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Prêché devant la Société humaine

Chapitre 100 · 26 min de lecture · 33 min d’écoute

Prêché devant la Société humaine

Sermon 99

La récompense des justes

Prêché devant la Société humaine

« Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. »

Matthieu 25:34

1. La raison seule convaincra tout homme qui cherche loyalement que Dieu « est le rémunérateur de ceux qui le cherchent ». Elle seule lui apprend à dire : « Oui, il est une récompense pour le juste » ; « il est un Dieu qui juge sur la terre ». Mais combien peu de lumières nous recevons de la raison sans secours touchant les détails contenus dans cette vérité générale ! Comme l’œil n’a point vu, ni l’oreille entendu, de même il ne pouvait naturellement monter à notre cœur de concevoir les circonstances de ce jour redoutable où Dieu jugera le monde. Aucune connaissance de ce genre ne pouvait nous être donnée, sinon par le grand Juge lui-même. Et quel étonnant exemple de condescendance, que le Créateur, le Gouverneur, le Seigneur, le Juge de tous, daigne nous donner un récit si clair et si détaillé de cet acte solennel ! Si le savant païen reconnut le sublime du récit que Moïse donne de la création, qu’eût-il dit s’il avait entendu ce récit du Fils de l’homme venant dans sa gloire ? Ici, il est vrai, point de pompe de mots travaillée, point d’ornements de langage. Cela n’eût convenu ni à celui qui parle ni à l’occasion. Mais quelle inexprimable dignité de pensée ! Voyez-le « venant sur les nuées du ciel, et tous les anges avec lui ! » Voyez-le « assis sur le trône de sa gloire, et toutes les nations assemblées devant lui ! » Et séparera-t-il les uns d’avec les autres, plaçant les bons à sa droite et les méchants à sa gauche ? « Alors le roi dira » : — avec quelle admirable justesse l’expression est variée ! « Le Fils de l’homme » descend pour juger les enfants des hommes. « Le roi » distribue les récompenses et les châtiments à ses sujets obéissants ou rebelles : — « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. »

2. « qui vous a été préparé dès la fondation du monde » : — Mais cela s’accorde-t-il avec la supposition commune que Dieu créa l’homme uniquement pour remplir les trônes laissés vides par les anges rebelles ? Cela ne semble-t-il pas plutôt impliquer qu’il aurait créé l’homme, quand même les anges ne seraient jamais tombés ? puisqu’il prépara dès lors le royaume pour ses enfants humains, quand il posa les fondements de la terre.

3. « prenez possession du royaume » ; — comme étant « héritiers de Dieu, et cohéritiers » de son Fils bien-aimé. C’est votre droit ; puisque j’ai acquis une rédemption éternelle pour tous ceux qui m’obéissent : et vous m’avez obéi aux jours de votre chair. Vous avez « cru au Père, et aussi en moi ». Vous avez aimé le Seigneur votre Dieu ; et cet amour vous a pressés d’aimer tous les hommes. Vous avez persévéré dans la foi qui est agissante par la charité. Vous avez montré votre foi par vos œuvres. « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade et en prison, et vous êtes venus vers moi. »

4. Mais en quel sens devons-nous entendre les paroles qui suivent ? « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? » Elles ne peuvent être entendues littéralement ; ils ne peuvent répondre en ces termes mêmes ; car il n’est pas possible qu’ils ignorent que Dieu a réellement agi par eux. N’est-il donc pas manifeste que ces paroles doivent être prises dans un sens figuré ? Et peuvent-elles signifier autre chose, sinon que tout ce qu’ils ont fait leur paraîtra comme rien ; s’évanouira, pour ainsi dire, en présence de ce que Dieu leur Sauveur avait fait et souffert pour eux ?

5. Mais « le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » Quelle déclaration ! digne d’être gardée en éternelle mémoire. Que le doigt du Dieu vivant l’écrive sur tous nos cœurs ! Je voudrais en prendre occasion, premièrement, de faire quelques réflexions sur les bonnes œuvres en général ; secondement, de considérer en particulier l’institution pour l’avancement de laquelle nous sommes maintenant assemblés ; et, en troisième lieu, de faire une courte application.

I. 1. Et d’abord, je voudrais faire quelques réflexions sur les bonnes œuvres en général.

Je n’ignore pas que beaucoup, même parmi les personnes sérieuses, sont ombrageuses à l’égard de tout ce qui se dit sur ce sujet ; bien plus, que toutes les fois qu’on insiste fortement sur la nécessité des bonnes œuvres, elles tiennent pour accordé que celui qui parle de la sorte n’est qu’à un pas du papisme. Mais devrions-nous, par crainte de ce reproche ou de tout autre, nous abstenir de dire « la vérité qui est en Jésus » ? Devrions-nous, pour quelque considération que ce soit, « éviter d’annoncer tout le conseil de Dieu » ? Bien plus, si un faux prophète a pu prononcer cette parole solennelle, combien plus les ministres de Christ ne le peuvent-ils pas : « Nous ne pouvons aller au-delà de la parole de l’Éternel, pour dire ni plus ni moins ! »

2. N’est-il pas déplorable que quelques-uns de ceux qui craignent Dieu désirent que nous fassions autrement ? et qu’en parlant eux-mêmes autrement, ils soient cause que la voie de la vérité est calomniée ? J’entends en particulier la voie du salut par la foi ; laquelle, pour cette raison même, est méprisée, bien plus, tenue en abomination par beaucoup d’hommes sensés. Il y a maintenant plus de quarante ans que cette grande doctrine scripturaire : « c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi », commença d’être ouvertement annoncée par quelques ecclésiastiques de l’Église d’Angleterre. Et peu de temps après, quelques-uns qui l’entendirent, mais ne la comprirent pas, entreprirent de prêcher la même doctrine, mais la mutilèrent misérablement, tordant l’Écriture, et « anéantissant la loi par la foi ».

3. Quelques-uns d’entre eux, afin de rehausser le prix de la foi, ont entièrement déprécié les bonnes œuvres. Ils en parlent comme non seulement non nécessaires au salut, mais comme y faisant grandement obstacle. Ils les représentent comme beaucoup plus dangereuses que les mauvaises pour ceux qui cherchent à sauver leur âme. L’un crie à haute voix : « Il va plus de gens en enfer pour avoir prié que pour avoir volé. » Un autre s’écrie : « Loin d’ici vos œuvres ! Finissez-en avec vos œuvres, ou vous ne pouvez venir à Christ ! » Et cette déclamation antiscripturaire, déraisonnable, païenne, on l’appelle prêcher l’Évangile !

4. Mais « Celui qui juge toute la terre » ne parlera-t-il pas avec justice, aussi bien qu’il « exerce la justice » ? Ne sera-t-il pas « trouvé juste dans ses paroles, et sans reproche lorsqu’on le juge » ? Assurément, il le sera. Et, sur son autorité, nous devons continuer de déclarer que toutes les fois que vous faites du bien à qui que ce soit pour l’amour de lui ; quand vous nourrissez ceux qui ont faim, donnez à boire à ceux qui ont soif ; quand vous assistez l’étranger, ou vêtez ceux qui sont nus ; quand vous visitez ceux qui sont malades ou en prison ; ce ne sont pas là des péchés éclatants, comme quelqu’un les appelle étrangement, mais des « sacrifices » auxquels « Dieu prend plaisir ».

5. Non que notre Seigneur ait voulu que nous bornions notre bienfaisance aux corps des hommes. Il a sans doute voulu que nous fussions également abondants en œuvres de miséricorde spirituelle. Il est mort afin de « se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour » toutes « les bonnes œuvres » ; zélé, par-dessus tout, à « sauver des âmes de la mort », et par là à « couvrir une multitude de péchés ». Et cela est incontestablement compris dans l’exhortation de saint Paul : « Pendant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien envers tous » ; le bien de toute espèce possible, aussi bien qu’à tout degré possible. Mais pourquoi notre bienheureux Seigneur ne mentionne-t-il pas les œuvres de miséricorde spirituelle ? Il ne pouvait le faire avec aucune convenance. Il ne lui appartenait pas de dire : « J’étais dans l’erreur, et vous m’avez convaincu ; j’étais dans le péché, et vous m’avez ramené à Dieu. » Et il n’en était pas besoin ; car en mentionnant quelques-unes des œuvres de miséricorde, il les a comprises toutes.

