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Sur le rachat du temps

Chapitre 94 · 20 min de lecture · 26 min d’écoute

Sur le rachat du temps

Sermon 93

Sur le rachat du temps

« rachetez le temps. »

Éphésiens 5:16.

1. « Prenez donc garde de vous conduire avec circonspection », dit l’apôtre au verset précédent, « non comme des insensés, mais comme des sages ; rachetez le temps » : mettez à part tout le temps que vous pourrez pour les meilleurs usages ; rachetez chaque instant qui fuit, en l’arrachant aux mains du péché et de Satan, aux mains de la paresse, du bien-être, du plaisir, des affaires du monde ; et cela avec d’autant plus de zèle que « les jours sont mauvais », des jours de l’ignorance la plus grossière, de l’immoralité et de l’impiété.

2. Tel paraît être le sens général de ces paroles. Mais je me propose de considérer présentement une seule manière particulière de « racheter le temps », à savoir, de le racheter sur le sommeil.

3. C’est là un point qui semble avoir été extrêmement peu considéré, même par des hommes pieux. Beaucoup, qui ont été éminemment consciencieux à d’autres égards, ne l’ont pas été en celui-ci. Ils semblaient tenir pour une chose indifférente de dormir plus ou moins, et ne l’ont jamais vue sous son vrai jour, comme une branche importante de la tempérance chrétienne.

Afin que nous en ayons une idée plus juste, je m’efforcerai de montrer :

I. Ce que c’est que de « racheter le temps » sur le sommeil.

II. Le mal qu’il y a à ne pas le racheter. Et

III. La manière la plus efficace de le faire.

I. 1. Et d’abord, qu’est-ce que « racheter le temps » sur le sommeil ? C’est, en général, prendre chaque nuit la mesure de sommeil que la nature exige, et pas davantage ; la mesure qui contribue le mieux à la santé et à la vigueur, tant du corps que de l’esprit.

2. Mais on objecte : « Une même mesure ne convient pas à tous les hommes ; — certains ont besoin de beaucoup plus que d’autres. Et la même mesure ne suffit pas non plus à la même personne en tout temps. Quand quelqu’un est malade, ou, s’il ne l’est pas actuellement, qu’il est encore affaibli par une maladie précédente, il a assurément besoin de ce réparateur naturel plus que lorsqu’il était en parfaite santé. Et il en sera de même lorsque ses forces et ses esprits seront épuisés par un travail dur ou longtemps prolongé. »

3. Tout cela est incontestablement vrai, et confirmé par mille expériences. Quels qu’ils soient, ceux qui ont essayé de fixer une seule mesure de sommeil pour tout le monde ne connaissaient donc pas la nature du corps humain, si différente d’une personne à l’autre ; pas plus que ceux qui s’imaginaient que la même mesure conviendrait à la même personne en tout temps. On s’étonnera donc qu’un aussi grand homme que l’évêque Taylor ait pu concevoir une idée si étrange ; et plus encore, que la mesure qu’il a donnée pour règle générale ne soit que de trois heures sur vingt-quatre. Cet homme bon et sensé, M. Baxter, n’était guère plus près de la vérité, lui qui suppose que quatre heures sur vingt-quatre suffisent à n’importe qui. J’ai connu un homme extrêmement sensé qui était absolument persuadé que personne au monde n’avait besoin de dormir plus de cinq heures sur vingt-quatre. Mais quand il en fit lui-même l’expérience, il abandonna bien vite cette opinion. Et je suis pleinement convaincu, par une observation poursuivie pendant plus de cinquante ans, que, quoi que puissent faire des personnes extraordinaires, ou dans certains cas extraordinaires (où des personnes ont subsisté avec très peu de sommeil pendant quelques semaines, ou même quelques mois), un corps humain ne peut guère se maintenir en santé et en vigueur sans au moins six heures de sommeil sur vingt-quatre. Ce dont je suis sûr, c’est que je n’en ai jamais rencontré d’exemple : je n’ai jamais trouvé d’homme ni de femme qui ait conservé une santé vigoureuse pendant un an avec une quantité de sommeil moindre que celle-là.

