Chapitre 8 · 1 h 24 min de lecture · 1 h 48 min d’écoute
2.4 Le quatrième commandement
« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. » Exode 20:8-11.
Ce commandement fut gravé dans la pierre par le doigt même de Dieu, et ce sera notre consolation de l’avoir gravé dans nos cœurs.
Le jour du sabbat est mis à part pour le culte solennel de Dieu ; c’est son enclos réservé, et il ne doit pas être détourné vers des usages profanes. En préface à ce commandement, il a placé un memento : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. » Ce mot, « Souviens-toi », montre que nous sommes enclins à oublier la sainteté du sabbat ; c’est pourquoi nous avons besoin d’un mémorandum qui nous rappelle de sanctifier ce jour.
I. Il y a dans ces paroles un commandement solennel. « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. »
[1] Sa matière : la sanctification du sabbat, laquelle consiste en deux choses : nous reposer de nos propres œuvres, et nous acquitter consciencieusement de nos devoirs religieux.
[2] Les personnes à qui est donné le commandement de sanctifier le sabbat. Soit les supérieurs, qui sont, les uns plus privés, comme les parents et les maîtres, les autres plus publics, comme les magistrats ; soit les inférieurs, comme les gens nés dans la maison, les enfants et les serviteurs : « ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante » ; soit les étrangers : « l’étranger qui est dans tes portes ».
II. Les arguments pour obéir à ce commandement de sanctifier le sabbat sont :
[1] Le premier est tiré de ce qu’il a de raisonnable. « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage » ; comme si Dieu disait : Je ne suis pas un maître dur, je ne te mesure pas le temps pour vaquer à ta vocation et pour acquérir du bien. Je t’ai donné six jours pour y faire tout ton ouvrage, et je n’ai pris qu’un seul jour pour moi. J’aurais pu me réserver six jours et ne t’en accorder qu’un ; mais je t’ai donné six jours pour les œuvres de ta vocation, et je n’ai pris qu’un jour pour mon propre service. Il est donc juste et raisonnable que tu mettes ce jour à part, d’une manière particulière, pour mon culte.
[2] Le deuxième argument pour sanctifier le sabbat est tiré de sa justice. « le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu » ; comme si Dieu disait : Le jour du sabbat m’est dû, j’y revendique un droit particulier, et nul autre n’y a le moindre titre. Celui qui me dérobe ce jour et le fait servir à des usages profanes est un sacrilège ; il vole la couronne du ciel, et je ne le tiendrai nullement pour innocent.
[3] Le troisième argument pour sanctifier le sabbat est tiré de l’observance que Dieu lui-même en a faite. Il s’est reposé le septième jour ; comme si le Seigneur disait : Ne me suivrez-vous pas comme votre modèle ? Ayant achevé toutes mes œuvres de création, je me suis reposé le septième jour ; de même, ayant fait toute votre besogne séculière pendant les six jours, vous devez maintenant cesser le travail de votre vocation et me consacrer le septième jour, comme un jour de saint repos.
[4] Le quatrième argument pour la sanctification du sabbat est tiré ab utili, du bienfait qui revient d’une observation religieuse du sabbat. « l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié ». Dieu n’a pas seulement institué le septième jour, il l’a béni. Ce n’est pas seulement un jour d’honneur pour Dieu, mais un jour de bénédiction pour nous ; ce n’est pas seulement un jour où nous rendons à Dieu notre culte, mais un jour où il nous donne sa grâce. En ce jour, une bénédiction descend du ciel goutte à goutte. Dieu lui-même n’en retire aucun profit, nous ne pouvons ajouter une coudée à sa gloire essentielle ; mais nous, nous en profitons. Ce jour, religieusement observé, attire une bénédiction sur nos âmes, sur nos biens et sur notre postérité. Ne pas l’observer attire une malédiction. Jérémie 17:27. Dieu maudit les bénédictions de l’homme. Malachie 2:2. Le pain qu’il mange est empoisonné d’une malédiction ; ainsi, à l’inverse, l’observation consciencieuse du sabbat apporte avec elle toutes sortes de bénédictions. Tels sont les arguments qui doivent nous porter à sanctifier le sabbat.
Ce que je voudrais maintenant vous faire remarquer, c’est que le commandement d’observer le sabbat n’a pas été abrogé avec la loi cérémonielle, mais qu’il est purement moral, et que son observation doit se poursuivre jusqu’à la fin du monde. Où peut-on montrer que Dieu nous a dispensés d’observer un jour sur sept ?
Pourquoi Dieu a-t-il institué un sabbat ?
(1) Par rapport à lui-même. Il convient que Dieu se réserve un jour sur sept pour son service immédiat, afin d’être reconnu par là comme le grand Plénipotentiaire, le Seigneur souverain, qui a pouvoir sur nous tant pour commander le culte que pour fixer le temps où il veut être adoré.
(2) Par rapport à nous. Le jour du sabbat sert nos intérêts ; il fait croître en nous la sainteté. Les affaires de la semaine nous font oublier Dieu et nos âmes : le sabbat le ramène à notre souvenir. Quand la poussière du monde, en retombant, a encrassé les roues de nos affections au point qu’elles peuvent à peine se mouvoir vers Dieu, le sabbat vient, il huile les roues de nos affections, et elles reprennent leur course rapide. C’est à cette fin que Dieu a institué le sabbat. En ce jour, les pensées s’élèvent au ciel, la langue parle de Dieu et elle est comme la plume d’un habile écrivain, les yeux versent des larmes, et l’âme brûle d’amour. Le cœur, qui toute la semaine était glacé, fond le jour du sabbat sous la Parole. Le sabbat est un ami de la religion ; il lime la rouille de nos grâces ; c’est un jubilé spirituel, où l’âme est mise en état de converser avec son Créateur.
Je devrais maintenant vous montrer les modes, ou la manière, dont nous devons sanctifier le jour du sabbat ; mais avant d’en venir là, nous avons une grande question à examiner.
Comment se fait-il que nous n’observions pas le sabbat du septième jour tel qu’il était dans l’institution primitive, mais que nous l’ayons changé pour un autre jour ?
L’ancien sabbat du septième jour, qui était le sabbat juif, est abrogé, et à sa place succède le premier jour de la semaine, qui est le sabbat chrétien. La moralité, ou la substance, du quatrième commandement ne consiste pas à observer précisément le septième jour ; ce que Dieu a institué, c’est d’observer un jour sur sept.
Mais comment le premier jour de la semaine a-t-il été substitué au septième ?
Non par l’autorité ecclésiastique. « L’Église, dit M. Perkins, n’a aucun pouvoir d’instituer un sabbat. »
(1) Le changement du sabbat, du dernier jour de la semaine au premier, s’est fait par l’institution même de Christ. Il est « maître même du sabbat ». Marc 2:28. Et qui fixera un jour, sinon celui qui en est le maître ? Il a fait ce jour. « C’est ici la journée que l’Éternel a faite ». Psaume 118:24. Arnobe et la plupart des commentateurs l’entendent du sabbat chrétien, qui est appelé le « jour du Seigneur ». Apocalypse 1:10. Comme on l’appelle la « cène du Seigneur », parce que le Seigneur a institué le pain et le vin et les a mis à part d’un usage commun pour un usage particulier et sacré, de même on l’appelle le jour du Seigneur, parce que le Seigneur l’a institué et l’a mis à part des jours ordinaires pour son culte et son service particuliers. Christ ressuscita du tombeau le premier jour de la semaine, et apparut deux fois ce jour-là à ses disciples, Jean 20:19, 26, ce qui devait leur faire entendre, comme le disent saint Augustin et Athanase, qu’il transférait le sabbat juif au jour du Seigneur.
(2) L’observation du premier jour fut la pratique des apôtres. « Le premier jour de la semaine, les disciples étant réunis pour rompre le pain, Paul leur prêcha. » Actes 20:7 ; 1 Corinthiens 16:2. Il y eut donc ce jour-là et prédication et fraction du pain. Saint Augustin, Innocent et Isidore font remonter l’observation de notre sabbat évangélique à une sanction apostolique, et affirment qu’en vertu de la pratique des apôtres ce jour doit être mis à part pour le culte divin. Ce que les apôtres ont fait, ils l’ont fait par autorité divine ; car ils étaient inspirés par le Saint-Esprit.
(3) L’Église primitive tenait en haute estime le jour du Seigneur, que nous célébrons aujourd’hui. Observer ce jour était une grande marque distinctive de sa religion. Ignace, le plus ancien des Pères, qui vivait au temps de l’apôtre Jean, a ces paroles : « Que tout homme qui aime Christ sanctifie le premier jour de la semaine, le jour du Seigneur. » Ce jour a été observé par l’Église de Christ depuis plus de seize cents ans, comme le remarque le savant Bucer. Vous voyez ainsi comment le sabbat du septième jour en vint à être changé en sabbat du premier jour.
La grande raison qui a fait changer le sabbat juif en jour du Seigneur, c’est qu’il nous rappelle le « mystère de notre rédemption par Christ ». Dieu avait institué l’ancien sabbat pour qu’il fût un mémorial de la création ; mais il a maintenant mis à sa place le premier jour de la semaine, en mémoire d’une œuvre plus glorieuse que la création, à savoir la rédemption. Grande fut l’œuvre de la création, mais plus grande fut l’œuvre de la rédemption. Comme il a été dit : « La gloire de cette dernière maison sera plus grande Que celle de la première ». Aggée 2:9. Ainsi la gloire de la rédemption fut plus grande que la gloire de la création. Une grande sagesse parut à nous faire, mais une sagesse plus merveilleuse à nous sauver. Une grande puissance parut à nous tirer du néant, mais une plus grande à nous secourir quand nous étions pires que le néant. Il en a coûté davantage de nous racheter que de nous créer. Dans la création, il ne fallut que prononcer une parole (Psaume 148:5) ; dans la rédemption, il y eut effusion de sang. 1 Pierre 1:19. La création fut l’ouvrage des doigts de Dieu, Psaume 8:4 ; la rédemption fut l’œuvre de son bras. Luc 1:51. Dans la création, Dieu nous donna à nous-mêmes ; dans la rédemption, il se donna lui-même à nous. Par la création, nous avons la vie en Adam ; par la rédemption, nous avons la vie en Christ. Colossiens 3:3. Par la création, nous avions droit à un paradis terrestre ; par la rédemption, nous avons un titre à un royaume céleste. Christ pouvait bien changer le septième jour de la semaine en premier, puisque celui-ci nous rappelle notre rédemption, œuvre plus glorieuse que la création.
