Chapitre 86 · 19 min de lecture · 25 min d’écoute
Travailler à notre propre salut
Sermon 85
Travailler à notre propre salut
« travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ; car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. »
Philippiens 2:12–13
1. Certaines grandes vérités, comme l’existence et les attributs de Dieu, et la différence entre le bien et le mal moral, furent connues, dans une certaine mesure, du monde païen. On en trouve les traces chez toutes les nations ; de sorte qu’en un sens on peut dire à tout enfant des hommes : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien » ; à savoir « que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu ». Par cette vérité, il a, dans une certaine mesure, « éclairé tout homme venant dans le monde ». Et par là, ceux « qui n’ont point la loi », qui n’ont point de loi écrite, « sont une loi pour eux-mêmes ». Ils montrent que « l’œuvre de la loi » — sa substance, sinon sa lettre — « est écrite dans leurs cœurs », par la même main qui écrivit les commandements sur les tables de pierre, « leur conscience en rendant témoignage », selon qu’ils agissent ou non en conformité avec elle.
2. Mais il y a deux grands chefs de doctrine, qui renferment bien des vérités de la plus haute importance, et que les païens les plus éclairés du monde ancien ignoraient totalement, comme les ignorent aussi les païens les plus intelligents qui sont aujourd’hui sur la face de la terre : je veux dire ceux qui concernent le Fils éternel de Dieu et l’Esprit de Dieu ; le Fils, se donnant lui-même pour être « une victime expiatoire pour les péchés du monde » ; et l’Esprit de Dieu, renouvelant les hommes à cette image de Dieu dans laquelle ils furent créés. Car, après toute la peine que des hommes ingénieux et savants se sont donnée (ce grand homme, le chevalier Ramsay, en particulier) pour trouver quelque ressemblance de ces vérités dans l’immense fatras des auteurs païens, la ressemblance est si extrêmement faible qu’on ne la discerne qu’avec une imagination très vive. En outre, cette ressemblance même, toute faible qu’elle fût, ne se trouve que dans les discours d’un très petit nombre ; et c’étaient les hommes les plus cultivés et les plus profonds penseurs de leurs générations respectives ; tandis que les multitudes innombrables qui les entouraient n’en étaient guère meilleures pour la science des philosophes, mais demeuraient aussi totalement ignorantes de ces vérités capitales que les bêtes que l’on égorge.
3. Il est certain que ces vérités ne furent jamais connues du vulgaire, de la masse du genre humain, de la généralité des hommes en aucune nation, jusqu’à ce qu’elles eussent été mises en lumière par l’Évangile. Malgré quelque étincelle de connaissance qui brillait çà et là, la terre entière était couverte de ténèbres, jusqu’à ce que le Soleil de justice se levât et dissipât les ombres de la nuit. Depuis que ce soleil levant d’en haut a paru, une grande lumière a resplendi sur ceux qui, jusque-là, étaient assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Et des milliers d’entre eux, dans chaque siècle, ont su « que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » Et, les oracles de Dieu leur ayant été confiés, ils ont su que Dieu nous a aussi donné son Saint-Esprit, qui « produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir ».
4. Combien sont remarquables ces paroles de l’apôtre qui précèdent celles-ci ! « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu » — la nature incommunicable de Dieu de toute éternité — « n’a point regardé comme une proie à arracher » — (c’est le sens précis du mot) une usurpation de la prérogative d’un autre, mais comme son propre droit incontestable — « d’être égal avec Dieu ». Le mot implique à la fois la plénitude et la suprême élévation de la divinité ; à quoi s’opposent les deux mots : il s’est dépouillé et il s’est humilié lui-même. Il « s’est dépouillé lui-même » de cette plénitude divine, il a voilé sa plénitude aux yeux des hommes et des anges, « en prenant » — et par cet acte même il se dépouillait lui-même — « une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes », un homme réel, comme les autres hommes. « et ayant paru comme un simple homme » — un homme ordinaire, sans aucune beauté ni excellence particulière — « il s’est humilié lui-même » à un degré plus grand encore, « se rendant obéissant » à Dieu, bien qu’égal à lui, « jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » : le plus grand exemple à la fois d’humiliation et d’obéissance. [Philippiens 2:5–11]
Après avoir proposé l’exemple de Christ, l’apôtre les exhorte à s’assurer le salut que Christ leur a acquis : « Ainsi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ; car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. »
Dans ces paroles si riches, nous pouvons observer :
I. Cette grande vérité, qui ne devrait jamais sortir de notre souvenir : « C’est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son propre bon plaisir. »
