Chapitre 10 · 43 min de lecture · 56 min d’écoute
2.6 Le sixième commandement
« Tu ne tueras point. » Exode 20:13.
Dans ce commandement, il y a un péché défendu, qui est le meurtre : « Tu ne tueras point » ; et un devoir sous-entendu, qui est de préserver notre propre vie et celle des autres.
Le péché défendu est le meurtre : « Tu ne tueras point. » Il faut entendre ici deux choses : ne pas nuire à autrui, ni à nous-mêmes.
I. Ne pas nuire à autrui.
[1] Nous ne devons pas nuire à autrui dans sa réputation. « Une bonne réputation est un baume précieux. » C’est une grande cruauté que d’assassiner un homme dans sa réputation. Nous nuisons aux autres dans leur réputation lorsque nous les calomnions et les diffamons. David se plaint : « Ils m’interrogent sur ce que j’ignore. » Psaumes 35:11. Les premiers chrétiens furent accusés d’inceste et du meurtre de leurs enfants, comme le dit Tertullien : Dicimur infanaticidii incestus rei [On nous accuse d’infanticide et l’on nous taxe d’inceste]. C’est là décapiter les autres dans leur bonne réputation ; c’est un tort irréparable. Aucun médecin ne peut guérir les blessures de la langue.
[2] Nous ne devons pas nuire à autrui dans son corps. La vie est ce qu’il y a de plus précieux ; et Dieu a placé ce commandement autour d’elle comme une clôture, pour la préserver. Il a fait une ordonnance qui, jusqu’à ce jour, n’a jamais été abrogée : « Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. » Genèse 9:6. Sous l’ancienne loi, si un homme en tuait un autre sans le vouloir, il pouvait trouver refuge au sanctuaire ; mais s’il l’avait tué de propos délibéré, eût-il fui au sanctuaire, la sainteté du lieu ne l’aurait pas protégé. « si quelqu’un agit méchamment contre son prochain, en employant la ruse pour le tuer, tu l’arracheras même de mon autel, pour le faire mourir. » Exode 21:14. Dans le commandement « Tu ne tueras point », sont défendus tous les péchés qui conduisent au meurtre et qui en sont les occasions ; ainsi :
(1) La colère irréfléchie. La colère bouillonne dans les veines et produit souvent le meurtre. « dans leur colère, ils ont tué des hommes. » Genèse 49:6.
(2) L’envie. Satan envia à nos premiers parents la robe d’innocence et la gloire du paradis, et il n’eut point de repos qu’il ne leur eût procuré la mort. Les frères de Joseph, parce que leur père l’aimait et lui avait donné « une tunique de plusieurs couleurs », lui portèrent envie et tinrent conseil pour le tuer. Genèse 37:20. L’envie et le meurtre sont proches parents ; c’est pourquoi l’apôtre les met ensemble : « les envies, les meurtres. » Galates 5:21. L’envie est un péché qui brise les deux tables à la fois : elle commence par le mécontentement contre Dieu et finit par le tort fait à l’homme, comme on le voit en Caïn. Genèse 4:6, 8. L’envieux Caïn fut d’abord mécontent de Dieu, par quoi il brisa la première table ; puis il se brouilla avec son frère et le tua, et ainsi il brisa la seconde table. La colère est parfois « vite passée », comme un feu allumé dans la paille, qui s’éteint aussitôt ; mais l’envie est profondément enracinée, et elle n’apaisera pas sa soif sans le sang. « qui résistera devant la jalousie? » Proverbes 27:4.
(3) La haine. Les pharisiens haïssaient Christ parce qu’il les surpassait en dons et qu’il avait plus d’honneur qu’eux parmi le peuple. Ils ne le lâchèrent point qu’ils ne l’eussent cloué à la croix et ne lui eussent ôté la vie. La haine est une vermine qui vit de sang. « Parce que tu avais une haine éternelle, Parce que tu as précipité par le glaive les enfants d’Israël. » Ézéchiel 35:5. Haman haïssait Mardochée parce qu’il refusait de s’incliner devant lui, et aussitôt il chercha à se venger en faisant sceller un ordre sanglant pour la destruction de toute la race et de toute la postérité des Juifs. Esther 3:9. La haine est toujours cruelle. Tous ces péchés sont défendus dans ce commandement.
De combien de manières commet-on le meurtre ?
On peut dire que nous tuons autrui de douze manières. (1) De la main ; comme Joab tua Abner et Amasa. « Joab l’en frappa au ventre et répandit ses entrailles à terre. » 2 Samuel 20:10. (2) Par la pensée. La malice est un meurtre mental. « Quiconque hait son frère est un meurtrier. » 1 Jean 3:15. Vouloir du mal à autrui et lui souhaiter du mal dans son cœur, c’est le tuer. (3) Par la langue, en parlant au préjudice d’autrui et en le faisant mettre à mort. Ainsi les Juifs tuèrent le Prince de la vie, lorsqu’ils se déchaînèrent contre lui et l’accusèrent faussement devant Pilate. Jean 18:30. (4) Par la plume. Ainsi David tua Urie en écrivant à Joab de placer « Urie au plus fort du combat ». 2 Samuel 11:15. Bien que ce fût l’épée des Ammonites qui retrancha Urie, la plume de David fut pourtant la cause de sa mort ; c’est pourquoi l’Éternel dit à David par le prophète Nathan : « Tu as frappé de l’épée Urie, le Héthien. » 2 Samuel 12:9. (5) En tramant la mort d’autrui. Ainsi, bien que Jézabel n’eût pas porté elle-même la main sur Naboth, parce qu’elle avait machiné sa mort, et suscité deux faux témoins pour jurer contre lui et le faire tomber sous le coup de la trahison, ce fut elle la meurtrière. 1 Rois 21:9, 10. (6) En mettant du poison dans les coupes. Ainsi la femme de l’empereur Commode tua son mari en empoisonnant le vin qu’il buvait. De même, beaucoup tuent de petits enfants par des remèdes qui causent leur mort. (7) Par la sorcellerie et la magie, qui étaient défendues sous la loi. « Qu’on ne trouve chez toi personne qui […] exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits. » Deutéronome 18:10, 11. (8) En ayant l’intention de tuer autrui ; comme Hérode, sous prétexte d’adorer Christ, voulait le faire mourir. Matthieu 2:8, 13. De même, quand Saül fit marcher David contre les Philistins, il avait en vue que le Philistin le tuât. « Saül se disait: Je ne veux pas mettre la main sur lui, mais que la main des Philistins soit sur lui. » 1 Samuel 18:17. C’était là un meurtre d’intention, et il était, au compte de Dieu, aussi grave qu’un meurtre effectif. (9) En consentant à la mort d’autrui ; comme Saul consentit à la mort d’Étienne. « j’étais moi-même présent, joignant mon approbation à celle des autres. » Actes 22:20. Celui qui donne son consentement est complice du meurtre. (10) En n’empêchant pas la mort d’autrui quand nous en avons le pouvoir. Pilate savait que Christ était innocent : « Je ne trouve aucun crime en lui », disait-il ; mais il n’empêcha pas sa mort ; c’est pourquoi il fut coupable. Se laver les mains dans l’eau ne put laver la culpabilité du sang de Christ. (11) Par la dureté de cœur. En ôtant ce qui est nécessaire à l’entretien de la vie ; comme d’ôter à un homme les outils ou les ustensiles par lesquels il gagne sa vie. « On ne prendra point pour gage les deux meules, ni la meule de dessus; car ce serait prendre pour gage la vie même. » Deutéronome 24:6. Ou bien en ne le secourant pas quand il est près de périr. Vous pouvez causer la mort d’autrui aussi bien en ne le soulageant pas qu’en lui faisant violence. Si tu ne nourris pas celui qui meurt de faim, tu le tues. Combien sont ainsi coupables de la violation de ce commandement ! (12) En n’appliquant pas la loi aux auteurs de crimes capitaux. Si un criminel a commis six meurtres, on peut dire que le juge est coupable de cinq d’entre eux, parce qu’il n’a pas fait exécuter ce criminel dès son premier forfait.
