Les Dix Commandements
2.9 Le neuvième commandement

Chapitre 13 · 15 min de lecture · 19 min d’écoute

2.9 Le neuvième commandement

« Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. » Exode 20:16.

LA langue, qui fut d’abord créée pour être un instrument de la louange de Dieu, est devenue maintenant un instrument d’iniquité. Ce commandement astreint la langue à la bonne conduite. Dieu a placé deux clôtures naturelles pour retenir la langue, les dents et les lèvres ; et ce commandement est une troisième clôture dressée autour d’elle, afin qu’elle ne s’échappe pas pour faire le mal. Il a une partie prohibitive et une partie impérative : la première est énoncée en termes exprès, l’autre y est clairement sous-entendue.

I. La partie prohibitive du commandement, ou ce qu’il défend en général. Il défend tout ce qui peut tendre au dénigrement de notre prochain ou lui porter préjudice. Plus particulièrement, deux choses sont défendues dans ce commandement.

[1] La calomnie contre notre prochain. C’est un péché contre le neuvième commandement. Le scorpion porte son venin dans sa queue, le calomniateur porte le sien dans sa langue. Calomnier, « c’est rapporter injustement des choses sur autrui ». « On m’impute des choses que j’ignore. » Psaumes 35:11. Il est ordinaire de voir un chrétien décapité de sa bonne réputation. On fit courir sur Paul la calomnie qu’il prêchait « qu’on pouvait faire le mal afin qu’il en arrivât du bien ». « Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu’il en arrive du bien, comme quelques-uns, qui nous calomnient, prétendent que nous le disons? » Romains 3:8. L’éminence est d’ordinaire flétrie par la calomnie. La sainteté elle-même n’est pas un bouclier contre la calomnie. L’innocence de l’agneau ne le préserve pas du loup. Christ, le plus innocent qui fût sur la terre, passa pour un ami des pécheurs. Jean-Baptiste était un homme d’une vie sainte et austère, et pourtant on disait de lui : « Il a un démon. » Matthieu 11:18. L’Écriture appelle la calomnie frapper avec la langue. « Venez, tuons-le avec la langue; Ne prenons pas garde à tous ses discours! » Jérémie 18:18. On peut frapper un homme sans jamais le toucher. Majora sunt linguae vulnera quam gladii [La langue fait de plus grandes blessures que l’épée]. Saint Augustin. Les blessures de la langue, aucun médecin ne peut les guérir ; et feindre l’amitié envers un homme tout en le calomniant, c’est ce qu’il y a de plus odieux. Saint Jérôme dit : « La faction arienne faisait montre de bienveillance ; ils me baisaient les mains, mais ils me calomniaient et cherchaient ma vie. » De même que c’est un péché contre ce commandement de répandre un faux bruit sur autrui, c’en est un aussi d’accueillir un faux bruit avant de l’avoir examiné. « O Éternel! Qui demeurera sur ta montagne sainte? » Psaumes 15:1. Quis ad coelum? « Celui qui ne calomnie point avec sa langue, et qui n’accueille point l’opprobre contre son prochain » ; verset 3. Nous devons non seulement ne pas répandre un faux bruit, mais encore ne pas l’accueillir. Celui qui lance une calomnie porte le diable sur sa langue ; et celui qui la reçoit porte le diable dans son oreille. [2] La seconde chose défendue dans ce commandement est le faux témoignage. Trois péchés sont ici condamnés : (1) Dire, (2) attester, (3) jurer ce qui est faux, contra proximum [contre ton prochain].

(1) Dire ce qui est faux. « Les lèvres fausses sont en horreur à l’Éternel. » Proverbes 12:22. Mentir, c’est dire ce qu’on sait être faux. Rien n’est plus contraire à Dieu que le mensonge. Le Saint-Esprit est appelé « l’esprit de la vérité ». 1 Jean 4:6. Le mensonge est un péché qui ne va pas seul ; il en introduit d’autres. Absalom fit un mensonge à son père, quand il lui dit qu’il allait à Hébron accomplir son vœu, et ce fut là le prélude de sa trahison. 2 Samuel 15:7. Là où il y a un mensonge sur la langue, le diable est dans le cœur. « pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes ? » Actes 5:3. Le mensonge est un péché qui rend les hommes impropres à la société civile. Comment converser ou traiter avec un homme quand on ne peut se fier à aucune de ses paroles ? Ce péché provoque grandement Dieu. Ananias et Saphira furent frappés de mort pour un mensonge. Actes 5:5. La fournaise de l’enfer est chauffée pour les menteurs. « Dehors […] les enchanteurs, […] et quiconque aime et pratique le mensonge! » Apocalypse 22:15. Oh ! ayez ce péché en horreur ! Quicquid dixeris jura tum putes [Tiens chacune de tes paroles pour un serment]. Saint Jérôme. Quand tu parles, que ta parole fasse foi autant que ton serment. Imitez Dieu, qui est le modèle de la vérité. On demandait à Pythagore ce qui rendait les hommes semblables à Dieu ; il répondit : cum vera loquuntur, « quand ils disent la vérité ». Le signe d’un homme qui ira au ciel, c’est qu’il est celui « qui dit la vérité selon son cœur. » Psaumes 15:2.