4. Et j’ai remarqué depuis longtemps que les femmes, en général, ont besoin d’un peu plus de sommeil que les hommes ; peut-être parce qu’elles sont, d’ordinaire, d’une constitution plus faible, et aussi plus humide. Si donc on pouvait se hasarder à proposer une règle unique (quoique sujette à bien des exceptions et à des changements occasionnels), je suis porté à croire que celle-ci approcherait du but : les hommes bien portants ont en général besoin d’un peu plus de six heures de sommeil, les femmes bien portantes d’un peu plus de sept, sur vingt-quatre. Pour moi, il me faut six heures et demie, et je ne puis guère subsister avec moins.

5. Si quelqu’un désire savoir exactement quelle quantité de sommeil exige sa propre constitution, il peut très aisément faire l’expérience que je fis il y a environ soixante ans. Je me réveillais alors chaque nuit vers minuit ou une heure, et je restais éveillé un certain temps. J’en conclus aussitôt que cela venait de ce que je restais au lit plus longtemps que la nature ne l’exigeait. Pour m’en assurer, je me procurai un réveille-matin, qui me réveilla le lendemain matin à sept heures (près d’une heure plus tôt que je ne m’étais levé la veille) ; et pourtant je restai encore éveillé la nuit. Le deuxième matin, je me levai à six heures ; mais, malgré cela, je restai éveillé la deuxième nuit. Le troisième matin, je me levai à cinq heures ; mais néanmoins je restai éveillé la troisième nuit. Le quatrième matin, je me levai à quatre heures (comme, par la grâce de Dieu, je l’ai fait depuis lors) ; et je ne restai plus éveillé. Et maintenant je ne reste pas éveillé (à prendre l’année entière) un quart d’heure de suite en un mois. Par la même expérience, en se levant chaque matin de plus en plus tôt, chacun peut découvrir de combien de sommeil il a réellement besoin.

II. 1. « Mais pourquoi se donner tant de peine ? Quel besoin y a-t-il d’être si scrupuleux ? Pourquoi nous rendre si singuliers ? Quel mal y a-t-il à faire comme font nos voisins ? — par exemple, à rester couché de dix heures jusqu’à six ou sept heures en été, et jusqu’à huit ou neuf heures en hiver ? »

2. Si vous voulez examiner loyalement cette question, il vous faudra beaucoup de franchise et d’impartialité ; car ce que je vais dire sera probablement tout nouveau pour vous ; différent de tout ce que vous avez jamais entendu de votre vie ; différent du jugement, ou du moins de l’exemple, de vos parents et de vos plus proches ; et même, peut-être, des personnes les plus pieuses que vous ayez jamais connues. Élevez donc votre cœur vers l’Esprit de vérité, et suppliez-le de l’éclairer, afin que, sans faire acception de personne, vous puissiez voir et suivre la vérité qui est en Jésus.

3. Désirez-vous vraiment savoir quel mal il y a à ne pas racheter sur le sommeil tout le temps que vous pouvez ? par exemple, à y consacrer chaque jour une heure de plus que la nature ne l’exige ? Eh bien, premièrement, cela nuit à vos biens ; c’est jeter six heures par semaine qui pourraient tourner à quelque profit temporel. Si vous êtes capable de quelque travail, vous pourriez gagner quelque chose en ce temps-là, si peu que ce fût. Et vous n’avez nul besoin de jeter même ce peu. Si vous n’en avez pas besoin vous-même, donnez-le à ceux qui en ont besoin ; vous en connaissez quelques-uns qui ne sont pas loin. Si vous n’avez point de métier, vous pouvez encore employer ce temps de telle sorte qu’il rapporte de l’argent, ou l’équivalent de l’argent, à vous-même ou à d’autres.

