Chapitre 87 · 31 min de lecture · 40 min d’écoute
Appel aux rétrogrades
Sermon 86
Appel aux rétrogrades
« Le Seigneur rejettera-t-il pour toujours? Ne sera-t-il plus favorable? Sa bonté est-elle à jamais épuisée? Sa parole est-elle anéantie pour l’éternité? »
Psaume 77:8, 9.
1. La présomption est l’un des grands pièges du diable, et beaucoup d’enfants des hommes s’y laissent prendre. Ils présument tellement de la miséricorde de Dieu qu’ils en oublient entièrement sa justice. Bien qu’il ait expressément déclaré : « Sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur », ils se flattent pourtant que Dieu, à la fin, sera meilleur que sa parole. Ils s’imaginent pouvoir vivre et mourir dans leurs péchés, et néanmoins « échapper au châtiment de la géhenne ».
2. Mais si beaucoup sont perdus par la présomption, il y en a plus encore qui périssent par le désespoir. J’entends par là le manque d’espérance : la pensée qu’il leur est impossible d’échapper à la perdition. Après avoir maintes fois combattu leurs ennemis spirituels, et toujours été vaincus, ils déposent les armes ; ils ne luttent plus, n’ayant aucune espérance de victoire. Sachant, par une triste expérience, qu’ils n’ont en eux-mêmes aucun pouvoir de se secourir, et n’attendant pas que Dieu les secoure, ils se couchent sous leur fardeau. Ils ne font plus d’effort ; car ils supposent qu’il leur est impossible de parvenir au but.
3. En ce cas, comme en mille autres, « Le cœur connaît ses propres chagrins, et un étranger ne se mêle point de sa douleur ». Il n’est pas facile de le comprendre pour ceux qui ne l’ont jamais éprouvé ; car « Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui? » Qui sait, sinon par sa propre expérience, ce que signifie cette sorte d’esprit blessé ? Par conséquent, il en est peu qui sachent compatir à ceux qui sont sous cette rude tentation. Il en est peu qui aient bien considéré ce cas ; peu qui ne soient pas trompés par les apparences. Ils voient des hommes poursuivre une vie de péché, et tiennent pour certain que c’est par pure présomption ; alors qu’en réalité c’est par le principe tout opposé ; — c’est par pur désespoir. Ou bien ils n’ont aucune espérance, — et, tant qu’il en est ainsi, ils ne luttent pas du tout, — ou bien ils ont quelques intervalles d’espérance, et, tant que cela dure, ils « luttent pour remporter le prix ». Mais cette espérance défaille bientôt : alors ils cessent de lutter, et ils retombent au pouvoir de Satan, qui « s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté ».
4. Tel est souvent le cas de ceux qui avaient bien commencé la course, mais se sont bientôt lassés sur le chemin du ciel ; et en particulier de ceux qui ont vu autrefois « la gloire de Dieu sur la face de Christ », mais qui ont ensuite attristé son Saint-Esprit et fait naufrage quant à la foi. À vrai dire, beaucoup d’entre eux se précipitent dans le péché, comme un cheval qui s’élance au combat. Ils pèchent la tête si haute qu’ils éteignent entièrement le Saint-Esprit de Dieu ; de sorte qu’il les livre aux convoitises de leur propre cœur, et les laisse suivre leurs propres imaginations. Et ceux qui sont ainsi livrés peuvent devenir tout à fait insensibles, sans crainte, ni tristesse, ni souci ; parfaitement tranquilles et indifférents à l’égard de Dieu, du ciel ou de l’enfer ; à quoi le dieu de ce siècle contribue beaucoup, en aveuglant et en endurcissant leur cœur. Mais même ceux-là ne seraient pas si insouciants, n’était le désespoir. La grande raison pour laquelle ils n’ont ni tristesse ni souci, c’est qu’ils n’ont pas d’espérance. Ils croient vraiment qu’ils ont tellement irrité Dieu « qu’il ne se laissera plus fléchir ».
5. Et pourtant, nous ne devons pas abandonner tout à fait même ceux-là. Nous en avons connu, même parmi les insouciants, que Dieu a visités de nouveau et ramenés à leur premier amour. Mais nous pouvons avoir beaucoup plus d’espérance pour les rétrogrades qui ne sont pas insouciants, qui sont encore inquiets ; — ceux qui voudraient bien échapper au piège du diable, mais pensent que c’est impossible. Ils sont pleinement convaincus qu’ils ne peuvent se sauver eux-mêmes, et ils croient que Dieu ne veut pas les sauver. Ils croient qu’il a irrévocablement, « dans sa colère, retiré sa miséricorde ». Ils se fortifient dans cette croyance par une foule de raisons ; et, à moins que ces raisons ne soient clairement écartées, ils ne peuvent espérer aucune délivrance.
