Chapitre 99 · 25 min de lecture · 33 min d’écoute
De la visite des malades
Sermon 98
De la visite des malades
« J’étais malade, et vous m’avez visité. »
Matthieu 25:36
1. On suppose généralement que les moyens de grâce et les ordonnances de Dieu sont des termes équivalents. Nous entendons d’ordinaire par cette expression ce qu’on appelle communément les œuvres de piété : à savoir, entendre et lire l’Écriture, recevoir la sainte cène, la prière publique et particulière, et le jeûne. Et il est certain que ce sont là les canaux ordinaires qui portent la grâce de Dieu aux âmes des hommes. Mais sont-ce les seuls moyens de grâce ? N’y a-t-il pas d’autres moyens que ceux-là, par lesquels il plaît à Dieu, fréquemment, bien plus, ordinairement, de communiquer sa grâce à ceux qui l’aiment ou qui le craignent ? Assurément il y a des œuvres de miséricorde, aussi bien que des œuvres de piété, qui sont de vrais moyens de grâce. Elles le sont plus particulièrement pour ceux qui les accomplissent avec un œil simple. Et ceux qui les négligent ne reçoivent pas la grâce qu’ils pourraient recevoir sans cela. Bien plus, ils perdent, par une négligence continuelle, la grâce qu’ils avaient reçue. N’est-ce pas de là que beaucoup, qui furent autrefois forts dans la foi, sont maintenant faibles et sans courage ? Et pourtant ils ne sentent pas d’où vient cette faiblesse, puisqu’ils ne négligent aucune des ordonnances de Dieu. Mais ils pourraient voir d’où elle vient, s’ils considéraient sérieusement ce que saint Paul dit de tous les vrais croyants : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. » (Éphésiens 2:10.)
2. Les pratiquer est essentiellement nécessaire, tant pour la persévérance dans cette foi par laquelle nous sommes déjà sauvés par grâce, que pour l’obtention du salut éternel. Nous n’en pouvons douter, si nous considérons sérieusement que ce sont les paroles mêmes du grand Juge : « Venez, enfants bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. » (Matthieu 25:34.) « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » Si cela ne vous convainc pas que la persévérance dans les œuvres de miséricorde est nécessaire au salut, considérez ce que le Juge de tous dit à ceux qui sont à sa gauche : « Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. Toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. » Vous le voyez, ne fût-ce que pour cela seul, ils doivent « se retirer » de Dieu pour aller « au châtiment éternel ».
3. N’est-il pas étrange que cette importante vérité soit si peu comprise, ou du moins qu’elle influe si peu sur la conduite de ceux qui craignent Dieu ? Supposez que ce tableau soit vrai, supposez que le Juge de toute la terre parle juste : ceux-là, et ceux-là seuls, qui nourrissent ceux qui ont faim, donnent à boire à ceux qui ont soif, vêtent ceux qui sont nus, secourent l’étranger, visitent ceux qui sont en prison, selon leur pouvoir et l’occasion, « prendront possession du royaume éternel ». Et ceux qui ne le font pas devront s’en aller « dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ».
4. Je me propose, pour le présent, de borner mon discours à l’un de ces articles, — la visite des malades : devoir clair, que tous ceux qui sont en santé peuvent pratiquer à un degré plus ou moins élevé, et qui pourtant est presque universellement négligé, même par ceux qui font profession d’aimer Dieu. Et à ce sujet je voudrais rechercher :
I. Ce qu’implique la visite des malades ?
II. Comment il faut s’en acquitter ? — Et,
III. Par qui ?
I. Je voudrais d’abord rechercher quelle est la nature de ce devoir. Qu’est-ce qu’implique « visiter les malades » ?
1. Par les malades, je n’entends pas seulement ceux qui gardent le lit, ou qui sont malades au sens le plus strict. J’y comprendrais plutôt tous ceux qui sont dans un état d’affliction, soit d’esprit, soit de corps ; et cela, qu’ils soient bons ou méchants, qu’ils craignent Dieu ou non.
2. « Mais est-il nécessaire de les visiter en personne ? Ne pouvons-nous pas les secourir à distance ? Ne revient-il pas au même de leur envoyer du secours que de le leur porter nous-mêmes ? » Beaucoup sont dans une situation telle qu’ils ne peuvent se rendre en personne auprès des malades ; et là où c’est réellement le cas, il leur suffit sans doute d’envoyer du secours, puisque c’est le seul expédient dont ils puissent user. Mais ce n’est pas proprement visiter les malades ; c’est autre chose. Le mot que nous rendons par visiter, dans son acception littérale, signifie regarder. Et cela, vous le savez bien, ne peut se faire à moins que vous ne soyez présents auprès d’eux. Leur envoyer de l’assistance est donc une chose entièrement différente de les visiter. Il faut donc faire l’une, mais ne pas laisser l’autre.
« Mais j’envoie un médecin à ceux qui sont malades ; et il peut leur faire plus de bien que moi. » Il le peut, à un certain égard ; il peut leur faire plus de bien quant à leur santé corporelle. Mais il ne peut leur faire plus de bien quant à leur âme, qui est d’une importance infiniment plus grande. Et quand il le pourrait, cela ne vous excuserait pas : sa visite n’accomplirait pas votre devoir. Elle ne vous ferait pas non plus le même bien à vous, à moins que vous ne les voyiez de vos propres yeux. Si vous ne le faites pas, vous perdez un moyen de grâce ; vous perdez un excellent moyen d’accroître votre reconnaissance envers Dieu, qui vous préserve de cette douleur et de cette maladie, et qui vous conserve la santé et les forces ; aussi bien que d’accroître votre compassion pour les affligés, votre bienveillance, et toutes les affections sociales.
3. L’une des grandes raisons pour lesquelles les riches, en général, ont si peu de compassion pour les pauvres, c’est qu’ils les visitent si rarement. De là vient que, selon l’observation commune, une moitié du monde ne sait pas ce que souffre l’autre. Beaucoup d’entre eux ne le savent pas, parce qu’ils ne se soucient pas de le savoir : ils se tiennent à l’écart de ce qui pourrait le leur apprendre ; et puis ils allèguent leur ignorance volontaire comme excuse de leur dureté de cœur. « En vérité, monsieur, disait une personne de grande fortune, je suis un homme très compatissant. Mais, à vous dire vrai, je ne connais personne au monde qui soit dans le besoin. » Comment cela s’est-il fait ? Eh bien, il prenait grand soin de se tenir à l’écart de leur chemin ; et s’il tombait par mégarde sur l’un d’eux, « il passa outre ».
4. Combien contraires à cela sont l’esprit et la conduite des personnes mêmes du plus haut rang dans une nation voisine ! À Paris, des dames de la première qualité, bien plus, des princesses du sang, de la famille royale, visitent constamment les malades, particulièrement les patients du Grand Hôpital. Et non seulement elles ont soin de pourvoir à leurs besoins (s’ils ont besoin de quelque chose de plus que ce qui leur est fourni), mais elles les assistent à leur lit de malade, pansent leurs plaies, et leur rendent les plus humbles services. Voilà un modèle pour les Anglais, pauvres ou riches, humbles ou honorables ! Depuis bien des années, nous avons abondamment copié les folies des Français ; copions pour une fois leur sagesse et leur vertu, dignes d’être imitées du monde chrétien tout entier. Que les dames de qualité, ou même les comtesses d’Angleterre, n’aient pas honte d’imiter ces princesses du sang ! Voilà une mode qui fait honneur à la nature humaine. Elle a commencé en France ; mais à Dieu ne plaise qu’elle y finisse !
5. Et si votre délicatesse ne vous permet pas d’imiter ces dames vraiment honorables, en vous abaissant de la manière dont elles le font, en rendant aux malades les plus humbles services, vous pouvez cependant, sans vous humilier jusque-là, leur fournir tout ce dont ils ont besoin. Et vous pouvez leur porter un secours d’une espèce plus excellente, en pourvoyant à leurs besoins spirituels ; en les instruisant (s’ils ont besoin d’une telle instruction) des premiers principes de la religion ; en vous efforçant de leur montrer l’état dangereux où ils se trouvent, sous la colère et la malédiction de Dieu, à cause du péché ; et en leur montrant « l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde ». Outre cette instruction générale, vous pourriez avoir d’abondantes occasions de consoler ceux qui sont dans la douleur du corps ou la détresse de l’esprit ; vous pourriez trouver des occasions de fortifier ceux qui sont abattus, de ranimer ceux qui sont las et défaillants ; et d’édifier ceux qui ont cru, et de les encourager à « tendre à ce qui est parfait ». Mais ces choses, il faut que vous les fassiez en personne ; vous voyez qu’elles ne peuvent se faire par procuration. Ou bien, supposez que vous puissiez procurer aux malades le même soulagement par un autre, vous ne pourriez en retirer pour vous-même le même avantage ; vous ne pourriez gagner cet accroissement d’humilité, de patience, de tendresse d’esprit, de compassion pour les affligés, que vous auriez pu gagner si vous les aviez assistés en personne. Vous ne recevriez pas non plus la même récompense à la résurrection des justes, quand « chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail ».
II. 1. Je passe à la recherche du second point : Comment devons-nous les visiter ? De quelle manière ce travail d’amour peut-il être accompli le plus efficacement ? Comment pouvons-nous le faire le plus à la gloire de Dieu et pour le bien de notre prochain ? Mais avant même d’entreprendre l’œuvre, vous devriez être profondément convaincus que vous n’y êtes nullement suffisants ; que vous n’avez ni assez de grâce, ni assez d’intelligence, pour l’accomplir de la manière la plus excellente. Et cela vous convaincra de la nécessité de recourir au Fort pour avoir de la force, et de fuir vers le Père des lumières, le Donateur de tout bon don, pour avoir la sagesse ; vous souvenant toujours qu’« il y a dans l’homme un esprit qui donne la sagesse, et que l’inspiration du Saint donne l’intelligence ». Toutes les fois donc que vous êtes sur le point d’entreprendre l’œuvre, cherchez son secours par une prière fervente. Criez à lui pour avoir tout l’esprit d’humilité, de peur que, si l’orgueil se glisse dans votre cœur, si vous vous attribuez quoi que ce soit, en vous efforçant de sauver les autres vous ne perdiez votre propre âme. Avant l’œuvre et pendant l’œuvre, du commencement à la fin, que votre cœur s’attende à lui pour recevoir sans cesse la douceur et la bonté, la patience et la longanimité, afin que vous ne soyez jamais irrités ni découragés, quel que soit le traitement, rude ou doux, bienveillant ou malveillant, que vous puissiez rencontrer. Ne vous laissez pas émouvoir par l’ignorance profonde des uns, par la lourdeur, par l’étonnante stupidité des autres ; ne vous étonnez pas de leur humeur chagrine ou de leur obstination, de ce qu’ils ne profitent pas après toute la peine que vous avez prise ; bien plus, de ce que quelques-uns retournent à la perdition et deviennent pires qu’ils n’étaient auparavant. Malgré tout, votre droit est auprès du Seigneur, et votre récompense auprès du Très-Haut.
2. Quant à la méthode particulière de traiter les malades, vous n’avez pas besoin de vous astreindre à aucune, mais vous pouvez varier continuellement votre manière de procéder selon que des circonstances diverses l’exigeront. Mais il ne sera pas mal, d’ordinaire, de commencer par vous informer de leur condition extérieure. Vous pouvez demander s’ils ont le nécessaire de la vie ; s’ils ont assez de nourriture et de vêtements ; si le temps est froid, s’ils ont du combustible ; s’ils ont les soins nécessaires ; s’ils ont les conseils qu’il faut quant à leur mal corporel, surtout s’il est d’une nature dangereuse. À plusieurs de ces égards, vous pourrez peut-être leur donner vous-mêmes quelque assistance ; et vous pourrez engager ceux qui en ont plus le moyen que vous à suppléer à ce qui manque à votre service. Vous pourriez dire avec raison dans votre propre cas : « Mendier? J’en ai honte. » Mais n’ayez jamais honte de mendier pour les pauvres ; bien plus, en ce cas, soyez un mendiant importun ; n’acceptez pas facilement un refus. Employez toute l’adresse, toute l’intelligence, toute l’influence que vous avez ; vous confiant en même temps en celui qui tient dans ses mains le cœur de tous les hommes.
3. Vous discernerez alors facilement s’il y a quelque bon office que vous puissiez leur rendre de vos propres mains. À vrai dire, la plupart des choses qu’il faut faire, ceux qui les entourent peuvent les faire mieux que vous. Mais en quelques-unes vous pouvez avoir plus d’habileté ou plus d’expérience qu’eux ; et si vous en avez, que ni la délicatesse ni l’honneur ne vous arrêtent. Souvenez-vous de sa parole : « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous les avez faites » ; et ne trouvez rien de trop bas à faire pour lui. Réjouissez-vous d’être abaissés pour l’amour de lui !
4. Ces petits travaux d’amour vous ouvriront la voie à des choses d’une plus grande importance. Ayant montré que vous avez égard à leur corps, vous pouvez passer à vous informer de leur âme. Et ici vous avez un vaste champ devant vous ; vous avez de quoi exercer tous les talents que Dieu vous a donnés. Ne pourriez-vous pas commencer par demander : « Avez-vous jamais considéré que Dieu gouverne le monde ; — que sa providence est sur tous, et sur vous en particulier ? — Vous arrive-t-il donc quelque chose sans qu’il le sache, — ou sans qu’il le destine à votre bien ? Il connaît tout ce que vous souffrez ; il connaît toutes vos douleurs ; il voit tous vos besoins. Il ne voit pas seulement votre affliction en général, mais chacune de ses circonstances particulières. Ne regarde-t-il pas du haut du ciel, disposant toutes ces choses pour votre profit ? » Vous pouvez ensuite rechercher s’il connaît les principes généraux de la religion. Et après cela, examinez avec amour et avec douceur si sa vie y a été conforme : s’il a été un pécheur extérieur et sans pudeur, ou s’il a eu une forme de religion. Voyez ensuite s’il connaît quelque chose de la puissance ; de l’adoration de Dieu « en esprit et en vérité ». S’il ne la connaît pas, efforcez-vous de lui expliquer que « sans la sainteté personne ne verra le Seigneur » ; et que « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Quand il commence à comprendre la nature de la sainteté et la nécessité de la nouvelle naissance, alors vous pouvez le presser de se tourner vers « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ ».
5. Quand vous en trouvez quelques-uns qui commencent à craindre Dieu, il sera à propos de leur donner, l’un après l’autre, quelques traités simples, comme les « Instructions pour les chrétiens », « Réveille-toi, toi qui dors », et la « Nature et dessein du christianisme ». À la visite suivante, vous pouvez vous informer de ce qu’ils ont lu, — de ce dont ils se souviennent, — et de ce qu’ils comprennent. Et ce sera alors le moment d’appuyer sur ce qu’ils comprennent, et, s’il est possible, de l’imprimer dans leur cœur. Ne manquez pas de terminer chaque entrevue par la prière. Si vous ne pouvez pas encore prier sans formulaire, vous pouvez vous servir de quelques-unes des prières composées par M. Spinckes, ou par tout autre écrivain pieux. Mais plus tôt vous surmonterez cette timidité, mieux cela vaudra. Demandez-le à Dieu, et il vous ouvrira la bouche.