Premier usage. L’usage que j’en ferai, c’est que nous devons tenir en haute vénération le sabbat chrétien que nous célébrons aujourd’hui. Les Juifs appelaient le sabbat « le désir des jours, et la reine des jours ». Ce jour, nous devons l’appeler « nos délices, saint de l’Éternel, digne d’honneur ». Ésaïe 58:13. Le métal qui porte l’empreinte du roi est digne d’honneur et d’un grand prix. Dieu a mis son sceau royal sur le sabbat ; c’est le sabbat de l’Éternel, et c’est ce qui le rend digne d’honneur. Nous devons regarder ce jour comme le meilleur de la semaine. Ce qu’est le phénix parmi les oiseaux, ce qu’est le soleil parmi les planètes, le jour du Seigneur l’est parmi les autres jours. « C’est ici la journée que l’Éternel a faite ». Psaume 118:24. Dieu a fait tous les jours, mais il a béni celui-ci. Comme Jacob ravit la bénédiction à son frère, ainsi le sabbat a ravi la bénédiction à tous les autres jours de la semaine. C’est un jour où nous conversons avec Dieu d’une manière particulière. Les Juifs appelaient le sabbat « un jour de lumière » ; ainsi en ce jour le Soleil de justice brille sur l’âme. Le sabbat est le jour de marché de l’âme, la crème du temps. C’est le jour où Christ ressuscita du tombeau, et où le Saint-Esprit descendit sur la terre. Il est embaumé du doux parfum de la prière, qui monte au ciel comme l’encens. En ce jour tombe la manne, cette nourriture des anges. C’est le jour de fête de l’âme, où les grâces jouent leur rôle : les autres jours de la semaine sont surtout employés aux choses de la terre, celui-ci aux choses du ciel ; alors vous ramassez de la paille, maintenant des perles. Maintenant Christ emmène l’âme sur la montagne et lui donne des visions de gloire qui la transfigurent. Maintenant il fait entrer son épouse dans la maison du vin et déploie sur elle la bannière de son amour. Maintenant il lui donne son vin parfumé et le moût de la grenade. Cantique des cantiques 2:4 ; 8:2. Le Seigneur se révèle d’ordinaire davantage à l’âme en ce jour. L’apôtre Jean fut ravi en esprit au jour du Seigneur. Apocalypse 1:10. Il fut enlevé ce jour-là, dans des transports divins, vers le ciel. En ce jour, le chrétien est sur les hauteurs ; il marche avec Dieu et fait, pour ainsi dire, un tour avec lui dans le ciel. 1 Jean 1:3. En ce jour, les saintes affections sont vivifiées ; le fonds de grâce s’accroît ; les corruptions s’affaiblissent ; et Satan tombe comme un éclair devant la majesté de la Parole. Christ opéra la plupart de ses miracles le jour du sabbat ; il fait de même encore : des âmes mortes sont ressuscitées, et des cœurs de pierre deviennent des cœurs de chair. Combien nous devrions estimer et révérer ce jour ! Il est plus précieux que les rubis. Dieu l’a oint d’une huile de joie, par privilège sur ses compagnons. Le jour du sabbat, nous faisons l’œuvre des anges, nos langues sont accordées aux louanges de Dieu. Le sabbat sur la terre est une ombre et une figure du repos glorieux et du sabbat éternel que nous espérons dans le ciel, quand Dieu en sera le temple, et l’Agneau la lumière. Apocalypse 21:22, 23.
Deuxième usage. « Tu travailleras six jours ». Dieu ne veut pas que personne vive hors d’une vocation : la religion n’autorise point l’oisiveté. C’est un devoir de travailler six jours, tout comme d’observer un saint repos le septième. « Nous apprenons, cependant, qu’il y en a parmi vous quelques-uns qui vivent dans le désordre, qui ne travaillent pas. Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par le Seigneur Jésus-Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement. » 2 Thessaloniciens 3:11. Le chrétien ne doit pas seulement songer au ciel, mais aussi à sa vocation. Tandis que le pilote a l’œil sur l’étoile, il a la main au gouvernail. Sans le travail, les colonnes d’un État se désagrégeraient, et la terre, comme le champ du paresseux, serait envahie de ronces. Proverbes 24:31. Adam dans l’innocence, bien que monarque du monde, ne devait pas rester oisif, mais devait cultiver et labourer le sol. Genèse 2:15. La piété n’exclut pas l’industrie. L’eau stagnante croupit. Les créatures inanimées sont en mouvement : le soleil accomplit sa course, la source coule, le feu étincelle. Les créatures animées travaillent. Salomon nous envoie à la fourmi, à l’humble fourmi, pour apprendre le travail. Proverbes 6:6 ; 30:25. L’abeille est l’emblème de l’industrie ; les unes apprêtent le miel, d’autres travaillent la cire, d’autres façonnent les rayons, d’autres montent la garde à l’entrée de la ruche pour en écarter le frelon. Et l’homme ne s’adonnera-t-il pas bien davantage au travail ? Cette loi donnée au paradis n’a jamais été abrogée : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain ». Genèse 3:19. Il faut désapprouver ces professants qui parlent de vivre par la foi, mais vivent hors de toute vocation ; ils sont comme les lis, qui « ne travaillent ni ne filent ». Matthieu 6:28. C’est une parole du saint et savant M. Perkins : « Qu’un homme soit doué de dons excellents, qu’il écoute la Parole avec révérence et reçoive le sacrement, s’il ne pratique pas les devoirs de sa vocation, tout n’est qu’hypocrisie. » À quoi est bon un oisif ? À quoi sert un navire qui reste toujours sur le rivage, ou une armure pendue au mur qui rouille ? Vivre hors d’une vocation expose à la tentation. Melanchthon appelle l’oisiveté le bain du diable, parce qu’il se baigne avec délices dans une âme oisive. Nous ne semons pas dans une terre qui reste en jachère ; mais Satan sème le plus de sa semence de tentation chez ceux qui restent en jachère et sont hors de toute vocation. L’oisiveté est la nourrice du vice. Sénèque, un vieux païen, pouvait dire : Nullus mihi per otium dies exit ; « Aucun jour ne se passe pour moi sans quelque travail. » L’oisif compte pour un zéro dans le monde, et Dieu n’inscrit point de zéros dans le livre de vie. Nous lisons dans l’Écriture qu’on mange le « pain de paresse » et qu’on boit le « vin de la violence ». Proverbes 31:27 ; 4:17. C’est autant un péché de manger « le pain de paresse » que de « boire le vin de la violence ». L’oisif ne peut rendre aucun compte de son temps. Le temps est un talent qu’il faut faire valoir, tant dans nos vocations particulières que dans notre vocation générale. Le paresseux « cache son talent dans la terre » ; il ne fait aucun bien ; son temps n’est pas vécu, mais perdu. L’oisif vit sans profit, il encombre le sol. Dieu appelle le serviteur paresseux « méchant » : « Serviteur méchant et paresseux ». Matthieu 25:26. Dracon, dont les lois étaient écrites avec du sang, ôtait la vie à ceux qui ne voulaient pas travailler pour gagner leur pain. En Étrurie, on bannissait de telles gens. Les oisifs vivent dans la violation du commandement : « Tu travailleras six jours ». Qu’ils prennent garde de n’être pas bannis du ciel. Un homme peut aussi bien aller en enfer pour n’avoir pas travaillé dans sa vocation que pour n’avoir pas cru.
Ayant parlé des raisons de sanctifier le sabbat, j’en viens maintenant à
III. La manière de sanctifier le sabbat.
[1] Négativement. Nous ne devons y faire aucun ouvrage. Tel est le commandement : « tu ne feras aucun ouvrage ». Dieu a mis ce jour à part pour lui-même ; nous ne devons donc pas en faire un usage commun en y accomplissant quelque travail civil. Comme Abraham, lorsqu’il alla offrir son sacrifice, laissa ses serviteurs et l’âne au pied de la montagne, de même, quand nous devons adorer Dieu en ce jour, il nous faut laisser derrière nous toute affaire mondaine, laisser l’âne au pied de la montagne. Genèse 22:5. Comme Joseph, lorsqu’il voulut parler à ses frères, fit sortir les Égyptiens, ainsi, quand nous voulons converser avec Dieu en ce jour, nous devons faire sortir toutes les occupations terrestres. Le jour du Seigneur est un jour de saint repos. Tout travail séculier doit être interrompu et suspendu, car c’est une profanation de ce jour. « A cette époque, je vis en Juda des hommes fouler au pressoir pendant le sabbat, rentrer des gerbes, charger sur des ânes même du vin, des raisins et des figues, et toutes sortes de choses, et les amener à Jérusalem le jour du sabbat; et je leur donnai des avertissements. Je fis des réprimandes aux grands de Juda, et je leur dis: “Que signifie cette mauvaise action que vous faites, en profanant le jour du sabbat?” » Néhémie 13:15, 17. C’est un sacrilège que de dérober, pour un travail civil, le temps que Dieu a mis à part pour son culte. Celui qui consacre quelque partie du sabbat aux affaires du monde est un voleur pire que le brigand de grand chemin ; car l’un ne vole que l’homme, mais l’autre vole Dieu. Le Seigneur défendit de ramasser la manne le jour du sabbat. Exode 16:26. On aurait pu penser que cela serait permis, puisque la manne était « le soutien de leur vie », et qu’elle tombait entre cinq et six heures du matin, de sorte qu’ils auraient pu la ramasser de bonne heure et employer tout le reste du sabbat au culte de Dieu ; de plus, ils n’avaient pas besoin de faire un long chemin pour l’aller chercher, il suffisait de mettre le pied hors de leur porte, car elle tombait autour de leurs tentes : et pourtant il ne leur était pas permis de la ramasser le jour du sabbat ; et pour en avoir eu seulement l’intention, ils irritèrent fort Dieu. « Le septième jour, quelques-uns du peuple sortirent pour en ramasser, et ils n’en trouvèrent point. Alors l’Éternel dit : Jusques à quand refuserez-vous d’observer mes commandements et mes lois? » Exode 16:27, 28. Assurément, oindre Christ après sa mort était une œuvre louable ; et pourtant, bien que Marie de Magdala et Marie, mère de Jacques, eussent préparé des parfums de prix pour oindre le corps mort de Christ, elles n’allèrent au sépulcre pour l’embaumer qu’une fois le sabbat passé. « elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi ». Luc 23:56. La main ne peut s’affairer le jour du Seigneur sans que le cœur soit souillé. Les païens eux-mêmes, à la lumière de la nature, ne voulaient faire aucun travail séculier dans le temps qu’ils avaient mis à part pour le culte de leurs faux dieux. Clément d’Alexandrie rapporte qu’un des empereurs de Rome, au jour fixé pour le culte de ses dieux, mettait de côté les affaires de la guerre et passait le temps en dévotion. Faire œuvre servile le jour du sabbat révèle un cœur irréligieux et offense grandement Dieu. Faire un travail séculier en ce jour, c’est suivre la charrue du diable ; c’est avilir l’âme. Dieu a fait ce jour exprès pour élever le cœur au ciel, pour converser avec lui, pour faire l’œuvre des anges ; et s’employer à des travaux terrestres, c’est dépouiller l’âme de son honneur. Dieu ne veut pas que l’on empiète sur son jour, ni qu’on le souille dans la moindre chose. L’homme qui ramassa du bois le jour du sabbat, il ordonna qu’on le lapidât. Nombres 15:35. Ramasser quelques brindilles pour faire du feu semblerait peu de chose ; mais Dieu ne voulait pas que ce jour fût violé dans les plus petites choses. Bien plus, l’ouvrage même qui se rapportait à un usage religieux ne pouvait se faire le jour du sabbat, comme la taille des pierres pour la construction du sanctuaire. Betsaleel, qui devait tailler les pierres et sculpter le bois pour le sanctuaire, devait s’en abstenir le jour du sabbat. Exode 31:15. Un temple est un lieu de culte de Dieu, mais c’eût été un péché de bâtir un temple le jour du Seigneur. Voilà ce que c’est que sanctifier négativement le jour du sabbat : ne faire aucune œuvre servile.
Toutefois, les œuvres de nécessité et de charité peuvent se faire en ce jour. En ces cas, Dieu veut la miséricorde et non le sacrifice. (1) Il est permis de prendre ce qui est nécessaire à la nature. La nourriture est au corps ce que l’huile est à la lampe. (2) Il est permis de faire des œuvres de miséricorde, comme de secourir un prochain quand sa vie ou ses biens sont en danger. En cela, les Juifs étaient trop scrupuleux et trop pointilleux, eux qui ne souffraient pas que des œuvres de charité se fissent le jour du sabbat. Si un homme était malade, ils pensaient ne pouvoir employer en ce jour aucun moyen pour sa guérison. Christ leur reproche de s’irriter parce qu’il avait opéré une guérison le jour du sabbat. Jean 7:23. Si une maison était en feu, les Juifs pensaient ne pouvoir apporter de l’eau pour l’éteindre ; si un vaisseau faisait eau en ce jour, ils pensaient ne pouvoir boucher la voie d’eau. Ils étaient « justes à l’excès » ; c’était un zèle apparent, mais il lui manquait la discrétion pour le guider. Hors ces deux cas, de nécessité et de charité, tout travail séculier doit être suspendu et mis de côté le jour du Seigneur. « tu ne feras aucun ouvrage ». Ceci accuse et condamne beaucoup d’entre nous, qui se salissent trop les doigts de travail en ce jour ; les uns à apprêter de grands festins, les autres à ouvrir la porte de leur boutique et à vendre de la viande le jour du sabbat. Le marin ne veut prendre la mer que le jour du sabbat, et court ainsi à pleines voiles à la violation de ce commandement. D’autres travaillent en ce jour en cachette, ferment les volets de leur boutique et exercent leur métier à huis clos ; mais bien qu’ils pensent cacher leur péché sous un dais, Dieu le voit. « Et où fuirais-je loin de ta face? » « Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi ». Psaume 139:7, 12. De telles gens profanent ce jour, et Dieu intentera contre eux une action pour atteinte à son droit.
