Chapitre 14 · 27 min de lecture · 34 min d’écoute
2.10 Le dixième commandement
2.10 Dixième commandement
« Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. » Exode 20:17.
CE commandement défend la convoitise en général : « Tu ne convoiteras point » ; et en particulier : « la maison de ton prochain, la femme de ton prochain, etc. »
I. Il défend la convoitise en général. « Tu ne convoiteras point. » Il est permis d’user du monde, et même d’en désirer autant qu’il en faut pour être gardé de la tentation de la pauvreté : « Ne me donne ni pauvreté […] Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, Et ne m’attaque au nom de mon Dieu. » (Proverbes 30:8, 9) ; et autant qu’il en faut pour pouvoir honorer Dieu par des œuvres de miséricorde. « Honore l’Éternel avec tes biens. » Proverbes 3:9. Mais tout le danger est que le monde n’entre dans le cœur. L’eau est utile pour faire voguer le navire : tout le danger est que l’eau n’entre dans le navire ; de même, ce qu’il faut craindre, c’est que le monde n’entre dans le cœur. « Tu ne convoiteras point. »
Qu’est-ce que convoiter ?
Il y a en grec deux mots qui exposent la nature de la convoitise. Pleonexia, qui signifie un « désir insatiable d’acquérir le monde ». La convoitise est une hydropisie sèche. Saint Augustin définit la convoitise Plus velle quam sat est, « vouloir plus qu’il ne suffit » ; viser à une grande fortune ; être comme la fille de la sangsue, qui crie : « Donne! Donne! » Proverbes 30:15. Ou comme le béhémoth : « Il compte bien attirer le Jourdain dans sa gueule. » Job 40:18. L’autre mot est Philarguria, qui signifie un « amour déréglé du monde ». Le monde est l’idole : on l’aime au point de ne vouloir s’en dessaisir pour aucun bon usage. On peut appeler cupide non seulement celui qui acquiert le monde injustement, mais celui qui l’aime d’un amour déréglé.
[1] Pour répondre plus pleinement à la question : « Qu’est-ce que convoiter ? », je montrerai, en six points, quand on peut dire qu’un homme est adonné à la convoitise : —
(1) Quand ses pensées sont entièrement occupées du monde. Les pensées de l’homme de bien sont au ciel ; il pense à l’amour de Christ et à la récompense éternelle. « Je m’éveille, et je suis encore avec toi. » c’est-à-dire dans la contemplation divine. Psaumes 139:18. Les pensées de l’avare sont dans le monde ; son esprit en est entièrement occupé ; il ne peut penser qu’à sa boutique ou à sa ferme. L’imagination est un hôtel des monnaies, et la plupart des pensées qui se frappent dans celui de l’avare sont mondaines. Il est sans cesse à combiner et à projeter touchant les choses de cette vie ; comme une jeune fille dont toutes les pensées se rapportent à son prétendant.
(2) On peut dire qu’un homme est adonné à la convoitise quand il se donne plus de peine pour acquérir la terre que pour acquérir le ciel. Il remuera toutes les pierres, se privera de sommeil, fera bien des pas pénibles pour le monde ; mais il ne se donnera aucune peine pour Christ ni pour le ciel. Après que les Gaulois, peuple ancien de la France, eurent goûté le doux vin du raisin d’Italie, ils s’enquirent de ce pays, et n’eurent point de repos qu’ils n’y fussent parvenus ; de même l’avare, ayant pris goût au monde, le poursuit, et ne cesse point qu’il ne l’ait obtenu ; mais il néglige les choses de l’éternité. Il serait content que le salut lui tombât dans la bouche, comme une figue mûre dans la bouche de celui qui veut la manger (Nahum 3:12) ; mais il répugne à se donner trop de sueur ou de peine pour obtenir Christ ou le salut. Il chasse après le monde ; le ciel, il se contente de le souhaiter.
(3) On peut dire qu’un homme est adonné à la convoitise quand tous ses discours roulent sur le monde. « celui qui est de la terre est de la terre, et il parle comme étant de la terre. » Jean 3:31. C’est une marque de piété que de parler du ciel, d’avoir la langue tournée à la langue de Canaan. « Les paroles de la bouche du sage sont pleines de grâce » ; il parle comme s’il avait déjà été au ciel. Ecclésiaste 10:12. De même, c’est la marque d’un homme adonné à la convoitise que de parler toujours des choses séculières, de ses marchandises et de ses drogues. L’haleine de l’avare, comme celle d’un mourant, sent fort la terre. Comme il fut dit à Pierre : « ton langage te fait reconnaître », ainsi le langage de l’avare le trahit. Matthieu 26:73. Il est comme le poisson de l’Évangile qui avait une pièce d’argent dans la bouche. Matthieu 17:27. Verba sunt speculum mentis. Saint Bernard. « Les paroles sont le miroir du cœur » ; elles montrent ce qui est au-dedans. Ex abundantia cordis [De l’abondance du cœur].
(4) Un homme est adonné à la convoitise quand il attache tellement son cœur aux choses du monde que, pour l’amour d’elles, il se défera des choses célestes ; pour « un lingot d’or », il se défera de « une perle de grand prix ». Quand Christ dit au jeune homme de l’Évangile : « va, vends ce que tu possèdes […] Puis viens, et suis-moi. » ; abiit tristis, « il s’en alla tout triste ». Matthieu 19:22. Il aima mieux se défaire de Christ que de tous ses biens terrestres. Le cardinal de Bourbon disait qu’il renoncerait à sa part du paradis, s’il pouvait garder son cardinalat à Paris. Quand on en vient au point critique où il faut renoncer ou à ses biens ou à Christ, et que les hommes aiment mieux se défaire de Christ et d’une bonne conscience que de leurs biens, il est clair qu’ils sont possédés du démon de la convoitise.
(5) Un homme est adonné à la convoitise quand il se surcharge des affaires du monde. Il a beaucoup de fers au feu ; il est en ce sens un cumulard ; il se charge de tant d’affaires qu’il ne peut trouver le temps de servir Dieu ; il a à peine le temps de prendre ses repas, et point du tout le temps de prier. Quand un homme se surcharge du monde et, comme Marthe, s’agite pour beaucoup de choses, au point de ne pouvoir trouver de temps pour son âme, il est sous la puissance de la convoitise.
(6) Il est adonné à la convoitise, celui dont le cœur est tellement attaché au monde que, pour l’acquérir, il ne se soucie pas des moyens illicites qu’il emploie. Il veut avoir le monde per fas et nefas [par des voies justes ou injustes] ; il fera tort, il fraudera, et il élèvera sa fortune sur les ruines d’autrui. « Éphraïm est un marchand qui a dans sa main des balances fausses, Il aime à tromper. . . . Et Éphraïm dit: A la vérité, je me suis enrichi. » Osée 12:8, 9. Le pape Sylvestre II vendit son âme au diable pour obtenir la papauté.
Usage. « Gardez-vous avec soin de toute avarice. » Luc 12:15. La convoitise est une violation directe du dixième commandement. C’est un vice moral ; il infecte et souille l’âme tout entière.
(1) C’est un péché subtil, un péché que beaucoup ne savent pas bien discerner en eux-mêmes ; comme certains ont le scorbut sans le savoir. Ce péché sait se parer des habits de la vertu. Il est appelé « le manteau de la cupidité ». 1 Thessaloniciens 2:5. C’est un péché qui porte un manteau ; il se couvre du nom de frugalité et de bonne économie. Il a pour lui bien des raisons et des excuses, plus qu’aucun autre péché : ainsi, pourvoir aux besoins de sa famille. Plus le péché est subtil, moins il est discernable.