6. Avec les leçons plus importantes que vous vous efforcez d’enseigner à tous les pauvres que vous visitez, ce serait un acte de charité de leur enseigner deux choses de plus, qu’ils connaissent généralement peu, — l’activité et la propreté. Un homme pieux a dit : « La propreté est voisine de la piété. » En effet, le manque de propreté est un scandale pour toute religion ; il fait que la voie de la vérité est calomniée. Et sans l’activité, nous ne sommes propres ni à ce monde, ni au monde à venir. À l’égard de l’une et de l’autre : « Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le. »
III. 1. Le troisième point à considérer est : Par qui ce devoir doit-il être accompli ? La réponse est toute prête : par tous ceux qui désirent « prendre possession du royaume » de leur Père, qui leur a été « préparé dès la fondation du monde ». Car ainsi parle le Seigneur : « Venez, vous qui êtes bénis ; — prenez possession du royaume ; — car j’étais malade, et vous m’avez visité. » Et à ceux qui sont à sa gauche : « Retirez-vous de moi, maudits ; — car j’étais malade, et vous ne m’avez pas visité. » Cela n’implique-t-il pas clairement que, comme tous ceux qui font cela sont « bénis », et « prendront possession du royaume », ainsi tous ceux qui ne le font pas sont « maudits », et devront s’en aller « dans le feu éternel » ?
2. Tous ceux donc qui désirent échapper au feu éternel et prendre possession du royaume éternel sont également tenus, selon leur pouvoir, de pratiquer cet important devoir. Il incombe également aux jeunes et aux vieux, aux riches et aux pauvres, aux hommes et aux femmes, selon leurs moyens. Nul n’est si jeune, s’il désire sauver sa propre âme, qu’il soit dispensé d’assister son prochain. Nul n’est si pauvre (à moins qu’il ne manque du nécessaire de la vie) qu’il ne soit appelé à faire quelque chose, plus ou moins, dans tout le temps dont il peut disposer, pour le soulagement et la consolation de ses compagnons de souffrance affligés.
3. Mais ceux qui sont « riches du présent siècle », qui ont plus que les commodités de la vie, sont particulièrement appelés de Dieu à cette œuvre bénie, et y sont désignés par sa providence miséricordieuse. Comme vous n’êtes pas dans la nécessité de travailler pour votre pain, vous avez votre temps à votre disposition ! Vous pouvez donc en consacrer chaque jour une partie à ce travail d’amour. Si la chose est praticable, il est de beaucoup le meilleur d’avoir une heure fixe (car n’importe quand, dit-on, c’est jamais ;) et de ne pas employer ce temps à aucune autre affaire, sans une nécessité pressante. Vous avez aussi sur beaucoup un avantage particulier, par votre situation dans le monde. Étant supérieurs à eux par le rang, vous avez pour cette raison même plus d’influence. Vos inférieurs, naturellement, lèvent les yeux vers vous avec une sorte de respect. Et la condescendance que vous montrez en les visitant leur donne une prévention en votre faveur, qui les dispose à vous écouter avec attention et à recevoir volontiers ce que vous dites. Mettez à profit cette prévention jusqu’au bout pour le bien de leurs âmes aussi bien que de leurs corps. Tandis que vous êtes l’œil de l’aveugle et le pied du boiteux, un mari pour la veuve et un père pour l’orphelin, veillez à toujours garder en vue une fin plus haute, savoir le salut des âmes, pour les arracher à la mort, et à travailler pour que tout ce que vous dites et faites serve à cette grande fin.
4. « Mais les pauvres eux-mêmes ont-ils quelque part ou quelque lot dans cette affaire ? Sont-ils concernés en quelque manière par la visite des malades ? Que peuvent-ils donner aux autres, eux qui ont à peine pour eux-mêmes les commodités, ou peut-être le nécessaire, de la vie ? » S’ils ne l’ont pas, ils n’ont pourtant pas besoin d’être entièrement exclus de la bénédiction qui accompagne la pratique de ce devoir. Ceux-là mêmes peuvent se souvenir de cette excellente règle : « Que nos commodités cèdent aux nécessités de notre prochain ; et nos nécessités, aux extrémités de notre prochain. » Et il en est peu de si pauvres qu’ils ne puissent quelquefois donner « deux petites pièces » ; mais s’ils ne le peuvent pas, s’ils n’ont point d’argent à donner, ne peuvent-ils pas donner ce qui a plus de valeur ? Oui, plus de valeur que des milliers de pièces d’or et d’argent. Si vous parlez « au nom de Jésus-Christ de Nazareth », les paroles que vous prononcez ne peuvent-elles pas être la santé de l’âme et la moelle des os ? Ne pouvez-vous rien leur donner ? Bien au contraire, en leur dispensant la grâce de Dieu, vous leur donnez plus que ne vaut le monde entier. Va, va, pauvre disciple d’un pauvre Maître ! Fais comme il fit aux jours de sa chair ! Toutes les fois que tu en as l’occasion, va de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui sont sous l’empire du diable ; encourage-les à secouer ses chaînes, et à fuir sans délai vers Celui
Qui rend la liberté aux captifs, et brise
Le joug de fer qui pèse sur leur cou.
Par-dessus tout, donnez-leur vos prières. Priez avec eux ; priez pour eux ; et qui sait si vous ne sauverez pas leur âme et ne la ferez pas vivre ?
5. Vous qui êtes vieux, dont les pieds sont près de heurter contre les montagnes de la nuit, ne pouvez-vous pas faire encore un peu de bien avant de vous en aller et de n’être plus ? Oh ! souvenez-vous,
Qu’il est temps de vivre, si vous vieillissez,
De tirer le meilleur d’un reste de vie,
Et de jouer sagement la dernière mise !
Comme vous avez vécu de nombreuses années, on peut espérer que vous avez acquis des connaissances qui peuvent être utiles aux autres. Vous avez certainement une plus grande connaissance des hommes, qui s’apprend d’ordinaire par une expérience chèrement payée. Avec ce qu’il vous reste de forces, employez les quelques moments dont vous pouvez disposer à servir ceux qui sont plus faibles que vous. Vos cheveux blancs ne manqueront pas de vous donner de l’autorité, et d’ajouter du poids à ce que vous dites. Vous pourrez souvent leur dire, pour éveiller leur attention :
Crois-moi, jeunesse ; car je suis savant en soucis,
Et je gémis sous le poids de plus de soixante années.
Vous avez souvent souffert vous-mêmes ; peut-être souffrez-vous encore. Donnez-leur d’autant plus toute l’assistance que vous pouvez, tant pour leur âme que pour leur corps, avant qu’eux et vous ne vous en alliez au lieu d’où vous ne reviendrez plus.
6. D’autre part, vous qui êtes jeunes, vous avez plusieurs avantages qui vous sont presque particuliers. Vous avez généralement une abondance d’ardeur et une vivacité d’humeur qui, par la grâce de Dieu, vous rendent disposés à entreprendre et capables d’accomplir beaucoup de bonnes œuvres devant lesquelles d’autres se décourageraient. Et vous avez la santé et la force du corps, qui vous rendent éminemment propres à assister les malades et ceux qui n’ont point de force. Vous êtes capables de prendre et de porter les croix qu’on peut s’attendre à trouver sur le chemin. Employez donc toute la vigueur de votre corps et de votre esprit à servir vos frères affligés. Et bénissez Dieu de ce que vous l’avez pour l’employer à un service si honorable ; semblables à ces « serviteurs » célestes « qui font sa volonté », en servant continuellement les héritiers du salut.
7. « Mais les femmes ne peuvent-elles pas, aussi bien que les hommes, prendre part à ce service honorable ? » Sans aucun doute, elles le peuvent ; bien plus, elles le doivent ; cela est convenable, juste, et c’est leur devoir obligé. Il n’y a en cela aucune différence : « il n’y a plus ni homme ni femme en Jésus-Christ ». À vrai dire, beaucoup tiennent depuis longtemps pour une maxime que « les femmes doivent seulement être vues, et non entendues ». Et en conséquence beaucoup d’entre elles sont élevées comme si elles n’étaient destinées qu’à être d’agréables jouets ! Mais est-ce là faire honneur au sexe ? ou est-ce une véritable bonté envers elles ? Non ; c’est la plus profonde dureté ; c’est une horrible cruauté ; c’est une pure barbarie turque. Et je ne sais comment une femme de sens et de caractère peut s’y soumettre. Que toutes celles d’entre vous qui en ont le pouvoir revendiquent le droit que le Dieu de la nature vous a donné. Ne cédez pas plus longtemps à cette vile servitude. Vous êtes, aussi bien que les hommes, des créatures raisonnables. Vous avez, comme eux, été faites à l’image de Dieu ; vous êtes également candidates à l’immortalité ; vous aussi, vous êtes appelées de Dieu, selon que vous en avez le temps, à « pratiquer le bien envers tous ». Ne « résistez point à la vocation céleste ». Toutes les fois que vous en avez l’occasion, faites tout le bien que vous pouvez, particulièrement à votre pauvre prochain malade. Et chacune de vous aussi « recevra sa propre récompense selon son propre travail ».
