Les Dix Commandements
1.4 La juste intelligence de la loi

Chapitre 4 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute

1.4 La juste intelligence de la loi

« Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. » Exode 20:3.

Avant d’en venir aux commandements, je répondrai à quelques questions et je poserai quelques règles touchant la loi morale.

Quelle est la différence entre la loi morale et l’Évangile ?

(1) La loi exige que nous adorions Dieu comme notre Créateur ; l’Évangile, que nous l’adorions en Christ et par Christ. Dieu en Christ nous est propice ; hors de lui, nous pouvons voir la puissance, la justice et la sainteté de Dieu : en lui, nous voyons sa miséricorde déployée.

(2) La loi morale exige l’obéissance, mais ne donne aucune force (comme Pharaon exigeait des briques, mais ne donnait point de paille) ; l’Évangile, lui, donne la force : il accorde la foi aux élus ; il adoucit la loi ; il nous fait servir Dieu avec joie.

De quelle utilité la loi morale nous est-elle ?

Elle est un miroir qui nous montre nos péchés, afin que, voyant notre souillure et notre misère, nous soyons contraints de fuir vers Christ, pour qu’il satisfasse pour notre culpabilité passée et nous sauve de la colère à venir. « Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ. » Galates 3:24.

Mais la loi morale est-elle encore en vigueur pour les croyants ? N’est-elle pas abolie pour eux ?

En un certain sens, elle est abolie pour les croyants. (1) Quant à la justification. Ils ne sont pas justifiés par leur obéissance à la loi morale. Les croyants doivent faire grand usage de la loi morale, mais ils ne doivent se fier qu’à la justice de Christ pour leur justification ; ainsi la colombe de Noé se servait de ses ailes pour voler, mais se fiait à l’arche pour son salut. Si la loi morale pouvait justifier, quel besoin y avait-il que Christ mourût ? (2) La loi morale est abolie pour les croyants quant à sa malédiction. Ils sont délivrés de sa malédiction et de son pouvoir de condamnation. « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous. » Galates 3:13.

Comment Christ a-t-il été fait malédiction pour nous ?

Considéré comme Fils de Dieu, il n’a pas été fait malédiction ; mais comme notre caution et notre garant, il a été fait malédiction pour nous. Hébreux 7:22. Cette malédiction ne reposait pas sur sa divinité, mais sur son humanité. C’était la colère de Dieu qui pesait sur lui ; et c’est ainsi qu’il a ôté aux croyants la malédiction de la loi, en devenant malédiction pour eux. Mais, bien que la loi morale soit abolie dans cette mesure, elle demeure pour les croyants une règle perpétuelle. Si elle n’est pas leur Sauveur, elle est leur guide. Si elle n’est pas foedus, une alliance de vie, elle est pourtant norma, une règle de vie. Tout chrétien est tenu de s’y conformer, et de copier ce modèle aussi exactement qu’il le peut. « Anéantissons-nous donc la loi par la foi? Loin de là! » Romains 3:31. Bien que le chrétien ne soit pas sous le pouvoir condamnant de la loi, il est pourtant sous son pouvoir de commandement. Aimer Dieu, le révérer et lui obéir, c’est une loi qui lie toujours et qui liera encore dans le ciel. Je fais valoir ceci contre les antinomiens, qui disent que la loi morale est abrogée pour les croyants ; doctrine qui, de même qu’elle contredit l’Écriture, est une clé qui ouvre la porte à toute licence. Ceux qui ne veulent pas avoir la loi pour les gouverner n’auront jamais l’Évangile pour les sauver.

Ayant répondu à ces questions, je poserai ensuite quelques règles générales pour la juste intelligence du Décalogue, ou des dix commandements. Elles pourront nous éclairer quelque peu sur le sens et la portée des commandements.

Règle I. Les commandements et les défenses de la loi morale atteignent le cœur. (1) Les commandements de la loi morale atteignent le cœur. Ils n’exigent pas seulement des actions extérieures, mais des affections intérieures ; ils exigent non seulement l’acte extérieur de l’obéissance, mais l’affection intérieure de l’amour. « Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur. » Deutéronome 6:5.

(2) Les menaces et les défenses de la loi morale atteignent le cœur. La loi de Dieu ne défend pas seulement l’acte du péché, mais le désir et l’inclination ; elle ne défend pas seulement l’adultère, mais le désir impur (Matthieu 5:28) ; non seulement le vol, mais la convoitise (Romains 7:7). Lex humana ligat manum, lex divina comprimit animam « La loi de l’homme ne lie que les mains, la loi de Dieu lie le cœur. »

Règle 2. Dans les commandements, il y a une synecdoque, il est entendu plus qu’il n’est dit. (1) Là où un devoir est commandé, le péché contraire est défendu. Quand il nous est commandé de sanctifier le jour du sabbat, il nous est défendu de violer le sabbat. Quand il nous est commandé de vivre dans une vocation, « Tu travailleras six jours », il nous est défendu de vivre dans l’oisiveté et hors de toute vocation.