C’est afin de soulager ces âmes sans espérance et sans secours que je me propose, avec l’assistance de Dieu,
I. De rechercher quelles sont les principales de ces raisons, dont l’une ou l’autre porte tant de rétrogrades à rejeter l’espérance ; à supposer que Dieu a « oublié d’avoir compassion ». Et,
II. De donner à chacune de ces raisons une réponse claire et complète.
I. Je dois, premièrement, rechercher quelles sont les principales de ces raisons qui portent tant de rétrogrades à penser que Dieu a « oublié d’avoir compassion ». Je ne dis pas toutes les raisons ; car innombrables sont celles que suggéreront soit leur propre cœur mauvais, soit le serpent ancien ; mais les principales ; — celles qui sont les plus spécieuses, et par conséquent les plus communes.
1. Le premier argument qui porte beaucoup de rétrogrades à croire que « le Seigneur ne se laissera plus fléchir » est tiré de la nature même de la chose : « Si, disent-ils, un homme se révolte contre un prince de la terre, souvent il meurt pour la première offense ; il paie de sa vie la première transgression. Il se peut pourtant, si le crime est atténué par quelque circonstance favorable, ou si une forte intercession est faite en sa faveur, qu’on lui fasse grâce de la vie. Mais si, après un pardon plein et gratuit, il se rendait coupable d’une seconde révolte, qui oserait intercéder pour lui ? Il ne doit plus attendre de miséricorde. Or, si celui qui se révolte contre un roi de la terre, après avoir été gratuitement pardonné une fois, ne peut avec la moindre apparence de raison espérer d’être pardonné une seconde fois, quel doit être le cas de celui qui, après avoir été gratuitement pardonné pour s’être révolté contre le grand Roi du ciel et de la terre, se révolte de nouveau contre lui ? Que peut-il attendre, sinon que “la vengeance viendra sur lui jusqu’au bout” »
2. (1.) Cet argument, tiré de la raison, ils l’appuient par plusieurs passages de l’Écriture. L’un des plus forts est celui qui se trouve dans la Première Épître de saint Jean (1 Jean 5:16) : « Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui ne mène point à la mort, qu’il prie, et Dieu donnera la vie à ce frère, il la donnera à ceux qui commettent un péché qui ne mène point à la mort. Il y a un péché qui mène à la mort; je ne dis pas qu’il doive prier pour ce péché-là. »
De là ils concluent : « Assurément, je ne dis pas qu’il doive prier pour ce péché-là équivaut à je dis qu’il ne doit pas prier pour ce péché-là. L’apôtre suppose donc que celui qui a commis ce péché est dans un état vraiment désespéré ! Si désespéré que nous ne pouvons pas même prier pour son pardon ; nous ne pouvons pas demander la vie pour lui Et que pouvons-nous supposer, avec plus de raison, être un péché qui mène à la mort, qu’une révolte volontaire après un pardon plein et gratuit ?
(2). « Considérez, secondement, disent-ils, ces terribles passages de l’Épître aux Hébreux ; l’un se trouve au sixième chapitre, l’autre au dixième. Pour commencer par le dernier : “Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde : de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce? Car nous connaissons celui qui a dit: A moi la vengeance, à moi la rétribution! dit le Seigneur. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant.” (Hébreux 10:26–31.) Or, l’Esprit saint ne déclare-t-il pas ici expressément que notre cas est désespéré ? Ne déclare-t-il pas que, “si nous péchons volontairement” “après avoir reçu la connaissance de la vérité”, après l’avoir connue par expérience, — ce que nous avons fait sans aucun doute, et cela maintes et maintes fois, — “il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles” ?
(3.) « Et ce passage du sixième chapitre n’est-il pas exactement parallèle à celui-ci ? “Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, — s’ils viennent à tomber”, (littéralement,et qui sont tombés,) “soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie.” (Hébreux 6:4–6.)
