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De l’obéissance aux pasteurs

Chapitre 98 · 20 min de lecture · 26 min d’écoute

De l’obéissance aux pasteurs

Sermon 97

De l’obéissance aux pasteurs

« Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la déférence, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte; qu’il en soit ainsi, afin qu’ils le fassent avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait d’aucun avantage. »

Hébreux 13:17

1. Il en est extrêmement peu, non seulement parmi les chrétiens de nom, mais parmi les hommes vraiment religieux, qui aient une idée claire de l’importante doctrine que l’apôtre enseigne ici. Un très grand nombre n’y pensent guère, et savent à peine qu’il y a dans la Bible une telle prescription. Et la plupart de ceux qui savent qu’elle y est, et s’imaginent la suivre, ne la comprennent pas, mais penchent trop ou à droite ou à gauche, vers l’un ou l’autre extrême. On sait jusqu’à quel point extravagant les catholiques romains, en général, poussent cette prescription. Beaucoup d’entre eux croient qu’une foi implicite est due aux doctrines enseignées par ceux qui les gouvernent, et qu’une obéissance implicite doit être rendue à tous les ordres qu’ils donnent : et plusieurs hommes éminents de l’Église d’Angleterre n’en ont guère exigé moins ; quoiqu’il soit vrai que le commun des protestants est enclin à courir à l’autre extrême, ne laissant à leurs pasteurs aucune autorité, et faisant d’eux à la fois les créatures et les serviteurs de leurs assemblées. Et il en est un très grand nombre, dans notre propre Église, qui s’accordent avec eux sur ce point, supposant que les pasteurs dépendent entièrement du peuple, lequel, à leur avis, a le droit de diriger ses ministres aussi bien que de les choisir.

2. Mais n’est-il pas possible de trouver un milieu entre ces deux extrêmes ? Y a-t-il quelque nécessité pour nous de tomber dans l’un ou dans l’autre ? Si nous mettons hors de question les lois humaines, et que nous nous attachions simplement aux oracles de Dieu, nous pourrons certainement découvrir un chemin moyen dans cette importante matière. Pour y parvenir, examinons avec soin les paroles de l’apôtre citées plus haut. Considérons,

I. Qui sont les personnes dont il est parlé dans le texte, ceux « qui nous gouvernent » ?

II. Qui sont ceux à qui l’apôtre prescrit de leur « obéir et de se soumettre » ?

III. Quel est le sens de cette prescription ? En quel sens doivent-ils leur « obéir et se soumettre » ? Je m’efforcerai ensuite de faire de l’ensemble une application convenable.

I. 1. Considérons d’abord qui sont les personnes dont il est parlé dans le texte, « ceux qui vous gouvernent ». — Je ne pense pas que les paroles de l’apôtre soient bien traduites ; car cette traduction fait de la phrase guère mieux qu’une tautologie. S’ils « vous gouvernent », vous êtes certainement gouvernés par eux ; de sorte que, selon cette traduction, il vous est seulement enjoint de faire ce que vous faites déjà, — d’obéir à ceux à qui vous obéissez. Mais il y a un autre sens du mot grec, qui semble beaucoup plus juste : il signifie conduire, aussi bien que gouverner. Et c’est ainsi, semble-t-il, qu’il faut le prendre ici. La prescription, appliquée alors à nos conducteurs spirituels, est claire et pertinente.

2. Cette interprétation semble confirmée par le septième verset, qui fixe le sens de celui-ci : « Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu. » L’apôtre montre ici, par la dernière partie de la phrase, qui il entendait dans la première. Ceux qui « étaient au-dessus d’eux » étaient les mêmes personnes « qui leur avaient annoncé la parole de Dieu » ; c’est-à-dire qu’ils étaient leurs pasteurs, ceux qui conduisaient et nourrissaient cette partie du troupeau de Christ.

3. Mais par qui ces conducteurs doivent-ils être établis ? Et que sont-ils censés faire pour avoir droit à l’obéissance qui est ici prescrite ?

On a écrit des volumes et des volumes sur cette question épineuse : Par qui les conducteurs des âmes doivent-ils être établis ? Je n’ai nullement l’intention d’entrer ici dans la dispute touchant le gouvernement de l’Église ; ni de débattre s’il est avantageux ou préjudiciable aux intérêts de la vraie religion que l’Église et l’État soient confondus ensemble, comme ils l’ont été depuis le temps de Constantin dans toutes les parties de l’Empire romain où le christianisme a été reçu. Laissant de côté tous ces points (qui peuvent donner assez d’occupation aux hommes qui ont du loisir en abondance), par « ceux qui vous conduisent » j’entends ceux qui le font, sinon par votre choix, du moins avec votre consentement ; ceux que vous acceptez volontairement pour vos conducteurs sur le chemin du ciel.

4. Mais que sont-ils censés faire pour avoir droit à l’obéissance ici prescrite ?

Ils sont censés marcher devant le troupeau (comme c’est encore aujourd’hui la coutume des bergers d’Orient), et le conduire dans toutes les voies de la vérité et de la sainteté ; ils doivent « le nourrir des paroles de la vie éternelle » ; le nourrir du « lait spirituel et pur » de la Parole ; l’appliquant continuellement « pour enseigner », leur enseignant toutes les doctrines essentielles qu’elle contient ; « pour convaincre », les avertissant s’ils se détournent du chemin, à droite ou à gauche ; — « pour corriger », leur montrant comment réparer ce qui est mal, et les ramenant dans le chemin de la paix ; — et « pour instruire dans la justice », les formant à la sainteté intérieure et extérieure, « jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ ».

5. Ils sont censés « veiller sur vos âmes comme devant en rendre compte ». « Comme devant en rendre compte ! » Combien ces paroles sont indiciblement solennelles et redoutables ! Que Dieu les écrive sur le cœur de tout conducteur des âmes !

« Ils veillent », éveillés tandis que d’autres dorment, sur le troupeau de Christ ; sur les âmes qu’il a achetées à un grand prix, qu’il s’est acquises par son propre sang. Ils les portent dans leur cœur jour et nuit, ne faisant cas ni du sommeil ni de la nourriture en comparaison d’elles. Même quand ils dorment, leur cœur veille, plein de sollicitude pour leurs enfants bien-aimés. « Ils veillent » avec un profond sérieux, avec une gravité sans interruption, avec un soin, une patience et une diligence infatigables, comme devant rendre compte de chaque âme en particulier à celui qui se tient à la porte, — au Juge des vivants et des morts.

II. 1. Nous avons, en second lieu, à considérer qui sont ceux à qui l’apôtre prescrit d’obéir à ceux qui les gouvernent. Et pour le déterminer avec certitude et clarté, nous n’en appellerons pas aux institutions humaines, mais simplement (comme en répondant à la question précédente) à la décision que nous en trouvons dans les oracles de Dieu. À vrai dire, nous n’avons guère besoin d’aller un pas plus loin que le texte lui-même. Seulement, il peut être à propos d’écarter d’abord du chemin quelques opinions populaires qu’on a presque partout tenues pour accordées, mais qui ne peuvent en aucune manière être prouvées.

2. On suppose d’ordinaire, premièrement, que l’apôtre prescrit ici aux paroissiens d’obéir et de se soumettre au ministre de leur paroisse. Mais quelqu’un peut-il apporter de l’Écriture sainte la moindre ombre de preuve en faveur de cela ? Où est-il écrit que nous soyons tenus d’obéir à un ministre parce que nous habitons dans ce qu’on appelle sa paroisse ? « Si fait, dites-vous, nous sommes tenus d’être soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes. » C’est vrai, dans toutes les choses indifférentes ; mais celle-ci ne l’est pas ; elle en est extrêmement loin. Il est loin de m’être indifférent de savoir qui est le conducteur de mon âme. Je n’ose pas recevoir pour mon guide vers le ciel un homme qui est lui-même sur le grand chemin de l’enfer. Je n’ose pas prendre pour berger un loup qui n’a pas même de vêtements de brebis ; qui est un jureur ordinaire, un ivrogne déclaré, un profanateur notoire du sabbat. Et tels sont (tant pis pour la honte, et tant pis pour la pitié !) beaucoup de ministres de paroisse à l’heure qu’il est.

3. « Mais n’êtes-vous pas, à proprement parler, membres de l’assemblée à laquelle appartiennent vos parents ? » Je ne crois pas l’être ; je ne connais aucun passage de l’Écriture qui m’y oblige. Je dois toute déférence aux ordres de mes parents, et je leur obéis volontiers en toutes choses permises. Mais il n’est pas permis de les appeler Rabbi ; c’est-à-dire de les croire ou de leur obéir implicitement. Chacun doit rendre compte à Dieu pour lui-même. C’est pourquoi chaque homme doit juger par lui-même ; surtout sur un point d’une aussi profonde importance que celui-ci, — le choix d’un conducteur pour son âme.

4. Mais nous pouvons régler cette affaire en peu de mots en recourant aux termes mêmes du texte. Ceux qui se sont volontairement attachés à un pasteur répondant à la description qui y est donnée ; à des pasteurs qui, en fait, « veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte » ; qui « les nourrissent des paroles de la vie éternelle » ; qui les nourrissent comme du « lait spirituel et pur » de la Parole, et qui le leur appliquent constamment « pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » ; — tous ceux qui ont trouvé et choisi des conducteurs de ce caractère, de cet esprit et de cette conduite, sont indubitablement requis par l’apôtre de leur « obéir et de se soumettre » à eux.

III. 1. Mais quel est le sens de cette prescription ? C’est ce qui reste à considérer. En quel sens, et jusqu’où, l’apôtre leur prescrit-il d’« obéir et de se soumettre » à leurs conducteurs spirituels ?

Si nous faisons attention au sens propre des deux mots qu’emploie ici l’apôtre, nous pourrons remarquer que le premier, peithesthe (de peitho, persuader), se rapporte à l’intelligence, et le second, hypeikete, à la volonté et à la conduite extérieure. Commençons par le premier. Quelle influence nos conducteurs spirituels doivent-ils avoir sur notre intelligence ! Nous n’osons pas plus appeler nos pères spirituels Rabbi que les pères de notre chair. Nous n’osons pas plus accorder une foi implicite aux premiers qu’aux seconds. En ce sens, un seul est notre Maître (ou plutôt notre Docteur), celui qui est dans les cieux. Mais toute soumission, même de notre intelligence, qui demeure en deçà de cela, nous pouvons, que dis-je, nous devons la leur accorder.

2. Pour expliquer ceci un peu plus loin. Saint Jacques emploie un mot étroitement apparenté au premier de ceux-là : « La sagesse d’en haut est, eupeithes, facile à convaincre, ou à persuader. » Or, si nous devons avoir et montrer cette sagesse envers tous les hommes, nous devons l’avoir à un degré plus éminent, et la montrer en toute occasion, envers ceux qui « veillent sur nos âmes ». À leur égard, plus qu’à l’égard de tous les autres hommes, nous devrions être « faciles à fléchir » ; faciles à convaincre de toute vérité, et faciles à persuader de toute chose qui n’est pas un péché.

