Chapitre 7 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute
2.3 Le troisième commandement
« Tu ne prendras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. » Exode 20:7.
Ce commandement a deux parties : 1. Une défense exprimée : nous ne devons pas prendre le nom de Dieu en vain, c’est-à-dire jeter sur son nom quelque blâme ou quelque déshonneur. 2. Un commandement sous-entendu : nous devons prendre soin de révérer et d’honorer son nom. De ce second point, je parlerai plus amplement sous la première demande de l’oraison dominicale : « Que ton nom soit sanctifié. » Je parlerai maintenant de la défense exprimée dans ce commandement, ou de la prohibition : « Tu ne prendras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain; » La langue est un membre indocile. Toutes les parties et tous les organes du corps sont souillés par le péché, comme chaque branche d’absinthe est amère ; « mais la langue… elle est pleine d’un venin mortel. » Jacques 3:8. Aucun membre du corps n’éclate davantage au déshonneur de Dieu que la langue. Nous avons donc ce commandement comme un frein pour la langue, afin de l’astreindre à la bonne conduite. Cette défense est appuyée d’une puissante raison : « car l’Éternel ne laissera point impuni » ; c’est-à-dire qu’il ne le tiendra pas pour innocent. Les hommes de rang et de distinction tiennent pour un affront que leur nom soit outragé, et ils infligent de lourdes peines aux coupables. « l’Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. » ; il le regarde comme un criminel, et il le punira sévèrement. Ce sur quoi il faut ici insister, c’est qu’il faut prendre grand soin que le nom saint et vénérable de Dieu ne soit pas profané par nous, ou pris en vain. Nous prenons en vain le nom de Dieu :
[1] Quand nous parlons de son nom légèrement et sans respect. Il faut craindre « ce nom glorieux et redoutable de l’Éternel, ton Dieu ». Deutéronome 28:58. David parle de Dieu avec révérence : « Dieu, Dieu, l’Éternel. » Psaumes 50:1. « Qu’ils sachent que toi seul, dont le nom est l’Éternel, Tu es le Très-Haut sur toute la terre! » Psaumes 83:19. Les disciples, lorsqu’ils parlaient de Jésus, sanctifiaient son nom : « Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. » Luc 24:19. Quand nous nommons les rois, nous leur donnons quelque titre d’honneur, comme « Votre Excellente Majesté » ; ainsi devrions-nous parler de Dieu avec la révérence sacrée qui est due à l’infinie majesté du ciel. Quand nous parlons légèrement de Dieu ou de ses œuvres, il l’interprète comme un mépris, comme une manière de prendre son nom en vain.
[2] Quand nous professons le nom de Dieu sans vivre d’une manière qui y réponde, nous le prenons en vain. « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres. » Tite 1:16. Quand la langue et la vie des hommes se contredisent, quand, sous le masque de la profession, ils mentent, trompent et vivent dans l’impureté, ils se servent du nom de Dieu pour l’outrager, et ils le prennent en vain. Simulata sanctitas duplex iniquitas [La sainteté feinte n’est qu’une double iniquité]. « le nom de Dieu est à cause de vous blasphémé parmi les païens. » Romains 2:24. Quand les païens voyaient que les Juifs, qui faisaient profession d’être le peuple de Dieu, menaient une vie scandaleuse, cela les portait à mal parler de Dieu et à haïr à cause d’eux la vraie religion.
[3] Quand nous employons le nom de Dieu dans de vains discours. On ne doit parler de lui qu’avec une sainte crainte au cœur. Faire entrer son nom à tout propos, quand on ne pense pas à lui, dire : « Ô Dieu ! » ou : « Ô Christ ! » ou : « Aussi vrai que Dieu sauvera mon âme », c’est prendre le nom de Dieu en vain. Combien sont coupables en ce point ! Bien qu’ils aient Dieu à la bouche, ils ont le diable au cœur. C’est merveille que le feu ne sorte pas de devant l’Éternel pour les consumer, comme il consuma Nadab et Abihu. Lévitique 10:2.
