Chapitre 13 · 51 min de lecture · 1 h 6 min d’écoute
Séparations
La vie quotidienne à Wroot, où il y avait « abondance de viande et de boisson », bien que l’argent et les vêtements y fussent si rares, et où les jeunes filles prenaient chacune leur part des travaux de la maison et de la glèbe, ainsi que du service de leurs parents, est agréablement décrite en vers par Samuel Wesley, qui vit les choses sous leur meilleur jour lors de sa visite de l’été 1725, et qui réussit probablement alors à réconcilier Hetty avec son père et sa mère. Les odes et les adresses en vers étaient fort en vogue, et les Wesley maniaient tous le vers avec aisance. La pièce s’intitulait « Wroot » et fut envoyée à Hetty. En voici quelques strophes, telles qu’elles figurent dans ses poèmes publiés : La vaste glèbe autour de la maison Offre aux vaches un plein pâturage, D’où coule à flots un nectar laiteux, Ô douce et propre laiterie !
À moins que Moll, ou Anne, ou vous, Ne veniez à négliger votre devoir ;
Et gare alors aux hanches noires et bleues Sous les pincements d’une fée.
Voyez la porcherie chaude et bien garnie de paille Où reposent truies, porcs et porcelets ; Nancy ou vous leur apportez la drêche. Ils s’en gavent sans souci de rien.
* * * Mais moins joyeux Que vous de servir votre papa !
Oh ! que c’est charmant ! Il me semble vous voir toutes rivaliser À qui répondra la première à son appel, La robuste Anne ou la frêle Moll, La sage Pat ou la sérieuse Hetty ; Pour brosser le bas crotté de sa soutane, Ou décrocher son chapeau du clou, Ou chercher la clef pour tirer sa bière, Quand une servante s’avise de la cacher. Pour allumer sa pipe, ou raccommoder ses habits, Ou repriser finement ses bas roussâtres — Pour le confort de ses vieux orteils — Si finement qu’ils ne sentent rien.
Il y avait cependant des moments où Wroot était loin d’être une demeure agréable, même en été, et les difficultés de desservir les deux cures étaient fort grandes. M. Wesley, bien qu’heureux de l’aide de ses fils quand ils pouvaient venir, craignait que leur santé ne souffrît de fatigues qui ne semblaient pas avoir sur lui-même de pire effet que d’accroître la lassitude dont il se plaignait de temps à autre. Une partie d’une lettre écrite à Jean en juin 1727 montre combien il était difficile de circuler dans le pays des marais quand les eaux étaient hautes : « Quand vous viendrez ici, après avoir pris soin de la Charterhouse et de votre propre recteur, votre quartier général sera, je crois, le plus souvent à Wroot, et le mien, si je le puis, à Epworth, quoique nous fassions parfois l’échange. La vérité est que je suis éclopé (sic) par mon voyage par eau et par terre pour aller à Epworth et en revenir dimanche dernier, étant estropié pour m’être mouillé, en partie par l’averse d’un orage, et en partie par les vagues qui passaient par-dessus le bateau. Pourtant, Dieu merci, j’ai pu prêcher ici l’après-midi, et je me portais ce matin aussi bien que jamais, à part un peu de douleur et de raideur, dont j’espère me laver ce soir avec un poil de la même bête.
« Je voudrais que la pluie ne nous eût pas atteints de ce côté-ci de Lincoln, mais elle est si continuelle qu’il ne nous reste guère une seule digue, et je ne pourrai pas avoir un quart de mesure d’avoine dans toutes les basses terres ; mais, grâces à Dieu, l’orge et le seigle des champs sont bons. Nous ne pouvons aller à Epworth ni à pied ni à cheval, mais seulement en bateau jusqu’au pont de Scawsit, puis à pied à travers la lande commune, quoique j’espère que cela ira bientôt mieux. … Je voudrais que vos études fussent aussi peu interrompues que possible, et j’espère tenir encore un mois ou deux, car je suis sûr de devoir faire tout ce que je puis, tant pour la famille de Dieu que pour la mienne ; et quand je sentirai que cela m’accable, ou peut-être un peu avant, je ne manquerai pas de vous en avertir, environ quinze jours à l’avance ; en attendant, je vous envoie ma bénédiction, étant votre père affectionné, SAMUEL WESLEY. »
Quelques jours plus tard, il écrivait : « Je savais que Jean ne pouvait aller de Wroot à Epworth sans risquer sa santé ou sa vie ; tandis que moi, j’ai le cuir dur, et je crois qu’aucune charogne ne saurait me tuer. J’ai fait seize milles à pied hier ; et, Dieu merci, ce matin, je ne m’en porte pas plus mal. »
Le recteur rapporte aussi un trait de conduite dévouée et d’industrie de la part de l’une des jeunes filles, dans l’une de ses lettres à Jean, à Oxford, où il dit : « M— gagne miraculeusement de l’argent, même à Wroot, et elle a donné les prémices de son gain à sa mère, en lui prêtant de l’argent et en lui offrant un manteau neuf qu’elle a acheté et confectionné elle-même ; Dieu l’en bénira. » Plusieurs des filles se marièrent à Wroot, mais Susanna avait épousé M. Ellison en 1721, avant que la famille quittât le presbytère d’Epworth. Il était alors dans l’aisance, et elle lui donna quatre enfants, mais les Wesley le détestaient profondément ; et, après un incendie qui détruisit sa maison, si bien que la famille n’échappa qu’à grand-peine à la mort, sa femme le quitta pour ne jamais revenir, et passa le reste de ses jours auprès de ses enfants, qui étaient grands et établis à Londres et à Bristol.
Hetty dut être mariée à Wroot à William Wright, tout à fait contre son gré, et avec raison, car il ne lui convenait en aucune manière. Son oncle Matthew lui donna une belle somme d’argent, grâce à laquelle son mari s’établit dans le commerce à Londres, où ils habitèrent Crown Court et Frith Street, à Soho. La plupart de ses enfants moururent en bas âge, à son grand chagrin, et son mari, grossier et illettré, prit l’habitude de boire et la maltraita. Elle vit souvent son oncle tant qu’il vécut, ainsi que son frère à Westminster, et Jean et Charles lorsqu’ils étaient à Londres. Tous compatissaient à son sort et firent tout ce que l’affection fraternelle pouvait faire pour alléger ses fardeaux. Elle était connue et fort estimée dans les cercles littéraires de l’époque, rencontrant des gens d’esprit chez son oncle. Comme la plupart des membres de sa famille, elle écrivait des poèmes, dont beaucoup parurent de temps à autre dans le « Gentleman’s Magazine ».
Anne semble avoir épousé en 1725 John Lambert, arpenteur d’Epworth, homme fort estimable, qui l’aimait et appréciait les talents de son père. Ils vécurent quelque temps à Epworth, puis s’établirent à Hatfield, où ils étaient à portée de leurs parents de Londres. Ils eurent un fils, nommé d’après Jean Wesley, qui fut son parrain. M. Lambert rassembla tous les pamphlets de son beau-père et en tirait une grande fierté. Ce mariage fut à tous égards satisfaisant.