[2] Positivement. Nous sanctifions le jour du sabbat en « consacrant et dédiant » ce jour au « service du Dieu Très-Haut ». Il est bon de se reposer, le jour du sabbat, des œuvres de notre vocation ; mais si nous nous reposons du travail sans rien faire de plus, le bœuf et l’âne observent le sabbat aussi bien que nous, car ils se reposent du travail. Nous devons consacrer ce jour à Dieu ; nous ne devons pas seulement « garder un sabbat », mais « sanctifier » un sabbat. La sanctification du sabbat consiste en deux choses : (1) Une préparation solennelle. Si un prince devait venir dans votre maison, quels préparatifs ne feriez-vous pas pour le recevoir ! Vous balaieriez la maison, laveriez le plancher, orneriez la chambre des plus riches tapisseries et tentures, afin qu’il y eût là quelque chose de convenable au rang et à la dignité d’un si grand personnage. Au jour béni du sabbat, Dieu se propose d’avoir avec vous une douce communion ; il semble vous dire, comme Christ à Zachée : « Zachée, hâte-toi de descendre; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. » Luc 19:5. Quels préparatifs devez-vous donc faire pour recevoir ce Roi de gloire ? À l’approche du samedi soir, sonnez la retraite ; rappelez vos esprits du monde et rassemblez vos pensées, pour songer à la grande œuvre du jour qui vient. Purgez-vous de toutes les affections impures qui pourraient vous mal disposer pour l’œuvre du sabbat. La préparation du soir sera comme l’accord d’un instrument : elle disposera mieux le cœur aux devoirs du sabbat qui suit.
(2) Son observation sacrée. Réjouissez-vous à l’approche de ce jour, comme d’un jour où nous avons en main un prix pour nos âmes et où nous pouvons jouir abondamment de la présence de Dieu. Jean 8:56. « Abraham a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour. » Ainsi, quand nous voyons luire la lumière d’un sabbat, nous devons nous réjouir et « faire du sabbat nos délices » : c’est la reine des jours, que Dieu a couronnée d’une bénédiction. Ésaïe 58:13. Comme il y avait un jour dans la semaine où Dieu faisait pleuvoir deux fois plus de manne qu’en aucun autre, ainsi il fait pleuvoir la manne des bénédictions célestes deux fois plus le jour du sabbat qu’en aucun autre. C’est le jour où Christ fait entrer l’âme dans la maison du vin et déploie sur elle la bannière de l’amour ; maintenant la rosée de l’Esprit tombe sur l’âme, qui en est ranimée et consolée. Combien peuvent inscrire le jour du Seigneur comme le jour de leur nouvelle naissance ! Ce jour de repos est un gage et des arrhes du repos éternel dans le ciel. Ne nous réjouirons-nous donc pas à son approche ? Le jour où brille le Soleil de justice doit être un jour d’allégresse.
Levez-vous de bonne heure le matin du sabbat. Christ se leva de bon matin en ce jour, avant le lever du soleil. Jean 20:1. S’est-il levé de bonne heure pour nous sauver, et ne nous lèverons-nous pas de bonne heure pour l’adorer et le glorifier ? « Dès l’aurore je te cherche. » Psaume 63:2. Pouvons-nous être debout de bonne heure les autres jours ? Le laboureur est tôt à sa charrue, le voyageur se lève tôt pour se mettre en route ; et nous ne le ferions pas, nous qui en ce jour voyageons vers le ciel ? Certes, si nous aimions Dieu comme nous le devrions, nous nous lèverions de bonne heure en ce jour, afin de rencontrer celui que notre âme aime. Ceux qui veillent tard au travail la veille au soir sont si ensevelis dans le sommeil qu’ils auront peine à être debout de bonne heure le matin du sabbat.
IV. Après avoir habillé vos corps, vous devez parer vos âmes pour entendre la Parole. Comme le peuple d’Israël devait se laver avant que la loi lui fût donnée, ainsi nous devons laver et purifier nos âmes ; et cela se fait par la lecture, la méditation et la prière. Exode 19:10.
[1] Par la lecture de la Parole. La Parole est un grand moyen de sanctifier le cœur et de le mettre dans une disposition de sabbat. « Sanctifie-les par ta vérité », etc. Jean 17:17. Ne lisez pas la Parole négligemment, mais avec sérieux et affection, comme l’oracle du ciel, le puits du salut, le livre de vie. David, pour son prix, l’estimait au-dessus de l’or, et pour sa douceur, au-dessus du miel. Psaume 19:11. Par une juste lecture de la Parole, nos cœurs, quand ils sont engourdis, sont vivifiés ; quand ils sont durs, sont amollis ; quand ils sont froids et glacés, sont enflammés ; et nous pouvons dire comme les disciples : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous ? » Certains passent de leur lit à la prédication. Si beaucoup ne retirent pas plus de profit, le jour du sabbat, de la Parole prêchée, c’est qu’ils n’ont pas déjeuné avec Dieu le matin en lisant sa Parole.
[2] La méditation. Montez sur la montagne de la méditation, et là conversez avec Dieu. La méditation est la retraite de l’âme en elle-même, afin que, par une pensée sérieuse et solennelle sur Dieu, le cœur soit élevé à des affections divines. C’est une œuvre qui convient au matin du sabbat. Méditez sur quatre choses.
(1) Sur les œuvres de la création. Cela est exprimé dans le commandement : « l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer », etc. La création est un miroir dans lequel nous voyons la sagesse et la puissance de Dieu glorieusement représentées. Dieu a produit ce bel édifice du monde sans aucune matière préexistante, et par une parole. « Les cieux ont été faits par la parole de l’Éternel ». Psaume 33:6. Les disciples s’étonnèrent que Christ pût d’une parole calmer la mer ; mais il était bien plus étonnant de faire la mer d’une parole. Matthieu 8:26. Le jour du sabbat, méditons sur l’infinité du Créateur. Levez les yeux vers le firmament, et voyez « ses merveilles au milieu de l’abîme ». Psaume 107:24. Regardez dans la terre, où nous pouvons contempler la nature des minéraux, la puissance de l’aimant, la vertu des herbes et la beauté des fleurs. En méditant sur ces œuvres de la création, si curieusement brodées, nous apprendrons à admirer Dieu et à le louer. « Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Éternel! Tu les as toutes faites avec sagesse. » Psaume 104:24. En méditant sur les œuvres de la création, nous apprendrons à nous confier en Dieu. Celui qui peut créer peut pourvoir ; celui qui a pu nous faire quand nous n’étions rien peut nous relever quand nous sommes abattus. « Notre secours est dans le nom de l’Éternel, Qui a fait les cieux et la terre. » Psaume 124:8.
(2) Méditez sur la sainteté de Dieu. « Son nom est saint et redoutable. » Psaume 111:9. « Tes yeux sont trop purs pour voir le mal ». Habacuc 1:13. Dieu est saint essentiellement, originellement et efficacement. Toute la sainteté des hommes et des anges n’est qu’un ruisseau de cristal qui coule de cette glorieuse source. Dieu aime la sainteté parce qu’elle est sa propre image. Un roi ne peut qu’aimer voir son effigie frappée sur la monnaie. Dieu tient la sainteté pour sa gloire, et pour le joyau le plus étincelant de sa couronne. « magnifique en sainteté ». Exode 15:11. Voilà une méditation qui convient à l’entrée d’un sabbat. La contemplation de cette vérité produirait en nous une disposition de cœur assortie à un Dieu saint ; elle nous ferait révérer son nom et sanctifier son jour. En méditant sur la sainteté de la nature de Dieu, nous commencerons à être transformés à sa ressemblance.
(3) Méditez sur l’amour de Christ qui nous a rachetés. Apocalypse 1:5. La rédemption surpasse la création ; l’une est un monument de la puissance de Dieu, l’autre de son amour. Voilà une œuvre qui convient au sabbat. Oh ! l’amour infini et prodigieux de Christ, qui relève de pauvres créatures déchues d’un état de culpabilité et de damnation ! Que Christ, qui était Dieu, ait dû mourir ! que ce glorieux Soleil de justice ait dû subir une éclipse ! Nous ne pourrons jamais assez admirer cet amour, non, pas même dans le ciel. Que Christ soit mort pour des pécheurs ! non pour des anges pécheurs, mais pour des hommes pécheurs. Que de telles mottes de terre et de péché soient changées en brillantes étoiles de gloire ! Oh ! l’étonnant amour de Christ ! C’était là Illustre amoris Christi mnemosynum. Brugensis. Que Christ ne soit pas seulement mort pour des pécheurs, mais qu’il soit mort comme un pécheur ! « il l’a fait devenir péché pour nous » 2 Corinthiens 5:21. Celui qui était au nombre des glorieuses personnes de la Trinité « a été mis au nombre des malfaiteurs ». Ésaïe 53:12. Non qu’il eût le péché, mais il fut semblable à un pécheur, nos péchés lui étant imputés. Le péché ne vivait pas en lui, mais il était posé sur lui. Il y avait là une hyperbole d’amour capable de nous frapper d’étonnement. Que Christ nous ait rachetés, alors qu’il ne pouvait espérer rien gagner, ni retirer de nous le moindre avantage ! Les hommes ne placent pas leur argent dans un achat, à moins qu’il ne tourne à leur profit ; mais quel profit Christ pouvait-il attendre en nous achetant et en nous rachetant ? Nous étions dans un tel état que nous ne pouvions ni mériter ni récompenser l’amour de Christ. Nous ne pouvions le mériter, car nous étions baignés dans notre sang. Ézéchiel 16:6. Nous n’avions aucune beauté spirituelle pour l’attirer. Bien plus, non seulement nous étions dans notre sang, mais nous étions en armes contre lui. « lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » ; Romains 5:10. Pendant qu’il versait son sang, nous crachions du venin. Comme nous ne pouvions le mériter, nous ne pouvions non plus le récompenser. Après qu’il fut mort pour nous, nous ne pouvions pas même l’aimer, jusqu’à ce qu’il nous eût fait l’aimer. Nous ne pouvions rien lui donner en retour de son amour. « Qui lui a donné le premier ? » Romains 11:35. Nous étions tombés dans la pauvreté. Si nous avons quelque beauté, elle vient de lui : « elle était parfaite, grâce à l’éclat dont je t’avais ornée ». Ézéchiel 16:14. Si nous portons quelque bon fruit, il ne vient pas de notre propre cru, il vient de lui, le vrai cep. « C’est de moi que tu recevras ton fruit. » Osée 14:8. Ce n’était rien d’autre que pur amour, de la part de Christ, de verser son sang pour racheter des gens dont il ne pouvait attendre aucun véritable avantage. Que Christ soit mort si volontairement ! « je donne ma vie ». Jean 10:17. Les Juifs n’auraient pu la lui ôter s’il ne l’avait donnée. Il aurait pu demander à son Père des légions d’anges pour lui servir de garde ; mais qu’en était-il même besoin, quand sa propre divinité aurait pu le défendre de tous les assauts ? Il donna sa vie. Les Juifs n’avaient pas tant soif de sa mort qu’il n’avait soif de notre rédemption. « Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde qu’il soit accompli! » Luc 12:50. Il appela ses souffrances un baptême ; il devait être baptisé et aspergé de son propre sang ; et le temps lui semblait long jusqu’à ce qu’il souffrît. Pour montrer combien Christ était disposé à mourir, ses souffrances sont appelées une offrande : « par l’offrande du corps de Jésus-Christ ». Hébreux 10:10. Sa mort fut une offrande volontaire. Que Christ n’ait ni regretté ni trouvé excessives toutes ses souffrances ! Bien qu’il eût été flagellé et crucifié, il fut pleinement content de ce qu’il avait fait, et, s’il en était besoin, il le referait encore. « A cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards ». Ésaïe 53:11. Comme la mère qui a eu un dur travail ne se repent pas de ses douleurs quand elle voit l’enfant mis au monde, mais en est pleinement contente, ainsi Christ, bien qu’il ait eu un rude travail sur la croix, ne le trouve pas excessif ; il n’en est pas troublé, mais il estime sa sueur et son sang bien employés, parce qu’il voit l’enfant mâle de la rédemption mis au monde. Que Christ rende la rédemption efficace pour les uns et non pour les autres ! Voilà un amour surprenant. Bien qu’il y ait dans ses mérites de quoi sauver tous les hommes, quelques-uns seulement participent à leur vertu salutaire ; tous ne croient pas. « il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient point ». Jean 6:64. Christ ne prie pas pour tous. Jean 17:9. Certains le rejettent. Il est « la pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient ». Psaume 118:22. D’autres se moquent de lui. Luc 16:14. D’autres secouent son joug : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. » Luc 19:14. En sorte que tous n’ont pas le bénéfice du salut par lui. En ceci paraît l’amour de Christ qui fait la distinction : que la vertu de sa mort atteigne les uns et non les autres. « parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. » 1 Corinthiens 1:26. Que Christ passe à côté de beaucoup de gens de haute naissance et de grands talents, et que le sort de la grâce gratuite tombe sur toi ; qu’il répande sur toi l’aspersion de son sang : « Ô profondeur de l’amour de Christ ! » Que Christ nous aime d’un amour si transcendant ! L’apôtre l’appelle « l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance ». Éphésiens 3:19. Qu’il nous aime plus que les anges ! Il les aime comme ses amis, mais les croyants comme son épouse. Il les aime d’un amour semblable à celui que Dieu le Père a pour lui. « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. » Jean 15:9. Oh ! quelle hyperbole d’amour Christ montre en nous rachetant ! Que l’amour de Christ dans notre rédemption soit éternel ! « Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin. » Jean 13:1. Comme l’amour de Christ est sans égal, il est sans fin. La fleur de son amour est douce ; et ce qui la rend plus douce encore, c’est qu’elle ne se fane jamais. Son amour est éternisé. Jérémie 31:3. Il ne répudiera jamais son épouse élue. Les manquements de son peuple ne peuvent lui ôter tout à fait son amour ; ils peuvent l’éclipser, mais non l’enlever entièrement ; leurs manquements peuvent irriter Christ contre eux, mais non le leur faire haïr. Tout manquement ne rompt pas le lien conjugal. L’amour de Christ n’est pas comme l’amour des saints. Ceux-ci ont parfois de fortes affections envers lui ; en d’autres temps, l’accès est passé, et ils sentent en eux peu ou point d’amour ; mais il n’en est pas ainsi de l’amour de Christ pour eux : c’est un amour d’éternité. Quand le soleil de l’amour électif de Christ s’est une fois levé sur l’âme, il ne se couche jamais pour de bon. La mort peut nous ôter la vie, mais non l’amour de Christ. Voyez ici un rare sujet de méditation pour le matin du sabbat. La méditation de l’amour merveilleux de Christ, qui nous a rachetés, produirait en nous une disposition de cœur propre au sabbat.
