Chapitre 12 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute
2.8 Le huitième commandement
« Tu ne déroberas point. » Exode 20:15.
DE MÊME que la sainteté de Dieu le dresse contre l’impureté, dans le commandement « Tu ne commettras point d’adultère », de même la justice de Dieu le dresse contre la rapine et le brigandage, dans le commandement « Tu ne déroberas point. » Ce qui est défendu dans ce commandement, c’est de toucher au bien d’autrui. Les jurisconsultes définissent furtum, le larcin ou le vol, comme « le fait de mettre injustement la main sur ce qui est à autrui » : c’est empiéter sur le droit d’un autre.
I. Les causes du vol.
[1] Les causes internes sont : (1) L’incrédulité. L’homme se défie grandement de la providence de Dieu. « Dieu pourrait-il Dresser une table dans le désert? » Psaume 78:19. Dieu peut-il me dresser une table ? dit l’incrédule. Non, il ne le peut pas. Il est donc résolu à se dresser une table lui-même, mais aux dépens des autres, et le premier comme le second service y seront servis avec des biens volés. (2) La convoitise. Le mot grec qui désigne la convoitise signifie « un désir démesuré d’acquérir » ; c’est la racine du vol. L’homme convoite plus que ce qui est à lui, et cette démangeaison de la convoitise le pousse à gratter ce qu’il peut sur autrui. L’humeur avide d’Acan lui fit voler le lingot d’or, un lingot qui fendit et sépara son âme de Dieu. Josué 7:21.
[2] La cause externe du vol, c’est la sollicitation de Satan. Judas était un voleur. Jean 12:6. Comment devint-il voleur ? « Satan entra dans Judas ». Jean 13:27. Le diable est le grand maître voleur : il nous a dérobé notre robe d’innocence, et il persuade les hommes d’embrasser son métier ; il leur dit comme ils vivront grandement du vol, et comment ils pourront attraper une fortune. Comme Ève écouta la voix du serpent, ainsi font-ils. Comme des oiseaux de proie, ils vivent de dépouilles et de pillage.
II. Les espèces de vol.
[1] Il y a le vol commis envers Dieu. Ce sont des voleurs, ceux qui dérobent à Dieu une partie de son jour. « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. » Non pas une partie du jour seulement, mais le jour entier doit être consacré à Dieu. Et, de peur que quelqu’un ne l’oublie, le Seigneur a placé en tête un memento : « Souviens-toi ». Ainsi, après le sacrifice du matin, passer le reste du sabbat dans la vanité et le plaisir, c’est un vol spirituel. Cela dérobe à Dieu ce qui lui est dû, et les païens mêmes se lèveront en jugement contre de tels chrétiens ; car les païens, comme le remarque Macrobe, consacraient un jour entier à leurs faux dieux.
[2] Il y a le vol commis envers les autres. Il y a le vol des âmes : les hérétiques, en dérobant aux hommes la vérité, leur dérobent leur âme. Il y a le vol de l’argent et des biens. Il y a
(1) Le voleur de grand chemin, qui prend une bourse, contre la lettre même du commandement. « Tu n’opprimeras point ton prochain, et tu ne raviras rien par violence. » Lévitique 19:13. « tu ne déroberas point ». Marc 10:19. Ce n’est pas là la violence par laquelle « le royaume des cieux est forcé ». Matthieu 11:12.
(2) Le voleur domestique, qui détourne et soustrait l’argent de la caisse de son maître, ou qui lui vole ses marchandises et ses drogues. L’apôtre dit : « quelques-uns ont logé des anges, sans le savoir » (Hébreux 13:2) ; mais bien des maîtres ont logé des voleurs dans leur maison sans le savoir. Le voleur domestique est un hypocrite autant qu’un voleur ; car il a la mine modeste et feint d’aider son maître, alors qu’il ne fait que s’aider lui-même.
(3) Le voleur qui s’abrite sous la loi, comme le procureur ou l’homme de loi injuste, qui prévarique et agit avec fausseté envers son client. C’est voler le client. Par la tromperie et la prévarication, l’homme de loi dérobe au client sa terre, et il peut être l’instrument de la ruine de sa famille ; il ne vaut pas mieux qu’un voleur au compte de Dieu.