4. Ne pas racheter sur le sommeil tout le temps que vous pouvez, y passer plus de temps que votre constitution ne l’exige nécessairement, en second lieu, nuit à votre santé. Rien n’est plus certain, bien qu’on ne le remarque pas communément, parce que le mal vient sur vous par degrés lents et insensibles. C’est de cette manière graduelle et presque imperceptible qu’il pose le fondement de bien des maladies. Il est la cause principale et réelle (quoique insoupçonnée) de toutes les maladies nerveuses en particulier. On s’est souvent demandé pourquoi les troubles nerveux sont tellement plus communs parmi nous que parmi nos ancêtres. D’autres causes peuvent souvent y concourir ; mais la principale est que nous restons plus longtemps au lit. Au lieu de nous lever à quatre heures, la plupart d’entre nous qui ne sommes pas obligés de travailler pour notre pain restons couchés jusqu’à sept, huit ou neuf heures. Nous n’avons pas besoin de chercher plus loin. Cela explique suffisamment le grand accroissement de ces pénibles infirmités.

5. On peut remarquer que la plupart d’entre elles viennent, non seulement de ce qu’on dort trop longtemps, mais même de ce que nous imaginons tout à fait inoffensif : rester trop longtemps au lit. À force de tremper (comme on le dit si expressivement) si longtemps entre des draps chauds, la chair est pour ainsi dire à demi bouillie, et devient molle et flasque. Les nerfs, pendant ce temps, se détendent tout à fait, et tout le cortège des symptômes mélancoliques — défaillance, tremblements, abattement des esprits (comme on l’appelle) — survient, jusqu’à ce que la vie même devienne un fardeau.

6. Un effet commun, soit d’un sommeil trop long, soit d’un séjour trop long au lit, est la faiblesse de la vue, particulièrement cette faiblesse qui est d’origine nerveuse. Quand j’étais jeune, ma vue était remarquablement faible. Pourquoi est-elle plus forte maintenant qu’elle ne l’était il y a quarante ans ? Je l’attribue principalement à la bénédiction de Dieu, qui nous rend propres à tout ce à quoi il nous appelle. Mais, sans aucun doute, le moyen extérieur qu’il lui a plu de bénir fut l’habitude de me lever de bonne heure le matin.

7. Une objection plus grave encore contre le fait de ne pas se lever tôt, de ne pas racheter sur le sommeil tout le temps que nous pouvons, c’est que cela nuit à l’âme, aussi bien qu’au corps ; c’est un péché contre Dieu. Et cela doit nécessairement l’être, pour les deux raisons qui précèdent. Car nous ne pouvons gaspiller, ou (ce qui revient au même) ne pas faire valoir, aucune partie de nos biens terrestres, pas plus que nous ne pouvons altérer notre propre santé, sans pécher contre lui.

8. Mais cette intempérance à la mode nuit aussi à l’âme d’une manière plus directe. Elle sème les germes de désirs insensés et pernicieux ; elle enflamme dangereusement nos appétits naturels, qu’une personne qui s’étire et bâille dans son lit est toute disposée à satisfaire. Elle engendre et accroît continuellement la paresse, si souvent reprochée à la nation anglaise. Elle ouvre la voie, et prépare l’âme, à toute autre sorte d’intempérance. Elle engendre une mollesse et une langueur d’esprit universelles, qui nous font craindre le moindre désagrément, nous rendent peu disposés à nous refuser aucun plaisir, ou à prendre et à porter aucune croix. Et comment alors serons-nous capables (et sans cela il nous faut tomber en enfer) de « nous emparer du royaume des cieux par la violence » ? Elle nous rend tout à fait impropres à « souffrir comme de bons soldats de Jésus-Christ » ; et, par conséquent, à « combattre le bon combat de la foi, et saisir la vie éternelle ».

9. De quelle belle manière ce grand homme, M. [William] Law, traite ce sujet important ! [À savoir : racheter le temps sur le sommeil.] Je ne puis m’empêcher d’ajouter ici une partie de ses paroles, à l’usage de tout lecteur sensé.

« Je tiens pour certain que tout chrétien qui est en bonne santé est levé de bon matin. Car il est beaucoup plus raisonnable de supposer qu’une personne est levée tôt parce qu’elle est chrétienne, que parce qu’elle est ouvrier, ou marchand, ou domestique.

« Nous concevons de l’aversion pour un homme qui est au lit quand il devrait être à son travail. Nous ne pouvons penser du bien de celui qui est l’esclave de l’assoupissement au point de négliger pour lui ses affaires.

