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Le chemin du royaume

Chapitre 8 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute

Le chemin du royaume

Sermon 7

Le chemin du royaume

« le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »

Marc 1:15

Ces paroles nous conduisent naturellement à considérer, premièrement, la nature de la vraie religion, que notre Seigneur appelle ici « le royaume de Dieu », lequel, dit-il, « est proche » ; et, deuxièmement, le chemin qui y mène, qu’il nous indique par ces mots : « Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »

I. 1. Nous avons, premièrement, à considérer la nature de la vraie religion, que notre Seigneur appelle ici « le royaume de Dieu ». Le grand apôtre emploie la même expression dans son épître aux Romains, où il explique en même temps les paroles de son Seigneur, en disant : « le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. » (Romains 14:17.)

2. « Le royaume de Dieu », ou la vraie religion, « ce n’est pas le manger et le boire ». On sait assez que non seulement les Juifs non convertis, mais un grand nombre de ceux qui avaient reçu la foi de Christ, étaient néanmoins « zélés pour la loi » (Actes 21:20), et même pour la loi cérémonielle de Moïse. Tout ce qu’ils y trouvaient écrit, soit au sujet des offrandes de nourriture et de boisson, soit sur la distinction entre les viandes pures et impures, non seulement ils l’observaient eux-mêmes, mais ils l’imposaient avec véhémence à ceux-là mêmes « des païens » (c’est-à-dire des Gentils) « qui se convertissent à Dieu » ; oui, à tel point que quelques-uns d’entre eux enseignaient, partout où ils venaient parmi eux : « Si vous n’êtes circoncis et si vous n’observez la loi » (toute la loi rituelle), « vous ne pouvez être sauvés ». (Actes 15:1, 24.)

3. À l’opposé de ceux-là, l’apôtre déclare, ici et en beaucoup d’autres endroits, que la vraie religion ne consiste ni dans le manger ni dans le boire, ni dans aucune observance rituelle ; ni même, en vérité, dans aucune chose extérieure, quelle qu’elle soit, dans rien de ce qui est hors du cœur ; toute sa substance résidant dans « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ».

4. Elle ne consiste en aucune chose extérieure ; par exemple en des formes ou des cérémonies, fussent-elles de l’espèce la plus excellente. Supposez-les aussi convenables et aussi significatives qu’on voudra, aussi expressives qu’on voudra des choses intérieures ; supposez-les aussi utiles qu’on voudra, non seulement au vulgaire, dont la pensée ne va guère plus loin que la vue, mais même aux hommes d’intelligence, aux hommes de grande capacité, comme sans doute elles peuvent l’être quelquefois ; oui, supposez-les, comme dans le cas des Juifs, instituées par Dieu lui-même : même alors, pendant tout le temps où cette institution demeure en vigueur, la vraie religion n’y consiste pas principalement ; bien plus, à parler strictement, elle n’y consiste pas du tout. Combien plus cela doit-il être vrai de ces rites et de ces formes qui ne sont que d’institution humaine ! La religion de Christ s’élève infiniment plus haut et descend immensément plus profond que toutes ces choses. Elles sont bonnes à leur place, dans la juste mesure où elles servent effectivement la vraie religion. Et ce serait superstition que de s’élever contre elles, tant qu’on ne les emploie que comme des secours occasionnels à la faiblesse humaine. Mais que personne ne les pousse plus loin. Que personne ne s’imagine qu’elles aient quelque valeur intrinsèque, ou que la religion ne puisse subsister sans elles. Ce serait en faire une abomination devant le Seigneur.