3. Un mot d’une signification à peu près semblable à celui-ci est fréquemment employé par saint Paul, à savoir epieikes. Dans notre traduction, il est plus d’une fois rendu par doux. Mais peut-être pourrait-on le rendre plus exactement (si l’on permet le mot) par cédant ; prêt à céder, à renoncer à notre propre volonté en toute chose qui n’est pas un point de devoir. Cette aimable disposition, tout vrai chrétien la possède, et la montre dans ses rapports avec tous les hommes. Mais il la montre d’une manière particulière envers ceux qui veillent sur son âme. Il n’est pas seulement disposé à recevoir d’eux toute instruction, à être convaincu de toute chose qu’il ne savait pas auparavant, demeurant ouvert à leurs conseils, et heureux de recevoir l’avertissement ou la répréhension ; mais il est prêt à renoncer à sa propre volonté toutes les fois qu’il peut le faire en bonne conscience. Tout ce qu’ils désirent qu’il fasse, il le fait, si ce n’est pas défendu dans la Parole de Dieu. Tout ce dont ils désirent qu’il s’abstienne, il s’en abstient, si ce n’est pas ordonné dans la Parole de Dieu. C’est ce qu’impliquent ces paroles de l’apôtre : « Soumettez-vous à eux » ; cédez-leur ; renoncez à votre propre volonté. Cela est convenable, et juste, et c’est votre devoir obligé, s’ils veillent en effet sur vos âmes comme devant en rendre compte. Si vous leur « obéissez et vous soumettez » ainsi, ils rendront compte de vous « avec joie, et non en gémissant », comme ils devront sinon le faire ; car, bien qu’ils soient purs de votre sang, cependant « cela ne vous serait d’aucun avantage » ; bien plus, ce serait le prélude de la damnation éternelle.

4. Combien fut agréable à Dieu un exemple d’obéissance assez semblable à celle-ci ! Vous en avez un récit étendu et détaillé au trente-cinquième chapitre de Jérémie. « La parole fut adressée à Jérémie de la part de l’Éternel : Va à la maison des Récabites, et tu leur offriras du vin à boire. Je pris toute la maison des Récabites » — tous les chefs de leurs familles — « et je mis devant eux des coupes pleines de vin, et je leur dis: Buvez du vin! Mais ils répondirent: Nous ne buvons pas de vin; car Jonadab, » — un grand homme sous le règne de Jéhu, — « fils de Récab, » — de qui nous tirons notre nom, étant le père de notre famille, — « nous a donné cet ordre: Vous ne boirez jamais de vin, ni vous, ni vos fils; Nous obéissons à tout ce que nous a prescrit Jonadab, notre père. » Nous ne savons aucune raison particulière pour laquelle Jonadab donna cet ordre à sa postérité. Mais, comme ce n’était pas un péché, ils donnèrent ce frappant exemple de reconnaissance envers leur grand bienfaiteur. Et combien cela fut agréable au Père de leurs esprits, nous l’apprenons par les paroles qui suivent : « Et Jérémie dit à la maison des Récabites: Ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël: Parce que vous avez obéi aux ordres de Jonadab, votre père, Jonadab, fils de Récab, ne manquera jamais de descendants qui se tiennent en ma présence. » [Jér. 35]

5. Or il est certain que les chrétiens doivent tout autant de reconnaissance et d’obéissance à ceux qui veillent sur leurs âmes que la maison des Récabites en dut jamais à Jonadab, fils de Récab. Et nous ne pouvons douter que Dieu ne soit aussi satisfait de notre obéissance envers ceux-là qu’il le fut jamais de leur obéissance envers Jonadab. S’il fut si satisfait de la reconnaissance et de l’obéissance de ce peuple envers son bienfaiteur temporel, n’avons-nous pas toute raison de croire qu’il est tout aussi satisfait de la reconnaissance et de l’obéissance des chrétiens envers ceux qui leur procurent des bénédictions bien plus grandes que Jonadab n’en transmit jamais à sa postérité ?

6. Il peut être utile de considérer encore : En quels cas est-il du devoir des chrétiens d’obéir et de se soumettre à ceux qui veillent sur leurs âmes ? Or les choses qu’ils prescrivent doivent être ou ordonnées de Dieu, ou défendues par lui, ou indifférentes. Dans les choses défendues de Dieu, nous n’osons pas leur obéir ; car il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Dans les choses ordonnées de Dieu, ce n’est pas proprement à eux que nous obéissons, mais à notre Père commun. Si donc nous devons leur obéir en quelque chose, ce doit être dans les choses indifférentes. En somme, c’est le devoir de tout chrétien particulier d’obéir à son pasteur spirituel, en faisant ou en s’abstenant de faire toute chose de nature indifférente ; toute chose qui n’est nullement déterminée dans la parole de Dieu.