(2) La convoitise est un péché dangereux, en ce qu’elle arrête tout ce qui est bon. Elle est ennemie de la grâce ; elle étouffe les bonnes affections, comme la terre éteint le feu. Le hérisson de la fable vint aux terriers des lapins par un temps d’orage et demanda asile ; mais, dès qu’il eut été reçu, il dressa ses piquants, et n’eut de cesse qu’il n’eût chassé les pauvres lapins de leurs terriers ; de même la convoitise, par de beaux prétextes, s’insinue dans le cœur ; mais dès que vous l’avez laissée entrer, elle ne s’en ira point qu’elle n’ait étouffé tous les bons commencements et chassé toute religion de vos cœurs. « La convoitise empêche l’efficacité de la Parole prêchée. » Dans la parabole, les épines, que Christ expliqua être les soucis de cette vie, étouffèrent la bonne semence. Matthieu 13:22. Bien des sermons gisent morts et ensevelis dans des cœurs terrestres. Nous prêchons aux hommes de placer leur cœur au ciel ; mais là où la convoitise domine, elle les enchaîne à la terre, et les rend semblables à la femme que Satan tenait courbée, et qui ne pouvait se redresser. Luc 13:11. Vous pourriez aussi bien demander à un éléphant de voler dans les airs qu’à un avare de vivre par la foi. Nous prêchons aux hommes de donner libéralement aux pauvres de Christ ; mais la convoitise les rend semblables à l’homme de l’Évangile qui avait « la main sèche ». Marc 3:1. Ils ont la main sèche et ne peuvent l’étendre vers les pauvres. Il est impossible d’avoir à la fois l’esprit terrestre et l’esprit charitable. La convoitise fait obstacle à l’efficacité de la Parole et la rend stérile. Ceux dont le cœur est enraciné dans la terre seront si loin de profiter de la Parole qu’ils seront plutôt prêts à s’en moquer. Les pharisiens, qui étaient avares, « se moquaient de lui. » Luc 16:14.
(3) La convoitise est un péché mère, un vice radical. « l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. » 1 Timothée 6:10. Quid non mortalia pectora cogis, auri sacra fames! [Ô soif maudite de l’or ! à quels crimes ne pousses-tu pas le cœur humain !] Virgile. Celui qui a une démangeaison terrestre, un désir avide d’acquérir le monde, a en lui la racine de tout péché. La convoitise est un péché mère. Je ferai voir que la convoitise est une violation de tous les dix commandements. Elle viole le premier commandement : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. » L’avare a plus d’un dieu ; Mammon est son dieu. Il a un dieu d’or ; c’est pourquoi il est appelé idolâtre. Colossiens 3:5. La convoitise viole le deuxième commandement : « Tu ne te feras point d’image taillée […] Tu ne te prosterneras point devant elles. » L’avare se prosterne, sinon devant l’image taillée de l’église, du moins devant l’image gravée sur sa monnaie. La convoitise est une violation du troisième commandement : « Tu ne prendras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain. » Le dessein d’Absalom était d’obtenir la couronne de son père, ce qui était de la convoitise ; mais il parlait d’aller « accomplir le vœu » qu’il avait fait à Dieu, ce qui était prendre en vain le nom de Dieu. La convoitise est une violation du quatrième commandement : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. » L’avare ne sanctifie pas le sabbat ; il ira à cheval aux foires le jour du sabbat ; au lieu de lire la Bible, il fera ses comptes. La convoitise est une violation du cinquième commandement : « Honore ton père et ta mère. » L’avare n’honore pas son père, s’il ne le nourrit pas de son argent. Bien plus, il amènera son père à lui céder ses biens de son vivant, de sorte que le père soit aux ordres de son fils. La convoitise est une violation du sixième commandement : « Tu ne tueras point. » Achab, dans sa convoitise, fit tuer Naboth pour avoir sa vigne. 1 Rois 21:13. Combien ont nagé dans le sang jusqu’à la couronne ! La convoitise est une violation du septième commandement : « Tu ne commettras point d’adultère. » Elle cause l’impureté ; vous lisez qu’il est parlé du « salaire d’une prostituée ». Deutéronome 23:18. L’adultère qui se vend pour de l’argent met en vente à la fois sa conscience et sa chasteté. La convoitise est une violation du huitième commandement : « Tu ne déroberas point. » Elle est la racine du vol : Acan, par convoitise, déroba le lingot d’or. Les voleurs et les cupides sont mis ensemble. 1 Corinthiens 6:10. La convoitise est une violation du neuvième commandement : « Tu ne porteras point de faux témoignage. » Qu’est-ce qui pousse le parjure à prêter un faux serment, sinon la convoitise ? Il espère une récompense. Elle est manifestement une violation du dernier commandement : « Tu ne convoiteras point. » L’adorateur de Mammon convoite la maison et les biens de son prochain, et s’efforce de les faire passer entre ses mains. Vous voyez ainsi combien la convoitise est un vil péché ; c’est un péché mère ; c’est une violation manifeste de chacun des dix commandements.