[4] Quand nous l’adorons des lèvres, mais non du cœur. Dieu réclame le cœur : « Mon fils, donne-moi ton cœur. » Proverbes 23:26. Le cœur est la chose principale dans la religion ; il entraîne après lui la volonté et les affections, comme le Primum Mobile entraîne avec lui les autres sphères. Le cœur est l’encens qui parfume nos choses saintes ; il est l’autel qui sanctifie l’offrande. Quand nous paraissons adorer Dieu, mais que nous lui retirons notre cœur, nous prenons son nom en vain. « Quand ce peuple s’approche de moi, Il m’honore de la bouche et des lèvres; Mais son cœur est éloigné de moi. » Ésaïe 29:13.
(1) Les hypocrites prennent le nom de Dieu en vain : leur religion est un mensonge ; ils paraissent honorer Dieu, mais ils ne l’aiment pas ; leur cœur va après leurs convoitises. « Ils sont avides de ses iniquités. » Osée 4:8. Leurs yeux sont levés vers le ciel, mais leur cœur est enraciné dans la terre. Ézéchiel 33:31. Ce sont des démons sous le manteau de Samuel. (2) Les superstitieux prennent le nom de Dieu en vain. Ils lui apportent quelques cérémonies qu’il n’a jamais instituées, s’inclinent au nom de Christ et font des courbettes devant l’autel, mais ils haïssent et persécutent l’image de Dieu.
[5] Quand nous le prions sans croire en lui. La foi est une grâce qui honore grandement Dieu. Abraham fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu. Romains 4:20. Mais quand nous prions Dieu sans mêler la foi à notre prière, nous prenons son nom en vain. « Je puis bien prier, dit un chrétien, mais je n’en serai pas plus avancé. » Je doute que Dieu entende ou exauce jamais de tels hommes. C’est déshonorer Dieu et prendre son nom en vain ; c’est faire de lui soit une idole, qui a des oreilles et n’entend point, soit un menteur, qui promet miséricorde au pénitent, mais ne veut pas tenir sa parole. « celui qui ne croit pas Dieu le fait menteur. » 1 Jean 5:10. Quand l’apôtre dit (Romains 10:14) : « Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru? », le sens est : Comment invoqueront-ils Dieu comme il faut sans croire en lui ? Mais combien l’invoquent qui ne croient pas en lui ! Ils demandent le pardon, mais l’incrédulité leur murmure que leurs péchés sont trop grands pour être pardonnés. Prier ainsi sans croire, c’est prendre le nom de Dieu en vain et le déshonorer grandement, comme s’il n’était pas le Dieu que la Parole nous représente : « plein d’amour pour tous ceux qui t’invoquent. » Psaumes 86:5.
[6] Quand, de quelque manière que ce soit, nous profanons et outrageons sa Parole. La Parole de Dieu est profanée, en général, quand les profanes s’en mêlent. Il est malséant et indigne d’un méchant homme de parler des choses sacrées, de la providence de Dieu, des décrets de Dieu et du ciel. Il fut très désagréable à Christ d’entendre le diable citer l’Écriture : « Il est écrit. » Entendre un méchant qui se vautre dans le péché parler de Dieu et de la religion est choquant ; c’est prendre le nom de Dieu en vain. Quand la Parole de Dieu est dans la bouche d’un ivrogne, c’est comme une perle suspendue à un pourceau. Sous la loi, les lèvres du lépreux devaient être couvertes. Lévitique 13:45. Les lèvres d’un ministre profane et ivrogne devraient être couvertes ; il est indigne de prononcer la Parole de Dieu, parce qu’il prend son nom en vain.
Plus particulièrement, ils profanent la Parole de Dieu et prennent son nom en vain : (1) Ceux qui parlent de sa Parole avec mépris. « Où est la promesse de son avènement? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création. » 2 Pierre 3:4. Comme s’ils disaient : Les prédicateurs font grand bruit du jour du jugement, où tous devront rendre compte de leurs œuvres ; mais où paraît-il, ce jour ? Nous voyons les choses suivre leur cours et demeurer telles qu’elles sont depuis la création. Ils parlent ainsi de l’Écriture avec mépris, et ils prennent le nom de Dieu en vain. Si la sentence n’est pas promptement exécutée, les hommes s’en moquent et la tournent en dérision ; mais « Les châtiments sont prêts pour les moqueurs ». Proverbes 19:29.