7. Mais combien peu cela est compris dans le monde protestant ! du moins en Angleterre et en Irlande ! Qui donc, même parmi ceux qu’on tient pour de bons chrétiens, songe qu’il existe un devoir comme celui-là ? Et pourtant il n’y a pas de commandement plus exprès ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament. Nulles paroles ne peuvent être plus claires et plus nettes ; nul commandement plus direct et plus positif. C’est pourquoi, assurément, aucun de ceux qui reçoivent l’Écriture comme la parole de Dieu ne peut vivre dans la violation habituelle de celui-ci et plaider l’innocence. Un tel exemple de désobéissance volontaire, ou du moins insouciante, ne peut qu’attrister le Saint-Esprit de Dieu. Il ne peut qu’empêcher la grâce de Dieu d’avoir son plein effet sur le cœur. Il n’est pas improbable que cette désobéissance même soit l’une des causes de la mort spirituelle de beaucoup d’âmes ; l’une des raisons pour lesquelles elles ne reçoivent pas les bénédictions qu’elles recherchent avec quelque degré de sincérité.

8. Il ne reste qu’à faire une courte application de ce qui vient d’être exposé.

Vous qui lisez ceci, vous l’appliquez-vous ? Vous examinez-vous par là ? N’arrêtez-vous pas vous-même votre croissance dans la grâce, sinon par une désobéissance volontaire à ce commandement, du moins par une négligence insouciante à son égard, faute de le considérer comme son importance le mérite ? S’il en est ainsi, vous vous frustrez de beaucoup de bénédictions dont vous pourriez jouir. Ou bien êtes-vous d’une meilleure disposition, d’un esprit plus excellent ? Est-ce votre ferme résolution et votre effort constant d’« obéir à ceux qui vous gouvernent dans le Seigneur » ; de vous soumettre aussi joyeusement à vos parents spirituels qu’à vos parents selon la nature ? Demandez-vous : « En quoi dois-je me soumettre à eux ? » La réponse a déjà été donnée : non dans les choses ordonnées de Dieu ; non dans les choses défendues par lui ; mais dans les choses indifférentes : dans toutes celles qui ne sont déterminées, dans un sens ou dans l’autre, par les oracles de Dieu. Il est vrai que cela ne peut se faire, dans certains cas, sans un degré considérable de renoncement à soi-même, quand ils vous conseillent de vous abstenir de quelque chose qui est agréable à la chair et au sang. Et on ne peut obéir dans d’autres cas sans se charger de sa croix ; sans souffrir quelque peine ou quelque incommodité qui n’est pas agréable à la chair et au sang. Car cette déclaration solennelle de notre Seigneur trouve ici sa place, aussi bien qu’en mille autres occasions : « Si quelqu’un ne renonce pas à lui-même, et ne se charge pas chaque jour de sa croix, il ne peut être mon disciple. » Mais cela ne vous effraiera pas, si vous êtes résolu à être non seulement presque, mais tout à fait chrétien ; si vous êtes déterminé à combattre le bon combat de la foi, et à saisir la vie éternelle.

9. Je voudrais maintenant m’adresser d’une manière plus particulière à vous qui désirez que je veille sur vos âmes. Vous faites-vous un point de conscience de m’obéir, pour l’amour de mon Maître ? de vous soumettre à moi dans les choses indifférentes ; dans les choses qui ne sont pas déterminées dans la Parole de Dieu ; dans toutes les choses qui ne sont ni ordonnées ni défendues dans l’Écriture ? Êtes-vous « faciles à fléchir », comme envers les hommes en général, ainsi envers moi en particulier ? — faciles à convaincre de toute vérité, quelque contraire qu’elle soit à vos préjugés d’autrefois ? — et faciles à persuader de faire ou de laisser toute chose indifférente sur mon désir ? Vous ne pouvez pas ne pas voir que tout cela est clairement contenu dans les termes mêmes du texte. Et vous ne pouvez que reconnaître qu’il est hautement raisonnable que vous agissiez ainsi, si j’emploie tout mon temps, tout mon bien, toutes mes forces de corps et d’âme, non à chercher mon propre honneur ou mon propre plaisir, mais à avancer votre salut présent et éternel ; si je « veille » en effet « sur vos âmes comme devant en rendre compte ».