5. Tant s’en faut que la nature de la religion consiste en ces choses, dans des formes de culte, ou dans des rites et des cérémonies, qu’elle ne consiste proprement dans aucune action extérieure, de quelque genre que ce soit. Il est vrai qu’un homme ne peut avoir aucune religion s’il se rend coupable d’actions vicieuses et immorales, ou s’il fait aux autres ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fît, s’il était dans la même situation. Et il est vrai aussi qu’il ne peut avoir de religion réelle, celui qui « sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas ». Cependant un homme peut à la fois s’abstenir du mal extérieur et faire le bien, et n’avoir pourtant aucune religion. Bien plus, deux personnes peuvent faire la même œuvre extérieure, par exemple nourrir ceux qui ont faim ou vêtir ceux qui sont nus, et cependant l’une d’elles peut être vraiment religieuse, et l’autre n’avoir aucune religion : car l’une peut agir par amour pour Dieu, et l’autre par amour de la louange. Tant il est manifeste que, bien que la vraie religion conduise naturellement à toute bonne parole et à toute bonne œuvre, sa nature véritable se trouve plus profond encore, à savoir dans « l’homme caché du cœur ».

6. Je dis : du cœur. Car la religion ne consiste pas non plus dans l’orthodoxie, ou dans des opinions justes ; lesquelles, bien qu’elles ne soient pas proprement des choses extérieures, ne sont pas dans le cœur, mais dans l’entendement. Un homme peut être orthodoxe sur tous les points ; il peut non seulement embrasser des opinions justes, mais les défendre avec zèle contre tous les contradicteurs ; il peut penser avec justesse touchant l’incarnation de notre Seigneur, touchant la Trinité à jamais bénie, et touchant toute autre doctrine contenue dans les oracles de Dieu ; il peut souscrire aux trois symboles, — celui qu’on appelle le symbole des apôtres, celui de Nicée et celui d’Athanase ; et pourtant il est possible qu’il n’ait aucune religion, pas plus qu’un Juif, un Turc ou un païen. Il peut être presque aussi orthodoxe — que le diable (quoique, à vrai dire, pas tout à fait ; car tout homme se trompe en quelque chose, tandis que nous ne pouvons guère concevoir que le diable tienne quelque opinion erronée), et il peut, pendant tout ce temps, être aussi étranger que lui à la religion du cœur.

7. Cela seul est la religion qui mérite vraiment ce nom ; cela seul est d’un grand prix aux yeux de Dieu. L’apôtre la résume tout entière en trois points : « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Et, premièrement, la justice. Nous ne pouvons être embarrassés à ce sujet, si nous nous rappelons les paroles de notre Seigneur décrivant ses deux grandes branches, desquelles « dépendent toute la loi et les prophètes » : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. C’est le premier et le plus grand commandement. » (Marc 12:30) ; la première et la grande branche de la justice chrétienne. Tu feras tes délices du Seigneur ton Dieu ; tu chercheras et tu trouveras en lui tout ton bonheur. Il sera « ton bouclier et ta très grande récompense », dans le temps et dans l’éternité. Tous tes os diront : « Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. » Tu écouteras et tu accompliras la parole de celui qui dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur ». Et, lui ayant donné ton cœur, le plus intime de ton âme, pour qu’il y règne sans rival, tu pourras bien t’écrier, dans la plénitude de ton cœur : « Je t’aime, ô Éternel, ma force! Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur! Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite! »

8. Et le second commandement lui est semblable ; la seconde grande branche de la justice chrétienne lui est étroitement et inséparablement unie ; à savoir : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Tu aimeras, — tu embrasseras avec la bienveillance la plus tendre, l’affection la plus vive et la plus cordiale, les désirs les plus ardents de prévenir ou d’écarter tout mal, et de lui procurer tout le bien possible, — ton prochain ; — c’est-à-dire non seulement ton ami, ton parent ou ta connaissance ; non seulement l’homme vertueux, l’homme bienveillant, celui qui t’aime, qui prévient ou qui rend tes bontés ; mais tout enfant des hommes, toute créature humaine, toute âme que Dieu a faite ; sans excepter celui que tu n’as jamais vu dans la chair, que tu ne connais ni de visage ni de nom ; sans excepter celui que tu sais être méchant et ingrat, celui qui encore te maltraite et te persécute : celui-là, tu l’aimeras comme toi-même ; avec la même soif constante de son bonheur en toutes choses, le même soin infatigable de le préserver de tout ce qui pourrait affliger ou blesser son âme ou son corps.

