leurs rois parmi leurs prêtres. Ils sont bien loin de rendre ce respect et cet honneur à leurs pères spirituels, ceux qui n’ont que des pensées méprisantes pour ceux qui ont la charge du sanctuaire et qui servent devant le Seigneur. Ayez « de la considération, dit l’apôtre, pour ceux qui travaillent parmi vous ». Beaucoup se contentent de connaître leurs ministres dans leurs infirmités, et se réjouissent quand ils ont quelque chose contre eux ; mais ils ne les considèrent pas au sens où l’entend l’apôtre, de manière à leur rendre un « double honneur ». Assurément, n’était le ministère, vous ne seriez pas une vigne, mais un désert. N’était le ministère, vous seriez privés des deux sceaux de l’alliance, le baptême et la sainte cène ; vous seriez des infidèles ; « car la foi vient de ce qu’on entend ; et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche? » Romains 10:14.
(2) Honorez ces pères spirituels en vous faisant leurs avocats, et en effaçant les médisances et les calomnies qu’on jette injustement sur eux. 1 Timothée 5:19. Constantin honorait grandement le ministère ; il prenait la défense des ministres ; il refusait de lire les accusations envieuses portées contre eux, et les jetait au feu. Les ministres ouvrent la bouche devant Dieu pour vous dans la prière, et vous n’ouvririez pas la bouche en leur faveur ? Assurément, s’ils travaillent à vous préserver de l’enfer, vous devez les préserver de la calomnie ; s’ils travaillent à sauver votre âme, vous devez sauver leur réputation.
(3) Honorez-les en vous conformant à leur doctrine. Le plus grand honneur que vous puissiez faire à vos pères spirituels, c’est de croire leur doctrine et d’y obéir. Celui-là honore le ministère qui n’est pas seulement auditeur, mais pratiquant de la parole. Comme la désobéissance couvre le ministère d’opprobre, ainsi l’obéissance l’honore. L’apôtre appelle les Thessaloniciens sa couronne : « Qui est notre couronne de gloire? N’est-ce pas vous aussi ? » 1 Thessaloniciens 2:19. Un peuple qui prospère est la couronne de son ministre. Quand il se fait une métamorphose, un changement ; quand les gens viennent à la parole orgueilleux et s’en retournent humbles ; quand ils viennent terrestres et s’en retournent célestes ; quand ils viennent lépreux, comme Naaman au Jourdain, et s’en retournent guéris : alors le ministère est honoré. « Ou avons-nous besoin, comme quelques-uns, de lettres de recommandation ? » 2 Corinthiens 3:1. D’autres ministres pouvaient avoir besoin de lettres de recommandation, mais Paul n’en avait nul besoin ; car, lorsqu’on apprendrait l’obéissance que la prédication de Paul avait produite chez ces Corinthiens, ce serait un certificat suffisant que Dieu avait béni ses travaux. Les Corinthiens étaient pour lui un honneur suffisant ; ils étaient ses lettres de recommandation. Vous ne sauriez mieux honorer vos pères spirituels qu’en prospérant sous leur ministère et en vivant des sermons qu’ils prêchent.
[4] Il y a le père domestique, c’est-à-dire le maître. Il est le paterfamilias, « le père de famille » ; c’est pourquoi les serviteurs de Naaman appelaient leur maître « mon père ». 2 Rois 5:13. Le centenier appelle son serviteur « fils ». Matthieu 8:6. (Grec.) Le serviteur doit honorer son maître comme le père de la famille. Même si le maître n’a pas toutes les qualités qu’il devrait avoir, le serviteur ne doit pas pour autant négliger son devoir, mais lui témoigner une certaine forme d’honneur.
(1) En obéissant à son maître in licitis et honestis, « dans les choses licites et honnêtes ». « Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont d’un caractère difficile. » 1 Pierre 2:18. Dieu ne vous a donné nulle part de charte d’exemption qui vous affranchisse de votre devoir. Vous ne pouvez désobéir à votre maître terrestre sans désobéir à votre Maître qui est au ciel. Ne pensez pas que la naissance, ni de grands talents, non, ni même la grâce, vous exemptent de l’obéissance envers votre maître. Lui obéir est un ordre établi par Dieu ; et l’apôtre dit que « ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes ». Romains 13:2.
(2) Le serviteur honore son maître en étant diligent à son service. Apelle peignit un serviteur les mains pleines d’outils, comme emblème de la diligence. Le serviteur qui flâne est une sorte de voleur : s’il ne dérobe pas les biens de son maître, il lui dérobe le temps qu’il aurait dû employer à son service. Le serviteur paresseux est appelé « Serviteur méchant ». Matthieu 25:26.
(3) Le serviteur doit honorer son maître en étant fidèle. « Quel est donc le serviteur fidèle et prudent ? » Matthieu 24:45. La fidélité est la qualité principale d’un serviteur. La fidélité d’un serviteur se voit en six choses : [1] Dans la discrétion, c’est-à-dire en gardant les secrets que le maître vous a confiés. Si ces secrets ne sont pas des péchés, vous ne devez pas les trahir. Ce qui vous est murmuré à l’oreille, vous ne devez pas le publier sur les toits. Les serviteurs qui agissent ainsi sont des espions. Qui voudrait garder un verre fêlé ? Qui voudrait garder un serviteur qui a le cerveau fêlé et ne sait pas garder un secret ? [2] La fidélité d’un serviteur se voit dans le souci de l’intérêt de son maître. Un serviteur fidèle tient les biens de son maître pour les siens propres. Tel était le serviteur d’Abraham : quand son maître l’envoya traiter une affaire pour lui, il y apporta autant de soin que s’il s’était agi de la sienne. « Éternel, Dieu de mon seigneur Abraham, fais-moi, je te prie, rencontrer aujourd’hui ce que je désire, et use de bonté envers mon seigneur Abraham! » Genèse 24:12. Sans doute le serviteur d’Abraham fut-il aussi heureux d’avoir trouvé une femme pour le fils de son maître que s’il en avait trouvé une pour lui-même. [3] La fidélité d’un serviteur se voit dans le soin qu’il prend de l’honneur de son maître. Quand il l’entend décrier, il prend sa défense. Comme le maître prend soin du corps du serviteur, ainsi le serviteur doit prendre soin du nom de son maître. Quand le maître est injustement outragé, le serviteur n’a pas d’excuse s’il est possédé d’un démon muet. [4] La fidélité consiste, pour un serviteur, à être fidèle à sa parole. Il n’ose pas mentir, mais il dit la vérité, fût-elle contre lui-même. Le mensonge double le péché. « Celui qui dit des mensonges ne subsistera pas en ma présence. » Psaumes 101:7. Le menteur est proche parent du diable. Jean 8:44. Et qui voudrait loger chez soi quelqu’un de la parenté du diable ? Le mensonge que Guéhazi fit à son maître Élisée attira la lèpre sur Guéhazi et sur sa postérité pour toujours. 2 Rois 5:27. Chez le serviteur fidèle, la langue est le fidèle miroir du cœur. [5] La fidélité consiste, pour un serviteur, à se garder de toute appropriation. Il n’ose pas détourner à son usage les biens de son maître : « à ne rien dérober ». Tite 2:10. Ce qu’un serviteur dérobe à son maître est un gain qui damne. Celui qui s’enrichit en volant son maître bourre son oreiller d’épines, et sa tête y reposera bien mal à l’heure de la mort. [6] La fidélité consiste à protéger la personne du maître, s’il est injustement en danger. Banister trahit son maître, le duc de Buckingham, sous le règne du roi Richard III ; et les jugements de Dieu tombèrent sur ce serviteur traître. Son fils aîné devint fou ; sa fille, d’une rare beauté, fut soudain frappée de la lèpre ; son fils cadet se noya ; et lui-même fut traduit en justice, et il aurait été exécuté s’il n’avait été sauvé par le bénéfice de clergie. Le serviteur qui n’est pas fidèle à son maître ne sera jamais fidèle à Dieu ni à sa propre âme.
(4) Le serviteur doit honorer son maître en le servant avec amour, et aussi en silence, c’est-à-dire sans murmurer et sans répliquer. « Exhorte les serviteurs à être soumis à leurs maîtres, à n’être point contredisants. » Tite 2:9. Le grec dit : « à ne point donner de réponses revêches ». Certains serviteurs, lents à l’ouvrage, sont prompts à la parole ; et au lieu de regretter une faute, ils provoquent par un langage inconvenant. Si le cœur était plus humble, la langue serait plus silencieuse. Les mots de l’apôtre sont : « à n’être point contredisants ». À ceux des serviteurs qui honorent leurs maîtres, ou pères de famille, par la soumission, la diligence, la fidélité, l’amour et un humble silence, un grand encouragement est donné : « Serviteurs, obéissez en toutes choses à vos maîtres selon la chair, non pas seulement sous leurs yeux, sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage pour récompense. Servez Christ, le Seigneur. » Colossiens 3:22, 24. En servant vos maîtres, vous servez Christ, et il ne vous laissera pas perdre votre peine ; vous recevrez « l’héritage pour récompense ». Du service sur la terre, vous serez élevés au règne dans le ciel, et vous siégerez avec Christ sur son trône. Apocalypse 3:21.
Après avoir montré comment les serviteurs doivent honorer leurs maîtres, je montrerai maintenant comment les maîtres doivent se conduire envers leurs serviteurs, de manière à être honorés par eux.
En général, les maîtres doivent se souvenir qu’ils ont eux-mêmes un Maître dans le ciel, qui leur demandera des comptes : « sachant que leur maître et le vôtre est dans les cieux ». Éphésiens 6:9. Plus particulièrement : —
(1) Les maîtres doivent veiller à pourvoir aux besoins de leurs serviteurs. De même qu’ils leur assignent leur ouvrage, ils doivent leur donner leur nourriture en son temps. Luc 17:7. Ils doivent veiller à ce que la nourriture soit saine et suffisante. Il est tout à fait indigne de certains chefs de famille de tant dépenser pour leur propre dos qu’ils en viennent à rogner sur le ventre de leurs serviteurs.
(2) Les maîtres doivent encourager leurs serviteurs dans leur travail, en les félicitant quand ils font bien. Si le maître doit reprendre le serviteur de ses fautes, il ne doit pas toujours frapper sur la même corde, mais quelquefois relever ce qui est digne de louange. Cela rend le serviteur plus joyeux à l’ouvrage, et gagne au maître l’affection de son serviteur.
(3) Les maîtres ne doivent pas surcharger leurs serviteurs, mais proportionner l’ouvrage à leurs forces. Ils ne doivent pas leur imposer un fardeau si lourd qu’ils défaillent dessous. Le christianisme enseigne la compassion.