6. Mais ne puis-je pas ajouter encore une chose ? (seulement, que celui qui entend comprenne :) Les bonnes œuvres sont si loin d’être des obstacles à notre salut ; elles sont si loin d’être insignifiantes, d’être sans valeur dans le christianisme ; que, supposé qu’elles naissent d’un principe droit, elles sont la perfection de la religion. Elles sont la partie la plus élevée de cet édifice spirituel dont Jésus-Christ est le fondement. Pour ceux qui considèrent attentivement le treizième chapitre de la Première Épître aux Corinthiens, il sera indéniablement clair que ce que saint Paul y décrit comme la plus haute de toutes les grâces chrétiennes est proprement et directement l’amour du prochain [1 Corinthiens 13]. Et pour celui qui considère attentivement toute la teneur tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, il sera également clair que les œuvres qui naissent de cet amour sont la partie la plus élevée de la religion qui y est révélée. C’est d’elles que notre Seigneur lui-même dit : « Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié. » Beaucoup de fruit ! L’expression même n’implique-t-elle pas l’excellence de ce qu’on nomme ainsi ? L’arbre lui-même n’existe-t-il pas en vue du fruit ? C’est en portant du fruit, et par cela seul, qu’il atteint la plus haute perfection dont il soit capable, et qu’il répond à la fin pour laquelle il a été planté. Qui donc, quel est donc celui qui porte le nom de chrétien, et qui peut parler à la légère des bonnes œuvres ?

II. 1. De ces réflexions générales, je passe à considérer en particulier l’institution pour l’avancement de laquelle nous sommes maintenant assemblés. Et ce faisant, j’observerai, premièrement, l’origine de cette institution ; secondement, son succès ; et, troisièmement, son excellence ; après quoi vous me permettrez de faire une courte application.

(I.) Sur le premier point, l’origine de cette institution, je puis être très bref, puisqu’une grande partie d’entre vous la connaissent déjà.

1. On s’étonnerait (comme l’observe un ingénieux écrivain) qu’une institution comme celle-ci, d’une si profonde importance pour le genre humain, ait paru si tard dans le monde. Avons-nous rien d’écrit sur ce sujet avant le traité publié à Rome en l’année 1637 ? Et la proposition ne sommeilla-t-elle pas alors pendant bien des années ? Y eut-il plus d’une ou deux tentatives, et encore non poursuivies avec efficacité, jusqu’à l’année 1700 ? Par quels degrés elle a été depuis ranimée et mise à exécution, c’est ce que nous avons maintenant à rechercher.

2. Je ne puis vous en donner une vue plus claire qu’en vous présentant un court extrait de l’Introduction au « Plan et rapports de la Société », publié il y a deux ans : —

« Nombreux et indubitables sont les exemples de la possibilité de rendre à la vie des personnes apparemment frappées de mort subite, que ce soit par une apoplexie, des convulsions, des vapeurs nuisibles, la strangulation ou la noyade. Des cas de cette nature se sont produits en tout pays. Mais on les considérait, et on les négligeait, comme des phénomènes extraordinaires dont on ne pouvait tirer aucune conséquence salutaire.

3. « Enfin, quelques messieurs bienfaisants de Hollande conjecturèrent que quelques-uns au moins auraient pu être sauvés, si l’on avait usé à temps des moyens convenables ; et ils se formèrent en Société, afin d’en faire l’essai. Leurs tentatives réussirent bien au-delà de leurs espérances. Beaucoup furent rendus à la vie, qui sans cela auraient dû périr. Et ils furent enfin en mesure d’étendre leur plan aux Sept Provinces.

« Leur succès excita d’autres pays à suivre leur exemple. En l’année 1768, les magistrats de santé de Milan et de Venise publièrent des ordonnances pour le traitement des noyés. La ville de Hambourg fit lire une ordonnance semblable dans toutes les églises. En l’année 1769, l’impératrice d’Allemagne publia un édit, étendant ses instructions et ses encouragements à tout cas qui offrait une possibilité de secours. En l’année 1771, les magistrats de Paris fondèrent une institution en faveur des noyés.

4. « En l’année 1773, le docteur Cogan traduisit les “Mémoires de la Société d’Amsterdam”, afin d’informer nos compatriotes de la possibilité de ranimer les personnes apparemment noyées ; et M. Hawes s’étant uni à lui, ces messieurs proposèrent le plan d’une institution semblable dans ces royaumes. Ils furent bientôt en mesure de former une Société pour ce but excellent. Voici le plan : —

« I. La Société publiera, de la manière la plus étendue possible, les méthodes convenables pour traiter les personnes qui se trouvent en de telles circonstances.

