Chapitre 6 · 1 h 13 min de lecture · 1 h 34 min d’écoute
2.2 Le deuxième commandement
« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. » Exode 20:4-6.
I. Tu ne te feras point d’image taillée.
Dans le premier commandement, il est défendu d’adorer un faux dieu ; dans celui-ci, d’adorer le vrai Dieu d’une fausse manière.
« Tu ne te feras point d’image taillée. » Ce commandement ne défend pas de faire une image à usage civil. « De qui sont cette effigie et cette inscription? De César, lui répondirent-ils. » (Matthieu 22:20, 21). Mais il défend de dresser une image pour un usage religieux, pour l’adoration.
« ni de représentation quelconque », etc. Toutes les idées, tous les portraits, toutes les formes et images de Dieu, qu’il s’agisse de statues ou de peintures, sont ici défendus. « veillez attentivement sur vos âmes, de peur que vous ne vous corrompiez et que vous ne vous fassiez une image taillée, une représentation de quelque idole » (Deutéronome 4:15, 16). Dieu doit être adoré dans le cœur, non peint pour les yeux.
« Tu ne te prosterneras point devant elles. » Si l’on fait des images et des tableaux, c’est pour les adorer. La statue d’or de Nebucadnetsar ne fut pas plus tôt dressée que tout le peuple se prosterna et l’adora (Daniel 3:7). Dieu défend de nous prosterner ainsi devant une idole. Ce qui est interdit dans ce commandement, c’est le culte des images. Dresser une image pour représenter Dieu, c’est le rabaisser. Si quelqu’un faisait des images de serpents ou d’araignées en disant qu’il voulait par là représenter son prince, le prince ne s’en tiendrait-il pas pour outragé ? Quel plus grand affront pour le Dieu infini que de le représenter par ce qui est fini ; le Dieu vivant, par ce qui est sans vie ; et le Créateur de toutes choses, par une chose créée ?
[1] Il est impossible de faire une vraie image de Dieu. Dieu est une essence spirituelle, et, étant Esprit, il est invisible (Jean 4:24). « vous n’avez vu aucune figure le jour où l’Éternel vous parla du milieu du feu » (Deutéronome 4:15). Comment peindrait-on la Divinité ? Peut-on faire l’image de ce qu’on n’a jamais vu ? Quod invisibile est, pingi non potest [On ne peut peindre ce qui est invisible]. Saint Ambroise. « vous n’avez vu aucune figure. » Il est impossible de faire le portrait de l’âme ou de peindre les anges, parce qu’ils sont de nature spirituelle ; à plus forte raison ne pouvons-nous peindre par une image Dieu, qui est un Esprit infini et incréé.
[2] Adorer Dieu par une image est à la fois absurde et illicite.
(1) C’est absurde et déraisonnable ; car « l’ouvrier vaut mieux que l’ouvrage », et « celui qui a construit une maison a plus d’honneur que la maison même » (Hébreux 3:3). Si l’ouvrier vaut mieux que l’ouvrage, et que personne ne se prosterne devant l’ouvrier, combien est-il absurde de se prosterner devant l’ouvrage de ses mains ! N’est-il pas absurde de s’incliner devant le portrait du roi quand le roi lui-même est présent ? Il l’est plus encore de s’incliner devant une image de Dieu, quand Dieu lui-même est présent partout.
(2) Il est illicite d’adorer Dieu par une image ; car c’est contraire à l’homélie de l’Église, qui s’exprime ainsi : « Les images de Dieu, de notre Sauveur, de la Vierge Marie, sont de toutes les plus dangereuses ; il faut donc veiller avec le plus grand soin à ce qu’elles ne se trouvent pas dans les temples et les églises. » De sorte que le culte des images est contraire à nos propres homélies et fait affront à l’autorité de l’Église d’Angleterre. Le culte des images est expressément contraire à la lettre de l’Écriture. « Vous ne vous ferez point d’idoles, vous ne vous élèverez ni image taillée ni statue, et vous ne placerez dans votre pays aucune pierre ornée de figures, pour vous prosterner devant elle » (Lévitique 26:1). « Tu ne dresseras point des statues, qui sont en aversion à l’Éternel, ton Dieu. » (Deutéronome 16:22). « Ils sont confus, tous ceux qui servent les images » (Psaumes 97:7). Pensons-nous plaire à Dieu en faisant ce qui est contraire à sa pensée, et ce qu’il a expressément défendu ?
[3] Le culte des images est contraire à la pratique des saints d’autrefois. Josias, ce roi illustre, détruisit les bois sacrés et les images (2 Rois 23:6, 24). Constantin abolit les images dressées dans les temples. Les chrétiens détruisirent les images à Bâle, à Zurich et en Bohême. Lorsque les empereurs romains voulurent leur imposer des images, ils aimèrent mieux mourir que de souiller par l’idolâtrie la pureté virginale de leur profession ; ils refusaient d’admettre dans leur communauté aucun peintre ni aucun sculpteur, parce qu’ils ne voulaient pas avoir de statue ou d’image taillée de Dieu. Quand Séraphion se prosterna devant une idole, les chrétiens l’excommunièrent et le livrèrent à Satan.
Premier usage. Voici l’Église de Rome reprise et condamnée, elle qui, de l’alpha de sa religion jusqu’à l’oméga, est entièrement idolâtre. Les romanistes font des images de Dieu le Père, le peignant sur les vitraux de leurs églises sous les traits d’un vieillard ; ils font une image de Christ sur le crucifix ; et, parce que cela est contraire à la lettre de ce commandement, ils l’effacent sacrilègement de leur catéchisme et divisent le dixième commandement en deux. Le culte des images ne peut qu’être profondément impie et blasphématoire, puisqu’il rend à la créature le culte religieux qui n’est dû qu’à Dieu seul. C’est en vain que les papistes disent qu’ils donnent à Dieu le culte du cœur, et à l’image seulement celui du corps ; car le culte du corps est dû à Dieu aussi bien que celui du cœur, et rendre à une image une vénération extérieure, c’est donner à une créature l’adoration qui n’appartient qu’à Dieu. « je ne donnerai pas ma gloire à un autre » (Ésaïe 42:8).
Les papistes disent qu’ils n’adorent pas l’image, mais qu’ils s’en servent seulement comme d’un moyen pour adorer Dieu. Ne imagini quidem Christi in quantum est lignum sculptum, ulla debetur reverentia [Même à une statue de Christ, aucune révérence n’est due, puisqu’elle n’est qu’un morceau de bois sculpté]. Thomas d’Aquin.
(1) Où Dieu leur a-t-il commandé de l’adorer par une effigie ou une image ? « Qui vous demande de souiller mes parvis? » (Ésaïe 1:12). Les papistes ne peuvent pas même dire ce que disait le diable : Scriptum est, il est écrit.
(2) Les païens peuvent alléguer pour leur grossière idolâtrie le même argument que les papistes pour leur culte des images. Quel païen a jamais été assez simple pour croire que l’or ou l’argent, ou la figure d’un bœuf ou d’un éléphant, était Dieu ? Ce n’étaient là que des emblèmes et des hiéroglyphes destinés à le représenter. Ils adoraient un Dieu invisible au moyen de ces choses visibles. Adorer Dieu par une image, Dieu le tient pour fait à l’image elle-même.
Mais, disent les papistes, les images sont les livres des laïques, et elles servent à leur rappeler Dieu. L’un des conciles papistes a affirmé qu’on pouvait apprendre davantage par une image que par une longue étude des Écritures.
« A quoi sert une image taillée, […] une image en fonte et qui enseigne le mensonge » (Habacuc 2:18). L’image est-elle le livre du laïque ? Voyez alors quelles leçons enseigne ce livre. Il enseigne le mensonge ; il représente sous une forme visible Dieu, qui est invisible. Quand les papistes disent qu’ils se servent d’une image pour se rappeler Dieu, c’est comme si une femme disait qu’elle fréquente un autre homme pour se rappeler son mari.
Mais Moïse n’a-t-il pas fait l’image d’un serpent d’airain ? Pourquoi donc ne pourrait-on pas dresser des images ?
Cela fut fait sur un ordre exprès de Dieu. « Fais-toi un serpent brûlant » (Nombres 21:8). Ce serpent avait aussi un usage particulier, à la fois littéral et spirituel. Quoi ! parce qu’on a dressé l’image du serpent d’airain, cela justifierait-il qu’on dresse des images dans les églises ? Quoi ! parce que Moïse fit une image sur l’ordre de Dieu, pouvons-nous dresser une image de notre invention ? Parce que Moïse fit une image pour guérir ceux qui avaient été mordus, est-il permis de dresser dans les églises des images qui mordent ceux qui sont sains ? Bien plus, ce serpent d’airain même que Dieu avait commandé de dresser, lorsque Israël se mit à le regarder avec trop de vénération et à lui brûler des parfums, Ézéchias le mit en pièces et l’appela Nehuschtan, c’est-à-dire un simple morceau d’airain ; et Dieu le loua de l’avoir fait (2 Rois 18:4).
Mais Dieu n’est-il pas représenté comme ayant des mains, des yeux et des oreilles ? Pourquoi donc ne pourrions-nous pas faire une image pour le représenter et aider notre dévotion ?
Bien qu’il plaise à Dieu de s’abaisser jusqu’à notre faible intelligence et de se dépeindre dans l’Écriture avec des yeux, pour signifier son omniscience, et des mains, pour signifier sa puissance, il est cependant absurde de tirer de ces métaphores et de ces expressions figurées un argument en faveur des images et des tableaux ; car, à ce compte, on pourrait peindre Dieu sous la figure du soleil, de l’élément du feu, ou d’un rocher, puisqu’il est présenté par ces métaphores dans l’Écriture ; et assurément les papistes eux-mêmes n’aimeraient pas qu’on fît de Dieu de telles images.
S’il n’est pas permis de faire l’image de Dieu le Père, ne pouvons-nous pas du moins faire une image de Christ, qui a pris la nature humaine ?
Non ! Épiphane, voyant une image de Christ suspendue dans une église, la mit en pièces. C’est la divinité de Christ, unie à son humanité, qui fait qu’il est Christ ; c’est donc un péché de peindre son humanité, puisque nous ne pouvons peindre sa divinité, car nous ne faisons de lui qu’un demi-Christ — nous séparons ce que Dieu a uni, nous laissons de côté la chose principale, celle qui fait qu’il est Christ.
Mais comment concevrons-nous Dieu comme il faut, s’il ne nous est pas permis de faire de lui une image ou une ressemblance quelconque ?
Nous devons concevoir Dieu spirituellement. (1) Dans ses attributs — sa sainteté, sa justice, sa bonté —, qui sont les rayons par lesquels sa nature divine resplendit. (2) Nous devons le concevoir tel qu’il est en Christ. Christ est « l’image du Dieu invisible », comme dans la cire nous voyons l’empreinte du sceau (Colossiens 1:15). Fixez les yeux de votre foi sur Christ, Dieu et homme. « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14:9).