(2) Ce qui est condamné dans le commandement, c’est d’attester ce qui est faux. « Tu ne porteras point de faux témoignage. » Il y a deux manières de porter un faux témoignage : 1. Porter un faux témoignage en faveur d’autrui. 2. Porter un faux témoignage contre autrui.

Porter un faux témoignage en faveur d’autrui ; c’est quand nous rendons témoignage pour une personne criminelle et coupable, et que nous la justifions comme si elle était innocente. « Qui justifient le coupable pour un présent. » Ésaïe 5:23. Celui qui cherche à rendre juste un méchant se rend lui-même injuste.

C’est porter un faux témoignage contre autrui que de l’accuser faussement devant un tribunal public. C’est imiter le diable, qui est « l’accusateur de nos frères ». Le diable n’est pas adultère, mais il est faux témoin. Salomon dit : « Comme une massue, une épée et une flèche aiguë, Ainsi est un homme qui porte un faux témoignage contre son prochain. » Proverbes 25:18. Il a le front dur comme une massue : il ne sait pas rougir, il ne se soucie pas du mensonge qu’il atteste ; et il est une épée : sa langue est une épée qui blesse, dans ses biens ou dans sa vie, la personne contre laquelle il témoigne. « les deux méchants hommes vinrent se mettre en face de lui, et ces méchants hommes déposèrent ainsi devant le peuple contre Naboth: Naboth a maudit Dieu et le roi! » et leur témoignage lui ôta la vie. 1 Rois 21:13. La reine de Perse étant malade, les mages accusèrent deux vierges pieuses d’avoir, par des sortilèges, causé la maladie de la reine ; sur quoi elle fit scier ces vierges en deux. Le faux témoin pervertit le siège de la justice ; il corrompt le juge en lui faisant prononcer une sentence inique, et il fait souffrir l’innocent. La vengeance saura trouver le faux témoin. « Le faux témoin ne restera pas impuni. » Proverbes 19:5. « Le témoin est-il un faux témoin, a-t-il fait contre son frère une fausse déposition, alors vous le traiterez comme il avait dessein de traiter son frère. » Si, par exemple, il avait dessein de lui ôter la vie, il le paiera de sa propre vie. Deutéronome 19:18, 19.

(3) Ce qui est condamné dans le commandement, c’est de jurer ce qui est faux ; comme lorsque des hommes prêtent un faux serment et ôtent par là la vie à un autre. « n’aimez pas le faux serment. » Zacharie 8:17. « Que vois-tu? Je répondis: Je vois un rouleau qui vole » ; chapitre 5:2. « C’est la malédiction qui se répand […] Je la répands, dit l’Éternel des armées, afin qu’elle entre dans la maison […] de celui qui jure faussement en mon nom, […] et qu’elle la consume avec le bois et les pierres. » Versets 3, 4. Les Scythes avaient fait une loi selon laquelle celui qui liait ensemble un mensonge et un serment devait perdre la tête ; car ces péchés ôtaient d’entre les hommes toute vérité et toute bonne foi. Le diable a pris une grande possession de ceux qui osent jurer un mensonge.

Premier usage. Pour reprendre. (1) Voici reprise l’Église de Rome, qui dispense du mensonge ou du faux serment, s’ils servent la cause catholique. Elle approuve le mensonge officieux, et tient certains péchés pour licites. Elle pourrait aussi bien tenir certains mensonges pour licites. Dieu n’a pas besoin de notre mensonge. Il n’est pas permis de dire un mensonge, propter Dei gloriam [pour la gloire de Dieu], quand bien même nous serions sûrs de procurer par là de la gloire à Dieu, comme le dit saint Augustin.

