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Les prémices de l’Esprit

Chapitre 9 · 28 min de lecture · 36 min d’écoute

Les prémices de l’Esprit

Sermon 8

LES PRÉMICES DE L’ESPRIT

« Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne marchent pas selon la chair, mais selon l’Esprit. »

Romains 8:1

1. Par « ceux qui sont en Jésus-Christ », saint Paul entend évidemment ceux qui croient véritablement en lui ; ceux qui, « justifiés par la foi, ont la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ ». Ceux qui croient ainsi ne « marchent » plus « selon la chair », ne suivent plus les mouvements de la nature corrompue, mais « selon l’Esprit » ; leurs pensées, leurs paroles et leurs œuvres sont toutes sous la direction du bienheureux Esprit de Dieu.

2. « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour » ceux-là. Il n’y a pour eux aucune condamnation de la part de Dieu ; car il les a justifiés « gratuitement par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus ». Il leur a pardonné toutes leurs iniquités et il a effacé tous leurs péchés. Et il n’y a pour eux aucune condamnation au-dedans ; car ils « ont reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin qu’ils connaissent les choses que Dieu leur a données par sa grâce » (1 Corinthiens 2:12) ; et cet Esprit « rend témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu ». Et à cela s’ajoute le témoignage de leur conscience, « qu’ils se sont conduits dans le monde avec simplicité et sincérité devant Dieu, non point avec une sagesse charnelle, mais avec la grâce de Dieu » (2 Corinthiens 1:12).

3. Mais parce que ce passage de l’Écriture a été si souvent mal compris, et cela d’une manière si dangereuse ; parce que des multitudes de « personnes ignorantes et mal affermies » (hoi amatheis kai asteriktoi, des hommes que Dieu n’a pas instruits, et qui, par conséquent, ne sont pas affermis dans la vérité qui est selon la piété) l’ont tordu pour leur propre ruine, je me propose de montrer, aussi clairement que je le pourrai, premièrement, qui sont ceux qui sont en Jésus-Christ, et qui ne marchent pas selon la chair, mais selon l’Esprit ; et, deuxièmement, comment il n’y a aucune condamnation pour eux. Je conclurai par quelques conséquences pratiques.

I. 1. Premièrement, j’ai à montrer qui sont ceux qui « sont en Jésus-Christ ». Et ne sont-ce pas ceux qui croient en son nom ? ceux qui sont « trouvés en lui, non avec leur propre justice, mais avec la justice qui vient de Dieu par la foi » ? Ceux-là, qui « ont la rédemption par son sang », sont proprement dits être en lui ; car ils demeurent en Christ, et Christ en eux. Ils sont unis au Seigneur en un seul Esprit. Ils sont entés en lui comme les sarments sur la vigne. Ils lui sont unis comme les membres à leur chef, d’une manière que les paroles ne peuvent exprimer, et qu’il ne leur était même pas possible de concevoir auparavant dans leur cœur.

2. Or, « Quiconque demeure en lui ne pèche point » ; il « ne marche pas selon la chair ». La chair, dans le langage habituel de saint Paul, signifie la nature corrompue. C’est en ce sens qu’il emploie ce mot quand il écrit aux Galates : « les œuvres de la chair sont manifestes » (Galates 5:19) ; et un peu auparavant : « Marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez pas les désirs » (ou les convoitises) « de la chair » (v. 16). Pour prouver ceci, à savoir que ceux qui « marchent selon l’Esprit » « n’accomplissent pas les désirs de la chair », il ajoute aussitôt : « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair (ils sont opposés entre eux), afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez. » C’est ainsi que ces mots se traduisent littéralement : hina me ha an thelete, tauta poiete ; et non : « De sorte que vous ne pouvez faire ce que vous voudriez », comme si la chair l’emportait sur l’Esprit : traduction qui non seulement n’a rien à voir avec le texte original de l’apôtre, mais qui de plus réduit à néant tout son raisonnement ; bien plus, qui affirme exactement le contraire de ce qu’il prouve.

