Sermons sur divers sujets
Sur le vêtement

Chapitre 89 · 26 min de lecture · 33 min d’écoute

Sur le vêtement

Sermon 88

Sur le vêtement

« Ayez, non cette parure extérieure qui consiste dans — les ornements d’or, ou les habits qu’on revêt, “mais la parure intérieure et cachée dans le cœur, la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible, qui est d’un grand prix devant Dieu. »

1 Pierre 3:3, 4.

1. Saint Paul exhorte tous ceux qui désirent être « transformés par le renouvellement de l’intelligence », et « discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait », à ne pas « se conformer au siècle présent ». [Romains 12:2] À vrai dire, cette exhortation se rapporte plus directement à la sagesse du monde, qui est entièrement opposée à sa volonté « bonne, agréable et parfaite ». Mais elle se rapporte aussi aux manières et aux coutumes du monde, qui découlent naturellement de sa sagesse et de son esprit, et qui y sont exactement assorties. Et il n’était pas au-dessous de la sagesse de Dieu de nous donner, à cet égard aussi, des directions précises.

2. Quelques-unes de ces directions, en particulier celle de notre texte, descendent jusqu’au vêtement des chrétiens. Et ce texte, aussi bien que le texte parallèle de saint Paul, est aussi exprès que possible. Les paroles de saint Paul sont (1 Timothée 2:9, 10) : « Je veux aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni — ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux, mais qu’elles se parent (comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu) de bonnes œuvres. »

3. « Mais n’est-il pas étrange, disent quelques-uns, que l’Esprit de Dieu, qui est la sagesse même, daigne prendre garde à de telles bagatelles ? prendre garde à des bagatelles si insignifiantes, à des choses de si peu d’importance, ou plutôt d’aucune ? Car qu’importe, pourvu que nous prenions soin de l’âme, de quoi le corps est couvert, que ce soit de soie ou de sac ? Quel mal peut-il y avoir à porter de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ou quelque autre de ces belles choses dont Dieu nous a si largement pourvus ? Ne pouvons-nous pas appliquer à cela ce que saint Paul a fait observer en une autre occasion, que “tout ce que Dieu a créé est bon, et rien ne doit être rejeté” ? »

4. Il est certain que beaucoup de ceux qui craignent Dieu sincèrement ont embrassé de tout cœur cette opinion. Et leur pratique s’y accorde : ils ne se font aucun scrupule de se conformer au monde, en portant, chaque fois que l’occasion s’en présente, de l’or, des perles ou des habits somptueux. Et, à vrai dire, ils ne voient pas de bon œil ceux qui croient de leur devoir de les rejeter ; ils regardent l’usage de ces choses comme une branche de la liberté chrétienne. Bien plus, quelques-uns sont allés beaucoup plus loin ; jusqu’à se faire un point d’honneur d’amener ceux qui s’en étaient abstenus pendant quelque temps à s’en servir de nouveau, les assurant que c’était pure superstition de penser qu’il y eût là le moindre mal. Bien plus encore : une personne fort respectable a dit en termes exprès : « Je ne désire pas que ceux qui s’habillent simplement soient dans notre société. » Il vaut donc certainement la peine d’examiner cette question à fond ; de rechercher sérieusement s’il y a quelque mal à se parer d’or, de bijoux ou d’habits somptueux.

5. Mais, avant d’entrer en matière, remarquons que la négligence n’est aucunement une partie de la religion ; que ni ce texte, ni aucun autre texte de l’Écriture, ne condamne la propreté du vêtement. Certainement, c’est là un devoir, et non un péché. « La propreté, en vérité, est voisine de la piété. » C’est dans ce sens que le bon M. Herbert donne ce conseil à quiconque craint Dieu : —

Que la douceur de ton âme ait son effet

Sur ta personne, tes habits et ta demeure.

Et assurément chacun devrait y prendre garde, s’il ne veut pas que le bien qui est en lui soit un sujet de blâme.

6. Une autre erreur, au sujet du vêtement, a été commune dans le monde religieux. Quelques-uns ont supposé qu’il ne devait y avoir absolument aucune différence dans le vêtement des chrétiens. Mais ni ces textes, ni aucun autre du livre de Dieu, n’enseignent rien de tel, ni ne prescrivent que l’habit du maître ou de la maîtresse ne doive en rien différer de celui de leurs serviteurs. Il peut sans doute y avoir une différence modérée de vêtement entre des personnes de conditions différentes. Et là où l’œil est simple, cela se réglera aisément d’après les règles de la prudence chrétienne.