« II. Elle distribuera une prime de deux guinées entre les premières personnes qui tenteront de ranimer quelqu’un retiré de l’eau comme mort. Et cette récompense sera donnée même si la tentative échoue, pourvu qu’elle ait été poursuivie pendant deux heures, selon la méthode prescrite par la Société.

« III. Elle distribuera une prime de quatre guinées, lorsque la personne sera rendue à la vie.

« IV. Elle donnera une guinée à quiconque recevra sans délai le corps dans sa maison, et fournira les commodités nécessaires.

« V. Un certain nombre de médecins, demeurant près des lieux où ces accidents arrivent d’ordinaire, donneront gratuitement leur assistance. »

(II.) Telle fut l’origine de cette admirable institution. De quel succès elle a été accompagnée, c’est le point que je me propose de considérer, en second lieu, très brièvement.

Et il faut reconnaître que ce succès a été non seulement beaucoup plus grand que ne l’avaient imaginé ceux qui la méprisaient, mais plus grand que les espérances les plus ardentes des messieurs qui y étaient directement engagés.

Dans le court espace qui va de son premier établissement, en mai 1774, jusqu’à la fin de décembre, huit personnes, mortes en apparence, furent rendues à la vie.

En l’année 1775, quarante-sept furent rendues à la vie : trente-deux d’entre elles par l’encouragement direct et l’assistance des messieurs de cette Société ; et les autres par des médecins et d’autres personnes, parce que leur méthode de traitement était généralement connue.

En l’année 1776, quarante et une personnes furent rendues à la vie par l’assistance de cette Société. Et onze cas de personnes qui avaient été ranimées ailleurs lui furent communiqués.

Ainsi le nombre des vies conservées et rendues, en deux ans et demi, depuis leur première institution, s’élève à cent sept ! Ajoutez-y celles qui ont été rendues depuis ; et sur deux cent quatre-vingt-quatre personnes qui étaient mortes, selon toute apparence, non moins de cent cinquante-sept ont été rendues à la vie. Tel est le succès qui les a accompagnés en si peu de temps ! Telle est la bénédiction que la providence miséricordieuse de Dieu a donnée à cette entreprise naissante !

(III). 1. Il ne reste qu’à en montrer l’excellence. Et elle peut paraître par une seule considération : cette institution réunit en une seule toutes les diverses œuvres de miséricorde. Les différentes œuvres de charité mentionnées plus haut sont toutes contenues dans celle-ci. Elle comprend tous les bienfaits corporels (si je puis parler ainsi) et tous les bienfaits spirituels ; toutes les marques de bonté qu’on peut montrer soit aux corps, soit aux âmes des hommes. Pour le montrer au-delà de toute contradiction, il n’est pas besoin d’éloquence étudiée, ni de couleurs de rhétorique ; il suffit de raconter la chose simplement et sans fard, telle qu’elle est.

2. Ce qu’on entreprend, et non seulement on l’entreprend, mais on l’accomplit effectivement (tant la bonté de Dieu a fait prospérer les travaux de ces amis du genre humain !), n’est rien de moins, en un sens restreint, que de rendre la vie aux morts. Faut-il donc s’étonner que le commun des hommes ait d’abord tourné en ridicule une telle entreprise ? qu’on ait imaginé que les personnes qui visaient à une chose pareille devaient avoir entièrement perdu le sens ? À vrai dire, quelqu’un disait autrefois : « Quoi ! Vous semble-t-il incroyable que Dieu ressuscite les morts? » Celui qui a donné la vie au commencement ne peut-il pas tout aussi bien la donner de nouveau ? Mais on peut bien trouver incroyable que l’homme ressuscite les morts ; car aucun pouvoir humain ne peut créer la vie. Et quel pouvoir humain peut la rendre ? Aussi, quand notre Seigneur (que les Juifs supposaient alors n’être qu’un simple homme) vint à la maison de Jaïrus pour ressusciter sa fille d’entre les morts, au premier indice de son dessein, « ils se moquaient de lui ». « La jeune fille, dit-il, n’est pas morte, mais elle dort. » « Il faut appeler ceci sommeil plutôt que mort, puisque sa vie n’est pas finie ; mais je vais bientôt la réveiller de ce sommeil. »

3. Cependant il est certain qu’elle était réellement morte, et ainsi hors de toute atteinte, sauf de celle du Tout-Puissant. Mais voyez quel pouvoir Dieu a maintenant donné à l’homme ! À son nom soit toute la louange ! Voyez de quelle sagesse il a doué ces fils de la miséricorde ! leur apprenant à retenir l’âme qui s’en va, à arrêter l’esprit qui quitte à l’instant l’argile sans souffle et prend son essor vers l’éternité ! Qui a vu pareille chose ? Qui a entendu de telles choses ? Qui les a lues dans les annales de l’antiquité ? Fils des hommes, « ces os desséchés pourront-ils revivre ? » Ce cœur immobile peut-il battre de nouveau ? Ce sang caillé peut-il couler encore ? Ces vaisseaux secs et raidis peuvent-ils s’ouvrir pour lui livrer passage ? Cette chair froide peut-elle reprendre sa chaleur naturelle, ou ces yeux revoir le soleil ? Assurément, ce sont là des choses (ne pourrait-on presque dire des miracles ?) que ni nous, de la génération présente, ni nos pères n’avions connues !

4. Considérez, je vous en conjure, combien de miracles de miséricorde (pour ainsi parler) sont contenus en un seul ! Ce pauvre homme, qui naguère était compté parmi les morts, par les soins et les peines de ces messagers de Dieu, respire de nouveau l’air vital, ouvre les yeux et se tient debout sur ses pieds. Il est rendu à sa famille dans la joie, à sa femme, à ses enfants (naguère) sans appui, afin de pouvoir de nouveau, par son honnête travail, leur fournir tout le nécessaire de la vie. Voyez maintenant ce que vous avez fait, ministres de miséricorde ! Contemplez le fruit de votre travail d’amour ! Vous avez été un mari pour la veuve, un père pour l’orphelin. Et par là vous avez donné à manger à ceux qui avaient faim, à boire à ceux qui avaient soif, des vêtements à ceux qui étaient nus : car ces petits auraient dû avoir faim, soif et être nus, si vous n’aviez rendu à la vie celui qui les en préserve. Vous avez plus que soulagé, vous avez prévenu la maladie qui aurait pu naturellement naître de leur manque de nourriture suffisante pour manger, ou de vêtements pour se couvrir. Vous avez empêché ces orphelins d’errer çà et là, n’ayant pas où reposer leur tête. Bien plus, il se peut fort bien que vous ayez empêché quelques-uns d’entre eux d’être logés dans une prison lugubre et sans consolation.

5. Si grande, si étendue est la miséricorde que vous avez montrée envers les corps de vos semblables ! Mais pourquoi leurs âmes seraient-elles laissées hors de compte ? Combien sont grands aussi les bienfaits que vous leur avez accordés ! Le mari a maintenant de nouveau l’occasion d’assister sa femme dans les choses de la plus haute importance. Il peut de nouveau fortifier ses mains en Dieu, et l’aider à courir avec persévérance dans la carrière qui lui est ouverte. Il peut de nouveau s’unir à elle pour instruire leurs enfants, et les former selon la voie qu’ils doivent suivre ; et ces enfants pourront vivre pour être la consolation de leurs vieux parents, et des membres utiles de la communauté.

6. Bien plus, il se peut que vous ayez arraché le pauvre homme lui-même, non seulement aux mâchoires de la mort, mais à une chute plus basse que les eaux, aux mâchoires de la destruction éternelle. On ne peut douter que quelques-uns de ceux dont vous avez rendu la vie, quoiqu’ils fussent auparavant sans Dieu dans le monde, ne rentrent en eux-mêmes, et ne publient sa louange, non seulement de leurs lèvres, mais par leur vie. Il est hautement probable que quelques-uns d’entre eux (comme un sur dix lépreux) « reviendront rendre grâces à Dieu », de réelles et durables actions de grâces, en se consacrant à son honorable service.