(4) La convoitise est un péché qui déshonore la religion. Que des hommes disent que leurs espérances sont en haut, tandis que leur cœur est en bas ; qu’ils fassent profession d’être au-dessus des étoiles, tandis qu’ils « lèchent la poussière » comme le serpent ; d’être nés de Dieu, tandis qu’ils sont ensevelis dans la terre : quel déshonneur pour la religion ! Le vanneau, qui porte une petite couronne sur la tête et qui pourtant se nourrit de fumier, est l’emblème de ceux qui font profession d’être couronnés rois et sacrificateurs pour Dieu, et qui pourtant se repaissent sans mesure des consolations terrestres du fumier. « Et toi, rechercherais-tu de grandes choses? Ne les recherche pas! » Jérémie 45:5. Quoi ! toi, Baruc, qui es ennobli par la nouvelle naissance et illustre par ta charge, un Lévite, tu recherches les choses de la terre, et tu les recherches maintenant ? Quand le navire sombre, arranges-tu ta cabine ? Oh ! ne te dégrade pas ainsi, ne souille pas ton blason ! rechercherais-tu de grandes choses? Ne les recherche pas! Plus la grâce est élevée, moins les chrétiens devraient être terrestres ; comme plus le soleil est haut, plus l’ombre est courte.
(5) La convoitise nous expose à l’horreur de Dieu : « l’avare, que l’Éternel a en horreur ». Psaumes 10:3. Un roi a horreur de voir sa statue outragée ; ainsi Dieu a horreur de voir l’homme, fait à son image, avoir le cœur d’une bête. Qui voudrait vivre dans un péché qui le rend odieux à Dieu ? Celui que Dieu a en horreur, il le maudit, et sa malédiction flétrit tout ce qu’elle atteint.
(6) La convoitise précipite les hommes dans la ruine et leur ferme le ciel. « sachez-le bien, aucun […] cupide, c’est-à-dire, idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume de Christ et de Dieu. » Éphésiens 5:5. Que ferait un avare au ciel ? Dieu ne peut pas plus converser avec lui qu’un roi avec un pourceau. « ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans le piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. » 1 Timothée 6:9. L’avare est comme une abeille qui entre dans un tonneau de miel et s’y noie. Comme un passeur prend tant de passagers pour grossir son gain qu’il fait sombrer sa barque, ainsi l’avare prend tant d’or pour grossir sa fortune qu’il se noie dans la perdition. J’ai lu que certains habitants des environs d’Athènes, vivant dans une île très sèche et stérile, se donnèrent beaucoup de peine pour amener une rivière dans l’île afin de l’arroser et de la rendre fertile ; mais quand ils eurent ouvert les passages et amené la rivière, l’eau fit irruption avec une telle force qu’elle noya la terre et tous ses habitants. C’est l’emblème de l’avare, qui travaille à attirer à lui les richesses, et qui à la fin les voit venir en telle abondance qu’elles le noient dans la perdition. Combien, pour édifier une fortune, ruinent leur âme ! Oh ! fuyez donc la convoitise ! Je vais maintenant prescrire quelques remèdes contre la convoitise.
[2] JE dois, en second lieu, résoudre la question : « Quel est le remède à cette convoitise ? »
(1) La foi. « la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi. » 1 Jean 5:4. La racine de la convoitise est la défiance envers la providence de Dieu. La foi croit que Dieu pourvoira ; que celui qui nourrit les oiseaux nourrira ses enfants ; que celui qui vêt les lis vêtira ses agneaux ; et c’est ainsi que la foi triomphe du monde. La foi est le remède du souci. Non seulement elle purifie le cœur, mais elle le rassasie ; elle fait de Dieu notre partage, et en lui nous avons assez. « L’Éternel est mon partage […] Un héritage délicieux m’est échu, Une belle possession m’est accordée. » Psaumes 16:5, 6. La foi, par une divine chimie, extrait de Dieu la consolation. Un peu, avec Dieu, est doux. Ainsi la foi est un remède contre la convoitise ; elle triomphe non seulement de la crainte du monde, mais de l’amour du monde.