9. Or cet amour n’est-il pas « l’accomplissement de la loi » ? la somme de toute la justice chrétienne ? — de toute la justice intérieure, car il implique nécessairement des « entrailles de miséricorde, l’humilité d’esprit » (puisque la charité « ne s’enfle point d’orgueil »), « la bonté, la douceur, la patience » (car la charité « ne s’irrite point », mais « elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout ») ; et de toute la justice extérieure, car « L’amour ne fait point de mal au prochain », ni en parole ni en action. Il ne peut volontairement blesser ni affliger personne. Et il est zélé pour les bonnes œuvres. Quiconque aime les hommes, selon qu’il en a l’occasion, « fait du bien à tous », étant (sans partialité et sans hypocrisie) « plein de miséricorde et de bons fruits ».

10. Mais la vraie religion, ou un cœur droit envers Dieu et envers les hommes, implique le bonheur aussi bien que la sainteté. Car elle n’est pas seulement « la justice », mais aussi « la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Quelle paix ? « la paix de Dieu », que Dieu seul peut donner et que le monde ne peut ravir ; la paix « qui surpasse toute intelligence », toute conception purement rationnelle ; car c’est une sensation surnaturelle, un avant-goût divin des « puissances du siècle à venir » ; une paix que l’homme naturel ne connaît pas, quelque sage qu’il soit dans les choses de ce monde ; et, en vérité, il ne peut la connaître dans son état présent, « parce que c’est spirituellement qu’on en juge ». C’est une paix qui bannit tout doute, toute incertitude douloureuse ; l’Esprit de Dieu rendant témoignage à l’esprit du chrétien qu’il est « un enfant de Dieu ». Et elle bannit la crainte, toute crainte qui suppose un tourment : la crainte de la colère de Dieu, la crainte de l’enfer, la crainte du diable, et en particulier la crainte de la mort ; celui qui a la paix de Dieu désirant, si c’était la volonté de Dieu, « s’en aller et être avec Christ ».

11. Avec cette paix de Dieu, partout où elle est établie dans l’âme, il y a aussi « la joie, par le Saint-Esprit » ; une joie produite dans le cœur par le Saint-Esprit, par l’Esprit de Dieu à jamais béni. C’est lui qui opère en nous cette joie calme et humble en Dieu, par Jésus-Christ, « par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation », katallagen, la réconciliation avec Dieu ; et qui nous rend capables de confirmer hardiment la vérité de la déclaration du royal psalmiste : Bienheureux l’homme (ou plutôt heureux) dont l’iniquité est pardonnée, et dont le péché est couvert. C’est lui qui inspire à l’âme chrétienne cette joie égale et solide qui naît du témoignage de l’Esprit qu’elle est enfant de Dieu ; et qui lui donne de se réjouir d’une joie ineffable, dans l’espérance de la gloire de Dieu ; espérance à la fois de la glorieuse image de Dieu, qui est en partie et qui sera pleinement « révélée en lui », et de cette couronne de gloire qui ne se flétrit point, qui lui est réservée dans les cieux.