3. Ceux qui sont à Christ, qui demeurent en lui, « ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs ». Ils s’abstiennent de toutes ces œuvres de la chair : de « l’adultère et l’impudicité » ; de « l’impureté et la dissolution » ; de « l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles » ; des « jalousies, des animosités, des disputes, des divisions, des sectes, de l’envie, des meurtres, de l’ivrognerie, des excès de table » ; de tout dessein, de toute parole et de toute œuvre où conduit la corruption de la nature. Bien qu’ils sentent en eux-mêmes la racine d’amertume, ils sont cependant revêtus de la puissance d’en haut pour la fouler continuellement aux pieds, de sorte qu’elle ne peut « pousser des rejetons et produire du trouble » ; tellement que chaque nouvel assaut qu’ils subissent ne leur donne qu’une nouvelle occasion de louange, et de s’écrier : « grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ! »

4. Ils « marchent selon l’Esprit » maintenant, dans leur cœur et dans leur vie. Ils sont enseignés par lui à aimer Dieu et leur prochain d’un amour qui est comme « une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ». Et ils sont conduits par lui dans tout saint désir, dans toute disposition divine et céleste, jusqu’à ce que chaque pensée qui s’élève dans leur cœur soit sainteté à l’Éternel.

5. Ceux qui « marchent selon l’Esprit » sont aussi conduits par lui dans toute sainteté de conduite. Leur « parole est toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel », de l’amour et de la crainte de Dieu. « Il ne sort de leur bouche aucune parole mauvaise, mais seulement quelque bonne parole », une parole « qui serve à l’édification », qui « communique une grâce à ceux qui l’entendent ». Et en cela aussi ils s’exercent jour et nuit à ne faire que les choses qui plaisent à Dieu ; à suivre, dans toute leur conduite extérieure, celui « qui nous a laissé un exemple, afin que nous suivions ses traces » ; à marcher, dans tous leurs rapports avec leur prochain, dans la justice, la miséricorde et la vérité ; et, « quoi qu’ils fassent », dans toutes les circonstances de la vie, à « faire tout pour la gloire de Dieu ».

6. Ce sont là ceux qui, en vérité, « marchent selon l’Esprit ». Remplis de foi et du Saint-Esprit, ils possèdent dans leur cœur, et ils manifestent dans leur vie, dans toute la suite de leurs paroles et de leurs actions, les fruits authentiques de l’Esprit de Dieu, à savoir « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance », et tout ce qui est aimable ou digne de louange. Ils « font honorer en tout la doctrine de Dieu notre Sauveur » ; et ils donnent à tous les hommes la pleine preuve qu’ils sont en vérité animés par le même Esprit, l’Esprit de « celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts ».

II. 1. Je me suis proposé de montrer, en second lieu, comment « il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont » ainsi « en Jésus-Christ », et qui ainsi « ne marchent pas selon la chair, mais selon l’Esprit ».

Et, premièrement, pour ceux qui croient en Christ et qui marchent ainsi, « il n’y a aucune condamnation » à cause de leurs péchés passés. Dieu ne les condamne pour aucun de ces péchés ; ils sont comme s’ils n’avaient jamais été ; ils sont jetés « comme une pierre au fond de la mer », et il ne s’en souvient plus. Dieu, ayant « destiné son Fils à être victime propitiatoire » pour eux, « par la foi en son sang », leur a manifesté « sa justice, pour la rémission des péchés commis auparavant ». Il ne leur impute donc aucun de ces péchés ; leur souvenir a péri avec eux.

2. Et il n’y a aucune condamnation dans leur propre cœur ; aucun sentiment de culpabilité, aucune terreur de la colère de Dieu. Ils « ont ce témoignage en eux-mêmes » : ils ont conscience de leur part au sang de l’aspersion. « Ils n’ont point reçu de nouveau un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte », dans le doute et dans une incertitude torturante ; mais ils « ont reçu un Esprit d’adoption », qui crie dans leur cœur : « Abba! Père! » Ainsi, étant « justifiés par la foi », ils ont la paix de Dieu qui règne dans leur cœur, découlant d’un sentiment continuel de sa miséricorde qui pardonne, et de « l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu ».