7. Il est remarquable que plusieurs de ceux que vous avez ramenés du bord de la tombe étaient ivres au moment même où ils tombèrent dans l’eau. Et à cet instant même (ce qui est fréquemment le cas) ils perdirent entièrement le sens. Il n’y avait donc là ni place ni possibilité pour la repentance. Ils n’avaient ni le temps, ni assez de sens, pour crier seulement : « Seigneur, aie pitié ! » Ainsi ils s’enfonçaient à travers les eaux puissantes dans la fosse de la destruction ! Et ces instruments de la miséricorde divine les arrachèrent à la fois de l’eau et du feu ; par le même acte, ils les délivrèrent de la mort temporelle et de la mort éternelle !

8. Bien plus, une pauvre pécheresse (qu’on ne l’oublie jamais !) descendait justement du navire quand (surprise par la justice et la miséricorde de Dieu) son pied glissa, et elle tomba dans la rivière. À l’instant elle perdit le sens, de sorte qu’elle ne put invoquer Dieu. Pourtant il ne l’avait pas oubliée. Il envoya des hommes qui la délivrèrent de la mort ; du moins de la mort du corps. Et qui sait si elle ne le prendra pas à cœur, et ne se détournera pas de l’égarement de ses voies ? Qui sait si elle ne sera pas sauvée de la seconde mort, et ne « prendra pas possession du royaume » avec ses libérateurs ?

9. Un point encore mérite d’être particulièrement remarqué. Beaucoup de ceux qui ont été rendus à la vie (non moins de onze sur les quatorze qui furent sauvés en quelques mois) étaient du nombre de ceux qui sont l’opprobre de notre nation, — des meurtriers volontaires d’eux-mêmes. Comme beaucoup des hommes désespérés qui tentent cet horrible crime sont des hommes qui ont reçu une éducation libérale, il serait à souhaiter qu’ils considérassent ces belles paroles, non d’un pauvre chrétien à l’âme étroite, mais d’un païen généreux, bien plus, d’un Romain ! Qu’ils considèrent avec calme ce beau passage : —

Proxima deinde tenent maesti loca, qui sibi letum

Insontes peperere manu, lucemque perosi

Projecere animas. Quam vellent aethere in alto

Nunc et pauperiem, et duros perferre labores!

Fata obstant, tristique palus inamabilis unda

Alligat, et novies Styx interfusa coercet.

[Puis viennent en foule ceux qui, prodigues de leur souffle,

Ont devancé eux-mêmes l’arrêt de la mort ;

Innocents de tout crime, ils ont jeté leur vie,

Et, tristes et sombres, ont haï le jour doré.

Oh ! avec quelle joie ces malheureux porteraient maintenant

La peine, le labeur et la misère, pour respirer l’air vital !

En vain ! Le destin les tient liés pour toujours

Au sinistre Averne et au lac profond ;

Et le Styx, de ses neuf larges bras, gronde à l’entour !

Le Virgile de M. Pitt.]

Fata obstant ! Mais en faveur d’un grand nombre, nous voyons que Dieu a eu raison du destin. Ils sont ramenés par-delà le fleuve qu’on ne traverse pas. Ils contemplent les cieux d’en haut. Ils voient la lumière du soleil. Oh ! qu’ils voient la lumière de ta face ! Et qu’ils vivent de telle sorte les quelques jours qui leur restent sur la terre, qu’ils puissent vivre avec toi pour toujours !

III. 1. Permettez-moi maintenant de faire une courte application. Mais à qui l’adresserai-je ? Y en a-t-il ici qui soient malheureusement prévenus contre cette Révélation qui ne respire que la bienveillance ; qui contient la plus riche manifestation de l’amour de Dieu pour l’homme qui ait jamais été faite depuis la fondation du monde ? Pourtant, même à vous je voudrais adresser quelques mots ; car, si vous n’êtes pas chrétiens, vous êtes hommes. Vous aussi, vous êtes sensibles aux impressions de bonté : vous avez les sentiments de l’humanité. Votre cœur aussi n’a-t-il pas brûlé à ce noble sentiment, digne du cœur et des lèvres du plus parfait chrétien, —

Homo sum: Humani nihil a me alienum puto!

[Cette citation de Térence est ainsi traduite par Colman : —

« Je suis homme ; et toutes les calamités

Qui touchent l’humanité viennent jusqu’à moi. » — Éd.]

N’avez-vous pas aussi compati aux affligés ? Combien de fois avez-vous été peinés de la misère humaine ? Quand vous avez été témoins d’une scène de profonde détresse, votre âme ne s’est-elle pas fondue en vous ?

