Susanna Wesley
Dernières années

Chapitre 15 · 19 min de lecture · 24 min d’écoute

Dernières années

LA nouvelle de la mort de Samuel Wesley fut communiquée par un ami et voisin à Charles, qui se trouvait alors à Bristol, et probablement aussi à Jean, à la Fonderie. Ce dernier avait souvent été taquiné par les siens sur sa discrétion touchant les affaires de famille, et il semble qu’il partit effectivement rejoindre Charles pour aller avec lui à Tiverton voir leur belle-sœur veuve, sans avoir annoncé la triste nouvelle à sa mère, alors malade dans sa chambre. Très probablement n’en eut-il pas le cœur, car toute la famille savait combien elle aimait tendrement son premier-né, et quel fils exemplaire il avait été pour elle. Peut-être chargea-t-il l’une de ses sœurs de l’en informer avec ménagement. Comment elle supporta ce coup, elle le raconta elle-même à Charles : « MON CHER CHARLES, 29 novembre 1739.

« Dès que j’appris la mort de votre frère, je m’abandonnai aussitôt à la volonté de Dieu, sans la moindre répugnance. Je m’étonnai seulement que Jacky ne m’en eût pas informée avant son départ, puisqu’il le savait ; mais il ignorait la manière dont Dieu agit envers moi dans les cas extraordinaires, ce qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant ; car, bien que j’aie si souvent éprouvé son infinie miséricorde et sa puissance pour me soutenir, et ce calme intérieur de l’esprit quand l’épreuve eût autrement été trop forte pour moi, ses voies demeurent pour moi-même incompréhensibles et ineffables. Votre frère m’était extrêmement cher en cette vie, et peut-être ai-je péché en l’aimant trop. J’avais cru autrefois impossible de supporter sa perte, mais nul ne sait ce qu’il peut supporter avant d’avoir été éprouvé. Comme avait coutume de le dire votre bon vieux grand-père : “Une affliction n’est une affliction que lorsque Dieu en fait une affliction.” Assurément, la manifestation de sa présence et de sa faveur est un soutien plus que suffisant dans quelque souffrance que ce soit. S’il retient ses consolations et nous cache sa face, la moindre souffrance devient intolérable. Mais, béni et adoré soit son saint nom, il n’en a pas été ainsi pour moi, bien que je sois infiniment indigne de la moindre de toutes ses grâces. Je me réjouis d’avoir une douce espérance du salut de mon cher fils. Il est maintenant dans le repos, et ne voudrait pas revenir sur la terre pour gagner le monde. Pourquoi donc pleurerais-je ? Il a atteint le port avant moi, mais je l’y suivrai bientôt. Il ne reviendra pas vers moi, mais j’irai vers lui, pour ne plus jamais nous quitter.

« Je vous remercie du soin que vous prenez de mes affaires temporelles. Il était naturel de penser que la mort de mon cher fils me tourmenterait à cet égard, puisqu’une part si considérable de mes moyens d’existence se trouvait retranchée. Mais, à dire vrai, je n’ai jamais eu une seule pensée inquiète au sujet de ces choses ; car il me vint aussitôt à l’esprit que Dieu, par la perte de mon enfant, m’appelait à dépendre plus fermement de lui ; que, si bon que fût mon fils, il n’était pas mon Dieu ; et que notre Père céleste semblait maintenant avoir pris ma cause plus directement en sa main ; c’est pourquoi, espérant contre toute espérance, je crus que je ne souffrirais plus jamais.

« Je ne puis écrire longuement, étant encore bien faible. Je ne suis pas descendue depuis plus de dix semaines, quoique j’aille mieux que ces derniers temps. Je vous prie de transmettre ma tendre affection et ma bénédiction à ma fille et à Philly. Je prie Dieu de la soutenir et de pourvoir à ses besoins.

« SUSANNA WESLEY. »

Environ un mois plus tard, elle écrivit de nouveau, probablement en réponse à une lettre de Charles, qui avait établi son quartier général à Bristol : « La Fonderie, 27 décembre 1739. MON CHER CHARLES, vous ne pouvez désirer me voir plus que je ne désire vous voir. Votre frère, que j’appellerai désormais mon fils Wesley, puisque mon cher Sam est retourné à la maison, vient de passer auprès de moi et m’a beaucoup ranimé le courage. En vérité, j’ai souvent remarqué qu’il ne parle jamais en ma présence sans que j’en retire quelque bienfait spirituel. Mais ses visites sont rares et courtes, ce que je ne lui reproche jamais, car je sais qu’il est bien occupé et que, Dieu soit béni, il a un grand succès dans son ministère. Mais, mon cher Charles, il me faut toujours ou lui ou vous ; car, en vérité, au sens le plus littéral, je suis devenue un petit enfant et j’ai besoin d’un secours continuel. “Comme le fer aiguise le fer, ainsi le visage d’un homme aiguise son ami.” Je trouve beaucoup de réconfort et de soutien dans les entretiens religieux quand je puis en avoir. Autrefois je me réjouissais de l’absence de compagnie, et je trouvais que moins j’avais de consolations venant des créatures, plus j’en recevais de Dieu. Mais hélas ! je suis déchue de cette communion spirituelle dont je jouissais jadis.