Quelles sont les circonstances aggravantes de ce péché de meurtre ?
(1) Verser le sang d’autrui sans cause ; comme de tuer quelqu’un par caprice ou par jeu. Une abeille ne pique pas si on ne la provoque pas ; mais beaucoup, sans être provoqués, ôteront la vie à autrui. Cela rend le péché de sang plus sanglant encore. Moins on est provoqué à un péché, plus le péché est grand.
(2) Verser le sang d’autrui contre sa promesse. Ainsi, après que les princes d’Israël eurent juré aux Gabaonites qu’ils auraient la vie sauve, Saül les fit périr. Josué 9:15 ; 2 Samuel 21:1. Il y avait là deux péchés liés ensemble : le parjure et le meurtre.
(3) Ôter la vie à une personne publique aggrave le meurtre et le rend plus grand ; comme de tuer un juge sur son siège, parce qu’il représente la personne du roi. Assassiner une personne dont la charge est sacrée et qui vient en ambassade de la part du Roi du ciel, dont le meurtre peut être le meurtre de beaucoup d’autres ! Hérode ajouta encore à toutes les autres celle d’enfermer Jean dans la prison ; combien plus en le faisant décapiter dans sa prison ! Luc 3:20. Souiller ses mains du sang royal ! Le cœur de David le frappa pour avoir seulement coupé le pan du manteau du roi Saül. 1 Samuel 24:6. Comme le cœur de David l’aurait frappé s’il avait coupé la tête de Saül !
(4) Verser le sang d’un proche parent aggrave le meurtre et le teint d’un cramoisi plus profond. Qu’un fils tue son père, c’est une horreur. Les parricides sont des monstres dans la nature. Qui occidit patrem, plurima committit peccata in uno. Cicéron. « Celui qui ôte la vie à son père commet beaucoup de péchés en un seul » ; il n’est pas seulement coupable de meurtre, mais de désobéissance, d’ingratitude et d’une cruauté diabolique. « Celui qui frappera son père ou sa mère sera puni de mort. » Exode 21:15. De combien de morts n’est donc pas digne celui qui fait périr son père ou sa mère ! Tel fut ce monstre de Néron, qui fit tuer sa mère Agrippine.
(5) Verser le sang de quelque personne juste aggrave le péché. Par là, la justice est pervertie. Une telle personne, étant innocente, ne mérite pas la mort. Un saint, étant une bénédiction publique, se tient sur la brèche pour détourner la colère ; de sorte que le faire périr, c’est abattre les colonnes d’une nation. Il est précieux à Dieu. Psaumes 116:15. Il est membre du corps de Christ ; c’est pourquoi le tort qu’on lui fait est fait à Dieu lui-même. Actes 9:4.
Cependant, bien que ce commandement défende aux particuliers de verser le sang d’autrui, sinon pour leur propre défense, ceux qui sont en charge doivent punir les malfaiteurs publics, et même de mort. Mettre à mort un malfaiteur n’est pas un meurtre, mais justice. Un particulier pèche s’il tire l’épée ; une personne publique pèche si elle remet l’épée au fourreau. Un magistrat ne doit pas laisser l’épée de la justice se rouiller dans le fourreau. De même qu’il ne doit pas la rendre trop tranchante par la sévérité, ainsi il ne doit pas en émousser le tranchant par trop de légèreté.
Ce commandement n’interdit pas non plus une guerre juste. Quand les péchés des hommes sont mûrs, et qu’une longue abondance a engendré la satiété, Dieu dit : « Que l’épée parcoure le pays! » Ézéchiel 14:17. Il encouragea la guerre des tribus d’Israël contre Benjamin. Quand l’iniquité des Amoréens fut à son comble, il envoya Israël leur faire la guerre. Juges 11:21.
Premier usage. Ce doit être pour nous un sujet de lamentation que ce pays soit souillé de sang. Nombres 35:33. Combien ce péché est commun en ce siècle si plein de jactance ! Les péchés de l’Angleterre sont écrits en lettres de sang. Certains ne font pas plus de cas de tuer des hommes que des moutons. « Jusque sur les pans de ton habit se trouve Le sang de pauvres innocents. » Jérémie 2:34. Junius lit in alis ; et ainsi porte l’hébreu : « sur tes ailes » se trouve le sang des innocents. Cela fait allusion aux oiseaux de proie, qui tachent leurs ailes du sang des autres oiseaux. L’Éternel ne peut-il pas à juste titre entrer en procès avec les habitants du pays, parce qu’« on commet meurtre sur meurtre » ? Osée 4:2. Il y a des meurtres en masse. Et ce qui doit accroître notre lamentation, c’est que parmi nous on ne verse pas seulement le sang de l’homme, mais le sang de Christ. Il est dit des pécheurs profanes et infâmes qu’ils « crucifient de nouveau le Fils de Dieu ». Hébreux 6:6. (1) Ils jurent par son sang, et ainsi, pour ainsi dire, font saigner de nouveau ses blessures. (2) Ils crucifient Christ dans ses membres. « pourquoi me persécutes-tu? » Actes 9:4. Quand on marche sur le pied, la tête crie. (3) S’il était en leur pouvoir, et si Christ vivait sur la terre, ils le cloueraient de nouveau à la croix. C’est ainsi que les hommes crucifient Christ de nouveau ; et si le sang de l’homme crie si fort, combien plus fort le sang de Christ criera-t-il contre les pécheurs ?
Deuxième usage. Gardez-vous d’avoir les mains trempées dans le sang d’autrui.
Mais un tel m’a fait tort, par la diffamation ou autrement ; et si je verse son sang, je ne ferai que venger ma propre querelle !
S’il vous a fait tort, la loi vous est ouverte ; mais gardez-vous de verser le sang. Quoi ! Parce qu’il vous a fait tort, ferez-vous donc tort à Dieu ? N’est-ce pas faire tort à Dieu que de lui ôter son œuvre des mains ? Il a dit : « A moi la vengeance, à moi la rétribution. » Romains 12:19. Vous voudriez entreprendre de vous venger vous-même ; vous voudriez être à vous seul plaignant, juge et bourreau. C’est là un grand tort fait à Dieu, et il ne vous tiendra pas pour innocent.
Pour détourner tout le monde de souiller ses mains de sang, considérez quel péché est le meurtre. C’est (1) un péché qui outrage Dieu. C’est une violation de son commandement, et fouler aux pieds son édit royal. C’est un tort fait à l’image de Dieu : « car Dieu a fait l’homme à son image. » Genèse 9:6. C’est déchirer le portrait de Dieu, et briser en morceaux le grand sceau du Roi du ciel. L’homme est le temple de Dieu. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit ? » 1 Corinthiens 6:19. Le meurtrier détruit le temple de Dieu ; et Dieu souffrira-t-il d’être ainsi bravé par une orgueilleuse poussière ?
(2) C’est un péché qui crie. Clamitat in coelum vox sanguinis [La voix du sang crie jusqu’au ciel]. Il y a dans l’Écriture trois péchés dont il est dit qu’ils crient : l’oppression, Psaumes 12:6 ; la sodomie, Genèse 18:21 ; l’effusion du sang. Celui-ci crie si fort qu’il couvre tous les autres cris. « La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. » Genèse 4:10. Le sang d’Abel avait autant de langues que de gouttes pour crier vengeance à haute voix. Ce péché de sang pesait lourdement sur la conscience de David ; bien qu’il eût péché par l’adultère, ce contre quoi il criait le plus, c’était ce péché cramoisi du sang. « Délivre-moi du sang versé, O Dieu ! » Psaumes 51:16. Bien que le Seigneur punisse tout péché, c’est d’une manière toute spéciale qu’« il venge le sang ». Psaumes 9:13. Si une bête tuait un homme, elle devait être lapidée, et sa chair ne devait pas être mangée. Exode 21:28. Si Dieu voulait qu’on lapidât une bête qui avait tué un homme, elle qui n’avait pas l’usage de la raison pour la retenir, combien plus sera-t-il irrité contre ceux qui, contre la raison et contre la conscience, ôtent la vie à un homme !
(3) Le meurtre est un péché diabolique. Il fait d’un homme le premier-né du diable, car il a été meurtrier dès le commencement. Jean 8:44. En disant à nos premiers parents : « Vous ne mourrez point », il fit entrer la mort dans le monde.
(4) C’est un péché maudit. S’il y a une malédiction pour celui qui frappe son prochain en secret, celui qui le tue est doublement maudit. Deutéronome 27:24. Le premier homme qui naquit fut un meurtrier. « Maintenant, tu seras maudit de la terre. » Genèse 4:11. Il fut un excommunié, banni du lieu du culte public de Dieu. Dieu mit un signe sur Caïn le sanguinaire. Genèse 4:15. Certains pensent que ce signe était l’horreur de l’âme, qui accompagne le péché de sang plus que tout autre péché. D’autres pensent que c’était un frisson et un tremblement continuels de sa chair. Il portait partout une malédiction avec lui.
(5) C’est un péché qui attire la colère. 2 Rois 24:4.
Il attire des jugements temporels. Phocas, pour s’emparer de l’empire, fit mettre à mort tous les fils de l’empereur Maurice, puis tua l’empereur lui-même ; mais il fut poursuivi par Priscus, son gendre, qui lui coupa les oreilles et les pieds, et ensuite le tua. Charles IX, qui fit massacrer tant de chrétiens à Paris, mourut du sang qui lui sortait de plusieurs parties du corps. Alboïn tua un homme et fit de son crâne une coupe pour y boire. Peu après, sa propre femme le fit assassiner dans son lit. La vengeance, comme un limier, poursuit le meurtrier. « Les hommes de sang […] N’atteindront pas la moitié de leurs jours. » Psaumes 55:24. Il attire des jugements éternels. Il lie les hommes à l’enfer. Les papistes ne font aucun cas des massacres, parce que leur religion est une religion sanglante ; ils accordent une dispense pour le meurtre, si c’est pour propager la cause catholique. Si un cardinal met son chapeau rouge sur la tête d’un meurtrier qu’on mène au supplice, il le sauve de la mort. Que tous les meurtriers impénitents lisent leur sentence dans Apocalypse 21:8 : « les meurtriers […] leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. » Nous lisons qu’il y eut « du feu mêlé de sang ». Apocalypse 8:7. Ceux qui ont les mains pleines de sang doivent subir la colère de Dieu. Voici du feu mêlé de sang, et ce feu est inextinguible. Marc 9:44. Le temps ne le finira pas, les larmes ne l’éteindront pas.
[3] Nous ne devons pas nuire à autrui dans son âme. C’est le plus grand meurtre de tous, parce qu’il y a davantage de l’image de Dieu dans l’âme que dans le corps. Bien que l’âme ne puisse être anéantie, on dit qu’elle est assassinée lorsqu’elle est privée de son bonheur et qu’elle est à jamais dans les tourments. Combien sont des meurtriers d’âmes !