3. Si l’on dit : « Mais quelquefois celui qui croit en Christ peut perdre de vue la miséricorde de Dieu ; quelquefois de telles ténèbres peuvent tomber sur lui qu’il ne voit plus celui qui est invisible, qu’il ne sent plus en lui-même ce témoignage de sa part au sang expiatoire ; et alors il est condamné au-dedans de lui, il porte de nouveau “ la sentence de mort en lui-même ” » : je réponds qu’à supposer qu’il en soit ainsi, à supposer qu’il ne voie pas la miséricorde de Dieu, alors il n’est pas croyant ; car la foi implique la lumière, la lumière de Dieu qui brille sur l’âme. Autant donc quelqu’un perd de cette lumière, autant il perd, pour un temps, sa foi. Et sans doute un vrai croyant en Christ peut perdre la lumière de la foi ; et, dans la mesure où elle est perdue, il peut, pour un temps, retomber sous la condamnation. Mais ce n’est pas là le cas de ceux qui maintenant « sont en Jésus-Christ », qui maintenant croient en son nom. Car, aussi longtemps qu’ils croient et qu’ils marchent selon l’Esprit, ni Dieu ne les condamne, ni leur propre cœur.

4. Ils ne sont pas condamnés, deuxièmement, pour des péchés présents, pour transgresser maintenant les commandements de Dieu. Car ils ne les transgressent pas : ils « ne marchent pas selon la chair, mais selon l’Esprit ». C’est là la preuve continuelle de leur amour pour Dieu, car « l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements », comme saint Jean en rend témoignage. « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. » Il ne le peut pas, aussi longtemps que cette semence de Dieu, cette foi aimante et sainte, demeure en lui. Aussi longtemps qu’il « se garde lui-même » en elle, « le malin ne le touche pas ». Or il est évident qu’il n’est pas condamné pour les péchés qu’il ne commet point du tout. Ceux donc qui sont ainsi « conduits par l’Esprit ne sont point sous la loi » (Galates 5:18) : ni sous sa malédiction ni sous sa condamnation ; car elle ne condamne que ceux qui la transgressent. Ainsi cette loi de Dieu : « Tu ne déroberas point. » ne condamne que ceux qui dérobent. Ainsi : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. » ne condamne que ceux qui ne le sanctifient pas. Mais quant aux fruits de l’Esprit, « la loi n’est pas contre ces choses » (5:23) ; comme l’apôtre le déclare plus amplement dans ces paroles mémorables de sa première épître à Timothée : « Nous savons que la loi est bonne, pourvu qu’on en fasse un usage légitime, sachant bien » (si, tandis qu’il fait usage de la loi de Dieu, soit pour convaincre, soit pour diriger, il sait et se rappelle ceci), hoti dikaio nomos ou keitai (non pas « que la loi n’est pas faite pour le juste », mais) « que la loi ne s’élève pas contre le juste » : elle n’a aucune force contre lui, aucun pouvoir de le condamner ; « mais contre les méchants et les rebelles, les impies et les pécheurs, les irréligieux et les profanes ; conformément à l’Évangile de la gloire du Dieu bienheureux ». (1 Timothée 1:8, 9, 11.)

5. Ils ne sont pas condamnés, troisièmement, pour le péché intérieur, quoiqu’il demeure encore à présent. Que la corruption de la nature demeure encore, même en ceux qui sont enfants de Dieu par la foi ; qu’ils aient en eux les semences de l’orgueil et de la vanité, de la colère, de la convoitise et des mauvais désirs, oui, du péché de toute espèce, c’est ce qui est trop évident pour être nié, étant une affaire d’expérience journalière. Et c’est pour cette raison que saint Paul, s’adressant à ceux dont il venait de rendre témoignage qu’ils étaient « en Jésus-Christ » (1 Corinthiens 1:2, 9), qu’ils avaient été « appelés à la communion » (ou à la participation) « de son Fils, Jésus-Christ », déclare pourtant : « frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. » (1 Corinthiens 3:1) : « des enfants en Christ » ; nous voyons donc qu’ils étaient « en Christ » ; c’étaient des croyants d’un faible degré. Et pourtant combien de péché restait en eux ! combien de cette « affection de la chair, qui ne se soumet pas à la loi de Dieu » !

6. Et pourtant, malgré tout cela, ils ne sont pas condamnés. Bien qu’ils sentent en eux la chair, la nature mauvaise ; bien qu’ils sentent davantage, de jour en jour, que leur « cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant » ; cependant, aussi longtemps qu’ils n’y cèdent pas, aussi longtemps qu’ils ne donnent point accès au diable, aussi longtemps qu’ils soutiennent une guerre continuelle contre tout péché, contre l’orgueil, la colère, la convoitise, de sorte que la chair ne domine pas sur eux, mais qu’ils « marchent » toujours « selon l’Esprit », « il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ ». Dieu prend plaisir à leur obéissance sincère, quoique imparfaite ; et ils ont « de l’assurance devant Dieu », sachant qu’ils sont à lui, « par l’Esprit qu’il » leur « a donné ». (1 Jean 3:24.)