Et pourquoi en est-il ainsi ? Parce que je manque de foi. Dieu est un Dieu présent partout et immuable, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation ; la faute est en moi-même, et j’attribue toutes les erreurs de jugement et toutes les fautes de conduite au manque de foi dans le bienheureux Jésus. Oh ! mon cher enfant, quand je considère la dignité de sa personne, la perfection de sa pureté, la grandeur de ses souffrances, mais par-dessus tout son amour sans bornes, je suis stupéfaite et entièrement confondue ; je me perds dans mes pensées. Je m’anéantis devant lui ! Oh ! combien est inexcusable celui qui connaît ces choses et qui demeure pourtant pauvre et faible dans la foi et dans l’amour. Je parle comme quelqu’un qui est coupable en cette matière. J’ai été empêchée de terminer ma lettre. Je me plaignais de n’avoir personne pour s’entretenir avec moi des choses spirituelles, mais depuis plusieurs jours j’ai eu la conversation de beaucoup de bons chrétiens, qui ont quelque peu ranimé mon esprit défaillant ; et bien qu’ils m’aient empêchée d’écrire, ce fut pourtant une interruption agréable, et, je l’espère, non sans profit. J’espère que nous nous parlerons bientôt face à face ; et alors, si Dieu le permet, je vous ferai part plus pleinement de mes pensées. Mais hélas ! quand vous viendrez, votre frère me quittera. C’est pourtant la volonté de Dieu, au service béni duquel vous êtes engagés, qui a jusqu’ici béni vos travaux et préservé vos personnes. Qu’il continue à faire ainsi prospérer votre œuvre, qu’il vous protège tous deux du mal et vous donne la force et le courage de prêcher le véritable Évangile en dépit des prières unies des hommes méchants et des mauvais anges, telle est la prière sincère, mon cher Charles, de votre mère affectionnée, SUSANNA WESLEY. »

Vers cette époque, Emilia Wesley, mariée depuis quelques années à l’ancien apothicaire d’Epworth, M. Harper, toujours terriblement à court d’argent, devint veuve ; quittant Gainsborough, elle vint, avec une servante fidèle et chérie, demeurer auprès de sa mère à la Fonderie.

Ce fut aussi, sans doute, à ce moment-là que Mme Wesley rendit témoignage, dans un cas au moins, en faveur de la prédication laïque. L’œuvre de Jean Wesley était celle d’un évangéliste et d’un organisateur dont la paroisse était le monde ; il allait à cheval de lieu en lieu, affermissant les Églises, et il était nécessaire de laisser quelqu’un en charge à la Fonderie. L’homme choisi fut M. Thomas Maxfield, « un jeune homme plein de bon sens et de piété ». Ses fonctions consistaient à réunir les classes et les bandes, à lire et à expliquer les Écritures. De là à prêcher un sermon il n’y avait qu’un pas, et il le franchit bientôt, parlant avec beaucoup de ferveur et d’éloquence. Jean Wesley fut fort troublé en l’apprenant et revint en hâte. Sa mère vit que quelque chose n’allait pas et lui demanda ce que c’était. « Thomas Maxfield s’est fait prédicateur, à ce que j’apprends », telle fut la réponse brève de l’homme dont le désir naturel était d’être la tête et le chef de tout ce qu’il entreprenait. Mme Wesley lui donna bientôt son avis sur la question : « Jean, vous savez quels ont été mes sentiments. Vous ne pouvez me soupçonner de favoriser aisément rien de ce genre. Mais prenez garde à ce que vous ferez à l’égard de ce jeune homme ; car il est aussi sûrement appelé de Dieu à prêcher que vous l’êtes vous-même. Examinez quels ont été les fruits de sa prédication, et écoutez-le vous-même. » Les paroles de sa mère eurent du poids, et Maxfield prêcha devant son maître. « C’est le Seigneur, s’écria Jean Wesley, qu’il fasse ce qui lui semblera bon ! Qui suis-je pour m’opposer à Dieu ? »

Et c’est ainsi que le prêtre ordonné, qui avait été si jaloux des privilèges sacerdotaux, le lettré et « Fellow de Lincoln », fut amené à approuver la prédication laïque, destinée à devenir un élément important du méthodisme qu’il fonda. On suppose que Mme Wesley porta un vif intérêt aux femmes qui se joignaient aux classes de la Fonderie et y venaient chercher instruction et conseil. Elle le faisait naturellement lorsque sa santé le lui permettait.

Il était bien dans le caractère d’un jeune zélateur comme Charles Wesley de s’imaginer que les vues de sa mère sur le plan du salut étaient insuffisantes, et de s’efforcer de les corriger dans une longue lettre. Non seulement elle reçut avec beaucoup de douceur ce qu’il avait à dire, mais elle prit ses paroles à cœur ; et sa réponse, humble et pourtant pleine de dignité, est la dernière lettre que l’on sache qu’elle ait écrite : « MON CHER CHARLES, La Fonderie, 2 octobre 1740.

« Je m’unis de tout cœur à vous pour rendre grâces à Dieu de votre guérison. Il a, pour chaque événement de la Providence, bien des raisons sages, fort au-dessus de notre intelligence, et je ne doute pas qu’en vous rendant quelque mesure de santé, il ne serve bien des desseins que vous ignorez encore.

« Je vous remercie de votre aimable lettre ; je l’appelle ainsi parce que je crois véritablement qu’elle vous a été dictée par un désir sincère de mon bien spirituel et éternel. Il n’y a que trop de vérité dans plusieurs de vos accusations ; aussi n’ai-je pas l’intention de dire un seul mot pour ma défense, mais je préfère plutôt remettre toutes choses à Celui qui connaît toutes choses. Voici pourtant ce que je dois vous dire : vous vous méprenez quelque peu sur mon état. Hélas ! il est bien pire que vous ne le pensez ! Je ne suis pas de ceux qui n’ont jamais été éclairés, ni rendus participants du don céleste ou du Saint-Esprit ; mais il y a bien des années que j’ai été pleinement réveillée, et je sens profondément le péché, tant originel qu’actuel. Mon cas ressemble plutôt à celui de l’Église d’Éphèse : je n’ai pas été fidèle aux talents confiés à mes soins, et j’ai abandonné mon premier amour. “Y a-t-il cependant quelque espérance pour Israël à cet égard ?” Je ne désespère pas et, par la grâce de Dieu, je ne désespérerai pas ; car depuis ma triste défection, alors que j’étais presque sans espérance, alors que j’avais oublié Dieu, je trouvai pourtant qu’il ne m’avait pas oubliée. Même alors, par son Esprit, il appliqua à mon âme les mérites de la grande expiation, en me disant que Christ était mort pour moi. Le Dieu de vérité, le Sauveur tout-puissant, me dira-t-il que j’ai part à son sang et à sa justice, et ne le croirai-je pas ? À Dieu ne plaise ! Je crois, je veux croire ; et bien que je sois la plus grande des pécheresses, cela ne me décourage pas ; car toutes mes transgressions sont les péchés d’une personne finie, mais les mérites des souffrances et de la justice de notre Seigneur sont infinis ! S’il me manque quelque chose sans quoi je ne puis être sauvée (ce dont je n’ai pas conscience à présent), je crois que je ne mourrai pas avant que ce manque ne soit comblé. Vous posez bien des questions auxquelles je ne tiens pas à répondre ; mais je vous renvoie à notre cher Seigneur, qui vous satisfera sur toutes les choses qu’il vous est nécessaire de savoir. Je ne puis concevoir pourquoi vous affirmez n’être pas chrétien, ce qui revient à dire en face à Christ que vous n’avez aucune raison de le remercier, puisque vous n’êtes en rien meilleur pour tout ce qu’il a fait ou souffert jusqu’ici pour vous. Oh ! quel grand déshonneur, quelle étonnante ingratitude envers Jésus, à jamais béni ! Je me crois bien loin d’être une aussi bonne chrétienne que vous l’êtes ou que je devrais l’être ; mais à Dieu ne plaise que je renonce au peu de christianisme que j’ai ; que plutôt je croisse dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Amen. Je ne sais quelle autre opinion on peut avoir de la nature humaine, mais pour ma part je pense que, sans la grâce de Dieu, nous sommes absolument incapables de penser, de dire ou de faire quoi que ce soit de bon : c’est pourquoi, si à quelque moment de notre vie nous avons été rendus capables d’accomplir quelque bien, nous devons en donner la gloire à Dieu. Si nous n’avons pas fait valoir les talents qui nous ont été donnés, la faute en est à nous. Je trouve que c’est là une manière de parler fort en usage parmi ces gens, et elle m’a beaucoup choquée ; j’ai souvent souhaité qu’ils parlent moins d’eux-mêmes et davantage de Dieu. J’entends souvent de bruyantes plaintes sur le péché, etc., mais rarement, très rarement, une parole de louange et d’action de grâces envers notre cher Seigneur, ou la reconnaissance de son infinie… »

Les phrases suivantes sont perdues, et c’est dommage, car elles portaient probablement sur le genre de personnes qui fréquentaient la Fonderie et ses réunions.

Ce fut environ six mois après la date de cette lettre, au début de mars 1741, que Kezia Wesley mourut à Bexley, à l’âge de trente-deux ans. On suppose qu’elle ne se remit jamais tout à fait du choc qu’elle avait éprouvé en découvrant que Wesley Hall s’était joué de ses jeunes affections par simple passe-temps, alors qu’il était engagé envers sa sœur Martha. Elle était la cadette, née peu après que sa mère eut traversé la terrible épreuve de l’effroi et du danger lors de l’incendie d’Epworth. Elle avait elle-même enduré bien des privations dans sa jeunesse, ce qui contribuait à expliquer sa santé délicate ; mais le cœur compte pour quelque chose dans la vie des femmes, et un attachement malheureux produit souvent un manque de résistance physique, surtout chez celle qui n’a pas de liens bien forts avec la vie. Charles semble avoir été présent à la mort de sa sœur et avoir été satisfait de son état d’esprit et de son état spirituel.

La seule maladie précise dont souffrit Mme Wesley fut la goutte, qui chez elle était héréditaire. Elle ne venait certainement pas, en ce qui la concernait, d’une vie de bonne chère et de luxe. Les forces vitales déclinèrent peu à peu, et toutes les filles qui lui restaient se rassemblèrent autour de leur mère. Elle demanda tout particulièrement à Anne de ne plus la quitter, si elle avait la force de rester. Charles fut obligé de partir, pensant qu’elle pourrait se maintenir jusqu’à son retour ; Jean était à Bristol et, apprenant qu’elle déclinait rapidement, partit à cheval le dimanche soir 18 juillet 1742, après avoir prêché devant une nombreuse assemblée. Il atteignit la Fonderie le 20 et, après l’avoir vue, écrivit dans son journal : « Je trouvai ma mère aux confins de l’éternité ; mais elle n’a ni doute ni crainte, ni d’autre désir que, dès que Dieu l’appellerait, de s’en aller et d’être avec Christ. »

Le vendredi après-midi suivant, il vit que la fin était toute proche : elle ne pouvait plus parler, mais avait toute sa connaissance ; il lut donc la prière de recommandation de l’âme, comme il l’avait fait sept ans auparavant pour son père. Il était quatre heures, et, épuisé par les veilles et l’émotion, il quitta un instant son chevet pour « boire une tasse de thé ». L’une de ses sœurs le rappela. « Elle ouvrit grands les yeux, dit-il, et les fixa un instant vers le ciel. Puis les paupières retombèrent, et l’âme fut mise en liberté, sans une lutte, sans un gémissement, sans un soupir. Nous nous tînmes autour du lit et accomplîmes sa dernière demande, exprimée peu avant qu’elle perdît la parole : “Mes enfants, dès que je serai délivrée, chantez à Dieu un psaume de louange.” »

Ce fut à Mme Lambert qu’il revint d’écrire à Charles les détails des derniers jours de sa mère, et elle disait :

« Elle traversa de grandes épreuves, de l’âme et du corps, pendant quelques jours après votre départ ; mais Dieu acheva son œuvre en elle environ douze heures avant de la prendre à lui. Elle s’éveilla d’un assoupissement ; et nous, l’entendant se réjouir, prêtâmes attention aux paroles qu’elle prononçait, que voici : “Mon cher Sauveur ! es-tu enfin venu m’aider dans ma détresse ?” Dès ce moment, elle fut vraiment et doucement résignée ; l’ennemi n’eut plus le pouvoir de lui nuire. Le reste de son temps se passa dans la louange. »

Mme Wesley fut enterrée le dimanche 1er août, à Bunhill Fields ; Jean lut l’office des morts de l’Église d’Angleterre, tandis qu’Emilia, Susanna, Hetty, Anne et Martha se tenaient autour de la tombe. Un grand nombre d’amis s’étaient assemblés, ainsi que d’autres attirés par une curiosité sympathique. Puis on chanta un cantique, et Jean Wesley, qui dans la force de sa première jeunesse avait si ardemment désiré ne pas survivre à sa mère, se tint près de la tombe de cette mère et prêcha à la multitude assemblée l’un de ses sermons les plus éloquents et les plus passionnés.

Une simple pierre fut bientôt placée à la tête de ce dernier lieu de repos, avec une épitaphe en vers de la plume de Charles Wesley : « Ici repose le corps de MME SUSANNA WESLEY, la plus jeune et la dernière survivante des filles du Dr Samuel Annesley. »

« Dans l’espérance sûre et ferme de ressusciter Et de réclamer sa demeure dans les cieux, Une chrétienne déposa ici sa chair, Échangeant la croix contre une couronne.

Vraie fille de l’affliction, elle, Endurcie à la douleur et à la misère, Pleura une longue nuit de chagrins et de craintes, Une nuit légale de soixante-dix ans. Le Père alors lui révéla son Fils, Le lui fit connaître dans le pain rompu ; Elle connut et sentit ses péchés pardonnés, Et trouva les arrhes de son ciel. Préparée pour la communion d’en haut, Elle entendit l’appel : “Lève-toi, mon amie.” Je viens, répondirent ses regards mourants, Et, douce comme un agneau, comme son Seigneur, elle mourut. »

Il est curieux que Jean, d’ordinaire si précis, n’ait ni mentionné son père sur cette pierre tombale, ni indiqué la date de naissance ou de mort de sa mère. Il s’occupa cependant de faire graver sur cuivre un très bon portrait d’elle, exécuté dans ses dernières années. Une reproduction en forme le frontispice de « Mother of the Wesleys », de Kirk, et on le voit en miniature au début des « Memorials of the Wesley Family » de M. Stevenson. Il existe aussi une miniature qui montre quelque chose de ce qu’elle était dans la force de l’âge. Parmi ses lointains descendants, il y a une ou deux femmes qui lui ressemblent de très près.

La pierre tombale originale ayant été fort dégradée par le temps et les intempéries, on érigea en 1828 sur la tombe de Mme Wesley une nouvelle pierre portant une nouvelle inscription, à l’époque où des plaques commémoratives en mémoire de plusieurs méthodistes éminents furent posées dans la chapelle de City Road aux frais du Wesleyan Book Committee. Le respect pour leur doux chantre ne les porta pas à perpétuer la totalité de ses vers, et l’épitaphe se lit maintenant ainsi : « Ici repose le corps de MME SUSANNA WESLEY, veuve du RÉV. SAMUEL WESLEY, M.A.

(ancien recteur d’Epworth, dans le Lincolnshire), décédée le 23 juillet 1742, à l’âge de 73 ans.

Elle était la plus jeune fille du RÉV. SAMUEL ANNESLEY, D.D., expulsé par l’Acte d’uniformité du rectorat de St. Giles, Cripplegate, le 24 août 1662.

Elle fut la mère de dix-neuf enfants, dont les plus éminents furent les RÉV. JEAN et CHARLES WESLEY ;

le premier fut, sous Dieu, le fondateur des Sociétés des gens appelés méthodistes. » « Dans l’espérance sûre et certaine de ressusciter Et de réclamer sa demeure dans les cieux, Une chrétienne déposa ici sa chair, Échangeant la croix contre une couronne. »

En 1869, Bunhill Fields, bien que fermé depuis longtemps aux inhumations, fut garanti comme cimetière à perpétuité, planté d’arbres et aménagé d’allées conduisant tout près des tombes les plus remarquables. L’endroit où reposent les restes de Mme Wesley se trouve à l’intersection des numéros 17 et 42 sur le mur extérieur, à quelques yards à l’ouest quart sud de la tombe de John Bunyan, qui vivait et prêchait au temps lointain de sa jeunesse à elle.

Un obélisque de marbre de Sicile, élevé à sa mémoire, se dresse depuis décembre 1870 en face de la chapelle de City Road, face à Bunhill Fields, et porte une inscription très semblable à la dernière citée.

On ne saurait guère mieux conclure cette petite vie de Susanna Wesley que par les paroles de feu Isaac Taylor, lui-même fils d’une mère qui, avec l’aide de son mari, éduqua toute sa très nombreuse famille et eut la satisfaction de voir ses enfants devenir des personnes comptant parmi les plus cultivées et les plus pieuses de leur génération ou de toute autre génération d’Anglais et d’Anglaises : « La mère des Wesley fut la mère du méthodisme au sens religieux et moral ; car son courage, sa soumission à l’autorité, l’élévation de son esprit, son indépendance et sa maîtrise de soi, la chaleur de ses sentiments de dévotion et la direction pratique qui leur était donnée, reparurent et se répétèrent visiblement dans le caractère et la conduite de ses fils. »

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