Elle nous ferait fondre en larmes pour notre ingratitude spirituelle : que nous ayons péché contre un si doux Sauveur ; que nous n’ayons pas été plus touchés de son amour, mais que nous lui ayons rendu le mal pour le bien ; que, comme les Athéniens qui, malgré tous les bons services qu’Aristide leur avait rendus, le bannirent de leur cité, nous l’ayons banni de notre temple ; que nous l’ayons attristé par notre orgueil, notre colère irréfléchie, notre stérilité, nos animosités et nos étranges factions. N’avons-nous personne d’autre à outrager que notre ami ? N’avons-nous rien d’autre contre quoi regimber que les entrailles de notre Sauveur ? Christ n’a-t-il pas assez souffert sur la croix, qu’il nous faille encore le faire souffrir davantage ? Lui donnerons-nous encore « du fiel et du vinaigre à boire » ? Oh ! si quelque chose peut dissoudre le cœur dans la douleur et fondre les yeux en larmes, c’est l’ingratitude envers Christ. Quand Pierre pensa à l’amour de Christ pour lui, comment il l’avait fait apôtre, lui avait révélé les secrets de son cœur et l’avait emmené sur la montagne de la transfiguration, et que pourtant il l’avait renié, cela lui brisa le cœur de douleur ; « étant sorti, il pleura amèrement ». Matthieu 26:75. Quelle chose bénie que d’avoir les yeux baignés de larmes le jour du sabbat ! et rien ne ferait plus tôt couler les larmes que de méditer sur l’amour de Christ pour nous, et sur notre ingratitude envers lui.
Méditer, au matin du jour du Seigneur, sur l’amour de Christ allumerait dans nos cœurs l’amour pour lui. Comment pouvons-nous le regarder saigner et mourir pour nous sans que nos cœurs soient réchauffés d’amour pour lui ? L’amour est l’âme de la religion, la plus pure des affections. Ce ne sont pas des fleuves d’huile, mais des étincelles d’amour que Christ estime. Et sûrement, comme David l’a dit : « Pendant que je méditais, le feu s’est embrasé » (Psaume 39:4), de même, tandis que nous méditons l’amour de Christ qui nous a rachetés, le feu de notre amour brûlera pour lui ; et le chrétien est alors dans une bienheureuse disposition de sabbat, quand, comme un séraphin, il brûle d’amour pour Christ.
(4) Le matin du sabbat, méditez sur la gloire du ciel. Le ciel est l’extrait et l’essence du bonheur. Il est appelé un royaume. Matthieu 25:34. Un royaume, pour ses richesses et sa magnificence. Il est dépeint par des pierres précieuses et des portes de perle. Apocalypse 21:19, 21. Là se trouve tout ce qui est vraiment glorieux : une lumière transparente, un amour parfait, un honneur sans tache, une joie sans mélange ; et ce qui couronne la joie du paradis céleste, c’est l’éternité. Supposez que les royaumes de la terre soient plus glorieux qu’ils ne le sont, leurs fondements d’or, leurs murailles de perle, leurs fenêtres de saphir ; ils n’en sont pas moins corruptibles ; mais le royaume des cieux est éternel ; ces fleuves de délices coulent « à toujours ». Psaume 16:11. Ce en quoi consiste l’essence de la gloire, ce qui fait que le ciel est le ciel, c’est la vue immédiate et la jouissance du Dieu béni. « Dès le réveil, je me rassasierai de ton image. » Psaume 17:15. Oh ! pensez à la Jérusalem d’en haut !
Cela convient au sabbat. La méditation du ciel élèverait nos cœurs au-dessus du monde. Oh ! comme les choses terrestres disparaîtraient et se réduiraient à rien, si nos esprits s’élevaient au-dessus des choses visibles et que nous eussions la gloire en perspective ! Comme la méditation du ciel nous rendrait célestes dans nos exercices du sabbat ! Elle vivifierait l’affection, donnerait des ailes à la dévotion, et ferait que nous serions « ravis en esprit au jour du Seigneur ». Apocalypse 1:10. Avec quelle vigueur sert Dieu celui qui a toujours devant les yeux une couronne de gloire !
[3] Nous parons nos âmes le matin du sabbat par la prière : « quand tu pries, entre dans ta chambre », etc. Matthieu 6:6. La prière sanctifie le sabbat.
(1) Les choses que nous devons demander le matin du sabbat. Implorons une bénédiction sur la Parole qui doit être prêchée : qu’elle soit pour nous une odeur de vie ; que par elle nos esprits soient davantage éclairés, nos corruptions davantage affaiblies, et notre fonds de grâce davantage accru. Prions pour que la présence particulière de Dieu soit avec nous, que nos cœurs brûlent au-dedans de nous pendant que Dieu parle, que nous recevions la Parole dans des cœurs doux et humbles, que nous nous y soumettions et portions du fruit. Jacques 1:21. Et nous ne devons pas prier seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres.
Priez pour celui qui dispense la Parole : que sa langue soit touchée d’un charbon pris sur l’autel de Dieu ; que Dieu réchauffe le cœur de celui qui doit aider à réchauffer les autres. Vos prières peuvent être un moyen de vivifier le ministre. Certains se plaignent de ne retirer aucun profit de la Parole prêchée ; peut-être n’ont-ils pas prié pour leur ministre comme ils le devaient. La prière est comme l’affûtage et l’aiguisage d’un instrument, qui le fait mieux couper. Priez avec votre famille et pour elle. Oui, priez pour toutes les assemblées qui se réunissent en ce jour dans la crainte du Seigneur : que la rosée de l’Esprit tombe avec la manne de la Parole ; que des âmes soient converties, et d’autres fortifiées ; que les ordonnances de l’Évangile soient maintenues et qu’aucune entrave ne leur soit imposée. Voilà les choses que nous devons demander. L’arbre de la miséricorde ne laissera pas tomber son fruit, à moins d’être secoué par la main de la prière.
(2) La manière de prier. Il ne suffit pas de dire une prière, de prier d’une manière morne et froide, qui invite Dieu à refuser ; mais nous devons prier avec révérence, humilité, ferveur, et espérance en la miséricorde de Dieu. Luc 22:44. Christ priait plus instamment. Pour prier avec plus de ferveur, nous devons prier avec le sentiment de nos besoins. Celui que le besoin presse mendie l’aumône avec instance. Celui-là prie le plus ardemment qui prie avec le plus de sentiment. C’est là sanctifier le matin du sabbat ; et c’est une bonne préparation à la Parole prêchée. Quand la terre a été ouverte par la charrue, elle est prête à recevoir la semence ; quand le cœur a été brisé par la prière, il est prêt à recevoir la semence de la Parole prêchée.
V. Ayant ainsi paré vos âmes le matin, appliquez-vous, pour sanctifier plus encore le sabbat, à entendre la Parole prêchée.
Quand vous vous asseyez à votre place, levez les yeux au ciel pour demander une bénédiction sur la Parole qui va être dispensée ; car vous devez savoir que la Parole prêchée n’agit pas comme un remède, par sa propre vertu inhérente, mais par une vertu venue du ciel et par la coopération du Saint-Esprit. Adressez donc une courte prière jaculatoire pour obtenir une bénédiction sur la Parole, afin qu’elle vous soit rendue efficace.
La prédication de la Parole une fois commencée, écoutez-la avec révérence et une sainte attention. « Une femme, nommée Lydie, était attentive à ce que disait Paul. » Actes 16:14. L’empereur Constantin était remarqué pour son attention révérencieuse à la Parole. Christ enseignait tous les jours dans le temple : et « tout le peuple l’écoutait avec admiration ». Luc 19:48. En grec : « ils étaient suspendus à ses lèvres ». Si nous parlions aux hommes d’une riche acquisition, ils seraient tout attentifs ; et ne devraient-ils pas l’être bien davantage quand l’Évangile de la grâce leur est prêché ? Pour sanctifier et honorer le sabbat par une écoute attentive, gardez-vous de deux choses quand vous écoutez : la distraction et l’assoupissement.
[1] La distraction. « Pour vous attacher au Seigneur sans distraction. » 1 Corinthiens 7:35. On rapporte de saint Bernard que, parvenu à la porte de l’église, il disait : « Restez ici, toutes mes pensées terrestres. » Ainsi devrions-nous nous dire à nous-mêmes, au seuil de la maison de Dieu : « Restez ici, tous mes soucis du monde et toutes mes pensées vagabondes ; je vais maintenant entendre ce que le Seigneur veut me dire. » La distraction fait obstacle à la dévotion. L’esprit est ballotté de vaines pensées et détourné de l’affaire en cours. Il est difficile de fixer un cœur de vif-argent. Saint Jérôme se plaint de lui-même : « Parfois, quand je suis au service de Dieu, per porticus diambulo, je me promène dans les galeries, et parfois je fais mes comptes. » Que de fois, pendant l’audition de la Parole, les pensées dansent de-ci de-là ; l’œil est sur le ministre, et l’esprit sur tout autre chose ! Écouter distraitement, c’est être bien loin de sanctifier le sabbat. Il est fort coupable de céder alors aux vaines pensées, car, lorsque nous entendons la Parole, nous sommes en la présence particulière de Dieu. Commettre un acte de trahison en présence du roi est une impudence suprême. « Même dans ma maison j’ai trouvé leur méchanceté. » Jérémie 23:11. Le Seigneur peut ainsi dire : « Dans ma maison, pendant qu’ils entendaient ma parole, j’ai trouvé de la méchanceté ; ils ont les yeux lascifs, et leur âme est tournée vers la vanité. »
D’où viennent ces pensées errantes et distraites pendant que nous écoutons ?