Deuxième usage. Gardez-vous de l’idolâtrie du culte des images. Notre nature est portée à ce péché comme le bois sec à prendre feu ; et en vérité, à quoi bon tant de paroles dans le commandement : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation de quoi que ce soit dans le ciel, sur la terre, dans les eaux » — soleil, lune, étoiles, homme, femme, poisson — « Tu ne te prosterneras point devant elles » ? À quoi bon, dis-je, tant de paroles, sinon pour montrer combien nous sommes enclins à ce péché du faux culte ? Il nous importe donc de résister à ce péché. Là où la marée tend à courir avec plus de force, il nous faut élever les digues plus haut et les rendre plus solides. La peste de l’idolâtrie est très contagieuse. « Ils se mêlèrent avec les nations, […] Ils servirent leurs idoles » (Psaumes 106:35, 36). Je vous conseille de fuir toutes les occasions de ce péché.
(1) Ne fréquentez pas les papistes idolâtres. Ne vous risquez pas à vivre sous le même toit qu’eux, ou vous vous jetez dans la gueule du diable. Jean le théologien ne voulait pas demeurer dans la maison où se trouvait l’hérétique Cérinthe.
(2) N’entrez pas dans leurs chapelles pour voir leurs crucifix ou entendre la messe. Comme regarder une prostituée entraîne à l’adultère, ainsi regarder la peinture dorée des papistes peut entraîner à l’idolâtrie. Certains vont voir leur culte des idoles. Un vagabond qui n’a rien à perdre ne craint pas d’aller parmi les voleurs ; de même ceux qui n’ont aucun bien en eux ne se soucient pas de savoir dans quels lieux idolâtres ils vont, ni à quelles tentations ils s’exposent ; mais vous qui portez sur vous un trésor de bons principes, prenez garde que les prêtres papistes ne vous en dépouillent et ne vous souillent par leurs images.
(3) Ne vous risquez pas à vous unir par le mariage à des adorateurs d’images. Bien que Salomon fût un homme de sagesse, ses femmes idolâtres détournèrent son cœur de Dieu. Le peuple d’Israël s’engagea par serment et sous peine de malédiction à ne pas donner ses filles en mariage à des idolâtres (Néhémie 10:30). Qu’un protestant épouse une papiste, c’est se mettre « sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6:14) ; et il est plus à craindre que le papiste ne corrompe le protestant qu’il n’est permis d’espérer que le protestant convertira le papiste. Mêlez le vin et le vinaigre : le vinaigre aigrira le vin plus tôt que le vin n’adoucira le vinaigre.
(4) Évitez la superstition, qui est un pont qui mène à Rome. La superstition consiste à introduire dans le culte de Dieu quelque cérémonie, quelque invention ou quelque nouveauté qu’il n’a jamais instituée. C’est provoquer Dieu, car c’est porter atteinte à son honneur, comme s’il n’était pas assez sage pour régler la manière dont il veut être adoré. Il a en horreur tout feu étranger offert dans son temple (Lévitique 10:1). Une cérémonie peut, avec le temps, conduire au crucifix. Ceux qui tiennent au signe de la croix dans le baptême, pourquoi n’auraient-ils pas aussi l’huile, le sel et le saint chrême, l’un étant aussi ancien que l’autre ? Ceux qui sont pour le culte de l’autel et veulent s’incliner vers l’orient pourront avec le temps s’incliner devant l’hostie. Gardez-vous de toutes les occasions d’idolâtrie, car l’idolâtrie est un culte rendu au diable (Psaumes 106:37). Parcourez toute la Bible : il n’est pas un péché que Dieu ait plus poursuivi de ses fléaux que l’idolâtrie. Les Juifs ont un dicton : dans chaque malheur qui leur arrive, il y a uncia aurei vituli, une once du veau d’or. L’enfer est le lieu des idolâtres. « Dehors […] les idolâtres » (Apocalypse 22:15). Synésius appelle le diable celui qui se réjouit des idoles, parce que les adorateurs d’images aident à remplir l’enfer.
Troisième usage. Pour être préservés de l’idolâtrie et du culte des images : (1) Acquérez de bons principes, afin de pouvoir tenir tête au contradicteur. D’où la religion papiste gagne-t-elle du terrain ? Non de la bonté de sa cause, mais de l’ignorance de ses fidèles. (2) Acquérez l’amour de Dieu. L’épouse qui aime son mari est à l’abri de l’adultère ; et l’âme qui aime Christ est à l’abri de l’idolâtre. (3) Priez Dieu de vous garder. Il est vrai qu’il n’y a rien dans une image qui puisse tenter (car si nous prions une image, elle ne peut entendre, et si nous prions Dieu par une image, il ne veut pas entendre) ; et pourtant nous ne connaissons pas notre propre cœur, ni combien vite nous pourrions être entraînés à la vanité, si Dieu nous laissait à nous-mêmes. Priez donc de n’être pas séduits par un faux culte, et de ne pas recevoir la marque de la bête sur la main droite ou sur le front. Priez : « Sois mon appui, pour que je sois sauvé » (Psaumes 119:117). Seigneur, fais que je ne me trompe pas de chemin faute de lumière, et que je ne quitte pas le vrai chemin faute de courage. (4) Bénissons Dieu de ce qu’il nous a donné la connaissance de sa vérité, de ce que nous avons goûté le miel de sa parole et que nos yeux ont été éclairés. Bénissons-le de ce qu’il nous a montré le modèle de sa maison, la vraie manière de l’adorer ; de ce qu’il nous a découvert l’imposture et le blasphème de la religion romaine. Prions Dieu de conserver parmi nous des ordonnances pures et une prédication puissante. L’idolâtrie s’introduisit d’abord faute de bonne prédication. Le peuple se mit à avoir des images d’or quand il eut des prêtres de bois.
II. moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. La première raison pour laquelle Israël ne doit pas adorer d’images taillées, c’est que l’Éternel est un Dieu jaloux. « l’Éternel porte le nom de jaloux, il est un Dieu jaloux » (Exode 34:14). La jalousie se prend [1] en bonne part, quand Dieu est jaloux pour son peuple ; [2] en mauvaise part, quand il est jaloux de son peuple.
[1] En bonne part, quand Dieu est jaloux pour son peuple. « Ainsi parle l’Éternel des armées: Je suis ému d’une grande jalousie pour Jérusalem et pour Sion » (Zacharie 1:14). Dieu porte à son peuple une tendre affection ; ils sont son Hephtsiba, c’est-à-dire ses délices (Ésaïe 62:4). Ils sont la prunelle de son œil (Zacharie 2:8) — pour exprimer combien ils lui sont chers et combien il veille sur eux avec tendresse : Nihil carius pupilla oculi [Rien n’est plus cher que la prunelle de l’œil]. Drusius. Ils sont son épouse, parée des joyaux de la grâce ; ils reposent près de son cœur. Il est jaloux pour son épouse, c’est pourquoi il se vengera de ceux qui lui font tort. « Il excite son ardeur comme un homme de guerre; Il élève la voix, il jette des cris, Il manifeste sa force contre ses ennemis » (Ésaïe 42:13). Ce qui est fait aux saints, Dieu le tient pour fait à lui-même (2 Rois 19:22) ; et le Seigneur réduira à néant tous ceux qui affligent Sion. « j’agirai contre tous tes oppresseurs » (Sophonie 3:19).
[2] La jalousie se prend en mauvaise part, quand Dieu est jaloux de son peuple. C’est en ce sens qu’elle est prise dans ce commandement : « moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. » Je suis jaloux, de peur que vous n’alliez après de faux dieux, ou que vous n’adoriez le vrai Dieu d’une fausse manière ; de peur que vous ne souilliez par des images la pureté virginale de votre profession. Dieu veut que son épouse s’attache étroitement à lui et ne coure pas après d’autres amants. « ne sois à aucun homme » (Osée 3:3). Il ne peut souffrir de rival. Notre amour conjugal, un amour joint à l’adoration et au culte, ne doit être donné qu’à Dieu seul.
Premier usage. Ne donnons à Dieu aucun juste sujet de jalousie. Une bonne épouse sera assez discrète et assez chaste pour ne donner à son mari aucune juste occasion de jalousie. Évitons tout péché, et surtout celui-ci, l’idolâtrie ou le culte des images. C’est une chose odieuse, après être entrés dans l’alliance du mariage avec Dieu, de se prostituer à une image. L’idolâtrie est un adultère spirituel, et Dieu est un Dieu jaloux : il le vengera. Le culte des images fait que Dieu prend un peuple en horreur. « ils excitèrent sa jalousie par leurs idoles. Dieu entendit, et il fut irrité; Il repoussa fortement Israël. » (Psaumes 78:58, 59). « la jalousie met un homme en fureur » (Proverbes 6:34). Le culte des images met Dieu en fureur ; il le pousse à répudier un peuple. « Plaidez, plaidez contre votre mère, car elle n’est point ma femme » (Osée 2:4). « La jalousie est inflexible comme le séjour des morts » (Cantique 8:6). Comme le séjour des morts dévore le corps des hommes, ainsi Dieu dévorera les adorateurs d’images.
Deuxième usage. Si Dieu est un Dieu jaloux, que s’en souviennent ceux dont les proches sont des idolâtres papistes, et qui sont haïs de leurs proches parce qu’ils sont d’une autre religion, peut-être même privés de leur subsistance. Oh ! souvenez-vous que Dieu est un Dieu jaloux ; mieux vaut exciter la haine de vos parents que la jalousie de Dieu ! Leur colère ne peut vous faire autant de mal que celle de Dieu. S’ils ne veulent pas pourvoir à vos besoins, Dieu y pourvoira. « Car mon père et ma mère m’abandonnent, Mais l’Éternel me recueillera. » (Psaumes 27:10).
III. qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération. Voici la deuxième raison contre le culte des images. Dieu visite de deux manières. Il y a la visite de Dieu en miséricorde. « Dieu vous visitera », c’est-à-dire qu’il vous fera entrer dans le pays de Canaan, type du ciel (Genèse 50:25). C’est ainsi que Dieu nous a visités par les rayons de sa faveur ; il nous a fait nager dans une mer de miséricorde. Voilà une heureuse visitation. Il y a la visite de Dieu dans sa colère. « Ne châtierais-je pas ces choses-là ? », c’est-à-dire la visite de Dieu avec la verge (Jérémie 5:9). « Que ferez-vous au jour du châtiment ? », c’est-à-dire au jour où Dieu visitera par ses jugements (Ésaïe 10:3). C’est en ce sens que la visite de Dieu est prise dans ce commandement : « qui punis l’iniquité » — visiter l’iniquité, c’est la punir. Remarquez ici trois choses.
[1] C’est le péché qui fait que Dieu visite. « qui punis l’iniquité. » Le péché est la cause pour laquelle Dieu visite par la maladie, la pauvreté, etc. « S’ils violent mes préceptes Et n’observent pas mes commandements, Je punirai de la verge leurs transgressions » (Psaumes 89:32, 33). Le péché tord les cordes qui nous serrent ; il crée tous nos maux, il est le fiel dans notre coupe et le gravier dans notre pain. Le péché est le cheval de Troie, le Phaéton qui met tout en feu ; il est le sein qui enfante nos douleurs et le tombeau de nos consolations. Dieu visite à cause du péché.
