Sermons sur divers sujets
Sur la religion dans la famille

Chapitre 95 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute

Sur la religion dans la famille

Sermon 94

Sur la religion dans la famille

« Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. »

Josué 24:15.

1. Dans les versets qui précèdent, nous lisons que Josué, devenu vieux, « assembla toutes les tribus d’Israël à Sichem, et il convoqua les anciens d’Israël, ses chefs, ses juges et ses officiers. Et ils se présentèrent devant Dieu. » (Josué 24:1.) Et Josué leur rappela les grandes choses que Dieu avait faites pour leurs pères (Josué 24:2–13), et conclut par cette pressante exhortation : « Maintenant, craignez l’Éternel, et servez-le avec intégrité et fidélité. Faites disparaître les dieux qu’ont servis vos pères de l’autre côté du fleuve (le Jourdain) et en Égypte. » (Josué 24:14.) Peut-il y avoir rien de plus étonnant que ceci : que, même en Égypte, et jusque dans le désert, où ils étaient nourris chaque jour et guidés jour et nuit par miracle, les Israélites, en général, aient adoré des idoles, au mépris ouvert de l’Éternel leur Dieu ? Il poursuit : « Et si vous ne trouvez pas bon de servir l’Éternel, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. »

2. Résolution bien digne d’un saint aux cheveux blancs, qui avait fait dès sa jeunesse une large expérience de la bonté du Maître auquel il s’était consacré, et des avantages de son service. Combien il serait à souhaiter que tous ceux qui ont goûté que le Seigneur est bon, tous ceux qu’il a fait sortir du pays d’Égypte, hors de la servitude du péché, — et surtout ceux qui sont unis ensemble dans la communion chrétienne, — adoptent cette sage résolution ! Alors l’œuvre du Seigneur prospérerait dans notre pays ; alors sa parole se répandrait et serait glorifiée. Alors des multitudes de pécheurs, en tout lieu, étendraient leurs mains vers Dieu, jusqu’à ce que « la gloire de l’Éternel couvre la terre, comme les eaux couvrent la mer ».

3. Au contraire, quelle sera la conséquence, s’ils n’adoptent pas cette résolution ? — si la religion dans la famille est négligée ? — si l’on ne prend pas soin de la génération qui s’élève ? Le réveil actuel de la religion ne s’éteindra-t-il pas en peu de temps ? N’en sera-t-il pas comme de l’État romain à ses débuts, selon le mot de l’historien, — res unius aetatis ? — « un événement qui a son commencement et sa fin dans l’espace d’une seule génération » ? Ne sera-ce pas la confirmation de cette triste remarque de Luther, qu’« un réveil de la religion ne dure jamais plus d’une génération » ? Par une génération (comme il s’en explique lui-même), il entend trente ans. Mais, Dieu soit béni, cette remarque ne se vérifie pas dans le cas présent, puisque ce réveil, depuis sa naissance en l’année 1729, a déjà duré plus de cinquante ans.

4. N’avons-nous pas déjà vu quelques-unes des tristes conséquences du fait que des hommes pieux n’ont pas adopté cette résolution ? Ne s’est-il pas élevé, même dans cet intervalle, et cela de parents pieux, une génération qui ne connaissait point l’Éternel ? qui n’a ni son amour dans le cœur, ni sa crainte devant les yeux ? Combien d’entre eux déjà « méprisent leur père, et se moquent du conseil de leur mère » ! Combien sont entièrement étrangers à la religion véritable, à sa vie et à sa puissance ! Et un bon nombre ont secoué toute religion, et se sont abandonnés à toute espèce de méchanceté ! Or, bien que cela puisse arriver quelquefois, même à des enfants élevés d’une manière pieuse, ce cas est pourtant très rare : j’en ai rencontré quelques exemples, mais pas beaucoup. La méchanceté des enfants est généralement due à la faute ou à la négligence de leurs parents. Car c’est une règle générale, bien que non universelle, et qui admet quelques exceptions : « Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre; Et quand il sera vieux, il ne s’en détournera pas. »

5. Mais quelle est la portée de cette résolution : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » ? Afin de la comprendre et de la mettre en pratique, recherchons premièrement ce que c’est que de « servir l’Éternel » ; deuxièmement, qui est compris dans cette expression, « ma maison » ; et, troisièmement, ce que nous pouvons faire pour que nous et notre maison nous servions l’Éternel.

I. 1. Nous pouvons rechercher, premièrement, ce que c’est que de « servir l’Éternel », non comme un Juif, mais comme un chrétien ; non seulement d’un service extérieur (bien que quelques-uns des Juifs soient sans doute allés plus loin), mais d’un service intérieur, du service du cœur, en l’adorant « en esprit et en vérité ». La première chose qu’implique ce service, c’est la foi : croire au nom du Fils de Dieu. Nous ne pouvons rendre à Dieu un service qui lui soit agréable avant de croire en Jésus-Christ, qu’il a envoyé. C’est ici que commence le culte spirituel de Dieu. Dès que quelqu’un a le témoignage en lui-même, dès qu’il peut dire : « La vie que je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi », il est capable de « servir l’Éternel » véritablement.

2. Dès qu’il croit, il aime Dieu, ce qui est une autre chose qu’implique le fait de « servir l’Éternel ». « Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. » Et la foi en est l’évidence. L’amour d’un Dieu qui pardonne « est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné ». Cet amour, il est vrai, peut admettre mille degrés ; mais chacun, aussi longtemps qu’il croit, peut néanmoins déclarer véritablement devant Dieu : « Seigneur, tu sais que je t’aime. Tu sais que “mon désir est tourné vers toi et vers le souvenir de ton nom”. »

3. Et si quelqu’un aime véritablement Dieu, il ne peut qu’aimer aussi son frère. La reconnaissance envers notre Créateur produira sûrement la bienveillance envers nos semblables. Si nous l’aimons, nous ne pouvons que nous aimer les uns les autres, comme Christ nous a aimés. Nous sentons nos âmes s’élargir dans l’amour envers chaque enfant des hommes. Et envers tous les enfants de Dieu nous nous revêtons « d’entrailles de bonté, de douceur, de patience, nous pardonnant les uns aux autres », si nous avons sujet de nous plaindre de quelqu’un, « comme Dieu nous a pardonné, à cause de Christ ».

4. Une chose encore est impliquée dans le fait de « servir l’Éternel », à savoir, lui obéir : marcher avec constance dans toutes ses voies, faire sa volonté de tout cœur. Comme ceux qui sont là-haut « ses serviteurs », « qui font sa volonté », qui gardent ses commandements, évitent avec soin tout ce qu’il a défendu, et font avec zèle tout ce qu’il a ordonné ; s’efforçant toujours d’avoir une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

II. « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel », dira tout vrai chrétien. Mais qui est compris dans cette expression, « ma maison » ? C’est le point qu’il nous faut considérer ensuite.

1. La personne de votre maison qui réclame votre première et plus proche attention, c’est, sans aucun doute, votre femme ; puisque vous devez l’aimer comme Christ a aimé l’Église, lorsqu’il a donné sa vie pour elle, afin de « la purifier pour lui-même, sans tache, ni ride, ni rien de semblable ». Tout mari doit poursuivre ce même but dans tous ses rapports avec sa femme : employer tous les moyens possibles pour qu’elle soit délivrée de toute tache, et qu’elle marche irrépréhensible dans l’amour.

2. Après votre femme viennent vos enfants : esprits immortels que Dieu a, pour un temps, confiés à vos soins, afin que vous les éleviez dans toute sainteté et les rendiez propres à jouir de Dieu dans l’éternité. C’est là un dépôt glorieux et important, puisqu’une seule âme a plus de valeur que tout le reste du monde. Vous devez donc veiller sur chaque enfant avec le plus grand soin, afin que, lorsque vous serez appelés à rendre compte de chacun d’eux au Père des esprits, vous puissiez le faire avec joie, et non en gémissant.

3. Vos serviteurs, de quelque sorte qu’ils soient, vous devez les regarder comme une sorte d’enfants de second rang : eux aussi, Dieu les a confiés à votre charge, à vous qui devez en rendre compte. Car quiconque, sous votre toit, a une âme à sauver est confié à vos soins ; non seulement les serviteurs engagés par contrat, qui sont légalement tenus de rester avec vous pendant un certain nombre d’années ; non seulement les serviteurs à gages, qu’ils s’engagent volontairement pour un temps plus ou moins long ; mais aussi ceux qui vous servent à la semaine ou à la journée : car eux aussi sont, dans une certaine mesure, remis entre vos mains. Et ce n’est pas la volonté de votre Maître qui est dans les cieux qu’aucun d’eux sorte de vos mains avant d’avoir reçu de vous quelque chose de plus précieux que l’or ou l’argent. Bien plus, vous êtes responsables, dans une certaine mesure, même de « l’étranger qui est dans vos portes ». De même qu’il vous est expressément demandé de veiller à ce qu’il ne fasse « aucun ouvrage » le jour du Seigneur, tant qu’il est dans vos portes, de même, par une raison semblable, il vous est demandé de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour l’empêcher de pécher contre Dieu en toute autre chose.

III. Recherchons, en troisième lieu, ce que nous pouvons faire pour que tous ceux-là « servent l’Éternel ».

1. Ne pouvons-nous pas nous efforcer, premièrement, de les retenir de tout péché extérieur : des jurons profanes ; de prendre le nom de Dieu en vain ; de faire aucun travail inutile, ou de prendre aucun divertissement, le jour du Seigneur ? Ce travail d’amour, vous le devez même à vos visiteurs ; bien plus encore à votre femme, à vos enfants et à vos serviteurs. Les premiers, sur qui vous avez le moins d’influence, vous pouvez les retenir par le raisonnement ou par une douce persuasion. Si vous voyez qu’après des essais répétés ils ne cèdent ni à l’un ni à l’autre, c’est votre devoir impérieux de laisser de côté les cérémonies et de les congédier de votre maison. Quant aux serviteurs aussi, qu’ils soient à la journée ou pour un plus long terme, si vous ne pouvez les ramener, ni par le raisonnement joint à votre exemple, ni par des réprimandes douces ou sévères, même souvent répétées, vous devez de toute manière les renvoyer de votre famille, quelque incommode que cela puisse être.

2. Mais vous ne pouvez renvoyer votre femme, si ce n’est pour cause de fornication, c’est-à-dire d’adultère. Que peut-on donc faire si elle est habituée à quelque autre péché manifeste ? Je ne puis trouver dans la Bible qu’un mari ait l’autorité de frapper sa femme pour aucune raison, même à supposer qu’elle l’ait frappé la première, à moins que sa vie ne soit en danger imminent. Je n’ai encore jamais connu un seul exemple d’une femme qui en ait été corrigée. J’ai entendu parler, il est vrai, de quelques exemples de ce genre ; mais, comme je ne les ai pas vus, je ne les crois pas. Il me semble que tout ce qu’on peut faire en ce cas doit se faire en partie par l’exemple, en partie par le raisonnement ou la persuasion, chacun appliqué de la manière que dicte la prudence chrétienne. Si le mal peut jamais être vaincu, il faut qu’il soit vaincu par le bien. Il ne peut être vaincu par le mal : nous ne pouvons battre le diable avec ses propres armes. Si donc ce mal ne peut être vaincu par le bien, nous sommes appelés à le supporter. Nous sommes alors appelés à dire : « C’est là la croix que Dieu a choisie pour moi. Il la permet assurément pour de sages desseins ; “qu’il fasse ce qui lui semblera bon!” Dès qu’il le jugera le meilleur, il éloignera de moi cette coupe. » En attendant, persévérez dans une prière ardente, sachant qu’auprès de Dieu nulle parole n’est impossible, et qu’il ôtera la tentation en son temps, ou qu’il en fera une bénédiction pour votre âme.

3. Vos enfants, pendant qu’ils sont jeunes, vous pouvez les retenir du mal, non seulement par le conseil, la persuasion et la réprimande, mais aussi par la correction ; vous souvenant seulement que ce moyen ne doit être employé qu’en dernier lieu, — pas avant que tous les autres aient été essayés et trouvés inefficaces. Et même alors, vous devez prendre le plus grand soin d’éviter jusqu’à l’apparence de la colère. Tout ce qui se fait doit se faire avec douceur, et même, en vérité, avec bonté. Autrement votre propre esprit en souffrira, et l’enfant en retirera peu d’avantage.

4. Mais certains vous diront : « Tout cela est peine perdue : un enfant n’a aucun besoin d’être corrigé. L’instruction, la persuasion et le conseil suffiront pour n’importe quel enfant sans correction ; surtout si l’on y ajoute une douce réprimande, selon que l’occasion le demande. » Je réponds : il peut y avoir des cas particuliers où cette méthode réussisse. Mais vous ne devez en aucune façon en faire une règle universelle, à moins que vous ne vous croyiez plus sage que Salomon, ou, pour parler plus exactement, plus sage que Dieu. Car c’est Dieu lui-même, qui connaît le mieux ses propres créatures, qui nous a dit expressément : « Celui qui ménage sa verge hait son fils, Mais celui qui l’aime cherche à le corriger. » (Proverbes 13:24.) Et c’est là-dessus qu’est fondé ce commandement clair, adressé à tous ceux qui craignent Dieu : « Châtie ton fils, car il y a encore de l’espérance, et que ton âme ne l’épargne pas à cause de ses cris. » (Proverbes 19:18.)

5. Ne pouvons-nous pas nous efforcer, deuxièmement, de les instruire ? de veiller à ce que toute personne qui est sous notre toit ait toute la connaissance nécessaire au salut ? de veiller à ce que notre femme, nos serviteurs et nos enfants soient instruits de toutes les choses qui appartiennent à leur paix éternelle ? Pour cela, vous devez faire en sorte que non seulement votre femme, mais vos serviteurs aussi, puissent jouir de tous les moyens publics d’instruction. Le jour du Seigneur en particulier, vous devez prévoir ce qui doit nécessairement se faire à la maison, de manière qu’ils aient l’occasion d’assister à toutes les ordonnances de Dieu. Bien plus, vous devez veiller à ce qu’ils aient chaque jour quelque temps pour la lecture, la méditation et la prière ; et vous devez vous informer s’ils emploient effectivement ce temps aux exercices pour lesquels il leur est accordé. Et aucun jour ne devrait se passer sans la prière en famille, faite sérieusement et solennellement.

6. Vous devez vous efforcer tout particulièrement d’instruire vos enfants, de bonne heure, simplement, fréquemment et patiemment. Instruisez-les de bonne heure, dès la première heure où vous apercevez que la raison commence à poindre. La vérité peut alors commencer à briller sur l’esprit bien plus tôt que nous ne sommes portés à le supposer. Et quiconque observe les premières ouvertures de l’intelligence peut, peu à peu, lui fournir une matière propre à son travail, et tourner l’œil de l’âme vers les bonnes choses, aussi bien que vers les mauvaises ou les futiles. Dès qu’un enfant commence à parler, vous pouvez être assurés que la raison commence à travailler. Je ne vois aucune raison pour qu’un père ou une mère ne commence pas, dès ce moment, à parler des meilleures choses, des choses de Dieu. Et, à partir de ce moment, on ne devrait perdre aucune occasion de leur inculquer toutes les vérités qu’ils sont capables de recevoir.

7. Mais leur parler de bonne heure ne servira de rien, à moins que vous ne leur parliez aussi simplement. Employez des mots que de petits enfants puissent comprendre, ceux-là mêmes dont ils se servent. Observez avec soin le peu d’idées qu’ils ont déjà, et efforcez-vous d’y greffer ce que vous dites. Pour prendre un petit exemple : dites à l’enfant de lever les yeux, et demandez-lui : « Que vois-tu là-haut ? » « Le soleil. » « Vois comme il est brillant ! Sens comme il chauffe ta main ! Regarde comme il fait verdir l’herbe ! Mais Dieu, bien que tu ne puisses le voir, est au-dessus du ciel, et il est bien plus brillant que le soleil ! C’est lui, c’est Dieu qui fait pousser l’herbe et les fleurs ; qui fait verdir les arbres, et y fait venir les fruits ! Pense à ce qu’il peut faire ! Il peut faire tout ce qu’il veut. Il peut nous faire mourir, toi ou moi, en un instant ! Mais il t’aime ; il aime à te faire du bien. Il aime à te rendre heureux. Ne devrais-tu donc pas l’aimer, lui ? Et il t’apprendra comment l’aimer. »

8. Pendant que vous parlez de cette manière, ou d’une manière semblable, vous devez élever continuellement votre cœur vers Dieu, le suppliant d’ouvrir les yeux de leur intelligence et de répandre sur eux sa lumière. Lui, et lui seul, peut les rendre en cela différents des bêtes qui périssent. Lui seul peut appliquer vos paroles à leur cœur ; sans quoi toute votre peine sera vaine. Mais là où le Saint-Esprit enseigne, il n’y a point de retard à apprendre.

9. Mais si vous voulez voir le fruit de votre travail, vous devez les enseigner, non seulement de bonne heure et simplement, mais aussi fréquemment. Il ne servirait guère ou de rien de le faire seulement une ou deux fois par semaine. Combien de fois nourrissez-vous leur corps ? Pas moins de trois fois par jour. Et l’âme a-t-elle moins de valeur que le corps ? Ne la nourrirez-vous donc pas aussi souvent ? Si vous trouvez cette tâche fastidieuse, il y a certainement quelque chose qui ne va pas dans votre propre cœur. Vous ne les aimez pas assez ; ou vous n’aimez pas assez celui qui est votre Père et leur Père. Humiliez-vous devant lui ! Suppliez-le de vous donner plus d’amour ; et l’amour rendra la peine légère.

10. Mais il ne servira de rien de les enseigner de bonne heure, simplement et fréquemment, à moins que vous n’y persévériez. Ne cessez jamais, n’interrompez jamais votre travail d’amour, jusqu’à ce que vous en voyiez le fruit. Mais pour cela, vous trouverez qu’il vous est absolument nécessaire d’être revêtus de la puissance d’en haut ; sans quoi, j’en suis persuadé, personne n’a jamais eu, ni n’aura jamais, une patience suffisante pour cette œuvre. Autrement, l’inconcevable lenteur d’esprit de certains enfants, et l’étourderie ou la perversité d’autres, amèneraient les parents à abandonner cette tâche ingrate, et à les laisser suivre leur propre imagination.

11. Et supposez qu’après avoir fait cela, après avoir enseigné vos enfants dès leur plus tendre enfance, de la manière la plus simple que vous pouviez, sans omettre aucune occasion, et en y persévérant, vous ne voyiez pas aussitôt quelque fruit de votre travail : vous ne devez pas en conclure qu’il n’y en aura point. Peut-être le « pain » que vous avez jeté « sur la face des eaux » sera-t-il « retrouvé après bien des jours ». La semence qui est longtemps restée en terre peut, à la longue, lever en une abondante moisson. Surtout si vous ne cessez point de prier devant Dieu, si vous y persévérez avec toute sorte de supplications. Cependant, quel qu’en soit l’effet sur les autres, votre récompense est auprès du Très-Haut.

12. Beaucoup de parents, d’autre part, voient aussitôt le fruit de la semence qu’ils ont semée, et ont la consolation d’observer que leurs enfants croissent en grâce dans la même proportion qu’ils croissent en âge. Pourtant ils n’ont pas tout fait. Ils ont encore sur les bras une autre tâche, parfois d’une difficulté non médiocre. Leurs enfants sont maintenant assez grands pour aller à l’école. Mais à quelle école est-il sage de les envoyer ?

13. Qu’on se souvienne que je ne parle pas au monde sauvage, étourdi, irréfléchi, mais à ceux qui craignent Dieu. Je demande donc : dans quel but envoyez-vous vos enfants à l’école ? « Mais, pour qu’ils soient propres à vivre dans le monde. » Dans quel monde voulez-vous dire, — celui-ci ou l’autre ? Peut-être n’avez-vous pensé qu’à ce monde-ci, et aviez-vous oublié qu’il y a un monde à venir ; bien plus, un monde qui durera à jamais ! Je vous en prie, faites-en entrer la pensée dans votre compte, et envoyez-les chez des maîtres qui le leur tiendront toujours devant les yeux. Autrement, les envoyer à l’école (permettez-moi de parler franchement) ne vaut guère mieux que de les envoyer au diable. En tout cas donc, si vous avez quelque souci de leur âme, n’envoyez vos garçons dans aucune des grandes écoles publiques (car ce sont des pépinières de toute espèce de méchanceté), mais dans une école privée, tenue par quelque homme pieux qui s’efforce d’instruire un petit nombre d’enfants à la fois dans la religion et dans les lettres.

14. « Mais que ferai-je de mes filles ? » Ne les envoyez à aucun prix dans un grand pensionnat. Dans ces établissements aussi, les enfants s’enseignent les unes aux autres l’orgueil, la vanité, l’affectation, l’intrigue, l’artifice, et, en un mot, tout ce qu’une femme chrétienne ne devrait pas apprendre. Supposez qu’une jeune fille ait de bonnes dispositions : que ferait-elle pourtant au milieu d’une foule d’enfants dont pas une ne songe à sauver son âme en pareille compagnie ? d’autant plus que toute leur conversation va dans un autre sens, et roule sur des choses auxquelles on souhaiterait qu’elle ne pense jamais. Je n’ai encore jamais connu une femme pieuse et sensée, élevée dans un grand pensionnat, qui n’affirmât qu’autant vaudrait envoyer une jeune fille se faire élever à Drury-Lane.

15. « Mais où donc enverrai-je mes filles ? » Si vous ne pouvez les élever vous-même (comme le fit ma mère, qui éleva sept filles jusqu’à l’âge adulte), envoyez-les chez quelque maîtresse qui craigne véritablement Dieu ; une femme dont la vie soit un modèle pour ses élèves, et qui n’en ait que le nombre qui lui permette de veiller sur chacune comme devant en rendre compte à Dieu. Il y a quarante ans, je ne connaissais pas une telle maîtresse en Angleterre ; mais vous pouvez maintenant en trouver plusieurs ; vous pouvez trouver une telle maîtresse et une telle école à Highgate, à Deptford, près de Bristol, à Chester, ou près de Leeds.

16. Nous pouvons supposer que vos fils sont maintenant restés assez longtemps à l’école, et que vous pensez à quelque métier pour eux. Avant de rien décider sur ce chapitre, veillez à ce que votre œil soit simple. L’est-il ? Votre but est-il en cela de plaire à Dieu ? C’est bien, si vous le faites entrer dans votre compte ! Mais assurément, si vous aimez ou craignez Dieu vous-même, ce sera là votre première considération : « Dans quel métier mon fils sera-t-il le plus à même d’aimer et de servir Dieu ? Dans quel emploi aura-t-il le plus d’avantages pour amasser des trésors dans le ciel ? » J’ai été choqué au-delà de toute mesure en observant combien peu l’on y fait attention, même parmi les parents pieux ! Ceux-là mêmes considèrent seulement comment il pourra gagner le plus d’argent, non comment il pourra acquérir le plus de sainteté ! Ceux-là mêmes, pour ce glorieux motif, l’envoient chez un maître païen, et dans une famille où il n’y a pas même la forme de la religion, bien moins encore sa puissance ! Pour ce motif, ils le placent dans un métier qui l’exposera nécessairement à des tentations telles qu’elles ne lui laisseront aucune probabilité, sinon aucune possibilité, de servir Dieu. Ô parents barbares ! cruauté dénaturée, diabolique, — si vous croyez qu’il y a un autre monde.

« Mais que ferai-je ? » Placez Dieu devant vos yeux, et faites toutes choses en vue de lui plaire. Alors vous trouverez un maître, de quelque profession qu’il soit, qui aime, ou du moins qui craigne Dieu ; et vous trouverez une famille où se trouve la forme de la religion, sinon aussi sa puissance. Votre fils pourra néanmoins servir le diable, s’il le veut ; mais il est probable qu’il ne le fera pas. Et ne vous souciez pas qu’il gagne moins d’argent, pourvu qu’il acquière plus de sainteté. C’est assez, bien qu’il ait moins de biens terrestres, s’il s’assure la possession du ciel.

17. Il y a encore une circonstance où vous aurez grand besoin de la sagesse d’en haut. Votre fils ou votre fille est maintenant en âge de se marier, et vous demande votre avis à ce sujet. Or vous savez ce que le monde appelle un beau parti, — celui par lequel on gagne beaucoup d’argent. C’en est un, sans aucun doute, s’il est vrai que l’argent apporte toujours le bonheur. Mais je crains bien que ce ne soit pas vrai : l’argent apporte rarement le bonheur, que ce soit en ce monde ou dans le monde à venir. Que personne ne vous séduise par de vains discours : les richesses et le bonheur habitent rarement ensemble. Si donc vous êtes sages, vous ne chercherez pas des richesses pour vos enfants par leur mariage. Veillez à ce que votre œil soit simple en ceci également : visez uniquement à la gloire de Dieu et au bonheur réel de vos enfants, dans le temps et dans l’éternité. C’est une chose affligeante de voir des parents chrétiens se réjouir de vendre leur fils ou leur fille à un païen riche ! Et vous appelez sérieusement cela un beau parti ? Insensé ! par une raison semblable, tu pourrais appeler l’enfer un bon logis, et le diable un bon maître. Oh ! apprends une meilleure leçon d’un meilleur Maître ! « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu », pour toi-même et pour tes enfants ; « et toutes ces choses vous seront données par-dessus ».

18. Il est sans aucun doute vrai que, si vous êtes fermement résolus à marcher dans ce sentier, à vous efforcer par tous les moyens possibles que vous et votre maison serviez ainsi le Seigneur, que chaque membre de votre famille l’adore, non seulement dans la forme, mais en esprit et en vérité, vous aurez besoin de mettre en œuvre toute la grâce, tout le courage, toute la sagesse que Dieu vous a donnés ; car vous trouverez sur le chemin des obstacles tels que seule la puissance de Dieu peut vous rendre capables de les franchir. Vous aurez à lutter avec tous les saints du monde, qui trouveront que vous poussez les choses trop loin. Vous aurez contre vous toutes les puissances des ténèbres, employant à la fois la force et la ruse ; et, par-dessus tout, la tromperie de votre propre cœur, qui, si vous l’écoutez, vous fournira bien des raisons d’être un peu plus conformes au monde. Mais, comme vous avez commencé, avancez au nom du Seigneur, et par sa force toute-puissante ! Bravez le monde qui sourit et le monde qui menace, avec son prince. Suivez la raison et les oracles de Dieu, non les modes et les coutumes des hommes. « Conserve-toi pur. » Quoi que fassent les autres, que vous et votre maison fassiez « honorer en tout la doctrine de Dieu notre Sauveur ». Que vous, votre compagne, vos enfants et vos serviteurs, soyez tous du côté du Seigneur, tirant doucement ensemble sous un même joug, marchant dans tous ses commandements et toutes ses ordonnances, jusqu’au jour où « chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » !

Page 1 / 1 · 24 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant