Chapitre 91 · 19 min de lecture · 24 min d’écoute
Un vrai Israélite
Sermon 90
Un vrai Israélite
« Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude. »
Jean 1:47.
1. Il y a quelques années, un homme fort ingénieux, le professeur Hutcheson, de Glasgow, publia deux traités, sous le titre de Recherche sur l’origine de nos idées de la beauté et de la vertu. Dans le second, il soutient que l’essence même de la vertu est l’amour de nos semblables. Il s’efforce de prouver que la vertu et la bienveillance sont une seule et même chose ; que toute disposition n’est vertueuse que dans la mesure où elle participe de la nature de la bienveillance ; et que toutes nos paroles et toutes nos actions ne sont vertueuses que lorsqu’elles procèdent de ce même principe. « Mais ne suppose-t-il pas que la reconnaissance, ou l’amour de Dieu, est le fondement de cette bienveillance ? » En aucune façon : une telle supposition ne lui est jamais venue à l’esprit. Bien plus, il suppose tout le contraire : il ne se fait pas le moindre scrupule d’affirmer que si une disposition ou une action est produite par quelque égard pour Dieu, ou par quelque vue d’une récompense de sa part, elle n’est nullement vertueuse ; et que si une action procède en partie de la bienveillance et en partie d’une vue de Dieu, plus il y entre de vue de Dieu, moins il y a de vertu.
2. Je ne puis voir ce bel essai de M. Hutcheson sous un autre jour que comme une attaque décente, et par là même plus dangereuse, contre l’ensemble de la révélation chrétienne ; puisque celle-ci affirme que l’amour de Dieu est le vrai fondement, et de l’amour du prochain, et de toutes les autres vertus ; et qu’en conséquence elle le place comme « le premier et le plus grand commandement », dont tous les autres dépendent : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ta pensée, de toute ton âme et de toute ta force. » De sorte que, selon la Bible, la bienveillance, ou l’amour de notre prochain, n’est que le second commandement. Et si l’Écriture vient de Dieu, il est si loin d’être vrai que la bienveillance seule soit à la fois le fondement et l’essence de toute vertu, que la bienveillance elle-même n’est nullement une vertu, à moins qu’elle ne procède de l’amour de Dieu.
3. On ne peut nier pourtant que cet écrivain lui-même ait mis une note marginale en faveur du christianisme. « Qui ne souhaiterait, dit-il, qu’on pût prouver que la révélation chrétienne vient de Dieu ? puisqu’elle est, sans contredit, l’institution la plus bienveillante qui ait jamais paru dans le monde ! » Mais n’est-ce pas là, si on le considère à fond, un nouveau coup porté à la racine même de cette révélation ? Est-ce plus ou moins que de dire : « Je souhaiterais qu’on le pût ; mais en vérité on ne peut le prouver » ?
4. Un autre écrivain ingénieux avance une hypothèse tout à fait différente de celle-là. M. Wollaston, dans le livre qu’il intitule Ébauche de la religion naturelle, s’efforce de prouver que la vérité est l’essence de la vertu, ou la conformité à la vérité. Mais il semble que M. Wollaston s’éloigne de la Bible plus encore que M. Hutcheson lui-même. Car le système de M. Hutcheson ne met de côté qu’un seul des deux grands commandements, savoir : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu » ; tandis que M. Wollaston les met de côté tous les deux : car son hypothèse ne place l’essence de la vertu ni dans l’amour de Dieu, ni dans celui de notre prochain.
5. Toutefois ces deux auteurs s’accordent, quoique de manière différente, à séparer ce que Dieu a joint. Mais saint Paul les unit ensemble, en nous enseignant à vivre « professant la vérité dans la charité ». Et sans aucun doute, la vérité et l’amour étaient unis en celui à qui Celui qui connaît le cœur de tous les hommes rend ce témoignage aimable : « Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude ! »
6. Mais qui est celui à qui notre Seigneur béni rend ce glorieux témoignage ? Qui est ce Nathanaël dont un récit si remarquable est donné dans la dernière partie du chapitre qui est devant nous ? [Jean 1] N’est-il pas étrange qu’il ne soit plus mentionné dans aucune autre partie du Nouveau Testament ? Il n’est plus mentionné sous ce nom ; mais il en avait probablement un autre, sous lequel on le désignait plus communément. Les anciens croyaient généralement qu’il est la même personne qui est ailleurs appelée Barthélemy ; l’un des apôtres de notre Seigneur, et celui qui, dans leur énumération, tant chez saint Matthieu que chez saint Marc, est placé immédiatement après saint Philippe, lequel l’amena le premier à son Maître. Il est très probable que son nom propre était Nathanaël, — nom commun parmi les Juifs ; et que son autre nom, Barthélemy, qui signifie seulement le fils de Ptolémée, lui venait de son père, coutume qui était alors extrêmement commune parmi les Juifs aussi bien que parmi les païens.