(2) Le deuxième remède, ce sont de judicieuses considérations. Ainsi : combien sont pauvres ces choses d’ici-bas, pour que nous les convoitions ! Elles sont bien au-dessous de la valeur de l’âme, qui porte en elle une idée et une ressemblance de Dieu. Le monde n’est que l’ouvrage de Dieu ; l’âme est son image. Nous convoitons ce qui ne nous rassasiera pas. « Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent. » Ecclésiaste 5:9. Salomon avait mis toutes les créatures dans un alambic, il en avait distillé l’essence, et voici : « tout est vanité. » Ecclésiaste 2:11. La convoitise est une hydropisie sèche — plus un homme possède, plus il a soif. Quo plus sunt potae, plus sitiuntur aquae [Plus on boit d’eau, plus on en désire]. Ovide. Les choses du monde ne peuvent ôter le trouble de l’esprit. Quand le roi Saül était dans l’angoisse de sa conscience, les joyaux de sa couronne ne purent le consoler. 1 Samuel 28:15. Les choses du monde ne peuvent pas plus soulager un esprit troublé qu’un bonnet d’or ne peut guérir le mal de tête. Les choses du monde ne peuvent demeurer avec vous. La créature a un peu de miel à la bouche, mais elle a des ailes pour s’envoler. Ou ces choses s’en vont de nous, ou nous nous en allons d’elles. Combien sont-elles pauvres, pour qu’on les convoite !
La deuxième considération est la structure et la conformation du corps. Dieu a fait le visage pour regarder en haut, vers le ciel. Os homini sublime dedit, coelumque tueri jussit [Il donna à l’homme un visage levé, et lui ordonna de contempler le ciel]. Ovide. Les anatomistes observent que, tandis que les autres créatures n’ont que quatre muscles aux yeux, l’homme en a un cinquième, par lequel il peut lever les yeux vers le ciel ; et quant au cœur, il est étroit et resserré par le bas, mais large et ample par le haut. Comme la structure et la conformation du corps nous enseignent à regarder aux choses d’en haut, l’âme surtout est placée dans le corps comme une étincelle divine, pour monter vers le haut. Peut-on imaginer que Dieu nous ait donné des âmes intelligentes et immortelles pour convoiter seulement les choses de la terre ? Quel homme sage pêcherait des goujons avec des hameçons d’or ? Dieu nous a-t-il donné des âmes glorieuses seulement pour pêcher le monde ? Assurément nos âmes sont faites pour une fin plus haute : pour aspirer à la jouissance de Dieu dans la gloire.
La troisième considération est l’exemple de ceux qui ont condamné et méprisé le monde. Les premiers chrétiens, comme l’observe Clément d’Alexandrie, se tenaient à l’écart du monde, et étaient tout occupés de leur commerce avec Dieu ; ils vivaient dans le monde au-dessus du monde, comme les oiseaux de paradis, qui planent dans les airs et touchent rarement, ou jamais, la terre de leurs pieds. Luther dit qu’il ne fut jamais tenté du péché de convoitise. Bien que les saints d’autrefois vécussent dans le monde, ils trafiquaient dans le ciel. « notre cité à nous est dans les cieux. » Philippiens 3:20. Le mot grec signifie que notre commerce, ou notre trafic, ou notre droit de cité, est dans le ciel. « Hénoc marcha avec Dieu. » Genèse 5:24. Ses affections étaient sublimées, et faisaient chaque jour un tour au ciel. Les justes sont comparés au palmier. Psaumes 92:13. Philon observe que, tandis que tous les autres arbres ont leur sève dans leur racine, la sève du palmier monte vers la cime ; et ainsi il est l’emblème des saints, dont le cœur est au ciel, où est leur trésor.
(3) Le troisième remède contre la convoitise est de convoiter davantage les choses spirituelles. Convoitez la grâce, car c’est la meilleure des bénédictions, c’est la semence de Dieu. 1 Jean 3:9. Convoitez le ciel, qui est la région du bonheur — le plus agréable des climats. Si nous convoitons davantage le ciel, nous convoiterons moins la terre. Pour ceux qui se tiennent au sommet des Alpes, les grandes villes de la Campanie ne paraissent que de petits villages ; de même, si nos cœurs étaient plus fixés sur la Jérusalem d’en haut, toutes les choses du monde s’évanouiraient, diminueraient et ne seraient rien à nos yeux. Nous lisons qu’un ange descendit du ciel et posa son pied droit sur la mer et son pied gauche sur la terre. Apocalypse 10:2. Si nous avions été au ciel et en avions contemplé la gloire souveraine, avec quel saint mépris ne foulerions-nous pas d’un pied la terre et de l’autre la mer ! Oh ! convoitez les choses célestes ! Là est l’arbre de vie, les montagnes des aromates, les fleuves de délices, le rayon de miel de l’amour de Dieu qui distille, les délices des anges, et la fleur de la joie pleinement mûre et épanouie. Là est l’air pur qu’on respire ; aucun brouillard ni aucune vapeur de péché ne s’élève pour infecter cet air, mais le Soleil de justice éclaire continuellement tout l’horizon de ses rayons glorieux. Oh ! que vos pensées et vos délices soient toujours occupées de la cité de perles, du paradis de Dieu ! On rapporte de Lazare qu’après avoir été ressuscité du tombeau, on ne le vit jamais sourire ni prendre plaisir au monde. Si nos cœurs étaient élevés au ciel par la puissance du Saint-Esprit, nous ne serions guère épris des choses de la terre.