(4) Les maîtres doivent rechercher le bien spirituel de leurs serviteurs. Ils doivent être des séraphins pour allumer leur amour de la religion ; des moniteurs pour leur rappeler le soin de leur âme ; ils doivent les amener à la piscine du sanctuaire, pour y attendre que l’ange agite l’eau. Jean 5:4. Ils doivent chercher Dieu pour eux, afin que leurs serviteurs deviennent ses serviteurs, et leur accorder un temps convenable pour leurs dévotions secrètes. Certains sont cruels envers l’âme de leurs serviteurs : ils exigent d’eux le travail de la maison, mais leur retranchent le temps qu’ils devraient employer à travailler à leur salut.
(5) Les maîtres doivent être doux et bienveillants dans leur conduite envers leurs serviteurs. « abstenez-vous de menaces ». Éphésiens 6:9. « Tu ne domineras point sur lui avec dureté, et tu craindras ton Dieu. » Lévitique 25:43. Il faut de la sagesse à un maître pour savoir maintenir son autorité tout en évitant la dureté. Nous avons un beau modèle à copier en notre Maître du ciel, qui est « Lent à la colère et plein de bonté ». Psaumes 145:8. Certains maîtres sont si durs et si implacables qu’ils suffiraient à gâter un bon serviteur.
(6) Soyez très exacts et très ponctuels dans les engagements que vous prenez avec vos serviteurs. N’usez pas de détours ; ne retenez rien de leurs gages ; n’agissez pas frauduleusement avec eux, comme Laban avec Jacob, dont il changea le salaire. Genèse 31:7. La fausseté dans les promesses est aussi mauvaise que les faux poids.
(7) Prenez soin de vos serviteurs, non seulement dans la santé, mais dans la maladie. S’ils sont tombés malades à votre service, employez tous les moyens possibles pour leur guérison ; ne soyez pas comme l’Amalécite, qui abandonna son serviteur parce qu’il était malade ; mais soyez comme le bon centenier, qui garda son serviteur malade et recourut à Christ pour sa guérison. 1 Samuel 30:13 ; Matthieu 8:6. Si vous avez une bête qui tombe malade, vous ne la chassez pas, mais vous la faites soigner, et vous payez sa guérison ; serez-vous donc plus bons envers vos chevaux qu’envers vos serviteurs ? C’est ainsi que les maîtres doivent se conduire avec prudence et piété, afin d’obtenir l’honneur de leurs serviteurs et de rendre leurs comptes à Dieu avec joie.
[5] Le père naturel, le père selon la chair. Hébreux 12:9. Honore ton père naturel. C’est un devoir si nécessaire que Philon le Juif plaçait le cinquième commandement dans la première table, comme si nous n’avions pas accompli tout notre devoir envers Dieu tant que nous n’avions pas acquitté cette dette d’honneur envers nos parents selon la nature. Les enfants sont la vigne que les parents ont plantée, et l’honneur rendu aux parents est une part du fruit de cette vigne.
II. Les enfants doivent témoigner de l’honneur à leurs parents,
[1] Par une estime pleine de révérence pour leur personne. Ils doivent « leur rendre une vénération civile ». C’est pourquoi, lorsque l’apôtre parle des pères de notre corps, il dit aussi que « nous les avons respectés ». Hébreux 12:9. Cette vénération, ou ce respect, doit se montrer : —
(1) Intérieurement, par une crainte mêlée d’amour. « Chacun de vous respectera sa mère et son père. » Lévitique 19:3. Dans le commandement, le père est nommé le premier, mais ici c’est la mère. C’est en partie pour faire honneur à la mère, parce qu’en raison des nombreuses faiblesses propres à son sexe, elle est plus exposée à être méprisée de ses enfants ; et en partie parce que la mère endure davantage pour l’enfant.
(2) Le respect envers les parents doit se montrer extérieurement, en paroles et en gestes.
En paroles : soit en parlant aux parents, soit en parlant d’eux. En parlant à leurs parents, les enfants doivent parler avec respect. « Demande, ma mère », dit le roi Salomon à sa mère Bath-Schéba. 1 Rois 2:20. En parlant de leurs parents, les enfants doivent en parler honorablement. Ils doivent dire du bien d’eux, s’ils le méritent. « Ses fils se lèvent, et la disent heureuse » (Proverbes 31:28) ; et si un père montre de la faiblesse ou de l’imprudence, l’enfant doit en tirer le meilleur parti et, par de sages excuses, couvrir la nudité de son père.
En gestes. Les enfants doivent témoigner du respect à leurs parents par une attitude soumise, en se découvrant la tête et en fléchissant le genou. Joseph, quoique grand prince, et alors que son père était devenu pauvre, s’inclina devant lui et se conduisit aussi humblement que si son père avait été le prince, et lui le pauvre. Genèse 46:29. Le roi Salomon, quand sa mère vint à lui, « se leva pour aller à sa rencontre, il se prosterna devant elle ». 1 Rois 2:19. Chez les Lacédémoniens, si un enfant s’était conduit avec arrogance ou insolence envers son père, il était permis au père de désigner qui il voulait pour être son héritier. Oh ! que d’enfants sont loin de rendre ainsi le respect à leurs parents ! Ils méprisent leurs parents ; ils se conduisent envers eux avec tant d’orgueil et de négligence qu’ils sont une honte pour la religion, et font descendre avec douleur au tombeau les cheveux blancs de leurs parents. « Maudit soit celui qui méprise son père et sa mère! » Deutéronome 27:16. Si tous ceux qui méprisent leurs parents sont maudits, combien d’enfants de notre siècle sont sous la malédiction ! Si ceux qui manquent de respect à leurs parents vivent assez pour avoir des enfants, leurs propres enfants seront des épines dans leurs flancs, et Dieu leur fera lire leurs péchés dans leur châtiment.
[2] La deuxième manière d’honorer ses parents est une obéissance attentive. « Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents. » Colossiens 3:20. Notre Seigneur Christ a donné en cela l’exemple aux enfants : il était soumis à ses parents. Luc 2:51. Celui à qui les anges étaient soumis était soumis à ses parents. Cette obéissance envers les parents se montre de trois manières : —
(1) En écoutant leurs conseils. « Écoute l’instruction de ton père, Et ne rejette pas l’enseignement de ta mère. » Proverbes 1:8. Les parents tiennent, pour ainsi dire, la place de Dieu ; s’ils veulent vous enseigner la crainte du Seigneur, vous devez écouter leurs paroles comme des oracles, et non pas, comme l’aspic sourd, vous boucher les oreilles. Les fils d’Éli n’écoutèrent point la voix de leur père, et ils furent appelés « des hommes pervers ». 1 Samuel 2:12, 25. Et comme les enfants doivent écouter les conseils de leurs parents dans les choses spirituelles, ils le doivent aussi dans les affaires qui touchent à cette vie, comme le choix d’une vocation ou le mariage. Jacob ne voulut pas disposer de lui-même en mariage, quoiqu’il eût quarante ans, sans l’avis et le consentement de ses parents. Genèse 28:1, 2. Les enfants sont, pour ainsi dire, le bien propre et la possession de leurs parents, et c’est une grande injustice pour une fille de se donner sans la permission de ses parents. Si toutefois des parents conseillaient à leur enfant de s’unir à une personne irréligieuse ou papiste, je pense que le cas est clair, et beaucoup de savants sont d’avis qu’ici l’enfant peut opposer un refus et n’est pas tenu de se laisser gouverner par ses parents. Les enfants doivent « se marier dans le Seigneur » ; non, par conséquent, avec des personnes irréligieuses, car ce ne serait pas se marier dans le Seigneur. 1 Corinthiens 7:39.
(2) L’obéissance envers les parents se montre en se conformant à leurs ordres. L’enfant doit être l’écho de ses parents : quand le père parle, l’enfant doit lui renvoyer en écho l’obéissance. Les Récabites avaient reçu de leur père la défense de boire du vin ; ils lui obéirent, et ils en furent loués. Jérémie 35:14. Les enfants doivent obéir à leurs parents en toutes choses. Colossiens 3:20. Même dans les choses qui vont à contre-poil, et pour lesquelles ils ont le plus de répugnance, ils doivent obéir à leurs parents. Ésaü voulut bien obéir à son père quand celui-ci lui commanda d’aller lui chercher du gibier, sans doute parce qu’il prenait plaisir à la chasse ; mais il refusa de lui obéir dans une affaire de plus grande importance, le choix d’une épouse. Mais si les enfants doivent obéir à leurs parents « en toutes choses », restringitur ad licita et honesta : « cela s’entend avec la restriction des choses justes et honnêtes ». « Obéissez selon le Seigneur », c’est-à-dire pour autant que les ordres des parents s’accordent avec les ordres de Dieu. Éphésiens 6:1. S’ils commandent contre Dieu, ils perdent leur droit à être obéis, et dans ce cas nous devons renoncer à notre qualité d’enfants.
[3] Il faut honorer ses parents en subvenant à leurs besoins. Joseph entretint son père dans sa vieillesse. Genèse 47:12. Ce n’est là que payer une juste dette. Les parents ont élevé leurs enfants quand ils étaient jeunes, et les enfants doivent nourrir leurs parents quand ils sont vieux. Les jeunes cigognes, par un instinct de la nature, apportent la nourriture aux vieilles, lorsque l’âge les empêche de voler. Pline appelle cela Lex pelargica [la loi des cigognes]. La mémoire d’Énée fut honorée parce qu’il emporta son vieux père hors de Troie en flammes. J’ai lu l’histoire d’une fille dont le père avait été condamné à mourir de faim, et qui l’allaita dans sa prison de son propre sein ; ce qui, venu à la connaissance des magistrats, lui valut la liberté. Ils sont à blâmer, ces enfants, ou dirai-je ces monstres, qui ont honte de leurs parents quand ceux-ci sont vieux et tombés dans la gêne, et qui, lorsqu’ils leur demandent du pain, leur donnent une pierre. Quand les maisons sont fermées, nous disons que la peste y est ; quand le cœur des enfants est fermé à leurs parents, la peste y est. Notre bienheureux Sauveur prit grand soin de sa mère. Sur la croix, il chargea son disciple Jean de la prendre chez lui comme sa mère et de veiller à ce qu’elle ne manquât de rien. Jean 19:26, 27.
III. Les raisons pour lesquelles les enfants doivent honorer leurs parents sont : —
[1] C’est un commandement solennel de Dieu : « Honore ton père », etc. Comme la parole de Dieu est la règle de notre obéissance, sa volonté doit en être la raison.