12. Cette sainteté et ce bonheur, unis en un, sont appelés quelquefois, dans les écrits inspirés, « le royaume de Dieu » (comme par notre Seigneur dans le texte), et quelquefois « le royaume des cieux ». On l’appelle « le royaume de Dieu », parce qu’il est le fruit immédiat du règne de Dieu dans l’âme. Dès qu’il prend en main sa grande puissance et qu’il établit son trône dans nos cœurs, ceux-ci sont aussitôt remplis de ce qu’il est : « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». On l’appelle « le royaume des cieux », parce qu’il est (dans une certaine mesure) le ciel ouvert dans l’âme. Car tous ceux qui en font l’expérience peuvent affirmer devant les anges et devant les hommes :

la vie éternelle est gagnée,

La gloire sur la terre est commencée,

selon la teneur constante de l’Écriture, qui partout rend ce témoignage : « Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils » (régnant dans son cœur) « a la vie », c’est-à-dire la vie éternelle. (1 Jean 5:11, 12.) Car « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jean 17:3.) Et ceux à qui cela est donné peuvent s’adresser à Dieu avec assurance, fussent-ils au milieu d’une fournaise ardente :

Toi, Seigneur, sous ton bras puissant gardés,

Toi, Fils de Dieu, Jéhovah, nous t’adorons ;

Toi qui, en forme d’homme, viens te montrer :

À toi soient rendus d’incessants alléluias,

Comme au ciel ton trône, ici nous t’offrons la louange ;

Car là où ta présence se montre, là est le ciel.

13. Et ce « royaume de Dieu », ou des cieux, « est proche ». Quand ces paroles furent prononcées à l’origine, elles signifiaient que « le temps » était alors accompli, Dieu ayant été « manifesté en chair », où il voulait établir son royaume parmi les hommes et régner dans le cœur de son peuple. Et le temps n’est-il pas maintenant accompli ? Car « voici (dit-il), je suis avec vous tous les jours », vous qui prêchez la rémission des péchés en mon nom, « jusqu’à la fin du monde ». (Matthieu 28:20.) Partout donc où l’Évangile de Christ est prêché, son « royaume est proche ». Il n’est pas loin de chacun de vous. Vous pouvez y entrer à cette heure même, si seulement vous écoutez sa voix : « Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »

II. 1. Voici le chemin, marchez-y! Et, premièrement, « repentez-vous », c’est-à-dire connaissez-vous vous-mêmes. C’est là la première repentance, celle qui précède la foi : la conviction, ou la connaissance de soi-même. Réveillez-vous donc, vous qui dormez. Sachez que vous êtes un pécheur, et quelle sorte de pécheur vous êtes. Connaissez cette corruption de votre nature la plus intime, par laquelle vous êtes très éloigné de la justice originelle, par laquelle « la chair a des désirs » toujours « contraires à ceux de l’Esprit », à cause de cette « affection de la chair » qui « est inimitié contre Dieu », parce qu’elle « ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas ». Sachez que vous êtes corrompu dans chacune des puissances, dans chacune des facultés de votre âme ; que vous êtes totalement corrompu dans chacune d’elles, tous les fondements étant ébranlés. Les yeux de votre entendement sont obscurcis, de sorte qu’ils ne peuvent discerner Dieu ni les choses de Dieu. Les nuées de l’ignorance et de l’erreur reposent sur vous et vous couvrent de l’ombre de la mort. Vous ne connaissez encore rien comme vous devriez le connaître, ni Dieu, ni le monde, ni vous-même. Votre volonté n’est plus la volonté de Dieu ; elle est entièrement perverse et faussée, opposée à tout bien, à tout ce que Dieu aime, et encline à tout mal, à toute abomination que Dieu hait. Vos affections sont détournées de Dieu et dispersées sur toute la terre. Toutes vos passions, vos désirs et vos aversions, vos joies et vos tristesses, vos espérances et vos craintes, sont déréglées : ou bien elles sont excessives dans leur degré, ou bien elles se portent sur des objets qui ne le méritent pas. De sorte qu’il n’y a rien de sain dans votre âme ; mais, « De la plante du pied jusqu’à la tête » (pour employer la forte expression du prophète), « Ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives ».

2. Telle est la corruption innée de votre cœur, de votre nature la plus intime. Et quelles sortes de branches pouvez-vous attendre d’une si mauvaise racine ? De là naît l’incrédulité, qui se détourne sans cesse du Dieu vivant, et qui dit : « Qui est l’Éternel, pour que j’obéisse à sa voix ? Bah ! toi, ô Dieu, tu n’en as nul souci. » De là l’indépendance, qui prétend être semblable au Très-Haut. De là l’orgueil, sous toutes ses formes, qui vous enseigne à dire : « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien ». De cette source mauvaise jaillissent les eaux amères de la vanité, de la soif de louange, de l’ambition, de la convoitise, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie. De là naissent la colère, la haine, la malice, la vengeance, l’envie, la jalousie, les mauvais soupçons ; de là, tous ces désirs insensés et pernicieux qui maintenant « vous transpercent de bien des tourments », et qui, si l’on n’y met ordre à temps, finiront par plonger votre âme dans la perdition éternelle.

3. Et quels fruits peuvent croître sur de telles branches ? Seulement des fruits amers et continuellement mauvais. De l’orgueil viennent la discorde, la vaine vanterie, le désir et la recherche de la louange des hommes, et ainsi le vol fait à Dieu de cette gloire qu’il ne peut donner à un autre. De la convoitise de la chair viennent la gourmandise ou l’ivrognerie, le luxe ou la sensualité, la fornication, l’impureté, qui souillent de diverses manières ce corps qui était destiné à être le temple du Saint-Esprit ; de l’incrédulité, toute mauvaise parole et toute mauvaise œuvre. Mais le temps manquerait, si vous vouliez tout énumérer : toutes les paroles vaines que vous avez prononcées, provoquant le Très-Haut, attristant le Saint d’Israël ; toutes les mauvaises œuvres que vous avez faites, ou bien entièrement mauvaises en elles-mêmes, ou du moins non faites pour la gloire de Dieu. Car vos péchés actuels sont plus nombreux que vous ne pouvez le dire, plus nombreux que les cheveux de votre tête. Qui peut compter les sables de la mer, ou les gouttes de la pluie, ou vos iniquités ?

4. Et ne savez-vous pas que « le salaire du péché, c’est la mort » ? la mort, non seulement temporelle, mais éternelle. « l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra » ; car « la bouche de l’Éternel a parlé ». Elle mourra de la seconde mort. Telle est la sentence : être « puni » d’une mort qui ne finit jamais, « une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force ». Ne savez-vous pas que tout pécheur, enochos estai eis ten geennan tou pyros, — non pas proprement « est en danger du feu de l’enfer », ce qui est beaucoup trop faible, mais plutôt « est sous la sentence du feu de l’enfer » ; condamné déjà, et seulement traîné au supplice ? Vous êtes coupable de la mort éternelle. C’est la juste rétribution de votre méchanceté intérieure et extérieure. Il est juste que la sentence s’exécute dès maintenant. Le voyez-vous, le sentez-vous ? Êtes-vous pleinement convaincu que vous méritez la colère de Dieu et la damnation éternelle ? Dieu vous ferait-il quelque tort, s’il commandait maintenant à la terre de s’ouvrir et de vous engloutir ? si vous deviez maintenant descendre vivant dans l’abîme, dans le feu qui ne s’éteindra jamais ? Si Dieu vous a donné de vous repentir véritablement, vous avez un sentiment profond que ces choses sont ainsi, et que c’est par sa pure miséricorde que vous n’êtes pas consumé, balayé de dessus la face de la terre.