L’un des événements qui rompirent la monotonie de la vie à Wroot dut être la mémorable démarche (probablement vers 1725) de Garrett Wesley, du château de Dangan, en Irlande, auprès du recteur, qui était son parent : il lui demandait s’il avait un fils nommé Charles et, dans ce cas, s’il consentirait à ce qu’il fût désigné comme son héritier. Le jeune homme laissa la décision à son père, qui la renvoya à son tour à Charles, comme à la personne la plus directement intéressée ; et M. Garrett Wesley alla le voir à Westminster et le pressa d’accepter ce qu’il avait à lui offrir. Pour une raison inexplicable, l’offre fut refusée, et Garrett Wesley laissa ses biens à un parent plus éloigné, Richard Colley, à condition qu’il prît le nom de Wesley et les armoiries de la famille. Ce Richard Colley Wesley fut créé baron Mornington en 1746, et son fils unique Garrett épousa la fille du vicomte Dungannon et devint en temps voulu comte de Mornington. Le fils aîné de celui-ci fut le marquis Wellesley, un temps gouverneur général des Indes, et son troisième fils, le grand duc de Wellington.
Dans toute la correspondance de Mme Wesley, il n’est pas fait la moindre allusion à cet épisode. On a peine à imaginer pourquoi l’héritage fut refusé. La plupart des parents chargés d’une famille si nombreuse eussent été trop heureux de voir l’un de leurs enfants élevé à un rang que ses talents et son caractère le rendaient à tous égards digne d’honorer, et l’inquiétude naturelle de M. Wesley au sujet de sa femme, si elle lui survivait, eût été apaisée si l’un de ses fils avait été dans une bonne situation. Jean Wesley, dans la ferveur de son zèle religieux, et appréciant son frère comme collaborateur, remarqua un jour que cette décision prise par Charles avait été « une belle échappée » ; et les auteurs méthodistes en général l’ont considéré et présenté comme une sorte de Moïse du dix-huitième siècle, « regardant l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte ». Les disciples de Jean Wesley, cependant, ne se sont pas montrés hostiles à la richesse, et beaucoup d’entre eux en ont fait un noble usage.
Tandis que Jean Wesley était agrégé résident du collège de Lincoln et passait ses longues vacances à Wroot, il ne fut pas insensible aux charmes féminins. Comme on le sait, il succomba plusieurs fois au pouvoir de la tendre passion, bien que, déjà parvenu à l’âge mûr, il eût contracté une union prosaïque qui ne lui apporta que peu ou point de bonheur. Le cercle familial savait qu’en 1727 il s’était épris d’une jeune personne du Worcestershire, Betty Kirkham, et il est probable qu’elle fut son premier amour. Il était en termes d’une affection peu commune avec sa mère, et en avait peut-être fait sa confidente, car seule une circonstance de ce genre avait des chances d’inspirer la belle lettre que voici : « Mon cher fils, Wroot, 14 mai 1725.
« La difficulté qu’il y a à séparer les idées de choses qui se ressemblent de près, et dont les propriétés et les effets sont à peu près les mêmes, a conduit, je crois, quelques-uns à penser que l’âme humaine n’a d’autre passion que l’amour, et que toutes ces passions ou affections que nous distinguons par les noms d’espérance, de crainte, de joie, etc., ne sont que diverses manières d’aimer. Cette opinion a quelque apparence de raison, bien que je ne puisse y souscrire. Je dois avouer que je n’ai encore jamais rencontré de définition de la passion de l’amour assez exacte pour me satisfaire pleinement. On la définit ordinairement, il est vrai, comme “un désir d’union avec un bien connu ou perçu”. Mais cela fait directement de l’amour et du désir une même chose, ce qu’ils ne sont point, à mon sens, quand on y regarde de près, pour la raison que voici : le désir est le plus fort et agit le plus vivement quand l’objet aimé est éloigné, absent, ou qu’on le croit indifférent ou mécontent ; tandis que lorsque l’union est atteinte et la jouissance parfaite, la complaisance, le délice et la joie remplissent l’âme de celui qui aime, cependant que le désir demeure en repos ; ce qui montre clairement (à moi du moins) que le désir d’union est un effet de l’amour, et non l’amour lui-même.
« Qu’est-ce donc que l’amour ? Ou comment décrirons-nous son étrange et mystérieuse essence ? C’est — je ne sais quoi ! Un quelque chose de puissant ! source de notre joie et de notre peine, senti et éprouvé par chacun, et pourtant inconnu de tous ! Et nous ne comprendrons jamais ce qu’il est jusqu’à ce que nous soyons unis à notre Premier Principe, et que nous lisions là sa nature merveilleuse dans le clair miroir de l’Amour incréé ; jusque-là, le mieux est de nous contenter des notions de son essence que nous pouvons recueillir en observant ses effets et ses penchants ; car toute autre connaissance de l’amour est, dans notre état présent, trop élevée et trop merveilleuse pour nous, et nous ne pouvons y atteindre.
« Souffrez maintenant un mot de conseil. Quelque curiosité que vous mettiez, pour votre satisfaction personnelle, à sonder la nature des passions ou des vertus humaines ou à en distinguer les propriétés, soyez très prudent quand il s’agit de présenter de subtiles distinctions dans les assemblées publiques ; car cela ne répond pas à la vraie fin de la prédication, qui est d’amender la vie des hommes, et non de leur remplir la tête de spéculations stériles. Et après tout ce qu’on peut dire, chaque affection de l’âme se connaît mieux par l’expérience que par n’importe quelle description qu’on en puisse donner. Un honnête homme comprendra plus aisément ce que c’est qu’être zélé pour Dieu et contre le péché en entendant quelles sont les propriétés et les effets du vrai zèle que par la définition la plus exacte de son essence.
« Mon cher fils, la conclusion de votre lettre est très affectueuse. Que vous ayez toujours été un fils soumis, je le sais fort bien. Mais je me connais assez pour me contenter d’un degré modéré de votre affection. En vérité, il serait injuste de ma part de désirer l’amour de qui que ce soit. Ce sont vos prières que je réclame et que je souhaite ; et je ne cesserai, tant que je vivrai, de supplier le Dieu tout-puissant de vous bénir. Adieu !
« SUSANNA WESLEY. »
Une partie d’une lettre écrite à Jean, à Oxford, pendant l’hiver de 1727, montre que Mme Wesley lui donnait parfois des conseils prudents et pratiques qui n’étaient pas exclusivement religieux : « Mon cher Jacky, 31 janvier 1727.
« Je ne suis nullement contente que nous vous ayons conseillé de prendre votre plaid, mais je le suis de ce que vous le trouviez trop cher, car j’y vois l’indice que vous êtes porté à l’économie, qualité rare chez un jeune homme qui a sa fortune à faire. En vérité, un tel homme ne saurait être trop avisé ni trop soigneux. Je ne recommanderais pas de se mettre en peine du lendemain au-delà de ce qu’exige le bon usage des occasions présentes, dans une sage gestion des talents que Dieu a confiés à notre garde ; et dans cette mesure, je pense qu’il est du devoir de tous de se soucier du lendemain. Et je souhaite de tout cœur que vous en soyez bien instruit pendant que la vie est jeune. Car — “Crois-moi, jeunesse (car je suis savant en soucis, Et je ploie sous le poids de plus de cinquante ans)”, croyez-moi, mon cher fils, la vieillesse est le pire moment que nous puissions choisir pour amender notre vie ou notre fortune. Si les fondements d’une piété solide ne sont pas posés de bonne heure sur des principes sains et des dispositions vertueuses, et si nous négligeons, tant que durent la force et la vigueur, de mettre quelque chose de côté avant que les infirmités de l’âge ne nous surprennent, il y a cent à parier contre un que nous mourrons à la fois pauvres et méchants.