(4.) « Il est vrai que certains pensent que ces mots, il est impossible, ne doivent pas se prendre à la lettre, comme marquant une impossibilité absolue, mais seulement une très grande difficulté. Mais il ne paraît pas que nous ayons aucune raison suffisante de nous écarter du sens littéral ; car il n’implique aucune absurdité et ne contredit aucun autre passage de l’Écriture. Cela donc, disent-ils, ne retranche-t-il pas toute espérance, puisque nous avons sans aucun doute “goûté le don céleste” et “eu part au Saint-Esprit” ? Comment est-il possible de “nous renouveler encore et de nous amener à la repentance”, c’est-à-dire à un changement entier du cœur et de la vie ? Puisque nous avons “crucifié pour notre part le Fils de Dieu, et que nous l’avons exposé à l’ignominie”.
(5.) « Un passage plus terrible encore, s’il est possible, que celui-ci, est celui du douzième chapitre de saint Matthieu : “Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir.” (Matthieu 12:31, 32.) Exactement parallèles à celles-ci sont ces paroles de notre Seigneur que rapporte saint Marc : “Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés; mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon, mais il est en danger de la damnation éternelle.” (Marc 3:28, 29.)
(6.) Certains ont jugé que tous ces passages visent un seul et même péché ; que non seulement les paroles de notre Seigneur, mais aussi celles de saint Jean touchant le “péché qui mène à la mort”, et celles de saint Paul touchant ceux qui “crucifient pour leur part le Fils de Dieu, foulent aux pieds le Fils de Dieu et outragent l’Esprit de la grâce”, se rapportent toutes au blasphème contre le Saint-Esprit, le seul péché qui ne sera jamais pardonné. Qu’il en soit ainsi ou non, il faut reconnaître que ce blasphème est absolument impardonnable ; et que, par conséquent, pour ceux qui s’en sont rendus coupables, Dieu “ne se laissera plus fléchir”.
3. Pour confirmer ces arguments, tirés de la raison et de l’Écriture, ils en appellent aux faits. Ils demandent : « N’est-ce pas un fait que ceux qui déchoient de la grâce justifiante, qui “ont fait naufrage par rapport à la foi”, à cette foi d’où vient le salut présent, périssent sans miséricorde ? Combien moins peut échapper aucun de ceux qui déchoient de la grâce sanctifiante ! qui font naufrage de cette foi par laquelle ils sont purifiés de toute souillure de la chair et de l’esprit ! Y a-t-il jamais eu un seul exemple de l’un ou de l’autre de ces hommes renouvelé et amené de nouveau à la repentance ? S’il y en avait quelque exemple, on serait porté à croire que cette pensée de notre poète n’est pas extravagante : —
“Judas lui-même lutte pour dompter son désespoir,
L’espérance fleurit presque dans l’ombre de l’enfer.”
II. Tels sont les principaux arguments, tirés de la raison, de l’Écriture et des faits, par lesquels les rétrogrades ont coutume de se justifier de rejeter l’espérance ; de supposer que Dieu a entièrement, « dans sa colère, retiré sa miséricorde ». Je les ai exposés dans toute leur force, afin que nous puissions mieux en juger, et voir si chacun d’eux ne peut recevoir une réponse claire, complète et satisfaisante.
1. Je commence par l’argument qui est tiré de la nature de la chose : « Si un homme se révolte contre un prince de la terre, il peut peut-être être pardonné la première fois. Mais si, après un pardon plein et gratuit, il venait à se révolter de nouveau, il n’y a pas d’espérance d’obtenir un second pardon : il doit s’attendre à mourir sans miséricorde. Or, si celui qui se révolte de nouveau contre un roi de la terre ne peut espérer aucun second pardon, comment peut-il espérer miséricorde, celui qui se révolte une seconde fois contre le grand Roi du ciel et de la terre ? »
2. Je réponds : cet argument, tiré de l’analogie entre les choses de la terre et celles du ciel, est spécieux, mais il n’est pas solide ; et cela pour cette raison toute simple : l’analogie n’a pas lieu ici. Il ne peut y avoir ni analogie ni proportion entre la miséricorde d’aucun des enfants des hommes et celle du Dieu Très-Haut. « A qui me comparerez-vous, dit le Seigneur ? » À qui, soit dans le ciel, soit sur la terre ? Qui, « qui donc parmi les dieux pourra être comparé au Seigneur ? » « J’avais dit: Vous êtes des dieux », dit le psalmiste, s’adressant aux magistrats suprêmes. Telle est votre dignité, tel est votre pouvoir, comparés à ceux des hommes du commun. Mais que sont-ils auprès du Dieu du ciel ? Comme une bulle sur la vague. Qu’est leur puissance en comparaison de sa puissance ? Qu’est leur miséricorde comparée à sa miséricorde ? De là cette parole consolante : « Car je suis Dieu, et non pas un homme ; c’est pourquoi la maison d’Israël n’est pas consumée. » Parce qu’il est Dieu, et non pas un homme, « c’est pourquoi ses compassions ne sont pas à leur terme ». Nul donc ne peut conclure que, parce qu’un roi de la terre ne pardonnera pas à celui qui se révolte contre lui une seconde fois, le Roi du ciel ne pardonnera pas non plus. Si, il pardonnera ; non pas seulement jusqu’à sept fois, ni jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Bien plus, vos révoltes fussent-elles multipliées comme les étoiles du ciel, fussent-elles plus nombreuses que les cheveux de votre tête, cependant « retournez à l’Éternel, et il aura pitié de vous ; à notre Dieu, car il ne se lasse pas de pardonner ».