[2] Un péché particulier pour lequel Dieu visite, c’est l’idolâtrie et le culte des images. « qui punis l’iniquité des pères. » C’est parmi les idolâtres qu’il a lancé la plupart de ses flèches empoisonnées. « Allez donc au lieu qui m’était consacré à Silo, Où j’avais fait autrefois résider mon nom. Et voyez comment je l’ai traité » (Jérémie 7:12). À cause de l’idolâtrie d’Israël, il permit que leur armée fût mise en déroute, leurs sacrificateurs tués, l’arche emmenée captive ; et nous ne lisons nulle part qu’elle soit jamais revenue à Silo. Jérusalem était la métropole la plus célèbre du monde ; là était le temple. « C’est là que montent les tribus, les tribus de l’Éternel » (Psaumes 122:4). Mais à cause des hauts lieux et des images, cette ville fut assiégée et prise par les armées chaldéennes (2 Rois 25:4). Lorsque des images furent dressées à Constantinople, siège principal de l’empire d’Orient, ville qui aux yeux du monde était imprenable, elle fut prise par les Turcs, et un grand nombre d’habitants furent cruellement massacrés. Dans leurs triomphes, les Turcs insultèrent alors les chrétiens idolâtres : ils firent porter par les rues, par dérision, une image ou un crucifix, et lui jetèrent de la boue en criant : « Voilà le dieu des chrétiens ! » C’était la visitation de Dieu pour leur idolâtrie. Dieu a marqué les idolâtres de signes particuliers de sa colère. En un lieu appelé Epoletium, trois cent cinquante personnes périrent dans un tremblement de terre, tandis qu’elles offraient des sacrifices aux idoles. L’idolâtrie attira la misère sur les Églises d’Orient et ôta de leur place les chandeliers d’or de l’Asie. C’est pour cette iniquité que Dieu visite.
[3] Les idolâtres sont les ennemis non seulement de leur propre âme, mais de leurs enfants. « qui punis l’iniquité des pères sur les enfants. » Comme un père idolâtre transmet à ses enfants la terre de son héritage, ainsi il leur transmet la colère et la malédiction de Dieu. Un mari jaloux, découvrant que sa femme a souillé sa fidélité, peut à bon droit la répudier, elle et ses enfants avec elle, parce qu’ils ne sont pas de lui. Si le père trahit son prince, il n’est pas étonnant que tous les enfants en souffrent. Dieu peut punir l’iniquité des adorateurs d’images sur leurs enfants.
Mais n’est-il pas dit : « on fera mourir chacun pour son péché » ; « Le fils ne portera pas l’iniquité de son père » ? (2 Chroniques 25:4 ; Ézéchiel 18:20). Comment donc Dieu peut-il dire qu’il punit l’iniquité des pères sur les enfants ?
Si le fils n’est pas damné, il peut cependant être sévèrement puni pour le péché de son père. « Dieu réserve son iniquité pour ses enfants » (Job 21:19) ; c’est-à-dire que Dieu réserve pour ses enfants le châtiment de son iniquité — l’enfant souffre pour le péché du père. Jéroboam pensait affermir son royaume par un culte idolâtre ; mais ce culte attira la ruine sur lui et sur toute sa postérité (1 Rois 14:10). L’idolâtrie d’Achab fit tort à sa postérité, qui perdit le royaume et eut la tête tranchée tout entière. « ils prirent les fils du roi, et ils égorgèrent ces soixante-dix hommes » (2 Rois 10:7). Là, Dieu punit l’iniquité du père sur les enfants. Comme un fils hérite de son père une maladie héréditaire, la pierre ou la goutte, ainsi il hérite de lui le malheur : le péché de son père le ruine.
Premier usage. Qu’il est triste d’être l’enfant d’un idolâtre ! Il eût été triste d’être l’un des enfants de Guéhazi, à qui la lèpre fut transmise en héritage. « La lèpre de Naaman s’attachera à toi et à ta postérité pour toujours. » (2 Rois 5:27). De même, il est triste d’être l’enfant d’un idolâtre ou d’un adorateur d’images ; car sa postérité est exposée en cette vie à de lourds jugements. « Dieu punit l’iniquité des pères sur leurs enfants. » Il me semble entendre Dieu parler comme en Ésaïe 14:21 : « Préparez le massacre des fils, A cause de l’iniquité de leurs pères! »
Deuxième usage. Quel privilège d’être les enfants de bons parents ! Les parents sont dans l’alliance de Dieu, et Dieu tient en réserve sa miséricorde pour leur postérité. « Le juste marche dans son intégrité; Heureux ses enfants après lui! » (Proverbes 20:7). Un parent pieux n’attire pas la colère, mais aide à en préserver son enfant ; il l’imprègne de principes religieux, il fait descendre sur lui la bénédiction par ses prières ; il est un aimant qui attire son enfant à Christ par ses bons conseils et son exemple. Oh ! quel privilège que d’être né de parents pieux et religieux ! Saint Augustin dit que sa mère Monique enfanta sa nouvelle naissance avec plus de soin et de peine que sa naissance naturelle. Les méchants idolâtres transmettent le malheur à leur postérité ; Dieu « punit l’iniquité des pères sur leurs enfants » ; mais les parents pieux attirent la bénédiction sur leurs enfants ; Dieu réserve sa miséricorde à leur postérité.
IV. de ceux qui me haïssent. Une autre raison contre le culte des images, c’est qu’il est une haine de Dieu. Les papistes, qui adorent Dieu par une image, haïssent Dieu. Le culte des images est un prétendu amour pour Dieu, mais Dieu l’interprète comme une haine envers lui. Quae diligit alienum odit sponsum : « celle qui aime un autre homme hait son propre mari ». Qui aime les images hait Dieu. Il est dit des idolâtres qu’ils se prostituent loin de Dieu (Exode 34:15). Comment pourraient-ils aimer Dieu ? Je montrerai que les adorateurs d’images haïssent Dieu, quel que soit l’amour qu’ils prétendent lui porter.
[1] Ceux qui vont contre sa volonté expresse le haïssent. Il dit : Vous ne dresserez ni statue, ni image, ni tableau pour me représenter ; ces choses, je les hais. « Tu ne dresseras point des statues, qui sont en aversion à l’Éternel, ton Dieu. » (Deutéronome 16:22). Et pourtant l’idolâtre dresse des images et les adore. Dieu regarde cela comme une haine envers lui. Comment l’enfant qui fait tout ce qu’il peut pour contrarier son père l’aimerait-il ?
[2] Ceux qui mirent Jephthé à la porte le haïssaient, c’est pourquoi ils s’efforcèrent de l’exclure de la maison de son père (Juges 11:7). L’idolâtre met la vérité à la porte ; il efface le deuxième commandement ; il fait une image du Dieu invisible ; il introduit un mensonge dans le culte de Dieu : ce sont là des preuves évidentes qu’il hait Dieu.
[3] Si les idolâtres aiment la fausse image de Dieu dans une peinture, ils haïssent sa vraie image dans un croyant. Ils prétendent honorer Christ dans un crucifix, et pourtant ils le persécutent dans ses membres. De tels hommes haïssent Dieu.
Premier usage. Voici réfutés ceux qui plaident pour les adorateurs d’images. Ce sont des gens fort dévots, disent-ils ; ils adorent les images, ils dressent le crucifix, le baisent, allument des cierges devant lui ; donc ils aiment Dieu. Non ; mais qui sera juge de leur amour ? Dieu dit qu’ils le haïssent et qu’ils rendent à une créature l’adoration religieuse. Ils haïssent Dieu, et Dieu les hait ; et jamais ils ne vivront avec Dieu, celui qu’il hait ; il ne réchauffera jamais de telles vipères dans son sein. Le ciel est gardé comme le paradis, par une épée flamboyante, afin qu’ils n’y entrent pas. Il « use directement de représailles envers ceux qui le haïssent » (Deutéronome 7:10). Il lancera toutes ses flèches mortelles parmi les idolâtres. Tous les fléaux et toutes les malédictions du livre de Dieu fondront sur l’idolâtre. Le Seigneur rend en face à celui qui le hait.
Deuxième usage. Que ceci exhorte chacun à fuir l’idolâtrie romaine. Ne soyons pas du nombre de ceux qui haïssent Dieu. « Petits enfants, gardez-vous des idoles. » (1 Jean 5:21). Comme vous garderiez votre corps de l’adultère, gardez votre âme de l’idolâtrie. Gardez-vous des images : ce sont des idoles de jalousie qui provoquent la colère de Dieu ; elles mènent à la damnation. Vous pouvez périr par de fausses dévotions tout autant que par un scandale réel ; par le culte des images, comme par l’ivrognerie et la débauche. Un homme peut mourir par le poison aussi bien que par le pistolet. Nous pouvons aller en enfer en buvant le poison dans la coupe de fornication de Rome aussi bien qu’en étant abattus d’un coup de pistolet par des péchés grossiers et scandaleux. Pour conclure, « Dieu est un Dieu jaloux », qui ne souffre aucun rival ; il « punit l’iniquité des pères sur leurs enfants » ; il fera passer un fléau en héritage à la postérité des idolâtres. Il tient les idolâtres pour des gens qui le haïssent. Qui aime les images hait Dieu. Gardez-vous donc purs de l’idolâtrie romaine ; si vous aimez vos âmes, gardez-vous des idoles.
V. qui fais miséricorde jusqu’en mille générations.
Un autre argument contre le culte des images, c’est que Dieu est miséricordieux envers ceux qui ne le provoquent pas par leurs images, et qu’il transmettra sa miséricorde en héritage à leur postérité. « qui fais miséricorde jusqu’en mille générations. »
Le sceptre d’or de la miséricorde de Dieu est ici déployé : « qui fais miséricorde jusqu’en mille générations ». Les païens pensaient avoir assez loué Jupiter quand ils l’appelaient bon et grand. Les deux excellences, la majesté et la miséricorde, se rencontrent en Dieu. La miséricorde est en Dieu un penchant inné à faire du bien aux pécheurs dans la détresse. Quand Dieu fait miséricorde, sa divinité apparaît pleine de gloire. Quand Moïse dit à Dieu : « Fais-moi voir ta gloire! », Dieu répondit : Je ferai « miséricorde à qui je fais miséricorde » (Exode 33:19). Sa miséricorde est sa gloire. La miséricorde est le nom sous lequel il veut être connu. « l’Éternel passa devant lui, et s’écria: L’Éternel, l’Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant » (Exode 34:6). La miséricorde procède premièrement et originellement de Dieu. Il est appelé « le Père des miséricordes » (2 Corinthiens 1:3), parce qu’il engendre toutes les miséricordes qui se trouvent dans la créature. Nos miséricordes, comparées aux siennes, sont à peine comme une goutte auprès de l’océan.
Quelles sont les propriétés de la miséricorde de Dieu ?
(1) Elle est libre et spontanée. Établir le mérite, c’est détruire la miséricorde. Rien ne peut mériter la miséricorde ni la forcer ; nous ne pouvons ni la mériter ni la forcer, à cause de notre inimitié. Nous pouvons forcer Dieu à nous punir, mais non à nous aimer. « Je les aimerai gratuitement » (Osée 14:4). Chaque maillon de la chaîne d’or du salut est forgé et entrelacé de grâce gratuite. L’élection est gratuite. « En lui Dieu nous a élus […] selon le bon plaisir de sa volonté » (Éphésiens 1:4). La justification est gratuite. « gratuitement justifiés par sa grâce » (Romains 3:24). Ne dites pas : Je suis indigne ; car la miséricorde est gratuite. Si Dieu ne faisait miséricorde qu’à ceux qui la méritent, il ne ferait miséricorde à personne.
(2) La miséricorde que Dieu exerce est puissante. Combien puissante est cette miséricorde qui amollit un cœur de pierre ! La miséricorde changea le cœur de Marie de Magdala, de qui sept démons avaient été chassés : elle qui était un diamant inflexible devint une pénitente en larmes. La miséricorde de Dieu agit avec douceur, et pourtant de façon irrésistible ; elle attire, et pourtant elle subjugue. La loi peut épouvanter, mais la miséricorde attendrit. Quelle souveraine puissance, quelle efficacité dans cette miséricorde qui soumet l’orgueil et l’inimitié du cœur, et qui fait tomber les chaînes du péché dont l’âme est captive !
(3) La miséricorde que Dieu exerce est surabondante. « riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu’à mille générations » (Exode 34:6). Dieu ne punit l’iniquité que « jusqu’à la troisième et la quatrième génération », mais il fait miséricorde jusqu’à mille générations (Exode 20:5, 6). Le Seigneur a des trésors de miséricorde en réserve ; c’est pourquoi il est dit « plein d’amour » (Psaumes 86:5) et « riche en miséricorde » (Éphésiens 2:4). La coupe de la colère de Dieu ne fait que dégoutter, mais la source de sa miséricorde coule à flots. Le soleil n’est pas aussi plein de lumière que Dieu ne l’est d’amour.
La miséricorde de Dieu a toutes les dimensions. Il a une miséricorde profonde, qui descend jusqu’aux pécheurs ; et une miséricorde élevée, qui monte au-dessus des nuées.
Dieu a des miséricordes pour toutes les saisons ; des miséricordes pour la nuit : il donne le sommeil ; bien plus, il donne parfois un cantique dans la nuit (Psaumes 42:9). Il a aussi des miséricordes pour le matin. Ses compassions « se renouvellent chaque matin » (Lamentations 3:23).
Dieu a des miséricordes pour toutes sortes de gens. Des miséricordes pour le pauvre : « De la poussière il retire le pauvre » (1 Samuel 2:8). Des miséricordes pour le prisonnier : il « ne méprise point ses captifs » (Psaumes 69:34). Des miséricordes pour l’abattu : « Dans un instant de colère, je t’avais un moment dérobé ma face, Mais avec un amour éternel j’aurai compassion de toi » (Ésaïe 54:8). Il a d’anciennes miséricordes : « Tes compassions sont de toute éternité » (Psaumes 25:6). Et des miséricordes nouvelles : « Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau » (Psaumes 40:4). Chaque fois que nous respirons, nous aspirons la miséricorde. Dieu a des miséricordes sous le ciel, et nous les goûtons ; et des miséricordes dans le ciel, et nous les espérons. Ainsi ses miséricordes sont surabondantes.
(4) La miséricorde de Dieu est durable. « la bonté de l’Éternel dure à jamais » (Psaumes 103:17). La colère de Dieu envers ses enfants ne dure qu’un temps (Psaumes 103:9), mais sa miséricorde dure à jamais. Sa miséricorde n’est pas comme l’huile de la veuve, qui coula un moment puis s’arrêta (2 Rois 4:6) ; elle déborde et coule toujours. Comme sa miséricorde est sans bornes, elle est aussi sans fin. « sa miséricorde dure à toujours! » (Psaumes 136). Dieu ne retranche jamais aux élus l’héritage de sa miséricorde.
De combien de manières est-il dit que Dieu fait miséricorde ?
(1) Nous sommes tous des monuments vivants de sa miséricorde. Il nous fait miséricorde en pourvoyant chaque jour à nos besoins. Il nous donne la santé. La santé est l’assaisonnement qui rend la vie plus douce. Combien ils estimeraient cette miséricorde, ceux qui sont enchaînés à un lit de malade ! Dieu nous fournit nos provisions. « Le Dieu qui m’a nourri depuis que j’existe jusqu’à ce jour » (Genèse 48:15). La miséricorde dresse nos tables et nous découpe chaque morceau de pain que nous mangeons ; nous ne buvons jamais que dans la coupe d’or de la miséricorde.
(2) Dieu nous fait miséricorde en prolongeant nos libertés évangéliques (1 Corinthiens 16:9). Il y a beaucoup d’adversaires ; beaucoup voudraient arrêter les eaux du sanctuaire, afin qu’elles ne coulent plus. Nous jouissons des doux temps de la grâce, nous entendons des sons joyeux, nous voyons la marche de Dieu dans son sanctuaire, nous jouissons d’un sabbat après l’autre ; la manne de la parole tombe autour de nos tentes, tandis qu’en d’autres parties du pays il n’y a point de manne. Dieu nous fait miséricorde en nous conservant des privilèges que nous avons mérité de perdre.
(3) Il nous fait miséricorde en empêchant bien des maux de fondre sur nous. « Mais toi, ô Éternel! Tu es mon bouclier » (Psaumes 3:4). Dieu a contenu la fureur des hommes et s’est tenu comme un écran entre nous et le danger ; quand l’ange destructeur parcourait le pays et lançait sa flèche mortelle de la peste, il a détourné la flèche, en sorte qu’elle ne s’est pas approchée de nous.
(4) Il nous fait miséricorde en nous délivrant. « Et j’ai été délivré de la gueule du lion » (c’est-à-dire de Néron) (2 Timothée 4:17). Il nous a ramenés du bord du tombeau. Ne pouvons-nous pas écrire, comme Ézéchias, un cantique « sur sa maladie et sur son rétablissement » ? (Ésaïe 38:9). Quand nous pensions que le soleil de notre vie se couchait, Dieu lui a fait retrouver son premier éclat.
(5) Il nous fait miséricorde en nous retenant de pécher. Les convoitises du dedans sont pires que les lions du dehors. Le plus grand signe de la colère de Dieu, c’est de livrer les hommes à leurs péchés. « Alors je les ai livrés aux penchants de leur cœur » (Psaumes 81:13). Tandis que d’autres pèchent jusqu’à se perdre en enfer, Dieu a mis sur nous le frein de la grâce qui retient. Comme il le dit à Abimélec : « aussi t’ai-je empêché de pécher contre moi » (Genèse 20:6), de même il nous a retenus de ces péchés qui auraient pu faire de nous la proie de Satan et une terreur pour nous-mêmes.
(6) Dieu nous fait miséricorde en nous guidant et en nous dirigeant. N’est-ce pas une miséricorde, pour qui s’est égaré, d’avoir un guide ? [1] Il y a une direction providentielle. Dieu conduit nos affaires pour nous ; il trace le chemin où il veut que nous marchions. Il dissipe nos doutes, dénoue nos nœuds et fixe les bornes de notre demeure (Actes 17:26). [2] Une direction spirituelle. « Tu me conduiras par ton conseil » (Psaumes 73:24). Comme Israël avait une colonne de feu qui marchait devant lui, ainsi Dieu nous guide par les oracles de sa parole et la conduite de son Esprit. Il guide notre tête, pour nous garder de l’erreur ; il guide nos pieds, pour nous garder du scandale. Oh ! quelle miséricorde d’avoir Dieu pour guide et pour pilote ! « à cause de ton nom tu me conduiras, tu me dirigeras » (Psaumes 31:4).
(7) Dieu nous fait miséricorde en nous châtiant. Il est irrité par amour ; il frappe pour sauver. Sa verge n’est pas une verge de fer pour nous briser, mais une verge paternelle pour nous humilier. « Il le fait pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté » (Hébreux 12:10). Ou bien il veut mortifier quelque corruption, ou bien exercer quelque grâce. N’y a-t-il pas là de la miséricorde ? Toute croix, pour un enfant de Dieu, est comme le vent contraire de Paul, qui brisa le navire, mais qui porta Paul jusqu’au rivage sur les débris (Actes 27:44).
(8) Dieu nous fait miséricorde en nous pardonnant. « Quel Dieu est semblable à toi, Qui pardonnes l’iniquité ? » (Michée 7:18). C’est une miséricorde de nous nourrir, c’est une riche miséricorde de nous pardonner. Cette miséricorde est tissée des entrailles de la grâce gratuite, et elle suffit à rendre la santé à un malade. « Aucun habitant ne dit: Je suis malade! Le peuple de Jérusalem reçoit le pardon de ses iniquités. » (Ésaïe 33:24). Le pardon du péché est une miséricorde de première grandeur. Dieu scelle d’un baiser le pardon du pécheur. C’est ce qui fit que David mit ses plus beaux vêtements et s’oignit. Son enfant venait de mourir, et Dieu lui avait dit que l’épée ne s’éloignerait pas de sa maison ; et pourtant il s’oignit. La raison en était que Dieu lui avait envoyé son pardon par le prophète Nathan. « L’Éternel pardonne ton péché » (2 Samuel 12:13). Le pardon est le seul vrai remède à une conscience troublée. Qu’est-ce qui peut soulager un esprit blessé, sinon la miséricorde qui pardonne ? Offrez-lui les honneurs et les plaisirs du monde : c’est comme si l’on apportait des fleurs et de la musique à un condamné.
Comment puis-je savoir que mes péchés sont pardonnés ?
Là où Dieu ôte la culpabilité, il brise la puissance du péché. « Il aura encore compassion de nous, Il mettra sous ses pieds nos iniquités » (Michée 7:19). Avec l’amour qui pardonne, Dieu donne la grâce qui subjugue.
(9) Dieu nous fait miséricorde en nous sanctifiant. « Je suis l’Éternel, qui vous sanctifie. » (Lévitique 20:8). C’est là participer à la nature divine (2 Pierre 1:4). L’Esprit de Dieu est un esprit de consécration ; s’il ne nous sanctifie qu’en partie, il nous sanctifie pourtant dans chaque partie (1 Thessaloniciens 5:23). C’est une miséricorde telle que Dieu ne peut la donner dans sa colère. Si nous sommes sanctifiés, nous sommes élus. « Dieu vous a choisis […] pour le salut, par la sanctification » (2 Thessaloniciens 2:13). Elle prépare au bonheur, comme la semence prépare à la moisson. Quand les jeunes filles avaient été ointes et parfumées, elles devaient se présenter devant le roi (Esther 2:12) ; ainsi, quand nous aurons reçu l’onction de Dieu, nous nous tiendrons devant le Roi du ciel.