(4) Le quatrième remède est de prier pour obtenir un esprit céleste. Seigneur, que l’aimant de ton Esprit attire mon cœur en haut. Seigneur, arrache la terre de mon cœur ; apprends-moi à posséder le monde sans l’aimer, à le tenir dans ma main sans le laisser entrer dans mon cœur.
II. Ayant parlé du commandement en général, je passe à en parler plus particulièrement. « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain », etc. Observez la sainteté et la perfection de la loi, qui défend les motus primo primi, les premiers mouvements et les premières saillies du péché dans le cœur. « Tu ne convoiteras point. » Les lois des hommes s’en prennent aux actions, mais la loi de Dieu va plus loin : elle défend non seulement les actions, mais les désirs. « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain. » Il n’est pas dit : « Tu ne lui ôteras point sa maison », mais : « Tu ne la convoiteras point. » Ces convoitises et ces désirs après le fruit défendu sont coupables. La loi a dit : « Tu ne convoiteras point. » Romains 7:7. Un arbre peut ne porter aucun mauvais fruit et pourtant être malade à la racine ; de même, bien qu’un homme ne commette aucun péché grossier, il ne peut pas dire que son cœur est pur. Il peut y avoir un mal à la racine : il peut y avoir dans l’âme des convoitises et des désirs coupables.
Usage. Humilions-nous à cause du péché de notre nature, des saillies de mauvaises pensées qui convoitent ce que nous ne devrions pas convoiter. Notre nature est une pépinière d’iniquité ; comme le charbon qui pétille sans cesse, les étincelles de l’orgueil, de l’envie, de la convoitise jaillissent dans l’esprit. Combien cela devrait nous humilier ! S’il n’y a pas d’actes coupables, il y a des convoitises coupables. Prions pour obtenir la grâce qui mortifie, et qui, comme l’eau de jalousie, puisse faire pourrir la cuisse du péché.
Pourquoi la maison est-elle ici placée avant la femme ? Dans le Deutéronome, c’est la femme qui est placée en premier. « Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain; tu ne désireras point la maison de ton prochain. » Deutéronome 5:21.
Dans le Deutéronome, la femme est nommée en premier, à cause de sa valeur. Elle (si c’est une bonne épouse) est d’un prix et d’une estime bien plus grands que la maison. « Elle a bien plus de valeur que les perles. » Proverbes 31:10. Elle est l’ornement de la maison, et cet ornement vaut plus que la maison. Quand Alexandre eut vaincu le roi Darius en bataille, Darius ne parut pas fort abattu ; mais quand il apprit que sa femme avait été faite prisonnière, ses yeux, comme des gouttières, versèrent des flots de larmes, car il estimait sa femme plus que sa vie. Mais dans l’Exode la maison est placée avant la femme, parce que la maison vient la première dans l’ordre : la maison est bâtie avant que la femme puisse y habiter ; le nid est construit avant que l’oiseau y soit ; la femme est estimée la première, mais la maison doit être pourvue la première.
[1] Ainsi donc : « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain. » Combien l’homme est dépravé depuis la chute ! Il ne sait pas se tenir dans ses bornes, mais convoite plus que ce qui est à lui. Achab, pourrait-on penser, avait assez : il était roi ; et l’on supposerait que les revenus de sa couronne l’auraient contenté ; mais il convoitait davantage. La vigne de Naboth était sous ses yeux, toute proche de la fumée de sa cheminée, et il ne put être en repos qu’il ne l’eût en sa possession. S’il n’y avait pas tant de convoitise, il n’y aurait pas tant de corruption. L’un ôte à l’autre sa maison. Il n’y a que le prisonnier qui habite une demeure telle qu’il puisse être sûr que nul ne cherchera à la lui prendre.