3. « Mais saint Jean ne nous retranche-t-il pas cette espérance par ce qu’il dit du “péché qui mène à la mort” ? “Je ne dis pas qu’il doive prier pour ce péché-là” n’équivaut-il pas à : “Je dis qu’il ne doit pas prier pour ce péché-là” ? Et cela n’implique-t-il pas que Dieu a résolu de ne pas exaucer cette prière ? qu’il ne donnera pas la vie à un tel pécheur, non, pas même à la prière d’un juste ? »
4. Je réponds : « Je ne dis pas qu’il doive prier pour ce péché-là » signifie certainement : il ne doit pas prier pour ce péché-là. Et cela implique sans doute que Dieu ne donnera pas la vie à ceux qui ont commis ce péché ; que leur sentence est prononcée, et que Dieu a résolu qu’elle ne serait pas révoquée. Elle ne peut être changée, même par cette « prière fervente » qui, en d’autres cas, « a une grande efficace ».
5. Mais je demande, premièrement : qu’est-ce que le péché qui mène à la mort ? Et, secondement : quelle est la mort qui y est attachée ?
(1) Et, premièrement, qu’est-ce que le péché qui mène à la mort ? Il y a maintenant bien des années, me trouvant au milieu d’un peuple plus expérimenté dans les choses de Dieu qu’aucun de ceux que j’eusse jamais vus, je demandai à quelques-uns d’entre eux : Qu’entendez-vous par le « péché qui mène à la mort » dont parle la Première Épître de saint Jean ? Ils répondirent : « Si quelqu’un parmi nous est malade, il appelle les anciens de l’Église ; et ils prient pour lui, et la prière de la foi sauve le malade, et le Seigneur le relève. Et s’il a commis des péchés que Dieu punissait par cette maladie, ils lui sont pardonnés. Mais quelquefois aucun de nous ne peut prier pour que Dieu le relève. Et nous sommes contraints de lui dire : Nous craignons que vous n’ayez commis un péché qui mène à la mort” ; un péché que Dieu a résolu de punir par la mort ; nous ne pouvons prier pour votre guérison. Et nous n’avons jamais encore vu d’exemple qu’une telle personne se soit rétablie. »
(2.) Je ne vois aucune absurdité dans cette interprétation du mot. Elle semble être l’un des sens (au moins) de l’expression « un péché qui mène à la mort » : un péché que Dieu a résolu de punir par la mort du pécheur. Si donc vous avez commis un péché de cette sorte, et que votre péché vous ait atteint ; si Dieu vous châtie par quelque grave maladie, il ne servira de rien de prier pour votre vie ; vous êtes irrévocablement condamné à mourir. Mais remarquez-le bien ! Cela n’a aucun rapport avec la mort éternelle. Cela n’implique nullement que vous soyez condamné à mourir de la seconde mort. Non ; cela implique plutôt le contraire : le corps est détruit, afin que l’âme échappe à la destruction. J’en ai moi-même vu, au cours de bien des années, de nombreux exemples. J’ai connu beaucoup de pécheurs (pour la plupart des rétrogrades notoires, tombés de hauts degrés de sainteté, et qui avaient donné aux ennemis de la religion une grande occasion de blasphémer) que Dieu a retranchés au milieu de leur voyage, oui, avant qu’ils eussent atteint la moitié de leurs jours. Ceux-là, je le crois, avaient commis « un péché qui mène à la mort » ; en conséquence de quoi ils furent retranchés, tantôt plus vite, tantôt plus lentement, par un coup inattendu. Mais dans la plupart de ces cas, on a observé que « La miséricorde triomphe du jugement ». Et les personnes elles-mêmes étaient pleinement convaincues de la bonté aussi bien que de la justice de Dieu. Elles reconnaissaient qu’il détruisait le corps pour sauver l’âme. Avant qu’elles s’en allassent d’ici, il guérit leur infidélité. Ainsi elles moururent pour vivre éternellement.