« Que cela nous apprenne donc à concevoir combien nous devons paraître odieux à Dieu si nous sommes au lit, enfermés dans le sommeil, quand nous devrions louer Dieu ; et si nous sommes les esclaves de l’assoupissement au point de négliger pour lui nos dévotions.

« Le sommeil est un état d’existence si morne et si stupide que, même parmi les simples animaux, nous méprisons le plus ceux qui sont le plus assoupis. Celui donc qui choisit de prolonger l’indolence paresseuse du sommeil plutôt que d’être de bonne heure à ses dévotions choisit le plus morne délassement du corps de préférence aux plus nobles jouissances de l’âme. Il choisit l’état qui est une honte pour les simples animaux, de préférence à l’exercice qui fait la gloire des anges.

10. « En outre, celui qui ne peut se refuser cette complaisance assoupie n’est pas plus préparé à la prière, une fois levé, qu’il n’est préparé au jeûne ou à tout autre acte de renoncement. Il peut, en vérité, lire d’un bout à l’autre une formule de prière plus aisément qu’il ne peut accomplir ces devoirs ; mais il n’est pas plus disposé à l’esprit de prière qu’il ne l’est au jeûne. Car le sommeil, quand on s’y abandonne ainsi, donne de la mollesse à toutes nos dispositions, et nous rend incapables de goûter autre chose que ce qui convient à un état d’esprit oisif, comme l’est le sommeil. De sorte qu’une personne qui est l’esclave de cette oisiveté demeure dans la même disposition une fois levée. Tout ce qui est oisif ou sensuel lui plaît. Et tout ce qui demande de la peine ou du renoncement lui est odieux, pour la même raison qui lui fait haïr de se lever.

11. « Il n’est pas possible à un épicurien d’être vraiment pieux. Il lui faut renoncer à sa sensualité avant de pouvoir goûter le bonheur de la dévotion. Or, celui qui fait du sommeil une complaisance oisive fait autant pour corrompre son âme, pour la rendre esclave des appétits du corps, que le fait un épicurien. Cela ne dérègle pas sa vie comme le font des actes notoires d’intempérance ; mais, comme toute autre complaisance plus modérée, cela use silencieusement, et par degrés plus petits, l’esprit de la religion, et enfonce l’âme dans la torpeur et la sensualité.

« Le renoncement sous toutes ses formes est la vie et l’âme mêmes de la piété ; mais celui qui n’en a pas assez pour être capable d’être de bonne heure à ses prières ne peut penser qu’il a pris sa croix et qu’il suit Christ.

« Quelle victoire a-t-il remportée sur lui-même ? Quelle main droite a-t-il coupée ? À quelles épreuves est-il préparé ? Quel sacrifice est-il prêt à offrir à Dieu, celui qui ne peut être assez dur envers lui-même pour se lever pour la prière à l’heure où la partie laborieuse du monde se contente de se lever pour son travail ?

12. « Certaines personnes ne se feront pas scrupule de vous dire qu’elles se laissent aller au sommeil parce qu’elles n’ont rien à faire ; et que, si elles avaient quelque affaire qui les fît lever, elles ne perdraient pas tant de leur temps à dormir. Mais il faut leur dire qu’elles se méprennent ; qu’elles ont beaucoup à faire ; qu’elles ont un cœur endurci à changer ; qu’elles ont à acquérir tout l’esprit de la religion. Car assurément celui qui pense n’avoir rien à faire, parce que rien d’autre que ses prières ne le réclame, peut à juste titre être dit avoir encore à chercher tout l’esprit de la religion.

« Vous ne devez donc pas considérer combien c’est une petite faute que de se lever tard, mais combien c’est une grande misère que de manquer de l’esprit de la religion, et de vivre dans une mollesse et une oisiveté telles qu’elles vous rendent incapables des devoirs fondamentaux du christianisme.