(2) Là où un péché est défendu, le devoir contraire est commandé. Quand il nous est défendu de prendre en vain le nom de Dieu, le devoir contraire, qui est de révérer son nom, nous est commandé : « afin que tu craignes ce nom glorieux et redoutable de l’Éternel, ton Dieu ». Deutéronome 28:58. Là où il nous est défendu de faire tort à notre prochain, le devoir contraire y est compris : lui faire tout le bien que nous pouvons, en défendant sa réputation et en pourvoyant à ses besoins.

Règle 3. Là où un péché est défendu dans le commandement, ce qui en est l’occasion est défendu aussi. Là où le meurtre est défendu, l’envie et la colère irréfléchie, qui peuvent l’occasionner, sont défendues. Là où l’adultère est défendu, tout ce qui peut y conduire est défendu, comme les regards lascifs, ou le fait de fréquenter une prostituée. « Et ne t’approche pas de la porte de sa maison. » Proverbes 5:8. Qui veut se garder de la peste ne doit pas s’approcher de la maison infectée. Sous la loi, il était défendu au naziréen de boire du vin ; il ne pouvait pas même manger les raisins dont on fait le vin.

Règle 4. In relato subintelligitur correlatum. Là où une relation est nommée dans le commandement, la relation correspondante y est comprise. Là où l’enfant est nommé, le père est compris. Là où il est fait mention du devoir des enfants envers leurs parents, le devoir des parents envers leurs enfants est compris aussi. Là où il est commandé à l’enfant d’honorer ses parents, il est sous-entendu qu’il est aussi commandé aux parents d’instruire leur enfant, de l’aimer et de pourvoir à ses besoins.

Règle 5. Là où les plus grands péchés sont défendus, les moindres le sont aussi. Bien qu’aucun péché ne soit petit de sa nature, l’un peut cependant être moindre qu’un autre, par comparaison. Là où l’idolâtrie est défendue, la superstition l’est aussi, c’est-à-dire le fait d’introduire dans le culte de Dieu quelque innovation qu’il n’a pas instituée. De même qu’il était défendu aux fils d’Aaron d’adorer une idole, il leur était défendu d’offrir à Dieu un sacrifice avec un feu étranger. Lévitique 10:1. Le mélange dans les choses saintes est comme une goutte d’autre chose versée dans le vin : elle lui donne de la couleur, mais ne fait que l’avilir et le frelater. C’est provoquer Dieu au plus haut point que d’introduire dans son culte quelque cérémonie superstitieuse qu’il n’a pas prescrite ; c’est accuser la sagesse de Dieu, comme s’il n’était pas assez sage pour régler la manière dont il veut être servi.

Règle 6. La loi de Dieu est un tout. Lex est copulativa [La loi forme un tout lié]. La première et la seconde table sont unies ensemble : la piété envers Dieu et l’équité envers notre prochain. Ces deux tables que Dieu a jointes, il ne faut pas les séparer. Éprouvez un homme moral par les devoirs de la première table, la piété envers Dieu, et vous le trouverez négligent ; éprouvez un hypocrite par les devoirs de la seconde table, l’équité envers son prochain, et vous le trouverez en défaut. Si celui qui est rigoureux sur la seconde table néglige la première, ou si celui qui est zélé pour la première néglige la seconde, son cœur n’est pas droit devant Dieu. Les pharisiens prétendaient plus que personne observer la première table avec zèle et sainteté ; mais Christ dévoile leur hypocrisie : « vous laissez […] la justice, la miséricorde et la fidélité. » Matthieu 23:23. Ils étaient en faute quant à la seconde table ; ils négligeaient la justice, c’est-à-dire la droiture dans leurs affaires ; la miséricorde, pour soulager les pauvres ; et la fidélité, c’est-à-dire la loyauté dans leurs promesses et leurs contrats avec les hommes. Dieu a écrit les deux tables, et notre obéissance doit apposer son sceau sur l’une et sur l’autre.

Règle 7. La loi de Dieu ne défend pas seulement de commettre le péché en notre propre personne, mais aussi d’être complices des péchés d’autrui, ou d’y avoir quelque part.

Comment, et en quel sens, peut-on dire que nous participons aux péchés d’autrui et que nous y avons part ?

(1) En rendant des décrets injustes, et en imposant aux autres ce qui est illicite. Jéroboam fit pécher le peuple d’Israël ; il fut complice de son idolâtrie en dressant des veaux d’or. Bien que David n’eût pas tué Urie de sa propre main, cependant, parce qu’il écrivit une lettre à Joab pour qu’il plaçât Urie au plus fort du combat, et que la chose se fit sur son ordre, il fut complice de la mort d’Urie, et le prophète lui imputa ce meurtre : « Tu as frappé de l’épée Urie, le Héthien. » 2 Samuel 12:9.