(3.) Un exemple très remarquable en arriva il y a bien des années. Un jeune houilleur [mineur de charbon] de Kingswood, près de Bristol, avait été un grand pécheur, et devint ensuite un grand saint. Mais, peu à peu, il renoua connaissance avec ses anciens compagnons, qui par degrés agirent sur lui, tant qu’il abandonna toute sa religion et devint deux fois plus enfant de l’enfer qu’auparavant. Un jour qu’il travaillait dans la fosse avec un jeune homme sérieux, celui-ci s’arrêta tout à coup et s’écria : « Ô Tommy, quel homme tu étais autrefois ! Combien tes paroles et ton exemple en ont excité à l’amour et aux bonnes œuvres ! Et que es-tu maintenant ? Que deviendrais-tu, si tu mourais tel que tu es ? » « Non, Dieu m’en garde, dit Thomas, car alors je tomberais la tête la première en enfer ! Oh ! crions à Dieu ! » Ils le firent pendant un temps considérable, d’abord l’un, puis l’autre. Ils invoquèrent Dieu avec de grands cris et avec larmes, luttant avec lui dans une puissante prière. Au bout de quelque temps, Thomas s’écria : « Maintenant je sais que Dieu a guéri mon infidélité. Je sais de nouveau que mon rédempteur est vivant, et qu’il m’a lavé de mes péchés dans son propre sang. Je suis prêt à aller à lui. » À l’instant même, une partie de la fosse s’éboula, et l’écrasa en un moment. Qui que tu sois, toi qui as commis « un péché qui mène à la mort », prends ceci à cœur ! Peut-être Dieu te redemandera-t-il ton âme à l’heure où tu ne t’y attends pas ! Mais s’il le fait, il y a miséricorde au milieu du jugement : tu ne mourras pas éternellement.
6. « Mais que dites-vous de cette autre Écriture, c’est-à-dire du dixième chapitre des Hébreux ? Laisse-t-elle aux rétrogrades notoires quelque espérance de ne pas mourir éternellement, de pouvoir jamais recouvrer la faveur de Dieu, ou d’échapper au châtiment de la géhenne ? “Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde. de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce?” »
7. « Et la même chose, c’est-à-dire l’état désespéré et irrémédiable des rétrogrades volontaires, n’est-elle pas pleinement confirmée par le passage parallèle du sixième chapitre ? “il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont eu part au Saint-Esprit, — et qui sont tombés”, — c’est ainsi que porte l’original, — “soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie.” »
8. Ces passages me semblent, en effet, parallèles l’un à l’autre, et méritent notre plus profonde considération. Et, pour les comprendre, il sera nécessaire de savoir (1.) quelles sont les personnes dont il est parlé ici ; et (2.) quel est le péché qu’elles avaient commis, et qui rendait leur cas presque, sinon tout à fait, désespéré.
(1.) Quant au premier point, il sera clair pour tous ceux qui considéreront et compareront impartialement ces deux passages, que les personnes dont il y est parlé sont celles, et celles-là seules, qui ont été justifiées ; dont les yeux de l’entendement ont été ouverts et « éclairés », pour voir la lumière de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ. Celles-là seules « ont goûté le don céleste », la rémission des péchés, ainsi appelée par excellence. Celles-là « ont eu part au Saint-Esprit », tant au témoignage qu’au fruit de l’Esprit. Ce caractère ne peut, avec quelque convenance, s’appliquer à d’autres qu’à ceux qui ont été justifiés.
Et elles avaient aussi été sanctifiées ; au moins au premier degré, autant que le sont tous ceux qui reçoivent la rémission des péchés. C’est ce que dit expressément le second passage : celui « qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié ».