(4) Le voleur d’Église, ou le cumulard, qui détient plusieurs bénéfices, mais qui ne prêche que rarement, ou jamais, au peuple. Il prend la toison d’or, mais il laisse le troupeau mourir de faim. « Malheur aux pasteurs d’Israël ». Ézéchiel 34:2. Ils se paissaient eux-mêmes, et ne faisaient point paître mes brebis ; v. 8. Ces ministres seront accusés comme des voleurs au tribunal de Dieu.
(5) Le voleur de boutique, qui vole en vendant. Celui qui use de faux poids et de fausses mesures dérobe aux autres ce qui leur est dû. « Diminuant l’épha. » Amos 8:5. L’épha était une mesure dont les Juifs se servaient dans le commerce. Certains diminuaient l’épha et donnaient une mesure trop courte, ce qui était manifestement voler. « Il a dans sa main des balances fausses ». Osée 12:8. En rendant leurs poids plus légers, les hommes rendent leurs comptes plus lourds. Il vole en vendant, celui qui met des prix excessifs à ses marchandises. Il prend pour un article trois fois ce qu’il lui a coûté, ou ce qu’il vaut. Surfaire les autres en vendant, c’est leur voler leur argent. « Tu n’opprimeras point ton prochain, et tu ne raviras rien par violence. » Lévitique 19:13. Frustrer son prochain, c’est le voler ; surfaire les autres en vendant est une manière rusée de voler, et c’est contraire à la loi comme à l’Évangile. C’est contraire à la loi de Dieu. « Si vous vendez à votre prochain […] qu’aucun de vous ne trompe son frère. » Lévitique 25:14. C’est contraire à l’Évangile. « que personne n’use envers son frère de fraude et de cupidité dans les affaires ». 1 Thessaloniciens 4:6.
(6) L’usurier, qui extorque aux autres. Il semble aider son prochain en lui prêtant de l’argent dans sa nécessité, mais il l’enferme dans des obligations, et il lui suce le sang et la moelle. Je lis qu’il y avait une femme que Satan tenait liée (Luc 13:16) ; et, en vérité, celui que l’usurier tient lié n’est guère en meilleure condition. L’usurier est un brigand. Un usurier demanda un jour à un prodigue quand il cesserait de dépenser. Le prodigue répondit : « Je cesserai de dépenser ce qui est à moi quand tu cesseras de voler ce qui est aux autres. » Zachée était un extorqueur qui, après sa conversion, fit restitution. Luc 19:8. Il pensait que tout ce qu’il avait acquis par extorsion était un vol.
(7) Le fidéicommissaire, à qui sont confiés les biens de l’orphelin, qui est désigné pour être son tuteur et administre ses biens pour lui : s’il rogne ces biens, s’il s’en taille une toison pour lui-même et fait tort à l’orphelin, c’est un voleur. C’est pire que de prendre une bourse par violence, parce qu’il trahit sa charge, ce qui est le plus haut degré de la trahison et de l’injustice.
(8) L’emprunteur, qui emprunte de l’argent aux autres avec l’intention de ne jamais le leur rendre. « Le méchant emprunte, et il ne rend pas ». Psaume 37:21. Qu’est-ce, sinon un vol, que de prendre aux autres de l’argent et des biens, et de ne pas les leur rendre ? Le prophète Élisée dit à la veuve de vendre son huile, de payer ses dettes, et de vivre ensuite du reste. 2 Rois 4:7.
(9) La dernière sorte de vol est celle du receleur. Le receleur, s’il n’est pas l’auteur principal, est du moins complice du vol, et la loi le tient pour coupable. Le voleur dérobe l’argent, et le receleur tient le sac pour l’y mettre. La racine mourrait si elle n’était pas arrosée, et le vol cesserait s’il n’était pas encouragé par le receleur. Je suis porté à croire que celui qui ne se fait pas scrupule de recevoir des biens volés dans sa maison ne se ferait guère plus scrupule de les avoir volés.
Quelles sont les circonstances aggravantes de ce péché ?
(1) Voler sans nécessité ; être un voleur riche.
(2) Voler de manière sacrilège ; dévorer les choses mises à part pour des usages saints. « C’est un piège pour l’homme que de dévorer ce qui est saint. » Proverbes 20:25. Tel fut Denys, qui pilla le temple et en emporta les vases d’argent.