(2) Ceux qui en parlent par plaisanterie. Tels sont ceux qui se jouent et s’amusent de l’Écriture. C’est jouer avec le feu. Certains ne peuvent être gais sans prendre des libertés avec Dieu ; ils font de l’Écriture une harpe pour chasser l’esprit de tristesse. Eusèbe rapporte qu’un homme ayant tourné l’Écriture en plaisanterie, Dieu le frappa de démence. Se jouer de l’Écriture révèle un cœur très profane. Certains aimeraient mieux perdre leur âme que de perdre leurs bons mots. Ceux-là sont coupables de prendre le nom de Dieu en vain. Tremblez-en. Ceux qui se moquent de l’Écriture, Dieu se moquera de leur malheur. Proverbes 1:26.
(3) Ceux qui allèguent l’Écriture pour couvrir quelque péché. La Parole, qui a été écrite pour réprimer le péché, est alléguée par certains pour la défense du péché. Par exemple, si nous reprochons à un homme cupide son péché, en lui disant que la cupidité est une idolâtrie, il répondra : « Dieu ne m’a-t-il pas ordonné de vivre dans une vocation ? N’a-t-il pas dit : “Tu travailleras six jours” ; et : “Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il est pire qu’un infidèle.” ? » Il s’efforce ainsi d’appuyer sa cupidité sur l’Écriture. Or il est vrai que Dieu nous a ordonné de nous donner de la peine dans notre vocation, mais non de faire tort à notre prochain ; il nous a ordonné de pourvoir aux besoins d’une famille, mais non par l’oppression. « Aucun de vous ne trompera son prochain. » Lévitique 25:25. Il nous a ordonné de veiller à notre subsistance, mais non au détriment de l’âme ; il nous a ordonné d’amasser des trésors dans le ciel (Matthieu 6:20) ; mais il nous a commandé de dépenser aussi bien que d’amasser, de semer les semences de la charité sur le dos et dans le ventre des pauvres, ce que de tels hommes négligent. Alléguer l’Écriture pour nous soutenir dans le péché est donc une haute profanation de l’Écriture, et c’est prendre le nom de Dieu en vain. De même, si nous reprochons à un homme ses passions déréglées, en lui disant qu’on peut être ivre d’une colère irréfléchie aussi bien que de vin, il alléguera l’Écriture pour se justifier, en disant : « La Parole ne dit-elle pas : “Si vous vous mettez en colère, ne péchez point” ? » Éphésiens 4:26. Il est vrai que la colère est bonne quand elle est mêlée d’un saint zèle. La colère est sans péché quand elle est dirigée contre le péché ; mais pécher dans la colère, parler légèrement des lèvres, c’est avoir la langue enflammée par la géhenne. Alléguer l’Écriture pour défendre quelque péché que ce soit, c’est la profaner et prendre le nom de Dieu en vain.
(4) Ceux qui altèrent la Parole et la tordent en un faux sens. Tels sont les hérétiques, qui mettent sur l’Écriture leur propre glose, et lui font dire ce que le Saint-Esprit n’a jamais voulu dire. Par exemple, lorsqu’ils expliquent littéralement des textes qui devaient s’entendre figurément. Ainsi les pharisiens, parce que Dieu avait dit dans la loi : « Tu les lieras (les commandements) comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux » (Deutéronome 6:8), le prirent au sens littéral, se procurèrent deux rouleaux de parchemin, sur lesquels ils écrivirent les deux tables, attachant l’un à leur bras gauche et liant l’autre à leurs sourcils ; et ils tordirent ainsi cette Écriture, et prirent le nom de Dieu en vain. Il fallait l’entendre spirituellement : méditer la loi de Dieu et la mettre en pratique. Les papistes expliquent littéralement ces paroles : « ceci est mon corps. », du corps même de Christ ; comme si, lorsque Christ donna le pain, il avait eu deux corps, l’un dans le pain et l’autre hors du pain, alors qu’il l’entendait figurément, comme un signe de son corps. Inversement, quand on explique figurément et allégoriquement des Écritures que le Saint-Esprit entendait littéralement. Par exemple, Christ dit à Pierre : « Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher. » Luc 5:4. Ce texte fut prononcé dans un sens simple et littéral, celui de pousser la barque au large, mais les papistes le prennent dans un sens mystique et allégorique. « Cela prouve, disent-ils, que le pape, qui est le successeur de Pierre, avancera au large, et prendra dans ses filets la puissance ecclésiastique et politique sur les régions occidentales du monde » ; mais je pense que les papistes se sont avancés trop au large, bien au-delà du sens du texte. Quand les hommes forcent leur esprit pour tordre la Parole en un sens qui leur plaît, ils profanent la Parole de Dieu et prennent son nom en vain.
[7] Quand nous jurons par le nom de Dieu. Beaucoup ne nomment guère Dieu que dans leurs jurements, péché à cause duquel le pays est en deuil. « Ne jurez aucunement », c’est-à-dire témérairement et en péchant, de manière à prendre le nom de Dieu en vain. Matthieu 5:34. Non qu’il ne soit permis, dans certains cas, de prêter serment devant un magistrat. « Tu craindras l’Éternel, ton Dieu, tu le serviras, et tu jureras par son nom. » Deutéronome 6:13. « le serment est une garantie qui met fin à tous leurs différends. » Hébreux 6:16. Quand Christ dit : « Ne jurez aucunement », il défend la manière de jurer qui prend le nom de Dieu en vain. Il y a trois sortes de jurements défendus :
(1) Les jurements vains, comme lorsque des hommes, dans leurs conversations ordinaires, lâchent des jurons. Certains excusent leurs jurements. C’est une laine bien grossière que celle qui ne prend aucune teinture, et c’est un péché bien mauvais, en vérité, que celui qui n’a pas d’excuse.
Excuse 1. Je ne jure que de petits jurons sans importance, comme « Ma foi », ou « Par la messe ». Le diable a deux faux miroirs, qu’il place devant les yeux des hommes : l’un est un petit miroir, où le péché paraît si petit qu’on peut à peine le voir, et le diable le place devant les yeux des hommes quand ils vont commettre le péché ; l’autre est un grand miroir grossissant, où le péché paraît si gros qu’il ne peut être pardonné, et le diable le place devant les yeux des hommes quand ils ont péché. Toi qui dis que le péché est petit, quand Dieu ouvrira l’œil de ta conscience, tu verras qu’il est grand, et tu seras près du désespoir. Tu dis que ce ne sont que de petits jurons ; mais Christ défend les jurements vains : « Ne jurez aucunement. » Si Dieu doit nous demander compte de nos paroles oiseuses, nos jurements oiseux n’entreront-ils pas dans le compte ?
Excuse 2. Je jure pour dire vrai. Voyez comme ce péché de courtisane voudrait se farder d’une excuse ! Quand même ce serait vrai, si le serment est téméraire, il est coupable. D’ailleurs, celui qui jure habituellement doit parfois jurer plus que la vérité. Là où coule beaucoup d’eau, il passe avec elle un peu de gravier ou de boue ; de même, là où l’on jure beaucoup, quelques mensonges s’écoulent avec les jurements.
Excuse 3. On ne me croira pas si je ne scelle mes paroles d’un serment. Un honnête homme sera cru sans serment ; sa simple parole porte autorité avec elle, et vaut des lettres de recommandation. En outre, plus un homme jure, moins les autres le croient. Juris credit minus [On se fie moins à ses serments]. Tu es un jureur. Un autre pense qu’un serment pèse bien peu pour toi et que tu ne te soucies guère de ce que tu jures, de sorte que plus tu jures, moins on te croit. Il se fiera à ton billet, mais non à ton serment.