Il s’ensuit que cette Écriture concerne uniquement ceux qui ont été justifiés et, au moins en partie, sanctifiés. Par conséquent, vous tous qui n’avez jamais été ainsi « éclairés » par la lumière de la gloire de Dieu ; vous tous qui n’avez jamais « goûté le don céleste », qui n’avez jamais reçu la rémission des péchés ; vous tous qui n’avez jamais « eu part au Saint-Esprit », au témoignage et au fruit de l’Esprit ; — en un mot, vous tous qui n’avez jamais été sanctifiés par le sang de l’alliance éternelle, vous n’êtes pas concernés ici. Quels que soient les autres passages de l’Écriture qui puissent vous condamner, il est certain que vous n’êtes condamnés ni par le sixième ni par le dixième chapitre des Hébreux. Car ces deux passages parlent entièrement et uniquement des apostats d’une foi que vous n’avez jamais eue. Il n’était donc pas possible que vous la perdiez, car vous ne pouviez perdre ce que vous n’aviez pas. Par conséquent, quels que soient les jugements prononcés dans ces Écritures, ils ne sont pas prononcés contre vous. Vous n’êtes pas les personnes décrites ici, contre lesquelles seules ils sont prononcés.
(2.) Recherchons ensuite quel était le péché dont les personnes ici décrites s’étaient rendues coupables. Pour le comprendre, il faut nous rappeler que chaque fois que les Juifs avaient amené un chrétien à apostasier, ils exigeaient de lui qu’il déclarât, en termes exprès, et cela dans l’assemblée publique, que Jésus de Nazareth était un séducteur du peuple, et qu’il n’avait souffert aucun châtiment au-delà de ce que ses crimes méritaient justement. Tel est le péché que saint Paul, dans le premier passage, appelle avec emphase « tomber » ; « crucifier pour sa part le Fils de Dieu et l’exposer à l’ignominie ». C’est ce qu’il appelle, dans le second, « tenir pour profane le sang de l’alliance, fouler aux pieds le Fils de Dieu et outrager l’Esprit de la grâce ». Or, lequel d’entre vous est ainsi tombé ? Lequel d’entre vous a ainsi « crucifié pour sa part le Fils de Dieu » ? Pas un seul ; et pas un seul d’entre vous ne l’a ainsi « exposé à l’ignominie ». Si vous aviez ainsi formellement renoncé à ce « seul sacrifice pour le péché », il ne vous serait resté aucun autre sacrifice ; de sorte que vous auriez dû périr sans miséricorde. Mais ce n’est pas votre cas. Pas un seul d’entre vous n’a ainsi renoncé à ce sacrifice par lequel le Fils de Dieu a fait une pleine et parfaite satisfaction pour les péchés du monde entier. Si mauvais que vous soyez, vous frémissez à cette pensée : par conséquent ce sacrifice demeure encore pour vous. Venez donc, rejetez vos craintes inutiles ! « Approchez-vous avec assurance du trône de la grâce. » Le chemin est encore ouvert. Vous pourrez encore « obtenir miséricorde et trouver grâce, pour être secourus dans vos besoins ».
9. « Mais les paroles bien connues de notre Seigneur lui-même ne nous retranchent-elles pas toute espérance de miséricorde ? Ne dit-il pas : “Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir.” Il est donc évident que, si nous nous sommes rendus coupables de ce péché, il n’y a plus de place pour la miséricorde. Et la même chose n’est-elle pas répétée par saint Marc, presque dans les mêmes termes ? “Je vous le dis en vérité”, (préambule solennel ! qui marque toujours la grande importance de ce qui suit,) “tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés; mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon, mais il est sous la sentence de la damnation éternelle.” »
(1.) Combien est immense, dans chaque nation de tout le monde chrétien, le nombre de ceux qui ont été plus ou moins tourmentés à cause de cette Écriture ! Quelle multitude, dans ce royaume, a été troublée outre mesure à ce sujet même ! Bien plus, il en est peu, parmi ceux qui sont vraiment convaincus de péché et s’efforcent sérieusement de sauver leur âme, qui n’aient éprouvé quelque inquiétude, de peur d’avoir commis ou de commettre ce péché impardonnable. Ce qui a souvent accru leur inquiétude, c’est qu’ils ne trouvaient presque personne pour les consoler. Car leurs connaissances, même les plus pieuses, n’entendaient pas mieux la chose qu’eux-mêmes ; et ils ne pouvaient trouver aucun auteur qui eût rien publié de satisfaisant sur ce sujet. Il est vrai que, dans les « Sept Sermons » de M. Russell, qui sont répandus parmi nous, il y en a un écrit expressément sur ce sujet ; mais il donnera peu de satisfaction à un esprit troublé. Il tourne autour de la question, et encore autour, mais n’aboutit à rien : il se donne beaucoup de peine, mais manque le but à la fin.