(3) Commettre le péché de vol malgré les reproches de la conscience et les exemples de la justice de Dieu ; ce qui, comme la teinture pour la laine, teint le péché en cramoisi.
(4) Dépouiller la veuve et l’orphelin. « Tu n’affligeras point la veuve, ni l’orphelin. » Peccatum clamans [Ce péché crie à grands cris]. « S’ils crient à moi, j’entendrai leurs cris. » Exode 22:23.
(5) Dépouiller le pauvre. Combien David fut irrité que le riche eût enlevé la brebis du pauvre ! « L’Éternel est vivant! L’homme qui a fait cela mérite la mort. » 2 Samuel 12:5. Qu’est-ce que l’enclôture des terres communales, sinon dépouiller les pauvres ?
[3] Il y a le vol commis envers soi-même. Un homme peut être voleur envers lui-même.
Comment cela ?
(1) Par la ladrerie. L’avare est un voleur ; il se vole lui-même en ne s’accordant pas ce qui lui est nécessaire. Il tient pour perdu ce qui est dépensé pour lui-même ; il se prive du nécessaire. « Il y a tel homme à qui Dieu a donné des richesses […] mais que Dieu ne laisse pas maître d’en jouir ». Ecclésiaste 6:2. Il gorge son coffre et affame son ventre ; il est comme l’âne chargé d’or qui se nourrit de chardons ; il se dérobe à lui-même ce que Dieu lui accorde. C’est être puni par les richesses : avoir du bien, et n’avoir pas le cœur d’en goûter la douceur.
(2) Un homme peut se voler lui-même en dissipant follement son bien. Le prodigue prodigue l’or hors du sac ; il est comme Cratès, le philosophe, qui jeta son or dans la mer. Le prodigue fait bouillir une grande fortune jusqu’à la réduire à rien. Il est voleur envers lui-même, celui qui dépense un bien qui pourrait servir au confort de la vie.
(3) Il est voleur envers lui-même par l’oisiveté, quand il gaspille son temps. Celui qui passe ses heures dans le plaisir et la vanité se dérobe ce temps précieux que Dieu lui a donné pour y travailler à son salut. Le temps est une riche marchandise, parce que du bon emploi du temps présent dépend une éternité heureuse. Celui qui passe son temps dans l’oisiveté et la vanité est un voleur envers lui-même ; il se dérobe des saisons d’or et, par conséquent, le salut.
(4) Un homme peut être voleur envers lui-même en se portant caution. « Ne sois pas parmi ceux qui prennent des engagements, Parmi ceux qui cautionnent pour des dettes ». Proverbes 22:26. Le créancier s’en prend à la caution pour la dette ; et ainsi, en payant la dette d’un autre, il est voleur envers lui-même. Que personne ne dise qu’on l’aurait jugé peu obligeant s’il ne s’était pas engagé par obligation pour son ami. Mieux vaut que ton ami te juge peu obligeant que de voir tous les hommes te juger peu sage. Prêtez à autrui ce dont vous pouvez vous passer ; bien plus, donnez-lui, s’il est dans le besoin ; mais ne vous portez jamais caution. Ce n’est pas sagesse que d’aider un autre au point de se ruiner soi-même. C’est se voler soi-même et voler sa famille.
Premier usage. Pour réfuter la doctrine de la communauté des biens, selon laquelle toutes choses sont communes et chacun a droit au bien d’autrui. Elle est réfutée par l’Écriture. « Si tu entres dans les blés de ton prochain […] tu n’agiteras point la faucille sur les blés de ton prochain. » Deutéronome 23:25. La propriété doit être respectée ; Dieu a placé ce huitième commandement comme une haie autour du bien de chacun, et cette haie ne peut être rompue sans péché. Si toutes choses étaient communes, il ne pourrait y avoir de vol, et ce commandement serait vain.
Deuxième usage. Pour reprendre ceux qui vivent du vol. Au lieu de vivre par la foi, ils vivent d’expédients. L’apôtre exhorte chacun à « manger son propre pain ». 2 Thessaloniciens 3:12. Le voleur ne mange pas son propre pain, mais celui d’autrui. S’il en est qui soient coupables de ce péché, qu’ils travaillent à se dégager du piège du diable par la repentance, et qu’ils montrent leur repentance par la restitution. Non remittitur peccatum nisi restituatur ablatum. Saint Augustin. « Sans restitution, point de rémission. » « si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Luc 19:8. Les biens mal acquis peuvent être restitués de sa propre main, ou par l’entremise d’un autre. Mieux vaut mille fois restituer des biens injustement acquis que de bourrer son oreiller d’épines, et d’avoir sur son lit de mort une culpabilité qui trouble la conscience.
