Les Dix Commandements
3.1 L’incapacité de l’homme à observer la loi morale

Chapitre 15 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

3.1 L’incapacité de l’homme à observer la loi morale

Quelqu’un peut-il observer parfaitement les commandements de Dieu ?

Depuis la chute, nul simple homme ne peut en cette vie observer parfaitement les commandements de Dieu ; au contraire, il les viole chaque jour, en pensées, en paroles et en actions.

« Nous bronchons tous de plusieurs manières. » Jacques 3:2. Dans son état primitif d’innocence, l’homme était doué du pouvoir d’observer toute la loi morale. Il avait la droiture de l’intelligence, la sainteté de la volonté et la perfection de la puissance. Il portait la copie de la loi de Dieu écrite dans son cœur ; Dieu n’avait pas plus tôt commandé qu’il obéissait. Comme la clef est faite pour toutes les gardes de la serrure et peut les ouvrir toutes, ainsi Adam avait un pouvoir accordé à tous les commandements de Dieu, et pouvait leur obéir. L’obéissance d’Adam courait parallèlement à la loi morale, comme un cadran bien fait suit exactement le soleil. L’homme dans l’innocence était comme un orgue bien accordé : il était doucement accordé à la volonté de Dieu ; il était orné de sainteté comme les anges, mais non confirmé dans la sainteté comme les anges. Il était saint, mais muable ; il déchut de sa pureté, et nous avec lui. Le péché a coupé la chevelure de la justice originelle, où résidait notre force ; il a fait entrer la langueur et la défaillance dans nos âmes, et nous a tellement affaiblis que nous ne recouvrerons jamais toute notre force avant d’avoir revêtu l’immortalité. Ce que j’ai maintenant à démontrer, c’est que nous ne pouvons rendre une obéissance parfaite à la loi morale.

I. L’état de l’homme non régénéré est tel qu’il ne peut obéir parfaitement à tous les commandements de Dieu. Il pourrait aussi bien toucher les étoiles ou mesurer l’océan à l’empan que rendre à la loi une obéissance exacte. L’homme non régénéré ne peut agir spirituellement : il ne peut prier par le Saint-Esprit, il ne peut vivre par la foi, il ne peut accomplir son devoir par amour du devoir ; et s’il ne peut faire son devoir spirituellement, encore moins le peut-il parfaitement. Or, que l’homme naturel ne puisse rendre une obéissance parfaite à la loi morale, cela est évident. (1) Parce qu’il est spirituellement mort. Éphésiens 2:1. Comment pourrait-il, étant mort, observer parfaitement les commandements de Dieu ? Un mort n’est pas propre à l’action. Le pécheur porte sur lui les symptômes de la mort. Il n’a point de sentiment ; il ne sent ni le mal du péché, ni la sainteté et la véracité de Dieu ; c’est pourquoi il est dit qu’il a perdu tout sentiment. Éphésiens 4:19. Il n’a point de force. Romains 5:6. Quelle force a un mort ? L’homme naturel n’a point de force pour renoncer à lui-même ni pour résister à la tentation ; il est mort ; et un mort peut-il accomplir la loi morale ? (2) L’homme naturel ne peut observer parfaitement tous les commandements de Dieu, parce qu’il est né dans le péché et qu’il vit dans le péché. Psaume 51:7. « Il boit l’iniquité comme l’eau. » Job 15:16. Toutes les imaginations de ses pensées sont mauvaises, et seulement mauvaises. Genèse 6:5. La moindre mauvaise pensée est une violation de la loi royale ; et là où il y a défaillance, il ne peut y avoir perfection. Comme l’homme naturel n’a point le pouvoir d’observer la loi morale, il n’en a pas non plus la volonté. Il n’est pas seulement mort, il est pire que mort. Un mort ne fait point de mal, mais il y a une vie de résistance contre Dieu qui accompagne la mort du péché. L’homme naturel ne se contente pas de ne pouvoir observer la loi par faiblesse : il la viole par obstination. « nous voulons agir comme l’a déclaré notre bouche, offrir de l’encens à la reine du ciel. » Jérémie 44:17.

II. De même que les non-régénérés ne peuvent observer parfaitement la loi morale, les régénérés ne le peuvent pas non plus. « il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais » ; bien plus, « qui ne pèche point en faisant le bien ». Ecclésiaste 7:20. Il y a dans les meilleures actions d’un juste quelque chose de damnable, si Dieu le pesait dans la balance de sa justice. Hélas ! comme ses devoirs sont gâtés par les mouches ! Il ne peut prier sans distraction, ni croire sans douter. « j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. » Le grec porte : « Comment l’accomplir pleinement, je ne le trouve pas. » Romains 7:18. Paul, bien qu’il fût un saint de la première grandeur, était meilleur à vouloir qu’à accomplir. Marie demanda où l’on avait mis Christ, car elle avait le dessein de l’emporter, mais la force lui manquait : de même les régénérés ont la volonté d’obéir parfaitement à la loi de Dieu, mais la force leur manque ; leur obéissance est faible et maladive. Le but qu’ils doivent viser est la perfection de la sainteté ; mais, bien qu’ils visent juste, quoi qu’ils fassent, ils restent en deçà du but. « je ne fais pas le bien que je veux. » Romains 7:19. Le chrétien, quand il sert Dieu, est comme un passeur qui manie la rame et rame ferme, mais qui est arrêté, car un coup de vent le rejette en arrière : c’est ainsi que Paul dit : « je ne fais pas le bien que je veux » ; la tentation me repousse en arrière. Or, s’il y a quelque défaillance dans l’obéissance d’un homme, il ne peut être un commentaire parfait de la loi de Dieu. L’obéissance de la vierge Marie ne fut pas parfaite ; il lui fallait le sang de Christ pour laver ses larmes. Aaron devait faire l’expiation pour l’autel, afin de montrer que l’offrande la plus sainte porte en elle une souillure et a besoin qu’on fasse pour elle l’expiation. Exode 29:37.

Si l’homme n’a pas le pouvoir d’observer toute la loi morale, pourquoi Dieu la lui impose-t-il ? Est-ce là de la justice ?

Bien que l’homme ait perdu son pouvoir d’obéir, Dieu n’a pas perdu son droit de commander. Si un maître confie à son serviteur de l’argent à employer, et que le serviteur le dissipe dans la débauche, le maître ne peut-il pas le lui réclamer à bon droit ? Dieu nous avait donné le pouvoir d’observer la loi morale, et nous l’avons perdu en jouant avec le péché ; mais Dieu ne peut-il pas toujours exiger une obéissance parfaite, ou, à défaut, nous punir justement ?

Pourquoi Dieu permet-il en l’homme une telle incapacité d’observer la loi ?

Il le fait : (1) Pour nous humilier. L’homme est une créature qui s’exalte elle-même ; s’il possède la moindre chose de valeur, il est prêt à s’enfler d’orgueil ; mais quand il en vient à voir ses manquements et ses défaillances, et combien il reste en deçà de la sainteté et de la perfection que la loi de Dieu exige, cela abat les plumes de son orgueil et les couche dans la poussière ; il pleure sur son incapacité ; il rougit de ses taches de lèpre ; il dit avec Job : « je me condamne et je me repens Sur la poussière et sur la cendre. » (2) Dieu laisse peser sur nous cette incapacité afin que nous ayons recours à Christ, pour obtenir le pardon de nos défauts et pour qu’il asperge de son sang nos meilleurs devoirs. Quand un homme voit qu’il doit à la loi une obéissance parfaite, mais qu’il n’a rien pour payer, cela le pousse à fuir vers Christ, afin qu’il soit son ami, qu’il réponde pour lui à toutes les exigences de la loi et qu’il le fasse acquitter devant le tribunal de la justice.

Premier usage. Voici de quoi nous humilier à cause de notre chute en Adam. Dans l’état d’innocence, nous étions parfaitement saints ; notre intelligence était couronnée de connaissance, et notre volonté, comme une reine, tenait le sceptre de la liberté ; mais à présent nous pouvons dire : « La couronne de notre tête est tombée! » Lamentations 5:16. Nous avons perdu ce pouvoir qui nous était inhérent. Quand nous regardons en arrière vers notre gloire primitive, quand nous brillions comme des anges terrestres, nous pouvons reprendre les paroles de Job : « Oh! Que ne puis-je être comme aux mois du passé » (chap. 29:2) ; qu’il en fût de nous comme au commencement, quand il n’y avait aucune tache sur notre nature virginale, quand régnait une parfaite harmonie entre la loi de Dieu et la volonté de l’homme ! Mais, hélas ! comme la scène a changé ! notre force s’en est allée ; nous marchons de travers à chaque pas ; nous restons au-dessous de chaque précepte ; notre petitesse de nain n’atteint pas la hauteur sublime de la loi de Dieu ; nous défaillons dans notre obéissance, et, en défaillant, nous encourons la peine. Cela devrait nous plonger dans un deuil profond et ouvrir dans toutes nos âmes une voie d’eau de tristesse.

Deuxième usage. De réfutation. (1) Il réfute les arminiens, qui exaltent le pouvoir de la volonté. Ils tiennent qu’ils ont la volonté de se sauver eux-mêmes. Mais par nature, il ne nous manque pas seulement la force, il nous manque la volonté de ce qui est bon. Romains 5:6. La volonté n’est pas seulement pleine de faiblesse, mais d’obstination. « Israël ne m’a point obéi. » Psaume 81:12. La volonté arbore un drapeau de défi contre Dieu. Ceux qui parlent du pouvoir souverain de la volonté oublient que « c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire ». Philippiens 2:13. Si le pouvoir est dans la volonté de l’homme, quel besoin y a-t-il que Dieu opère en nous le vouloir ? Si l’air pouvait s’éclairer lui-même, quel besoin y aurait-il que le soleil brille ? Ceux qui parlent du pouvoir de la nature et de leur capacité à se sauver eux-mêmes déprécient les mérites de Christ. Je puis dire (comme Galates 5:4) qu’ils sont « séparés de Christ ». Ceux qui mettent en avant le pouvoir de leur volonté dans l’affaire du salut, sans la grâce médicinale de Christ, se placent absolument sous l’alliance des œuvres. Je leur demanderais : « Peuvent-ils observer parfaitement la loi morale ? » Malum oritur ex quolibet defectu [Le mal se manifeste dans le moindre défaut]. S’il y a le moindre défaut dans leur obéissance, ils sont perdus. Pour une seule pensée coupable, la loi de Dieu les maudit et la justice de Dieu les condamne. Que leur orgueil soit confondu, eux qui exaltent le pouvoir de la nature, comme si, par leurs propres facultés inhérentes, ils pouvaient élever un édifice dont le sommet atteindrait le ciel !

(2) Il réfute cette sorte de gens qui se vantent de la perfection et qui, selon ce principe, peuvent observer parfaitement tous les commandements de Dieu. Je demanderais à ceux-là si jamais une pensée vaine ne leur est venue à l’esprit. S’il en est venu une, ils ne sont pas parfaits. La vierge Marie n’était pas parfaite. Bien que son sein fût pur (le Saint-Esprit l’ayant couverte de son ombre), son âme n’était pas parfaite. Christ suppose tacitement en elle un manquement. Luc 2:49. Et seraient-ils plus parfaits que ne l’était la bienheureuse Vierge ? Ceux qui soutiennent la perfection n’ont pas besoin de confesser le péché. David confessa son péché, et Paul confessa son péché. Psaume 32:5 ; Romains 7:25. Mais eux, ils ont dépassé David et Paul ; ils sont parfaits, ils ne transgressent jamais ; et là où il n’y a point de transgression, à quoi bon la confession ? De plus, s’ils sont parfaits, ils n’ont pas besoin de demander pardon. Ils peuvent payer à la justice de Dieu ce qu’ils lui doivent ; pourquoi donc prier : « pardonne-nous nos offenses » ? Oh ! que le diable berce les hommes d’un sommeil si profond qu’il les fasse rêver de perfection ! Allèguent-ils : « Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons cette même pensée » ? Philippiens 3:15. La perfection dont il s’agit là, c’est la sincérité. Dieu est le mieux à même d’interpréter sa propre parole. Il appelle la sincérité perfection. « Un homme parfait et droit. » Job 1:8. Mais qui est exactement parfait ? Un homme plein de maladies pourrait aussi bien se dire en bonne santé qu’un homme plein de péchés se dire parfait.

Troisième usage. Pour l’encouragement des régénérés. Bien que vous défailliez dans votre obéissance et que vous ne puissiez observer exactement la loi morale, ne vous découragez pas.

Quelle consolation peut-on donner à un régénéré dans les défaillances et les imperfections de son obéissance ?

Que le croyant n’est pas sous l’alliance des œuvres, mais sous l’alliance de grâce. L’alliance des œuvres exige une obéissance parfaite, personnelle et perpétuelle ; mais dans l’alliance de grâce, Dieu consent à quelque rabais ; il accepte moins qu’il n’exigeait dans l’alliance des œuvres. (1) Dans l’alliance des œuvres, Dieu exigeait la perfection des degrés ; dans l’alliance de grâce, il accepte la perfection des parties. Là il exigeait des œuvres parfaites, ici il accepte une foi sincère. Dans l’alliance des œuvres, Dieu exigeait que nous vivions sans péché ; dans l’alliance de grâce, il agrée notre combat contre le péché. (2) Bien que le chrétien ne puisse, en sa propre personne, accomplir tous les commandements de Dieu, Christ, comme sa caution et à sa place, a accompli la loi pour lui ; et Dieu agrée l’obéissance de Christ, qui est parfaite, pour satisfaire pour cette obéissance qui est imparfaite. Christ ayant été fait malédiction pour les croyants, toutes les malédictions de la loi ont perdu leur aiguillon. (3) Bien que le chrétien ne puisse observer les commandements de Dieu de manière à satisfaire, il peut les observer de manière à être approuvé.

Comment cela ?

(1) Il donne à la loi de Dieu son plein assentiment et son plein consentement. « La loi est sainte et juste » : voilà l’assentiment du jugement. Romains 7:12. « Je donne mon consentement à la loi » : voilà le consentement de la volonté. Romains 7:16.

(2) Le chrétien s’afflige de ne pouvoir observer pleinement les commandements. Quand il défaille, il pleure ; il n’est pas irrité contre la loi parce qu’elle est si stricte, mais il est irrité contre lui-même parce qu’il est si défaillant.

(3) Il prend dans la loi un doux et complaisant plaisir. « je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur. » Romains 7:22. Le grec dit : « Je m’y complais. » « Combien j’aime ta loi! » Psaume 119:97. Bien que le chrétien ne puisse observer la loi de Dieu, il aime pourtant sa loi ; bien qu’il ne puisse servir Dieu parfaitement, il le sert pourtant de bon cœur.

(4) Son désir sincère est de marcher dans tous les commandements de Dieu. « Puissent mes actions être bien réglées, Afin que je garde tes statuts! » Psaume 119:5. Bien que sa force défaille, son pouls bat encore.

(5) Il s’efforce réellement d’obéir parfaitement à la loi de Dieu ; et là où il reste en deçà, il court au sang de Christ pour suppléer à ses défauts. Ce désir sincère et cet effort réel, Dieu les tient pour une obéissance parfaite. « La bonne volonté, quand elle existe, est agréable. » 2 Corinthiens 8:12. « Fais-moi entendre ta voix; Car ta voix est douce. » Cantique 2:14. Bien que les prières des justes soient mêlées de péché, Dieu voit qu’ils voudraient mieux prier. Il ôte les mauvaises herbes d’entre les fleurs ; il voit la foi et supporte la défaillance. L’obéissance des saints, bien qu’elle reste en deçà de la perfection légale, ayant pourtant en elle la sincérité, et les mérites de Christ y étant mêlés, trouve un accueil favorable. Quand le Seigneur voit des efforts vers une obéissance parfaite, il le prend en bonne part ; comme un père qui reçoit une lettre de son enfant, bien qu’il y ait des pâtés et des fautes d’orthographe, prend tout en bonne part. Oh ! que de pâtés dans nos choses saintes ! mais Dieu veut bien prendre tout en bonne part. Il dit : « C’est mon enfant ; il ferait mieux s’il le pouvait ; je l’accepterai. »

Chapitre 15 terminé

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