8. On sait bien que, dans l’Église primitive, il y avait
des femmes spécialement établies pour cette œuvre. À vrai dire, il y en avait une ou plusieurs dans chaque assemblée chrétienne sous le ciel. On les appelait alors diaconesses, c’est-à-dire servantes ; servantes de l’Église et de son grand Maître. Telle était Phœbé (mentionnée par saint Paul, Romains 16:1), « diaconesse de l’Église de Cenchrées ». Il est vrai que la plupart d’entre elles étaient des femmes âgées et bien expérimentées dans l’œuvre de Dieu. Mais les jeunes étaient-elles entièrement exclues de ce service ? Non : et elles n’ont pas besoin de l’être, pourvu qu’elles sachent en qui elles ont cru, et qu’elles montrent qu’elles sont saintes de cœur en étant saintes dans toute leur conduite. Telle était, si elle répondait à son portrait, la Miranda de M. Law, une diaconesse de cette sorte. Quelqu’un trouverait-il à redire à ce qu’elle visitât et secourût les malades et les pauvres, parce qu’elle était une femme, et, qui plus est, une jeune femme ? Quelques-unes d’entre vous, qui êtes jeunes, désirent-elles marcher sur ses traces ? Avez-vous une figure agréable, des manières aimables ? Tant mieux, si vous êtes entièrement consacrées à Dieu. Il se servira de ces dons, si votre œil est simple, pour que vos paroles pénètrent plus profondément. Et tandis que vous servez les autres, combien de bénédictions peuvent rejaillir dans votre propre sein ! Par là, votre légèreté naturelle pourra être détruite ; votre goût pour les bagatelles guéri ; vos dispositions mauvaises corrigées ; vos mauvaises habitudes affaiblies jusqu’à ce qu’elles soient déracinées ; et vous serez préparées à faire honorer en tout la doctrine de Dieu notre Sauveur dans toutes les situations futures de votre vie. Seulement, soyez très sur vos gardes, si vous visitez des personnes de l’autre sexe ou si vous vous entretenez avec elles, de peur que vos affections ne s’engagent, d’un côté ou de l’autre, et que vous ne trouviez ainsi une malédiction au lieu d’une bénédiction.
9. Puisque c’est donc là un devoir auquel nous sommes appelés, riches et pauvres, jeunes et vieux, hommes et femmes (et il serait bon que les parents y formassent leurs enfants, aussi bien qu’à dire leurs prières et à aller à l’église), qu’il suffise du temps passé où presque tous, nous l’avons négligé, comme d’un consentement général. Oh ! quel besoin chacun de nous n’a-t-il pas de dire : « Seigneur, pardonne-moi mes péchés d’omission ! » Eh bien, au nom de Dieu, mettons-nous-y dès aujourd’hui d’un consentement général. Et, je vous en prie, que jamais il ne vous sorte de l’esprit que c’est un devoir que vous ne pouvez accomplir par procuration ; sauf dans un seul cas, — sauf si vous en êtes empêchés par votre propre douleur ou votre propre faiblesse. Dans ce seul cas, il suffit d’envoyer le secours que vous donneriez autrement. Commencez, mes chers frères, commencez maintenant ; sinon l’impression que vous ressentez à présent s’effacera, et peut-être ne reviendra-t-elle jamais ! Quelle en sera alors la conséquence ? Au lieu d’entendre cette parole : « Venez, vous qui êtes bénis ! — Car j’étais malade, et vous m’avez visité », il vous faudra entendre cette terrible sentence : « Retirez-vous de moi, maudits ! — Car j’étais malade, et vous ne m’avez pas visité ! »
Chapitre 99 terminé
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