Sermons sur divers sujets
Sur la patience

Chapitre 84 · 19 min de lecture · 25 min d’écoute

Sur la patience

Sermon 83

Sur la patience

« Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien. »

Jacques 1:4

1. « Mes frères », dit l’apôtre au verset précédent, « regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés ». À première vue, ce conseil peut paraître étrange, puisque la plupart des tentations sont « d’abord un sujet de tristesse, et non de joie ». Néanmoins, vous savez par votre propre expérience que « l’épreuve de votre foi produit la patience » ; et si la patience accomplit parfaitement son œuvre, vous serez « parfaits et accomplis, sans faillir en rien ».

2. Ce n’est pas à une personne ou à une Église particulière que l’apôtre donne cette instruction, mais à tous ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix, et qui recherchent ce salut commun. Car aussi longtemps que l’un de nous est sur la terre, nous sommes dans la région de la tentation. Celui qui est venu dans le monde pour sauver son peuple de ses péchés n’est pas venu pour les sauver de la tentation. Lui-même « n’a point connu le péché » ; et pourtant, tandis qu’il était dans cette vallée de larmes, il a été « tenté lui-même dans ce qu’il a souffert » ; et en cela aussi il nous a laissé « un exemple, afin que nous suivions ses traces ». Nous sommes exposés à mille tentations, qui viennent du corps corruptible agissant de diverses manières sur l’âme. L’âme elle-même, environnée comme elle l’est d’infirmités, nous expose à dix mille autres. Et combien de tentations ne rencontrons-nous pas même de la part des hommes de bien (tels du moins qu’ils sont en partie, dans leur caractère général) avec lesquels nous sommes appelés à converser de jour en jour ! Mais que sont-elles auprès des tentations que nous pouvons nous attendre à rencontrer de la part d’un monde mauvais ? puisque nous tous, en fait, « séjournons à Méschec, et habitons parmi les tentes de Kédar ». Ajoutez à cela que les plus dangereux de nos ennemis ne sont pas ceux qui nous attaquent ouvertement. Non :

Des anges s’opposent à notre marche,

Qui toujours nous surpassent en force :

Nos ennemis secrets, jurés, éternels,

Innombrables, invisibles !

Car notre « adversaire, le diable », avec toutes ses légions infernales, ne rôde-t-il pas toujours « comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera » ? Tel est le cas de tous les enfants des hommes ; oui, et de tous les enfants de Dieu, aussi longtemps qu’ils séjournent dans cette terre étrangère. C’est pourquoi, même si nous ne nous y précipitons ni volontairement ni par insouciance, nous serons sûrement en butte à « diverses épreuves » ; à des tentations innombrables comme les étoiles du ciel, et variées et compliquées de mille manières. Mais, au lieu de regarder cela comme une perte, comme le feraient les incrédules, « regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves », « sachant que l’épreuve de votre foi », même quand elle est « éprouvée comme par le feu », « produit la patience ». Mais « Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien. »

3. Mais qu’est-ce que la patience ? Nous ne parlons pas maintenant d’une vertu païenne, ni d’une indolence naturelle, mais d’une disposition de grâce, produite dans le cœur du croyant par la puissance du Saint-Esprit. C’est une disposition à souffrir tout ce qu’il plaît à Dieu, de la manière et pour le temps qu’il lui plaît. Par elle nous tenons le juste milieu : ni holigorountes, méprisant nos souffrances, en faisant peu de cas, passant légèrement sur elles, comme si elles étaient dues au hasard ou à des causes secondes ; ni, d’autre part, ekloumenoi, trop affectés, énervés, défaits, succombant sous elles. Nous pouvons observer que l’objet propre de la patience est la souffrance, soit du corps, soit de l’esprit. La patience n’implique pas qu’on ne la sente pas : elle n’est ni apathie ni insensibilité. Elle est à la plus grande distance de la stupidité stoïcienne ; oui, et à égale distance de l’impatience ou de l’abattement. Le croyant patient est préservé de tomber dans l’un ou l’autre de ces extrêmes, en considérant : Qui est l’auteur de toutes ses souffrances ? nul autre que Dieu son Père ; Quel est le motif pour lequel il nous donne à souffrir ? non pas tant sa justice que son amour ; — et, Quelle en est la fin ? notre bien, afin que nous participions à sa sainteté.

4. Très proche parente de la patience est la douceur, si elle n’en est pas plutôt une espèce. Car ne peut-on pas la définir : la patience dans les offenses, particulièrement dans les affronts, les outrages ou les censures injustes ? Elle nous apprend à ne point rendre mal pour mal, ou injure pour injure, mais au contraire à bénir. Notre bienheureux Seigneur lui-même semble attacher un prix particulier à cette disposition. C’est elle qu’il nous appelle particulièrement à apprendre de lui, si nous voulons trouver du repos pour nos âmes.

5. Mais que devons-nous entendre par l’œuvre de la patience ? Il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre. Cela semble signifier : qu’elle porte tout son fruit, tout son effet. Et quel est le fruit que l’Esprit de Dieu a coutume de produire par elle dans le cœur du croyant ? Un fruit immédiat de la patience est la paix : une douce tranquillité de l’âme, une sérénité de l’esprit, qui ne se trouve jamais que là où règne la patience. Et cette paix s’élève souvent jusqu’à la joie. Même au milieu de tentations diverses, ceux à qui il est donné de posséder leur âme par la patience peuvent rendre témoignage, non seulement d’un esprit tranquille, mais du triomphe et de l’allégresse. Voilà ce qui à la fois

Aplanit les rudes sentiers de la nature chagrine,

Et ouvre en chaque cœur un petit ciel.

6. Combien est vivant le tableau que l’apôtre Pierre trace, non seulement de la paix et de la joie, mais de l’espérance et de l’amour que Dieu opère en ces patients qui souffrent, qui « par la puissance de Dieu, sont gardés par la foi pour le salut » ! En vérité, il semble avoir ici en vue ce passage même de saint Jacques : « quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves » (c’est le mot même, poikilois peirasmois), « afin que l’épreuve de votre foi » (la même expression qu’employait saint Jacques) « ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse ». Voyez ici la paix, la joie et l’amour qui, par la puissance souveraine de Dieu, sont le fruit ou « l’œuvre de la patience » !

7. Et de même que la paix, l’espérance, la joie et l’amour sont les fruits de la patience, à la fois nés d’elle et affermis par elle, ainsi en est-il du courage raisonnable et véritable, qui, en vérité, ne peut subsister sans la patience. Le courage brutal, ou plutôt la férocité, d’un lion peut probablement naître de l’impatience ; mais la vraie force d’âme, le courage d’un homme, naît précisément de la disposition contraire. Le zèle chrétien est aussi affermi et accru par la patience, et de même l’activité dans toute bonne œuvre ; le même Esprit nous excitant à être

Patients à souffrir le mal, et à faire le bien ;

et nous rendant également disposés à faire et à souffrir toute la volonté de Dieu.

8. Mais quelle est l’œuvre parfaite de la patience ? Est-elle quelque chose de moins que « le parfait amour de Dieu », qui nous presse d’aimer toute âme d’homme, « à l’exemple de Christ, qui nous a aimés » ? N’est-elle pas toute la religion, tous « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ » ? N’est-elle pas « le renouvellement de notre âme à l’image de Dieu, à la ressemblance de celui qui nous a créés » ? Et le fruit n’en est-il pas l’abandon constant de nous-mêmes, corps et esprit, à Dieu ; le don entier de tout ce que nous sommes, de tout ce que nous avons et de tout ce que nous aimons, comme un sacrifice saint, agréable à Dieu par le Fils de son amour ? Il semble que ce soit là « l’œuvre parfaite de la patience », qui suit l’épreuve de notre foi.