(2.) Mais y eut-il jamais au monde une preuve plus déplorable de la petitesse de l’entendement humain, même chez ceux qui ont le cœur droit et désirent connaître la vérité ! Comment est-il possible que quelqu’un qui lit sa Bible puisse demeurer une heure dans le doute à ce sujet, quand notre Seigneur lui-même, dans le passage même cité plus haut, nous a si clairement dit ce qu’est ce blasphème ? « quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon : parce qu’ils disaient : Il est possédé d’un esprit impur. » (Marc 3:29–30.) Voilà donc, et voilà seulement (si nous accordons à notre Seigneur d’entendre son propre sens), ce qu’est le blasphème contre le Saint-Esprit : le fait de dire : Il est possédé d’un esprit impur ; l’affirmation que Christ faisait ses miracles par la puissance d’un esprit mauvais ; ou, plus précisément, « qu’il chassait les démons par Béelzébul, prince des démons ». Or, vous, vous êtes-vous rendus coupables de cela ? vous, avez-vous affirmé qu’il chassait les démons par le prince des démons ? Pas plus que vous n’avez coupé la gorge de votre prochain et mis le feu à sa maison. Combien étrangement avez-vous donc eu peur là où il n’y a pas de sujet de crainte ! Chassez cette vaine terreur ; que votre crainte soit plus raisonnable à l’avenir. Craignez de céder à l’orgueil ; craignez de vous laisser aller à la colère ; craignez d’aimer le monde ou les choses qui sont dans le monde ; craignez les désirs insensés et pernicieux ; mais ne craignez plus jamais de commettre le blasphème contre le Saint-Esprit ! Vous n’êtes pas plus en danger de le faire que d’arracher le soleil du firmament.
10. Vous n’avez donc aucune raison, tirée de l’Écriture, d’imaginer que « le Seigneur a oublié d’avoir compassion ». Les arguments qu’on en a tirés, vous le voyez, sont sans poids, ils ne concluent absolument rien. Y a-t-il plus de poids dans celui qu’on a tiré de l’expérience, ou des faits ?
(1.) C’est là un point qui peut être exactement déterminé, et cela avec la plus grande certitude. Si l’on demande : « De vrais apostats trouvent-ils miséricorde auprès de Dieu ? Y en a-t-il qui, ayant “fait naufrage quant à la foi et à la bonne conscience”, recouvrent ce qu’ils ont perdu ? Connaissez-vous, avez-vous vu, quelque exemple de personnes qui, ayant trouvé la rédemption dans le sang de Jésus, sont ensuite tombées, et ont pourtant été relevées, — “renouvelées et amenées de nouveau à la repentance” ? » Oui, vraiment ; et non pas une seule, ni cent seulement, mais, j’en suis persuadé, plusieurs milliers. En tout lieu où le bras du Seigneur s’est révélé, et où beaucoup de pécheurs se sont convertis à Dieu, il s’en trouve plusieurs qui se détournent « du saint commandement qui leur avait été donné ». Pour une grande partie d’entre eux, « mieux valait pour eux n’avoir pas connu la voie de la justice ». Cela ne fait qu’accroître leur condamnation, puisqu’ils meurent dans leurs péchés. Mais il en est d’autres qui « tournent les regards vers celui qu’ils ont percé, et pleurent », refusant d’être consolés. Et, tôt ou tard, il fait assurément lever sur eux la lumière de sa face ; il fortifie les mains languissantes et affermit les genoux affaiblis ; il leur apprend de nouveau à dire : « Mon âme exalte le Seigneur, Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur. » Innombrables sont les exemples de ce genre, de gens qui étaient tombés, mais qui se tiennent maintenant debout. À vrai dire, il est si loin d’être rare qu’un croyant tombe et soit relevé, qu’il est plutôt rare de trouver des croyants qui n’aient pas conscience d’avoir été des rétrogrades loin de Dieu, à un degré plus ou moins grand, et peut-être plus d’une fois, avant d’être affermis dans la foi.
(2.) « Mais y en a-t-il qui, déchus de la grâce sanctifiante, aient été rétablis dans la bénédiction qu’ils avaient perdue ? » C’est là aussi une question d’expérience ; et nous avons eu l’occasion de répéter nos observations pendant une suite considérable d’années, et d’un bout du royaume à l’autre.