Excuse 4. C’est une habitude de jurer que j’ai prise, et j’espère que Dieu me pardonnera. Quoique, parmi les hommes, la coutume ait de l’influence et puisse être invoquée en justice, il n’en est pas ainsi en matière de péché ; ici, la coutume n’est pas une défense. Tu as pris l’habitude de jurer, et tu ne peux t’en défaire : est-ce là une excuse ? Une chose est-elle bien faite parce qu’elle se fait communément ? Loin d’être une excuse, c’est une aggravation du péché. C’est comme si un homme accusé d’avoir tué quelqu’un suppliait le juge de l’épargner parce qu’il avait coutume d’assassiner. Cela n’aggraverait-il pas l’offense ? Il en est de même ici. Ainsi, toutes les excuses de ce péché des jurements vains tombent. N’ose pas vivre dans ce péché, car c’est prendre le nom de Dieu en vain.
(2) Les jurements infâmes, ces jurements horribles et monstrueux qu’on ne saurait nommer. Les jureurs, comme des chiens enragés, sautent à la face du ciel ; et, quand on les irrite, ils vomissent leur venin blasphématoire contre la majesté sacrée de Dieu. Certains, au jeu, quand les choses tournent mal et que les dés leur sont contraires, se tournent contre Dieu en jurements et en malédictions. Reprochez-leur leur péché, cherchez à ramener ces ânes égarés, et ce n’est que verser de l’huile sur la flamme : ils jureront davantage. Saint Augustin dit : « Ceux qui blasphèment Christ maintenant qu’il est dans le ciel ne pèchent pas moins que les Juifs qui le crucifièrent sur la terre. » Les jureurs profanent le sang de Christ et déchirent son nom. Une femme dit à son mari que, de ses trois fils, un seul était de lui ; le père, en mourant, chargea ses exécuteurs testamentaires de découvrir quel était le vrai fils, et de lui léguer tous ses biens. Le père étant mort, les exécuteurs dressèrent son cadavre contre un arbre, et remirent à chacun des trois fils un arc et des flèches, en leur disant que celui qui tirerait le plus près du cœur du père aurait tout l’héritage. Deux des fils tirèrent aussi près qu’ils purent de son cœur ; mais le troisième sentit la nature agir si fort en lui qu’il refusa de tirer ; sur quoi les exécuteurs jugèrent qu’il était le vrai fils, et lui donnèrent tous les biens. Ceux qui sont les vrais enfants de Dieu craignent de tirer sur lui ; mais ceux qui sont des bâtards, et non des fils, ne se soucient pas de tirer sur lui, dans le ciel, par leurs jurements et leurs malédictions. Ce qui rend le jurement plus odieux encore, c’est que, lorsque les hommes ont résolu quelque action méchante, ils s’obligent par serment à l’accomplir. Tels furent ceux qui s’engagèrent par serment et par imprécation à tuer Paul. Actes 23:12. Commettre le péché est déjà assez mauvais ; mais jurer de commettre le péché est une haute profanation du nom de Dieu, et c’est en quelque sorte appeler Dieu à approuver notre péché.