5. Et que ferez-vous pour apaiser la colère de Dieu, pour expier tous vos péchés, et pour échapper au châtiment que vous avez si justement mérité ? Hélas ! vous ne pouvez rien faire ; rien qui puisse en aucune manière réparer envers Dieu une seule mauvaise œuvre, une seule mauvaise parole ou pensée. Si vous pouviez maintenant tout faire parfaitement, si, dès cette heure même et jusqu’à ce que votre âme retourne à Dieu, vous pouviez rendre une obéissance parfaite et ininterrompue, cela même n’expierait pas le passé. Ne pas augmenter votre dette ne l’acquitterait pas. Elle resterait toujours aussi grande. Bien plus, l’obéissance présente et future de tous les hommes sur la terre et de tous les anges du ciel ne satisferait jamais à la justice de Dieu pour un seul péché. Combien vaine était donc la pensée d’expier vos propres péchés par quelque chose que vous pourriez faire ! Il en coûte bien plus pour racheter une seule âme que tout le genre humain n’est capable de payer. De sorte que, s’il n’y avait aucun autre secours pour le pécheur coupable, il aurait dû sans aucun doute périr éternellement.

6. Mais supposez qu’une obéissance parfaite, pour l’avenir, pût expier les péchés passés : cela ne vous servirait de rien, car vous n’êtes pas capable de la rendre, non, pas même sur un seul point. Commencez maintenant ; faites-en l’essai. Secouez ce péché extérieur qui vous enveloppe si facilement. Vous ne le pouvez pas. Comment donc changerez-vous votre vie, de tout mal en tout bien ? En vérité, c’est chose impossible, à moins que votre cœur ne soit d’abord changé. Car, tant que l’arbre reste mauvais, il ne peut porter de bons fruits. Mais êtes-vous capable de changer votre propre cœur, de tout péché en toute sainteté ? de vivifier une âme qui est morte dans le péché, — morte pour Dieu et vivante seulement pour le monde ? Pas plus que vous n’êtes capable de vivifier un corps mort, de rendre la vie à celui qui gît dans le tombeau. Bien plus, vous n’êtes pas capable de vivifier votre âme à quelque degré que ce soit, pas plus que de donner quelque degré de vie à un corps mort. Vous ne pouvez rien faire, ni plus ni moins, en cette affaire ; vous êtes absolument sans force. Sentir profondément cela, combien vous êtes impuissant, aussi bien que coupable et pécheur, — c’est là cette « repentance dont on ne se repent jamais », qui est l’avant-coureur du royaume de Dieu.

7. Si à cette vive conviction de vos péchés intérieurs et extérieurs, de votre entière culpabilité et de votre impuissance, viennent s’ajouter les affections qui y répondent, — la tristesse du cœur d’avoir méprisé vos propres grâces, — le remords et la condamnation de vous-même, la bouche fermée, — la honte de lever les yeux au ciel, — la crainte de la colère de Dieu qui demeure sur vous, de sa malédiction suspendue sur votre tête, et de l’ardeur du feu prêt à dévorer ceux qui oublient Dieu et qui n’obéissent pas à notre Seigneur Jésus-Christ, — le désir ardent d’échapper à cette indignation, de cesser de faire le mal et d’apprendre à faire le bien ; — alors je vous dis, au nom du Seigneur : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Encore un pas, et vous y entrerez. Vous vous « repentez ». Maintenant, « croyez à la bonne nouvelle ».

8. L’Évangile (c’est-à-dire la bonne nouvelle, la bonne nouvelle pour les pécheurs coupables et impuissants), dans le sens le plus large du mot, désigne toute la révélation faite aux hommes par Jésus-Christ ; et quelquefois tout le récit de ce que notre Seigneur a fait et souffert pendant qu’il habitait parmi les hommes. La substance de tout est celle-ci : « Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » ; ou : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que nous ne périssions point, mais que nous ayons la vie éternelle » ; ou : « il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. »

9. Croyez cela, et le royaume de Dieu est à vous. Par la foi vous obtenez la promesse. « Il pardonne et absout tous ceux qui se repentent véritablement et qui croient sans feinte son saint Évangile. » Dès que Dieu a dit à votre cœur : « Prends courage, tes péchés te sont pardonnés », son royaume vient : vous avez « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ».