(2) Voici repris ceux qui ne se font aucun scrupule de calomnier les autres. « Tu t’assieds, […] Tu diffames le fils de ta mère. » Psaumes 50:20. « Accusez-le, et nous l’accuserons! Tous ceux qui étaient en paix avec moi Observent si je chancelle: Peut-être se laissera-t-il surprendre, Et nous serons maîtres de lui, Nous tirerons vengeance de lui! » Jérémie 20:10. « cette ville (c’est-à-dire Jérusalem) est une ville rebelle, funeste aux rois et aux provinces. » Esdras 4:15. Paul fut calomnié comme fauteur de sédition et chef d’une faction. Actes 24:5. Un même mot signifie à la fois calomniateur et diable. 1 Timothée 3:11. « non médisantes » ; en grec, « non diables ». Certains pensent que ce n’est pas grand-chose de travestir et de calomnier les autres ; mais c’est jouer le rôle du diable. Rogner la réputation d’un homme pour la rendre plus légère est pire que de rogner la monnaie. Le calomniateur blesse trois personnes à la fois : il blesse celui qui est calomnié ; il blesse celui à qui il rapporte la calomnie, en faisant naître dans son esprit des pensées sans charité contre la personne calomniée ; et il blesse sa propre âme, en rapportant d’autrui ce qui est faux. C’est un grand péché ; et je voudrais pouvoir dire qu’il n’est pas commun. On peut tuer un homme dans son nom aussi bien que dans sa personne. Certains répugneraient à prendre les biens de leur prochain — leur conscience leur sauterait au visage ; mais mieux vaudrait lui prendre le blé de son champ, les marchandises de sa boutique, que de lui prendre sa bonne réputation. C’est un péché pour lequel aucune réparation n’est possible ; une tache sur le nom d’un homme est comme une tache d’encre sur du papier blanc, qui ne s’effacera jamais. Assurément Dieu châtiera ce péché. Si l’on doit rendre compte des paroles vaines, n’en rendra-t-on pas compte des calomnies injustes ? Le Seigneur fera un jour une enquête aussi bien pour les réputations que pour le sang. Oh ! gardez-vous donc de ce péché ! N’était-ce pas un péché, sous la loi, de diffamer une vierge ? Deutéronome 22:19. Et n’est-ce pas un plus grand péché de diffamer un saint, qui est un membre de Christ ? Les païens, à la lumière de la nature, avaient en horreur le péché de calomnie. Diogène avait coutume de dire : « De toutes les bêtes sauvages, le calomniateur est la pire. » Antonius fit une loi selon laquelle, si quelqu’un ne pouvait prouver le crime dont il accusait un autre, il serait mis à mort.

(3) Voici repris ceux qui sont assez méchants pour porter un faux témoignage contre les autres. Ce sont des monstres dans la nature, indignes de vivre dans une société civile. Eusèbe rapporte qu’un certain Narcisse, homme renommé pour sa piété, fut accusé d’impureté par deux faux témoins. Pour prouver leurs accusations, ils s’efforcèrent de les confirmer par des serments et des imprécations. L’un dit : « Si je ne dis pas vrai, je prie Dieu de périr par le feu » ; l’autre dit : « Si je ne dis pas vrai, je souhaite d’être privé de la vue. » Il plut à Dieu que le premier témoin, qui s’était parjuré, fût consumé dans les flammes, sa maison ayant été incendiée ; l’autre, troublé dans sa conscience, confessa son parjure, et pleura si longtemps qu’il en devint aveugle. Jézabel, qui suborna deux faux témoins contre Naboth, fut précipitée d’une fenêtre, et « les chiens léchèrent son sang ». 2 Rois 9:33. Oh ! tremblez devant ce péché ! Un parjure est l’excrément du diable. Il est maudit dans son nom et cautérisé dans sa conscience. L’enfer bâille après une telle aubaine.

Deuxième usage. Pour exhorter. (1) Que tous se gardent d’enfreindre ce commandement par le mensonge, la calomnie et le faux témoignage. Pour éviter ces péchés, acquérez la crainte de Dieu. Pourquoi David dit-il : « La crainte de l’Éternel est pure » ? Psaumes 19:10. Parce qu’elle purifie le cœur de la malice, et la langue de la calomnie. « La crainte de l’Éternel est pure » : elle est pour l’âme ce que l’éclair est pour l’air, qu’il purifie. Acquérez l’amour pour votre prochain. Lévitique 19:18. Si nous aimons un ami, nous ne dirons ni n’attesterons rien qui lui porte préjudice. L’esprit des hommes est rongé par l’envie et la haine ; de là viennent la calomnie et le faux témoignage. L’amour est une aimable grâce ; l’amour « ne soupçonne point le mal ». 1 Corinthiens 13:5. Il donne la meilleure interprétation aux paroles d’autrui. L’amour veut du bien, et il est rare de dire du mal de celui à qui l’on veut du bien. L’amour est ce qui cimente les chrétiens ensemble ; il guérit les divisions et fait obstacle à la calomnie.