7. Bien plus, quatrièmement, quoiqu’ils soient continuellement convaincus du péché qui s’attache à tout ce qu’ils font ; quoiqu’ils aient conscience de ne pas accomplir la loi parfaite, ni dans leurs pensées, ni dans leurs paroles, ni dans leurs œuvres ; quoiqu’ils sachent qu’ils n’aiment pas le Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, de toute leur pensée, de toute leur âme et de toute leur force ; quoiqu’ils sentent plus ou moins l’orgueil ou la volonté propre se glisser dans leurs meilleurs devoirs et s’y mêler ; quoique, même dans leurs rapports les plus immédiats avec Dieu, lorsqu’ils se réunissent avec la grande assemblée, et lorsqu’ils répandent leur âme en secret devant celui qui voit toutes les pensées et tous les desseins du cœur, ils aient continuellement honte de leurs pensées vagabondes, ou de la mort et de la langueur de leurs affections ; cependant il n’y a toujours pour eux aucune condamnation, ni de la part de Dieu, ni de la part de leur propre cœur. La considération de ces nombreux défauts ne fait que leur donner un sentiment plus profond qu’ils ont toujours besoin de ce sang de l’aspersion qui parle pour eux aux oreilles de Dieu, et de cet avocat auprès du Père, qui est « toujours vivant pour intercéder en leur faveur ». Tant s’en faut que ces choses les éloignent de celui en qui ils ont cru, qu’elles les poussent plutôt plus près de celui dont ils sentent le besoin à chaque instant. Et, en même temps, plus est profond le sentiment qu’ils ont de ce besoin, plus ardent est le désir qu’ils éprouvent, et plus grande est leur diligence, comme ils « ont reçu le Seigneur Jésus-Christ », à « marcher en lui ».

8. Ils ne sont pas condamnés, cinquièmement, pour les péchés d’infirmité, comme on les appelle ordinairement. Peut-être serait-il préférable de les appeler plutôt des infirmités, afin que nous ne paraissions pas donner quelque appui au péché, ou l’atténuer en quelque degré que ce soit, en l’accouplant ainsi avec l’infirmité. Mais (s’il nous faut retenir une expression si ambiguë et si dangereuse), par péchés d’infirmité j’entendrais ces manquements involontaires tels que dire une chose que nous croyons vraie, quoiqu’en fait elle se trouve fausse ; ou blesser notre prochain sans le savoir ni le vouloir, peut-être lorsque nous voulions lui faire du bien. Bien que ce soient là des écarts de la volonté sainte, agréable et parfaite de Dieu, ce ne sont pourtant pas proprement des péchés, et ils n’amènent aucune culpabilité sur la conscience de « ceux qui sont en Jésus-Christ ». Ils ne mettent pas de séparation entre Dieu et eux, et n’interceptent pas la lumière de sa face ; car ils ne sont en aucune manière incompatibles avec leur caractère général, qui est de « ne pas marcher selon la chair, mais selon l’Esprit ».

9. Enfin, « Il n’y a aucune condamnation » pour eux à cause de quoi que ce soit qu’il n’est pas en leur pouvoir d’éviter, que ce soit d’une nature intérieure ou extérieure, et qu’il s’agisse de faire quelque chose ou de laisser quelque chose sans le faire. Par exemple, la sainte cène doit être administrée, mais vous n’y participez pas. Pourquoi n’y participez-vous pas ? Vous êtes retenu par la maladie ; vous ne pouvez donc éviter de l’omettre ; et, pour la même raison, vous n’êtes pas condamné. Il n’y a pas de culpabilité, parce qu’il n’y a pas de choix. Là où la bonne volonté existe, elle « est agréable en raison de ce qu’elle peut avoir à sa disposition, et non de ce qu’elle n’a pas ».