« Ah ! mon cher fils, si vous vous teniez avec moi au bord de la vie, et voyiez devant vos yeux une vaste étendue, une durée d’existence illimitée, dans laquelle vous pourriez bientôt entrer, vous ne sauriez concevoir comme toutes les inadvertances, les erreurs et les péchés de la jeunesse se dresseraient devant vous ; et combien vos sentiments sur les plaisirs des sens, l’attrait entre les sexes et les amitiés pernicieuses du monde seraient alors différents de ce qu’ils sont maintenant, tandis que la santé est entière et semble promettre de longues années de vie.
« SUSANNA WESLEY. »
Au printemps ou au début de l’été 1731, M. Matthew Wesley, frère aîné du recteur d’Epworth, fit un voyage à Scarborough, accompagné seulement d’un domestique, et s’arrêta en chemin pour rendre visite à ses parents.
Il avait témoigné beaucoup de bontés à certains de leurs enfants, et avait vu son frère de temps à autre quand les affaires amenaient celui-ci à Londres, mais il n’était encore jamais venu chez lui. Il semble que la famille fût alors revenue à Epworth, et tout ce que l’on sait directement de cette visite est contenu dans une lettre de Mme Wesley à Jean, à Oxford.
« 12 juillet 1731.
« Mon frère Wesley avait projeté de nous surprendre, et avait voyagé sous un nom d’emprunt de Londres à Gainsborough ; mais là, ayant envoyé son homme chercher un guide pour l’île (d’Axholme) le lendemain, celui-ci dit le nom de son maître à quelqu’un qui fréquente notre marché, et ajouta qu’il allait voir son frère, le ministre d’Epworth. L’homme qu’il avait renseigné rencontra Molly au marché environ une heure avant que mon frère y arrivât. Elle, toute pleine de la nouvelle, se hâta de rentrer et nous dit que son oncle Wesley venait nous voir, mais nous avions peine à la croire. C’était curieux de voir comme toute la ville prit l’éveil et se mit aux aguets, comme si quelque grand prince allait faire son entrée. Il se rendit droit chez John Dawson (l’auberge) ; mais nous fûmes bientôt avertis de son arrivée, et nous envoyâmes John Brown l’inviter chez nous. Il témoigna quelque mécontentement à son domestique de nous avoir fait savoir sa venue, car il comptait faire chercher M. Wesley pour dîner avec lui chez Dawson, puis venir nous voir dans l’après-midi. Cependant, il suivit bientôt John jusqu’à la maison, où nous étions tous prêts à le recevoir avec une grande joie.
« Sa conduite parmi nous fut parfaitement civile et obligeante. Il parla peu aux enfants le premier jour, étant occupé (comme il le leur dit ensuite) à observer leur maintien et à voir s’ils lui plaisaient ;
ensuite il fut très libre avec eux et leur témoigna à tous une grande bonté.
« Il fut étrangement choqué de la pauvreté de notre mobilier, et bien plus encore de la misère des vêtements des enfants. Il parlait toujours plus librement de notre situation avec vos sœurs qu’avec moi, et leur dit qu’il se demandait ce que son frère avait fait de son revenu, car il était visible qu’il ne l’avait dépensé ni à meubler sa maison ni à vêtir sa famille.
« Nous eûmes quelquefois un petit entretien ensemble, mais nous pouvions rarement converser en particulier ; et il évitait soigneusement de parler de quoi que ce fût touchant les enfants devant votre père, ou même de toute autre affaire. Je l’informai, autant que je le pus avec bienséance, de nos pertes, etc., car je craignais qu’il ne crût que j’allais lui demander l’aumône ; mais les filles (avec qui il eut de nombreux entretiens particuliers) lui ont, je crois, dit tout ce qui leur venait à l’esprit.
« Il fut particulièrement content de Patty [qui avait alors vingt-cinq ans] ; et, un matin, avant que M. Wesley fût descendu, il me demanda si je consentirais à laisser Patty venir passer un an ou deux chez lui à Londres. “Ma sœur, dit-il, je me suis déjà efforcé d’assurer le bien-être de l’une de vos enfants pour toute sa vie ; et si vous voulez me confier Patty, je m’efforcerai d’en faire autant pour elle.” Quoi que d’autres en pensent, j’estimai cette offre généreuse, et d’autant plus qu’il avait tant fait pour Sukey et Hetty. J’exprimai ma reconnaissance du mieux que je pus, et j’aurais voulu qu’il en parlât à votre père, mais il ne voulut pas le faire lui-même — il me laissa ce soin ; et il n’en dit jamais un mot à M. Wesley avant la veille de son départ. Il se tint toujours très convenablement à la prière de famille, et, en l’absence de votre père, il dit pour nous le bénédicité et les grâces avant et après le repas. Jamais non plus il ne troubla notre intimité, mais il se retirait dans sa chambre quand nous nous retirions dans la nôtre.
« Il resta du jeudi au mercredi suivant ; puis il nous quitta pour aller à Scarborough, d’où il revint le samedi en huit, comptant passer quelques jours avec nous ; mais, apprenant que vos sœurs étaient parties la veille pour Lincoln, il voulut nous quitter le dimanche matin, car, disait-il, il pourrait voir les filles avant qu’elles ne se missent en route pour Londres. Il les rejoignit à Lincoln, et reçut à souper à l’“Angel” Mme Taylor, Emilia et Kezzy avec les autres. Le lundi, elles déjeunèrent avec lui ; puis ils se séparèrent, ne comptant plus le revoir avant d’arriver à Londres ; mais le mercredi, il envoya son homme les inviter à souper le soir. Le jeudi, il les invita à dîner, le soir à souper, et le vendredi matin au déjeuner, après quoi il prit congé d’elles et partit à cheval pour Londres. Elles arrivèrent en ville le samedi vers midi, et ce soir-là Patty m’écrivit le récit du voyage.
« Mon cher Jacky, je ne puis m’attarder maintenant à parler de Hetty et de Patty, si ce n’est pour dire ceci — j’espère mieux de l’une et de l’autre que certains autres. Je prie Dieu de vous bénir. Adieu !
« SUSANNA WESLEY. »
Le pauvre recteur, après le retour de son frère à Londres, reçut de lui une lettre sévère sur le péché de n’avoir pas mieux pourvu aux besoins de sa famille. Il ne semble pas, cependant, qu’il se soit adonné à de pires prodigalités personnelles que sa pipe et un peu de tabac à priser ; mais d’une part il n’avait aucune aptitude pour les affaires, et d’autre part M. Matthew Wesley, n’ayant eu qu’un seul enfant (un fils qui tourna mal), ne savait pas ce qu’il en coûtait d’avoir pendant tant d’années une épouse souffrante et une famille qui s’accroissait chaque année, et ignorait tout autant le prix de l’habillement d’un si grand nombre de filles adultes. Ses nièces n’étaient plus des enfants, et étaient sans doute à même de lui donner une idée assez exacte du véritable état des choses ; et il semble avoir été trop bon pour causer de la peine sans juste motif. Il pensait manifestement qu’un homme n’avait pas à s’entourer de plus de plants d’olivier qu’il ne pouvait en élever convenablement et en établir ; mais sur ce point le recteur était en total désaccord avec lui, et estimait évidemment avoir rendu un grand service à son pays en accroissant si largement la population.
Il existe une autre lettre de Mme Wesley portant la même date ; mais on ne peut établir si celle-ci est exacte. Il est tout juste possible que la nouvelle de l’accident qu’elle rapporte ait été transmise à Londres aussitôt après l’événement, et qu’elle ait provoqué la visite inattendue de M. Matthew Wesley. « Mon cher Jacky, 12 juillet 1731.
« Le vendredi 4 juin, moi, votre sœur Martha et notre servante allions dans notre chariot voir le terrain que nous louons à Mme Knight, à Low Millwood. Votre père était assis sur une chaise à un bout du chariot, moi sur une autre à l’autre bout, Mattie entre nous, et la servante derrière moi. Juste avant d’arriver à l’enclos, en descendant une petite pente, les chevaux prirent le galop, et voilà votre père projeté dehors avec sa chaise. La servante, voyant les chevaux s’emballer, pesa de tout son poids sur ma chaise et m’empêcha de lui tenir compagnie. Elle cria à William d’arrêter les chevaux, et que son maître était tué. Le garçon sauta de son siège et arrêta les chevaux, puis courut vers M. Wesley ; mais avant qu’il ne l’eût rejoint, deux voisins, qui s’étaient trouvés là par une heureuse providence, lui relevèrent la tête, sur laquelle il était tombé, et le soutinrent en arrière, grâce à quoi il se remit à respirer ; car il est certain, à la noirceur de son visage, qu’il n’avait pas repris haleine depuis l’instant de sa chute jusqu’à ce qu’ils l’eussent relevé. Entre-temps, je l’avais rejoint ; je lui demandai comment il allait, et le persuadai de boire un peu de bière, car nous en avions apporté une bouteille. Il avait l’air prodigieusement égaré, mais il se mit à parler et me dit qu’il n’avait aucun mal. Je lui appris sa chute. Il dit “qu’il ne savait rien d’aucune chute, qu’il se portait aussi bien que jamais de sa vie”. Nous lui bandâmes la tête, qui était fort meurtrie, et l’aidâmes à remonter dans le chariot, où nous l’assîmes au fond, tandis que je lui soutenais la tête entre mes mains, et l’homme ramena doucement les chevaux à la maison. J’envoyai aussitôt chercher M. Harper, qui lui tira une bonne quantité de sang ; et alors il commença à ressentir de la douleur en plusieurs endroits, particulièrement au côté et à l’épaule. Il passa une très mauvaise nuit ; mais le samedi matin, M. Harper revint, pansa sa tête et lui donna quelque chose qui calma beaucoup la douleur de son côté. Nous répétâmes la dose au coucher ; et le dimanche il prêcha deux fois et donna la sainte cène, ce qui était trop pour lui, mais personne ne put l’en dissuader. Le lundi, il fut souffrant et dormit presque toute la journée. Le mardi, la goutte vint, mais après deux ou trois nuits de gouttes de Bateman elle s’en alla, et depuis il s’est mieux porté que nous n’aurions pu l’espérer. Nous crûmes d’abord que le chariot lui était passé dessus, mais il n’était passé que sur la manche de sa robe, et les clous lui avaient seulement écorché un peu les jointures, sans lui faire d’autre mal.
« Sus. WESLEY. »
M. Wesley fut manifestement très ébranlé par cet accident, dont il ne se remit jamais entièrement ; et peut-être, le rapprochant des remontrances de son frère, commença-t-il à se demander sérieusement ce que deviendraient sa femme et ses filles non mariées s’il venait à mourir. Jusque-là, ses fils semblent avoir été son premier souci, et peut-être cela avait-il quelque peu ulcéré l’esprit des jeunes filles, non qu’elles enviassent quoi que ce fût à leurs frères ou ne fussent pas fières d’eux, mais parce que les filles ont conscience d’avoir sur leurs parents au moins autant de droits que les garçons. Quoi qu’il en soit, le père commença à juger souhaitable de résigner sa cure en faveur de l’un de ses fils, si seulement ce fils pouvait être persuadé de l’accepter. Il la proposa d’abord à Samuel, qui venait de perdre son fils unique et se trouvait en outre dans une grande incertitude, car, après avoir été pendant vingt ans maître d’études à l’école de Westminster, il venait d’être privé de ce qu’il considérait comme son droit. Le directeur avait démissionné ; le docteur Nicoll, sous-directeur, avait été nommé à sa place ; et Samuel Wesley, selon l’usage ancien, s’attendait à obtenir le poste de sous-directeur, ou second maître. Malheureusement, il n’était pas seulement tory, mais franchement jacobite, et compromis par son dévouement à l’évêque exilé Atterbury et à sa cause, qui était celle du Prétendant ; il se vit donc fermer l’accès à tout ce qu’il désirait le plus. C’est à ce moment critique que vint la proposition de son père de devenir recteur d’Epworth. « Vous avez été, disait le vieillard, un père pour vos frères et sœurs, surtout pour les premiers, dont l’éducation vous a coûté de grandes sommes, tant avant qu’après leur entrée à l’Université. Vous ne vous en êtes pas tenu là, mais vous avez témoigné votre compassion à votre mère et à moi d’une manière fort libérale, en quoi votre femme s’est jointe à vous, alors que vous-mêmes n’étiez guère dans l’abondance ; et vous avez même fait de nobles charités aux enfants de mes enfants. Or, que serais-je si je ne m’efforçais de vous mettre à l’aise autant qu’il est en mon pouvoir, surtout lorsque je sais que ni l’un ni l’autre de vous ne jouissez d’une bonne santé à Londres ? … Quant à votre mère, âgée et infirme, dès que je disparaîtrai, elle devra quitter la maison, à moins que vous ne me succédiez ; et si vous le faites, et qu’elle me survive, je sais que vous la prendrez aussitôt dans votre propre maison, ou plutôt l’y garderez, et que votre femme et vous prendrez soin d’elle jusqu’à ce que nous nous retrouvions au ciel ; et vous serez un guide et un soutien pour le reste de la famille. »
Mais Samuel ne se laissa pas persuader ; il savait que, où qu’il demeurât, sa maison serait ouverte à sa mère si jamais elle en avait besoin, et il n’était nullement disposé à s’enterrer dans le Lincolnshire. On laissa tomber le sujet pour un temps, et un intérêt nouveau et absorbant le remplaça dans le cercle désormais restreint d’Epworth. Ce furent les fiançailles et le mariage de Mary, ou « Moll », la fille contrefaite, que Charles appelait la « patiente Grisélidis » de la famille. Son mari était John Whitelamb, qui n’avait été à l’origine qu’un pauvre garçon d’une petite école de charité de Wroot. M. Wesley remarqua que ses capacités intellectuelles étaient considérables, et il devait avoir une bonne écriture bien lisible, car on le prit à la maison d’Epworth pour copier le lourd ouvrage du recteur sur le livre de Job, et même pour l’illustrer de dessins, de cartes et de figures selon « la lumière de la nature ». L’art était alors tombé fort bas ; et M. Wesley ne pouvait guère en juger, sans quoi il n’aurait pas imaginé que de tels dessins pussent ajouter à l’intérêt de son livre ; pourtant, lui-même voyait bien le manque de mérite artistique de certains d’entre eux. En retour des services du « pauvre Johnnie Whitelamb, ce petit meurt-de-faim », celui-ci reçut des leçons de latin et de grec, et fut enfin envoyé à Oxford, où Jean Wesley fit tout ce qu’il put pour lui et loua hautement son application, son intelligence et sa facilité à apprendre les langues. Whitelamb était si pauvre que les Wesley, père et fils, et quelques amis se cotisèrent pour lui acheter une toge, bien que ce ne soit pas là un vêtement fort coûteux. Il reçut l’ordre de diacre et devint vicaire à Epworth, au grand réconfort de son ami et protecteur, qui l’aimait et lui faisait confiance. Il lui sauva même la vie, une fois au moins, au bac de Burringham, lorsque, dit M. Wesley, « les longues jambes et les longs bras de John Whitelamb grimpèrent jusqu’à la quille et m’y hissèrent après lui ». Il était probablement beaucoup plus jeune que Mary, qui avait trente-huit ans lorsqu’elle l’épousa ; mais l’affection entre eux était sincère, et l’union eut la cordiale approbation de toute la famille. Il était extrêmement difficile de trouver un vicaire qui voulût vivre à Wroot, tant l’endroit était humide et peu engageant ; mais Whitelamb l’aimait et désirait ardemment exercer son ministère dans son église ; aussi M. Wesley pourvut-il à son sort et à celui de Mary en résignant cette petite cure et en priant le lord chancelier de l’accorder à son gendre. Ce fut fait ; et il trouva encore moyen de leur donner vingt livres sterling pour leur établissement. Mary ne jouit cependant pas longtemps de sa nouvelle condition ni des soins affectueux de son mari, car elle mourut en couches avant d’avoir été mariée un an, et,
avec son enfant, fut enterrée dans l’église. Mme Wesley ressentit vivement cette perte, et le veuf vint chercher du réconfort à Epworth. Il était dans cet état d’esprit où les hommes s’offrent pour les missions ou pour quelque rude travail que ce soit, et pour s’éloigner des lieux qui leur rappellent leur chagrin ; aussi M. Wesley écrivit-il à son sujet au général Oglethorpe, qui était déjà à l’œuvre en Géorgie et comptait parmi sa troupe un homme de Wroot : « Cher Monsieur, Epworth, 7 décembre 1734.
« Je ne saurais exprimer combien je vous suis obligé de votre dernière lettre, si aimable et si instructive, touchant les affaires de la Géorgie. Je n’ai pu la relire sans soupirer (bien que je l’aie lue plusieurs fois), en songeant de nouveau à mon âge et à mes infirmités, qui rendaient une telle expédition absolument impraticable pour moi. Mon esprit pourtant y travailla fort ; et il n’est pas impossible que la Providence m’ait conduit à un expédient qui pourra se montrer plus utile à votre colonie que je ne l’aurais jamais été moi-même.
« Voici la chose. Il y a un jeune homme qui est auprès de moi depuis bon nombre d’années et qui m’a aidé dans mon ouvrage sur Job ; après quoi je l’envoyai à Oxford, auprès de mon fils Jean Wesley, fellow du collège de Lincoln, qui prit soin de son éducation ; il s’y conduisit fort bien et fit des progrès dans la piété et dans le savoir. Puis je le fis revenir, après lui avoir obtenu l’ordre de diacre, et il fut mon vicaire pendant mon absence à Londres ; c’est alors que je lui résignai ma petite cure de Wroot, où il fut institué et installé. Je consentis aussi à ce qu’il épousât l’une de mes filles, une longue et intime amitié les ayant unis. Mais ni lui ni moi n’eûmes le bonheur de les voir vivre longtemps ensemble, car elle mourut en couches de son premier enfant. Il fut si inconsolable de sa perte que je craignis qu’il ne la suivît bientôt ; pour l’en empêcher, je le priai de venir chez moi, afin qu’il eût quelque distraction et quelque occupation en m’assistant dans ma paroisse pendant ma maladie. C’est alors, Monsieur, que je reçus la faveur de votre lettre, et je la lui fis voir pour le distraire, d’autant plus que John Lyndal et lui avaient été paroissiens et camarades d’école à Wroot et avaient beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Je ne fis pas d’abord grande réflexion sur la chose ; mais peu après, lorsque je m’aperçus qu’il y avait souvent pensé, qu’il désirait vivement aller lui-même en Géorgie et qu’il m’avait écrit à ce sujet la lettre ci-jointe, et comme je ne connaissais personne de plus propre à une telle entreprise, je pensai que le moins que je pusse faire était d’envoyer cette lettre à Votre Honneur, qui serait un si bon juge de l’affaire ; et si vous l’approuvez, je ne manquerai pas de m’adresser à Monseigneur l’évêque de Londres, ou à tout autre, puisque je compte être moi-même à Londres au printemps, pour pousser l’affaire aussi loin qu’elle pourra aller.
« Quant à son caractère, je me porte garant qu’il est bon érudit, chrétien solide et de bonne vie. Il a une mémoire très heureuse, surtout pour les langues, et un jugement et une intelligence qui ne lui sont point inférieurs. Mon fils aîné, à Tiverton, le connaît quelque peu, et je lui ai écrit à son sujet depuis votre dernière lettre. Mes deux autres fils, son précepteur à Lincoln et mon troisième, de Christ Church, le connaissent intimement depuis longtemps ; et je ne doute pas qu’ils ne lui rendent un témoignage au moins aussi juste que le mien. J’en resterai donc là jusqu’à ce que j’aie l’honneur d’avoir de nouveau de vos nouvelles ; et j’abandonnerai l’affaire ou la poursuivrai selon ce qui paraîtra le plus convenable à votre jugement plus mûr ; demeurant toujours, de Votre Honneur, le très sincère et très obligé ami et serviteur, SAMUEL WESLEY. »
John Whitelamb, cependant, n’alla pas en Géorgie ; il passa la plus grande partie de son temps à Epworth pendant les mois de souffrance et de faiblesse qui précédèrent la mort de M. Wesley, bien qu’il semble s’être absenté si longtemps, probablement à Oxford, que Mme Wesley s’enquit de lui auprès de ses fils. Il retourna finalement à Wroot, où il mena pendant trente ans une vie retirée et studieuse, et mourut en 1769. Il ne s’accordait pas tout à fait avec Jean et Charles Wesley en matière de religion, ce qu’ils n’apprécièrent guère, et toute la famille cessa d’avoir des relations avec lui.
Que la mère craignît de voir Martha perdre le confortable foyer qu’elle avait chez son oncle Matthew, c’est ce que montre une courte lettre datée du 21 février 1732, écrite sur la même feuille que celle adressée à Jean, où elle exposait en détail son célèbre système d’éducation : « Cher Charles, quoique vous n’ayez pas eu le temps de me le dire depuis notre séparation, j’espère que vous êtes en bonne santé ; et quand vous aurez plus de loisir, je serai heureuse de l’apprendre de vous-même. Je serais assez contente de vous voir ici ce printemps, si ce n’était à la dure condition que vous fassiez le chemin à pied ; mais cela m’effraie toujours, et je suis d’ordinaire si inquiète, de peur que vous ne vous tuiez à venir de si loin à pied, que cela me gâte une grande partie du plaisir que j’aurais autrement à converser avec vous.
« Je crains que la pauvre Patty n’ait plusieurs ennemis à Londres, et qu’ils ne lui aient mis en tête de nous rendre visite cet été. Je suis portée à croire que, s’ils parviennent une fois à la faire sortir de chez mon frère, ils prendront soin de l’en tenir éloignée pour toujours. Il est dommage que cette fille honnête et généreuse n’ait pas un peu de la prudence du serpent avec la simplicité de la colombe. Elle n’est pas de force contre ceux qui la calomnient ; car elle dédaigne de commettre une action indigne, et croit par conséquent que tout le monde en fait autant. Hélas ! c’est grand dommage que toute l’espèce humaine ne soit pas aussi bonne qu’elle devrait l’être.
« Je vous prie, qu’est devenu John Whitelamb ? Est-il encore en vie ? Où est M. Morgan ? S’il est avec vous, faites-lui, je vous prie, mes compliments. Je regrette que la tisane de bois ne lui ait fait aucun bien. Je ne l’ai jamais vue échouer auparavant, quand on la buvait régulièrement ; mais peut-être était-il trop atteint lorsqu’il en fit usage. Je crains qu’il ne mange trop peu ou ne dorme au froid, ce qui, plus que toute autre chose, empoisonne le sang. Cher Charles, je vous envoie mon affection et ma bénédiction. Em, Matty et Kez vous envoient leur affection à tous deux.
« SUSANNA WESLEY. »
Une lettre qui n’a pas reparu depuis l’année 1800, où elle fut publiée dans le « Methodist Pocket Book », montre quel vif intérêt Mme Wesley portait aux élèves de Jean, et comment ils échangeaient leurs opinions sur les livres aussi bien que sur les doctrines : « Cher fils, Epworth, 1er janvier 1733.
« Je vous prie, faites mes compliments à M. Robinson, votre élève, et dites-lui que je tiens parole : je prie chaque jour pour lui, et je le supplie, s’il a le moindre égard pour son âme ou quelque reste de sentiment religieux, de rompre toute relation avec les profanes. C’est le libre penseur et le voluptueux, et non le méthodiste méprisé, qui seront honteux et confondus lorsqu’ils seront appelés à comparaître devant ce Juge tout-puissant dont ils ont blasphémé la divinité, et dont ils ont rejeté et tourné en dérision la miséricorde offerte.
« Les plaisirs du péché ne durent qu’un temps court et incertain, mais l’éternité n’a point de fin ; on penserait donc que peu d’arguments suffiraient à convaincre un homme qui n’a pas perdu le sens qu’il est de la plus haute importance pour nous d’être très sérieux à mettre à profit le temps présent et à nous attacher à Dieu aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui, de peur que, rendus indignes de sa présence bienheureuse, notre existence future ne soit inexprimablement misérable.
« Vous avez certainement raison. Les divers degrés de piété sont autant d’états de l’âme par lesquels nous devons passer ; et celui qui chicane sur les conseils pratiques montre clairement qu’il n’a pas traversé ces états ; car, en toute matière religieuse, s’il n’y a pas chez les auditeurs un sens intérieur qui corresponde à celui qui est dans l’esprit de celui qui parle, ce qui est dit aura peu d’effet. Il arrive pourtant parfois que, tandis qu’un chrétien zélé parle de choses spirituelles, le bienheureux Esprit de Dieu donne à l’esprit des auditeurs une lumière telle qu’elle dissipe leurs ténèbres naturelles et les rend capables de saisir ces choses spirituelles dont ils n’avaient auparavant aucune connaissance. C’est ainsi qu’il est dit, dans le cas de Corneille et de ses amis : “Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole.” M. Law est un homme de bien, mais il n’est qu’un homme ; il n’est donc pas étonnant qu’il n’ait pas été aussi explicite que vous l’auriez souhaité en parlant de certains sujets particuliers. Peut-être son esprit était-il trop plein du sentiment de cet Être bienheureux pour trouver aisément des mots capables d’exprimer une chose si fort au-dessus de leur nature. Qui peut penser, et moins encore parler, à ce vaste sujet ? Sa grandeur, sa majesté nous étonnent ! La pureté de sa nature, son amour rédempteur nous confondent et nous accablent ! À la vue de sa gloire, nos faibles facultés sont suspendues, et la nature défaille devant le Dieu de la nature.
« Pour ma part, après bien des années de recherche et d’enquête, je continue d’adresser mes dévotions à un Dieu inconnu. Je n’ose dire que je l’aime ; seulement ceci : je l’ai choisi pour mon bonheur, mon tout, mon unique bien ; en un mot, pour mon Dieu. Et quand je sonde ma volonté, je sens qu’elle demeure attachée à son choix, quoique moins fidèlement qu’elle ne le devrait. C’est pourquoi je vous demande vos prières, dont j’ai bien plus besoin que vous n’avez besoin des miennes.
« Que Dieu soit partout présent, et que nous lui soyons toujours présents, cela est certain ; mais que nous soyons toujours capables de sentir sa présence, c’est tout autre chose. Quelques âmes d’élite ont acquis un sentiment si habituel de la présence de Dieu qu’il ne souffre que peu d’interruptions. Mais, mon cher fils, considérez qu’il est si infiniment bienheureux, si absolument aimable, que toute perception de lui, toute approche de sa gloire et de sa béatitude suprêmes, communique à l’âme une joie et une allégresse si vives qu’elles en bannissent toute douleur et tout sentiment de misère ; et si l’éternité s’ajoutait à ce bonheur, ce serait le ciel.
« Que mon affection et ma bénédiction vous accompagnent ! Je suis votre mère affectionnée, SUSANNA WESLEY. »
Mme Wesley avait beaucoup d’inquiétude au sujet de la santé de ses fils à Oxford, et souffrait elle-même beaucoup « de douleurs corporelles et d’autres épreuves plus sévères qu’il ne convient pas de mentionner », tout en voyant la santé de son mari décliner rapidement ; mais aucune parole touchant les privations qu’elle risquait de connaître après sa mort ne semble lui avoir jamais échappé. Peut-être était-ce par le désintéressement de sa nature, ou peut-être ne pensa-t-elle jamais qu’il fût probable qu’elle lui survécût. Elle fait allusion à plusieurs de ces sujets dans des fragments d’une lettre à Jean : « Je ne sais comment vous avez pu exposer votre cas au docteur Huntingdon. J’ai eu l’occasion de faire quelques observations sur les consomptions, et je suis à peu près certaine que plusieurs symptômes de ce mal commencent à se déclarer chez vous, et qu’à moins de prendre plus de soin que vous ne le faites, vous mettrez la chose hors de doute en peu de temps. Mais faites à votre guise ; je vous ai déjà abandonné, comme j’en ai abandonné d’autres auparavant qui m’étaient autrefois très chers. Charles, qui n’est pas, je crois, atteint de consomption, est dans un bel état de santé pour un homme de vingt-deux ou vingt-trois ans, qui ne peut faire un repas complet sans le rendre aussitôt ! C’est grand dommage que les gens ne soient pas plus sages et qu’ils ne sachent pas trouver le juste milieu dans un cas où il est si évident que nul ne peut s’y tromper, à moins de le faire exprès. Je m’unis de tout cœur à votre petite société dans toutes ses actions pieuses et charitables qui ont pour but la gloire de Dieu, et je suis heureuse d’apprendre que M. Clayton et M. Hall ont obtenu le succès désiré. Puissiez-vous continuer et prospérer dans ces bonnes œuvres. Bien qu’absente de corps, je suis avec vous en esprit, et je vous recommande et vous confie tous chaque jour à la divine Providence. Vous faites bien d’aller voir l’évêque, car c’est une affaire de prudence et de civilité ; quoique, s’il est homme de bien, je ne puisse croire qu’il soit au pouvoir de qui que ce soit de le prévenir contre vous.
« Vos arguments contre les courses de chevaux valent certainement aussi contre les mascarades, les bals, les comédies, les opéras et tous les divertissements légers et vains de ce genre, qui, que les gens frivoles du monde veuillent l’avouer ou non, confirment et fortifient puissamment la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, toutes choses auxquelles nous devons renoncer, ou bien renoncer à notre Dieu et à l’espérance du salut éternel. Je ne dirai pas qu’il soit impossible à une personne qui fréquente ces viles assemblées d’avoir quelque sentiment religieux ; mais jamais, au cours de ma longue vie, je n’ai connu un seul chrétien sérieux qui le fît ; et je ne vois pas non plus comment celui qui aime Dieu pourrait prendre goût à de si vains amusements.
« “La Vie de Dieu dans l’âme de l’homme” est un excellent livre, que j’ai connu il y a bien des années, mais j’ai eu le malheur de le perdre. Il y a beaucoup de bonnes choses dans Baxter, avec quelques défauts, que je néglige en faveur de ses qualités. Je ne saurais dire non plus, parmi tous les livres de théologie que j’ai lus, lequel est le meilleur ; l’un est le meilleur à un moment, un autre à un autre, selon l’humeur et la disposition de l’esprit.
« Votre père est en fort mauvaise santé : il dort peu et mange moins encore. Il ne semble avoir aucune appréhension de sa fin prochaine, mais je crains qu’il n’ait plus que peu de temps à vivre. C’est avec beaucoup de peine et de difficulté qu’il célèbre l’office divin le jour du Seigneur, et il est parfois obligé de l’abréger beaucoup. Tout le monde remarque son déclin, sauf lui-même, et les gens semblent vraiment très inquiets pour lui et pour sa famille.
« Les deux filles, mal à l’aise dans leur situation présente, ne mesurent pas autant que je pense qu’elles le devraient les tristes conséquences qui, selon toute apparence, suivront sa mort ; car, si mauvaise qu’elles jugent leur condition maintenant, je crains qu’elle ne soit bien pire quand il aura la tête couchée bas. Vos sœurs vous envoient leur affection, à vous et à Charles ; et à vous deux, mon affection et ma bénédiction. Adieu.
« SUSANNA WESLEY. »
Quelques passages d’une très longue lettre que sa mère écrivit à Jean pendant la dernière absence de M. Wesley à Londres sont intéressants, car ils montrent combien elle connaissait bien, par la conversation et les lettres de son fils, ses amis d’Oxford, et la manière dont ils répartissaient leur temps et réglaient leurs occupations, qui leur avait déjà valu le nom de méthodistes : « Mon fils, samedi 30 mars 1734.
« Le père du jeune homme (M. Morgan), autant que je puisse en juger, a une meilleure idée de la religion que beaucoup de gens, quoique non la meilleure, car peu insistent sur la nécessité de la prière privée. Mais s’ils vont quelquefois à l’église et s’abstiennent des actes les plus grossiers de péché mortel, bien qu’ils ignorent l’esprit et la puissance de la piété et n’aient aucun sentiment de l’amour de Dieu ni d’une bienveillance universelle, ils se tiennent pourtant pour bien assurés de leur salut, et se plaisent à penser qu’ils jouissent du monde autant qu’ils le peuvent pendant leur vie, et qu’ils ont le ciel en réserve pour leur mort. J’ai rencontré quantité de ces gens-là en mon temps, et je tiens pour l’une des choses les plus difficiles qui se puissent imaginer de les arracher à leur sécurité charnelle et de les convaincre que le ciel est un état aussi bien qu’un lieu — un état de sainteté commencé en cette vie, quoique non parfait avant que nous entrions dans la vie éternelle —, et que tous les péchés sont autant de maladies spirituelles qui doivent être guéries par la puissance de Christ avant que nous puissions être capables d’être heureux, quand même il nous serait possible d’être admis plus tard au ciel. Si le père du jeune homme était bien instruit de cela, il ne se hasarderait pas à déclarer son fils bon chrétien sur des fondements aussi faibles qu’il semble le faire. Pourtant, malgré l’indifférence du père, je ne puis m’empêcher de concevoir de bonnes espérances pour le fils, parce qu’il choisit de passer tant de son temps avec vous (car je présume qu’il n’y est pas forcé) ; et si nous ne pouvons en conclure qu’il est bon, je pense que nous pouvons croire qu’il désire l’être ; et s’il en est ainsi, donnez-lui du temps. Nous savons que la grande œuvre de la régénération ne s’accomplit pas d’un seul coup, mais procède par degrés lents et souvent imperceptibles, à cause de la forte opposition que lui fait la nature corrompue. …
« M. Clayton et M. Hall (plus tard gendre de Mme Wesley) sont bien plus sages que moi ; pourtant, sauf le respect dû à leur meilleur jugement, je pense que, si quelque marque de supériorité visible de votre part est convenable pour maintenir l’ordre du monde, la sévérité ne l’est pas, car l’expérience peut nous convaincre qu’une telle conduite envers un homme (les enfants sont hors de question) peut en faire un hypocrite, mais n’en fera jamais un converti. Ne vous mettez jamais en peine de savoir s’il vous aime ou non. Si vous pouvez le persuader d’aimer Dieu, il vous aimera autant qu’il est nécessaire. S’il n’aime pas Dieu, son amour n’a aucune valeur. Mais quoi qu’il en soit, nous devons tout rapporter à Dieu, et être aussi indifférents que possible dans toutes les choses où le grand ennemi, le moi, est intéressé.
« Si vous et vos quelques pieux compagnons avez consacré deux heures du soir à la lecture religieuse ou à l’entretien, il est hors de doute que vous devez employer tout ce temps aux exercices auxquels il a été réservé. Mais si vos soirées ne sont pas strictement consacrées, je ne vois aucun mal à parler quelquefois de vos affaires temporelles ; toutefois si, comme vous le dites, cela ne fait aucun bien à votre novice et vous fait du tort à vous-mêmes, le cas est clair : vous ne devez pas nuire à vos propres âmes pour faire du bien à un autre, et encore moins quand vous ne pouvez faire aucun bien. Vous en êtes de meilleurs juges que je ne puis l’être.
« Vous avez bien fait de ne pas payer une lettre double. Je crains toujours de vous causer des frais, et cette crainte m’a empêchée de vous envoyer, il y a quelque temps, un bien long griffonnage. Car une certaine personne [probablement John Whitelamb] et moi avions eu un vif débat sur quelques points importants de la religion, sur lesquels nous ne pouvions nous accorder ; ensuite il écrivit quelques propositions auxquelles je m’efforçai de répondre. J’avais l’intention de vous envoyer cette controverse et de vous demander votre jugement, mais le coût déraisonnable d’une telle lettre m’en empêcha alors. Depuis, je l’ai entendu, dans deux sermons, contredire tous les articles qu’il avait défendus auparavant, ce qui me fait espérer qu’à la réflexion il a changé d’avis ; et s’il en est ainsi, ce qui a été dit dans un entretien privé ne doit pas être rappelé, et c’est pourquoi je ne veux pas du tout vous envoyer ces papiers.
« Je ne puis penser que M. Hall fasse bien de refuser l’occasion de rendre à la religion un aussi grand service que celui qu’il pourrait certainement rendre s’il acceptait la cure qu’il est sur le point de refuser. Assurément, jamais on n’eut plus besoin qu’aujourd’hui de théologiens orthodoxes et sobres dans la vigne de notre Seigneur ; et pourquoi un homme d’une piété et d’un amour des âmes si extraordinaires déclinerait ce service en cette conjoncture critique, je ne puis le concevoir. Mais cela ne me regarde pas.
« Vous n’avez pas besoin de mes directions pour savoir comment employer votre temps. Je rends grâces à Dieu de vous avoir inspiré la résolution d’être fidèle à faire valoir ce talent important confié à vos soins. Il ne vous servirait de rien de savoir en détail ce que je fais, ou quelle méthode j’observe dans l’examen de conscience ou en quoi que ce soit. Je suis trop âgée, et je ne vis plus maintenant comme je le voudrais, mais comme je le peux. Je ne puis plus garder d’ordre, ni penser avec suite, comme autrefois. Quand j’ai un moment de lucidité, je tâche d’en profiter ; mais hélas ! ce n’est que tâcher. Mais me voici arrivée vers la fin de mon papier sans m’en apercevoir. Encore un mot, et j’ai fini. Comme votre genre de vie est austère et votre régime maigre, les passions, en tant qu’elles dépendent du corps, seront faibles aussi. Vous ne devez donc pas juger de votre état intérieur par le fait que vous ne ressentez pas de grandes ferveurs d’esprit ni d’agitations extraordinaires, comme des larmes abondantes, etc., mais plutôt par l’attachement ferme de votre volonté à Dieu. Si, après examen, vous voyez que vous le choisissez toujours pour votre unique bien, que votre esprit (pour user d’une expression de l’Écriture) s’attache fermement à lui, suivez le conseil de M. Baxter et vous serez en paix : “Remettez vos âmes, avec tous vos péchés et tous vos dangers, et tous leurs intérêts, entre les mains de Jésus-Christ votre Sauveur, et confiez-les-lui entièrement par une foi résolue. C’est lui qui les a acquises, et c’est pourquoi il les aime. C’est lui qui en est le possesseur, par droit de rédemption ; et il est désormais de son propre intérêt, pour le succès même et l’honneur de sa rédemption, de les sauver.” Quand je commence à vous écrire, il me semble que je ne sais comment finir. J’avais pleinement résolu, en commençant, d’être très brève ; mais je vais conclure, bien que je voie que je serai forcée de faire une lettre aussi lourde que la dernière fois. Aujourd’hui, John Brown père part pour Londres afin de ramener votre père à la maison. Je vous prie, transmettez mon affection et ma bénédiction à Charles. J’espère qu’il va bien, bien que je n’aie jamais eu de ses nouvelles depuis qu’il a quitté Epworth. Cher Jacky, que Dieu tout-puissant te bénisse !
« SUSANNA WESLEY. »
Ce dernier voyage, le recteur l’avait fait à Londres pour s’efforcer de mener à bien l’impression de ses « Dissertations sur Job ». Il en tira cinq cents exemplaires, dont plus de trois cents furent souscrits, et Samuel à Tiverton et Jean à Oxford firent de leur mieux pour obtenir des souscriptions pour le reste. Pendant ce temps, lui et son fils aîné firent tout leur possible pour persuader Jean d’accepter la cure d’Epworth, afin de conserver l’ancien foyer ; mais Jean donna vingt-six raisons de refuser, fort bonnes à ses propres yeux et à ceux de la postérité. Peut-être la plus présente à son esprit à ce moment était-elle l’entière absence de soucis dont il jouissait lorsqu’il résidait à Oxford. Ses repas étaient prêts à heures fixes, et son revenu lui venait à échéances régulières, de sorte qu’il n’avait qu’à le prendre, le compter et l’emporter chez lui. La famille avait tant connu le souci de la nourriture, de la boisson et de quoi se vêtir que cela était parfaitement naturel. Plus tard, cependant, il s’informa auprès de qui de droit s’il était possible que le lord chancelier lui donnât la cure d’Epworth, et, apprenant que c’était fort improbable, il abandonna entièrement le projet.
La dernière fois que Mme Wesley prit la plume avant la mort de son mari fut le 14 février 1735 ; la maisonnée ne se composait probablement alors que du recteur, d’elle-même, de Kezzy et de John Whitelamb. Mary était morte, Patty à Londres, et John dans le cabinet de travail, écrivant sous la dictée de son beau-père ou s’efforçant de quelque manière d’alléger le fardeau de la vieillesse et de l’infirmité. À mesure que le printemps avançait, le recteur s’affaiblit, et enfin, sentant que la fin était proche, Mme Wesley fit venir Jean et Charles. Ils arrivèrent à temps pour qu’il eût la joie de les voir et de s’entretenir avec eux ; et en le veillant, ils remarquèrent comment il renonçait, à l’approche de la mort, à ses aspirations les plus chères. C’étaient le désir d’achever son « Job », celui de payer ses dettes et celui de revoir encore une fois son fils aîné dans la chair. Emilia vint de Gainsborough, où ses frères l’avaient mise en mesure d’ouvrir une école à son compte ; et ils le veillèrent et le soignèrent à tour de rôle. Mme Wesley était complètement brisée et ne venait que rarement dans la chambre, car elle s’évanouissait invariablement et devait être emportée et ranimée par ceux qui avaient déjà les mains si pleines. M. Wesley s’éteignit paisiblement au coucher du soleil, le 25 avril 1735, conscient jusqu’à la fin, rendant le dernier soupir au moment où son fils Jean achevait de répéter pour la seconde fois la prière de recommandation de l’âme. Ils allèrent aussitôt l’annoncer à leur mère, qui fut moins affectée qu’ils ne l’avaient craint, et dit que ses prières avaient été exaucées en ce qu’il avait eu une mort si douce et qu’elle-même avait été si fortifiée pour la supporter.
Charles écrivit tous les détails le 30, probablement deux jours après les funérailles, à son frère Samuel, alors établi à Tiverton, et ajouta : « Ma mère serait extrêmement heureuse de vous voir le plus tôt possible. Nous avons calculé les dettes, et trouvons qu’elles s’élèvent à plus de cent livres sterling, sans compter celle du cousin Richardson. Mme Knight, sa propriétaire (celle de Mme Wesley), a saisi lundi dernier, le jour même où il fut enterré, tout son bétail, estimé à plus de quarante livres, pour quinze livres que mon père lui devait. Et mon frère donne cet après-midi un billet pour cette somme, afin de libérer le bétail pour le vendre ; en garantie de quoi le bétail lui est cédé, et il sera remboursé à mesure qu’il pourra être vendu. Mon père a été enterré très simplement, mais décemment, dans le cimetière, selon son propre désir.
« Il sera tout à fait nécessaire d’apporter tous les comptes de ce qu’il vous devait, afin que vous puissiez marquer tous les biens de la maison comme principal créancier, et assurer ainsi à ma mère le temps et la liberté de les vendre au mieux.
* * * * * « Si vous passez par Londres, ma mère désire que vous vous souveniez qu’elle est veuve d’un ecclésiastique. Que la Société lui donne ce qu’elle voudra, elle devra toujours vous être à charge en quelque mesure, comme elle dit. Combien je vous envie ce glorieux fardeau, et combien je voudrais le partager avec vous ! Il faut que vous me trouviez quelque moyen de gagner un peu d’argent, afin que je puisse faire quelque chose dans le naufrage de la famille, ne serait-ce que fournir une planche. »
Tout ce qui était mortel de Samuel Wesley fut déposé dans le cimetière d’Epworth, et sur ses restes on plaça une dalle de grès, soutenue par une maçonnerie de briques et portant gravée à sa surface une épitaphe écrite par sa veuve. Celle-ci fut regravée et réparée en 1819 par le docteur Adam Clarke, et en 1872 la tombe fut entièrement restaurée par une dame habitant Epworth.
Chapitre 13 terminé
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