(2) Que ceux à qui il échoit de rencontrer des calomniateurs et de faux accusateurs — [1] Travaillent à en faire un usage sanctifié. Quand Schimeï injuria David, David en fit un usage sanctifié. « l’Éternel lui a dit: Maudis David! » 2 Samuel 16:10. De même, si vous êtes calomniés ou faussement accusés, faites-en un bon usage. Voyez si vous n’avez pas quelque péché dont vous ne vous êtes pas repentis, pour lequel Dieu peut permettre que vous soyez calomniés et outragés. Voyez si vous n’avez jamais fait tort aux autres dans leur réputation, et dit d’eux ce que vous ne pouvez prouver ; alors mettez la main sur votre bouche, et confessez que le Seigneur est juste de vous laisser tomber sous le fléau de la langue. [2] Si vous êtes calomniés ou faussement accusés, mais que vous connaissiez votre innocence, ne vous troublez pas outre mesure ; que votre sujet de joie soit le témoignage de votre conscience. Murus aheneus esto nil conscire sibi [Que ce soit là ton rempart : n’avoir rien à te reprocher]. Une bonne conscience est une muraille d’airain, capable de tenir bon contre un faux témoin. De même qu’aucune flatterie ne peut guérir une mauvaise conscience, aucune calomnie ne peut blesser une bonne. Dieu lavera le nom de son peuple. « Il fera paraître ta justice comme la lumière. » Psaumes 37:6. De même qu’il essuiera les larmes des yeux, il essuiera les opprobres du nom. Les croyants sortiront de toutes leurs calomnies et de tous leurs opprobres comme la colombe dont « Les ailes de la colombe sont couvertes d’argent, Et son plumage est d’un jaune d’or. »

(3) Soyez très reconnaissants envers Dieu, s’il vous a préservés de la calomnie et du faux témoignage. Job l’appelle le « fléau de la langue » ; chapitre 5:21. Comme la verge flagelle le dos, ainsi la langue du calomniateur flagelle la réputation. C’est une grande miséricorde d’être gardé du fléau de la langue ; une miséricorde que Dieu ferme les bouches malignes pour qu’elles ne portent pas de faux témoignage. Quel mal ne pourraient faire un bruit mensonger ou un faux serment ! L’un détruit la réputation, l’autre la vie. C’est le Seigneur qui muselle la bouche des méchants, et qui empêche ces chiens qui grondent contre nous de se jeter sur nous. « Tu les protèges dans ta tente contre les langues qui les attaquent. » Psaumes 31:21. Il y a là, je pense, une allusion aux rois qui, résolus à protéger leurs favoris contre les accusations des hommes, les prennent dans leur chambre ou dans leur sein, où nul ne peut les toucher. Ainsi Dieu a une tente, une retraite secrète pour ses favoris, où il garde intacts leur crédit et leur réputation ; il les protège contre « les langues qui les attaquent. » Nous devons reconnaître devant Dieu que c’est là une grande miséricorde.

II. La partie impérative du commandement, qui y est sous-entendue, c’est que nous prenions la défense des autres et que nous les justifiions quand ils sont lésés par des lèvres menteuses. Tel est le sens du commandement : non seulement que nous ne calomniions ni n’accusions faussement les autres, mais que nous rendions témoignage pour eux et prenions leur défense quand nous savons qu’on les diffame. On peut faire tort à un autre par le silence aussi bien que par la calomnie, quand on le sait accusé injustement et qu’on ne dit rien en sa faveur. Si d’autres jettent sur quelqu’un de fausses imputations, nous devons les effacer. Quand les apôtres, remplis du vin de l’Esprit, furent accusés d’ivresse, Pierre soutint ouvertement leur innocence. « Ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez. » Actes 2:15. Jonathan, sachant que David était un homme de valeur et que tout ce que Saül disait de lui n’était que calomnie, le justifia. « David n’a point péché contre toi. Au contraire, il a agi pour ton bien; […] Pourquoi pécherais-tu contre le sang innocent, et ferais-tu sans raison mourir David? » 1 Samuel 19:4, 5. Quand les premiers chrétiens furent faussement accusés d’inceste et du meurtre de leurs enfants, Tertullien écrivit pour leur justification une célèbre apologie. C’est jouer le rôle à la fois d’un ami et d’un chrétien que de se faire l’avocat d’un autre, quand il est lésé dans sa bonne réputation.

Page 1 / 1 · 15 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant