Sermons sur divers sujets
Sur l’obéissance aux parents

Chapitre 97 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute

Sur l’obéissance aux parents

Sermon 96

Sur l’obéissance aux parents

« Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents. »

Colossiens 3:20

1. On a disputé pendant bien des années sur la question de savoir s’il y a dans l’esprit de l’homme des principes innés. Mais tout le monde reconnaît que, s’il y a dans l’âme des principes pratiques implantés par la nature, celui-ci, « nous devons honorer nos parents », pourra revendiquer ce caractère presque avant tout autre. Les auteurs les plus anciens le comptent parmi ces principes universels, et on le trouve sans aucun doute même chez les sauvages des nations les plus barbares. Nous pouvons le suivre dans toute l’étendue de l’Europe et de l’Asie, à travers les solitudes de l’Afrique et les forêts de l’Amérique. Et il n’est pas moins, mais plus remarquable encore chez les nations les plus civilisées. Il en fut ainsi d’abord dans les contrées orientales du monde, qui furent pendant tant de siècles le siège de l’empire, du savoir et de la politesse, aussi bien que de la religion. Il en fut ainsi plus tard dans tous les États de la Grèce, et dans tout l’Empire romain. À cet égard, il est clair que ceux « qui n’ont point la loi » écrite sont « une loi pour eux-mêmes », et montrent que « l’œuvre », la substance, « de la loi est écrite dans leurs cœurs ».

2. Et partout où Dieu a révélé sa volonté à l’homme, cette loi a fait partie de cette révélation. Elle y a été publiée de nouveau, considérablement élargie, et imposée de la manière la plus forte. Dans la révélation juive, ceux qui la violaient notoirement étaient punis de mort. Et ce fut une des lois que notre bienheureux Seigneur ne vint pas abolir, mais accomplir. Aussi reprit-il sévèrement les scribes et les pharisiens de l’annuler par leurs traditions, montrant clairement que l’obligation qui en découle s’étend à tous les âges. C’est la substance de cette loi que saint Paul transmet aux Éphésiens (Éphésiens 6:1) : « Enfants, obéissez à vos parents, selon le Seigneur » ; et encore, dans ces paroles aux Colossiens : « Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents. » [Colossiens 3:20]

3. Il est à remarquer que l’apôtre appuie ce devoir d’un triple encouragement. Premièrement. Aux Éphésiens, il ajoute : « car cela est juste » ; c’est un acte de justice aussi bien que de miséricorde. Ce n’est rien de plus que ce qui leur est dû : c’est ce que nous leur devons pour l’existence même que nous avons reçue d’eux. Deuxièmement. « cela est agréable dans le Seigneur » ; il est particulièrement agréable au grand Père des hommes et des anges que nous rendions honneur et obéissance aux pères de notre chair. Troisièmement. C’est « le premier commandement avec une promesse », le premier à l’accomplissement duquel une promesse particulière est attachée : « afin que tes jours se prolongent et que tu sois heureux dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne ». On a généralement entendu cette promesse comme comprenant la santé et les bénédictions temporelles, aussi bien qu’une longue vie. Et nous avons vu d’innombrables preuves qu’elle appartient à l’économie chrétienne aussi bien qu’à l’économie juive : bien des exemples remarquables de son accomplissement se présentent encore aujourd’hui.

Mais quel est le sens de ces paroles : « Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents » ? Je m’efforcerai, avec le secours de Dieu, premièrement de les expliquer, et ensuite de les appliquer.

I. 1. Premièrement, je m’efforcerai d’expliquer ces paroles ; et cela d’autant plus que si peu de gens semblent les comprendre. Regardez autour de vous dans le monde, non pas le monde païen, mais le monde chrétien, bien plus, la partie réformée de ce monde ; regardez parmi ceux qui ont les Écritures dans leur propre langue : qui s’y trouve-t-il qui paraisse même en avoir entendu parler ? Çà et là, un enfant obéit à ses parents par crainte, ou peut-être par affection naturelle. Mais combien d’enfants pouvez-vous trouver qui obéissent à leur père et à leur mère par sentiment du devoir envers Dieu ? Et combien de parents pouvez-vous trouver qui inculquent dûment ce devoir à leurs enfants ? Je crains qu’une vaste majorité, tant des parents que des enfants, ignore entièrement toute cette affaire. Pour l’amour de ceux-là, je la rendrai aussi claire que je le pourrai ; mais je sens pourtant parfaitement que ceux qui ne veulent pas être convaincus ne comprendront pas plus ce que je dis que si je parlais grec ou hébreu.

2. Vous remarquerez aisément que, par parents, l’apôtre entend à la fois les pères et les mères, puisqu’il nous renvoie au cinquième commandement, qui nomme l’un et l’autre. Et, quelles que soient en cela les variations des lois humaines, la loi de Dieu ne fait aucune différence, mais nous impose la même obligation d’obéir à l’un comme à l’autre.

3. Mais avant d’examiner comment nous devons obéir à nos parents, on peut se demander combien de temps nous devons leur obéir. Les enfants doivent-ils obéir seulement jusqu’à ce qu’ils marchent seuls, jusqu’à ce qu’ils aillent à l’école, jusqu’à ce qu’ils sachent lire et écrire, ou jusqu’à ce qu’ils soient aussi grands que leurs parents, ou qu’ils parviennent à l’âge de raison ? Bien plus, s’ils obéissent seulement [parce qu’ils ne peuvent faire autrement, seulement] parce qu’ils craignent d’être battus, ou parce qu’autrement ils ne peuvent se procurer la nourriture et le vêtement, à quoi sert une telle obéissance ? Ceux-là seuls qui obéissent à leurs parents quand ils peuvent vivre sans eux, et quand ils n’en espèrent ni n’en craignent plus rien, recevront de Dieu leur louange.

4. « Mais un homme qui est majeur, ou une femme qui est mariée, est-il encore tenu d’obéir à ses parents ? » Quant au mariage, bien qu’il soit vrai que l’homme doit quitter son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et que, par une raison semblable, la femme doit quitter son père et sa mère pour s’attacher à son mari (en conséquence de quoi il peut y avoir certains cas particuliers où le devoir conjugal doit prendre le pas sur le devoir filial), je ne puis cependant apprendre, ni de l’Écriture ni de la raison, que le mariage annule ou diminue l’obligation générale du devoir filial. Il paraît bien moins encore qu’elle soit annulée ou diminuée par le fait que nous avons vécu vingt et un ans. Je ne l’ai jamais entendu ainsi dans mon propre cas. Quand j’eus vécu plus de trente ans, je me regardais comme étant exactement dans la même relation à l’égard de mon père que lorsque j’avais dix ans. Et quand j’avais entre quarante et cinquante ans, je me jugeais tout aussi obligé d’obéir à ma mère en toute chose permise que lorsque j’étais encore tenu par des lisières [ou que je portais la robe à manches pendantes].

5. Mais qu’est-ce qui est impliqué dans ces mots : « Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents » ? Assurément, le premier point de l’obéissance est de ne rien faire de ce que votre père ou votre mère défend, que ce soit grand ou petit. Rien n’est plus clair que ceci : la défense d’un père ou d’une mère lie tout enfant consciencieux, à moins que la chose défendue ne soit clairement ordonnée par Dieu. Et ce n’est pas encore tout ; on peut pousser la chose un peu plus loin. Un père tendre peut désapprouver entièrement ce qu’il ne se soucie pas de défendre formellement. Quel est, en ce cas, le devoir d’un enfant ? Jusqu’à quel point faut-il tenir compte de cette désapprobation ? Qu’elle équivaille ou non à une défense, une personne qui veut avoir une conscience sans reproche devrait sans aucun doute se tenir du côté sûr, et éviter ce qui peut être mal. C’est assurément là une voie par excellence : ne rien faire de ce que vous savez que vos parents désapprouvent. Agir autrement semble impliquer un certain degré de désobéissance, qu’une personne à la conscience délicate souhaiterait éviter.

6. La deuxième chose impliquée dans ce précepte est celle-ci : faites tout ce que votre père ou votre mère commande, que ce soit grand ou petit, pourvu que ce ne soit contraire à aucun commandement de Dieu. En cela, Dieu a donné aux parents un pouvoir que n’ont pas même les princes souverains. Le roi d’Angleterre, par exemple, est un prince souverain ; pourtant il n’a pas le pouvoir de m’ordonner la moindre chose, à moins que la loi du pays ne m’oblige à la faire ; car il n’a d’autre pouvoir que d’exécuter la loi. La volonté du roi n’est pas une loi pour le sujet. Mais la volonté des parents est une loi pour l’enfant, qui est tenu en conscience de s’y soumettre, à moins qu’elle ne soit contraire à la loi de Dieu.

7. C’est avec une admirable sagesse que le Père des esprits a donné ce précepte : afin que, de même que la force des parents supplée au manque de force, et l’intelligence des parents au manque d’intelligence, chez leurs enfants, jusqu’à ce qu’ils aient une force et une intelligence à eux, de même la volonté des parents puisse [doive] guider celle de leurs enfants jusqu’à ce qu’ils aient la sagesse et l’expérience nécessaires pour se guider eux-mêmes. C’est donc là la toute première chose que les enfants ont à apprendre : qu’ils doivent obéir à leurs parents, se soumettre à leur volonté, en toutes choses. Et ils peuvent y être habitués longtemps avant d’en comprendre la raison ; et même longtemps avant d’être capables de comprendre aucun des principes de la religion. Aussi saint Paul ordonne-t-il à tous les parents d’élever leurs enfants « dans la discipline et la doctrine du Seigneur ». Car leur volonté peut être brisée par une discipline convenable, même dès leur première enfance, tandis qu’il faut un temps considérable avant qu’ils soient capables d’instruction. C’est donc là le premier point de tous : courbez leur volonté dès la toute première aube de la raison ; et, en les habituant à se soumettre à votre volonté, préparez-les à se soumettre à la volonté de leur Père qui est dans les cieux.

8. Mais combien peu d’enfants trouvons-nous, même de six ou huit ans, qui comprennent quoi que ce soit à cela ! Et, en vérité, comment le comprendraient-ils, puisqu’ils n’ont personne pour le leur enseigner ? Leurs parents, le père aussi bien que la mère, n’en sont-ils pas tout aussi ignorants qu’eux-mêmes ? Qui trouvez-vous, même parmi les gens religieux, qui en ait la moindre idée ? N’en avez-vous pas vu la preuve de vos propres yeux ? N’avez-vous pas été présents lorsqu’un père ou une mère disait : « Mon enfant, fais ceci ou cela » ? L’enfant, sans aucune cérémonie, répondit péremptoirement : « Je ne veux pas. » Et le parent passe tranquillement là-dessus, sans y faire autrement attention. Et ne voit-il pas, ou ne voit-elle pas, que, par cette cruelle indulgence, ils dressent leur enfant, par une rébellion ouverte contre ses parents, à la rébellion contre Dieu ? Par conséquent, ils le dressent pour le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ! S’ils y réfléchissaient comme il faut, ils ne mangeraient, ne boiraient ni ne dormiraient, jusqu’à ce qu’ils lui eussent appris une meilleure leçon, et lui eussent inspiré une crainte profonde de jamais redonner cette réponse diabolique.

9. Permettez-moi de raisonner un peu plus loin sur ce cas avec vous, parents qui craignez Dieu. Si vous craignez Dieu, comment osez-vous souffrir qu’un enfant de plus d’un an dise : « Je veux faire » ce que vous défendez, ou : « Je ne veux pas faire » ce que vous commandez, et qu’il reste impuni ? Pourquoi ne l’arrêtez-vous pas sur-le-champ, afin qu’il n’ose plus jamais parler ainsi ? N’avez-vous point d’entrailles, point de compassion pour votre enfant ? Aucun souci de son salut ou de sa perdition ? Souffririez-vous qu’il maudisse ou qu’il jure en votre présence, sans y prendre garde ? Eh bien, la désobéissance est un chemin aussi sûr vers la damnation que les malédictions et les jurons. Arrêtez-le, arrêtez-le dès le début, au nom de Dieu. N’allez pas « épargner la verge et gâter l’enfant ». Si vous n’avez pas un cœur de tigre, n’abandonnez pas votre enfant à sa propre volonté, c’est-à-dire au diable. Même si cela vous coûte de la peine, arrachez votre progéniture aux dents du lion. Faites-les se soumettre, afin qu’ils ne périssent pas. Brisez leur volonté, afin de sauver leur âme.

10. Je ne sais comment insister suffisamment sur ce point. Pour le graver plus fortement dans vos esprits, permettez-moi d’ajouter une partie d’une lettre sur ce sujet, imprimée il y a quelques années : —

« Pour former l’esprit des enfants, la première chose à faire est de vaincre leur volonté. Éclairer leur intelligence est l’œuvre du temps, et doit se faire par degrés lents ; mais soumettre la volonté est une chose qui doit se faire d’un seul coup, et le plus tôt sera le mieux. Car, si nous négligeons de les corriger à temps, ils contractent une obstination qu’on ne peut presque jamais vaincre, et jamais sans user d’une sévérité qui nous serait aussi pénible qu’aux enfants. C’est pourquoi j’appelle parents cruels ceux qui passent pour bons et indulgents, qui permettent à leurs enfants de contracter des habitudes qu’ils savent devoir être brisées plus tard.

« J’insiste pour que l’on vainque de bonne heure la volonté des enfants, parce que c’est là le seul fondement d’une éducation religieuse. Quand cela est fait à fond, l’enfant est alors capable d’être gouverné par la raison de ses parents, jusqu’à ce que sa propre intelligence parvienne à maturité.

« Je ne puis encore quitter ce sujet. Comme la volonté propre est la racine de tout péché et de toute misère, tout ce qui l’entretient chez les enfants assure leur malheur et leur irréligion à venir ; et tout ce qui la réprime et la mortifie favorise leur bonheur et leur piété futurs. Cela est plus évident encore si nous considérons que la religion n’est rien d’autre que de faire la volonté de Dieu, et non la nôtre ; et que, la volonté propre étant le grand obstacle à notre bonheur temporel et éternel, aucune complaisance envers elle ne peut être sans conséquence, aucun renoncement à elle sans profit. Le ciel ou l’enfer dépend de cela seul. De sorte que le parent qui s’applique à la dompter chez ses enfants travaille avec Dieu au salut d’une âme. Le parent qui la flatte fait l’œuvre du diable, rend la religion impraticable, le salut inaccessible, et fait tout ce qui est en lui pour damner son enfant, âme et corps, pour toujours !

« C’est pourquoi je ne puis que répéter avec instance : brisez leur volonté de bonne heure ; commencez cette grande œuvre avant qu’ils sachent marcher seuls, avant qu’ils sachent bien parler, ou peut-être même parler du tout. Quoi qu’il en coûte, vainquez leur obstination : brisez la volonté, si vous ne voulez pas damner l’enfant. Je vous conjure de ne pas négliger, de ne pas différer cela ! C’est pourquoi : (1.) Qu’un enfant, dès l’âge d’un an, apprenne à craindre la verge et à pleurer doucement. Pour cela, (2.) qu’il n’obtienne rien de ce qu’il réclame en pleurant, absolument rien, grand ou petit ; sinon vous défaites votre propre ouvrage. (3.) En tout cas, dès cet âge, faites-lui faire ce qu’on lui commande, dussiez-vous le fouetter dix fois de suite pour y parvenir. Ne laissez personne vous persuader que c’est une cruauté de le faire ; c’est une cruauté de ne pas le faire. Brisez sa volonté maintenant, et son âme vivra, et il vous bénira probablement pendant toute l’éternité.

11. Au contraire, combien sont terribles les conséquences de cette bonté maudite qui laisse aux enfants leur propre volonté, et ne leur courbe pas le cou dès leur enfance ! C’est principalement à cela qu’il faut attribuer que tant de parents religieux élèvent des enfants qui n’ont aucune religion ; des enfants qui, devenus grands, n’ont aucun égard pour eux, les méprisent peut-être, et sont prêts à leur arracher les yeux ! Pourquoi cela, sinon parce que leur volonté n’a pas été brisée dès le début ? — parce qu’ils n’ont pas été habitués, dès leur première enfance, à obéir à leurs parents en toutes choses, et à se soumettre à leur volonté comme à la volonté de Dieu ? — parce qu’on ne leur a pas enseigné, dès la toute première aube de la raison, que la volonté de leurs parents était, pour eux, la volonté de Dieu ; que lui résister était une rébellion contre Dieu, et une porte ouverte à toute impiété ?

II. 1. Cela peut suffire pour l’explication du texte ; je passe à son application. Et permettez-moi, premièrement, de m’adresser à vous qui êtes parents, et qui, comme tels, êtes chargés d’instruire vos enfants. Savez-vous vous-mêmes ces choses ? Êtes-vous pleinement convaincus de ces vérités importantes ? Les avez-vous prises à cœur ? et les avez-vous mises en pratique à l’égard de vos propres enfants ? Les avez-vous habitués à la discipline avant qu’ils fussent capables d’instruction ? Avez-vous brisé leur volonté dès leur plus tendre enfance ; et continuez-vous encore à le faire, en dépit de la nature et de la coutume ? Leur avez-vous expliqué, dès que leur intelligence a commencé à s’ouvrir, les raisons de votre conduite ? Leur avez-vous montré la volonté de Dieu comme la seule loi de toute créature intelligente ; et leur avez-vous fait voir que c’est la volonté de Dieu qu’ils vous obéissent en toutes choses ? Leur inculquez-vous cela encore et encore, jusqu’à ce qu’ils le comprennent parfaitement ? Oh ! ne vous lassez jamais de ce travail d’amour ! et votre travail ne sera pas toujours vain.

2. Du moins, ne leur enseignez pas à désobéir en les récompensant de leur désobéissance. Souvenez-vous-en ! vous le faites chaque fois que vous leur donnez quelque chose parce qu’ils le réclament en pleurant. Et en cela ils sont des élèves dociles : si vous les récompensez de pleurer, ils pleureront certainement de nouveau. De sorte qu’il n’y a pas de fin, à moins que vous ne vous fassiez une règle sacrée de ne leur donner rien de ce qu’ils réclament en pleurant. Et le plus court moyen d’y parvenir est de ne jamais souffrir qu’ils pleurent à grands cris. Dressez-les à l’obéissance en ce seul point, et vous les amènerez aisément à obéir dans les autres. Pourquoi ne commenceriez-vous pas aujourd’hui ? Vous voyez assurément quelle est la voie la plus excellente : la meilleure pour votre enfant, et la meilleure pour votre propre âme. Pourquoi donc désobéissez-vous ? Parce que vous êtes lâche ; parce que vous manquez de résolution. Et sans doute il faut [une résolution peu commune pour commencer et persévérer en cela. Il faut certainement] une patience peu commune, plus que la nature n’en a jamais donné. Mais la grâce de Dieu vous suffit ; vous pouvez tout par Christ qui vous fortifie. Cette grâce suffit à vous donner la diligence aussi bien que la résolution ; autrement la paresse sera un obstacle aussi grand que la lâcheté. Car sans beaucoup de peine vous ne pouvez vaincre : rien ne peut se faire d’une main nonchalante ; travaillez sans relâche ; ne vous lassez jamais ; donnez règle sur règle, jusqu’à ce que la patience ait accompli parfaitement son œuvre.

3. Mais il y a un autre obstacle qui est tout aussi difficile à vaincre que la paresse ou la lâcheté. On l’appelle tendresse aveugle, et on le prend d’ordinaire pour de l’amour ; mais, oh ! combien il en est différent ! C’est une véritable haine, et une haine de l’espèce la plus funeste, qui tend à faire périr l’âme et le corps dans la géhenne ! Oh ! n’y cédez plus, non, pas un seul instant. Combattez-la de toutes vos forces ! pour l’amour de Dieu, pour l’amour de vos enfants, pour l’amour de votre propre âme !

4. J’ai encore un mot à dire aux parents, et aux mères en particulier. Si, en dépit de tout ce que l’apôtre peut dire, vous encouragez vos enfants par votre exemple à « se parer d’or, de perles ou d’habits somptueux », vous et eux devez tomber ensemble dans la fosse. Mais s’ils le font alors que vous leur donnez un meilleur exemple, c’est encore votre faute aussi bien que la leur ; car si vous n’avez mis à votre petit enfant aucun ornement que vous ne voudriez pas porter vous-même (ce qui serait pure démence, et bien plus inexcusable que de le mettre à vos propres bras ou à votre propre tête), vous ne les avez pourtant pas habitués à vous obéir dès leur enfance, et vous ne leur en avez pas enseigné le devoir, au moins dès l’âge de deux ans. Autrement, ils n’auraient pas osé faire quoi que ce soit, de grand ou de petit, contre votre volonté. Chaque fois donc que je vois la fille parée d’une mère simplement vêtue, je vois aussitôt que la mère est en défaut, soit de connaissance, soit de religion. Ou bien elle ignore son propre devoir ou celui de son enfant, ou bien elle n’a pas pratiqué ce qu’elle sait.

5. Je ne puis encore quitter ce sujet. Je souffre continuellement de voir des parents religieux laisser leurs enfants tomber dans la même folie de toilette que s’ils n’avaient aucune religion. Au nom de Dieu, pourquoi souffrez-vous qu’ils s’écartent de l’épaisseur d’un cheveu de votre exemple ? « Mais ils veulent le faire ! » Ils le veulent ! À qui la faute ? Pourquoi n’avez-vous pas brisé leur volonté dès leur enfance ? Faites-le du moins maintenant ; mieux vaut tard que jamais. Cela aurait dû être fait avant qu’ils eussent deux ans ; cela peut être fait à huit ou dix ans, quoique avec beaucoup plus de difficulté. Quoi qu’il en soit, faites-le maintenant ; et acceptez cette difficulté comme la juste rétribution de votre négligence passée. Maintenant, du moins, faites prévaloir votre volonté, quoi qu’il en coûte. Ne soyez pas mielleux ; ne dites pas, comme l’insensé Éli : « Non, mes enfants, ce que j’entends dire n’est pas bon », au lieu de les retenir d’une main forte ; mais dites (aussi calmement que possible, mais) fermement et péremptoirement : « Je veux qu’il en soit ainsi » ; et faites comme vous dites. Inculquez-leur avec diligence l’amour d’une mise simple et la haine de la parure. Montrez-leur la raison de la simplicité de votre propre mise, et montrez-leur qu’elle est également raisonnable pour eux. Défiez l’indolence, la lâcheté, la tendresse insensée, et faites prévaloir votre volonté à tout prix ; si vous aimez leur âme, rendez-les et maintenez-les tout aussi simples que vous-mêmes. Et je vous adjure devant Dieu, vous, grand-mères, de ne pas entraver vos filles en cela. N’osez pas donner à l’enfant quoi que ce soit que la mère refuse. Ne prenez jamais le parti des enfants contre leur mère ; ne la blâmez jamais devant eux. Si vous ne fortifiez pas son autorité, comme vous devriez le faire, du moins ne l’affaiblissez pas ; mais, s’il vous reste quelque bon sens ou quelque piété, aidez-la dans cette œuvre de véritable bonté