(1) Ceux qui corrompent les autres par leur mauvais exemple. Le monde est mené par l’exemple, surtout par l’exemple des grands, qui est très pernicieux. Nous sommes enclins à faire ce que nous voyons faire à ceux qui nous précèdent, surtout à ceux qui sont au-dessus de nous. Ceux qui sont placés en haute autorité sont comme la colonne de nuée : là où elle allait, Israël allait. Quand les grands se mettent en marche, les autres les suivent, fût-ce en enfer. Les mauvais magistrats, comme la queue du dragon, entraînent « le tiers des étoiles » après eux.
(2) Ceux qui entraînent les autres au péché. La prostituée, en frisant ses cheveux, en roulant des yeux, en découvrant sa poitrine, fait tout ce qui est en elle pour être à la fois une tentatrice et une meurtrière. Telle fut Messaline, femme de l’empereur Claude. « Je remarquai parmi les jeunes gens un garçon […] il fut abordé par une femme Ayant la mise d’une prostituée […] Elle le saisit et l’embrassa. » Proverbes 7:10, 13. Mieux valent les réprimandes d’un ami que les baisers d’une prostituée.
(3) Les ministres sont des meurtriers, qui affament, ou empoisonnent, ou infectent les âmes. [1] Ceux qui affament les âmes. « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde. » 1 Pierre 5:2. Ceux-là se paissent eux-mêmes et affament le troupeau : soit, faute de résider, ils ne prêchent pas ; soit, faute de capacité, ils ne le peuvent pas. Il y en a beaucoup dans le ministère qui sont si ignorants qu’ils auraient besoin qu’on leur enseigne « les premiers rudiments des oracles de Dieu ». Hébreux 5:12. Était-il digne, pensez-vous, d’être prédicateur en Israël, celui qui, interrogé sur quelque chose touchant le Décalogue, répondit qu’il n’avait jamais vu un tel livre ? [2] Ceux qui empoisonnent les âmes. Tels sont les ministres hétérodoxes, qui empoisonnent le peuple par l’erreur. Le basilic empoisonne les herbes et les fleurs en soufflant sur elles ; ainsi le souffle des ministres hérétiques empoisonne les âmes. Le socinien, qui voudrait dérober à Christ sa divinité ; l’arminien, qui, en exaltant le pouvoir de la volonté, voudrait ôter la couronne de la tête de la libre grâce ; l’antinomien, qui nie l’usage de la loi morale pour le croyant, comme si elle était surannée et périmée : ils empoisonnent les âmes des hommes. L’erreur est aussi damnable que le vice. « il y aura de même parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui les a rachetés… » 2 Pierre 2:1. [3] Ceux qui infectent les âmes par leur vie scandaleuse. « Que les sacrificateurs, qui s’approchent de l’Éternel, se sanctifient aussi. » Exode 19:22. Les ministres qui, par leur charge, sont plus près de Dieu, devraient être plus saints que les autres. Plus les éléments sont élevés, plus ils sont purs : l’air est plus pur que l’eau, le feu est plus pur que l’air. Plus les hommes sont élevés en charge, plus ils devraient être saints. Jean-Baptiste était une lampe brillante. Mais il y en a beaucoup qui infectent leur peuple par leur mauvaise vie ; ils prêchent une chose et en vivent une autre. Qui Curios simulant et bacchanalia vivunt [Ils affichent la vertu, mais vivent dans la débauche]. Comme les fils d’Éli, ils sont vêtus de lin blanc, mais ont des péchés écarlates. On dit que le Prêtre Jean, seigneur de l’Afrique, faisait porter devant lui une coupe d’or pleine d’ordure : emblème bien approprié de ces ministres qui ont une charge d’or, mais sont sales et souillés dans leur vie. Ce sont des meurtriers, et le sang des âmes criera contre eux au dernier jour.
(4) Ceux qui perdent les autres en les attirant dans la mauvaise compagnie, et en font ainsi des prosélytes du diable. Vitia in proximum quamque transiliunt [Nos vices sautent sur notre plus proche voisin]. Sénèque. Un homme ne peut vivre sous le climat de l’Éthiopie sans être hâlé par le soleil ; il ne peut non plus fréquenter la mauvaise compagnie sans prendre part à son mal. Un ivrogne en fait un autre ; comme le dit le prophète en un autre sens : « Je mis devant eux des coupes pleines de vin, et des calices, et je leur dis: Buvez du vin! » ; ainsi les méchants mettent des coupes de vin devant les autres et les font boire jusqu’à ce que la raison soit hébétée et la convoitise enflammée. Jérémie 35:5. Ceux-là sont coupables de la violation de ce commandement. Quel triste sort pour ceux qui auront à répondre non seulement de leurs propres péchés, mais du sang des autres ! Voilà pour la première chose défendue dans le commandement : nuire à autrui.
II. LA seconde chose défendue dans ce commandement, c’est de nous nuire à nous-mêmes. « Tu ne tueras point » : tu ne te feras aucun mal à toi-même.
Tu ne nuiras pas à ton propre corps. On peut être coupable du meurtre de soi-même, soit 1. indirectement ou par occasion, soit 2. directement et absolument.
[1] Indirectement et par occasion ; ainsi :
(1) Quand un homme se jette dans un danger qu’il pourrait éviter. Si une compagnie d’archers était en train de tirer, et que quelqu’un allât se placer là où volent les flèches, de sorte qu’une flèche le tuât, il serait complice de sa propre mort. Dans la loi, Dieu voulait qu’on enfermât le lépreux, pour préserver les autres de la contagion. Lévitique 13:4. Si quelqu’un était assez présomptueux pour aller vers un lépreux et contracter la plaie de la lèpre, il n’aurait à s’en prendre qu’à lui-même de sa mort. (2) Une personne peut, en un certain sens, être coupable de sa propre mort en négligeant l’usage des moyens de préserver sa vie. S’il est malade et n’use d’aucun remède ; s’il a reçu une blessure et ne veut y appliquer aucun soin, il hâte sa propre mort. Dieu ordonna à Ézéchias d’appliquer « une masse de figues » sur l’ulcère. Ésaïe 38:21. S’il ne l’avait pas fait, il aurait été la cause de sa propre mort. (3) Par un chagrin démesuré. « la tristesse du monde produit la mort. » 2 Corinthiens 7:10. Quand Dieu enlève une relation chère, et que quelqu’un se laisse engloutir par la tristesse, il met sa vie en danger. Combien se pleurent jusque dans la tombe ! La reine Marie s’affligea si excessivement de la perte de Calais qu’elle en eut le cœur brisé. (4) Par l’intempérance ou l’excès dans le manger. Les excès de table abrègent la vie. Plures periere crapula, quam gladio [La boisson en fait périr plus que l’épée]. Beaucoup creusent leur tombe avec leurs dents. Trop d’huile étouffe la lampe. La coupe tue plus que le canon. L’excès de boisson cause une mort prématurée.
[2] On peut être coupable du meurtre de soi-même directement et absolument.
(1) Par l’envie. L’envie est tristitia de bonis alienis, « un secret dépit du bien-être d’autrui ». Invidus alterius rebus macrescit opimis. « L’envieux est plus affligé de la prospérité d’autrui que de sa propre adversité. » Il ne rit jamais que lorsqu’un autre pleure. L’envie est un meurtre de soi-même, un chancre qui ronge. Cyprien l’appelle vulnus occultum, « une blessure secrète » ; c’est à soi-même qu’elle fait le plus de mal. L’envie corrode le cœur, dessèche le sang, pourrit les os. L’envie est « la carie des os ». Proverbes 14:30. Elle est au corps ce que la teigne est à l’étoffe : elle la ronge et en consume la beauté. L’envie boit son propre venin. La vipère qui s’élança sur la main de Paul pensait faire du mal à Paul, mais tomba elle-même dans le feu. Actes 28:3. Ainsi, tandis que l’envieux pense nuire à un autre, il se détruit lui-même.
(2) En portant sur soi des mains violentes, et ainsi l’on commet le felo de se ; comme Saül, qui se jeta sur sa propre épée et se tua. C’est le genre de meurtre le plus dénaturé et le plus barbare, qu’un homme se massacre lui-même et trempe ses mains dans son propre sang. L’homme n’a rien de plus proche que lui-même ; c’est pourquoi ce péché du meurtre de soi-même viole à la fois la loi de Dieu et les liens de la nature. Le Seigneur a placé l’âme dans le corps comme dans une prison ; et c’est un péché que de forcer cette prison avant que Dieu en ouvre la porte. Ceux qui se tuent eux-mêmes sont pires que les bêtes brutes, qui se déchirent et s’éventrent l’une l’autre, mais ne se détruisent pas elles-mêmes. Le meurtre de soi-même est ordinairement occasionné par le mécontentement et par une sombre mélancolie. L’oiseau qui se débat dans sa cage, prêt à se tuer, est un vrai emblème d’un esprit mécontent.
D’où vient ce mécontentement ?
Ce mécontentement naît — (1) De l’orgueil. Un homme gonflé d’une haute opinion de lui-même, et qui pense mériter mieux que les autres, quand une grande calamité vient à fondre sur lui, est mécontent, et dans un soudain emportement il se donne la mort. Achitophel avait de hautes pensées de lui-même ; ses paroles étaient estimées des oracles, et il ne put supporter de voir son sage conseil rejeté. « Il donna ses ordres à sa maison, et il s’étrangla. » 2 Samuel 17:23. (2) De la pauvreté. La pauvreté est une rude tentation. « Ne me donne ni pauvreté. » Proverbes 30:8. Beaucoup se sont réduits à la pauvreté par leur péché ; et quand un grand bien s’est évaporé jusqu’à n’être plus rien, ils sont mécontents, et pensent qu’il vaut mieux mourir promptement que languir dans la misère ; et le diable a tôt fait de les aider à se défaire d’eux-mêmes. (3) De la convoitise. L’avarice est une ivresse sèche, une sangsue qui n’est jamais rassasiée. L’avare est comme le béhémoth : « Voici, il boit un fleuve », et pourtant sa soif n’est pas apaisée. Job 40:18. L’avare amasse du blé ; et s’il apprend que le prix du blé commence à baisser, il se trouble, et il n’y a d’autre remède à son mécontentement que la corde. (4) De l’horreur de l’âme. Un homme a commis un grand péché, il a avalé quelques pilules de tentation que le diable lui a données ; ces pilules commencent à agir dans sa conscience, et l’horreur devient si grande qu’il choisit d’être étranglé. Judas, ayant livré le sang innocent, fut dans une telle agonie de conscience qu’il se pendit ; comme si, pour éviter la piqûre d’un moucheron, on se laissait mordre par un serpent. Je ne vois aucun fondement d’espérance pour ceux qui se donnent la mort ; car ils meurent dans l’acte même du péché, et ne peuvent avoir le temps de se repentir.
Nuire à notre propre âme est défendu dans ce commandement : « Tu ne tueras point. » Beaucoup qui sont exempts des autres meurtres sont coupables ici. Ils assassinent leur propre âme. Ils se damnent volontairement et se précipitent en enfer.
Qui sont ceux qui assassinent leur propre âme ?
(1) Ceux-là assassinent volontairement leur âme qui n’ont aucun sentiment de Dieu ni du monde à venir, et qui ont perdu tout sentiment. Éphésiens 4:19. Parlez-leur de la sainteté et de la justice de Dieu, ils n’en sont nullement touchés. « Ils rendirent leur cœur dur comme le diamant. » Zacharie 7:12, « Le diamant, dit Pline, est invincible : le marteau ne peut en venir à bout. » Les pécheurs ont des cœurs de diamant. Quand le prophète parla à l’autel de pierre, celui-ci se fendit ; mais le cœur des pécheurs est si endurci dans le péché (1 Rois 13:5) que rien n’agit sur eux, ni les ordonnances, ni les jugements. Ils ne croient pas en un Dieu ; ils se rient de l’enfer. Ainsi ils assassinent leur propre âme et se précipitent en enfer aussi vite qu’ils le peuvent.
(2) Ceux-là assassinent volontairement leur propre âme qui s’abandonnent à leurs convoitises, advienne que pourra. L’âme crie en vous : Je me tue ; je m’assassine moi-même. Ils « se sont livrés à la dissolution, pour commettre toute espèce d’impureté jointe à la cupidité ». Éphésiens 4:19. Que les ministres leur parlent de leurs péchés, que la conscience parle, que l’affliction parle, ils veulent leurs convoitises, dussent-ils aller en enfer pour elles. Ceux-là n’assassinent-ils pas leur propre âme ? Comme Agrippine, mère de Néron, disait : occidat modo imperet, que mon fils me tue, pourvu qu’il règne ; ainsi beaucoup disent dans leur cœur : que nos péchés nous damnent, pourvu qu’ils nous plaisent. Hérode veut ses convoitises incestueuses, dût-il lui en coûter son âme ; et pour une goutte de plaisir, les hommes boiront une mer de colère. Ceux-là ne massacrent-ils pas et ne damnent-ils pas leur propre âme ?