« Si je voulais vous engager à ne pas rechercher la satisfaction de votre palais, je n’insisterais pas sur le péché de gaspiller votre argent, quoique ce soit un grand péché ; mais je vous engagerais à renoncer à une telle manière de vivre parce qu’elle vous entretient dans un état de sensualité qui vous rend incapables de goûter les doctrines les plus essentielles de la religion.

« Pour la même raison, je n’insiste pas beaucoup sur le péché de gaspiller votre temps dans le sommeil, quoique ce soit un grand péché ; mais je vous engage à renoncer à cette complaisance parce qu’elle donne de la mollesse et de l’oisiveté à votre âme, et qu’elle est si contraire à cet esprit vif, zélé, vigilant, porté au renoncement, qui fut non seulement l’esprit de Christ et de ses apôtres, et l’esprit de tous les saints et de tous les martyrs qui aient jamais paru parmi les hommes, mais qui doit être l’esprit de tous ceux qui ne veulent pas sombrer dans la corruption commune du monde.

13. « C’est donc ici que nous devons faire porter notre accusation contre cette pratique. Nous devons la blâmer, non comme renfermant tel ou tel mal particulier, mais comme une habitude générale qui s’étend à tout notre esprit, et qui entretient un état d’âme entièrement mauvais.

« Elle est contraire à la piété ; non comme des faux pas ou des erreurs accidentelles dans la vie lui sont contraires, mais de la manière dont un mauvais état du corps est contraire à la santé.

« D’autre part, si vous vous leviez de bonne heure chaque matin, comme un exercice de renoncement, comme une manière de renoncer à la complaisance pour vous-même, comme un moyen de racheter votre temps et de disposer votre esprit à la prière, vous en verriez bientôt l’avantage. Cette méthode, bien qu’elle ne paraisse qu’une petite circonstance, pourrait être le moyen d’une grande piété. Elle vous rappellerait constamment que la mollesse et l’oisiveté sont le fléau de la religion. Elle vous apprendrait à exercer de l’empire sur vous-même, et à renoncer à d’autres plaisirs et à d’autres dispositions qui font la guerre à l’âme. Et ce qui est ainsi planté et arrosé recevra certainement de Dieu son accroissement. »

III. 1. Il ne reste plus maintenant qu’à rechercher, en troisième lieu, comment nous pouvons racheter le temps, comment nous pouvons nous y prendre dans cette affaire importante. De quelle manière pratiquerons-nous le plus efficacement cette branche importante de la tempérance ?

Je vous conseille, à vous tous qui êtes pleinement convaincus de son importance inexprimable, de ne pas laisser s’éteindre cette conviction, mais de commencer aussitôt à agir en conséquence. Seulement, ne comptez pas sur vos propres forces ; si vous le faites, vous serez entièrement mis en échec. Soyez profondément pénétrés de cette pensée que, de même que vous n’êtes capables de rien faire de bon par vous-mêmes, de même ici, en particulier, toute votre force, toute votre résolution ne servira de rien. Quiconque se confie en lui-même sera confondu. Je n’ai jamais trouvé d’exception. Je n’ai jamais connu personne qui, se confiant en ses propres forces, ait pu tenir cette résolution pendant une année.

2. Je vous conseille, en deuxième lieu, de crier au Fort pour obtenir la force. Invoquez celui qui a tout pouvoir dans le ciel et sur la terre, et croyez qu’il exaucera la prière faite avec des lèvres sans tromperie. De même que vous ne pouvez avoir trop peu de confiance en vous-mêmes, ainsi vous ne pouvez en avoir trop en lui. Alors mettez-vous en route avec foi ; et assurément sa force s’accomplira dans votre faiblesse.

3. Je vous conseille, en troisième lieu, de joindre à votre foi la prudence : employez les moyens les plus raisonnables pour atteindre votre but. En particulier, commencez par le bon bout, sans quoi vous perdrez votre peine. Si vous désirez vous lever tôt, couchez-vous tôt ; assurez ce point à tout prix. En dépit des compagnons les plus chers et les plus agréables, en dépit de leurs sollicitations les plus pressantes, en dépit des prières, des railleries ou des reproches, gardez rigoureusement votre heure. Levez-vous exactement à votre heure, et retirez-vous sans cérémonie. Gardez votre heure, malgré les affaires les plus pressantes : remettez toutes choses au lendemain matin. Si grande que soit la croix, si grand que soit le renoncement, gardez votre heure, ou tout est perdu.