(1) En partie de Satan. Le diable ne manque jamais d’être présent dans nos assemblées. S’il ne peut nous empêcher d’écouter, il nous gênera pendant que nous écoutons. « Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Éternel, et Satan vint aussi au milieu d’eux. » Job 1:6. Le diable place de vains objets devant l’imagination pour faire diversion. Son grand dessein est de rendre la Parole stérile. Comme, lorsqu’un homme écrit, un autre lui pousse le coude pour qu’il ne puisse écrire droit, ainsi, quand nous écoutons, le diable nous pousse le coude par quelque tentation, pour que nous ne soyons pas attentifs à la Parole prêchée. « Il me fit voir Josué, le souverain sacrificateur, debout devant l’ange de l’Éternel, et Satan qui se tenait à sa droite pour l’accuser. » Zacharie 3:1.
(2) Ces pensées vagabondes pendant l’audition viennent en partie de nous-mêmes. Il ne faut pas rejeter tout le blâme sur Satan.
Elles viennent de l’œil. Un œil errant fait des pensées errantes. Comme un voleur peut entrer dans la maison par une fenêtre, ainsi les vaines pensées peuvent entrer par l’œil. De même qu’il nous est ordonné de prendre garde à notre pied lorsque nous entrons dans la maison de Dieu (Ecclésiaste 4:17), ainsi avons-nous besoin de faire un pacte avec nos yeux, afin de n’être pas distraits par la vue d’autres objets. Job 31:1.
Les pensées vagabondes pendant l’audition montent du cœur. Ces étincelles sortent de notre propre fournaise. Les vaines pensées sont la vase que le cœur rejette, comme une mer agitée. « Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées. » Marc 7:21. Comme l’estomac chargé envoie des vapeurs à la tête, ainsi la corruption du cœur envoie de mauvaises pensées à l’esprit.
Les pensées distraites pendant l’audition procèdent d’une mauvaise habitude. Nous nous accoutumons aux vaines pensées en d’autres temps ; c’est pourquoi nous ne pouvons les empêcher le jour du sabbat. L’habitude est une seconde nature. « Un Éthiopien peut-il changer sa peau, Et un léopard ses taches? De même, pourriez-vous faire le bien, Vous qui êtes accoutumés à faire le mal? » Jérémie 13:23. Celui qui a l’habitude de la mauvaise compagnie ne sait comment la quitter ; ainsi ceux à qui les vaines pensées tiennent compagnie toute la semaine ne savent comment s’en défaire le jour du sabbat. Laissez-moi vous montrer combien ces pensées vaines et distraites sont mauvaises pendant l’audition : —
[1] Avoir le cœur distrait pendant qu’on écoute, c’est manquer de respect à l’omniscience de Dieu. Dieu est un Esprit qui voit tout ; et les pensées parlent plus fort à ses oreilles que les paroles aux nôtres. Il est celui qui fait connaître à l’homme ses pensées. Amos 4:13. Ne pas se faire conscience des pensées vagabondes pendant l’audition, c’est faire affront à l’omniscience de Dieu, comme s’il ne connaissait pas notre cœur, ou n’entendait pas le langage de nos pensées.
[2] Céder aux pensées vagabondes pendant l’audition, c’est de l’hypocrisie. Nous faisons mine d’écouter ce que Dieu dit, et notre esprit est tout entier à autre chose. Nous présentons à Dieu nos corps, mais nous ne lui donnons pas nos cœurs. Osée 7:11. C’est de cette hypocrisie que Dieu se plaint : « Quand ce peuple s’approche de moi, Il m’honore de la bouche et des lèvres; Mais son cœur est éloigné de moi. » Ésaïe 29:13. C’est là tergiverser et agir faussement avec Dieu.
[3] Les vaines pensées pendant l’audition révèlent un grand manque d’amour pour Dieu. Si nous l’aimions, nous écouterions ses paroles comme des oracles, et nous les écririons sur la table de notre cœur. Proverbes 3:3. Quand un ami que nous aimons nous parle et nous donne un conseil, nous l’écoutons avec sérieux et nous buvons chacune de ses paroles. Laisser nos pensées vagabonder dans les devoirs saints montre un grand défaut dans notre amour pour Dieu.
[4] Les pensées vaines et déplacées pendant l’audition souillent une ordonnance. Elles sont comme les mouches mortes dans le vase de parfum. Quand une corde du luth est désaccordée, elle gâte la musique ; ainsi la distraction des pensées désaccorde l’esprit et rend nos services durs et désagréables à entendre. Les pensées vagabondes empoisonnent un devoir et le changent en péché. « Que sa prière passe pour un péché! » Psaume 109:7. Quoi de pire que de voir la prière d’un homme et son audition de la Parole devenir péché ? Ne serait-il pas triste que la viande que nous mangeons augmente nos mauvaises humeurs ? Combien plus quand l’audition de la Parole, qui est la nourriture de l’âme, se change en péché !
[5] Les vaines pensées pendant l’audition offensent Dieu. Si le roi parlait à l’un de ses sujets, et que celui-ci ne prêtât pas attention à ce que dit le roi, mais pensât à une autre affaire, ou jouât avec une plume, le roi ne serait-il pas irrité ? Ainsi, quand nous sommes en la présence de Dieu, qu’il nous parle dans sa Parole, et que nous ne faisons guère attention à ce qu’il dit, mais que nos cœurs se livrent à la cupidité, ne sera-t-il pas offensé d’être ainsi dédaigné ? Ézékiel 33:31. Il a prononcé une malédiction sur de telles gens : « Maudit soit le trompeur qui a dans son troupeau un mâle, Et qui voue et sacrifie au Seigneur une bête chétive! » Malachie 1:14. Avoir des affections fortes et vives, c’est avoir un mâle dans le troupeau ; mais écouter la Parole avec distraction, c’est donner à Dieu des devoirs gâtés par les vaines pensées comme une viande par les mouches, c’est offrir au Seigneur une bête chétive, ce qui attire la malédiction. « Maudit soit le trompeur. »
[6] Les vaines pensées pendant l’audition, quand on les tolère sans leur résister, préparent l’endurcissement du cœur. Une pierre dans le cœur est pire qu’une pierre dans les reins. Les pensées distraites pendant l’audition ne rendent pas le cœur meilleur, elles l’endurcissent. Les vaines pensées ôtent la sainte crainte de Dieu qui devrait reposer sur le cœur ; elles rendent la conscience moins tendre et entravent l’efficace que la Parole devrait avoir sur le cœur.
[7] Les pensées vaines et distraites nous dérobent la consolation d’une ordonnance. Une âme pleine de grâce rencontre souvent Dieu dans le sanctuaire, et peut dire : « j’ai trouvé celui que mon cœur aime. » Cantique 3:4. Elle est comme Jonathan qui, ayant goûté le miel au bout de son bâton, eut les yeux éclaircis. Mais les vaines pensées font obstacle à la consolation d’une ordonnance, comme un nuage noir cache les rayons chauds et réconfortants du soleil. Dieu nous parlera-t-il de paix quand notre esprit vagabonde et que nos pensées voyagent jusqu’à l’extrémité de la terre ? Proverbes 17:24. Si jamais vous voulez écouter la Parole avec attention, faites comme Abraham quand il chassa les oiseaux de dessus le sacrifice. Genèse 15:11. Quand vous découvrez en vous ces excursions et ces égarements coupables pendant l’audition, travaillez à chasser les oiseaux ; défaites-vous de ces vaines pensées ; ce sont des vagabonds, et il ne faut pas leur donner l’hospitalité.
Comment nous défaire de ces pensées vagabondes ?
(1) Priez et veillez contre elles. (2) Que le sentiment de l’œil de Dieu, qui voit tout, tienne vos cœurs dans la crainte. Le serviteur ne s’amuse pas en présence de son maître. (3) Travaillez à avoir une sainte disposition de cœur. Si le cœur était plus spirituel, l’esprit serait moins léger comme une plume. (4) Apportez plus d’amour à la Parole. Nous fixons notre esprit sur ce que nous aimons. Celui qui aime ses plaisirs et ses divertissements y fixe son esprit, et peut les suivre sans distraction. Si notre amour était davantage attaché à la Parole prêchée, notre esprit s’y fixerait davantage ; et assurément il y a de quoi nous faire aimer la Parole prêchée, car elle est la parole de vie, la porte de la connaissance, l’antidote contre le péché, ce qui vivifie toutes les saintes affections. Elle est la vraie manne, qui a en elle toutes sortes de saveurs douces ; la piscine de Béthesda, où jaillissent les fleuves de vie pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; un élixir souverain, un cordial pour ranimer l’esprit affligé. Aimez la Parole prêchée, et vous ne serez pas si distraits en l’écoutant. Là où le cœur prend son plaisir, les pensées s’attardent.
[2] Gardez-vous de l’assoupissement pendant l’audition. L’assoupissement montre une grande irrévérence. Que de gens sont vifs quand ils s’occupent du monde, mais combien assoupis dans le culte de Dieu, comme si le diable leur avait donné de l’opium pour les endormir ! La somnolence est ici fort coupable. N’êtes-vous pas, dans la prière, en train de demander le pardon de vos péchés ? Le prisonnier s’endormira-t-il pendant qu’il implore sa grâce ? Dans la prédication de la Parole, le pain de vie ne vous est-il pas rompu ? Un homme s’endormira-t-il sur son repas ? Lequel est le pire, de rester loin du sermon, ou de dormir pendant le sermon ? Pendant que vous dormiez, peut-être fut annoncée la vérité qui aurait pu convertir vos âmes. De plus, dormir est fort choquant dans une sainte assemblée ; non seulement cela attriste l’Esprit de Dieu, mais cela afflige le cœur des justes. Ézékiel 13:22. Ils sont peinés de voir quelqu’un témoigner un tel mépris de Dieu et de son culte ; de le voir actif dans sa boutique, mais assoupi dans le temple. C’est pourquoi, comme Christ disait : « Vous n’avez donc pu veiller une heure », ainsi : ne pouvez-vous rester éveillés une heure ? Matthieu 26:40. Je ne nie pas qu’un enfant de Dieu puisse parfois, par faiblesse et indisposition du corps, s’assoupir pendant un sermon, mais non volontairement ni ordinairement. Le soleil peut s’éclipser, mais pas souvent. Si le sommeil est habituel et toléré, c’est un fort mauvais signe, et une profanation de l’ordonnance. Un bon remède contre l’assoupissement est de manger sobrement le jour du sabbat. Ceux qui accordent trop à leur appétit le jour du sabbat sont plus propres à dormir sur un lit de repos qu’à prier dans le temple. Afin que vous rejetiez les pensées distraites et l’assoupissement le jour du Seigneur, et que vous écoutiez la Parole avec une attention révérencieuse, considérez —
(1) C’est Dieu qui nous parle dans sa Parole ; c’est pourquoi la prédication de la Parole est appelée le « souffle de ses lèvres ». Ésaïe 11:4. Il est dit que Christ nous parle maintenant « du haut des cieux », comme un roi parle par son ambassadeur. Hébreux 12:25. Les ministres ne sont que des tuyaux et des orgues ; c’est l’Esprit du Dieu vivant qui souffle en eux. Quand nous venons à la Parole, nous devrions penser en nous-mêmes : Dieu parle par ce prédicateur. Les Thessaloniciens entendirent la parole que Paul prêchait comme si Dieu lui-même leur avait parlé. « en recevant la parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la parole de Dieu. » 1 Thessaloniciens 2:13. Quand Samuel sut que c’était l’Éternel qui lui parlait, il prêta l’oreille. 1 Samuel 3:10. Si nous ne faisons pas cas de Dieu quand il nous parle, il ne fera pas cas de nous quand nous le prierons.
(2) Considérez combien sont sérieuses et graves les choses qui nous sont annoncées. Moïse dit : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort. » Deutéronome 30:19. Les hommes peuvent-ils être indifférents à la Parole, ou somnolents, quand les graves affaires de l’éternité sont placées devant eux ? Nous prêchons la foi, la sainteté de vie, le jour du jugement et la rétribution éternelle. Ici la vie et la mort sont mises devant vous ; et tout cela n’appelle-t-il pas une attention sérieuse ? Si l’on lisait à quelqu’un une lettre d’une importance particulière, où il y allait de sa vie et de ses biens, ne l’écouterait-il pas avec un grand sérieux ? Dans la prédication de la Parole, il y va de votre salut ; et si jamais vous devez être attentifs, c’est maintenant. « Car ce n’est pas une chose sans importance pour vous; c’est votre vie. » Deutéronome 32:47.
(3) Céder aux vaines pensées et à l’assoupissement pendant l’audition, c’est faire plaisir à Satan. Il sait qu’en religion ne pas avoir l’esprit à un devoir revient à ne pas le faire. « Ce que le cœur ne fait pas n’est pas fait. » C’est pourquoi Christ dit de quelques-uns : « en entendant ils n’entendent ». Matthieu 13:13. Comment cela se pouvait-il ? Parce que, bien que la Parole résonnât à leurs oreilles, ils ne prêtaient pas attention à ce qu’on leur disait ; leurs pensées étaient ailleurs ; c’était donc tout comme s’ils n’avaient pas entendu. Ne plaît-il pas à Satan de voir des hommes venir à la Parole, alors qu’ils feraient aussi bien de rester chez eux ? Ils sont hantés de vaines pensées ; ils sont arrachés au devoir alors même qu’ils l’accomplissent ; leur corps est dans l’assemblée, et leur cœur dans leur boutique. « en entendant ils n’entendent ».
(4) Chaque sabbat peut être le dernier que nous observerons jamais ; nous pouvons aller du lieu où l’on écoute au lieu où l’on est jugé ; et ne prêterions-nous pas à la Parole une attention révérencieuse ? Si nous pensions, en entrant dans la maison de Dieu : « Peut-être est-ce la dernière fois que Dieu nous donnera conseil au sujet de nos âmes, et avant un autre sermon l’alarme de la mort sonnera à nos oreilles ; avec quelle attention et quelle dévotion devrions-nous écouter, et nos affections seraient tout en feu pendant l’audition !
(5) Vous devrez rendre compte de chaque sermon que vous entendez. Redde rationem : « Rends compte de ton administration. » Luc 16:2. Ainsi Dieu dira : « Rends compte de ta manière d’écouter. As-tu été touché par la Parole ? En as-tu tiré profit ? » Comment pourrons-nous rendre un bon compte, si nous avons été distraits pendant l’audition et n’avons pas pris garde à ce qui nous a été dit ? Le juge à qui nous devons rendre compte, c’est Dieu. Si nous devions rendre compte à un homme, nous pourrions falsifier les comptes ; mais c’est à Dieu que nous devons rendre compte. Nec donis corrumpitur, nec blanditiis fallitur. Saint Bernard. « Il est un Dieu si juste qu’on ne peut le corrompre, et si sage qu’on ne peut le tromper. » Puisque nous avons à rendre compte à un Juge si impartial, avec quel soin devrions-nous recueillir chaque parole prêchée, en nous souvenant du compte à rendre ! Que tout cela nous fasse secouer la distraction et l’assoupissement pendant l’audition, et tenir nos oreilles enchaînées à la Parole.
VI. POUR entendre la Parole comme il faut, qu’on prenne garde aux choses suivantes : —
[1] Déposez les dispositions qui peuvent rendre inefficace la Parole prêchée. Ainsi :
(1) La curiosité. Certains vont entendre la Parole prêchée, non pas tant pour acquérir la grâce que pour s’enrichir de notions : ils ont la démangeaison d’entendre. 2 Timothée 4:3. Saint Augustin confesse qu’avant sa conversion il allait entendre saint Ambroise pour son éloquence plutôt que pour la spiritualité de son propos. « tu es pour eux comme un chanteur agréable, possédant une belle voix, et habile dans la musique. » Ézékiel 33:32. Beaucoup vont à la Parole seulement pour régaler leurs oreilles ; ils aiment la mélodie de la voix, la douceur mielleuse de l’expression et la nouveauté des opinions. Actes 17:21. C’est aimer la garniture du plat plus que la nourriture ; c’est désirer d’être charmé plutôt qu’édifié. Comme une femme qui se farde le visage mais néglige sa santé, ils se fardent et se parent de spéculations curieuses, mais négligent la santé de leur âme. Une telle audition ne sanctifie ni le cœur ni le sabbat.
(2) Déposez les préjugés. Le préjugé s’en prend parfois aux vérités prêchées. Les sadducéens avaient un préjugé contre la doctrine de la résurrection. Luc 20:27. Parfois le préjugé s’en prend à la personne qui prêche. « Il y a encore Michée, par qui l’on pourrait consulter l’Éternel ; mais je le hais. » 1 Rois 22:8. Cela fait obstacle à la puissance de la Parole. Si un malade a mauvaise opinion de son médecin, il ne prendra aucun de ses remèdes, si bons qu’ils soient. Le préjugé dans l’esprit est comme une obstruction dans l’estomac, qui empêche la vertu nourrissante de la viande. Il empoisonne la Parole et lui fait perdre son efficace.
(3) Déposez la convoitise. La convoitise ne consiste pas seulement à acquérir injustement les biens du monde, mais à les aimer démesurément. C’est un grand obstacle à la Parole prêchée. La semence qui tomba parmi les épines fut étouffée (Matthieu 13:22), juste image de la Parole prêchée à un auditeur cupide. Le cupide pense au monde pendant qu’il écoute ; son cœur est dans sa boutique. « mon peuple s’assied devant toi; ils écoutent tes paroles, … et leur cœur se livre à la cupidité. » Ézékiel 33:31. L’auditeur cupide tourne la Parole en dérision. « Les pharisiens, qui étaient avares, écoutaient aussi tout cela, et ils se moquaient de lui. » Luc 16:14.
(4) Déposez la partialité. Il y a partialité dans l’audition quand nous aimons entendre prêcher certaines vérités, mais non toutes. Nous aimons entendre parler du ciel, mais non du renoncement à soi-même ; de régner avec Christ, mais non de souffrir avec lui ; des devoirs les plus faciles de la religion, mais non de ceux qui sont plus noueux et plus difficiles, comme la mortification, mettre la cognée à la racine et abattre notre péché bien-aimé. « Dites-nous des choses flatteuses » (Ésaïe 30:10), de celles qui ne grincent pas sur la conscience. Beaucoup aiment entendre parler de l’amour de Christ, mais non d’aimer leurs ennemis ; ils aiment les consolations de la Parole, mais non ses répréhensions. Hérode écoutait volontiers Jean-Baptiste ; il aimait bien des vérités, mais non quand Jean parlait contre son inceste.
(5) Déposez l’esprit de censure. Certains, au lieu de se juger eux-mêmes pour leur péché, siègent en juges sur le prédicateur : son sermon avait trop de fiel, ou il était trop long. Ils censureraient un sermon plutôt que de le mettre en pratique. Dieu jugera le juge. Matthieu 7:1.
(6) Déposez la désobéissance. « J’ai tendu mes mains tout le jour vers un peuple rebelle. » Romains 10:21. Il est dit des Juifs que Dieu tendit les mains dans la prédication de la Parole, mais qu’ils rejetèrent Christ. Qu’il n’y ait parmi vous personne qui refuse volontairement les conseils de la Parole. Il est triste d’avoir une oreille d’aspic et un cœur de diamant. Zacharie 7:11, 12. Si, quand Dieu nous parle dans sa Parole, nous sommes sourds, quand nous lui parlerons dans la prière, il sera muet.
[2] Si vous voulez entendre la Parole comme il faut, ayez de bonnes fins en l’écoutant. « Venez à la Parole pour être rendus meilleurs. » Certains n’ont d’autre but en écoutant que de suivre la mode, de se faire une réputation, ou de fermer la bouche à leur conscience ; mais vous, venez à la Parole pour être rendus plus saints. Il y a une grande différence entre celle qui va au jardin cueillir des fleurs pour les porter à son corsage, et celle qui y va cueillir des fleurs pour en faire des sirops et des remèdes. Nous devrions aller à la Parole pour y chercher un remède qui nous guérisse, comme Naaman le Syrien alla au Jourdain pour être guéri de sa lèpre. « Désirez le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez. » 1 Pierre 2:2. Allez à la Parole pour être transformés à sa ressemblance. Comme le sceau laisse son empreinte sur la cire, travaillez à ce que la Parole prêchée laisse sur votre cœur l’empreinte de sa propre sainteté.
Travaillez à ce que la « Parole » ait en vous la même vertu que les eaux de jalousie, qui faisaient mourir et rendaient féconde ; qu’elle fasse mourir vos péchés et rende vos âmes fécondes en grâce. Nombres 5:27.
[3] Si vous voulez entendre la Parole comme il faut, allez-y avec délices. La Parole prêchée est un festin de mets succulents. Avec quel plaisir les hommes se rendent à un festin ! La Parole prêchée oint l’œil aveugle, amollit le cœur de roc ; elle fait tomber nos fers et nous fait passer de la puissance de Satan à Dieu. Actes 26:18. La Parole est la semence de la régénération et l’instrument du salut. Jacques 1:18. Écoutez la Parole avec délices et complaisance. « J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées; Tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur. » Jérémie 15:16. « Que tes paroles sont douces à mon palais, Plus que le miel à ma bouche! » Psaume 119:103. Aimez la parole qui touche le plus la conscience ; bénissez Dieu quand vos corruptions ont été atteintes, quand l’épée de l’Esprit a fait la séparation entre vous et vos péchés. Qui se soucie d’une médecine qui n’agit pas ?
[4] Si vous voulez entendre la Parole comme il faut, mêlez-y la foi. Croyez à la vérité de la Parole prêchée, croyez qu’elle est la parole par laquelle vous devez être jugés. Ne vous contentez pas d’ajouter foi à la Parole prêchée, mais appliquez-la à vos propres âmes. La foi digère la Parole et la change en nourriture spirituelle. Beaucoup entendent la Parole, mais on peut dire d’eux ce que dit le Psaume 106:24 : « Ils ne crurent pas à la parole de l’Éternel. » Comme Mélanchthon dit un jour à quelques Italiens : « Vous autres Italiens, vous adorez Dieu dans le pain, alors que vous ne croyez pas qu’il soit au ciel », ainsi beaucoup entendent les paroles de Dieu, mais ne croient pas que Dieu existe ; ils mettent en doute la vérité de ses oracles. Si nous ne mêlons pas la foi à la Parole, c’est comme si l’on omettait le principal ingrédient d’un remède, ce qui le rend inefficace. L’incrédulité endurcit le cœur des hommes contre la Parole. « quelques-uns restaient endurcis et incrédules. » Actes 19:9. Les hommes entendent annoncer bien des vérités sur le prix inestimable de Christ, la beauté de la sainteté et la félicité de l’état glorifié ; mais si, par incrédulité et athéisme, ils mettent ces vérités en doute, autant parler aux pierres et aux piliers de l’église qu’à eux. La parole qu’on ne croit pas ne peut jamais être mise en pratique. Ubi male creditur, ibi nec bene vivitur [Quand la croyance est chancelante, la conduite vacille aussi]. Saint Jérôme. L’incrédulité rend sans effet la Parole prêchée. « la parole qui leur fut annoncée ne leur servit de rien, parce qu’elle ne trouva pas de la foi chez ceux qui l’entendirent. » Hébreux 4:2. La Parole est pour l’incrédule comme un cordial versé dans la bouche d’un mort : elle y perd toute sa vertu. S’il y a des incrédules dans nos assemblées, que diront d’eux les ministres à Dieu au dernier jour ? Seigneur, nous avons prêché au peuple vers lequel tu nous avais envoyés, nous lui avons montré notre mandat, nous lui avons annoncé tout ton conseil, mais il n’a pas cru un mot de ce que nous disions. Nous lui avons dit quel serait le fruit du péché, mais il n’a pas voulu y prendre garde. Il a voulu boire son breuvage sucré, bien que la mort fût dans la coupe. Seigneur, nous sommes purs de son sang. À Dieu ne plaise que les ministres aient jamais à lui faire ce rapport sur leur peuple ! Mais ils y seront contraints si leurs auditeurs vivent et meurent dans l’incrédulité. Voulez-vous sanctifier le sabbat en entendant la Parole comme il faut ? Écoutez-la avec foi. L’apôtre joint ensemble ces deux choses, « la foi et le salut » : « Nous sommes de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme. » Hébreux 10:39.
[5] Si vous voulez entendre la Parole comme il faut, écoutez-la d’un esprit doux. Jacques 1:21. Recevez la Parole in mansuetudine, « avec douceur ». La douceur est une disposition de cœur soumise à la Parole. Le contraire de cette douceur est l’emportement de l’esprit, quand les hommes se dressent avec rage contre la Parole, comme si le malade se fâchait contre le médecin qui lui donne un remède pour purger ses mauvaises humeurs. « En entendant ces paroles, ils étaient furieux dans leur cœur, et ils grinçaient des dents contre lui [Étienne]. » Actes 7:54. « Asa fut irrité contre le voyant, et il le fit mettre en prison. » 2 Chroniques 16:10. L’orgueil et la culpabilité font que les hommes s’irritent contre la Parole. Qu’est-ce qui mit Asa en fureur, sinon l’orgueil ? Il était roi, et se croyait trop grand pour qu’on lui parlât de son péché. Qu’est-ce qui mit Caïn en colère quand Dieu lui dit : « Où est ton frère Abel? » Il répondit : « suis-je le gardien de mon frère? » Qu’est-ce qui le rendait si susceptible, sinon la culpabilité ? Il avait trempé ses mains dans le sang de son frère. Si vous voulez entendre la Parole comme il faut, déposez vos passions. « Recevez avec douceur la parole » ; ayez des cœurs humbles pour vous soumettre aux vérités annoncées. Dieu prend l’homme doux pour son disciple. « Il enseigne aux humbles sa voie. » Psaume 25:9. La douceur fait de la Parole prêchée une « parole qui a été plantée en vous ». Jacques 1:21. Un bon greffon enté sur un mauvais sauvageon en change la nature et lui fait porter de bons et nobles fruits ; ainsi, quand la Parole prêchée est greffée dans le cœur des hommes, elle les sanctifie et leur fait produire les doux fruits de la justice. Par la douceur, elle devient une parole greffée en nous.
[6] Si vous voulez entendre la Parole comme il faut, ne soyez pas seulement attentifs, mais aussi rétentifs. Serrez-la dans votre mémoire et dans votre cœur. La semence tombée « dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent ». Luc 8:15. Le mot grec traduit par « retenir » signifie tenir ferme la Parole, de sorte qu’elle ne nous échappe pas. Si la semence n’est pas gardée dans la terre, mais aussitôt emportée par les eaux, elle est semée en pure perte ; de même, si la Parole prêchée n’est pas gardée dans votre mémoire et dans votre cœur, elle est prêchée en vain. Beaucoup ont une mémoire semblable à un vase qui fuit. Si la Parole s’en va aussi vite qu’elle entre, comment pourrait-elle profiter ? Si l’on met un trésor dans un coffre et que le coffre ne soit pas fermé à clé, on peut facilement l’en retirer ; ainsi une mauvaise mémoire est un coffre sans serrure, d’où le diable peut aisément emporter tout le trésor. « puis le diable vient, et enlève de leur cœur la parole. » Luc 8:12. Travaillez à garder en mémoire les vérités que vous entendez. Ce que nous estimons ne s’oublie pas facilement. « La jeune fille oublie-t-elle ses ornements, La fiancée sa ceinture? » Jérémie 2:32. Si nous faisions plus de cas de la Parole, nous ne l’oublierions pas si vite. Si la viande ne reste pas dans l’estomac, mais remonte aussi vite que nous la mangeons, elle ne peut nourrir ; de même, si la Parole ne demeure pas dans la mémoire, mais s’en va aussitôt, elle ne peut faire que peu de bien à l’âme.
[7] Si vous voulez entendre comme il faut, mettez en pratique ce que vous entendez. La pratique est la vie de tout. « Heureux ceux qui pratiquent ses commandements, afin d’avoir droit à l’arbre de vie. » Apocalypse 22:14. Avoir seulement entendu ne sera pas un plaidoyer au jour du jugement ; il ne suffira pas de dire : « Seigneur, j’ai entendu beaucoup de sermons. » Dieu dira : « Quels fruits d’obéissance avez-vous portés ? » La Parole prêchée n’est pas seulement là pour vous informer, mais pour vous réformer ; non seulement pour améliorer votre vue, mais pour hâter votre pas sur le chemin du ciel. Un bon auditeur s’ouvre et se ferme à Dieu comme l’héliotrope au soleil.
(1) Si vous n’entendez pas la Parole pour la mettre en pratique, vous perdez toute votre peine. Que de pas fatigués vous avez faits, que de fois votre corps a été pressé dans la foule et votre esprit défaillant, si l’audition ne vous rend pas meilleurs ! Si vous êtes aussi orgueilleux, aussi vains et aussi terrestres que jamais, toute votre audition est perdue. Vous auriez horreur de commercer en vain ; pourquoi n’auriez-vous pas horreur d’entendre des sermons en vain ? « Pourquoi me fatiguer en vain? » Job 9:29. Posez cette question à votre âme : Pourquoi me fatiguer en vain ? Pourquoi prendre toute cette peine pour entendre, et n’avoir pourtant pas la grâce de le mettre en pratique ? Je suis aussi mauvais que jamais ! Pourquoi donc me fatiguer en vain ?
(2) Si vous entendez la Parole sans en devenir meilleurs, vous êtes comme la salamandre, qui ne s’échauffe pas davantage dans le feu ; et votre audition aggravera votre condamnation. « Le serviteur qui, ayant connu la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas agi selon sa volonté, sera battu d’un grand nombre de coups. » Luc 12:47. Nous plaignons ceux qui ne savent où entendre la Parole ; ce sera pire pour ceux qui ne se soucient pas de la manière dont ils l’entendent. Pour les auditeurs sans grâce et désobéissants, chaque sermon sera un fagot pour chauffer l’enfer. Il est triste d’aller en enfer chargé d’ordonnances. Oh ! suppliez l’Esprit de rendre efficace la Parole prêchée ! Les ministres ne peuvent parler qu’à l’oreille ; l’Esprit parle au cœur. « Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. » Actes 10:44.
[8] Après avoir entendu la Parole d’une manière sainte et spirituelle, pour sanctifier davantage le sabbat, entretenez-vous de la Parole. Il nous est défendu en ce jour de tenir nos propres discours, mais nous devons parler de la parole de Dieu. Ésaïe 58:13. Parlez des sermons quand vous êtes assis ensemble ; c’est là une part de la sanctification du sabbat. Un bon entretien ramène les saintes vérités dans notre mémoire et les fixe dans notre cœur. « Alors ceux qui craignent l’Éternel se parlèrent l’un à l’autre. » Malachie 3:16. Il y a une grande puissance et une grande efficace dans un bon entretien. « Que les paroles vraies sont persuasives! » Job 6:25. Par de saints entretiens le jour du sabbat, un chrétien aide à réchauffer un autre quand il est glacé, et à fortifier un autre quand il est faible. Latimer confessa qu’il avait été beaucoup avancé dans la religion par ses entretiens avec M. Bilney, le martyr. « Que ma langue chante ta parole! » Psaume 119:172. L’une des raisons pour lesquelles la prédication de la Parole le jour du sabbat ne fait pas plus de bien, c’est qu’il y a si peu de bons entretiens. Peu de gens parlent de la parole qu’ils ont entendue, comme si les sermons étaient des secrets dont on ne doit plus parler, ou comme s’il était honteux de parler de ce qui nous sauvera.
[9] Terminez la soirée du sabbat par la récapitulation, la lecture, le chant des psaumes et la prière. Demandez que Dieu bénisse la parole que vous avez entendue. Si seulement nous pouvions passer ainsi un sabbat, nous pourrions être « en esprit au jour du Seigneur » ; nos âmes seraient nourries et consolées ; et les sabbats que nous observons maintenant seraient les arrhes des sabbats éternels que nous célébrerons dans le ciel.
Premier usage. Voyez ici le devoir du chrétien : « sanctifier le jour du sabbat ».
(1) Le sabbat tout entier doit être consacré à Dieu. Il n’est pas dit : Sanctifie une partie du sabbat ; mais le jour entier doit être religieusement observé. Si Dieu nous a donné six jours et n’en a pris qu’un pour lui-même, lui disputerons-nous une partie de ce jour ? Ce serait un sacrilège. Les Juifs consacraient un jour entier à l’Éternel ; et nous ne devons pas, comme le dit saint Augustin, abréger ni rogner le sabbat plus que ne le faisaient les Juifs. Les païens eux-mêmes, à la lumière de la nature, mettaient à part un jour entier en l’honneur de faux dieux ; et Scévola, l’un de leurs grands pontifes, affirme que la transgression volontaire de ce jour ne pouvait recevoir ni expiation ni pardon. Si quelqu’un dérobe une partie du sabbat chrétien pour un travail servile ou pour se divertir, Scévola, le grand pontife des dieux païens, se lèvera au jugement pour le condamner. Que ceux qui disent qu’observer un sabbat entier est trop judaïque montrent où Dieu a réduit le temps du culte ; où il a dit : Vous n’observerez qu’une partie du sabbat ; et s’ils ne peuvent le montrer, c’est frustrer Dieu de ce qui lui est dû. Qu’un jour entier soit destiné et mis à part pour son culte particulier, c’est une ordonnance perpétuelle, tant que l’Église demeurera sur la terre, comme le dit Pierre Martyr. De cet avis furent aussi Théodore, saint Augustin, Irénée et les principaux des Pères.
(2) Comme le sabbat tout entier doit être consacré à Dieu, ainsi il doit être sanctifié. Vous avez vu la manière de sanctifier le jour du Seigneur par la lecture, la méditation, la prière, l’audition de la Parole, et par le chant des psaumes, pour faire entendre au Seigneur une mélodie. Maintenant, outre ce que j’ai dit sur la sanctification de ce jour, permettez-moi de faire un bref commentaire ou une paraphrase de ce passage de l’Écriture : « Si tu retiens ton pied pendant le sabbat, Pour ne pas faire ta volonté en mon saint jour, Si tu fais du sabbat tes délices, Pour sanctifier l’Éternel en le glorifiant, Et si tu l’honores en ne suivant point tes voies, En ne te livrant pas à tes penchants et à de vains discours. » Ésaïe 58:13. Voilà une description de la vraie sanctification du sabbat.
« Si tu retiens ton pied pendant le sabbat. » Cela peut s’entendre littéralement ou spirituellement. Littéralement, c’est-à-dire : si tu retiens ton pied de faire de longues marches ou des voyages le jour du sabbat. C’est ainsi que l’expliquent les docteurs juifs. Ou spirituellement : si tu détournes tes affections (les pieds de ton âme) de toute inclination vers les affaires du monde.
« Pour ne pas faire ta volonté en mon saint jour. » C’est-à-dire : tu ne dois pas faire ce qui peut plaire à la partie charnelle, comme les jeux et les passe-temps. Ce serait faire l’œuvre du diable le jour de Dieu.