(3) Le parjure, péché qui brave le ciel. « Vous ne jurerez point faussement par mon nom, car tu profanerais le nom de ton Dieu. » Lévitique 19:12. Le parjure, c’est appeler Dieu en témoignage d’un mensonge. On dit de Philippe de Macédoine qu’il jurait et se déjurait, selon ce qui servait le mieux son intérêt. « L’Éternel est vivant! Avec vérité, avec droiture et avec justice. » Jérémie 4:2. Avec justice : il ne doit donc pas être un serment illicite. Avec droiture : il ne doit donc pas être un serment téméraire. Avec vérité : il ne doit donc pas être un faux serment. Chez les Scythes, si un homme se parjurait, on lui tranchait la tête ; car, si le parjure était toléré, il n’y aurait plus moyen de vivre dans une république ; il ôterait d’entre les hommes toute bonne foi et toute vérité. Le parjure est en aussi mauvais cas que la sorcière ; car, par un faux serment, il lie étroitement son âme au diable. Dans le parjure, ou faux serment prêté devant un tribunal, beaucoup de péchés sont enchaînés ensemble ; plurima peccata in uno [beaucoup de péchés en un seul] ; car, outre qu’il prend le nom de Dieu en vain, le parjure est un voleur : par son faux serment, il dépouille l’innocent de son droit ; il pervertit la justice ; non seulement il pèche lui-même, mais il est cause que le jury rend un faux verdict et que le juge prononce une sentence injuste. Assurément, les jugements de Dieu l’atteindront. Quand le rouleau volant de Dieu, ou sa malédiction, se répand sur la face de la terre, dans quelle maison entre-t-il ? « dans la maison… de celui qui jure faussement en mon nom, […] et qu’elle la consume avec le bois et les pierres. » Zacharie 5:4. Bèze rapporte d’un parjure qu’il n’eut pas plus tôt prêté un faux serment qu’il fut aussitôt frappé d’apoplexie, ne parla plus jamais, et mourut. Oh ! tremblez devant une si horrible impiété !
[8] Quand nous mettons le nom de Dieu en tête de quelque action méchante. Mentionner Dieu à propos d’un dessein méchant, c’est prendre son nom en vain. « Permets que j’aille à Hébron, pour accomplir le vœu que j’ai fait à l’Éternel. » dit Absalom. 2 Samuel 15:7. Ce prétexte d’accomplir un vœu fait à Dieu n’était là que pour couvrir sa trahison. « Quand vous entendrez le son de la trompette, vous direz: Absalom règne » ; chap. 15:10. Quand une action méchante est baptisée du nom de la religion, c’est prendre le nom de Dieu en vain. En cela, le pape est grandement coupable, lorsqu’il lance ses bulles d’excommunication, ou ses malédictions contre le chrétien ; il commence par In nomine Dei, « au nom de Dieu ». Quel péché provocant ! C’est faire l’œuvre du diable et y mettre le nom de Dieu.
[9] Quand nous employons notre langue de quelque manière que ce soit au déshonneur du nom de Dieu. Comme lorsque nous injurions ou maudissons dans nos emportements ; surtout lorsque nous appelons une malédiction sur nous-mêmes si une chose n’est pas telle, alors que nous la savons fausse. J’ai lu l’histoire d’un homme qui souhaita que son corps pourrît si ce qu’il disait n’était pas vrai ; et peu après son corps pourrit, et il devint un spectacle répugnant.
[10] Quand nous faisons des vœux téméraires et illicites. C’est un bon vœu quand un homme s’oblige à faire ce à quoi la Parole l’oblige ; par exemple, s’il est malade, il fait vœu, si Dieu le rétablit, de mener une vie plus sainte. « J’accomplirai mes vœux envers toi: Pour eux mes lèvres se sont ouvertes, Et ma bouche les a prononcés dans ma détresse. » Psaumes 66:13-14. Mais Voveri non debet quod Deo displicet : « On ne doit pas faire un vœu qui déplaise à Dieu » ; comme de faire vœu de pauvreté volontaire, à la manière des moines, ou de faire vœu de vivre dans un couvent de religieuses. Le vœu de Jephthé fut téméraire et illicite ; il fit vœu à l’Éternel de lui sacrifier ce qu’il rencontrerait le premier, et ce fut sa fille. Juges 11:31. Il fit mal de faire ce vœu, et plus mal encore de le tenir ; il se rendit coupable de la violation du troisième et du sixième commandement.
[11] Quand nous parlons mal de Dieu. Le peuple parla contre Dieu. Nombres 21:5.
Comment parlons-nous contre Dieu ?
Quand nous murmurons contre ses dispensations, comme s’il nous avait traités durement. Le murmure accuse la justice de Dieu. « Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice? » Genèse 18:25. Le murmure naît d’une racine amère ; il vient de l’orgueil et du mécontentement ; il outrage Dieu, et prend ainsi son nom en vain. C’est un péché que Dieu ne peut supporter. « Jusqu’à quand laisserai-je cette méchante assemblée murmurer contre moi? » Nombres 14:27.