9. Mais en quoi cette œuvre diffère-t-elle de l’œuvre de grâce qui s’opère en tout croyant quand il trouve pour la première fois la rédemption dans le sang de Jésus, la rémission de ses péchés ? Bien des personnes, non seulement droites de cœur, mais qui craignent Dieu, oui, qui l’aiment, n’ont pas parlé avec circonspection sur ce point, ni selon les oracles de Dieu. Elles ont parlé de l’œuvre de la sanctification, en prenant le mot dans son sens plein, comme si elle était d’une tout autre nature, comme si elle différait entièrement de celle qui s’opère dans la justification. Mais c’est là une grande et dangereuse erreur, qui tend naturellement à nous faire déprécier cette œuvre glorieuse de Dieu qui fut accomplie en nous quand nous fûmes justifiés. Car, au moment même où nous sommes gratuitement justifiés par sa grâce, où nous sommes agréés en son bien-aimé, nous naissons de nouveau, nous naissons d’en haut, nous naissons de l’Esprit. Et il se fait un aussi grand changement dans nos âmes quand nous naissons de l’Esprit qu’il s’en fit dans nos corps quand nous naquîmes d’une femme. Il se fait, à cette heure-là, un changement général, du péché intérieur à la sainteté intérieure. L’amour de la créature est changé en amour du Créateur ; l’amour du monde, en amour de Dieu. Les désirs terrestres, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, sont à cet instant changés, par la puissance souveraine de Dieu, en désirs célestes. Le tourbillon de notre volonté est arrêté au milieu de sa course, et s’abîme dans la volonté de Dieu. L’orgueil et la hauteur s’apaisent en humilité de cœur ; de même la colère, avec toutes les passions turbulentes et déréglées, en calme, en douceur et en mansuétude. En un mot, les sentiments terrestres, charnels, diaboliques font place aux « sentiments qui étaient en Jésus-Christ ».

10. « Fort bien ; mais qu’est-ce que la sanctification entière peut impliquer de plus ? » Elle n’implique aucune nouvelle espèce de sainteté : que personne ne se l’imagine. Depuis le moment où nous sommes justifiés jusqu’à ce que nous rendions notre esprit à Dieu, l’amour est l’accomplissement de la loi ; de toute la loi évangélique, qui prit la place de la loi adamique lorsque fut faite la première promesse touchant « la postérité de la femme ». L’amour est la somme de la sanctification chrétienne ; il est la seule espèce de sainteté, qui se trouve, mais à divers degrés, chez les croyants que saint Jean distingue en « petits enfants, jeunes gens et pères ». La différence entre les uns et les autres tient proprement au degré de l’amour. Et il y a ici une aussi grande différence au sens spirituel qu’au sens naturel entre les pères, les jeunes gens et les petits enfants.

Quiconque est né de Dieu, bien qu’il ne soit encore qu’un « enfant en Christ », a l’amour de Dieu dans son cœur, l’amour de son prochain, avec l’humilité, la douceur et la résignation. Mais tout cela n’est alors qu’à un faible degré, en proportion du degré de sa foi. La foi d’un enfant en Christ est faible, généralement mêlée de doutes ou de craintes : de doutes, s’il ne s’est pas trompé lui-même ; ou de crainte, de ne pas persévérer jusqu’à la fin. Et si, pour prévenir ces doutes embarrassants ou pour dissiper ces craintes qui le tourmentent, il s’attache à l’opinion qu’un vrai croyant ne peut faire naufrage quant à la foi, l’expérience montrera tôt ou tard que ce n’est que l’appui d’un roseau cassé, qui, bien loin de le soutenir, ne fera qu’entrer dans sa main et la percer. Mais revenons à notre sujet : à mesure qu’il croît dans la foi, il croît dans la sainteté ; il grandit dans l’amour, l’humilité, la douceur, dans chaque trait de l’image de Dieu ; jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu, après qu’il a été pleinement convaincu du péché inné, de l’entière corruption de sa nature, de l’ôter tout entier ; de purifier son cœur et de le purifier de toute iniquité ; d’accomplir cette promesse qu’il fit d’abord à son ancien peuple, et en lui à l’Israël de Dieu dans tous les âges : « Je circoncirai ton cœur et le cœur de ta postérité, pour que tu aimes l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. »

Il n’est pas facile de concevoir quelle différence il y a entre ce qu’il éprouve maintenant et ce qu’il éprouvait auparavant. Jusqu’à ce que ce changement universel eût été opéré dans son âme, toute sa sainteté était mélangée. Il était humble, mais non entièrement ; son humilité était mêlée d’orgueil : il était doux, mais sa douceur était souvent interrompue par la colère, ou par quelque passion inquiète et turbulente. Son amour de Dieu était souvent refroidi par l’amour de quelque créature ; son amour du prochain, par de mauvais soupçons, ou par quelque pensée, sinon quelque disposition, contraire à l’amour. Sa volonté n’était pas entièrement fondue dans la volonté de Dieu ; mais bien qu’en général il pût dire : « Je viens pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé », pourtant de temps à autre la nature se révoltait, et il ne pouvait dire clairement : « Seigneur, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Maintenant toute son âme est d’accord avec elle-même ; il n’y a plus de corde discordante. Toutes ses passions coulent en un courant continuel, d’un cours égal, vers Dieu. À celui qui est entré dans ce repos, vous pouvez dire en vérité :

Calme, tu l’es toujours au-dedans,

Sans trouble aucun, toujours serein !