[2] « tu ne convoiteras point la femme de ton prochain. » C’est un frein pour réprimer les convoitises déréglées et brutales. C’est le diable qui sema dans le champ d’autrui. Matthieu 13:25. Mais combien la haie de ce commandement est foulée aux pieds de nos jours ! Il y en a beaucoup qui font plus que convoiter la femme de leur prochain : ils la prennent. « Maudit soit celui qui couche avec la femme de son père […] Et tout le peuple dira: Amen! » Deutéronome 27:20. S’il fallait proclamer : « Maudit soit celui qui couche avec la femme de son prochain », et que tous les coupables dussent dire : « Amen », combien se maudiraient eux-mêmes !
[3] « tu ne convoiteras point […] ni son serviteur, ni sa servante. » Les serviteurs, quand ils sont fidèles, sont un trésor. Quel serviteur loyal et sûr avait Abraham ! Il était sa main droite. Combien il fut prudent et fidèle dans l’affaire qui lui fut confiée, de trouver une femme pour le fils de son maître ! Genèse 24:9. Assurément Abraham eût été affligé si quelqu’un lui avait débauché son serviteur. Mais ce péché de convoiter les serviteurs est commun. Si quelqu’un a un bon serviteur, d’autres lui tendront des pièges et s’efforceront de le détourner de son maître. C’est un péché contre le dixième commandement. Enlever par séduction le serviteur d’autrui ne vaut pas mieux qu’un vol pur et simple.
[4] « ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. » S’il n’y avait pas de convoitise du bœuf et de l’âne, il n’y aurait pas tant de vols. Les hommes violent d’abord le dixième commandement en convoitant, et ensuite le huitième en dérobant. Ce fut un excellent appel que Samuel adressa au peuple quand il dit : « Rendez témoignage contre moi, en présence de l’Éternel […] De qui ai-je pris le bœuf et de qui ai-je pris l’âne? Qui ai-je opprimé ? » 1 Samuel 12:3. Ce fut une belle parole de Paul, quand il dit : « Je n’ai désiré ni l’argent, ni l’or, ni les vêtements de personne. » Actes 20:33.
Quels moyens devons-nous employer pour nous garder de convoiter ce qui est à notre prochain ?
Le meilleur remède est le contentement. Si nous sommes contents de ce qui est à nous, nous ne convoiterons pas ce qui est à autrui. Paul pouvait dire : « Je n’ai désiré ni l’argent, ni l’or. » D’où cela venait-il ? Cela venait du contentement. « j’ai appris à être content de l’état où je me trouve. » Philippiens 4:11. Le contentement dit, comme Jacob : « je ne manque de rien. » Genèse 33:11. J’ai la promesse du ciel, et j’ai de quoi suffire aux frais du voyage jusque-là ; j’ai assez. Celui qui a assez ne convoitera pas ce qui est à autrui. Soyez contents ; et le meilleur moyen d’être content, c’est : (1) De croire que la condition que Dieu vous taille par sa providence est la meilleure. S’il avait jugé bon que nous eussions davantage, nous l’aurions eu. Peut-être ne saurions-nous pas gérer une grande fortune ; il est difficile de porter une coupe pleine sans la renverser, et une fortune pleine sans pécher. Les grandes fortunes peuvent être des pièges. Une barque peut chavirer pour avoir trop de voile. Croire que la condition que Dieu nous assigne est la meilleure nous rend contents ; et, étant contents, nous ne convoiterons pas ce qui est à autrui. (2) Le moyen d’être contents de ce que nous avons, et de ne pas convoiter ce qui est à autrui, c’est de considérer que moins nous avons, moins nous aurons de compte à rendre au dernier jour. Chacun est un intendant et devra rendre compte à Dieu. Ceux qui ont de grands biens ont un plus grand compte à rendre. Dieu dira : Quel bien avez-vous fait de vos biens ? M’avez-vous honoré de vos richesses ? Où sont les pauvres que vous avez nourris et vêtus ? Si vous ne pouvez rendre un bon compte, ce sera triste. Il devrait nous rendre contents d’une moindre part de considérer que moins de richesses, c’est moins de compte à rendre. Tel est le moyen d’avoir le contentement. Il n’y a pas de meilleur antidote contre la convoitise de ce qui est à autrui que d’être content de ce qui est à nous.
Chapitre 14 terminé
2.10 Le dixième commandement