Troisième usage. Pour exhorter chacun à se garder du péché de vol, lequel est contraire à la lumière de la nature. Certains chercheront peut-être à excuser ce péché. C’est une laine bien grossière que celle qui ne prend aucune teinture, et un bien mauvais péché que celui qui n’a pas d’excuse.
Je suis (dit quelqu’un) tombé bien bas dans le monde, le commerce va mal, et je n’ai pas d’autre moyen de gagner ma vie.
(1) Cela montre une grande défiance envers Dieu, comme s’il ne pouvait pourvoir à tes besoins sans ton péché. (2) Cela montre que le péché est monté bien haut, puisque, parce qu’un homme est tombé bien bas dans le monde, il veut pour cela Acheronta movere [frapper à la porte de l’enfer], aller chercher sa subsistance auprès du diable. Abraham ne voulait pas qu’on pût dire « que le roi de Sodome l’avait enrichi ». Genèse 14:23. Oh ! qu’on ne dise jamais que le diable t’a enrichi ! (3) Tu ne dois entreprendre aucune action sur laquelle tu ne puisses demander à Dieu sa bénédiction ; or tu ne peux demander sa bénédiction sur des biens volés. Garde-toi donc de ce péché ; lucrum in arca, damnum in conscientia [tu gagnes en biens, mais ta conscience y fait une perte]. Saint Augustin. Garde-toi de gagner le monde au prix du ciel.
Quatrième usage. Pour détourner chacun de cet horrible péché, considérez : (1) Les voleurs sont les chenilles de la terre, les ennemis de la société civile. (2) Dieu les hait. Dans la loi, le cormoran était impur, parce que c’est une créature voleuse et vorace, un oiseau de proie ; par là Dieu montrait la haine qu’il porte à ce péché. Lévitique 11:17. (3) Le voleur est une terreur pour lui-même, il est toujours dans la crainte. « Alors ils trembleront d’épouvante » : cela est vrai du voleur. Psaume 53:6. La culpabilité engendre la crainte : s’il entend seulement un arbre agité, son cœur s’agite. On dit de Catilina qu’il avait peur du moindre bruit. Si une ronce vient seulement à accrocher le vêtement d’un voleur, il craint que ce ne soit l’officier venu l’arrêter ; et la crainte porte avec elle le tourment. 1 Jean 4:18. (4) Les jugements qui suivent ce péché. Acan le voleur fut lapidé à mort. Josué 7:25. « Que vois-tu? Je répondis: Je vois un rouleau qui vole […] C’est la malédiction qui se répand sur tout le pays […] Je la répands, dit l’Éternel des armées, afin qu’elle entre dans la maison du voleur ». Zacharie 5:2-4. Fabius, censeur romain, condamna son propre fils à mort pour vol. Les voleurs meurent dans l’ignominie, l’échelle du gibet est leur seule élévation ; et il y a quelque chose de pire que la mort : car, tandis qu’ils dérobent aux autres leur argent, ils se dérobent à eux-mêmes le salut.
Que faut-il faire pour éviter de voler ?
(1) Vivez dans une vocation. « Que celui qui dérobait ne dérobe plus; mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses mains ». Éphésiens 4:28, etc. Le diable prend à gages ceux qui restent oisifs, et il les met au métier de chapardeur. L’oisif tente le diable de le tenter.
(2) Contentez-vous de l’état que Dieu vous a donné. « contentez-vous de ce que vous avez ». Hébreux 13:5. Le vol est fille de l’avarice. Appliquez-vous au contentement. Croyez que la meilleure condition est celle que Dieu vous a taillée. Il peut bénir le peu de farine qui est dans le pot. Nous n’aurons pas longtemps besoin de ces choses : nous n’emporterons rien du monde avec nous, sinon notre linceul. Si nous avons seulement de quoi couvrir nos frais jusqu’au ciel, cela suffit.
Chapitre 12 terminé
2.8 Le huitième commandement