(2) Nous devenons complices des péchés d’autrui en ne les empêchant pas lorsque nous en avons le pouvoir. Qui non prohibit cum potest, jubet [Ne pas empêcher une chose, quand on en a le pouvoir, revient à l’ordonner]. Si un maître de maison voit son serviteur violer le sabbat, ou l’entend jurer, et qu’il n’use pas du pouvoir qu’il a de le réprimer, il devient complice de son péché. Éli, pour n’avoir pas puni ses fils lorsqu’ils faisaient mépriser l’offrande de l’Éternel, se rendit coupable. 1 Samuel 3:13, 14. Celui qui laisse un coupable impuni se rend lui-même coupable.

(3) En conseillant, en encourageant ou en poussant les autres au péché. Achitophel se rendit coupable du forfait en conseillant à Absalom d’aller vers les concubines de son père pour les déshonorer. 2 Samuel 16:21. Celui qui tente ou sollicite un autre à s’enivrer, fût-il lui-même sobre, est complice du péché de cet autre, puisqu’il en est l’occasion. « Malheur à celui qui fait boire son prochain, A toi qui verses ton outre. » Habacuc 2:15.

(4) En consentant au péché d’autrui. Saul ne jeta pas une seule pierre à Étienne ; pourtant l’Écriture dit : « Saul avait approuvé le meurtre d’Étienne. » Actes 8:1. Ainsi il y eut part. Si plusieurs s’étaient ligués pour assassiner un homme, qu’ils eussent fait part de leur dessein à un autre et que celui-ci y eût donné son consentement, il serait coupable ; car si sa main n’était pas dans le meurtre, son cœur y était ; s’il ne l’a pas commis, il l’a approuvé, et ainsi ce meurtre est devenu son péché.

(5) Par l’exemple. Vivitur exemplis [Nous vivons d’exemples]. Les exemples sont puissants et entraînants. Donner un mauvais exemple, c’est être pour autrui une occasion de péché, et c’est ainsi qu’on en devient complice. Si le père jure, et que l’enfant, à son exemple, apprenne à jurer, le père est complice du péché de l’enfant ; il le lui a enseigné par son exemple. Comme il y a des maladies héréditaires, il y a des péchés héréditaires.

Règle 8. La dernière règle touchant les commandements est que, bien que nous ne puissions, par nos propres forces, accomplir tous ces commandements, le Seigneur a cependant pourvu à notre encouragement, si nous faisons quod posse, ce que nous pouvons. Cet encouragement est triple.

(1) Bien que nous n’ayons pas le pouvoir d’obéir à un seul commandement, Dieu a cependant promis, dans la nouvelle alliance, d’opérer en nous ce qu’il exige. « je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances. » Ézéchiel 36:27. Dieu nous commande de l’aimer. Ah ! que notre amour est faible ! Il est comme une herbe qui n’a encore que le premier degré de vertu ; mais Dieu a promis de circoncire notre cœur, afin que nous l’aimions. Deutéronome 30:6. Celui qui nous commande nous en rendra capables. Dieu nous commande de nous détourner du péché ; mais hélas ! nous n’avons pas le pouvoir de nous détourner ; c’est pourquoi il a promis de nous convertir, de mettre son Esprit en nous, et de changer le cœur de pierre en cœur de chair. Ézéchiel 36:26. Il n’y a rien dans le commandement qui ne soit aussi dans la promesse. C’est pourquoi, chrétien, ne te décourage pas : bien que tu n’aies point de force par toi-même, Dieu te donnera la force. Le fer n’a pas le pouvoir de se mouvoir ; mais, attiré par l’aimant, il peut se mouvoir. « Car tout ce que nous faisons, C’est toi qui l’accomplis pour nous. » Ésaïe 26:12.

(2) Bien que nous ne puissions accomplir exactement la loi morale, Dieu, pour l’amour de Christ, adoucira la rigueur de la loi et acceptera quelque chose de moins que ce qu’il exige. Dans la loi, Dieu exige une obéissance parfaite, et pourtant il acceptera une obéissance sincère ; il rabattra quelque chose du degré, s’il y a la vérité au-dedans. Il verra la foi et passera sur la défaillance. L’Évangile tempère la sévérité de la loi morale.

(3) Là où notre obéissance personnelle reste en défaut, Dieu voudra bien nous agréer en notre Garant. « Il nous a rendus agréables en son bien-aimé. » Éphésiens 1:6. Bien que notre obéissance soit imparfaite, Dieu, par Christ notre Garant, la regarde comme parfaite. Ce service même que la loi de Dieu pourrait condamner, sa miséricorde se plaît à le couronner, en vertu du sang de notre Médiateur. Après vous avoir donné ces règles touchant les commandements, j’en viendrai maintenant aux commandements eux-mêmes.

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