Sermons sur divers sujets
Sur le zèle

Chapitre 93 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute

Sur le zèle

Sermon 92

Sur le zèle

« Il est beau d’avoir du zèle pour ce qui est bien et en tout temps. »

Galates 4:18.

1. Il y a peu de sujets, dans toute l’étendue de la religion, qui soient d’une plus grande importance que celui-ci. Car sans zèle il est impossible, soit de faire nous-mêmes quelque progrès considérable dans la religion, soit de rendre quelque service considérable à notre prochain, dans les choses temporelles ou spirituelles. Et pourtant rien n’a fait plus de tort à la religion, ni plus de mal au genre humain, qu’une sorte de zèle qui a régné pendant plusieurs siècles, chez les nations païennes, mahométanes et chrétiennes. À tel point qu’on peut dire en vérité que l’orgueil, la convoitise, l’ambition, la vengeance ont, dans toutes les parties du monde, tué leurs milliers, mais le zèle ses dix milliers. On en a vu de terribles exemples dans les temps anciens, chez les nations païennes les plus civilisées. C’est à lui principalement que furent dues les persécutions inhumaines des premiers chrétiens ; et, dans des siècles plus récents, les persécutions non moins inhumaines des protestants par l’Église de Rome. Ce fut le zèle qui alluma les bûchers dans notre nation sous le règne de la sanguinaire reine Marie. Ce fut le zèle qui, peu après, fit de tant de provinces de France un champ de sang. Ce fut le zèle qui massacra tant de milliers de protestants sans défense, dans l’inoubliable massacre de Paris. Ce fut le zèle qui provoqua le massacre plus horrible encore d’Irlande, — dont le pareil, tant pour le nombre des victimes que pour les circonstances révoltantes dans lesquelles beaucoup de ces meurtres furent commis, ne s’était jamais vu, je le crois vraiment, depuis que le monde existe. Quant aux autres parties de l’Europe, un éminent écrivain allemand a pris une peine immense pour fouiller en divers lieux les archives et les histoires les plus authentiques, afin d’acquérir une connaissance suffisante du sang qui a été versé depuis la Réforme ; et il calcule que, tant par des persécutions particulières que par des guerres de religion, dans l’espace de quarante ans, à compter de l’année 1520, plus de quarante millions de personnes ont péri !

2. Mais n’est-il pas possible de distinguer le bon zèle du mauvais ? Sans doute cela est possible. Mais c’est difficile, tant le cœur humain est trompeur, tant les passions savent habilement se justifier. Et il y a extrêmement peu de traités sur ce sujet, du moins en langue anglaise. À ce jour je n’ai vu ou entendu mentionner qu’un seul sermon ; et il fut écrit il y a plus de cent ans par le docteur Sprat, alors évêque de Rochester ; de sorte qu’il est aujourd’hui extrêmement rare.

3. Je voudrais volontiers, avec l’aide de Dieu, apporter mon obole pour éclaircir cette importante question, afin de rendre les hommes bien intentionnés, qui désirent plaire à Dieu, capables de distinguer le vrai zèle chrétien de ses diverses contrefaçons. Et cela est plus nécessaire en ce temps-ci que cela ne l’a été depuis bien des années. Il y a soixante ans, il semblait ne plus rester guère de zèle religieux dans la nation. Les gens en général étaient merveilleusement froids et tranquilles au sujet de cette bagatelle, la religion. Mais depuis lors, il est facile de l’observer, il s’est fait un changement très considérable. Des milliers de personnes, presque dans toutes les parties de la nation, ont éprouvé un réel désir de sauver leur âme. Et je suis persuadé qu’il y a aujourd’hui en Angleterre plus de zèle religieux qu’il n’y en a eu depuis un siècle.