(3) Ceux-là assassinent leur âme qui fuient tous les moyens de la sauver. Ils iront au théâtre, aux beuveries, mais ne mettront pas le pied dans la maison de Dieu et ne s’approcheront pas du son de la trompette de l’Évangile ; comme si un malade fuyait le bain de peur d’être guéri. Ceux-là sont des meurtriers d’eux-mêmes, tout autant que celui à qui l’on offre les moyens de guérir, mais qui aime mieux mourir.
(4) Ceux-là assassinent volontairement leur âme qui conçoivent de faux préjugés contre la religion, comme si elle était si stricte et si sévère qu’il faille mener une vie mélancolique, comme les ermites et les anachorètes, et noyer toutes ses joies dans les larmes. C’est une calomnie que le diable jette sur la religion, car il n’y a de vraie joie que dans la foi. Romains 15:13. Aucun miel n’est aussi doux que celui qui distille d’une promesse. Certains hommes conçoivent follement un préjugé contre la religion ; ils sont résolus à ne jamais aller au ciel, plutôt que de passer par la porte étroite. Je puis dire du préjugé ce que Paul dit à Élymas : « Ô préjugé, fils du diable, ennemi de toute justice », combien d’âmes n’as-tu pas damnées ? Actes 13:10.
(5) Ceux-là assassinent volontairement leur propre âme qui ne veulent ni être bons eux-mêmes, ni souffrir que les autres le soient. « vous n’y entrez pas vous-mêmes [dans le royaume des cieux], et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. » Matthieu 23:13. Tels sont ceux qui persécutent les autres à cause de leur religion. Les beuveries peuvent échapper chez eux à toute punition ; mais si des hommes s’assemblent pour servir Dieu, on usera de toute la sévérité. Ils sont résolus à faire faire naufrage aux autres, dussent-ils eux-mêmes périr dans la tempête. Oh ! gardez-vous d’assassiner votre propre âme. Aucune créature, hormis l’homme, ne se tue volontairement.
III. LE devoir positif impliqué dans ce commandement, c’est que nous fassions tout le bien que nous pouvons à nous-mêmes et aux autres.
[1] À l’égard des autres. Nous devons nous efforcer de préserver la vie et l’âme des autres. [2] À l’égard de nous-mêmes. Nous devons préserver notre propre vie et notre propre âme.
[1] À l’égard des autres. Nous devons préserver la vie des autres. Nous devons les consoler dans leurs afflictions, les secourir dans leurs besoins, et, comme le bon Samaritain, verser du vin et de l’huile sur leurs plaies. « J’étais le père des misérables. » Job 29:16. « La bénédiction du malheureux venait sur moi. » Verset 13. C’est un grand moyen de préserver la vie d’autrui que de le secourir quand il est près de périr. Lors d’une grande disette à Rome, Pompée fit venir du blé pour la soulager ; et comme les mariniers craignaient de s’y rendre par la tempête, il dit : « Il n’est pas nécessaire que nous vivions, mais il est nécessaire que Rome soit secourue. » La grâce rend le cœur tendre ; elle produit la sympathie et la charité. De même qu’elle fond le cœur en contrition envers Dieu, elle le fond en compassion envers les autres. « Il fait des largesses, il donne aux indigents. » Psaumes 112:9. Ce commandement implique que, loin de ruiner les autres, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour préserver leur vie. Quand vous voyez l’image de la mort peinte sur leur visage, subvenez à leurs nécessités ; soyez pour eux des sauveurs temporels ; tirez-les des eaux de l’affliction avec une corde d’argent de charité. Pour vous y persuader, laissez-moi vous présenter quelques arguments : —
(1) Les œuvres de charité sont la preuve de la grâce. De la foi : « je te montrerai la foi par mes œuvres. » Jacques 2:18. Les œuvres sont les lettres de créance de la foi. Nous jugeons de la santé du corps par le pouls, où le sang se meut et agit ; ainsi, chrétien, juge de la santé de ta foi par le pouls de la charité. La parole de Dieu est la règle de la foi, et les bonnes œuvres sont les témoins de la foi. Elles prouvent aussi l’amour. L’amour aime la miséricorde ; c’est une grâce noble et généreuse. Marie aimait Christ, et combien son amour fut libéral ! Elle répandit sur Christ ses larmes, ses baisers et ses parfums de grand prix. L’amour, comme un vase plein, veut s’épancher ; il s’épanche en actes de libéralité.
(2) Subvenir aux nécessités des autres n’est pas laissé à notre choix, mais c’est un devoir qui nous incombe. « Recommande aux riches du présent siècle […] de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres. » 1 Timothée 6:17, 18. Ce n’est pas seulement un conseil, mais un ordre. Si Dieu donnait un ordre aux créatures inanimées, elles obéiraient : s’il commandait aux rochers, ils feraient jaillir l’eau ; s’il commandait aux nuées, elles se fondraient en pluies ; s’il commandait aux pierres, elles deviendraient du pain. Et serons-nous plus durs que les pierres, jusqu’à ne pas obéir à Dieu quand il nous commande « d’être riches en bonnes œuvres » ?
(3) Dieu pourvoit à nos besoins ; et nous, ne pourvoirons-nous pas aux besoins des autres ? « Nous ne pourrions vivre sans miséricorde. » Dieu rend toute créature secourable pour nous : le soleil, pour nous enrichir de ses rayons d’or ; la terre, pour nous donner ses produits, des veines d’or, des moissons de blé et une abondance de fleurs. Dieu ouvre le trésor de sa miséricorde ; il nous nourrit chaque jour de la corbeille d’aumônes de sa providence. « Tu ouvres ta main, Et tu rassasies à souhait tout ce qui a vie. » Psaumes 145:16. Dieu pourvoit-il à nos besoins, et nous, ne subviendrons-nous pas aux besoins des autres ? Serons-nous comme une éponge pour absorber la miséricorde, et non comme des mamelles pour la faire couler vers les autres ?
(4) En faisant du bien aux autres, nous ressemblons à Dieu. Notre excellence est d’être semblables à Dieu. « La piété, c’est la ressemblance avec Dieu. » Quand lui sommes-nous plus semblables que dans les actes de bonté et de munificence ? « Tu es bon et bienfaisant. » Psaumes 119:68. « Tu es bon » : voilà sa bonté essentielle ; et « bienfaisant » : voilà sa bonté communicative. Plus nous sommes secourables aux autres, plus nous sommes semblables à Dieu. Nous ne pouvons être semblables à Dieu dans l’omniscience, ni dans le pouvoir d’opérer des miracles ; mais nous pouvons lui être semblables en faisant des œuvres de miséricorde.
(5) Dieu se souvient de toutes nos œuvres de charité et les reçoit de notre main avec bienveillance. « Dieu n’est pas injuste, pour oublier votre travail et l’amour que vous avez montré pour son nom, ayant rendu et rendant encore des services aux saints. » Hébreux 6:10. Le chef des échansons put oublier la bonté de Joseph, mais le Seigneur n’oubliera aucune des bontés que nous témoignons à son peuple. « j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. » Matthieu 25:35. Christ tient la bonté faite à ses saints pour faite à lui-même. Dieu a une outre pour vos larmes et un livre pour y inscrire vos aumônes. « un livre de souvenir fut écrit devant lui. » Malachie 3:16. Tamerlan avait un registre pour y inscrire tous les noms et tous les bons services de ses soldats ; ainsi Dieu a un livre de souvenir pour y inscrire toutes vos œuvres charitables ; et au jour du jugement il en sera fait une mention publique et honorable en présence des anges.
(6) La dureté de cœur envers ceux qui sont dans la misère est un opprobre pour l’Évangile. Quand le cœur des hommes est comme des blocs de rocher, ou comme les écailles du léviathan, « unis ensemble comme par un sceau », vous tireriez aussi bien de l’huile d’un caillou que l’huile d’or de la charité de leur cœur. Job 41:6. Ils se déchristianisent eux-mêmes. La dureté de cœur est le péché des païens. « Sans miséricorde. » Romains 1:31. Elle éclipse la gloire de l’Évangile. L’Évangile enseigne-t-il la dureté envers autrui ? Ne nous dit-il pas : « Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim » ? Ésaïe 58:10. « je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de bonnes œuvres. » Tite 3:8. Tant que vous ne secourez pas ceux qui sont dans le besoin, vous marchez à l’opposé de l’Évangile ; vous le faites décrier, et vous l’exposez au fouet et à la censure des autres.
(7) On ne perd rien à secourir les nécessiteux. La Sunamite fut bonne envers le prophète, elle l’accueillit dans sa maison, et elle reçut de lui une bonté d’une autre manière : il rendit la vie à son enfant mort. 2 Rois 4:35. Ceux qui secourent les autres trouveront grâce, pour être secourus dans leurs besoins. Ceux qui répandent sur les autres l’huile d’or de la compassion verront Dieu répandre sur eux l’huile d’or du salut ; pour « un verre d’eau froide », ils auront « des torrents de délices ». Dieu le leur rendra d’une manière ou d’une autre dès cette vie. « L’âme bienfaisante sera rassasiée. » Proverbes 11:25. Il en sera comme des pains qui se multipliaient en se rompant, ou comme de l’huile de la veuve, qui augmentait en se versant. 1 Rois 17:16. On peut faire part de son bien sans l’amoindrir.
(8) Faire du bien aux autres dans la nécessité soutient le crédit de la religion. Les œuvres de miséricorde ornent l’Évangile, comme le fruit orne l’arbre. Quand « notre lumière luit de telle sorte que les autres voient nos bonnes œuvres », cela glorifie Dieu, couronne la religion et ferme la bouche des contradicteurs. Basile dit que rien ne rendit la vraie religion plus célèbre dans les premiers temps, et ne lui gagna plus de prosélytes, que la libéralité et la charité des chrétiens.
(9) Le mal qui résulte de ne pas préserver la vie des autres et de ne pas les secourir dans leurs nécessités. Dieu envoie souvent une teigne secrète dans leur bien. « tel, qui épargne à l’excès, ne fait que s’appauvrir. » Proverbes 11:24. « Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre Criera lui-même et n’aura point de réponse. » Proverbes 21:13. « le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde. » Jacques 2:13. Le riche refusa à Lazare une miette de pain, et le riche se vit refuser une goutte d’eau. « Retirez-vous de moi, maudits ; […] car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger. » Matthieu 25:41. Christ ne dit pas : « Vous m’avez ôté ma nourriture » ; mais : « vous ne m’avez pas donné à manger » ; vous n’avez pas nourri mes membres, c’est pourquoi « Retirez-vous de moi ». Par tout cela, soyez prêts à subvenir aux nécessités des autres. Cela est compris dans le commandement « Tu ne tueras point ». Non seulement tu ne détruiras pas la vie d’autrui, mais tu la préserveras en subvenant à ses nécessités.
Il est sous-entendu que nous devons nous efforcer de préserver l’âme des autres : les conseiller au sujet de leur âme, mettre devant eux la vie et la mort, les aider à aller au ciel. Dans la loi, si quelqu’un rencontrait le bœuf ou l’âne de son prochain égaré, il devait le lui ramener. Exode 23:4. À bien plus forte raison, si nous voyons l’âme de notre prochain s’égarer, devons-nous employer tous les moyens pour la ramener à Dieu par la repentance.
[2] À l’égard de nous-mêmes. Le commandement « Tu ne tueras point » exige que nous préservions notre propre vie et notre propre âme. Il est gravé dans toute créature qu’elle doit préserver sa propre vie naturelle. Loin de nous donner la mort, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour préserver la vie naturelle. Nous devons user de tous les moyens, de la nourriture, de l’exercice et des récréations licites, qui, comme l’huile, empêchent la lampe de la vie de s’éteindre. Certains ont été tentés par Satan de croire qu’ils sont de si grands pécheurs qu’ils ne méritent pas une bouchée de pain, et ainsi ils ont été près de se laisser mourir de faim. Cela est contraire au commandement « Tu ne tueras point », qui implique que nous devons user de tous les moyens convenables pour la conservation de la vie. « Ne continue pas à ne boire que de l’eau; mais fais usage d’un peu de vin, à cause de ton estomac. » 1 Timothée 5:23. Timothée ne devait pas, en buvant trop d’eau, refroidir son estomac et affaiblir la nature, mais user des moyens de se conserver : boire « un peu de vin », etc.
Ce commandement exige aussi que nous nous efforcions de préserver notre propre âme. Omnia si perdas animam servare memento [Dusses-tu tout perdre, souviens-toi de sauver ton âme]. Il est gravé dans toute créature, comme avec une pointe de diamant, de veiller à sa propre conservation. Si la vie du corps doit être préservée, combien plus la vie de l’âme ! Si celui qui ne pourvoit pas à sa propre maison est pire qu’un infidèle, combien plus celui qui ne pourvoit pas à sa propre âme ! 1 Timothée 5:8. Une chose capitale impliquée dans ce commandement, c’est un soin tout particulier de préserver notre âme. L’âme est un joyau, un diamant enchâssé dans un anneau d’argile ; Christ met l’âme en balance avec le monde, et elle l’emporte sur tout. Matthieu 16:26. L’âme est un miroir où brillent quelques rayons de la gloire divine ; elle porte en elle quelque faible idée et quelque ressemblance de la Divinité ; c’est une étincelle céleste allumée par le souffle de Dieu. Le corps fut fait de la poussière, mais l’âme est d’une origine plus noble. Dieu souffla dans l’homme une âme vivante. Genèse 2:7.
(1) L’âme est excellente dans sa nature. C’est un être spirituel, « une chose en quelque sorte angélique ». L’intelligence étincelle de connaissance, la volonté est couronnée de liberté, et toutes les affections sont comme des étoiles qui brillent dans leur orbe. L’âme, étant spirituelle, est prompte dans ses opérations. Que les mouvements d’une étincelle sont rapides ! Que l’aile d’un chérubin est prompte ! Ainsi le mouvement de l’âme est prompt et agile. Qu’y a-t-il de plus prompt que la pensée ? Combien de lieues l’âme peut-elle parcourir en un instant ! L’âme, étant spirituelle, se porte vers le haut ; elle contemple Dieu et la gloire. « Quel autre ai-je au ciel que toi! » Psaumes 73:25. Le mouvement de l’âme est vers le haut ; mais le péché lui a imprimé une fausse pente et l’a fait se porter vers le bas. L’âme, étant spirituelle, a la faculté de se mouvoir elle-même ; elle peut subsister et se mouvoir quand le corps est mort, comme le marinier peut subsister quand le navire est brisé. L’âme, étant spirituelle, est immortelle (Scaliger), aeternitatis gemma, « un bourgeon d’éternité ».
(2) Comme l’âme est excellente dans sa nature, elle l’est aussi dans ses capacités. Elle est capable de la grâce ; elle est apte à être l’associée et la compagne des anges. Elle est capable de communion avec Dieu, capable d’être l’épouse de Christ. « je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure. » 2 Corinthiens 11:2. Elle est capable d’être couronnée de gloire pour toujours. Oh ! puisque vous portez en vous des âmes si précieuses, créées par le souffle de Dieu, rachetées par le sang de Dieu, quels efforts ne devriez-vous pas faire pour le salut de ces âmes ! Ne laissez pas le diable avoir vos âmes. Héliogabale nourrissait ses lions de faisans ; le diable est appelé un lion rugissant : ne le nourrissez pas de vos âmes. Outre l’excellence de l’âme, qui doit vous faire travailler à la sauver, considérez combien il sera triste de ne pas avoir son âme sauvée ; c’est une perte telle qu’il n’en est point de semblable, car en perdant l’âme on perd beaucoup de choses avec elle. Un marchand, en perdant son navire, perd beaucoup de choses avec lui : il perd de l’argent, des joyaux, des épices, etc. ; ainsi celui qui perd son âme perd Christ et la compagnie des anges dans le ciel. C’est une perte infinie, une perte irréparable ; elle ne pourra jamais être réparée. « Deux yeux, et une seule âme. » Chrysostome. Oh ! quel soin il faudrait prendre de l’âme immortelle ! Je ne vous demanderais que ceci : prenez autant de soin pour le salut de vos âmes que vous en prenez pour acquérir du bien. Bien plus, prenez seulement autant de soin pour sauver vos âmes que le diable en prend pour les perdre. Oh ! combien Satan est industrieux pour damner les âmes ! Comme il fait le serpent en tendant subtilement ses pièges pour prendre les âmes ! Comme il lance ses traits enflammés ! Il n’est jamais oisif ; c’est un évêque diligent dans son diocèse ; il « rôde […] cherchant qui il dévorera ». 1 Pierre 5:8. N’est-ce donc pas une demande raisonnable que de prendre autant de soin pour sauver vos âmes que le diable en prend pour les perdre ?
Comment pouvons-nous avoir nos âmes sauvées ?
En les ayant sanctifiées. Seuls « ceux qui ont le cœur pur […] verront Dieu ». Faites incruster et émailler vos âmes de sainteté. 1 Pierre 1:16. Il ne suffit pas que « nous cessions de faire le mal » — ce qui est toute la preuve que certains ont à montrer, et ils perdent le ciel pour avoir tiré trop court ; mais nous devons être intérieurement sanctifiés. Il ne suffit pas que « l’esprit impur » sorte ; il faut encore que nous soyons remplis du Saint-Esprit. Éphésiens 5:18. Cette sainteté est absolument nécessaire, si vous considérez que Dieu doit habiter avec vous ici-bas, et que vous devez habiter avec lui dans l’au-delà.
Dieu doit habiter avec vous ici-bas. Il prend l’âme pour sa propre demeure. « en sorte que Christ habite dans vos cœurs. » Éphésiens 3:17. C’est pourquoi l’âme doit être consacrée. Le palais d’un roi doit être tenu propre, surtout sa chambre de présence. Le corps est le temple du Saint-Esprit. 1 Corinthiens 6:19. L’âme est le sanctum sanctorum ; combien elle devrait être sainte !
Vous devez habiter avec Dieu. Le ciel est un lieu saint : « un héritage sans souillure. » 1 Pierre 1:4. Et comment pourrez-vous habiter avec Dieu avant d’être sanctifiés ? Nous ne mettons pas de vin dans un vase moisi ; et Dieu ne mettra pas le vin nouveau de la gloire dans un cœur pécheur. Oh ! donc, si vous aimez vos âmes et que vous vouliez les voir sauvées éternellement, efforcez-vous d’atteindre la sainteté ! Par ce moyen, vous serez rendus propres au royaume des cieux, et vos âmes seront sauvées au jour du Seigneur Jésus.
Chapitre 10 terminé
2.6 Le sixième commandement