7. D’après le peu qui est dit de lui dans le contexte, il paraît avoir été un homme d’un excellent esprit ; point prompt à croire, et pourtant ouvert à la conviction et disposé à recevoir la vérité, d’où qu’elle vînt. Ainsi nous lisons (Jean 1:45) : « Philippe rencontra Nathanaël » (probablement par ce que nous appelons le hasard), « et lui dit : “Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth.” » « Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? » Moïse a-t-il parlé, ou les prophètes ont-ils écrit, d’un prophète qui devait venir de là ? « Philippe lui répondit: Viens, et vois » ; et tu pourras bientôt en juger par toi-même. Nathanaël suivit son conseil, sans s’arrêter à consulter la chair et le sang. « Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude. » « Nathanaël lui dit », sans doute avec assez de surprise : « D’où me connais-tu? » « Jésus lui répondit: Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » « Nathanaël répondit et lui dit », — tant tout préjugé avait vite disparu ! — « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. »
Mais qu’implique le portrait que notre Seigneur fait de lui ? « dans lequel il n’y a point de fraude. » Cela peut renfermer tout ce que contient ce conseil : —
Que ton cœur soit toujours fidèle à Dieu,
Tes paroles à ton cœur, tes actions à tous deux.
I. 1. Nous pouvons, premièrement, observer ce qu’implique le fait d’avoir le cœur fidèle à Dieu. Cela implique-t-il moins que ce qui est renfermé dans ce commandement plein de grâce : « Mon fils, donne-moi ton cœur » ? Notre cœur n’est fidèle à Dieu que lorsque nous le lui donnons. Nous lui donnons notre cœur, au plus bas degré, lorsque nous cherchons notre bonheur en lui ; lorsque nous ne le cherchons pas dans la satisfaction de « la convoitise de la chair », — dans aucun des plaisirs des sens ; ni dans la satisfaction de « la convoitise des yeux », — dans aucun des plaisirs de l’imagination, qui naissent d’objets grandioses, ou nouveaux, ou beaux, qu’ils appartiennent à la nature ou à l’art ; ni dans « l’orgueil de la vie », — dans « l’honneur qui vient des hommes », dans le fait d’être aimés, estimés et applaudis par eux ; non, ni même dans ce que certains appellent, avec autant d’impudence que d’ignorance, l’essentiel, l’action d’« amasser des trésors sur la terre ». Lorsque nous ne cherchons le bonheur dans aucune de ces choses, mais en Dieu seul, alors, en un certain sens, nous lui donnons notre cœur.
2. Mais dans un sens plus propre, nous donnons à Dieu notre cœur lorsque, non seulement nous cherchons, mais nous trouvons le bonheur en lui. Ce bonheur commence sans aucun doute quand nous commençons à le connaître par l’enseignement de son propre Esprit ; quand il plaît au Père de révéler son Fils dans nos cœurs, en sorte que nous pouvons dire humblement : « Mon Seigneur et mon Dieu » ; et quand il plaît au Fils de révéler son Père en nous, par « l’Esprit d’adoption, qui crie dans nos cœurs : Abba! Père! », et qui « rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu ». C’est alors que « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs ». Et selon le degré de notre amour est le degré de notre bonheur.
3. Mais on s’est demandé si c’est le dessein de Dieu que le bonheur dont jouissent d’abord tous ceux qui le connaissent et l’aiment se prolonge plus longtemps que, pour ainsi dire, le jour de leurs fiançailles. Chez un très grand nombre, il faut le reconnaître, il ne se prolonge pas ; mais au bout de quelques mois, peut-être de quelques semaines, ou même de quelques jours, la joie et la paix ou s’évanouissent tout à coup, ou déclinent peu à peu. Or, si Dieu veut que leur bonheur continue, comment en rendre compte ?
4. Fort aisément, je crois. L’exhortation de saint Jude : « maintenez-vous dans l’amour de Dieu », implique certainement que quelque chose doit être fait de notre part pour qu’il continue. Et cela n’est-il pas conforme à cette déclaration générale de notre Seigneur touchant ce don et tout autre don de Dieu ? « on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas », c’est-à-dire qui n’en use pas, qui ne le fait pas valoir, « on ôtera même ce qu’il a ». (Luc 8:18.)
5. Il est vrai qu’une partie de ce verset est traduite dans notre version : « Ce qu’il semble avoir. » Mais il est difficile d’y trouver un sens. Car s’il semble seulement avoir ce don, ou tout autre don de Dieu, il ne l’a pas réellement. Et s’il en est ainsi, il ne peut lui être ôté ; car nul ne peut perdre ce qu’il n’a jamais eu. Il est donc clair que ho dokei echein devrait être rendu par ce qu’il a assurément. Et l’on peut observer que le mot dokeo, en divers endroits du Nouveau Testament, n’affaiblit pas, mais renforce le sens du mot auquel il est joint. En conséquence, quiconque fait valoir la grâce qu’il a déjà reçue, quiconque croît dans l’amour de Dieu, la conservera sûrement. Dieu la lui continuera, oui, il la lui donnera plus abondamment ; tandis que quiconque ne fait pas valoir ce talent ne peut absolument pas le conserver. Malgré tout ce qu’il pourra faire, il lui sera infailliblement ôté.
II. 1. Cependant, comme le cœur de celui qui est « vraiment un Israélite » est fidèle à Dieu, ainsi ses paroles y répondent ; et comme il n’y a point de fraude logée dans son cœur, ainsi il ne s’en trouve point sur ses lèvres. La première chose qu’implique ce caractère est la véracité, — dire la vérité selon son cœur, — rejeter tout mensonge volontaire, de toute sorte et à tout degré. Un mensonge, selon une définition bien connue, est falsum testimonium, cum intentione fallendi : « Une fausseté, connue comme telle par celui qui parle, et proférée avec l’intention de tromper. » Mais même dire une fausseté n’est pas un mensonge, si elle n’est pas dite avec l’intention de tromper.
2. La plupart des casuistes, en particulier ceux de l’Église de Rome, distinguent trois sortes de mensonges : la première, les mensonges malicieux ; la deuxième, les mensonges inoffensifs ; la troisième, les mensonges officieux ; et ils en portent des jugements fort différents. Je n’en connais aucun qui soit assez hardi pour excuser seulement, bien moins encore pour défendre, les mensonges malicieux, c’est-à-dire ceux que l’on dit dans le dessein de nuire à quelqu’un : ceux-là sont condamnés par tous les partis. Les hommes sont plus partagés dans leur jugement au sujet des mensonges inoffensifs, ceux qu’on suppose ne faire ni bien ni mal. La plupart des hommes, même dans le monde chrétien, en disent sans le moindre scrupule, et soutiennent ouvertement que, s’ils ne font de mal à personne d’autre, ils n’en font point à celui qui les dit. Qu’ils en fassent ou non, ils n’ont certainement aucune place dans la bouche de celui qui est « vraiment un Israélite ». Il ne peut dire de mensonges en plaisantant, non plus que sérieusement. Rien que la vérité ne sort de sa bouche. Il se souvient du commandement exprès de Dieu aux chrétiens d’Éphèse : « renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain. » (Éphésiens 4:25.)
3. Au sujet des mensonges officieux, ceux que l’on dit dans le dessein de faire du bien, il y a eu de nombreuses controverses dans l’Église chrétienne. Quantité d’écrivains, et des hommes de renom, tant pour leur piété que pour leur savoir, ont publié des volumes entiers sur ce sujet, et, en dépit de tous les contradicteurs, non seulement les ont soutenus innocents, mais les ont recommandés comme méritoires. Mais que dit l’Écriture ? Un seul passage est si formel qu’il n’en faut point d’autre. Il se trouve au troisième chapitre de l’épître aux Romains, où voici les propres paroles de l’apôtre (Romains 3:7, 8) : « Et si, par mon mensonge, la vérité de Dieu éclate davantage pour sa gloire, pourquoi suis-je moi-même encore jugé comme pécheur? » (Ce mensonge ne sera-t-il pas excusé de tout blâme, à cause de son bon effet ?) « Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu’il en arrive du bien, comme quelques-uns, qui nous calomnient, prétendent que nous le disons? La condamnation de ces gens est juste. » Ici l’apôtre déclare clairement : (1) que le bon effet d’un mensonge ne l’excuse pas ; (2) que c’est une pure calomnie contre les chrétiens que de dire : « Ils enseignent aux hommes à faire le mal afin qu’il en arrive du bien » ; (3) que si quelques-uns, en fait, le font, soit qu’ils enseignent aux hommes à faire le mal afin qu’il en arrive du bien, soit qu’ils le fassent eux-mêmes, leur condamnation est juste. Cela s’applique particulièrement à ceux qui disent des mensonges afin de faire du bien par ce moyen. Il s’ensuit que les mensonges officieux, aussi bien que tous les autres, sont une abomination au Dieu de vérité. Il n’y a donc aucune absurdité, quelque étrange que cela puisse paraître, dans cette parole de l’ancien Père : « Je ne dirais pas un mensonge volontaire, pour sauver les âmes du monde entier. »
4. La seconde chose qu’implique le caractère de celui qui est « vraiment un Israélite », c’est la sincérité. Comme la véracité est opposée au mensonge, ainsi la sincérité l’est à la ruse. Mais elle n’est pas opposée à la sagesse ou à la discrétion, qui s’accordent fort bien avec elle. « Mais quelle différence y a-t-il entre la sagesse et la ruse ? Ne sont-elles pas presque, sinon tout à fait, la même chose ? » En aucune façon. La différence entre elles est extrêmement grande. La sagesse est la faculté de discerner les meilleures fins et les moyens les plus propres à les atteindre. La fin de toute créature raisonnable est Dieu : jouir de lui dans le temps et dans l’éternité. Le meilleur, et à vrai dire le seul moyen d’atteindre cette fin, c’est « la foi qui est agissante par la charité ». La vraie prudence, au sens général du mot, est la même chose que la sagesse. La discrétion n’est qu’un autre nom de la prudence, — si elle n’en est plutôt une partie, puisqu’on la rapporte parfois à notre conduite extérieure, — et signifie l’art de bien régler nos paroles et nos actions. Au contraire, la ruse (c’est ainsi qu’on l’appelle d’ordinaire parmi les gens du commun, mais politique parmi les grands) n’est, en termes clairs, ni meilleure ni pire que l’art de tromper. Si donc elle est une sagesse quelconque, c’est « la sagesse d’en bas », qui sort de l’abîme sans fond et qui ramène au lieu d’où elle est venue.
5. Les deux grands moyens dont la ruse se sert pour tromper sont la simulation et la dissimulation. La simulation consiste à paraître ce que nous ne sommes pas ; la dissimulation, à paraître ne pas être ce que nous sommes ; selon le vieux vers : Quod non est simulo : Dissimuloque quod est. L’une et l’autre, nous les appelons communément « arborer de fausses couleurs ». Innombrables sont les formes que prend la simulation pour tromper. Et la dissimulation en emploie presque autant dans le même dessein. Mais l’homme sincère les fuit l’une et l’autre, et paraît toujours exactement ce qu’il est.
6. « Mais supposons que nous ayons affaire à des hommes artificieux : ne pouvons-nous pas user de silence ou de réserve, surtout s’ils posent des questions insidieuses, sans encourir le reproche de ruse ? » Sans aucun doute nous le pouvons ; bien plus, nous devons en bien des occasions, ou garder entièrement le silence, ou parler avec plus ou moins de réserve, selon que les circonstances l’exigent. Ne rien dire du tout est, dans bien des cas, compatible avec la plus haute sincérité. Et il en est de même de parler avec réserve, de ne dire qu’une partie, peut-être une petite partie, de ce que nous savons. Mais si nous prétendions que c’est le tout, cela serait contraire à la sincérité.
7. Une question plus difficile que celle-là est celle-ci : « Ne pouvons-nous pas dire la vérité afin de tromper ? comme cet homme d’autrefois qui s’écria, en applaudissant à sa propre adresse : Hoc ego mihi puto palmarium, ut vera dicendo eos ambos fallam. “Je tiens ceci pour mon chef-d’œuvre : les tromper tous les deux en disant la vérité !” » Je réponds : un païen pouvait s’en piquer ; mais un chrétien ne le pourrait pas. Car bien que cela ne soit pas contraire à la véracité, cela l’est certainement à la sincérité. C’est donc la voie la plus excellente, si nous jugeons à propos de parler, de rejeter et la simulation et la dissimulation, et de dire la vérité toute nue, selon notre cœur.
8. C’est peut-être là ce qu’on appelle proprement la simplicité. Elle va un peu plus loin que la sincérité elle-même. Elle implique non seulement, premièrement, de ne dire aucune fausseté connue ; et, deuxièmement, de ne tromper personne de propos délibéré ; mais, troisièmement, de parler à chacun simplement et sans artifice, quand nous parlons ; de parler comme de petits enfants, d’une manière enfantine dans la candeur, non dans la puérilité. Cela n’exclut-il pas entièrement l’usage de tout compliment ? Mot vil, dont le son même me fait horreur ; et je suis tout à fait d’accord avec notre poète : —
Jamais il n’y eut de beau jour
Depuis qu’on nomma compliment la basse flatterie.
Je conseille aux hommes sincères et simples de ne jamais mettre ce mot sot à la bouche ; mais de travailler à se tenir le plus loin possible et du nom et de la chose.
9. Peu avant cette époque remarquable
Où des hommes d’État envoyèrent un prélat au-delà des mers,
Par un Acte fameux de peines et de pénalités,
plusieurs évêques attaquèrent à la fois l’évêque Atterbury, alors évêque de Rochester, et lui demandèrent : « Milord, pourquoi ne voulez-vous pas permettre à vos serviteurs de dire que vous n’y êtes pas, quand vous ne vous souciez pas de recevoir du monde ? Ce n’est pas un mensonge de leur part de dire que Votre Seigneurie n’est pas à la maison ; car cela ne trompe personne : chacun sait que cela signifie seulement que Votre Seigneurie est occupée. » Il répondit : « Milords, si cela est compatible avec la sincérité (ce dont je doute), je suis sûr du moins que cela n’est pas compatible avec cette simplicité qui convient à un évêque chrétien. »
10. Mais revenons à notre sujet. La sincérité et la simplicité de celui en qui il n’y a point de fraude ont aussi de l’influence sur toute sa conduite : elles donnent leur couleur à toute sa manière d’être extérieure, qui, bien que fort éloignée de toute rusticité et de toute grossièreté, de toute rudesse et de toute humeur maussade, est pourtant simple et sans artifice, libre de tout déguisement, et la vraie image de son cœur. La vérité et l’amour qui y règnent continuellement produisent un front ouvert et un visage serein ; tels qu’ils ne laissent aucun prétexte de dire, avec cet arrogant roi de Castille : « Quand Dieu fit l’homme, il lui laissa un défaut capital : il aurait dû lui mettre une fenêtre dans la poitrine » ; — car il ouvre lui-même une fenêtre dans sa propre poitrine, par toute la teneur de ses paroles et de ses actions.
11. Voilà donc la vertu réelle, véritable et solide. Non la vérité seule, ni la conformité à la vérité : c’est là une propriété de la vertu réelle, non son essence. Non l’amour seul, bien qu’il approche davantage du but ; car l’amour, en un sens, est « l’accomplissement de la loi ». Non : la vérité et l’amour unis ensemble sont l’essence de la vertu, ou de la sainteté. Dieu exige absolument que « la vérité soit au fond du cœur », et qu’elle gouverne toutes nos paroles et toutes nos actions. Pourtant la vérité elle-même, séparée de l’amour, n’est rien à ses yeux. Mais que l’amour humble, doux et patient de tous les hommes soit établi sur son vrai fondement, savoir l’amour de Dieu qui naît de la foi, d’une pleine conviction que Dieu a donné son Fils unique pour mourir pour mes péchés ; et alors le tout se résoudra dans cette grande conclusion, entièrement digne d’être reçue de tous les hommes : « ni la circoncision ni l’incirconcision n’a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité. »
Chapitre 91 terminé
Un vrai Israélite