7. Bien plus, on peut douter qu’aucune partie de l’Écriture défende (du moins je n’en connais aucune) à ceux qui, dans une nation quelconque, sont revêtus de l’autorité suprême, d’être vêtus d’or et d’habits somptueux ; ou d’en parer leurs serviteurs immédiats, leurs magistrats ou leurs officiers. Il n’est pas improbable que notre bienheureux Seigneur ait eu l’intention d’autoriser cette coutume quand il dit, sans la moindre marque de censure ou de désapprobation : « Voici, ceux qui portent des habits magnifiques », splendides, « sont dans les maisons des rois. » (Luc 7:25.)

8. Quel est donc le sens de ces passages de l’Écriture ? Qu’est-ce qu’ils défendent ? Ils défendent manifestement aux chrétiens ordinaires, à ceux qui sont dans les rangs inférieurs ou moyens de la société, de se parer d’or, de perles ou d’habits somptueux. Mais pourquoi ? Quel mal y a-t-il à cela ? Ceci mérite notre sérieuse considération. Mais il est fort à propos, ou plutôt absolument nécessaire, pour tous ceux qui voudraient l’examiner avec quelque fruit, de se dépouiller, autant qu’il est possible, de tout préjugé, et de se tenir ouverts à la conviction : n’est-il pas nécessaire aussi, au plus haut degré, qu’ils supplient instamment le Père des lumières « de leur accorder, par sa sainte inspiration, de penser les choses qui sont justes, et, par sa miséricordieuse direction, de les accomplir » ? Alors ils ne diront pas, non, pas même dans leur cœur (comme je crains que trop de gens ne l’aient fait.) ce que le fameux Juif disait au chrétien : « Tu ne me persuaderas pas, quand même tu m’aurais persuadé. »

9. La question est celle-ci : Quel mal y a-t-il à nous parer d’or, de perles ou d’habits somptueux, supposé que vous en ayez les moyens ; c’est-à-dire supposé que cela ne fasse pas tort à votre famille et ne l’appauvrisse pas ? Le premier mal que cela fait, c’est que cela engendre l’orgueil, et, là où il existe déjà, l’accroît. Quiconque observe de près ce qui se passe dans son propre cœur le discernera aisément. Rien n’est plus naturel que de nous croire meilleurs parce que nous sommes vêtus de meilleurs habits ; et il n’est guère possible à un homme de porter des habits somptueux sans en tirer, en quelque mesure, vanité. L’un des anciens païens le savait si bien que, lorsqu’il en voulait à un pauvre homme et avait envie de lui tourner la tête, il lui faisait présent d’un bel habillement complet.

Eutrapelus, cuicunque nocere volebat,

Vestimenta dabat pretiosa.

[Voici la traduction que Boscawen a donnée de cette citation d’Horace : —

Eutrapelus, quiconque il voulait

Perdre, le parait d’habits précieux. » — ÉDIT.]

Celui-ci ne pouvait alors s’empêcher de s’imaginer d’autant meilleur que son voisin qu’il était plus élégant que lui. Et combien de milliers, non seulement de lords et de gentilshommes en Angleterre, mais d’honnêtes marchands, raisonnent de la même manière ! concluant à la valeur supérieure de leur personne d’après la valeur de leurs habits !

10. « Mais un homme ne peut-il pas être aussi orgueilleux, quoique vêtu d’un sac, qu’un autre, quoique vêtu de drap d’or ? » Comme cet argument se présente à nous à chaque pas, et qu’on le suppose sans réplique, il vaudra la peine d’y répondre une fois pour toutes, et d’en montrer l’entière vanité. « Celui qui est vêtu d’un sac, demandez-vous donc, ne peut-il pas être aussi orgueilleux que celui qui est vêtu de drap d’or ? » Je réponds : Certainement il le peut ; je suppose que personne n’en doute. Et quelle conclusion pouvez-vous en tirer ? Prenez un cas parallèle. Un homme qui boit une coupe de vin salutaire peut être aussi malade qu’un autre qui boit du poison : mais cela prouve-t-il que le poison n’a pas plus de tendance à nuire à un homme que le vin ? Ou cela excuse-t-il quelqu’un de prendre ce qui a une tendance naturelle à le rendre malade ? Or, pour faire l’application : l’expérience montre que les beaux habits ont une tendance naturelle à rendre un homme malade d’orgueil ; les habits simples ne l’ont pas. Bien qu’il soit vrai que vous puissiez être malade d’orgueil dans ceux-ci aussi, ils n’ont pourtant aucune tendance naturelle à causer ou à accroître cette maladie. C’est pourquoi tous ceux qui désirent être revêtus d’humilité s’abstiennent de ce poison.