10. Un croyant, à la vérité, peut quelquefois être affligé de ne pouvoir faire ce que son âme désire ardemment. Il peut s’écrier, lorsqu’il est empêché d’adorer Dieu dans la grande assemblée : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu? » Il peut désirer ardemment (en disant seulement toujours dans son cœur : « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ») « aller de nouveau avec la multitude, et la conduire à la maison de Dieu ». Mais pourtant, s’il ne peut y aller, il ne ressent aucune condamnation, aucune culpabilité, aucun sentiment du déplaisir de Dieu ; mais il peut renoncer de bon cœur à ces désirs, en disant : « Ô mon âme, mets ta confiance en Dieu ! car je le louerai encore, lui qui est le secours de ma face et mon Dieu. »

11. Il est plus difficile de se prononcer sur ce qu’on appelle ordinairement les péchés de surprise : comme lorsque quelqu’un qui d’ordinaire possède son âme par la patience, à l’occasion d’une tentation soudaine et violente, parle ou agit d’une manière qui ne s’accorde pas avec la loi royale : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Peut-être n’est-il pas facile de fixer une règle générale touchant les transgressions de cette nature. Nous ne pouvons dire, ni que les hommes sont, ni qu’ils ne sont pas condamnés pour les péchés de surprise en général ; mais il semble que, chaque fois qu’un croyant est surpris en quelque faute, il y a plus ou moins de condamnation, selon qu’il y a plus ou moins de concours de sa volonté. À proportion qu’un désir, une parole ou une action coupable est plus ou moins volontaire, nous pouvons concevoir que Dieu est plus ou moins mécontent, et qu’il y a plus ou moins de culpabilité sur l’âme.

12. Mais, s’il en est ainsi, il peut y avoir des péchés de surprise qui entraînent beaucoup de culpabilité et de condamnation. Car, en certains cas, le fait d’être surpris est dû à quelque négligence volontaire et coupable, ou à un assoupissement de l’âme qu’on aurait pu prévenir ou secouer avant que la tentation vînt. Un homme peut avoir été averti d’avance, soit par Dieu, soit par les hommes, que les épreuves et les dangers sont proches ; et pourtant il peut dire dans son cœur : « Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, Un peu croiser les mains pour dormir! » Or, si un tel homme tombe ensuite, quoique à l’improviste, dans le piège qu’il aurait pu éviter, — qu’il soit tombé à l’improviste n’est pas une excuse ; il aurait pu prévoir le danger et s’en garder. La chute, même par surprise, dans un cas comme celui-là, est en effet un péché volontaire ; et, comme telle, elle doit exposer le pécheur à la condamnation, tant de la part de Dieu que de sa propre conscience.

13. D’un autre côté, il peut y avoir des assauts soudains, soit de la part du monde, soit du dieu de ce monde, et souvent de notre propre cœur mauvais, que nous n’avions pas prévus et que nous pouvions à peine prévoir. Et par ceux-ci un croyant même, tant qu’il est faible dans la foi, peut être emporté, par exemple, jusqu’à un certain degré de colère, ou à penser mal d’autrui, presque sans aucun concours de sa volonté. Or, dans un tel cas, le Dieu jaloux lui montrerait sans aucun doute qu’il a agi follement. Il serait convaincu de s’être écarté de la loi parfaite, des sentiments qui étaient en Christ, et par conséquent affligé d’une tristesse selon Dieu, et, avec amour, confus devant Dieu. Cependant il n’a pas besoin de tomber sous la condamnation. Dieu ne lui impute pas sa folie, mais il a compassion de lui, « Comme un père a compassion de ses enfants ». Et son cœur ne le condamne pas : au milieu de cette tristesse et de cette confusion, il peut dire encore : « Je serai plein de confiance, et je ne craindrai rien; Car l’Éternel, l’Éternel est ma force et le sujet de mes louanges; C’est lui qui m’a sauvé. »

III. 1. Il ne reste plus qu’à tirer quelques conséquences pratiques des considérations qui précèdent. Et, premièrement, s’il n’y a « aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ », et qui « ne marchent pas selon la chair, mais selon l’Esprit », à cause de leurs péchés passés, pourquoi donc avez-vous peur, homme de peu de foi ? Vos péchés eussent-ils été autrefois plus nombreux que le sable, qu’est-ce que cela vous fait, maintenant que vous êtes en Jésus-Christ ? « Qui accusera les élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie! Qui les condamnera? » Tous les péchés que vous avez commis depuis votre jeunesse jusqu’à l’heure où vous avez été « agréé dans le Bien-Aimé » sont chassés comme la balle, ils ont disparu, ils sont perdus, engloutis, et il n’en est plus fait mention. Vous êtes maintenant « né de l’Esprit » : serez-vous troublé ou effrayé de ce qui a été fait avant que vous fussiez né ? Loin de vous vos craintes ! Vous n’êtes pas appelé à la crainte, mais à « un esprit d’amour et de sagesse ». Connaissez votre vocation ! Réjouissez-vous en Dieu votre Sauveur, et rendez grâces par lui à Dieu votre Père !

2. Direz-vous : « Mais j’ai de nouveau commis le péché, depuis que j’ai eu la rédemption par son sang ! Et c’est pourquoi “ je me condamne et je me repens Sur la poussière et sur la cendre ” » ? Il est juste que vous vous condamniez vous-même ; et c’est Dieu qui vous a formé pour cela même. Mais croyez-vous maintenant ? Vous a-t-il de nouveau rendu capable de dire : « je sais que mon rédempteur est vivant » ; « et si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu » ? Alors cette foi efface de nouveau tout le passé, et il n’y a pour vous aucune condamnation. À quelque moment que vous croyiez véritablement au nom du Fils de Dieu, tous vos péchés antérieurs à cette heure s’évanouissent comme la rosée du matin. Maintenant donc, « demeurez ferme dans la liberté par laquelle Christ vous a affranchi ». Il vous a de nouveau affranchi de la puissance du péché, aussi bien que de sa culpabilité et de son châtiment. Oh ! « ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude » ! — ni de la vile et diabolique servitude du péché, des mauvais désirs, des mauvaises dispositions, des mauvaises paroles ou des mauvaises œuvres, le joug le plus pénible qui soit en deçà de l’enfer ; ni de la servitude d’une crainte servile et tourmentante, de la culpabilité et de la condamnation de soi-même.

3. Mais, deuxièmement, tous ceux qui demeurent « en Jésus-Christ » ne marchent-ils pas selon l’Esprit, et non selon la chair ? Alors nous ne pouvons qu’en conclure que quiconque commet maintenant le péché n’a ni part ni lot dans cette affaire. Il est dès maintenant condamné par son propre cœur. Mais « si notre cœur nous condamne », si notre propre conscience atteste que nous sommes coupables, sans aucun doute Dieu nous condamne ; car « Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses », de sorte que nous ne pouvons le tromper, si même nous pouvons nous tromper nous-mêmes. Et ne pensez pas dire : « J’ai été justifié autrefois ; mes péchés m’ont été pardonnés autrefois. » Je n’en sais rien ; et je ne veux pas non plus disputer s’ils l’ont été ou non. Peut-être, à une telle distance de temps, est-il presque impossible de savoir, avec quelque degré passable de certitude, si ce fut une œuvre vraie et authentique de Dieu, ou si vous n’avez fait que tromper votre propre âme. Mais ce que je sais, avec le plus haut degré de certitude, c’est que « Celui qui pèche est du diable ». Vous êtes donc de votre père le diable. On ne peut le nier ; car vous faites les œuvres de votre père. Oh ! ne vous flattez pas de vaines espérances ! Ne dites pas à votre âme : « Paix! Paix! » Car il n’y a point de paix. Criez à haute voix ! Criez à Dieu du fond de l’abîme, si peut-être il entendra votre voix. Venez à lui comme au commencement, malheureux et pauvre, pécheur, misérable, aveugle et nu ! Et prenez garde de ne laisser à votre âme aucun repos jusqu’à ce que son amour qui pardonne vous soit de nouveau révélé ; jusqu’à ce qu’il « guérisse vos infidélités », et qu’il vous remplisse de nouveau de « la foi qui est agissante par la charité ».

4. Troisièmement. N’y a-t-il aucune condamnation pour ceux qui « marchent selon l’Esprit », à cause du péché intérieur qui demeure encore, aussi longtemps qu’ils n’y cèdent pas ; ni à cause du péché qui s’attache à tout ce qu’ils font ? Alors ne vous irritez point à cause de l’impiété, quoiqu’elle demeure encore dans votre cœur. Ne murmurez pas de ce que vous êtes encore loin de la glorieuse image de Dieu ; ni de ce que l’orgueil, la volonté propre ou l’incrédulité s’attachent à toutes vos paroles et à toutes vos œuvres. Et ne craignez pas de connaître tout ce mal de votre cœur, de vous connaître vous-même comme aussi vous êtes connu. Bien plus, demandez à Dieu de ne pas avoir de vous-même une plus haute opinion que vous ne devez. Que votre prière continuelle soit :

Montre-moi, autant que mon âme le peut porter,

L’abîme du péché qui m’est inné ;

Révèle toute l’incrédulité,

L’orgueil qui se cache au-dedans.

Mais lorsqu’il exauce votre prière et qu’il dévoile votre cœur, lorsqu’il vous montre à fond de quel esprit vous êtes animé, alors prenez garde que votre foi ne défaille, que vous ne vous laissiez arracher votre bouclier. Soyez abaissé. Soyez humilié jusque dans la poussière. Voyez-vous comme rien, moins que rien, et vanité. Mais toujours : « Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point. » Tenez toujours ferme : « Moi, oui moi, j’ai un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. » « Et autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant son amour est élevé au-dessus même de mes péchés. » Donc Dieu est propice envers vous, pécheur ! envers un pécheur tel que vous êtes ! Dieu est amour, et Christ est mort ! Donc le Père lui-même vous aime ! Vous êtes son enfant ! Donc il ne vous refusera aucune sorte de bien. Est-il bon que tout le corps du péché, qui est maintenant crucifié en vous, soit détruit ? Cela se fera ! Vous serez « purifié de toute souillure de la chair et de l’esprit ». Est-il bon qu’il ne reste rien dans votre cœur que le pur amour de Dieu seul ? Prenez courage ! « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. » « celui qui a fait la promesse est fidèle, et c’est lui qui le fera. » C’est à vous de persévérer patiemment dans l’œuvre de la foi et dans le travail de la charité ; et, dans une paix joyeuse, dans une humble confiance, dans une attente calme et résignée, et pourtant ardente, d’attendre jusqu’à ce que le zèle de l’Éternel des armées ait accompli cela.

5. Quatrièmement. Si ceux qui « sont en Jésus-Christ » et qui « marchent selon l’Esprit » ne sont pas condamnés pour les péchés d’infirmité, non plus que pour les manquements involontaires, ni pour quoi que ce soit qu’ils ne sont pas capables d’éviter, alors prenez garde, ô vous qui avez la foi en son sang, que Satan ne prenne en cela aucun avantage sur vous. Vous êtes encore insensé et faible, aveugle et ignorant ; plus faible que les paroles ne peuvent l’exprimer ; plus insensé qu’il ne peut encore vous entrer dans le cœur de le concevoir ; ne connaissant encore rien comme vous devriez le connaître. Pourtant, ne laissez pas toute votre faiblesse et toute votre folie, ni aucun de leurs fruits que vous n’êtes pas encore capable d’éviter, ébranler votre foi, votre confiance filiale en Dieu, ni troubler votre paix ou votre joie dans le Seigneur. La règle que certains donnent touchant les péchés volontaires, et qui, dans ce cas, peut être dangereuse, est sans aucun doute sage et sûre si on l’applique seulement au cas de la faiblesse et des infirmités. Êtes-vous tombé, ô homme de Dieu ? Eh bien, ne restez pas là, à vous irriter et à déplorer votre faiblesse ; mais dites avec douceur : « Seigneur, je tomberai à chaque instant, si tu ne me soutiens de ta main. » Et alors levez-vous ! Sautez et marchez ! Poursuivez votre chemin ! « courez avec persévérance dans la carrière qui vous est ouverte ».

6. Enfin. Puisqu’un croyant n’a pas besoin de tomber sous la condamnation, même s’il est surpris par ce que son âme a en horreur (supposé que cette surprise ne soit due à aucune insouciance ni à aucune négligence volontaire de sa part), si vous qui croyez êtes ainsi surpris en quelque faute, alors épanchez votre tristesse devant le Seigneur ; ce sera un baume précieux. Répandez votre cœur devant lui, racontez-lui votre détresse, et priez de toutes vos forces celui qui « compatit à vos faiblesses », afin qu’il affermisse, qu’il fortifie et qu’il établisse votre âme, et qu’il ne vous laisse plus tomber. Mais toujours il ne vous condamne pas. Pourquoi craindriez-vous ? Vous n’avez besoin d’aucune « crainte qui suppose un châtiment ». Vous aimerez celui qui vous aime, et cela suffit : plus d’amour apportera plus de force. Et dès que vous l’aimerez de tout votre cœur, vous serez parfait et accompli, sans faillir en rien. Attendez en paix cette heure où le Dieu de paix vous sanctifiera tout entier, de sorte que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ!

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