6. Permettez-moi maintenant de m’adresser à vous, enfants, et particulièrement à vous qui êtes les enfants de parents religieux. À vrai dire, si vous n’avez point la crainte de Dieu devant les yeux, je n’ai pas affaire à vous pour le moment ; mais si vous l’avez, si vous craignez réellement Dieu et que vous désiriez lui plaire, vous désirez comprendre tous ses commandements, et le cinquième en particulier. L’avez-vous jamais encore compris ? Comprenez-vous maintenant quel est votre devoir envers votre père et votre mère ? Savez-vous, ou du moins considérez-vous, que, par l’ordonnance divine, leur volonté est une loi pour vous ? Avez-vous jamais considéré l’étendue de cette obéissance à vos parents que Dieu exige ? « Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents. » Aucune exception, sinon pour les choses illicites. Avez-vous pratiqué votre devoir dans toute cette étendue ? En avez-vous même jamais eu l’intention ?

7. Agissez fidèlement envers vos propres âmes. Votre conscience est-elle maintenant nette sur ce point ? Ne faites-vous rien de ce que vous savez être contraire à la volonté de votre père ou de votre mère ? Ne faites-vous jamais rien (quelque inclination que vous y ayez) de ce qu’il ou elle défend ? Vous abstenez-vous de tout ce qui leur déplaît, autant que vous le pouvez en conscience ? D’autre part, avez-vous soin de faire tout ce que vos parents commandent ? Vous étudiez-vous et vous ingéniez-vous à leur plaire, à leur rendre la vie aussi facile et agréable que vous le pouvez ? Qui que vous soyez, vous qui ajoutez cela à votre soin général de plaire à Dieu en toutes choses, sois béni de l’Éternel ! « Tes jours se prolongeront dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »

8. Mais quant à vous qui vous souciez peu de cette affaire, qui ne vous faites pas un point de conscience d’obéir à vos parents en toutes choses, mais leur obéissez tantôt, selon que cela se trouve, et tantôt non ; qui faites souvent ce qu’ils défendent ou désapprouvent, et négligez ce qu’ils vous commandent de faire : supposez que vous vous réveilliez de votre sommeil, que vous commenciez à vous sentir pécheur, et à crier à Dieu pour obtenir miséricorde ; faut-il s’étonner que vous ne trouviez aucune réponse, tant que vous êtes sous la culpabilité d’un péché dont vous ne vous êtes pas repenti ? Comment pouvez-vous attendre miséricorde de Dieu avant d’obéir à vos parents ? Mais supposez que, par un miracle peu commun de miséricorde, vous ayez goûté l’amour de Dieu qui pardonne : peut-on s’attendre, bien que vous ayez faim et soif de la justice, de l’amour parfait de Dieu, à ce que vous y parveniez jamais, à ce que vous en soyez jamais rassasiés, tant que vous vivez dans un péché extérieur, dans la transgression volontaire d’une loi connue de Dieu, dans la désobéissance à vos parents ? N’est-il pas plutôt étonnant qu’il ne vous ait pas retiré son Saint-Esprit ? qu’il continue encore à lutter avec vous, bien que vous attristiez continuellement son Esprit ? Oh ! ne l’attristez plus ! Par la grâce de Dieu, obéissez-leur en toutes choses dès ce moment ! Dès que vous rentrerez chez vous, dès que vous aurez mis le pied sur le seuil, commencez une vie entièrement nouvelle ! Regardez votre père et votre mère avec des yeux nouveaux ; voyez en eux les représentants de votre Père qui est dans les cieux. Efforcez-vous, appliquez-vous, réjouissez-vous de leur plaire, de les aider, de leur obéir en toutes choses. Conduisez-vous, non pas simplement comme leur enfant, mais comme leur serviteur pour l’amour de Christ. Oh ! combien alors vous vous aimerez les uns les autres ! D’une manière inconnue jusque-là. Dieu vous bénira pour eux, et eux pour vous ; tous ceux qui vous entourent sentiront que Dieu est véritablement avec vous. Beaucoup le verront et loueront Dieu ; et le fruit en demeurera quand vous et eux reposerez dans le sein d’Abraham.

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