11. Secondement. Le port d’habits voyants ou somptueux tend naturellement à faire naître et à accroître la vanité. Par vanité j’entends ici l’amour et le désir d’être admiré et loué. Chacun de vous qui aime la toilette en a un témoin dans son propre sein. Que vous le confessiez ou non devant les hommes, vous en êtes convaincus devant Dieu. Vous savez dans votre cœur que c’est en vue d’être admirés que vous vous parez ainsi ; et que vous ne vous en donneriez pas la peine si personne ne devait vous voir, hormis Dieu et ses saints anges. Or, plus vous vous livrez à ce désir insensé, plus il gagne sur vous. Vous avez assez de vanité par nature ; mais en vous y livrant ainsi, vous l’accroissez au centuple. Oh ! arrêtez ! Ne visez qu’à plaire à Dieu seul, et tous ces ornements tomberont d’eux-mêmes.

12. Troisièmement. Le port d’habits voyants et somptueux tend naturellement à engendrer la colère, et toute passion turbulente et inquiète. Et c’est pour cette raison même que l’apôtre met cette « parure extérieure » en opposition directe avec la « parure d’un esprit doux et paisible ». Avec quelle force il ajoute : « qui est d’un grand prix devant Dieu ! »

Plus précieuse de loin que l’or ou les perles,

Et plus brillante que l’étoile du matin.

Nul ne peut aisément concevoir, à moins d’en faire lui-même la triste expérience, la contrariété qu’il y a entre la « parure extérieure » et cette « paix de l’esprit » intérieure. Vous ne pouvez jamais jouir pleinement de celle-ci, tant que vous êtes épris de l’autre. Ce n’est qu’en vous tenant détaché de cette « parure extérieure » que vous pouvez « posséder votre âme par la patience ». C’est alors seulement, quand vous aurez rejeté votre goût de la toilette, que la paix de Dieu régnera dans vos cœurs.

13. Quatrièmement. Les habits voyants et somptueux tendent directement à faire naître et à enflammer la luxure. J’ai hésité à nommer cet appétit brutal, ou, pour ménager les oreilles délicates, à l’exprimer par quelque douce périphrase. (Comme ce doyen qui, il y a quelques années, dit à son auditoire de Whitehall : « Si vous ne vous repentez pas, vous irez dans un lieu que je suis trop bien élevé pour nommer devant cette bonne compagnie. ») Mais je crois qu’il vaut mieux parler franchement ; puisque plus le mot choque vos oreilles, plus il peut armer votre cœur. Le fait est clair et indéniable ; il produit cet effet tant sur celui qui porte ces habits que sur celui qui les regarde. C’est au premier que notre élégant poète, Cowley, adresse ces beaux vers : —

Te parer avec tant d’art

N’est qu’une habileté barbare ;

C’est comme empoisonner un dard

Déjà trop prompt à tuer.

C’est-à-dire (pour exprimer la chose en termes clairs, sans aucun fard) : « Vous empoisonnez celui qui vous regarde de beaucoup plus de cet appétit vil qu’il n’en ressentirait autrement. » Ne saviez-vous pas que telle serait la conséquence naturelle de votre élégante parure ? Pour pousser la question à fond : ne le désiriez-vous pas, n’en aviez-vous pas le dessein ? Et cependant, pendant tout ce temps, comme vous

Offriez aux regards du public

Un spécieux visage d’innocence et de vertu !

Cependant vous n’échappez pas vous-même au piège que vous tendez aux autres. Le dard revient sur vous, et vous êtes infecté du même poison dont vous les avez infectés. Vous allumez une flamme qui, en même temps, vous consume, vous et vos admirateurs. Et c’est bien heureux si elle ne vous plonge pas, vous et eux, dans les flammes de l’enfer !