II. Le profit que nous devons en tirer : « travaillez à votre salut avec crainte et tremblement. »
III. Le lien entre les deux : « c’est Dieu qui produit en vous » ; donc « travaillez à votre salut ».
I. 1. Premièrement. Nous devons observer cette grande et importante vérité, qui ne devrait jamais sortir de notre souvenir : « C’est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » Le sens de ces paroles peut être rendu plus clair par une petite transposition : « C’est Dieu qui, selon son bon plaisir, produit en vous le vouloir et le faire. » Cette disposition des mots, qui rattache l’expression selon son bon plaisir au mot produit, écarte de l’homme toute idée de mérite, et donne à Dieu toute la gloire de sa propre œuvre. Autrement, nous aurions pu avoir quelque sujet de nous glorifier, comme si c’était notre propre mérite, quelque bonté en nous, ou quelque bonne chose faite par nous, qui eût d’abord porté Dieu à agir. Mais cette expression retranche toutes ces vaines imaginations, et montre clairement que son motif d’agir était tout entier en lui-même, dans sa pure grâce, dans sa miséricorde imméritée.
2. C’est par ce seul motif qu’il est poussé à produire dans l’homme le vouloir et le faire. L’expression est susceptible de deux interprétations, toutes deux incontestablement vraies. Premièrement, le vouloir peut comprendre toute la religion intérieure ; le faire, toute la religion extérieure. Et si on l’entend ainsi, elle implique que c’est Dieu qui produit la sainteté tant intérieure qu’extérieure. Secondement, le vouloir peut signifier tout bon désir ; le faire, tout ce qui en résulte. Et alors la phrase signifie : Dieu nous inspire tout bon désir, et mène tout bon désir à bon effet.
3. Les mots originaux, to thelein et to energein, semblent favoriser la seconde interprétation : to thelein, que nous rendons par le vouloir, comprenant évidemment tout bon désir, qu’il se rapporte à nos dispositions, à nos paroles ou à nos actions, à la sainteté intérieure ou extérieure ; et to energein, que nous rendons par le faire, impliquant manifestement toute cette puissance d’en haut, toute cette énergie qui produit en nous toute disposition droite, puis nous rend propres à toute bonne parole et à toute bonne œuvre.
4. Rien ne peut tendre plus directement à cacher l’orgueil à l’homme qu’une conviction profonde et durable de cette vérité. Car si nous sentons pleinement que nous n’avons rien que nous n’ayons reçu, comment pourrions-nous nous glorifier comme si nous ne l’avions pas reçu ? Si nous savons et sentons que le tout premier mouvement vers le bien vient d’en haut, aussi bien que la puissance qui le mène jusqu’au bout ; si c’est Dieu qui non seulement inspire tout bon désir, mais qui l’accompagne et le suit, faute de quoi il s’évanouit, il s’ensuit évidemment que celui qui se glorifie doit se glorifier dans le Seigneur.
II. 1. Passons maintenant au second point : si Dieu produit en vous, alors travaillez à votre salut. Le mot original que nous rendons par travailler à implique qu’on fasse une chose à fond. Votre propre salut : car c’est vous-mêmes qui devez le faire, ou il restera à jamais non fait. Votre propre salut : le salut commence par ce qu’on appelle d’ordinaire (et fort justement) la grâce prévenante ; elle comprend le premier désir de plaire à Dieu, la première aube de lumière sur sa volonté, et la première conviction, légère et passagère, d’avoir péché contre lui. Tout cela implique quelque tendance vers la vie, quelque degré de salut, le commencement d’une délivrance d’un cœur aveugle et sans sentiment, tout à fait insensible à Dieu et aux choses de Dieu. Le salut se poursuit par la grâce qui convainc, appelée d’ordinaire dans l’Écriture la repentance ; elle apporte une plus grande mesure de connaissance de soi-même, et une délivrance plus avancée du cœur de pierre. Ensuite nous faisons l’expérience du salut chrétien proprement dit, par lequel, par la grâce, nous « sommes sauvés par la foi » ; salut qui comprend ces deux grandes branches, la justification et la sanctification. Par la justification, nous sommes sauvés de la culpabilité du péché et rétablis dans la faveur de Dieu ; par la sanctification, nous sommes sauvés de la puissance et de la racine du péché, et rétablis à l’image de Dieu. Toute l’expérience, aussi bien que l’Écriture, montre que ce salut est à la fois instantané et graduel. Il commence au moment où nous sommes justifiés, dans le saint, humble, doux et patient amour de Dieu et des hommes. Il croît graduellement à partir de ce moment, comme « un grain de sénevé, qui est d’abord la plus petite de toutes les semences », mais qui ensuite pousse de grandes branches et devient un grand arbre ; jusqu’à ce que, en un autre instant, le cœur soit purifié de tout péché et rempli d’un pur amour pour Dieu et pour les hommes. Mais cet amour même croît de plus en plus, jusqu’à ce que nous « croissions à tous égards en celui qui est le chef » ; jusqu’à ce que nous parvenions « à la mesure de la stature parfaite de Christ ».
2. Mais comment devons-nous travailler à ce salut ? L’apôtre répond : « avec crainte et tremblement ». Il y a un autre passage de saint Paul où se rencontre la même expression, et qui peut éclairer celui-ci : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair », selon l’état présent des choses, tout en sachant que dans peu de temps le serviteur sera libre de son maître, « avec crainte et tremblement ». C’est une expression proverbiale, qui ne peut s’entendre littéralement. Car quel maître pourrait supporter, et encore moins exiger, que son serviteur se tînt devant lui tremblant et frissonnant ? Et les mots qui suivent excluent absolument ce sens : « dans la simplicité de votre cœur » ; avec l’œil simple fixé sur la volonté et la providence de Dieu ; « non pas seulement sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais comme des serviteurs de Christ, qui font de bon cœur la volonté de Dieu » ; faisant tout ce qu’ils font comme étant la volonté de Dieu, et par conséquent de toutes leurs forces. (Éphésiens 6:5.) Il est aisé de voir que ces fortes expressions de l’apôtre impliquent clairement deux choses : premièrement, que tout soit fait avec le plus grand sérieux d’esprit, avec tout le soin et toute la circonspection possibles (ce qui se rapporte peut-être plus directement au premier mot, meta phobou, avec crainte) ; secondement, que tout soit fait avec la plus grande diligence, promptitude, ponctualité et exactitude ; ce qui se rapporte non sans vraisemblance au second mot, meta tromou, avec tremblement.
3. Combien aisément pouvons-nous transporter cela à l’affaire de la vie, à l’œuvre de notre propre salut ! Dans le même esprit et de la même manière que des serviteurs chrétiens servent leurs maîtres qui sont sur la terre, que les autres chrétiens travaillent à servir leur Maître qui est dans le ciel ; c’est-à-dire, premièrement, avec le plus grand sérieux d’esprit, avec tout le soin et toute la circonspection possibles ; et, secondement, avec la plus grande diligence, promptitude, ponctualité et exactitude.
4. Mais quels sont les pas que l’Écriture nous prescrit de faire pour travailler à notre propre salut ? Le prophète Ésaïe nous donne une réponse générale touchant les premiers pas que nous devons faire : « Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien. » Si jamais vous désirez que Dieu produise en vous cette foi d’où vient le salut, présent et éternel, par la grâce déjà donnée, fuyez tout péché comme on fuit devant un serpent ; évitez avec soin toute parole et toute œuvre mauvaises ; oui, abstenez-vous de toute espèce de mal. Et « Apprenez à faire le bien » : soyez zélés pour les bonnes œuvres, pour les œuvres de piété aussi bien que pour les œuvres de miséricorde ; la prière en famille, et le cri vers Dieu dans le secret. Jeûnez dans le secret, et « votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra publiquement ». « Sondez les Écritures » : écoutez-les en public, lisez-les en particulier, et méditez-les. En toute occasion, participez à la sainte cène. « Faites ceci en mémoire de lui », et il vous rencontrera à sa propre table. Que votre conversation soit avec les enfants de Dieu, et veillez à ce qu’elle soit « accompagnée de grâce, assaisonnée de sel ». Pendant que vous en avez le temps, faites du bien à tous les hommes, à leurs âmes et à leurs corps. Et en cela, « soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur ». Il ne vous reste alors qu’à renoncer à vous-mêmes et à vous charger chaque jour de votre croix. Refusez-vous tout plaisir qui ne vous prépare pas à trouver votre plaisir en Dieu, et embrassez volontiers tout moyen de vous approcher de Dieu, fût-ce une croix, fût-ce une chose pénible à la chair et au sang. Ainsi, quand vous aurez la rédemption dans le sang de Christ, vous tendrez « à ce qui est parfait » ; jusqu’à ce que, « marchant dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière », vous soyez rendus capables d’attester qu’« il est fidèle et juste », non seulement pour vous « pardonner » vos « péchés », mais pour vous « purifier » de toute iniquité. [1 Jean 1:9]
III. 1. « Mais, disent quelques-uns, quel lien y a-t-il entre la première et la seconde partie de cette phrase ? N’y a-t-il pas plutôt une opposition formelle entre l’une et l’autre ? Si c’est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire, quel besoin y a-t-il que nous agissions ? Son action ne rend-elle pas superflue toute action de notre part ? Bien plus, ne rend-elle pas notre action impossible aussi bien qu’inutile ? Car si nous admettons que Dieu fait tout, que nous reste-t-il à faire ? »
2. Tel est le raisonnement de la chair et du sang. Et, à première audition, il est extrêmement plausible. Mais il n’est pas solide, comme il paraîtra évidemment si nous examinons la chose plus à fond. Nous verrons alors qu’il n’y a aucune opposition entre ces deux propositions : « Dieu agit ; donc nous agissons » ; mais, au contraire, la liaison la plus étroite, et cela à deux égards. Car, premièrement, Dieu agit ; donc vous pouvez agir. Secondement, Dieu agit ; donc vous devez agir.
3. Premièrement. Dieu agit en vous ; donc vous pouvez agir : autrement ce serait impossible. S’il n’agissait pas, il vous serait impossible de travailler à votre propre salut. « Aux hommes cela est impossible, dit notre Seigneur, qu’un riche entre dans le royaume des cieux. » Oui, cela est impossible à tout homme, à quiconque est né de femme, à moins que Dieu n’agisse en lui. Puisque tous les hommes sont par nature, non seulement malades, mais « morts par leurs offenses et par leurs péchés », il ne leur est pas possible de rien faire de bien jusqu’à ce que Dieu les ressuscite des morts. Il était impossible à Lazare de sortir avant que le Seigneur lui eût donné la vie. Et il nous est tout aussi impossible de sortir de nos péchés, oui, ou de faire le moindre mouvement dans ce sens, jusqu’à ce que celui qui a tout pouvoir dans le ciel et sur la terre appelle à la vie nos âmes mortes.
4. Pourtant ce n’est pas là une excuse pour ceux qui demeurent dans le péché et en rejettent la faute sur leur Créateur, en disant : « C’est Dieu seul qui doit nous vivifier ; car nous ne pouvons vivifier nos propres âmes. » Car, en admettant que toutes les âmes des hommes sont mortes dans le péché par nature, cela n’excuse personne, puisqu’il n’y a aucun homme qui soit dans un état de pure nature ; il n’y a aucun homme, à moins qu’il n’ait éteint l’Esprit, qui soit entièrement dépourvu de la grâce de Dieu. Aucun homme vivant n’est entièrement privé de ce qu’on appelle vulgairement la conscience naturelle. Mais elle n’est pas naturelle : on l’appelle plus proprement la grâce prévenante. Tout homme en a une mesure plus ou moins grande, et elle n’attend pas l’appel de l’homme. Chacun a, tôt ou tard, de bons désirs, bien que la généralité des hommes les étouffent avant qu’ils puissent jeter de profondes racines ou produire quelque fruit considérable. Chacun a quelque mesure de cette lumière, quelque faible rayon qui, tôt ou tard, plus ou moins, éclaire tout homme venant dans le monde. Et chacun, à moins qu’il ne soit du petit nombre de ceux dont la conscience est cautérisée comme au fer rouge, se sent plus ou moins mal à l’aise quand il agit contrairement à la lumière de sa propre conscience. De sorte que nul homme ne pèche parce qu’il n’a pas la grâce, mais parce qu’il ne fait pas usage de la grâce qu’il a.
5. C’est pourquoi, puisque Dieu agit en vous, vous êtes maintenant capables de travailler à votre propre salut. Puisqu’il produit en vous, selon son bon plaisir, sans aucun mérite de votre part, le vouloir et le faire, il vous est possible d’accomplir toute justice. Il vous est possible d’« aimer Dieu, parce qu’il nous a aimés le premier », et de « marcher dans la charité » sur le modèle de notre grand Maître. Nous savons, il est vrai, que cette parole de lui est absolument vraie : « sans moi vous ne pouvez rien faire ». Mais d’autre part nous savons que tout croyant peut dire : « Je puis tout par celui qui me fortifie. »
6. Cependant souvenons-nous que Dieu a uni ces deux choses dans l’expérience de tout croyant ; c’est pourquoi nous devons prendre garde de ne jamais imaginer qu’elles doivent être séparées. Nous devons nous garder de cette fausse humilité qui nous enseigne à dire, pour excuser notre désobéissance volontaire : « Oh ! je ne puis rien faire ! » et qui s’arrête là, sans nommer une seule fois la grâce de Dieu. Je vous prie, réfléchissez-y à deux fois. Considérez ce que vous dites. J’espère que vous vous faites tort ; car s’il est réellement vrai que vous ne pouvez rien faire, alors vous n’avez pas la foi. Et si vous n’avez pas la foi, vous êtes dans une condition misérable : vous n’êtes pas dans un état de salut. Assurément il n’en est pas ainsi. Vous pouvez faire quelque chose, par Christ qui vous fortifie. Ranimez l’étincelle de grâce qui est maintenant en vous, et il vous donnera plus de grâce.
7. Secondement, Dieu agit en vous ; donc vous devez agir : vous devez être « ouvriers avec lui » (ce sont les propres paroles de l’apôtre) ; autrement il cessera d’agir. La règle générale selon laquelle procèdent invariablement ses dispensations de grâce est celle-ci : « On donnera à celui qui a ; mais à celui qui n’a pas » — qui ne fait pas valoir la grâce déjà donnée — « on ôtera ce qu’il a assurément ». (C’est ainsi que ces paroles devraient être traduites.) Saint Augustin lui-même, qu’on suppose généralement favorable à la doctrine contraire, fait cette juste remarque : Qui fecit nos sine nobis, non salvabit nos sine nobis : « Celui qui nous a faits sans nous ne nous sauvera pas sans nous. » Il ne nous sauvera pas, à moins que nous ne « nous sauvions de cette génération perverse » ; à moins que nous-mêmes nous ne « combattions le bon combat de la foi, et ne saisissions la vie éternelle » ; à moins que nous ne « luttions pour entrer par la porte étroite », que nous ne « renoncions à nous-mêmes et ne nous chargions chaque jour de notre croix », et que nous ne travaillions par tous les moyens possibles à « affermir notre vocation et notre élection ».
8. « Travaillez » donc, frères, « non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle ». Dites avec notre bienheureux Seigneur, quoique dans un sens un peu différent : « Mon Père agit jusqu’à présent; moi aussi, j’agis. » Considérant qu’il agit encore en vous, ne vous lassez jamais de faire le bien. Avancez, par la vertu de la grâce de Dieu qui vous prévient, vous accompagne et vous suit, dans « l’œuvre de la foi, la fermeté de l’espérance et le travail de la charité ». « soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur. » Et « Que le Dieu de paix, qui a ramené d’entre les morts le grand pasteur des brebis » (Jésus), « vous rende capables de toute bonne œuvre pour l’accomplissement de sa volonté, et fasse en vous ce qui lui est agréable, par Jésus-Christ, auquel soit la gloire aux siècles des siècles! »
Chapitre 86 terminé
Travailler à notre propre salut