(3.) Et, premièrement, nous avons connu un grand nombre de personnes, de tout âge et de tout sexe, depuis la petite enfance jusqu’à l’extrême vieillesse, qui ont donné toutes les preuves que la nature de la chose admet qu’elles étaient « sanctifiées tout entières » ; « purifiées de toute souillure de la chair et de l’esprit » ; qu’elles « aimaient le Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, de toute leur pensée, de toute leur âme et de toute leur force » ; qu’elles « offraient » continuellement leur âme et leur corps « comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » ; en conséquence de quoi elles « étaient toujours joyeuses, priaient sans cesse et rendaient grâces en toutes choses ». Et c’est cela, et rien d’autre, que nous croyons être la vraie sanctification, la sanctification scripturaire.
(4.) Secondement. Il est ordinaire que ceux qui sont ainsi sanctifiés croient qu’ils ne peuvent tomber ; qu’ils se supposent « des colonnes dans le temple de Dieu, qui n’en sortiront plus ». Néanmoins, nous en avons vu quelques-uns des plus forts, au bout d’un temps, ébranlés dans leur fermeté. Quelquefois soudainement, mais plus souvent par degrés insensibles, ils ont cédé à la tentation ; et l’orgueil, ou la colère, ou des désirs insensés ont de nouveau germé dans leur cœur. Bien plus, quelquefois ils ont entièrement perdu la vie de Dieu, et le péché a repris sur eux sa domination.
(5.) Cependant, troisièmement, plusieurs d’entre eux, après avoir pleinement senti leur chute et avoir été profondément humiliés devant Dieu, ont été de nouveau remplis de son amour, et non seulement rendus parfaits dans cet amour, mais affermis, fortifiés et rendus inébranlables. Ils ont reçu la bénédiction qu’ils avaient auparavant, avec un abondant accroissement. Bien plus, il est remarquable que beaucoup de ceux qui étaient tombés, soit de la grâce justifiante, soit de la grâce sanctifiante, et tombés si bas qu’on pouvait à peine les compter parmi les serviteurs de Dieu, ont été rétablis (mais rarement avant d’avoir été secoués, pour ainsi dire, au-dessus de la gueule de l’enfer), et cela très souvent en un instant, dans tout ce qu’ils avaient perdu. Ils ont recouvré d’un seul coup et le sentiment de sa faveur, et l’expérience du pur amour de Dieu. En un moment ils ont reçu de nouveau et la rémission des péchés, et une part parmi ceux qui sont sanctifiés.
(6.) Mais que personne ne conclue de cette longanimité de Dieu qu’il ait donné à qui que ce soit la permission de pécher. Que personne non plus n’ose persévérer dans le péché à cause de ces exemples extraordinaires de la miséricorde divine. C’est là la présomption la plus désespérée, la plus déraisonnable, et elle mène à une perdition totale et irrémédiable. Dans toute mon expérience, je n’en ai pas connu un seul qui se fût fortifié dans le péché par la présomption que Dieu le sauverait à la fin, qui n’ait été misérablement déçu, et à qui il n’ait été permis de mourir dans ses péchés. Faire de la grâce de Dieu un encouragement au péché, c’est le chemin sûr de l’enfer le plus profond !
(7.) Ce n’est pas pour ces enfants désespérés de la perdition que les considérations qui précèdent sont destinées ; mais pour ceux qui sentent que « le souvenir de leurs péchés leur est douloureux, et leur fardeau intolérable ». Nous ouvrons devant ceux-là une porte d’espérance : qu’ils entrent, et rendent grâces au Seigneur ; qu’ils sachent que « le Seigneur est clément et miséricordieux, lent à la colère et plein de bonté ». « Voyez combien les cieux sont élevés au-dessus de la terre ! autant il éloignera d’eux leurs péchés. » « Il ne conteste pas sans cesse, Il ne garde pas sa colère à toujours; » Mettez seulement ceci dans votre cœur : Je donnerai tout pour tout, et l’offrande sera acceptée. Donnez-lui tout votre cœur ! Que tout ce qui est au-dedans de vous s’écrie continuellement : « Tu es mon Dieu, et je te louerai; Mon Dieu! Je t’exalterai. » « Ce Dieu est mon Dieu éternellement et à jamais ! Il sera mon guide jusqu’à la mort. »
Chapitre 87 terminé
Appel aux rétrogrades