14. Cinquièmement. Le port d’habits somptueux est directement opposé au fait d’être paré de bonnes œuvres. Rien ne peut être plus évident ; car plus vous dépensez pour votre propre vêtement, moins il vous reste pour vêtir ceux qui sont nus, nourrir ceux qui ont faim, loger les étrangers, secourir ceux qui sont malades et en prison, et diminuer les afflictions sans nombre auxquelles nous sommes exposés dans cette vallée de larmes. Et ici il n’y a pas de place pour l’échappatoire employée plus haut : « Je puis être aussi humble en drap d’or qu’en habit de sac. » Si vous pouviez être aussi humble en choisissant des habits somptueux qu’en choisissant des habits simples (ce que je nie absolument), vous ne pourriez cependant pas être aussi bienfaisant, — aussi abondant en bonnes œuvres. Chaque shilling que vous épargnez sur votre propre vêtement, vous pouvez le dépenser à vêtir ceux qui sont nus et à soulager les diverses nécessités des pauvres, que « vous avez toujours avec vous ». Par conséquent, chaque shilling que vous dépensez sans nécessité pour votre vêtement est, en fait, volé à Dieu et aux pauvres ! Et de combien d’occasions précieuses de faire le bien vous êtes-vous frustré vous-même ! Combien de fois vous êtes-vous mis hors d’état de faire le bien, en achetant ce dont vous n’aviez pas besoin ! Dans quel but avez-vous acheté ces ornements ? Pour plaire à Dieu ? Non ; mais pour plaire à votre propre fantaisie, ou pour obtenir l’admiration et les applaudissements de gens qui n’étaient pas plus sages que vous. Que de bien vous auriez pu faire avec cet argent ! et quelle perte irréparable vous avez subie en ne le faisant pas, s’il est vrai que le jour approche où « chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » !

15. Je vous en prie, considérez bien ceci. Peut-être ne l’avez-vous pas encore vu sous ce jour. Quand vous dépensez en habits somptueux cet argent que vous auriez pu, sans cela, épargner pour les pauvres, vous les privez par là de ce que Dieu, le propriétaire de toutes choses, avait déposé entre vos mains pour leur usage. S’il en est ainsi, ce que vous mettez sur vous, vous l’arrachez en fait du dos de celui qui est nu ; comme la nourriture coûteuse et délicate que vous mangez, vous l’arrachez de la bouche de celui qui a faim. Par miséricorde, par pitié, pour l’amour de Christ, pour l’honneur de son Évangile, retenez votre main ! Ne jetez pas cet argent ! Ne dépensez pas pour rien, oui, pour pire que rien, ce qui pourrait vêtir votre semblable, pauvre, nu et grelottant !

16. Il y a bien des années, quand j’étais à Oxford, par un froid jour d’hiver, une jeune fille (l’une de celles que nous entretenions à l’école) vint me voir. Je lui dis : « Vous paraissez à demi morte de froid. N’avez-vous rien pour vous couvrir que cette mince robe de toile ? » Elle dit : « Monsieur, c’est tout ce que j’ai ! » Je mis la main à ma poche, mais je trouvai qu’il ne me restait presque pas d’argent, venant de payer ce que j’avais. Cette pensée me frappa aussitôt : « Ton Maître dira-t-il : “C’est bien, bon et fidèle économe” ? Tu as orné tes murs avec l’argent qui aurait pu abriter du froid cette pauvre créature ! Ô justice ! Ô miséricorde ! Ces tableaux ne sont-ils pas le sang de cette pauvre fille ? » Vois sous le même jour tes habits dispendieux ; ta robe, ton chapeau, ta coiffure ! Tout ce qui, sur toi, a coûté plus que le devoir chrétien ne te demandait de dépenser, est le sang des pauvres ! Oh ! sois sage pour l’avenir ! Sois plus miséricordieux ! plus fidèle envers Dieu et envers les hommes ! plus abondamment paré (comme des hommes et des femmes qui font profession de servir Dieu) de bonnes œuvres !