4. Mais ce zèle a-t-il été de la bonne ou de la mauvaise sorte ? Probablement de l’une et de l’autre. Voyons si nous ne pouvons les séparer, afin d’éviter la seconde et de nous attacher à la première. Pour cela, je voudrais d’abord rechercher :

I. Quelle est la nature du vrai zèle chrétien ?

II. Quelles en sont les propriétés ? Et

III. Tirer quelques conséquences pratiques.

I. Et premièrement : quelle est la nature du zèle en général, et du vrai zèle chrétien en particulier ?

1. Le mot original, dans son sens premier, signifie chaleur, comme la chaleur de l’eau bouillante. Appliqué figurément à l’esprit, il signifie toute émotion ou toute affection ardente. Quelquefois il est pris pour l’envie. C’est ainsi qu’on le traduit en Actes 5:17, où nous lisons : « le souverain sacrificateur et tous ceux qui étaient avec lui … furent remplis de jalousie », — eplEsthEsan zElou, bien qu’on eût pu tout aussi bien traduire : furent remplis de zèle. Quelquefois il est pris pour la colère et l’indignation ; quelquefois pour un désir véhément. Et lorsque l’une de nos passions est fortement émue pour un motif religieux, soit en faveur de quelque chose de bon, soit contre quelque chose que nous jugeons mauvais, c’est là ce que nous appelons zèle religieux.

2. Mais tout ce qu’on appelle zèle religieux n’est pas digne de ce nom. Ce n’est pas proprement un zèle religieux ou chrétien, s’il n’est joint à la charité. Un écrivain distingué (l’évêque Sprat) pousse la chose plus loin encore. « On a affirmé, dit ce grand homme, qu’aucun zèle n’est bon qui ne soit charitable, mais qu’il l’est pour la plus grande part. La charité, ou l’amour, n’est pas seulement un ingrédient, mais l’ingrédient principal de sa composition. » Ne pouvons-nous pas aller plus loin encore ? Ne pouvons-nous pas dire que le vrai zèle n’est pas charitable pour la plus grande part, mais entièrement ? c’est-à-dire, si nous prenons la charité, au sens de saint Paul, pour l’amour : l’amour de Dieu et de notre prochain. Car c’est une vérité certaine (bien que peu comprise dans le monde) que le zèle chrétien est tout amour. Il n’est rien d’autre. L’amour de Dieu et des hommes remplit toute sa nature.

3. Pourtant ce n’est pas à tout degré de cet amour que l’on donne ce nom. Il peut y avoir quelque amour, un faible degré d’amour, là où il n’y a point de zèle. Mais le zèle est proprement l’amour à un degré plus élevé. C’est l’amour fervent. Le vrai zèle chrétien n’est autre chose que la flamme de l’amour. Telle en est la nature, l’essence la plus intime.

II. 1. Il s’ensuit que les propriétés de l’amour sont aussi les propriétés du zèle. Or, l’une des principales propriétés de l’amour est l’humilité : « L’amour ne s’enfle point d’orgueil. » En conséquence, c’est une propriété du vrai zèle : l’humilité en est inséparable. Tel est le degré du zèle, tel est le degré de l’humilité : ils doivent monter et descendre ensemble. Le même amour qui remplit un homme de zèle pour Dieu le rend petit, et pauvre, et vil à ses propres yeux.

2. Une autre des propriétés de l’amour est la douceur ; par conséquent, c’est l’une des propriétés du zèle. Il nous apprend à être doux aussi bien qu’humbles ; à être également au-dessus de la colère et de l’orgueil. Comme la cire se fond au feu, ainsi, devant cette flamme sacrée, toutes les passions turbulentes se fondent et laissent l’âme calme et sereine.

3. Une autre propriété encore de l’amour, et par conséquent du zèle, est une patience infatigable ; car « l’amour supporte tout ». Il arme l’âme d’une entière soumission à toutes les dispositions de la divine Providence, et nous apprend à dire en toute occurrence : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui lui semblera bon ! » Il nous rend capables d’être contents de l’état où nous nous trouvons, quel qu’il soit ; de ne nous plaindre de rien, de ne murmurer de rien, « mais de rendre grâces en toutes choses ».

4. Il y a une quatrième propriété du zèle chrétien, qui mérite d’être considérée plus particulièrement. Nous l’apprenons des paroles mêmes de l’apôtre : « Il est beau d’avoir du zèle … en tout temps » (non pas d’avoir des accès passagers de zèle, mais une disposition constante et enracinée) « pour ce qui est bien » : pour ce qui est bon ; car l’objet propre du zèle est le bien en général, c’est-à-dire tout ce qui est bon, réellement tel, aux yeux de Dieu.

5. Mais qu’est-ce qui est bon aux yeux de Dieu ? Quelle est cette religion dans laquelle Dieu prend toujours plaisir ? Comment les parties en s’élèvent-elles les unes au-dessus des autres ? Et quelle en est la valeur comparée ?

C’est là un point extrêmement peu considéré, et par conséquent peu compris. Beaucoup ont quelque connaissance de la théologie positive. Mais peu savent quelque chose de la théologie comparée. Je n’ai jamais vu qu’un seul opuscule sur ce chapitre ; il peut être utile d’en joindre ici une esquisse.

Chez un croyant chrétien, l’amour siège sur le trône qui est élevé au plus intime de l’âme : savoir l’amour de Dieu et des hommes, qui remplit tout le cœur et règne sans rival. Dans un cercle proche du trône sont toutes les saintes dispositions : — la patience, la bénignité, la douceur, la fidélité, la tempérance ; et toute autre qui serait comprise dans « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ». Dans un cercle extérieur sont toutes les œuvres de miséricorde, qu’elles regardent l’âme ou le corps des hommes. Par elles nous exerçons toutes les saintes dispositions, — par elles nous les développons continuellement ; de sorte qu’elles sont toutes de véritables moyens de grâce, bien qu’on n’y prenne pas garde communément. Après elles viennent celles qu’on appelle d’ordinaire œuvres de piété : — la lecture et l’audition de la parole, la prière publique, en famille et en particulier, la réception de la sainte cène, le jeûne ou l’abstinence. Enfin, afin que ses disciples puissent d’autant plus efficacement s’exciter les uns les autres à l’amour, aux saintes dispositions et aux bonnes œuvres, notre Seigneur béni les a unis ensemble en un seul corps, l’Église, dispersée sur toute la terre, — et de cette Église universelle nous avons un petit emblème dans chaque assemblée chrétienne particulière.

6. Telle est cette religion que notre Seigneur a établie sur la terre, depuis la descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte. Tel est le système entier et lié du christianisme ; et c’est ainsi que ses diverses parties s’élèvent les unes au-dessus des autres, depuis le point le plus bas, notre assemblée commune, jusqu’au plus haut, — l’amour trônant dans le cœur. Et de là il est facile d’apprendre la valeur comparée de chaque branche de la religion. De là aussi nous apprenons une cinquième propriété du vrai zèle : c’est que, comme il s’exerce toujours en kaloi, pour ce qui est bien, ainsi il est toujours proportionné à ce bien, au degré de bonté qui est dans son objet.

7. Par exemple. Tout chrétien doit sans aucun doute être zélé pour l’Église, lui portant une forte affection et désirant ardemment sa prospérité et son accroissement. Il doit être ainsi zélé pour l’Église universelle, priant pour elle continuellement, mais surtout pour cette Église particulière, ou cette société chrétienne, dont il est lui-même membre. Pour elle il doit lutter avec Dieu dans la prière, tout en employant tous les moyens en son pouvoir pour en étendre les limites et pour fortifier ses frères, afin qu’ils fassent honorer en tout la doctrine de Dieu notre Sauveur.

8. Mais il doit être plus zélé pour les ordonnances de Christ que pour l’Église elle-même : pour la prière publique et particulière ; pour la sainte cène ; pour la lecture, l’audition et la méditation de sa parole ; et pour le devoir si négligé du jeûne. Il doit les recommander avec ardeur ; d’abord par son exemple, puis par le conseil, par le raisonnement, la persuasion et l’exhortation, aussi souvent que l’occasion s’en présente.

9. C’est ainsi qu’il doit montrer son zèle pour les œuvres de piété ; mais bien plus pour les œuvres de miséricorde, puisque Dieu prend plaisir « à la miséricorde, et non aux sacrifices », c’est-à-dire plutôt qu’aux sacrifices. Toutes les fois donc que l’une gêne l’autre, les œuvres de miséricorde doivent être préférées. Même la lecture, l’audition, la prière doivent être omises ou remises « à l’appel tout-puissant de la charité », quand nous sommes appelés à soulager la détresse de notre prochain, que ce soit dans son corps ou dans son âme.

10. Mais quelque zélés que nous soyons pour toutes les bonnes œuvres, nous devons l’être plus encore pour les saintes dispositions ; pour planter et faire croître, tant dans notre propre âme que chez tous ceux avec qui nous avons quelque commerce, l’humilité d’esprit, la douceur, la bénignité, la patience, le contentement, la soumission à la volonté de Dieu, la mort au monde et aux choses du monde, comme le seul moyen d’être vraiment vivants pour Dieu. Pour ces preuves et ces fruits de la foi vivante, nous ne saurions être trop zélés. Nous devrions « en parler quand nous sommes dans notre maison », et « quand nous allons en voyage », et « quand nous nous couchons », et « quand nous nous levons ». Nous devrions en faire un sujet continuel de prière, comme étant bien plus excellentes que toutes les œuvres extérieures quelles qu’elles soient ; puisque celles-ci cesseront quand le corps tombera, mais que celles-là nous accompagneront dans l’éternité.

11. Mais notre zèle le plus choisi doit être réservé à l’amour lui-même, — le but du commandement, l’accomplissement de la loi. L’Église, les ordonnances, les œuvres extérieures de toute sorte, oui, toutes les autres saintes dispositions, lui sont inférieures, et ne croissent en valeur qu’à mesure qu’elles s’en approchent de plus en plus. Voilà donc le grand objet du zèle chrétien. Que tout vrai croyant en Christ s’adresse, avec toute la ferveur de l’esprit, au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, afin que son cœur soit de plus en plus élargi dans l’amour envers Dieu et envers tous les hommes. Qu’il ne fasse qu’une chose : qu’il « coure vers ce prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ ».

III. Il reste seulement à tirer quelques conséquences pratiques des observations qui précèdent.

1. Et premièrement, si le zèle, le vrai zèle chrétien, n’est autre chose que la flamme de l’amour, alors la haine, de toute sorte et à tout degré, alors toute espèce d’amertume envers ceux qui s’opposent à nous, est si loin de mériter le nom de zèle qu’elle lui est directement opposée. Si le zèle n’est que l’amour fervent, alors il se tient à la plus grande distance du préjugé, de la jalousie, des mauvais soupçons ; puisque « l’amour ne soupçonne point le mal ». Alors la bigoterie de toute sorte, et par-dessus tout l’esprit de persécution, lui sont entièrement contraires. Qu’aucune de ces dispositions impies ne se mette donc à l’abri sous ce nom sacré. Comme elles sont toutes des œuvres du diable, qu’elles paraissent sous leur forme propre, et qu’elles ne trompent plus, sous ce déguisement spécieux, les enfants de Dieu qui ne sont pas sur leurs gardes.

2. Deuxièmement. Si l’humilité est une propriété du zèle, alors l’orgueil lui est contraire. Il est vrai qu’un certain degré d’orgueil peut demeurer après que l’amour de Dieu a été répandu dans le cœur, car c’est l’un des derniers maux qui soient déracinés quand Dieu crée toutes choses nouvelles ; mais il ne peut régner, ni garder aucune puissance considérable, là où se trouve l’amour fervent. Bien plus, si nous lui cédions tant soit peu, il amortirait cette sainte ferveur et, si nous ne retournions aussitôt à Christ, il éteindrait entièrement l’Esprit.

3. Troisièmement. Si la douceur est une propriété inséparable du zèle, que dirons-nous de ceux qui donnent ce nom à leur colère ? Eh bien, qu’ils se méprennent entièrement sur la vérité ; qu’ils « changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres », au sens le plus complet. Nous ne saurions être trop en garde contre cette illusion, parce qu’elle s’étend sur tout le monde chrétien. Presque partout, zèle et colère passent pour des termes équivalents ; et il y a extrêmement peu de personnes convaincues qu’il y ait aucune différence entre eux. Combien de fois n’entendons-nous pas dire : « Voyez comme cet homme est zélé ! » Non, il ne peut être zélé ; cela est impossible, car il est en colère ; et la colère est aussi incompatible avec le zèle que la lumière avec les ténèbres, ou le ciel avec l’enfer !

Il serait bon que ce point fût bien compris. Considérons-le un peu plus longuement. Nous voyons souvent un homme qui passe pour religieux violemment irrité contre son prochain. Peut-être traite-t-il son frère de Raca, ou d’insensé. Il porte contre lui une accusation injurieuse. Vous le reprenez doucement de son emportement. Il répond : « C’est mon zèle ! » Non, c’est votre péché ; et, à moins que vous ne vous en repentiez, il vous fera descendre plus bas que le tombeau. Il y a beaucoup de zèle de cette sorte dans l’abîme sans fond. C’est de là que vient tout zèle de ce genre ; et c’est là qu’il retournera, et vous avec lui, à moins que vous n’en soyez délivré avant de partir d’ici !

4. Quatrièmement. Si la patience, le contentement et la soumission sont les propriétés du zèle, alors le murmure, l’humeur chagrine, le mécontentement, l’impatience lui sont entièrement contraires. Et pourtant combien les hommes ignorent cela ! Combien de fois voyons-nous des hommes s’irriter contre les impies, ou vous dire qu’ils sont à bout de patience à l’égard de telle ou telle chose, et appeler tout cela leur zèle ! Oh ! n’épargnez aucune peine pour les détromper ! S’il est possible, montrez-leur ce qu’est le zèle, et convainquez-les que tout murmure, toute irritation contre le péché, est une espèce de péché, et n’a aucune ressemblance, aucun rapport avec le vrai zèle de l’Évangile.

5. Cinquièmement. Si l’objet du zèle est ce qui est bien, alors la ferveur pour une chose mauvaise n’est pas le zèle chrétien. J’en donne pour exemple l’idolâtrie : le culte des anges, des saints, des images, de la croix. Si donc un homme était si ardemment attaché à quelque culte idolâtre qu’il voulût même « livrer son corps pour être brûlé » plutôt que d’y renoncer, appelez cela bigoterie ou superstition, si vous voulez, mais ne l’appelez pas zèle : c’est tout autre chose.

Il suit des mêmes prémisses que la ferveur pour les choses indifférentes n’est pas le zèle chrétien. Mais combien cette erreur aussi est extrêmement commune ! On penserait, en vérité, que des hommes d’intelligence ne sauraient être capables d’une telle faiblesse. Mais, hélas ! l’histoire de tous les siècles prouve le contraire. Qui eut jamais une intelligence plus forte que l’évêque Ridley et l’évêque Hooper ? Et avec quelle chaleur ceux-ci, et d’autres grands hommes de ce siècle, disputèrent-ils sur les vêtements sacerdotaux ! Avec quelle ardeur, pendant près de cent ans, se disputa-t-on pour ou contre le port du surplis ! Ô honte de l’homme ! J’aimerais autant avoir disputé sur une paille ou sur un grain d’orge. Et cela, vraiment, on l’appellera du zèle ! Et pourquoi ne l’a-t-on pas plutôt appelé sagesse ou sainteté ?

6. Il suit encore des mêmes prémisses que la ferveur pour des opinions n’est pas le zèle chrétien. Mais combien peu en ont conscience ! Et combien innombrables sont les maux que même cette espèce de faux zèle a causés dans le monde chrétien ! Combien de milliers de vies ont été sacrifiées par ceux qui étaient zélés pour les opinions romaines ! Combien d’hommes d’élite de la terre ont été retranchés par des zélateurs, pour l’opinion insensée de la transsubstantiation ! Mais toute personne sans préjugé ne voit-elle pas que ce zèle est « terrestre, charnel, diabolique », et qu’il est à l’opposé le plus complet de ce zèle que l’apôtre recommande ici ?

Quel excès de charité est donc celui qu’exprime notre grand poète dans son « Poème sur le Jour dernier », quand il parle de rencontrer dans le ciel —

Ceux qui expirèrent sous leurs coups mutuels,

Enflammés de zèle pour leurs croyances diverses ! Du zèle, vraiment ! Quelle sorte de zèle était-ce donc, qui les poussa à se couper la gorge les uns aux autres ? Ceux qui étaient enflammés de cet esprit, et qui sont morts dans cet esprit, auront sans aucun doute leur part, non dans le ciel (l’amour seul y habite), mais dans « le feu qui ne s’éteint point ».

7. Enfin. Si le vrai zèle est toujours proportionné au degré de bonté qui est dans son objet, alors il doit s’élever de plus en plus selon l’échelle indiquée plus haut, selon la valeur comparée des diverses parties de la religion. Par exemple, tous ceux qui craignent vraiment Dieu doivent être zélés pour l’Église : tant pour l’Église catholique ou universelle que pour cette partie de l’Église dont ils sont membres. Ce n’est pas là une institution des hommes, mais de Dieu. Il vit qu’il « n’est pas bon que les hommes soient seuls », même en ce sens ; mais que le corps entier de ses enfants devait être « uni ensemble et fortifié par ce que chaque jointure fournit ». En même temps ils doivent être plus zélés pour les ordonnances de Dieu : pour la prière publique et particulière, pour l’audition et la lecture de la parole de Dieu, et pour le jeûne et la sainte cène. Mais ils doivent être plus zélés pour les œuvres de miséricorde que même pour les œuvres de piété. Et ils doivent être plus zélés encore pour toutes les saintes dispositions, l’humilité, la douceur, la soumission ; mais plus zélés que pour toute autre chose pour ce qui est la somme et la perfection de la religion, l’amour de Dieu et des hommes.

8. Il reste seulement à faire une application exacte et honnête de ces choses à nos propres âmes. Nous connaissons tous cette vérité générale : « Il est beau d’avoir du zèle pour ce qui est bien et en tout temps. » Que chacun de nous maintenant l’applique en particulier à sa propre âme.

9. Ceux, à la vérité, qui sont encore morts par leurs offenses et par leurs péchés n’ont « ni part ni lot dans cette affaire » ; ni ceux qui vivent dans quelque péché manifeste, tel que l’ivrognerie, la violation du sabbat ou les jurements profanes. Ceux-là n’ont rien à faire avec le zèle ; ils n’ont même aucun droit de mettre ce mot dans leur bouche. C’est une pure folie et une impertinence, pour qui que ce soit, de parler de zèle pour Dieu tandis qu’il fait les œuvres du diable. Mais si vous avez renoncé au diable et à toutes ses œuvres, et que vous ayez arrêté dans votre cœur : « J’adorerai le Seigneur, mon Dieu, et je le servirai lui seul », alors gardez-vous de n’être ni froid ni bouillant ; alors soyez zélé pour Dieu. Vous pouvez commencer au degré le plus bas. Soyez zélé pour l’Église, plus spécialement pour cette branche particulière de l’Église où votre lot est jeté. Étudiez-vous à son bien-être, et observez-en soigneusement toutes les règles, par motif de conscience. Mais en même temps, prenez garde de ne négliger aucune des ordonnances de Dieu, en vue desquelles, dans une large mesure, l’Église elle-même a été constituée ; de sorte qu’il serait tout à fait absurde de parler de zèle pour l’Église si vous n’étiez pas plus zélé pour elles. Mais êtes-vous plus zélé pour les œuvres de miséricorde que même pour les œuvres de piété ? Suivez-vous l’exemple de votre Seigneur, et préférez-vous la miséricorde même au sacrifice ? Mettez-vous toute votre diligence à nourrir ceux qui ont faim, à vêtir ceux qui sont nus, à visiter les malades et les prisonniers ? Et par-dessus tout, employez-vous tous les moyens en votre pouvoir pour sauver des âmes de la mort ? Si, selon que vous en avez l’occasion, « vous pratiquez le bien envers tous », bien que « surtout envers les frères en la foi », votre zèle pour l’Église est agréable à Dieu ; mais sinon, si vous n’avez pas « à cœur de pratiquer de bonnes œuvres », qu’avez-vous à faire avec l’Église ? Si vous n’avez pas « pitié de vos compagnons de service », votre Seigneur n’aura pas non plus pitié de vous. « Cessez d’apporter de vaines offrandes. » Tout votre service est « une abomination à l’Éternel ».

10. Êtes-vous mieux instruit que de séparer ce que Dieu a joint ? que de séparer les œuvres de piété des œuvres de miséricorde ? Êtes-vous uniformément zélé pour les unes et pour les autres ? Jusque-là vous marchez d’une manière agréable à Dieu ; c’est-à-dire si vous gardez continuellement à l’esprit que Dieu est « celui qui sonde les reins et les cœurs » ; qu’« il est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité » ; que, par conséquent, aucune œuvre extérieure ne lui est agréable si elle ne découle de saintes dispositions, sans lesquelles nul ne peut avoir place dans le royaume de Christ et de Dieu.

11. Mais de toutes les saintes dispositions, et par-dessus toutes les autres, veillez à être le plus zélé pour l’amour. Regardez toutes choses comme une perte au prix de celui-ci, — l’amour de Dieu et de tous les hommes. Il est très certain que si vous distribuez tous vos biens pour la nourriture des pauvres, oui, et si vous livrez votre corps pour être brûlé, et que vous n’ayez pas l’amour humble, doux et patient, cela ne vous sert de rien. Oh ! que ceci soit profondément gravé dans votre cœur : « Tout n’est rien sans l’amour ! »

12. Prenez donc la religion tout entière, telle que Dieu l’a révélée dans sa parole ; et soyez uniformément zélé pour chacune de ses parties, selon son degré d’excellence. Fondant tout votre zèle sur l’unique fondement, « Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » ; retenant fermement ce seul principe : « Si je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui M’a aimé et qui s’est livré lui-même pour MOI » ; proportionnez votre zèle à la valeur de son objet. Soyez donc d’abord calmement zélé pour l’Église : « tout l’état de l’Église de Christ militante ici-bas sur la terre » ; et en particulier pour cette branche de l’Église à laquelle vous êtes plus immédiatement lié. Soyez plus zélé pour toutes ces ordonnances que notre Seigneur béni a instituées pour y demeurer jusqu’à la fin du monde. Soyez plus zélé pour ces œuvres de miséricorde, ces « sacrifices auxquels Dieu prend plaisir », ces marques auxquelles le Berger d’Israël reconnaîtra ses brebis au dernier jour. Soyez plus zélé encore pour les saintes dispositions, pour la patience, la bénignité, la douceur, l’humilité et la soumission ; mais soyez plus zélé que pour toute autre chose pour l’amour, la reine de toutes les grâces, la plus haute perfection sur la terre ou dans le ciel, l’image du Dieu invisible elle-même, chez les hommes ici-bas comme chez les anges là-haut. Car « Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »

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