10. Suivez-vous donc mon conseil (je le demande en présence de Dieu et du monde entier) au sujet de la toilette ? J’ai publié ce conseil il y a plus de trente ans ; je l’ai répété mille fois depuis. Je vous ai conseillé de ne pas vous conformer au monde en cela, de mettre de côté tous les ornements inutiles, d’éviter toute dépense inutile, d’être des modèles de simplicité pour tous ceux qui vous entourent. Avez-vous suivi ce conseil ? Avez-vous tous, hommes et femmes, jeunes et vieux, riches et pauvres, mis de côté tous ces ornements inutiles auxquels j’ai fait des objections particulières ? Êtes-vous tous d’une simplicité exemplaire dans votre mise ; aussi simples que les Quakers (comme on les appelle) ou les Moraves ? Sinon, si vous êtes encore vêtus comme le commun des gens de votre rang et de votre fortune, vous déclarez par là à tout le monde que vous ne voulez pas obéir à ceux qui sont au-dessus de vous dans le Seigneur. Vous déclarez, au mépris ouvert de Dieu et des hommes, que vous ne voulez pas vous soumettre à eux. Beaucoup d’entre vous portent leurs péchés sur leur front, ouvertement et à la face du soleil. Vous endurcissez vos cœurs contre l’instruction et contre la conviction. Vous vous endurcissez les uns les autres ; surtout ceux d’entre vous qui furent autrefois convaincus, et qui ont maintenant étouffé leurs convictions. Vous vous encouragez les uns les autres à boucher vos oreilles à la vérité, et à fermer vos yeux à la lumière, de peur que peut-être vous ne voyiez que vous combattez contre Dieu et contre vos propres âmes. Si j’étais appelé maintenant à rendre compte de vous, ce serait « en gémissant, et non avec joie ». Et assurément cela « ne vous serait d’aucun avantage » : la perte retomberait sur votre propre tête.

11. Je dis tout cela dans la supposition (quoique ce soit une supposition qu’on ne doit pas faire) que la Bible se tût sur ce chapitre ; que les Écritures ne dissent rien touchant la toilette, et la laissassent à la discrétion de chacun. Mais si tous les autres textes se taisaient, celui-ci suffit : « Soumettez-vous à ceux qui sont au-dessus de vous dans le Seigneur. » J’en charge vos consciences, sous le regard de Dieu. Ne fût-ce que par obéissance à cette prescription, vous ne pouvez être purs devant Dieu à moins de rejeter tous les ornements inutiles, au mépris absolu de ce tyran des insensés, la mode ; à moins de ne chercher qu’à être parés de bonnes œuvres, comme il convient à des hommes et à des femmes qui font profession de piété.

12. Peut-être direz-vous : « Ce n’est qu’une petite chose : c’est une pure bagatelle. » Je réponds : S’il en est ainsi, vous êtes d’autant plus inexcusables devant Dieu et devant les hommes. Quoi ! vous désobéirez à un commandement clair de Dieu pour une pure bagatelle ? À Dieu ne plaise ! Est-ce une bagatelle que de pécher contre Dieu, — de mettre son autorité à néant ? Est-ce là une petite chose ? Non ; souvenez-vous qu’il ne peut y avoir de petit péché, jusqu’à ce que nous puissions trouver un petit Dieu ! En attendant, soyez assurés d’une chose : plus vous obéirez consciencieusement à vos conducteurs spirituels, plus puissamment Dieu appliquera à votre cœur la parole qu’ils prononcent en son nom ! Plus abondamment il arrosera ce qui est dit de la rosée de sa bénédiction ; et plus vous aurez de preuves que ce ne sont pas eux seulement qui parlent, mais l’Esprit de votre Père qui parle en eux.

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