Et de temps en temps un soupir vous échappait,

Et les larmes commençaient à couler.

Mais est-il facile à qui que ce soit de concevoir une scène de détresse plus profonde que celle-ci ? Supposez que vous soyez présents au moment même où le messager entre, et que le message est délivré : « Je suis désolé de vous l’apprendre, mais il faut que vous le sachiez ; votre mari n’est plus ! Il se hâtait de sortir du navire, et son pied a glissé. Il est vrai qu’au bout d’un moment on a retrouvé son corps ; mais il est là, sans aucun signe de vie. » Dans quel état sont maintenant la mère et les enfants ! Peut-être, pendant quelque temps, hébétés, accablés, muets, se regardant les uns les autres ; puis éclatant en lamentations bruyantes et amères ! C’est maintenant le moment de les secourir, en assistant ceux qui font leur affaire de le faire. Que rien maintenant ne vous empêche de mettre à profit cette glorieuse occasion ! Rendez le mari à sa femme désolée, le père à ses enfants en pleurs ! Il est vrai que vous ne pouvez le faire en personne ; vous ne pouvez être sur les lieux. Mais vous pouvez le faire d’une manière efficace en assistant ceux qui y sont. Vous pouvez maintenant, par votre généreuse contribution, leur envoyer le secours que vous ne pouvez donner personnellement. Oh ! ne leur fermez pas vos entrailles de compassion ! Ouvrez maintenant vos cœurs et vos mains ! Si vous avez beaucoup, donnez abondamment ; sinon, donnez peu, mais de bon cœur.

2. À vous qui croyez à la Révélation chrétienne, je puis parler d’une manière plus forte encore. Vous croyez que votre bienheureux Maître vous a laissé « un exemple, afin que vous suiviez ses traces ». Or vous savez que toute sa vie fut un seul travail d’amour. Vous savez « comment il allait de lieu en lieu faisant du bien », et cela sans interruption, déclarant à tous : « Mon Père agit jusqu’à présent; moi aussi, j’agis. » N’est-ce donc pas là le langage de votre cœur ? —

Que ta pensée paraisse en toute ma vie,

Tandis qu’écoutant le cri des malheureux,

Le gémissement des veuves et des orphelins,

Je vole promptement sur les ailes de la miséricorde,

Pour soulager le pauvre et l’homme sans secours,

Pour leur donner ma vie, et mon tout !

Les occasions de le faire ne peuvent jamais manquer ; car « vous avez toujours des pauvres avec vous ». Mais quelle occasion particulière la solennité de ce jour ne vous fournit-elle pas de « suivre ses traces », d’une manière que vous n’aviez pas conçue auparavant ? Dit-il à la pauvre mère affligée (sans doute à la surprise de beaucoup) : « Ne pleure pas! » ? Et les surprit-il plus encore, quand il arrêta ses larmes en rendant la vie à son fils mort, et en « le rendant à sa mère » ? Ne rendit-il pas (en dépit de tous ceux qui « se moquaient de lui ») la vie à la fille de Jaïrus ? Combien de choses d’une sorte toute semblable, « s’il est permis de comparer l’humain au divin », ont été faites, et continuent d’être faites chaque jour, par ces amis du genre humain ! Que chacun donc ait l’ambition d’avoir part à cette glorieuse œuvre ! Que chacun (en un sens plus fort que ne l’entendait M. Herbert)

Joigne ses mains à celles de Dieu, pour faire vivre un pauvre homme !

Par votre généreuse assistance, soyez participants de leur œuvre, et participants de leur joie.

3. À vous je n’ai besoin d’ajouter qu’un mot de plus. Souvenez-vous (de ce qui a été dit au commencement) de la déclaration solennelle de celui à qui vous appartenez et que vous servez, venant sur les nuées du ciel ! Tandis que vous avancez cette charité si étendue, qui comprend l’action de nourrir ceux qui ont faim, de vêtir ceux qui sont nus, de loger l’étranger, en un mot toutes les bonnes œuvres en une seule, que ces paroles vivifiantes soient écrites dans vos cœurs et retentissent à vos oreilles : « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à MOI que vous les avez faites. »

Chapitre 100 terminé

Prêché devant la Société humaine

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