[12] Quand nous manquons à notre promesse ; comme lorsque nous disons : Si Dieu nous conserve la vie, nous ferons telle chose, sans jamais en avoir l’intention. Notre promesse devrait être sacrée et inviolable ; mais si nous faisons une promesse en y mêlant le nom de Dieu, sans jamais avoir l’intention de la tenir, c’est un double péché : c’est dire un mensonge, et prendre le nom de Dieu en vain.
Usage. Gardez-vous de prendre le nom de Dieu en vain de l’une ou l’autre de ces manières. Souvenez-vous de la menace jointe au commandement dans le texte : « l’Éternel ne laissera point impuni. » Il y a ici une litote : on dit moins, et l’on entend davantage. « Il ne le laissera point impuni », c’est-à-dire qu’il tirera de lui une vengeance sévère. « L’Éternel ne le laissera point impuni. » Le Seigneur parle ici à la manière d’un juge qui tient les assises. Le juge, ici, c’est Dieu lui-même ; les accusateurs, Satan et la propre conscience de l’homme ; le chef d’accusation : « Avoir pris le nom de Dieu en vain » ; l’accusé est reconnu coupable et condamné : « L’Éternel ne le laissera point impuni. » Il me semble que ces paroles, « L’Éternel ne le laissera point impuni », devraient mettre un verrou sur nos lèvres, et nous faire craindre de rien dire qui puisse attirer le déshonneur sur Dieu, ou revenir à prendre son nom en vain. Il se peut que les hommes tiennent pour innocents ceux qui maudissent, jurent, parlent de Dieu sans respect, qu’ils les laissent en paix et ne les punissent pas. Si quelqu’un ravit à un autre sa bonne réputation, il sera sûrement puni ; mais s’il ravit à Dieu son bon renom, où est celui qui le punit ? Celui qui vole les biens d’autrui sera mis à mort, mais celui qui vole à Dieu sa gloire par des jurements et des malédictions est épargné ; mais Dieu lui-même prendra l’affaire en main, et il punira celui qui prend son nom en vain.
(1) Quelquefois Dieu punit dès cette vie le jurement et le blasphème. Dans le comté de Samurtia, comme il s’était élevé une grande tempête de tonnerre et d’éclairs, un soldat éclata en jurements ; mais la tempête déracina un grand arbre, qui tomba sur lui et le mit en pièces. L’histoire d’Allemagne parle d’un jeune homme adonné aux jurements et à l’invention de jurons nouveaux ; le Seigneur lui envoya dans la bouche un chancre qui lui rongea la langue, et dont il mourut. Si un homme blasphémait Dieu, le Seigneur le faisait lapider. « Le fils de la femme israélite blasphéma et maudit le nom de Dieu. […] Moïse parla aux enfants d’Israël; ils firent sortir du camp le blasphémateur, et ils le lapidèrent. » Lévitique 24:11, 23. Olympias, évêque arien, outragea et blasphéma la sainte Trinité ; sur quoi il fut soudain frappé de trois coups de foudre, qui le brûlèrent à mort. Félix, officier de Julien, voyant les vases sacrés dont on se servait pour le sacrement, dit, en se moquant de Christ : « Voyez de quels vases précieux on sert le Fils de Marie ! » Peu après, il fut pris d’un vomissement de sang par sa bouche blasphématoire, et il en mourut.
(2) Si Dieu n’exerçait pas son jugement en cette vie sur ceux qui profanent son nom, leur condamnation est à venir. Il ne leur remettra pas leur culpabilité, mais il les livrera à Satan, le geôlier, pour les tourmenter à jamais. Si Dieu justifie un homme, qui le condamnera ? Mais si Dieu le condamne, qui le justifiera ? Si Dieu met un homme en prison, où trouvera-t-il caution ? Dieu portera en enfer son coup de toute sa force contre le pécheur. « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. » Hébreux 10:31.
Chapitre 7 terminé
2.3 Le troisième commandement