Il n’y a en lui aucun mélange d’affections contraires : tout est paix et harmonie. Rempli d’amour, il n’y a pas plus d’interruption de cet amour que des battements de son cœur ; et l’amour continuel apportant une joie continuelle dans le Seigneur, il est toujours joyeux. Il converse continuellement avec le Dieu qu’il aime, à qui il rend grâces en toutes choses. Et comme il aime maintenant Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, ainsi Jésus règne maintenant seul dans son cœur, Seigneur de chacun de ses mouvements.

11. Mais on peut demander : de quelle manière Dieu opère-t-il ce changement entier, ce changement universel dans l’âme d’un croyant ? cette œuvre étrange, que tant de gens ne veulent pas croire, bien que nous la leur annoncions ? L’opère-t-il graduellement, par lents degrés, ou instantanément, en un moment ? Que de disputes sur ce point, même parmi les enfants de Dieu ! Et il y en aura toujours, après tout ce qui a jamais été dit ou pourra jamais être dit sur ce sujet. Car beaucoup diront encore, avec ce Juif fameux : Non persuadebis, etiamsi persuaseris ; c’est-à-dire : « Tu ne me persuaderas pas, quand même tu me persuaderais. » Et ils s’y obstineront d’autant plus que les Écritures se taisent sur ce sujet, que la question n’est pas tranchée, du moins pas en termes exprès, dans aucune partie des oracles de Dieu. Chacun peut donc abonder dans son propre sens, pourvu qu’il accorde la même liberté à son prochain ; pourvu qu’il ne s’irrite pas contre ceux qui diffèrent de son opinion, et qu’il ne nourrisse pas de pensées dures à leur égard. Permettez-moi d’ajouter encore une chose : que le changement soit instantané ou graduel, veillez à ne jamais prendre de repos qu’il ne soit opéré dans votre âme, si vous désirez habiter avec Dieu dans la gloire.

12. Cela posé, pour jeter toute la lumière que je puis sur cette intéressante question, je rapporterai simplement ce que j’ai vu moi-même au cours de bien des années. Il y a quarante-quatre ou quarante-cinq ans, alors que je n’avais pas d’idée distincte de ce que l’apôtre voulait dire en nous exhortant ainsi : « laissant les éléments de la parole de Christ, tendons à ce qui est parfait », deux ou trois personnes de Londres, que je savais parfaitement sincères, désirèrent me rendre compte de leur expérience. Elle me parut extrêmement étrange, car elle différait de tout ce que j’avais entendu auparavant ; mais elle était exactement semblable au récit qui précède de la sanctification entière. L’année suivante, deux ou trois autres personnes à Bristol, et deux ou trois à Kingswood, venant me trouver séparément, me firent exactement le même récit de leur expérience. Quelques années plus tard, je priai tous ceux qui, à Londres, faisaient la même profession, de venir me trouver tous ensemble à la Foundery, afin que je pusse m’en assurer pleinement. Je priai cet homme de Dieu, Thomas Walsh, de nous y rejoindre. Quand nous fûmes réunis, d’abord l’un de nous, puis l’autre, leur posa les questions les plus pénétrantes que nous pûmes imaginer. Ils répondirent à toutes sans hésitation, et avec la plus grande simplicité, de sorte que nous fûmes pleinement persuadés qu’ils ne se trompaient pas eux-mêmes. Dans les années 1759, 1760, 1761 et 1762, leur nombre se multiplia extrêmement, non seulement à Londres et à Bristol, mais en diverses parties de l’Irlande aussi bien que de l’Angleterre. Ne me fiant pas au témoignage d’autrui, j’examinai moi-même avec soin la plupart d’entre eux ; et à Londres seulement je trouvai six cent cinquante-deux membres de notre société qui étaient extrêmement clairs dans leur expérience, et dont je ne voyais aucune raison de mettre en doute le témoignage. Je crois qu’il ne s’est pas écoulé une année depuis lors sans que Dieu ait opéré la même œuvre en beaucoup d’autres ; mais tantôt dans une partie de l’Angleterre ou de l’Irlande, tantôt dans une autre ; — comme « Le vent souffle où il veut » ; — et chacun d’eux (après l’enquête la plus soigneuse, je n’ai pas trouvé une seule exception, ni en Grande-Bretagne ni en Irlande) a déclaré que sa délivrance du péché avait été instantanée, que le changement s’était opéré en un moment. Si la moitié d’entre eux, ou le tiers, ou un sur vingt, avaient déclaré qu’il s’était opéré en eux graduellement, je l’aurais cru à l’égard de ceux-là, et j’aurais pensé que quelques-uns étaient sanctifiés graduellement et d’autres instantanément. Mais comme je n’ai pas trouvé, en un si long espace de temps, une seule personne qui parlât ainsi ; comme tous ceux qui croient être sanctifiés déclarent d’une seule voix que le changement s’est opéré en un moment, je ne puis que croire que la sanctification est ordinairement, sinon toujours, une œuvre instantanée.