(10) Dieu fait miséricorde en exauçant nos prières. « Aie pitié de moi, écoute ma prière. » Psaumes 4:2. N’est-ce pas une faveur, quand un homme présente une requête au roi, de la voir accordée ? De même, lorsque nous demandons le pardon, l’adoption et le sentiment de l’amour de Dieu, c’est une miséricorde insigne que de recevoir une réponse favorable. Dieu peut différer sa réponse sans pour autant la refuser. On ne jette pas tout de suite son argent au musicien, parce qu’on aime entendre sa musique. Dieu aime la musique de la prière ; il ne nous fait pas toujours entendre aussitôt sa réponse, mais, au temps convenable, il donne une réponse de paix. « Béni soit Dieu, Qui n’a pas rejeté ma prière, Et qui ne m’a pas retiré sa bonté! » Psaumes 66:20. Si Dieu ne rejette pas notre prière, il ne nous retire pas non plus sa miséricorde.
(11) Dieu fait miséricorde en nous sauvant. « il nous a sauvés […] selon sa miséricorde. » Tite 3:5. C’est la pierre de faîte de la miséricorde, et elle est posée dans le ciel. Ici la miséricorde se déploie dans tout l’éclat de ses couleurs. La miséricorde est vraiment miséricorde quand Dieu nous affine parfaitement de toute la lie et de tous les dépôts de la corruption, quand nos corps sont rendus semblables au corps glorieux de Christ, et nos âmes semblables aux anges. La miséricorde qui sauve est la miséricorde qui couronne. Il ne s’agit pas seulement d’être délivré de l’enfer, mais d’être intronisé dans un royaume. En cette vie, nous désirons Dieu plus que nous ne jouissons de lui ; mais quelle riche miséricorde ce sera que de le posséder pleinement, de voir sa face souriante et de reposer sur son sein ! Cela nous remplira « d’une joie ineffable et glorieuse ». 1 Pierre 1:8. « Dès le réveil, je me rassasierai de ton image. » Psaumes 17:15.
Premier usage. Ne désespérons pas. Quel encouragement nous avons ici à servir Dieu ! Il fait miséricorde à des milliers. Qui ne voudrait servir un prince porté à la miséricorde et à la clémence ? Dieu est représenté entouré d’un arc-en-ciel, emblème de sa miséricorde. Apocalypse 4:3. Les actes de sévérité sont arrachés à Dieu ; le jugement est son œuvre étrange. Ésaïe 28:21. Les disciples, dont il n’est pas dit qu’ils se soient étonnés des autres miracles de Christ, s’étonnèrent lorsque le figuier fut maudit et sécha, parce que ce n’était pas sa manière d’exercer des actes de sévérité. Il est dit que Dieu prend plaisir à la miséricorde. Michée 7:18. La justice est la main gauche de Dieu ; la miséricorde est sa main droite. Il se sert surtout de sa main droite ; la miséricorde lui est plus habituelle que la justice. Pronior est Deus ad parcendum quam ad puniendum [Dieu est plus enclin à la miséricorde qu’au châtiment]. Il est dit que Dieu est lent à la colère (Psaumes 103:8), mais prompt à pardonner. Psaumes 86:5. Voilà qui peut nous encourager à le servir. Quel argument l’emportera, si la miséricorde ne l’emporte pas ? Si Dieu n’était que justice, cela pourrait nous effrayer et nous éloigner de lui ; mais sa miséricorde est un aimant qui nous attire à lui.
Deuxième usage. Espérez en la miséricorde de Dieu. « L’Éternel aime ceux qui le craignent, Ceux qui espèrent en sa bonté. » Psaumes 147:11. Il tient pour sa gloire de répandre les pardons parmi les hommes.
Mais j’ai été un grand pécheur, et il n’y a sûrement pas de miséricorde pour moi !
Non, si tu persistes dans le péché et que tu y es résolu ; mais si tu romps avec tes péchés, le sceptre d’or de la miséricorde te sera tendu. « Que le méchant abandonne sa voie […] Qu’il retourne à l’Éternel, qui aura pitié de lui. » Ésaïe 55:7. Le sang de Christ est « une source ouverte pour le péché et pour l’impureté ». Zacharie 13:1. La miséricorde déborde davantage en Dieu que le péché en nous. Sa miséricorde peut engloutir de grands péchés, comme la mer recouvre de grands rochers. Quelques-uns des Juifs qui avaient trempé leurs mains dans le sang de Christ furent sauvés par ce même sang. Dieu aime à magnifier sa bonté, à déployer les trophées de la grâce gratuite et à élever sa miséricorde en dépit du péché. Espère donc en sa miséricorde.
Troisième usage. Travaillez à savoir que la miséricorde de Dieu est pour vous. Il est « mon Dieu tout bon ». Psaumes 59:18. Un homme qui se noyait, voyant un arc-en-ciel, dit : « À quoi me sert que Dieu ne noie pas le monde, si moi je me noie ? » De même, à quoi nous sert que Dieu soit miséricordieux, si nous périssons ? Travaillons à savoir que la miséricorde spéciale de Dieu est pour nous.
Comment saurons-nous qu’elle nous appartient ?
(1) Si nous lui accordons un grand prix et une haute estime. Il ne gaspillera pas sa miséricorde pour ceux qui en font peu de cas. Nous estimons la santé, mais nous estimons davantage la miséricorde qui adopte. C’est la bague de diamant ; elle surpasse en éclat toutes les autres consolations.
(2) Si nous craignons Dieu, si nous sommes saisis d’une crainte révérencielle, si nous tremblons devant le péché et le fuyons, comme Moïse fuit devant sa verge changée en serpent. « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » Luc 1:50.
(3) Si nous prenons asile dans la miséricorde de Dieu, si nous nous y confions comme un homme sauvé pour avoir saisi un câble. La miséricorde de Dieu envers nous est un câble descendu du ciel. En le saisissant fermement par la foi, nous sommes sauvés. « Je me confie dans la bonté de Dieu, éternellement et à jamais. » Psaumes 52:10. Comme un homme confie sa vie et ses biens à une place forte, ainsi nous confions nos âmes à la miséricorde de Dieu.
Comment obtiendrons-nous une part à la miséricorde spéciale de Dieu ?
(1) Si nous voulons obtenir miséricorde, ce doit être par Christ. Hors de Christ, il n’y a point de miséricorde à obtenir. Nous lisons, dans l’ancienne loi, que nul ne pouvait entrer dans le lieu très saint, où se trouvait le propitiatoire, sinon le souverain sacrificateur : pour signifier que nous n’avons rien à faire avec la miséricorde, sinon par Christ, notre souverain sacrificateur ; que le souverain sacrificateur ne pouvait s’approcher du propitiatoire sans du sang, pour montrer que nous n’avons aucun droit à la miséricorde, sinon par le sacrifice expiatoire du sang de Christ, Lévitique 16:14 ; que le souverain sacrificateur ne pouvait, sous peine de mort, s’approcher du propitiatoire sans encens, Lévitique 16:13, pour montrer qu’il n’y a point de miséricorde de la part de Dieu sans l’encens de l’intercession de Christ. Si nous voulons obtenir miséricorde, il nous faut avoir part à Christ. La miséricorde nous arrive à la nage, portée par le sang de Christ.
(2) Si nous voulons obtenir miséricorde, il nous faut la demander par la prière. « Éternel! Fais-nous voir ta bonté, Et accorde-nous ton salut! » Psaumes 85:8. « Regarde-moi et aie pitié de moi. » Psaumes 25:16. Seigneur, ne me renvoie pas avec une miséricorde commune ; ne me donne pas seulement la miséricorde qui me nourrit et me vêt, mais celle qui me pardonne ; non seulement la miséricorde qui épargne, mais celle qui sauve. Seigneur, donne-moi la crème de tes miséricordes ; accorde-moi la miséricorde et la bonté. « Qui te couronne de bonté et de miséricorde. » Psaumes 103:4. Soyez d’ardents solliciteurs de la miséricorde ; que vos besoins aiguillonnent votre insistance. Nous prions avec le plus de ferveur quand nous prions avec le plus de sentiment.
VI. À ceux qui m’aiment.
La miséricorde de Dieu est pour ceux qui l’aiment. L’amour est une grâce qui brille et étincelle à ses yeux, comme la pierre précieuse sur le pectoral d’Aaron. L’amour est une expansion, un saint élargissement de l’âme, par lequel elle est portée avec délices vers Dieu comme vers le souverain bien. Thomas d’Aquin définit l’amour : Complacentia amantis in amato ; un plaisir complaisant en Dieu, comme en notre trésor. L’amour est l’âme de la religion ; c’est une grâce de première importance. Eussions-nous la connaissance des anges, ou la foi qui fait des miracles, sans l’amour cela ne nous servirait de rien. 1 Corinthiens 13:2. L’amour est « le premier et le plus grand commandement ». Matthieu 22:38. Il l’est parce que, s’il fait défaut, il ne peut y avoir de religion dans le cœur ; il ne peut y avoir de foi, car la foi est agissante par l’amour. Galates 5:6. Tout le reste n’est que parade, ou compliment dévot. Il améliore et adoucit tous les devoirs de la religion, il en fait un mets savoureux, sans lequel Dieu ne se soucie pas d’y goûter. C’est le premier et le plus grand commandement, en raison de l’excellence de cette grâce. L’amour est la reine des grâces ; il les éclipse toutes, comme le soleil les planètes moindres. À certains égards, il est plus excellent que la foi, bien qu’en un sens la foi soit plus excellente, virtute unionis, en ce qu’elle nous unit à Christ. Elle nous revêt de la robe brodée de la justice de Christ, plus éclatante qu’aucune de celles que portent les anges. En un autre sens, l’amour est plus excellent, respectu durationis, en raison de sa durée : c’est la grâce la plus durable ; car la foi et l’espérance cesseront bientôt, mais l’amour demeurera. Quand toutes les autres grâces, comme Rachel, mourront en enfantant, l’amour revivra. Les autres grâces sont de la nature d’un bail, pour la durée de la vie seulement ; mais l’amour est une pleine propriété qui demeure pour toujours. Ainsi l’amour remporte la couronne sur toutes les autres grâces ; c’est la grâce qui vit le plus longtemps, c’est un bourgeon de l’éternité. Cette grâce seule nous accompagnera au ciel.
Quel doit être le caractère de notre amour pour Dieu ?
(1) L’amour pour Dieu doit être pur et sincère. Il faut l’aimer principalement pour lui-même, ce que les scolastiques appellent amor amicitiae. Nous devons aimer Dieu, non seulement pour ses bienfaits, mais pour les excellences intrinsèques dont il est couronné. Nous devons aimer Dieu non seulement pour le bien qui découle de lui, mais pour le bien qui est en lui. Le véritable amour n’est pas mercenaire ; celui qui est profondément épris de Dieu n’a pas besoin d’être payé de récompenses, il ne peut s’empêcher d’aimer Dieu pour la beauté de sa sainteté ; bien qu’il ne soit pas illicite d’attendre des bienfaits. Moïse avait les yeux fixés sur la rémunération (Hébreux 11:26) ; mais nous ne devons pas aimer Dieu pour ses seuls bienfaits, car alors ce n’est pas l’amour de Dieu, mais l’amour de soi.
(2) L’amour pour Dieu doit être de tout le cœur. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur. » Marc 12:30. Nous ne devons pas aimer Dieu un peu, lui donner une goutte ou deux de notre amour ; c’est le courant principal qui doit couler vers lui. L’esprit doit penser à Dieu, la volonté le choisir, les affections soupirer après lui. La vraie mère ne voulut pas que l’enfant fût partagé ; Dieu ne veut pas non plus que le cœur soit partagé. Nous devons l’aimer de tout notre cœur. Nous pouvons aimer la créature, mais ce doit être d’un amour subordonné. L’amour pour Dieu doit l’emporter sur tout, comme l’huile surnage au-dessus de l’eau.
(3) L’amour pour Dieu doit être ardent. Aimer froidement revient à ne pas aimer. Il est dit de l’épouse qu’elle est amore perculsa, « malade d’amour ». Cantique 2:5. Les séraphins sont ainsi nommés à cause de leur amour brûlant. L’amour change les saints en séraphins ; il les fait brûler d’un saint amour pour Dieu. Les grandes eaux ne peuvent éteindre cet amour.
Comment pouvons-nous savoir si nous aimons Dieu ?
(1) Celui qui aime Dieu désire sa présence. Ceux qui s’aiment ne peuvent rester longtemps séparés ; ils ont bientôt leurs défaillances, faute de voir l’objet de leur amour. Une âme profondément éprise de Dieu désire jouir de lui dans ses ordonnances, dans la Parole, la prière et les sacrements. David était prêt à défaillir et à mourir quand il ne voyait pas Dieu. « Mon âme languit après Dieu. » Psaumes 84:3. Ceux qui ne se soucient pas des ordonnances, mais disent : Quand le sabbat sera-t-il passé ? montrent clairement qu’ils manquent d’amour pour Dieu.
(2) Celui qui aime Dieu n’aime pas le péché. « Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal! » Psaumes 97:10. L’amour de Dieu et l’amour du péché ne peuvent pas plus se mêler que le fer et l’argile. Tout péché aimé frappe l’être même de Dieu ; mais celui qui aime Dieu a de l’antipathie pour le péché. Celui qui voudrait séparer deux amants est un être odieux. Dieu et l’âme croyante sont deux amants ; le péché les sépare, c’est pourquoi l’âme lui est implacablement opposée. Éprouvez par là votre amour pour Dieu. Comment Delila pouvait-elle dire qu’elle aimait Samson, alors qu’elle entretenait des intelligences avec les Philistins, qui étaient ses ennemis mortels ? Comment peut-il dire qu’il aime Dieu, celui qui aime le péché, l’ennemi de Dieu ?
(3) Celui qui aime Dieu n’est guère épris d’autre chose. Son amour est bien tiède envers les choses du monde. Son amour pour Dieu se meut rapidement, comme le soleil au firmament ; envers le monde, il se meut lentement, comme le soleil sur le cadran. L’amour du monde ronge le cœur de la religion ; il étouffe les bonnes affections, comme la terre éteint le feu. Le monde était une chose morte pour Paul. « le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde. » Galates 6:14. En Paul, nous pouvons voir à la fois le portrait et le modèle d’un homme mortifié. Celui qui aime Dieu use du monde, mais choisit Dieu. Le monde est sa pension, mais Dieu est sa portion. Psaumes 119:57. Le monde l’occupe, mais Dieu le réjouit et le rassasie. Il dit comme David : « Dieu, ma joie et mon allégresse », l’allégresse ou la crème de ma joie. Psaumes 43:4.
(4) Celui qui aime Dieu ne peut vivre sans lui. Les choses que nous aimons, nous ne pouvons nous en passer. Un homme peut se passer de musique ou de fleurs, mais non de nourriture ; de même, une âme profondément éprise de Dieu se regarde comme perdue sans lui. « Ne me cache pas ta face! Je serais semblable à ceux qui descendent dans la fosse. » Psaumes 143:7. Il dit comme Job : « Je marchais dans le deuil, privé de soleil » ; chap. 30:28. J’ai la lumière des étoiles, mais il me manque le Soleil de justice ; je ne jouis pas de la douce présence de mon Dieu. Dieu est-il notre souverain bien, et ne pouvons-nous vivre sans lui ? Hélas ! comme ils montrent qu’ils n’ont aucun amour pour Dieu, ceux qui se passent fort bien de lui ! Qu’ils aient seulement le blé et l’huile, et vous ne les entendrez jamais se plaindre de l’absence de Dieu.
(5) Celui qui aime Dieu ne reculera devant aucune peine pour le posséder. Que de peines se donne le marchand, que de risques il court, pour obtenir un riche retour des Indes ! Extremos currit mercator ad Indos [Le marchand court jusqu’aux Indes les plus lointaines]. Jacob aimait Rachel, et il put endurer la chaleur du jour et le froid de la nuit pour l’obtenir. Une âme qui aime Dieu se donnera toutes les peines pour jouir de lui. « Mon âme est attachée à toi. » Psaumes 63:9. L’amour est pondus animae [le balancier de l’âme]. Saint Augustin. Il est comme le poids qui met l’horloge en marche. Il est assidu à la prière, aux larmes, au jeûne ; il lutte comme dans une agonie pour obtenir celui que son âme aime. Plutarque rapporte des Gaulois, ancien peuple de France, qu’après avoir goûté le vin doux d’Italie, ils n’eurent point de repos qu’ils ne fussent parvenus dans ce pays. Celui qui est épris de Dieu n’a point de repos qu’il n’ait part à lui. « Je chercherai celui que mon cœur aime. » Cantique 3:2. Comment peuvent-ils dire qu’ils aiment Dieu, ceux qui ne sont pas diligents dans l’usage des moyens pour l’obtenir ? « Le paresseux plonge sa main dans le plat. » Proverbes 19:24. Il n’est pas dans l’agonie, mais dans la léthargie. Si Christ et le salut lui tombaient dans la bouche comme une figue mûre, il serait content de les avoir ; mais il répugne à se donner trop de peine. Aime-t-il son ami, celui qui ne veut pas entreprendre un voyage pour le voir ?
(6) Celui qui aime Dieu le préfère à ses biens et à sa vie. [1] À ses biens. « pour lequel j’ai renoncé à tout. » Philippiens 3:8. Qui donc, aimant un joyau précieux, ne céderait une fleur pour l’avoir ? Galeacius, marquis de Vico, renonça à de beaux domaines pour jouir de Dieu dans la pureté de ses ordonnances. Comme un jésuite le pressait de revenir à sa religion papiste en Italie, en lui promettant une forte somme d’argent, il répondit : « Périsse leur argent avec ceux qui estiment que tout l’or du monde vaut un seul jour de communion avec Jésus-Christ et son Saint-Esprit ! » [2] À sa vie. « ils n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort. » Apocalypse 12:11. L’amour pour Dieu élève l’âme au-dessus de l’amour de la vie et de la crainte de la mort.
(7) Celui qui aime Dieu aime ses favoris, les saints. 1 Jean 5:1. Idem est motus animi in imaginem et rem [L’esprit réagit à l’image d’un objet comme à l’objet lui-même]. Aimer un homme pour sa grâce, et l’aimer d’autant plus que nous voyons davantage Dieu en lui, est un signe infaillible d’amour pour Dieu. Les méchants prétendent aimer Dieu, mais ils haïssent et persécutent son image. Aime-t-il son prince, celui qui outrage sa statue ou déchire son portrait ? Ils semblent, il est vrai, témoigner une grande révérence aux saints défunts ; ils ont une grande vénération pour saint Paul, saint Étienne et saint Luc ; ils canonisent les saints morts, mais persécutent les saints vivants ; et ils aimeraient Dieu ? Peut-on imaginer que celui-là aime Dieu, qui hait ses enfants parce qu’ils lui ressemblent ? Si Christ revenait en vie, il n’échapperait pas à une seconde persécution.
(8) Si nous aimons Dieu, nous ne pouvons que craindre de le déshonorer — de même qu’un enfant, plus il aime son père, plus il a peur de lui déplaire — et nous pleurons et nous lamentons quand nous l’avons offensé. « Pierre, étant sorti, il pleura amèrement. » Matthieu 26:75. Pierre pouvait bien penser que Christ l’aimait tendrement, lorsqu’il l’emmena sur la montagne où il fut transfiguré et lui montra en vision la gloire du ciel. Qu’il eût renié Christ après avoir reçu de telles marques insignes de son amour, cela lui brisa le cœur de douleur : « il pleura amèrement. » Nos yeux répandent-ils des larmes de douleur pour le péché commis contre Dieu ? C’est une heureuse preuve de notre amour pour Dieu ; et ceux-là trouveront miséricorde. « Il fait miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui l’aiment.
Usage. Soyons des amoureux de Dieu. Nous aimons notre nourriture, et n’aimerions-nous pas celui qui nous la donne ? Toute la joie que nous espérons au ciel est en Dieu ; et celui qui sera alors notre joie ne serait-il pas maintenant notre amour ? C’est une parole de saint Augustin : Annon poena satis magna est non amare te ? « N’est-ce pas un châtiment assez grand, Seigneur, que de ne pas t’aimer ? » Et encore : Animam meam in odio haberem. « Je haïrais mon âme, si je ne la trouvais pas aimant Dieu. »
Quels sont les motifs propres à exciter et à enflammer notre amour pour Dieu ?
(1) Les bienfaits que Dieu répand sur nous. Si un prince comble un sujet de faveurs continuelles, et que ce sujet ait quelque noblesse de cœur, il ne peut qu’aimer son prince. Dieu ne cesse d’accumuler sur nous ses bienfaits, « remplissant nos cœurs de nourriture et de joie ». Actes 14:17. Comme les eaux sorties du rocher suivaient Israël partout où il allait, ainsi les bénédictions de Dieu nous suivent chaque jour. Nous nageons dans une mer de miséricorde. Il est bien dur, le cœur que toutes les bénédictions de Dieu ne gagnent pas à l’aimer. Magnes amoris amor [L’amour attire l’amour]. La bonté agit même sur la brute : le bœuf connaît son possesseur.
(2) L’amour pour Dieu rendrait les devoirs de la religion faciles et agréables. J’avoue que, pour celui qui n’a pas d’amour pour Dieu, la religion ne peut être qu’un fardeau ; et je ne m’étonne pas de l’entendre dire : « Quelle fatigue que de servir le Seigneur ! » C’est comme ramer contre la marée. Mais l’amour huile les roues, il fait du devoir un plaisir. Pourquoi les anges sont-ils si prompts et si ailés au service de Dieu, sinon parce qu’ils l’aiment ? Sept années parurent peu de chose à Jacob, à cause de l’amour qu’il portait à Rachel. L’amour ne se lasse jamais. Celui qui aime l’argent ne se lasse pas de le compter ; et celui qui aime Dieu ne se lasse pas de le servir.
