Chapitre 83 · 22 min de lecture · 28 min d’écoute
Sur la tentation
Sermon 82
Sur la tentation
« Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter. »
1 Corinthiens 10:13
1. Dans la partie précédente du chapitre, l’apôtre vient de rappeler, d’un côté, les miséricordes sans égales de Dieu envers les Israélites ; et, de l’autre, l’ingratitude sans égale de ce peuple désobéissant et rebelle. [1 Corinthiens 10:1–10] Et toutes ces choses, comme l’observe l’apôtre, « elles ont été écrites pour notre instruction » [1 Corinthiens 10:11], afin que nous en tirions un avertissement, pour éviter leurs péchés graves et échapper à leur terrible châtiment. Il ajoute alors cette mise en garde solennelle et importante : « que celui qui croit être debout prenne garde de tomber! » [1 Corinthiens 10:12]
2. Mais si nous considérons ces paroles avec attention, n’y paraîtra-t-il pas une difficulté considérable ? « que celui qui croit être debout prenne garde de tomber! » Si un homme croit seulement être debout, il ne court aucun danger de tomber. Il n’est pas possible que quelqu’un tombe, s’il croit seulement être debout. La même difficulté se présente, selon notre traduction, dans ces paroles bien connues de notre Seigneur (dont nous pouvons aisément mesurer l’importance, puisqu’elles sont répétées dans l’Évangile pas moins de huit fois) : « on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il croit avoir. » « Ce qu’il croit avoir ! » Mais, s’il croit seulement l’avoir, il est impossible qu’on le lui ôte. Personne ne peut ôter à un autre ce qu’il croit seulement avoir. Ce qu’un homme croit seulement avoir, il ne peut en aucune façon le perdre. Cette difficulté peut d’abord sembler insurmontable. Elle l’est en effet : elle ne peut être surmontée, si l’on admet la traduction ordinaire. Mais si nous observons le sens propre du mot original, la difficulté s’évanouit. On peut accorder que le mot dokei (quelquefois du moins, chez certains auteurs) ne signifie rien de plus que sembler. Mais je doute fort qu’il ait jamais ce sens dans aucune partie des écrits inspirés. Après avoir examiné avec soin chaque texte du Nouveau Testament où ce mot se rencontre, je suis pleinement convaincu que nulle part il n’affaiblit, mais que partout il renforce le sens du mot auquel il est joint. Ainsi ho dokei echein ne signifie pas ce qu’il semble avoir, mais, tout au contraire, ce qu’il a assurément. Et de même ho dokon estanai ne signifie pas celui qui semble être debout, ou celui qui croit être debout, mais celui qui est assurément debout ; celui qui se tient si ferme qu’il ne paraît courir aucun danger de tomber ; celui qui dit, comme David : Je ne chancellerai jamais! Éternel! Par ta grâce tu avais affermi ma montagne. [Psaumes 30:7, 8] Et pourtant, à ce moment même, voici ce que dit le Seigneur : Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains ; autrement, tu seras aussi retranché [Romains 11:20, 21] ; autrement, tu seras aussi ébranlé dans ta fermeté. La force que tu as assurément te sera ôtée. Aussi fermement que tu te tenais réellement debout, tu tomberas dans le péché, sinon dans l’enfer.
3. Mais de peur que quelqu’un ne se décourage en considérant ceux qui ont d’abord bien couru, et qui ensuite ont été vaincus par la tentation ; de peur que les cœurs craintifs ne soient tout à fait abattus, s’imaginant qu’il leur est impossible de tenir debout, l’apôtre ajoute à cette sérieuse exhortation ces paroles consolantes : Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter. [1 Corinthiens 10:13]
I. 1. Commençons par l’observation qui introduit cette consolante promesse : « Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine. » Nos traducteurs anglais semblent avoir senti que leur expression, common to man (« commune à l’homme »), ne rend nullement la force du mot original. Aussi en mettent-ils une autre en marge, moderate (« modérée »). Mais celle-ci paraît moins expressive que l’autre, et plus éloignée de son sens. À vrai dire, il n’est pas facile de trouver dans la langue anglaise un mot qui réponde au mot anthropinos. Je crois qu’on n’en peut exprimer le sens que par une périphrase de ce genre : « Telle qu’elle convient à la nature et à la condition de l’homme ; telle que tout homme peut raisonnablement s’y attendre, s’il considère la nature de son corps et de son âme, et la situation où il se trouve dans le monde présent. » Si nous considérons bien ces choses, nous ne serons surpris d’aucune tentation qui nous soit survenue, puisqu’elle n’est autre que celle à laquelle une telle créature, dans une telle situation, a toute raison de s’attendre.
2. Considérez, premièrement, la nature de ce corps auquel votre âme est unie. À combien de maux n’est-il pas exposé chaque jour, à chaque heure ! La faiblesse, la maladie, des désordres de mille sortes en sont les compagnons naturels. Considérez les fibres d’une finesse inconcevable, ces fils bien plus fins qu’un cheveu (qu’on appelle pour cette raison vaisseaux capillaires), dont chacune de ses parties est composée ; considérez la multitude innombrable de tubes et de filtres tout aussi fins, tous remplis d’un suc qui circule ! Et la rupture de quelques-unes de ces fibres, ou l’obstruction de quelques-uns de ces tubes, surtout dans le cerveau, le cœur ou les poumons, ne suffira-t-elle pas à détruire notre bien-être, notre santé, nos forces, sinon la vie même ? Or, si nous remarquons que toute douleur implique une tentation, combien innombrables doivent être les tentations qui assailliront tout homme, plus ou moins, tôt ou tard, tant qu’il habite ce corps corruptible !