17. Il est vrai qu’il faut faire une large part à ceux qui n’ont jamais été avertis de ces choses, et qui peut-être ne savent pas qu’il y a dans la Bible une parole qui défend les habits somptueux. Mais que vous importe ? Vous avez été avertis mainte et mainte fois, oui, de la manière la plus claire possible. Et quel profit en avez-vous tiré ? Ne vous habillez-vous pas encore comme les autres gens de même fortune ? Votre toilette n’est-elle pas aussi voyante, aussi dispendieuse que celle des gens qui n’ont jamais reçu un tel avertissement ? aussi dispendieuse qu’elle l’aurait été si vous n’aviez jamais entendu dire un mot à ce sujet ? Oh ! comment répondrez-vous à cela, quand vous et moi nous nous tiendrons ensemble devant le tribunal de Christ ? Bien plus, beaucoup d’entre vous ne sont-ils pas devenus plus élégants à mesure qu’ils devenaient plus riches ? À mesure que vous vous êtes accrus en biens, ne vous êtes-vous pas accrus en toilette ? Témoin la profusion de rubans, de gaze ou de linge sur vos têtes ! Quel profit avez-vous donc tiré de porter l’opprobre de Christ ? d’être appelés méthodistes ? N’êtes-vous pas habillés aussi à la mode que d’autres de votre rang qui ne sont pas méthodistes ? Demandez-vous : « Mais ne pouvons-nous pas aussi bien acheter des choses à la mode que des choses qui ne le sont pas ? » Je réponds : Non, si elles vous donnent un air hardi et immodeste, comme le font ces énormes chapeaux, ces bonnets, ces coiffures. Et non, si elles coûtent davantage. « Mais j’en ai les moyens. » Oh ! mettez de côté pour toujours ce mot vain et insensé ! Aucun chrétien n’a les moyens de gaspiller la moindre partie des biens que Dieu lui a confiés. Combien de temps devez-vous rester ici ? Ne pouvez-vous pas, demain, peut-être cette nuit, être sommé de vous lever et de partir d’ici, pour rendre compte de ceci et de tous vos talents au Juge des vivants et des morts ?

18. Comment se peut-il donc qu’après tant d’avertissements, vous persistiez dans la même folie ? N’est-ce pas pour cette raison ? Il y a encore parmi vous des gens qui ne profitent pas eux-mêmes de tout ce qu’ils entendent, et qui ne veulent pas non plus que les autres en profitent : et ceux-là, si quelqu’un d’entre vous est presque persuadé de s’habiller en chrétien, l’en détournent à force de raisonnements, de railleries et de moqueries. Ô vous, jolis frivoles, je vous en supplie, ne faites pas plus longtemps l’ouvrage du diable ! Quoi que vous fassiez vous-mêmes, n’endurcissez pas le cœur des autres. Et vous qui avez de meilleurs sentiments, évitez ces tentateurs avec tout le soin possible ; et si vous vous trouvez là où il y en a, ou bien priez-les de se taire sur ce chapitre, ou bien quittez la pièce.

19. Sixièmement. Le port d’habits somptueux est directement opposé à ce que l’apôtre appelle « l’homme caché du cœur » ; c’est-à-dire à toute « l’image de Dieu » dans laquelle nous avons été créés, et qui est imprimée de nouveau dans le cœur de tout croyant chrétien ; — opposé aux « sentiments qui étaient en Jésus-Christ », et à toute la nature de la sainteté intérieure. Pendant tout le temps que vous étudiez cette parure extérieure, toute l’œuvre intérieure de l’Esprit s’arrête ; ou plutôt elle recule, quoique par des degrés très doux et presque imperceptibles. Au lieu de devenir plus céleste dans vos pensées, vous devenez de plus en plus terrestre. Si vous étiez autrefois en communion avec le Père et le Fils, cette communion décline maintenant peu à peu ; et vous vous enfoncez insensiblement de plus en plus dans l’esprit du monde, — dans des désirs insensés et pernicieux, et dans des appétits rampants. Tous ces maux, et mille autres, naissent de cette seule racine — vous permettre des habits somptueux.

20. Pourquoi donc tous ceux qui aiment ou qui craignent Dieu ne la fuient-ils pas comme on fuit devant un serpent ? Pourquoi vous conformez-vous encore aux coutumes déraisonnables et coupables d’un monde en délire ? Pourquoi méprisez-vous encore le commandement exprès de Dieu, prononcé dans les termes les plus clairs ? Vous voyez la lumière : pourquoi ne suivez-vous pas la lumière de votre propre esprit ? Votre conscience vous dit la vérité : pourquoi n’obéissez-vous pas à ce que vous dicte votre propre conscience ?

21. Vous répondez : « Eh bien ! la coutume universelle est contre moi ; et je ne sais comment remonter ce puissant torrent. » Non seulement le monde profane, mais aussi le monde religieux, court violemment dans l’autre sens. Regardez, je ne dis pas dans les théâtres, mais dans les églises, bien plus, dans les assemblées de toute dénomination (excepté quelques Quakers à l’ancienne mode, ou les gens appelés Moraves) ; regardez dans les congrégations, à Londres ou ailleurs, de ceux qu’on appelle ministres de l’Évangile ; regardez dans la chapelle de Northampton ; oui, dans le Tabernacle, ou dans la chapelle de Tottenham-Court Road ; bien plus, regardez dans la chapelle de West-Street, ou dans celle de City-Road ; regardez les gens mêmes qui sont assis sous la chaire, ou à côté ; et ceux qui en ont les moyens, (j’ai peine à m’empêcher de leur faire l’honneur de les nommer) ne sont-ils pas parés aussi à la mode que ceux de même rang en d’autres lieux ?

22. C’est là une triste vérité. J’en ai honte : mais je ne sais comment y remédier. Je prends aujourd’hui le ciel et la terre à témoin que ce n’est pas ma faute ! La trompette n’a pas « rendu un son confus », depuis près de cinquante ans. Ô Dieu ! tu sais que j’ai rendu un témoignage clair et fidèle. Par la presse, par la prédication, dans les réunions de la société, je n’ai pas craint d’annoncer tout le conseil de Dieu. Je suis donc pur du sang de ceux qui ne veulent pas écouter. Il retombe sur leur propre tête.

23. Je vous avertis encore une fois, au nom et en la présence de Dieu, que le nombre de ceux qui se révoltent contre Dieu n’est pas une excuse pour leur révolte. Il nous a dit expressément : « Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal. » On a dit d’un homme grand et bon qu’il

Ne craignait pas, si le Ciel l’eût décrété, de se dresser

Seul contre un monde, et seul homme de bien.

Qui d’entre vous désire avoir part à ce glorieux caractère ? se dresser contre un monde ? Si des millions vous condamnent, il suffira que vous soyez absous par Dieu et par votre propre conscience.

24. « Mais, disent quelques-uns, je crois que je pourrais supporter le mépris ou l’opprobre de tout le reste du monde. Je ne fais cas que de mes propres parents, surtout de ceux de ma propre maison. Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs (et peut-être quelqu’un qui m’est plus proche qu’eux tous) me tourmentent continuellement. » C’est là, en vérité, une épreuve ; telle que bien peu peuvent en juger, sinon ceux qui la supportent. « Je n’ai pas la force de la supporter. » Non, pas de vous-même : certainement vous ne l’avez pas. Mais il y a de la force en réserve pour vous auprès d’« un qui est puissant » ! Sa grâce vous suffit ; et il voit maintenant votre cas, et il est tout prêt à vous la donner. En attendant, souvenez-vous de sa redoutable déclaration touchant ceux qui ont plus d’égard pour l’homme que pour Dieu : « Celui qui aime son père ou sa mère, son frère ou sa sœur, son mari ou sa femme, plus que moi n’est pas digne de moi. »

25. Mais n’y en a-t-il pas parmi vous qui ont autrefois renoncé à cette conformité au monde, et qui s’habillaient en tout point proprement et simplement, d’une manière assortie à votre profession ? Pourquoi donc n’y avez-vous pas persévéré ? Pourquoi vous êtes-vous détournés de la bonne voie ? Avez-vous contracté une connaissance, peut-être une amitié, avec quelques personnes qui aimaient encore la toilette ? Il n’est pas étonnant alors que vous ayez été, tôt ou tard, amenés à « refaire à rebours vos pas vers la terre ». On ne pouvait s’attendre à moins qu’à voir un péché vous entraîner dans un autre. C’était un péché de contracter une amitié avec quelqu’un qui ne connaissait pas Dieu : car « Ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu? » Et cela vous a ramenés dans un autre, dans cette conformité au monde à laquelle vous aviez entièrement échappé. Mais que devez-vous faire maintenant ? Eh bien ! si vous êtes sages, sauvez-vous pour votre vie : point de délai ; ne regardez pas derrière vous ! Sans perdre de temps, renoncez à la fois à la cause et à l’effet ! Maintenant, aujourd’hui, avant que le cœur s’endurcisse par la séduction du péché, retranchez d’un seul coup cette amitié coupable avec les impies, et cette conformité coupable au monde ! Décidez-vous aujourd’hui ! Ne différez pas jusqu’à demain, de peur de différer pour toujours. Pour l’amour de Dieu, pour l’amour de votre propre âme, arrêtez maintenant votre résolution !

26. Je vous en conjure, vous tous qui avez quelque égard pour moi, montrez-moi, avant que je m’en aille d’ici, que je n’ai pas travaillé en vain, même à cet égard, pendant près d’un demi-siècle. Que je voie, avant de mourir, une congrégation méthodiste tout aussi simplement vêtue qu’une congrégation de Quakers. Soyez seulement plus conséquents avec vous-mêmes. Que votre vêtement soit bon marché aussi bien que simple ; autrement vous ne faites que vous jouer de Dieu, de moi et de vos propres âmes. Je vous en prie, qu’il n’y ait parmi vous aucune soie coûteuse, si sévère qu’en soit la couleur. Qu’il n’y ait point de toile de Quaker, — ainsi appelée proverbialement à cause de son extrême finesse ; point de dentelle de Bruxelles, point de chapeaux ou de bonnets éléphantesques, — ces scandales de la pudeur féminine. Soyez tout d’une pièce, vêtus de la tête aux pieds comme des personnes qui font profession de piété ; qui font profession de faire toutes choses, petites et grandes, dans la seule vue de plaire à Dieu.

27. Qu’aucun de vous qui êtes riches dans ce monde ne cherche à s’en excuser en disant des sottises. C’est une sottise pure et criante que de dire : « Oh ! j’ai les moyens de m’offrir ceci ou cela. » Si vous avez égard au sens commun, que ce mot stupide ne sorte jamais de votre bouche. Aucun homme vivant n’a les moyens de gaspiller la moindre partie de ce que Dieu a confié à sa garde. Nul n’a les moyens de jeter à la mer la moindre partie de cette nourriture et de ce vêtement qui lui ont été confiés tout exprès pour nourrir ceux qui ont faim et vêtir ceux qui sont nus. Et c’est bien pis qu’un simple gaspillage d’en dépenser la moindre partie en habits voyants ou somptueux. Car ce n’est rien moins que changer une nourriture saine en un poison mortel. C’est donner autant d’argent pour vous empoisonner, vous et les autres, aussi loin que s’étend votre exemple, d’orgueil, de vanité, de colère, de luxure, d’amour du monde, et de mille « désirs insensés et pernicieux », qui tendent à « les transpercer de beaucoup de douleurs ». Et n’y a-t-il aucun mal en tout cela ? Ô Dieu, lève-toi et défends ta propre cause ! Ne permets pas que les hommes ou les démons nous crèvent plus longtemps les yeux, et nous mènent les yeux bandés dans la fosse de la perdition !

28. Je vous en supplie, vous tous, hommes ici présents devant Dieu, et vous, femmes, jeunes ou vieilles, mariées ou non, oui, et tout enfant qui connaît le bien et le mal, prenez ceci pour vous. Que chacun de vous, pour sa part, suive le conseil de l’apôtre ; du moins, n’empêchez pas les autres de le suivre. Je vous en supplie, ô parents, n’empêchez pas vos enfants de suivre leurs propres convictions, même si vous pensiez qu’ils auraient meilleure mine s’ils étaient parés de ces colifichets que portent les autres enfants ! Je vous en supplie, ô maris, n’empêchez pas vos femmes ! Vous, ô femmes, n’empêchez pas vos maris, ni par parole ni par action, d’agir exactement selon qu’ils sont persuadés dans leur propre esprit ! Surtout, je vous en conjure, vous, demi-méthodistes, vous qui louvoyez entre nous et le monde, vous qui entendez souvent, peut-être constamment, notre prédication, mais n’avez pas d’autre lien avec nous ; oui, et vous tous qui étiez autrefois pleinement unis à nous, mais ne l’êtes plus maintenant : quoi que vous fassiez vous-mêmes, ne dites pas un mot pour empêcher les autres de recevoir et de pratiquer le conseil qui vient d’être donné ! Encore un peu de temps, et nous n’aurons plus besoin de ces pauvres vêtements ; car ce corps corruptible revêtira l’incorruptibilité. Encore quelques jours, et ce corps mortel revêtira l’immortalité. En attendant, que ce soit là notre unique souci : « dépouiller le vieil homme », — notre vieille nature, — « qui se corrompt », — qui est entièrement mauvais, — et « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité ». En particulier, « revêtez-vous, comme des élus de Dieu, d’entrailles de miséricorde, de bonté, de douceur, de patience ». Oui, pour tout résumer d’un mot, « revêtez-vous de Christ » ; afin que, « quand il paraîtra, vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire ».

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