4. Je vous conseille, en quatrième lieu, d’être constants. Gardez sans interruption votre heure de lever. Ne vous levez pas deux matins pour rester au lit le troisième ; mais ce que vous faites une fois, faites-le toujours. « Mais j’ai mal à la tête. » N’y prenez pas garde. Cela passera bientôt. « Mais je suis extraordinairement assoupi ; mes yeux sont tout appesantis. » Alors il ne faut pas parlementer ; sinon la partie est perdue ; mais levez-vous d’un bond, tout de suite. Et si votre assoupissement ne passe pas, recouchez-vous un moment une heure ou deux après. Mais que rien ne fasse brèche à cette règle : levez-vous et habillez-vous à votre heure.

5. Peut-être direz-vous : « Le conseil est bon ; mais il vient trop tard ! J’ai déjà fait brèche. Je me levais régulièrement, et pendant un temps rien ne m’en empêchait. Mais j’ai cédé peu à peu, et voilà maintenant longtemps que j’y ai renoncé. » Alors, au nom de Dieu, recommencez ! Commencez demain ; ou plutôt ce soir, en vous couchant de bonne heure, en dépit de la compagnie ou des affaires. Commencez avec plus de défiance de vous-même qu’auparavant, mais avec plus de confiance en Dieu. Suivez seulement ces quelques règles, et, j’en réponds sur mon âme, Dieu vous donnera la victoire. En peu de temps la difficulté sera passée ; mais le bienfait durera à jamais.

6. Si vous dites : « Mais je ne puis faire maintenant comme je faisais alors ; car je ne suis plus ce que j’étais : j’ai bien des infirmités, mes esprits sont abattus, mes mains tremblent ; je suis tout relâché », — je réponds : tous ces symptômes sont nerveux ; et ils viennent tous en partie de ce que vous prenez trop de sommeil ; et il n’est pas probable qu’ils disparaissent jamais, à moins que vous n’en supprimiez la cause. C’est pourquoi, pour cette raison même (non seulement pour vous punir de votre folie et de votre infidélité, mais), afin de recouvrer votre santé et vos forces, reprenez l’habitude de vous lever tôt. Vous n’avez aucun autre moyen possible de recouvrer, à quelque degré passable, la santé du corps et de l’esprit. Ne vous tuez pas tout à fait. Ne courez pas dans le chemin qui mène aux portes de la mort ! Comme je l’ai déjà dit, je le dis encore : au nom de Dieu, aujourd’hui même, repartez à nouveau. Il est vrai que ce sera plus difficile qu’au commencement. Mais supportez la difficulté que vous vous êtes attirée, et elle ne durera pas longtemps. Le soleil de la justice se lèvera bientôt de nouveau, et il guérira à la fois votre âme et votre corps.

7. Mais n’allez pas vous imaginer que ce seul point, se lever tôt, suffise à faire de vous un chrétien. Non : bien que ce seul point, ne pas se lever, puisse vous retenir païen, vide de tout l’esprit chrétien ; bien que cela seul (surtout si vous l’aviez une fois vaincu) suffise à vous maintenir froid, formaliste, sans cœur, mort, et à vous rendre impossible de faire un seul pas en avant dans la sainteté vivante, cela seul, cependant, ne mènera pas bien loin pour faire de vous un vrai chrétien. Ce n’est qu’un pas parmi beaucoup ; mais c’en est un. Et, l’ayant fait, avancez. Allez jusqu’au renoncement universel, à la tempérance en toutes choses, à la ferme résolution de prendre chaque jour toute croix à laquelle vous êtes appelé. Avancez, en recherchant pleinement tous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, la sainteté intérieure et ensuite extérieure ; ainsi vous serez, non pas presque, mais tout à fait chrétien ; ainsi vous achèverez votre course avec joie : vous vous réveillerez à sa ressemblance, et vous serez rassasié.

[20 janvier 1782]

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