[2] Ils méritent l’honneur en raison du grand amour et de la grande affection qu’ils portent à leurs enfants, et des preuves de cet amour, tant par leurs soins que par leurs dépenses. Les soins qu’ils prennent pour élever leurs enfants sont un signe que leur cœur est plein d’amour pour eux. Les parents prennent souvent plus de soin de leurs enfants que d’eux-mêmes. Ils veillent sur eux quand ils sont tendres, de peur que, comme les fruits d’espalier, ils ne soient gelés dans le bouton. À mesure que les enfants grandissent, les soucis des parents grandissent. Ils craignent que leurs enfants ne tombent quand ils sont petits, et pis que des chutes quand ils sont plus grands. Leur amour se prouve par leurs dépenses. 2 Corinthiens 12:14. Ils amassent et ils dépensent pour leurs enfants, et ils ne sont pas comme le corbeau ou l’autruche, qui sont cruels envers leurs petits. Job 39:19. Les parents s’appauvrissent quelquefois pour enrichir leurs enfants. Jamais les enfants ne peuvent égaler l’amour d’un père ou d’une mère ; car les parents sont pour leurs enfants les instruments de la vie, et les enfants ne peuvent l’être pour leurs parents.
[3] Honorer ses parents est très agréable au Seigneur. Colossiens 3:20. Si c’est une joie pour les parents, c’est aussi une chose agréable au Seigneur. Enfants ! n’est-ce pas votre devoir de plaire à Dieu ? En honorant vos parents et en leur obéissant, vous plaisez à Dieu, aussi bien que lorsque vous vous repentez et que vous croyez. Et pour que vous voyiez combien cela plaît à Dieu, il y attache une récompense : « afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne ». Jacob ne voulut pas laisser aller l’ange qu’il ne l’eût béni ; et Dieu ne voulut pas se séparer de ce commandement sans l’avoir béni. Paul l’appelle le premier commandement avec une promesse. Éphésiens 6:2. Le deuxième commandement a une promesse générale de miséricorde ; mais celui-ci est le premier commandement auquel est attachée une promesse particulière. La longue vie est mentionnée comme une bénédiction : « Tu verras les fils de tes fils. » Psaumes 128:6. Ce fut une grande faveur de Dieu envers Moïse que, à cent vingt ans, il n’eût pas besoin de lunettes : « sa vue n’était point affaiblie, et sa vigueur n’était point passée ». Deutéronome 34:7. Dieu menaça Éli, comme d’une malédiction, qu’il n’y aurait plus de vieillard dans sa maison. 1 Samuel 2:31. Depuis le déluge, la vie est bien abrégée et raccourcie : pour les uns, le sein maternel est leur tombeau ; d’autres échangent leur berceau contre leur cercueil ; d’autres meurent à la fleur de l’âge ; chaque jour, la mort signifie son mandat à l’un ou à l’autre. Or, quand la mort nous guette continuellement en embuscade, si Dieu nous rassasie d’une longue vie, disant (comme au Psaume 91:16) : « Je le rassasierai de longs jours », il faut l’estimer une bénédiction. C’est une bénédiction quand Dieu donne un long temps pour se repentir, un long temps pour le servir, et un long temps pour jouir des douceurs de la famille. Sur qui cette bénédiction de la longue vie est-elle assurée en héritage, sinon sur les enfants obéissants ? « Honore ton père, afin que tes jours se prolongent. » Rien n’abrège plus vite la vie que la désobéissance envers les parents. Absalom fut un fils désobéissant, qui chercha à priver son père de la vie et de la couronne ; et il ne vécut pas la moitié de ses jours. Le mulet qu’il montait, las d’un tel fardeau, le laissa suspendu au chêne entre le ciel et la terre, comme indigne de fouler l’une et d’entrer dans l’autre. L’obéissance envers les parents file la vie plus longue. Et l’obéissance envers les parents n’allonge pas seulement la vie, elle l’adoucit. Vivre longtemps sans posséder un pied de terre est une misère ; mais l’obéissance envers les parents assure à l’enfant une terre en héritage. « N’as-tu que cette seule bénédiction, mon père? » dit Ésaü. Voici, Dieu a plus d’une bénédiction pour l’enfant obéissant : non seulement il aura une longue vie, mais une terre fertile ; et non seulement il aura une terre, mais une terre donnée avec amour, « le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne ». Tu auras ta terre, non seulement avec la permission de Dieu, mais avec son amour. Ce sont là autant d’arguments puissants pour amener les enfants à honorer leurs parents et à leur obéir.
Premier usage. Si nous devons honorer nos pères sur la terre, combien plus notre Père qui est dans les cieux ! « Si je suis père, où est l’honneur qui m’est dû? » Malachie 1:6. Un père n’est que l’instrument par lequel la vie est transmise, mais Dieu est la cause première de notre être. « Car c’est lui qui nous a faits, et non pas nous-mêmes. » Psaumes 100:3. L’honneur et l’adoration sont une perle qui n’appartient qu’à la couronne du ciel.
(1) Nous honorons notre Père céleste en lui obéissant. C’est ainsi que Christ honora son Père : « je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. » Jean 6:38. C’est là ce qu’il appelle honorer Dieu : « je fais toujours ce qui lui est agréable » ; « j’honore mon Père ». Jean 8:29, 49. Les mages ne se contentèrent pas de fléchir le genou devant Christ ; ils lui offrirent « de l’or et de la myrrhe ». Matthieu 2:11. De même, nous ne devons pas seulement fléchir le genou et rendre à Dieu l’adoration, mais lui apporter des présents, lui offrir une obéissance d’or.
(2) Nous honorons notre Père céleste en plaidant sa cause et en défendant sa vérité au milieu d’une génération adultère. Ce fils-là honore son père, qui se lève pour le défendre et prend son parti quand on le calomnie et l’outrage. Est-ce honorer Dieu que d’avoir honte de lui ? « plusieurs crurent en lui; mais ils n’en faisaient pas l’aveu. » Jean 12:42. Ce sont des fils bâtards, ceux qui ont honte de reconnaître leur Père céleste. Ceux qui sont nés de Dieu sont trempés de courage pour sa vérité ; ils sont comme le rocher que nulle vague ne peut briser, comme le diamant que nulle épée ne peut entamer. Saint Basile fut un champion de la vérité au temps de l’empereur Valens ; et Athanase, quand le monde était arien, se déclara pour Dieu.
(3) Nous honorons notre Père céleste en lui attribuant l’honneur de tout ce que nous faisons. « j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » 1 Corinthiens 15:10. Si un chrétien reçoit quelque secours dans le devoir, quelque force contre la corruption, il dresse une colonne et y écrit : « Jusqu’ici l’Éternel m’a secouru ». Comme Joab, après avoir combattu contre Rabba et être sur le point de la prendre, envoya chercher le roi David, afin que celui-ci emportât l’honneur de la victoire, ainsi l’enfant de Dieu, quand il remporte quelque victoire sur Satan, en rend tout l’honneur à Dieu. 2 Samuel 12:27, 28. Les hypocrites, dont la lampe est alimentée par l’huile de la vaine gloire, cherchent à s’honorer eux-mêmes quand ils rendent à Dieu quelque service éminent ; et ainsi le service même qu’ils lui rendent le déshonore.
(4) Nous honorons notre Père céleste en célébrant sa louange. « Que ma bouche soit remplie de tes louanges, Que chaque jour elle te glorifie! » Psaumes 71:8. « Louange, honneur, gloire et force à celui qui est assis sur le trône ! » Apocalypse 5:13. Bénir Dieu, c’est honorer Dieu. Cela l’élève aux yeux des autres et répand sa renommée et sa gloire dans le monde. C’est ainsi que les anges, ces choristes du ciel, honorent maintenant Dieu : ils publient sa louange à son de trompe. Dans la prière, nous agissons comme des saints ; dans la louange, comme des anges.
(5) Nous honorons notre Père céleste en souffrant le déshonneur, et même la mort, pour l’amour de lui. Paul portait en son corps « les marques de Jésus ». Galates 6:17. Comme elles étaient pour lui des marques d’honneur, elles étaient aussi des trophées d’honneur pour l’Évangile. L’honneur qui revient à Dieu ne vient pas de ce que nous lui apportons la pompe et la gloire extérieures que nous rendons aux rois ; il vient d’une autre manière : par les souffrances de son peuple, par lesquelles celui-ci fait voir au monde quel bon Dieu il sert, combien il l’aime, et comment il veut combattre sous sa bannière jusqu’à la mort.
Dieu est « digne d’honneur ». « Tu es revêtu d’éclat et de magnificence! » Psaumes 104:1. Que sont tous ses attributs, sinon des rayons glorieux qui jaillissent de ce soleil ? Il mérite plus d’honneur que les hommes et les anges ne peuvent lui en rendre. « J’invoquerai l’Éternel, qui est digne de louange. » 2 Samuel 22:4. Il est digne d’honneur. Nous conférons souvent l’honneur à ceux qui ne le méritent pas. À bien des personnes de qualité, sordides et vicieuses, nous donnons des titres d’honneur : elles ne méritent pas l’honneur ; mais Dieu est digne d’honneur. « Que l’on bénisse ton nom glorieux, qui est au-dessus de toute bénédiction et de toute louange! » Néhémie 9:5. Il est au-dessus de toutes les acclamations et de tous les triomphes des archanges. Oh ! que tout véritable enfant de Dieu honore donc son Père céleste ! Si les méchants le déshonorent par leur vie infâme, que ses propres enfants ne le déshonorent pas. Les péchés sont pires chez eux que chez les autres. On remarque moins une faute chez un étranger que chez un enfant. Une tache sur un drap noir se remarque peu, mais une tache sur l’écarlate attire tous les regards ; de même, le péché chez le méchant étonne peu, c’est une tache sur du noir ; mais le péché chez un enfant de Dieu est une tache sur l’écarlate, plus visible, et qui attire l’odieux et le déshonneur sur l’Évangile. Les péchés des propres enfants de Dieu le touchent de plus près au cœur. « L’Éternel l’a vu, et il a été irrité, Indigné contre ses fils et ses filles. » Deutéronome 32:19. Oh ! gardez-vous de rien faire qui puisse rejaillir en déshonneur sur Dieu. Voulez-vous couvrir de honte votre Père céleste ? Que Dieu n’ait pas à se plaindre des provocations de ses fils et de ses filles ; qu’il n’ait pas à s’écrier : « J’ai nourri et élevé des enfants, Mais ils se sont révoltés contre moi. » Ésaïe 1:2.
Deuxième usage. Dieu nous commande-t-il d’honorer père et mère ? Que les enfants mettent donc en pratique ce grand devoir ; qu’ils soient des commentaires vivants de ce commandement. Honorez et révérez vos parents ; ne vous contentez pas d’obéir à leurs ordres, mais soumettez-vous à leurs réprimandes. Vous ne pouvez honorer votre Père céleste si vous n’honorez pas vos parents terrestres. Refuser l’obéissance aux parents attire sur les enfants les jugements de Dieu. « L’œil qui se moque d’un père Et qui dédaigne l’obéissance envers une mère, Les corbeaux du torrent le perceront, Et les petits de l’aigle le mangeront. » Proverbes 30:17. Les deux fils désobéissants d’Éli furent tués. 1 Samuel 4:11. Dieu fit une loi portant que « le fils rebelle serait lapidé » : la même mort que celle du blasphémateur. Lévitique 24:14. « Si un homme a un fils indocile et rebelle, n’écoutant ni la voix de son père, ni la voix de sa mère ; le père et la mère le prendront, et le mèneront vers les anciens de sa ville. Et tous les hommes de sa ville le lapideront, et il mourra. » Deutéronome 21:18, 19, 21. Un père s’étant un jour plaint : « Jamais père n’eut plus mauvais fils que moi », « Si, répliqua le fils, mon grand-père. » C’était là un prodige d’impudence qui n’a guère d’égal. Manlius, devenu vieux et pauvre, avait un fils fort riche, à qui il demanda quelque nourriture ; mais le fils lui refusa tout secours, et même le renia pour père et le renvoya avec des paroles outrageantes. Le pauvre vieux père versa des larmes de douleur. Mais Dieu, pour venger cette désobéissance, frappa ce fils dénaturé d’une folie dont il ne put jamais guérir. Les enfants désobéissants se tiennent à l’endroit où volent toutes les flèches de Dieu.
Troisième usage. Que les parents se conduisent de manière à obtenir l’honneur de leurs enfants.
Comment les parents doivent-ils se conduire envers leurs enfants pour être honorés et révérés par eux ?
(1) Ayez soin de les élever dans la crainte et la discipline du Seigneur : « élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur ». Éphésiens 6:4. Vous leur avez transmis la peste du péché ; efforcez-vous donc de les faire guérir et sanctifier. Saint Augustin dit que sa mère, Monique, enfanta avec plus de douleur sa naissance spirituelle que sa naissance naturelle. La mère de Timothée l’instruisit dès son enfance. 2 Timothée 3:15. Elle ne lui donna pas seulement le lait de son sein, mais « le lait spirituel et pur » de la parole. Pénétrez de bonne heure vos enfants de bons principes, afin qu’avec Abdias ils craignent l’Éternel dès leur jeunesse. 1 Rois 18:12. Quand les parents n’instruisent pas leurs enfants, ceux-ci deviennent rarement des bénédictions. Dieu punit souvent la négligence des parents par l’ingratitude de leurs enfants. Il ne suffit pas que votre enfant soit consacré à Dieu au baptême ; il faut encore qu’il soit élevé pour lui. Les enfants sont de jeunes plants qu’il vous faut arroser continuellement de bonnes instructions. « Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre; Et quand il sera vieux, il ne s’en détournera pas. » Proverbes 22:6. Plus vos enfants craindront Dieu, plus ils vous honoreront.
(2) Si vous voulez que vos enfants vous honorent, maintenez votre autorité de parents : soyez bons, mais ne les gâtez pas. Si vous leur lâchez trop la bride, ils vous condamneront au lieu de vous honorer. Il ne faut pas épargner la verge de la discipline. « En le frappant de la verge, Tu délivres son âme du séjour des morts. » Proverbes 23:14. Un enfant à qui l’on passe tout, et que l’on flatte dans sa méchanceté, sera une épine dans l’œil de ses parents. David gâta Adonija : « Son père ne lui avait de sa vie fait un reproche, en lui disant: Pourquoi agis-tu ainsi? » 1 Rois 1:6, 7, 9. Il devint ensuite un crève-cœur pour son père, et fut infidèle à la couronne. Maintenez votre autorité, et vous maintiendrez votre honneur.
(3) Pourvoyez à ce qui convient à vos enfants, tant dans leur minorité que lorsqu’ils parviennent à l’âge mûr. « Ce n’est pas, en effet, aux enfants à amasser pour leurs parents, mais aux parents pour leurs enfants. » 2 Corinthiens 12:14. Ils sont votre propre chair, et, comme dit l’apôtre, « jamais personne n’a haï sa propre chair ». Éphésiens 5:29. La libéralité des parents produira la piété filiale chez l’enfant. Si vous versez de l’eau dans une pompe, la pompe vous rendra l’eau librement ; de même, si les parents versent à leurs enfants quelque chose de leurs biens, les enfants dignes de ce nom leur rendront en retour l’obéissance.
(4) Quand vos enfants sont grands, mettez-les à quelque vocation légitime où ils puissent servir leur génération. Il est bon de consulter le génie naturel et l’inclination de l’enfant, car les vocations forcées réussissent quelquefois aussi mal que les mariages forcés. Laisser un enfant sans vocation, c’est l’exposer à la tentation. Mélanchthon dit : Odium balneum diaboli [L’oisiveté est le lieu de plaisance du diable]. Un enfant sans vocation est comme une terre en friche ; et qu’en attendre, sinon les mauvaises herbes de la désobéissance ?
(5) Agissez avec amour envers vos enfants. Que dans tous vos conseils et tous vos ordres ils lisent l’amour. L’amour commandera l’honneur ; et comment un père pourrait-il ne pas aimer l’enfant qui est son vivant portrait, que dis-je, une partie de lui-même ? L’enfant est le père en seconde édition.
(6) Agissez avec prudence envers vos enfants. C’est un grand point de prudence, chez un père, de ne pas irriter ses enfants. « Pères, n’irritez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. » Colossiens 3:21.
Comment un père peut-il irriter ses enfants ?
(1) En leur donnant des noms injurieux. « Fils pervers et rebelle », dit Saül à son fils Jonathan. 1 Samuel 20:30. Certains parents usent envers leurs enfants d’imprécations et de malédictions, qui les irritent. Voulez-vous que Dieu bénisse vos enfants, et vous les maudissez ?
(2) Les parents irritent leurs enfants quand ils les frappent sans motif, ou quand la correction dépasse la faute. C’est être un tyran plutôt qu’un père. Saül lança un javelot contre son fils pour le frapper, et son fils fut irrité : Jonathan « se leva de table dans une ardente colère ». 1 Samuel 20:33, 34. In filium pater obtinet non tyrannicum imperium, set basilicum [Un père exerce sur son fils un pouvoir royal, et non celui d’un tyran]. Davenant.
(3) Quand les parents refusent à leurs enfants ce qui leur est absolument nécessaire. Certains ont ainsi irrité leurs enfants : ils les ont rationnés et tenus si court qu’ils les ont poussés à des voies détournées et leur ont fait étendre la main vers l’iniquité.
(4) Quand les parents agissent avec partialité envers leurs enfants, témoignant plus de bonté à l’un qu’à l’autre. Même si un père a plus d’amour pour un enfant, la discrétion devrait le porter à ne pas témoigner plus d’amour à l’un qu’à l’autre. Jacob témoigna plus d’amour à Joseph qu’à tous ses autres enfants, ce qui excita l’envie de ses frères. « Israël aimait Joseph plus que tous ses autres fils. Ses frères virent que leur père l’aimait plus qu’eux tous, et ils le prirent en haine. Ils ne pouvaient lui parler avec amitié. » Genèse 37:3, 4.
(5) Quand un père fait quelque chose de vil et d’indigne, qui jette le déshonneur sur lui et sur sa famille, comme de frauder ou de faire un faux serment, cela irrite l’enfant. Comme l’enfant doit honorer son père, le père ne doit pas déshonorer l’enfant.
(6) Quand les parents imposent à leurs enfants des ordres qu’ils ne peuvent exécuter sans blesser leur conscience. Saül ordonna à son fils Jonathan de lui amener David : « envoie-le chercher, et qu’on me l’amène, car il est digne de mort ». 1 Samuel 20:31. Jonathan ne pouvait le faire en bonne conscience ; aussi fut-il irrité : Jonathan « se leva de table dans une ardente colère ». 1 Samuel 20:34. La raison pour laquelle les parents doivent montrer leur prudence en n’irritant pas leurs enfants est celle-ci : « de peur qu’ils ne se découragent ». Colossiens 3:21. Ce mot « se découragent » implique trois choses. Le chagrin : l’enfant prend tellement à cœur les provocations de son père qu’il en meurt avant le temps. L’abattement : la sévérité des parents ôte à l’enfant tout courage et le rend impropre au service, comme les membres engourdis du corps, qui sont impropres au travail. L’obstination et la rébellion : l’enfant, irrité par la conduite cruelle et dénaturée de ses parents, devient désespéré, et s’étudie souvent à irriter et à tourmenter ses parents ; ce qui, bien que ce soit un mal chez l’enfant, rend pourtant les parents complices, puisqu’ils en sont l’occasion.
(7) Si vous voulez être honorés de vos enfants, priez beaucoup pour eux. Ne vous contentez pas d’amasser pour eux un patrimoine ; amassez pour eux un trésor de prières. Monique pria beaucoup pour son fils Augustin, et on lui dit qu’il était impossible que le fils de tant de prières et de tant de larmes pérît. Priez pour que vos enfants soient préservés de la contagion du siècle ; priez pour que, comme vos enfants portent votre image sur leur visage, ils portent l’image de Dieu dans leur cœur ; priez pour qu’ils soient des instruments et des vases de gloire. L’un des fruits de la prière pourra être que l’enfant honore un père qui prie.
(8) Encouragez ce que vous voyez de bon et de louable chez vos enfants. Virtus laudata crescit [La vertu louée grandit]. Louer ce qu’il y a de bon chez vos enfants les rend plus épris des actions vertueuses ; c’est comme l’arrosage des plantes, qui les fait croître davantage. Certains parents découragent le bien qu’ils voient chez leurs enfants, et étouffent ainsi la vertu dans le bouton, et contribuent à damner l’âme de leurs enfants. Ils ont pour salaire les malédictions de leurs enfants.
(9) Si vous voulez être honorés de vos enfants, donnez-leur le bon exemple. Ce qui fait mépriser les parents par leurs enfants, c’est quand les parents vivent en contradiction avec leurs propres préceptes ; quand ils recommandent à leurs enfants la sobriété et s’enivrent eux-mêmes, ou qu’ils les exhortent à craindre Dieu et mènent eux-mêmes une vie relâchée. Oh ! si vous voulez que vos enfants vous honorent, enseignez-les par un saint exemple. Un père est un miroir devant lequel l’enfant se pare souvent ; que le miroir soit clair et sans taches. Les parents doivent observer une grande bienséance dans toute leur conduite, de peur de donner à leurs enfants l’occasion de leur dire, comme le serviteur de Platon : « Mon maître a écrit un livre contre la colère irréfléchie, et lui-même est emporté » ; ou, comme un fils le dit un jour à son père : « Si j’ai fait le mal, c’est de vous que je l’ai appris. »
Chapitre 9 terminé
2.5 Le cinquième commandement