13. Mais, de quelque manière que soit tranchée cette question, que la sanctification, au sens plein du mot, s’opère instantanément ou graduellement, comment pouvons-nous y parvenir ? « Que devons-nous faire, pour faire les œuvres de Dieu? », disaient les Juifs à notre Seigneur. Sa réponse conviendra à ceux qui demandent : Que devons-nous faire pour que cette œuvre de Dieu soit opérée en nous ? « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » De cette seule œuvre dépendent toutes les autres. Crois au Seigneur Jésus-Christ, et toute sa sagesse, toute sa puissance et toute sa fidélité sont engagées de ton côté. En ceci, comme en toute autre chose, « c’est par la grâce que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi ». La sanctification, elle aussi, « n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie ». Elle est « le don de Dieu », et elle doit être reçue par une foi pure et simple. Supposez que vous vous efforciez maintenant de vous abstenir « de toute espèce de mal », que vous soyez « zélé pour les bonnes œuvres », et que vous marchiez avec diligence et avec soin dans toutes les ordonnances de Dieu : il ne reste alors qu’un seul point. La voix de Dieu à votre âme est celle-ci : « Crois, et tu seras sauvé. » [Voir le sermon « La voie scripturaire du salut ». (note de l’éditeur)] Premièrement, croyez que Dieu a promis de vous sauver de tout péché et de vous remplir de toute sainteté. Secondement, croyez qu’il peut ainsi « sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui ». Troisièmement, croyez qu’il veut, aussi bien qu’il peut, vous sauver parfaitement ; vous purifier de tout péché, et remplir tout votre cœur d’amour. Croyez, quatrièmement, que non seulement il peut, mais qu’il veut le faire maintenant. Non quand vous viendrez à mourir ; non dans quelque temps éloigné ; non demain, mais aujourd’hui. Il vous rendra alors capable de croire que c’est fait, selon sa parole ; et alors « la patience accomplira parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien ».

14. Vous serez alors parfaits. L’apôtre semble entendre par cette expression, teleioi : vous serez entièrement délivrés de toute œuvre mauvaise, de toute parole mauvaise, de toute pensée coupable ; oui, de tout désir, de toute passion, de toute disposition mauvaise ; de toute corruption innée, de tous les restes de l’esprit charnel, du corps du péché ; et vous serez renouvelés dans l’esprit de votre intelligence, en toute disposition droite, selon l’image de celui qui vous a créés, dans la justice et dans une vraie sainteté. Vous serez accomplis, holokleroi (le même mot que l’apôtre emploie en s’adressant aux chrétiens de Thessalonique [1 Thessaloniciens 5:23]). Cela semble se rapporter moins à l’espèce qu’au degré de la sainteté ; comme s’il avait dit : « Vous jouirez d’un degré de sainteté aussi élevé que le permet votre état présent de pèlerinage » ; — et vous ne faillirez en rien ; le Seigneur étant votre berger, votre Père, votre Rédempteur, votre Sanctificateur, votre Dieu et votre tout, il vous nourrira du pain du ciel et vous donnera de quoi vous rassasier. Il vous conduira près des eaux du rafraîchissement, et vous gardera à chaque instant ; de sorte que, l’aimant de tout votre cœur (ce qui est la somme de toute perfection), vous serez « toujours joyeux, vous prierez sans cesse, et vous rendrez grâces en toutes choses », jusqu’à ce que « l’entrée dans son royaume éternel vous soit pleinement accordée » !

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