10. Seulement, prenez garde de ne pas tromper votre propre âme au sujet de la nature de cette foi. Elle n’est pas, comme quelques-uns l’ont follement imaginé, un simple assentiment à la vérité de la Bible, des articles de notre symbole, ou de tout ce qui est contenu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Les démons croient cela, aussi bien que moi ou vous ! Et pourtant ils restent des démons. Mais elle est, outre cela et au-dessus de cela, une ferme confiance en la miséricorde de Dieu, par Jésus-Christ. C’est une confiance en un Dieu qui pardonne. C’est une évidence divine, une conviction que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs » anciennes « offenses » ; et, en particulier, que le Fils de Dieu m’a aimé, moi, et s’est donné lui-même pour moi ; et que moi, oui moi, je suis maintenant réconcilié avec Dieu par le sang de la croix.

11. Croyez-vous ainsi ? Alors la paix de Dieu est dans votre cœur, et la douleur et les gémissements s’enfuient. Vous ne doutez plus de l’amour de Dieu ; il est clair comme le soleil en plein midi. Vous vous écriez : « Je chanterai toujours les bontés de l’Éternel; Ma bouche fera connaître à jamais ta fidélité. » Vous ne craignez plus l’enfer, ni la mort, ni celui qui avait autrefois la puissance de la mort, le diable ; non, ni même, d’une crainte douloureuse, Dieu lui-même ; vous avez seulement une crainte tendre et filiale de l’offenser. Croyez-vous ? Alors votre « âme exalte le Seigneur », et votre « esprit se réjouit en Dieu », votre « Sauveur ». Vous vous réjouissez de ce que vous avez « la rédemption par son sang, la rémission des péchés ». Vous vous réjouissez de cet « Esprit d’adoption » qui crie dans votre cœur : « Abba! Père! » Vous vous réjouissez dans une « espérance pleine d’immortalité » ; dans l’élan qui vous porte vers « le but, pour remporter le prix de la vocation céleste » ; dans l’attente ardente de tous les biens que Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment.

12. Croyez-vous maintenant ? Alors « l’amour de Dieu est » maintenant « répandu dans votre cœur ». Vous l’aimez, parce qu’il nous a aimés le premier. Et parce que vous aimez Dieu, vous aimez aussi votre frère. Et, étant rempli « d’amour, de paix, de joie », vous êtes rempli aussi « de patience, de bonté, de fidélité, de bénignité, de douceur, de tempérance », et de tous les autres fruits du même Esprit ; en un mot, de toutes les dispositions qui sont saintes, célestes ou divines. Car, tandis que, « le visage découvert » (le voile étant maintenant ôté), vous contemplez « la gloire du Seigneur », son glorieux amour, et la glorieuse image dans laquelle vous avez été créé, vous êtes « transformé en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit ».

13. Cette repentance, cette foi, cette paix, cette joie, cet amour, ce changement de gloire en gloire, c’est ce que la sagesse du monde a décrété être folie, pur enthousiasme, complet égarement. Mais vous, ô homme de Dieu, n’en tenez aucun compte ; ne vous laissez ébranler par aucune de ces choses. Vous savez en qui vous avez cru. Prenez garde que personne ne prenne votre couronne. Ce à quoi vous êtes déjà parvenu, retenez-le, et avancez, jusqu’à ce que vous obteniez toutes les grandes et précieuses promesses. Et vous qui ne l’avez pas encore connu, ne laissez pas des hommes vains vous faire rougir de l’Évangile de Christ. Ne vous laissez en rien effrayer par ceux qui parlent mal des choses qu’ils ignorent. Dieu changera bientôt votre tristesse en joie. Oh ! ne laissez pas vos mains languir ! Encore un peu de temps, et il ôtera vos craintes, et vous donnera un esprit de sagesse. Il est proche, celui « qui justifie! Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède » pour vous.

Maintenant, jetez-vous sur l’Agneau de Dieu, avec tous vos péchés, quelque nombreux qu’ils soient ; et « l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera » dès maintenant « pleinement accordée » !

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