(3) Il est avantageux. On ne perd rien à aimer Dieu. « des choses que l’œil n’a point vues, etc., des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. » 1 Corinthiens 2:9. De si glorieuses récompenses sont réservées à ceux qui aiment Dieu que, comme le dit saint Augustin, « non seulement elles surpassent notre raison, mais la foi elle-même est incapable de les comprendre ». Une couronne est le plus haut insigne de la gloire terrestre ; mais il y a « la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment », une couronne qui ne se flétrit jamais. Jacques 1:12. 1 Pierre 5:4.
(4) En aimant Dieu, nous savons qu’il nous aime. « nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. » 1 Jean 4:19. Si la glace fond, c’est que le soleil a brillé sur elle ; de même, si le cœur glacé fond d’amour, c’est que le Soleil de justice a brillé sur lui.
Quels moyens faut-il employer pour exciter notre amour pour Dieu ?
(1) Travaillez à bien connaître Dieu. Les scolastiques disent avec raison : Bonum non amatur quod non cognoscitur ; « on ne peut aimer ce que l’on ne connaît pas ». Dieu est le bien le plus digne d’être choisi ; toutes les excellences dispersées dans la créature sont réunies en lui ; il est Optimus maximus. Sagesse, beauté, richesses, amour, tout se concentre en lui. Qu’elle était belle, cette tulipe qui réunissait en elle les couleurs de toutes les tulipes ! Toutes les perfections et toutes les douceurs sont éminemment en Dieu. Si nous connaissions mieux Dieu, et si, par l’œil de la foi, nous voyions son éclatante beauté, nos cœurs s’embraseraient d’amour pour lui.
(2) Rendez-vous les Écritures familières. Saint Augustin dit qu’avant sa conversion il ne prenait aucun plaisir à l’Écriture, mais qu’ensuite elle fit ses principales délices. Le livre de Dieu nous découvre Dieu dans sa sainteté, sa sagesse, sa véracité et sa vérité ; il nous le représente riche en miséricorde et environné de promesses. Saint Augustin appelle l’Écriture une épître d’or, une lettre d’amour envoyée de Dieu vers nous. En lisant cette lettre d’amour, nous nous éprenons davantage de Dieu ; comme, en lisant des livres lascifs, des comédies, des romans, etc., on excite la convoitise.
(3) Méditez beaucoup sur Dieu, et cela développera votre amour pour lui. « Pendant que je méditais, le feu s’embrasa. » Psaumes 39:4. La méditation est comme un soufflet pour les affections. Méditez sur l’amour de Dieu dans le don de Christ. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique », etc. Jean 3:16. Que Dieu nous ait donné Christ, à nous, et non aux anges déchus ; que le Soleil de justice brille sur notre horizon ; qu’il nous soit révélé, à nous, et non à d’autres : quel merveilleux amour ! « Quelqu’un marchera-t-il sur des charbons ardents, Sans que ses pieds soient brûlés? » Proverbes 6:28. Qui peut méditer l’amour de Dieu, qui peut marcher sur ces charbons ardents, sans que son cœur brûle d’amour ? Demandez un cœur qui aime Dieu. L’affection de l’amour est naturelle, mais non la grâce de l’amour. Galates 5:22. Ce feu de l’amour s’allume au ciel ; demandez qu’il brûle sur l’autel de votre cœur. Assurément, cette requête est agréable à Dieu, et il ne refusera pas une prière comme celle-ci : « Seigneur, donne-moi un cœur qui t’aime. »
VII. Et qui gardent mes commandements.
L’amour et l’obéissance, comme deux sœurs, doivent aller la main dans la main. « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » Jean 14:15. Probatio delectionis est exhibitio operis [Nous montrons notre amour en accomplissant l’œuvre]. Le fils qui aime son père lui obéira. L’obéissance plaît à Dieu. « l’obéissance vaut mieux que les sacrifices. » 1 Samuel 15:22. Dans le sacrifice, on n’offre qu’une bête morte ; dans l’obéissance, une âme vivante ; dans le sacrifice, on n’offre qu’une partie du fruit ; dans l’obéissance, le fruit, l’arbre et tout : l’homme s’offre lui-même à Dieu. « gardez mes commandements. » Il n’est pas dit que Dieu fait miséricorde à des milliers de ceux qui connaissent ses commandements, mais de ceux qui les gardent. Connaître ses commandements sans les garder ne donne droit à aucune miséricorde. Le commandement n’est pas seulement une règle de connaissance, mais de devoir. Dieu nous donne ses commandements, non seulement comme un paysage à contempler, mais comme sa volonté et son testament, que nous devons exécuter. Un bon chrétien, comme le soleil, ne se contente pas de répandre la lumière, mais il fait le tour du monde. Il n’a pas seulement la lumière de la connaissance, mais il se meut dans une sphère d’obéissance.
[1] Nous devons garder les commandements par la foi. Notre obéissance doit profluere a fide, « découler de la foi ». C’est pourquoi elle est appelée « l’obéissance de la foi ». Romains 16:26. C’est par la foi qu’Abel offrit un sacrifice plus excellent que celui de Caïn. Hébreux 11:4. La foi est un principe vital sans lequel tous nos services sont opera mortua, des œuvres mortes. Hébreux 6:1. Elle améliore et adoucit l’obéissance, et lui donne une meilleure saveur.
Mais pourquoi faut-il que la foi soit mêlée à l’obéissance aux commandements ?
Parce que la foi regarde à Christ dans chaque devoir, lui en qui la personne et l’offrande sont agréées. Le souverain sacrificateur, sous la loi, posait la main sur la tête de la bête immolée, ce qui désignait le Messie. Exode 29:10. Ainsi la foi, dans chaque devoir, pose la main sur la tête de Christ. Son sang en expie la culpabilité, et la suave odeur de son intercession parfume nos œuvres d’obéissance. « Il nous a rendus agréables dans le bien-aimé. » Éphésiens 1:6.
[2] L’observation des commandements doit être uniforme. Nous devons nous faire une conscience d’un commandement aussi bien que d’un autre. « Alors je ne rougirai point, A la vue de tous tes commandements. » Psaumes 119:6. Chaque commandement porte le jus divinum, le même sceau de l’autorité divine ; et si j’obéis à un précepte parce que Dieu le commande, pour la même raison je dois obéir à tous. Certains obéissent aux commandements de la première table, mais négligent les devoirs de la seconde ; d’autres, à ceux de la seconde et non de la première. Les médecins ont pour règle que, lorsque le corps transpire d’un côté et reste froid de l’autre, c’est le signe d’un dérèglement ; de même, quand les hommes paraissent zélés pour certains devoirs de la religion, mais sont froids et glacés pour d’autres, c’est un signe d’hypocrisie. Nous devons avoir égard à tous les commandements de Dieu.
Mais qui peut garder tous ses commandements ?
Autre chose est d’accomplir les commandements de Dieu, autre chose de les garder. Bien que nous ne puissions les accomplir tous, on peut dire que nous les gardons au sens évangélique. Nous pouvons facere, sinon perficere [bâtir, sinon achever]. Nous gardons les commandements au sens évangélique : (1) Quand nous nous faisons une conscience de chaque commandement ; quand, tout en restant en deçà dans chaque devoir, nous n’osons en négliger aucun. (2) Quand notre désir est de garder chaque commandement. « Puissent mes actions être bien réglées, Afin que je garde tes statuts! » Psaumes 119:5. Ce qui nous manque en force, nous le compensons par la volonté. (3) Quand nous nous affligeons de ne pouvoir mieux faire ; quand nous pleurons de nos manquements, portons plainte contre nous-mêmes et nous jugeons pour nos défaillances. Romains 7:24. (4) Quand nous nous efforçons d’obéir à chaque commandement, elicere conatum. « je cours vers le but. » Philippiens 3:14. Nous luttons comme dans une agonie ; et s’il était en notre pouvoir, nous nous conformerions pleinement à chaque commandement. (5) Quand, restant en deçà et incapables d’atteindre à toute l’étendue de la loi, nous regardons au sang de Christ pour qu’il asperge notre obéissance imparfaite et, les grains de ses mérites jetés dans la balance, la fasse passer pour bonne monnaie. Voilà, au sens évangélique, garder tous les commandements ; et si ce n’est pas jusqu’à satisfaire la loi, c’est du moins jusqu’à être agréé.
[3] L’observation des commandements de Dieu doit être volontaire. « Si vous avez de la bonne volonté et si vous êtes dociles. » Ésaïe 1:19. Dieu exigeait une offrande volontaire. Deutéronome 16:10. David veut courir dans la voie des commandements de Dieu, c’est-à-dire librement et joyeusement. Psaumes 119:32. Les juristes ont pour règle que les adverbes valent mieux que les adjectifs ; que ce n’est pas le bonum, mais le bene ; non le fait de faire beaucoup, mais celui de bien faire. On ne loue pas un musicien de jouer longtemps, mais de bien jouer. Obéir à Dieu de bon gré, voilà ce qui est agréé. Virtus nolentium nulla est [Les œuvres justes faites à contrecœur ne valent rien]. Le Seigneur hait ce qui est forcé ; c’est payer un impôt plutôt que faire une offrande. Caïn servit Dieu à contrecœur ; il apporta son sacrifice, mais non son cœur. Obéir aux commandements de Dieu à contrecœur, c’est faire comme les démons qui sortirent des possédés au commandement de Christ, mais avec répugnance et contre leur gré. Matthieu 8:29. Obedientia praest and adest non timore poenae, sed amore Dei [L’obéissance est la chose principale, et cela non par crainte du châtiment, mais par amour de Dieu]. Nos devoirs ne doivent pas être arrachés de nous à force de pression et de coups, comme les eaux sortirent du rocher quand Moïse le frappa de sa verge, mais ils doivent couler librement de nous, comme la myrrhe de l’arbre ou le miel du rayon. Si la bonne volonté fait défaut, il manque la fleur qui parfume notre obéissance et en fait pour Dieu un parfum de bonne odeur.
Afin que nous gardions de bon gré les commandements de Dieu, pesons bien ces choses : (1) Notre bonne volonté est plus estimée que notre service. David exhorte Salomon non seulement à servir Dieu, mais à le servir d’une âme bien disposée. 1 Chroniques 28:9. La volonté rend le péché pire et le devoir meilleur. Obéir de bon gré montre que nous le faisons par amour ; et c’est là ce qui couronne tous nos services.
(2) Il y a dans le législateur de quoi nous disposer à obéir aux commandements : c’est l’indulgence de Dieu envers nous. [1] Dieu n’exige pas le summum jus comme absolument nécessaire au salut ; il n’attend pas une obéissance parfaite, il ne demande que la sincérité. Agissez seulement par un principe d’amour, proposez-vous d’honorer Dieu dans votre obéissance, et elle est agréée. [2] Dans l’Évangile, un garant est admis. La loi ne nous favorisait pas à ce point ; mais maintenant Dieu use envers nous d’une telle indulgence que ce que nous ne pouvons faire par nous-mêmes, nous pouvons le faire par procuration. Jésus-Christ est « le garant d’une alliance plus excellente ». Hébreux 7:22. Nous restons en deçà en toutes choses, mais Dieu nous regarde en notre garant ; et Christ ayant accompli toute justice, c’est comme si nous avions accompli la loi en nos propres personnes. [3] Dieu donne la force de faire ce qu’il demande. La loi réclamait l’obéissance, mais, tout en exigeant des briques, elle ne donnait point de paille ; dans l’Évangile, au contraire, Dieu donne la force avec ses commandements. « faites-vous un cœur nouveau. » Ézéchiel 18:31. Hélas ! cela dépasse nos forces ; autant vaudrait faire un monde nouveau. « Je vous donnerai un cœur nouveau. » Ézéchiel 36:26. Dieu nous commande de nous purifier. « Lavez-vous, purifiez-vous. » Ésaïe 1:16. Mais « Comment d’un être souillé sortira-t-il un homme pur? » Job 14:4. C’est pourquoi le précepte se change en promesse. « je vous purifierai de toutes vos souillures. » Ézéchiel 36:25. Quand l’enfant ne peut marcher, la nourrice le prend par la main. « C’est moi qui guidai les pas d’Éphraïm, Le soutenant par ses bras. » Osée 11:3.
(3) Il y a dans les commandements de Dieu de quoi nous disposer à obéir. Ils ne sont pas pénibles.
[1] Le chrétien, dans la mesure où il est régénéré, consent aux commandements de Dieu. « je reconnais par là que la loi est bonne. » Romains 7:16. Ce qui se fait avec consentement n’est point un fardeau. Si une jeune fille donne son consentement, le mariage se fait avec joie ; si un sujet consent aux lois de son prince parce qu’il en voit l’équité et la justesse, elles ne lui sont pas pénibles. La personne régénérée approuve dans son jugement, et consent dans sa volonté, aux commandements de Dieu ; c’est pourquoi ils ne lui sont pas pénibles.
[2] Les commandements de Dieu sont adoucis par la joie et la paix. Cicéron se demande si l’on peut proprement appeler fardeau ce que l’on porte avec délices et plaisir. Utrum onus appellatur quod laetitia fertur [Peut-on vraiment appeler ainsi une tâche accomplie avec joie] ? Si un homme porte un sac d’argent qu’on lui a donné, le sac est lourd, mais le plaisir en ôte le poids. Quand Dieu donne la joie intérieure, il rend les commandements délicieux. « je les réjouirai dans ma maison de prière. » Ésaïe 56:7. La joie est comme l’huile aux roues : elle fait courir le chrétien dans la voie des commandements de Dieu, si bien que ce n’est pas un fardeau.
[3] Les commandements de Dieu sont avantageux. Ils préviennent le mal ; c’est un mors qui nous retient loin du péché. Dans quels malheurs ne nous précipiterions-nous pas, si nous n’avions les afflictions pour nous humilier et les commandements pour nous retenir ! Les commandements de Dieu nous maintiennent dans les bornes, comme le joug empêche la bête de s’égarer. Nous devrions être reconnaissants envers Dieu pour ses préceptes. S’il n’avait placé ses commandements comme une haie ou une barrière sur notre chemin, nous aurions pu courir en enfer sans jamais nous arrêter. Il n’y a rien dans les commandements qui ne soit pour notre bien. « que tu observes les commandements de l’Éternel et ses lois que je te prescris aujourd’hui, afin que tu sois heureux. » Deutéronome 10:13. Dieu nous commande de lire sa Parole ; et quel mal y a-t-il à cela ? Il la parsème de promesses, comme si un père invitait son fils à lire ses dernières volontés et son testament, par lequel il lui transmet un beau domaine. Il nous ordonne de prier, et il nous dit : « Demandez, et l’on vous donnera. » Matthieu 7:7. Demandez la force contre le péché, demandez le salut, et cela vous sera donné. Si vous aviez un ami qui vous dît : « Venez chez moi quand vous voudrez, je vous fournirai de l’argent », trouveriez-vous pénible de rendre souvent visite à cet ami ? Dieu nous commande de le craindre. « Mais tu craindras ton Dieu. » Lévitique 25:43. Il y a du miel dans la bouche de ce commandement. « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » Luc 1:50. Dieu nous commande de croire, et pourquoi ? « Crois, et tu seras sauvé. » Actes 16:31. Le salut est la couronne posée sur la tête de la foi. Nous avons donc de bonnes raisons d’obéir de bon gré aux commandements de Dieu, puisqu’ils sont pour notre bien, et qu’ils sont moins notre devoir que notre privilège.
[4] Les commandements de Dieu sont un ornement. Omnia quae praestari jubet Deus, non onerant nos sed ornant. Salvien. « Les commandements de Dieu ne nous chargent pas, ils nous ornent. » C’est un honneur d’être employé au service d’un roi ; bien plus encore au service de celui « par qui les rois règnent ». Marcher dans les commandements de Dieu prouve que nous sommes sages. « Voici, je vous ai enseigné des lois […] Vous les observerez et vous les mettrez en pratique; car ce sera là votre sagesse. » Deutéronome 4:5, 6. Être sage est un grand honneur. Nous pouvons dire de chaque commandement de Dieu, comme en Proverbes 4:9 : « Elle mettra sur ta tête une couronne de grâce. »
[5] Les commandements de Dieu valent infiniment mieux que les commandements du péché, qui sont intolérables. Qu’un homme soit sous l’empire d’une convoitise, comme il s’épuise ! Que de risques il court, au péril de sa santé et de son âme, pour satisfaire sa convoitise ! « Ils se fatiguent à commettre l’iniquité. » Jérémie 9:5. Et les commandements de Dieu ne sont-ils pas plus équitables, plus faciles, plus agréables que les commandements du péché ? Chrysostome dit vrai : « Pratiquer la vertu est plus facile que pratiquer le vice. » La tempérance donne moins de peine que l’ivrognerie ; la douceur donne moins de peine que l’emportement et l’envie. Il y a plus de difficulté à concevoir et à poursuivre un dessein criminel qu’à obéir aux commandements de Dieu. C’est pourquoi il est dit que le pécheur est en travail d’iniquité. Psaumes 7:15. La femme en travail est dans la douleur — pour montrer quelle douleur et quelle peine a le méchant à enfanter le péché. Beaucoup se sont donné plus de peine pour aller en enfer que d’autres pour aller au ciel. Voilà qui peut nous faire obéir de bon gré aux commandements.
[6] La bonne volonté dans l’obéissance nous rend semblables aux anges. Les chérubins, figures représentant les anges, sont décrits les ailes déployées, pour montrer combien les anges sont prompts à servir Dieu. Dieu n’a pas plus tôt dit la parole, qu’ils brûlent d’obéir. Comme ils sont ravis de joie en louant Dieu ! Au ciel, nous serons comme les anges, et par notre empressement à obéir aux commandements de Dieu, nous devrions leur ressembler dès ici-bas. Nous prions pour que la volonté de Dieu soit faite par nous sur la terre comme au ciel ; et n’y est-elle pas faite de bon gré ? Elle y est aussi faite constamment. « Heureux ceux […] Qui pratiquent la justice en tout temps! » Psaumes 106:3. Notre obéissance au commandement doit être comme le feu de l’autel, qui ne s’éteignait jamais. Lévitique 6:6. Elle doit être comme le mouvement du pouls, qui bat toujours. Le vent fait tomber le fruit ; mais les fruits de notre obéissance ne doivent être abattus par aucun vent de persécution. « je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Jean 15:16.
Usage. Ici sont repris ceux qui vivent dans la transgression volontaire des commandements de Dieu, dans la malice, l’impureté, l’intempérance, et qui marchent aux antipodes des commandements. Vivre dans la transgression volontaire du commandement, c’est aller :
(1) Contre la raison. Sommes-nous capables de tenir tête à Dieu ? « Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur? Sommes-nous plus forts que lui? » 1 Corinthiens 10:22. Pouvons-nous mesurer nos forces avec Dieu ? L’impuissance peut-elle tenir contre la toute-puissance ? Le pécheur agit contre la raison.
(2) C’est contre l’équité. Nous tenons notre être de Dieu ; et n’est-il pas juste que nous obéissions à celui qui nous donne l’être ? Nous tenons de lui toute notre subsistance ; et n’est-il pas convenable que, comme il nous donne notre ration, nous lui rendions notre allégeance ? Si un général paie ses soldats, il s’attend à ce qu’ils marchent à son commandement ; de même, vivre en violation des commandements divins est manifestement injuste.
(3) C’est contre la nature. Chaque créature, en son genre, obéit à la loi de Dieu. [1] Les créatures animées lui obéissent. Dieu parla au poisson, et le poisson déposa Jonas sur le rivage. Jonas 2:11. [2] Les créatures inanimées. Le vent et la mer lui obéissent. Marc 4:41. Les pierres mêmes, si Dieu leur en donne commission, crieront contre les péchés des hommes. « la pierre crie du milieu de la muraille, Et le bois qui lie la charpente lui répond. » Habacuc 2:11. Nul ne désobéit à Dieu, sinon les méchants et les démons ; et ne pouvons-nous trouver de meilleurs compagnons ?
(4) C’est contre la bonté. Que de miséricordes nous avons pour nous attirer à l’obéissance ! Nous avons des miracles de miséricorde ; c’est pourquoi l’apôtre joint ces deux mots, rebelles et ingrats, ce qui teint le péché d’une couleur cramoisie. 2 Timothée 3:2. Comme le péché est grand — car c’est un mépris de Dieu, c’est arborer contre lui le drapeau du défi, et la désobéissance est aussi coupable que la divination —, ainsi le châtiment sera grand. Il retranche de la miséricorde. La miséricorde de Dieu est pour ceux qui gardent ses commandements, mais il n’y a point de miséricorde pour ceux qui vivent dans leur transgression volontaire. Tous les jugements de Dieu se rangent en bataille contre les désobéissants : jugements temporels et éternels. Lévitique 26:15, 16. Christ vient dans les flammes de feu pour tirer vengeance de ceux qui n’obéissent pas à Dieu. 2 Thessaloniciens 1:8. Dieu a des chaînes de fer pour retenir ceux qui rompent la chaîne d’or de ses commandements ; des chaînes de ténèbres par lesquelles les démons sont retenus à jamais. Jude 6. Dieu a tout le temps, aussi long que l’éternité, pour régler ses comptes avec tous ceux qui transgressent volontairement ses commandements.
Comment garderons-nous les commandements de Dieu ?
Priez pour obtenir l’Esprit de Dieu. Nous ne pouvons le faire par nos propres forces. L’Esprit doit produire en nous le vouloir et le faire. Philippiens 2:13. Quand l’aimant attire, le fer se meut ; de même, quand l’Esprit de Dieu nous attire, nous courons dans la voie de ses commandements.
Chapitre 6 terminé
2.2 Le deuxième commandement