« Si tu fais du sabbat tes délices. » Appelle-le tes délices, c’est-à-dire estime-le tel. Bien que le sabbat ne soit pas un jour de plaisir charnel, le saint plaisir n’est pas défendu. L’âme doit prendre plaisir aux devoirs du sabbat. Les saints d’autrefois tenaient le sabbat pour leurs délices : les Juifs appelaient le sabbat dies lucis, un jour de lumière. Le jour du Seigneur, où luit le Soleil de justice, est à la fois un jour de lumière et un jour de délices. C’est le jour de la douce communion entre Dieu et l’âme. En ce jour, le chrétien fait ses sorties vers le ciel ; son âme est élevée au-dessus de la terre ; et cela peut-il se faire sans délices ? Plus l’oiseau vole haut, plus son chant est doux. Le jour du sabbat, l’âme fixe son amour sur Dieu ; et là où est l’amour, là sont les délices. En ce jour, le cœur du croyant est fondu, vivifié et dilaté dans les saints devoirs ; et comment tout cela pourrait-il être sans qu’un secret délice l’accompagne ? Le jour du sabbat, une âme pleine de grâce peut dire : « J’ai désiré m’asseoir à son ombre, Et son fruit est doux à mon palais. » Cantique 2:3. Comment un cœur spirituel pourrait-il ne pas appeler le sabbat ses délices ? N’est-il pas délicieux pour une reine de revêtir sa robe de noces pour aller à la rencontre du roi, son époux ? Quand nous vaquons aux exercices du sabbat, nous nous habillons, nous revêtons notre robe de noces pour aller à la rencontre de notre céleste Époux, le Seigneur Jésus ; et cela n’est-il pas délicieux ? Le jour du sabbat, Dieu fait un festin de mets succulents ; il régale l’oreille de sa Parole et le cœur de sa grâce. Nous pouvons donc bien appeler le sabbat nos délices. Trouver ce saint délice, c’est être « en esprit au jour du Seigneur ».
« Ce qui est saint pour l’Éternel, digne d’honneur. » En hébreu : glorieux. Appeler le sabbat digne d’honneur ne doit pas s’entendre tant d’un honneur extérieur qu’on lui rendrait en portant de plus riches vêtements ou en faisant meilleure chère ce jour-là, comme le glosent faussement les docteurs juifs. C’est là le principal honneur que certains rendent à ce jour ; mais appeler le sabbat digne d’honneur, c’est lui rendre l’honneur du cœur, le révérer et l’estimer comme la reine des jours. Nous devons tenir le sabbat pour digne d’honneur, parce que Dieu l’a honoré. Toutes les personnes de la Trinité l’ont honoré. Dieu le Père l’a béni, Dieu le Fils est ressuscité ce jour-là, Dieu le Saint-Esprit est descendu ce jour-là. Actes 2:1. Ce jour doit être honoré par tous les bons chrétiens et tenu en haute vénération. C’est un jour illustre, où est tendu le sceptre d’or de la miséricorde. Le sabbat chrétien est le crepusculum même, l’aube du sabbat céleste. Il est digne d’honneur, parce qu’en ce jour « Dieu descend vers nous et nous visite ». Avoir le Roi du ciel présent d’une manière particulière dans nos assemblées, voilà ce qui rend le jour du sabbat digne d’honneur. De plus, l’œuvre accomplie ce jour-là le rend digne d’honneur. Les six jours sont remplis d’un travail servile, qui leur fait perdre beaucoup de leur gloire ; mais en ce jour s’accomplit une œuvre sacrée. L’âme est tout entière occupée au culte de Dieu ; elle prie, elle écoute, elle médite ; elle fait l’œuvre des anges, louant et bénissant Dieu. Encore, ce jour est digne d’honneur en vertu d’une institution divine. L’argent a sa valeur par lui-même ; mais quand on y met l’effigie royale, il devient honorable ; ainsi Dieu a mis sur ce jour une empreinte sacrée, l’empreinte de l’autorité divine et l’empreinte de la bénédiction divine. Voilà ce qui le rend digne d’honneur ; et c’est sanctifier le sabbat que de l’appeler ses délices et de le tenir pour digne d’honneur.
« en ne suivant point tes voies. » C’est-à-dire : tu ne souilleras pas ce jour en y faisant quelque travail servile.
« En ne te livrant pas à tes penchants. » C’est-à-dire : sans satisfaire la partie charnelle par des promenades, des visites ou des passe-temps.
« Ni à de vains discours. » C’est-à-dire : à des paroles étrangères et malséantes un jour de sabbat ; à des paroles vaines et déplacées ; à des entretiens sur les affaires du monde.
Deuxième usage. Si le jour du sabbat doit être sanctifié, cela reprend ceux qui, au lieu de sanctifier le sabbat, le profanent. Ils prennent le temps qui devrait être entièrement consacré à Dieu, et l’emploient au service du diable et de leurs convoitises. Le Seigneur a mis à part ce jour pour son propre culte, et ils en font un jour profane. Il a planté une haie autour de ce commandement en disant : « Souviens-toi » ; et ils renversent cette haie ; mais celui qui renverse cette haie sera mordu par un serpent. Ecclésiaste 10:8. Le jour du sabbat en Angleterre est tout sanglant ; et oh ! si notre parlement voulait verser quelque baume dans les blessures qu’il a reçues ! Combien ce jour est profané par l’oisiveté au logis, par la vente de la viande, par les vains discours, par les visites coupables, par les promenades dans les champs, et par les jeux ! Il n’était pas permis au peuple d’Israël de ramasser la manne le jour du sabbat ; et nous permettrions-nous les jeux et les danses en ce jour ? Vraiment, nous devrions nous affliger de voir tant de profanation du sabbat. Quand l’un des eunuques de Darius vit Alexandre poser les pieds sur une riche table de Darius, il pleura. Alexandre lui demanda pourquoi il pleurait. Il répondit que c’était de voir la table que son maître estimait tant devenue un marchepied. Ainsi pouvons-nous pleurer de voir le jour du sabbat, que Dieu estime si haut, qu’il a honoré et béni, devenu un marchepied et foulé aux pieds des pécheurs. Profaner le sabbat est un grand péché ; c’est un mépris volontaire de Dieu ; ce n’est pas seulement jeter sa loi derrière notre dos, mais la fouler aux pieds. Il dit : « Sanctifie le sabbat » ; mais les hommes le souillent. C’est mépriser Dieu, arborer le drapeau du défi, jeter le gant et provoquer Dieu lui-même. Or, comment Dieu pourrait-il supporter d’être ainsi insolemment bravé par une orgueilleuse poussière ? Assurément, il ne laissera pas impunie une si haute impudence. La malédiction de Dieu viendra sur le violateur du sabbat, et elle desséchera tout là où elle tombera. La loi du pays laisse en paix les violateurs du sabbat, mais Dieu ne les laissera pas. Christ n’eut pas plus tôt maudit le figuier qu’il sécha. Dieu prendra l’affaire en main ; il veillera lui-même à punir la violation du sabbat. Et comment la punit-il ?
(1) Par des plaies spirituelles. Il livre les profanateurs du sabbat à l’endurcissement du cœur et à une conscience cautérisée. Les jugements spirituels sont les plus terribles. « Alors je les ai livrés aux penchants de leur cœur. » Psaume 81:13. La cautérisation de la conscience est une marque au fer rouge de la réprobation.
(2) Dieu punit ce péché en livrant les hommes à d’autres péchés. Pour venger la violation de son sabbat, il permet qu’ils forcent des maisons, et qu’ainsi ils tombent sous la punition du magistrat. Que de confessions semblables n’avons-nous pas entendues de la bouche de voleurs qu’on menait au supplice ! Ils n’avaient jamais fait cas du sabbat, et Dieu les laissa commettre les péchés pour lesquels ils allaient mourir.
(3) Dieu punit la violation du sabbat par des jugements soudains et visibles qui frappent les hommes pour ce péché. Il les punit dans leurs biens et dans leurs personnes. Tandis qu’un homme rentrait son blé dans sa grange le jour du Seigneur, la maison et le blé furent consumés par le feu du ciel. Dans le Wiltshire, on avait organisé un bal le jour du Seigneur ; et pendant que l’un de la compagnie dansait, il tomba soudain mort. Le « Théâtre des jugements de Dieu » rapporte qu’un homme, qui avait coutume de chasser chaque jour du Seigneur pendant l’heure du sermon, eut de sa femme un enfant qui avait une tête de chien et qui aboyait comme un limier. Son péché était monstrueux, et il fut puni par une naissance monstrueuse. Le Seigneur menaça les Juifs, s’ils ne sanctifiaient pas le jour du sabbat, d’allumer un feu à leurs portes. Jérémie 17:27. Le terrible incendie qui éclata à Londres commença un jour de sabbat, comme si Dieu voulait nous dire du haut du ciel qu’il nous punissait alors de notre profanation du sabbat. Et il ne la punit pas seulement en cette vie par la mort, mais dans l’autre par la damnation. Que ceux qui violent le sabbat de Dieu voient s’ils pourront briser les chaînes de ténèbres où ils seront tenus avec les démons.
Troisième usage. Elle nous exhorte à la sainteté du sabbat.
Faites-vous conscience de sanctifier ce jour. Les autres commandements n’ont en eux qu’une affirmation, ou qu’une négation ; ce quatrième commandement contient à la fois une affirmation et une négation. « Tu sanctifieras le jour du sabbat », et « tu ne feras aucun ouvrage » : cela montre avec quel soin Dieu veut que nous observions ce jour. Non seulement vous devez observer vous-mêmes ce jour, mais veiller à ce que tous ceux qui sont à votre charge l’observent : « ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante » ; c’est-à-dire : toi qui es un supérieur, un père ou un maître, tu dois veiller à ce que non seulement toi-même, mais ceux qui sont confiés à ta garde et à ta tutelle sanctifient ce jour. Ils sont à blâmer, ces maîtres de maison qui veillent à ce que leurs serviteurs les servent, mais ne prennent nul soin qu’ils servent Dieu ; qui ne s’inquiètent pas que leurs serviteurs servent le diable, pourvu que leur corps leur rende service. Ce que Paul dit à Timothée, Serva depositum, « Garde le bon dépôt », a un sens étendu. 2 Timothée 1:14. Ne prends pas soin seulement de ta propre âme, mais prends soin des âmes qui te sont confiées. Veille à ce que ceux qui sont à ta charge sanctifient le sabbat. La loi de Dieu prescrivait que, si un homme rencontrait un bœuf ou un âne égaré, il le ramènerait ; à bien plus forte raison, quand tu vois l’âme de ton enfant ou de ton serviteur s’égarer loin de Dieu et violer son sabbat, devrais-tu la ramener à l’observation religieuse de ce jour.
Pour vous presser de sanctifier le sabbat, considérez quelles grandes bénédictions Dieu a promises à ceux qui observent strictement ce jour. Ésaïe 58:14. (1) Une promesse de joie. « Alors tu mettras ton plaisir en l’Éternel. » Prendre son plaisir en Dieu est à la fois un devoir et une récompense. Dans ce texte, c’est une récompense : « Alors tu mettras ton plaisir en l’Éternel » ; comme si Dieu disait : Si tu observes le sabbat avec conscience, je te donnerai ce qui te remplira de délices ; si tu observes le sabbat de bon cœur, je te le ferai observer avec joie. Je te donnerai dans le devoir cette dilatation et cette consolation intérieure qui te rassasieront abondamment ; ton âme débordera d’un tel flot de joie que tu diras : « Seigneur, il y a une grande récompense à observer ton sabbat. (2) D’honneur. Et « je te ferai monter sur les hauteurs du pays ». C’est-à-dire : je t’élèverai aux honneurs, ascendere faciam ; ainsi l’interprète Münster. Certains entendent par les hauteurs du pays la Judée ; ainsi Grotius : je t’amènerai dans le pays de Judée, qui est situé plus haut que les autres contrées voisines. (3) De la terre et du ciel. « Je te ferai jouir de l’héritage de Jacob » ; c’est-à-dire : je te nourrirai de toutes les délices de Canaan, et ensuite je te transporterai au ciel, dont Canaan n’était qu’une figure. Une autre promesse est celle-ci : « Heureux l’homme qui fait cela, … Gardant le sabbat, pour ne point le profaner. » Ésaïe 56:2. « Heureux l’homme » ; en hébreu : « bonheurs ». À celui qui sanctifie le sabbat appartient ici bonheur sur bonheur ; il sera béni des sources d’en haut et des sources d’en bas ; il sera béni dans son nom, dans ses biens, dans son âme, dans sa postérité. Qui ne garderait le sabbat pour ne point le profaner, quand tant de bénédictions doivent lui être assurées, à lui et à sa postérité après lui ? De plus, observer le sabbat avec conscience dispose le cœur au service de Dieu pendant toute la semaine qui suit. Chrétien, plus tu seras saint le jour du sabbat, plus tu seras saint pendant la semaine suivante.
Chapitre 8 terminé
2.4 Le quatrième commandement