3. Considérez, en second lieu, l’état présent de l’âme, aussi longtemps qu’elle habite cette maison d’argile. Je ne parle pas de son état non régénéré, quand elle est encore assise dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, sous l’empire du prince des ténèbres, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Non ; regardez les hommes qui ont été élevés au-dessus de ce déplorable état. Voyez ceux qui ont goûté que le Seigneur est bon. Et pourtant, combien leur intelligence est encore faible ! combien sa portée est bornée ! Combien sont confuses, combien sont inexactes nos notions des choses mêmes qui nous entourent ! Combien les plus sages des hommes sont sujets à se tromper ! à former de faux jugements ; à prendre le mensonge pour la vérité, et la vérité pour le mensonge ; le mal pour le bien, et le bien pour le mal ! À quels sursauts, à quels égarements de l’imagination ne sommes-nous pas continuellement sujets ! Et combien de tentations ne devons-nous pas attendre même de ces infirmités innocentes !
4. Considérez, en troisième lieu, quelle est la situation présente de ceux-là mêmes qui craignent Dieu. Ils habitent dans les ruines d’un monde en désordre, parmi des hommes qui ne connaissent pas Dieu, qui ne se soucient pas de lui, et dont le cœur se remplit en eux du désir de faire le mal. Combien sont contraints de s’écrier : « Malheureux que je suis de séjourner à Méschec, D’habiter parmi les tentes de Kédar! » parmi les ennemis de Dieu et des hommes. Combien ceux qui voudraient faire le bien sont prodigieusement dépassés en nombre par ceux qui ne craignent point Dieu et n’ont d’égard pour personne ! Et combien est frappante cette observation de Cowley : « Si un homme armé de pied en cap était cerné par mille Indiens nus, leur nombre leur donnerait un tel avantage sur lui qu’il lui serait à peine possible d’échapper. Quel espoir y aurait-il donc pour un homme nu et sans armes d’échapper, s’il était entouré de mille hommes armés ? » Or, tel est le cas de tout homme de bien. Il n’est armé ni de force ni de ruse, et il est jeté, nu comme il est, au milieu de milliers d’hommes armés de toutes les armes de Satan, et pourvus de toutes les armes que le prince de ce monde peut tirer de l’arsenal de l’enfer. Si donc il n’est pas détruit, combien pourtant un homme de bien doit-il être tenté au milieu de ce monde mauvais !
5. Mais n’est-ce que des méchants que viennent les tentations pour ceux qui craignent Dieu ? Il est très naturel de se l’imaginer, et presque tout le monde le pense. C’est pourquoi combien d’entre nous ont dit dans leur cœur : « Oh ! si seulement mon sort était jeté parmi des hommes de bien, parmi ceux qui aiment Dieu ou qui du moins le craignent, je serais délivré de toutes ces tentations ! » Peut-être le seriez-vous : probablement vous ne rencontreriez pas le même genre de tentations que celles que vous avez maintenant à affronter. Mais vous rencontreriez sûrement des tentations d’une autre sorte, que vous trouveriez tout aussi pénibles à supporter. Car même les hommes de bien, en général, bien que le péché n’ait plus d’empire sur eux, ne sont pas délivrés de ses restes. Ils ont encore les restes d’un cœur mauvais, toujours enclin à « se détourner du Dieu vivant ». Ils ont les germes de l’orgueil, de la colère, des désirs insensés ; en vérité, de toute disposition impie. Et chacun de ces germes, s’ils ne veillent et ne prient continuellement, peut lever et lèvera naturellement, et troublera non seulement eux-mêmes, mais tous ceux qui les entourent. Nous ne devons donc pas compter ne trouver aucune tentation de la part de ceux qui craignent Dieu, oui, qui l’aiment dans une certaine mesure. Bien moins encore devons-nous être surpris si quelques-uns de ceux qui ont autrefois aimé Dieu sincèrement mettaient sur notre chemin de plus grandes tentations que beaucoup de ceux qui ne l’ont jamais connu.
6. « Mais pouvons-nous nous attendre à trouver quelque tentation de la part de ceux qui sont rendus parfaits dans l’amour ? » C’est une question importante, et qui mérite d’être examinée en particulier. Je réponds, premièrement : vous pouvez trouver toute sorte de tentations de la part de ceux qui supposent être rendus parfaits, alors qu’ils ne le sont pas en réalité ; et de même, en second lieu, de la part de ceux qui l’ont été réellement autrefois, mais qui sont maintenant ébranlés dans leur fermeté. Et si vous n’y prenez garde, si vous pensez qu’ils sont encore ce qu’ils étaient autrefois, la tentation sera plus difficile à supporter. Bien plus, en troisième lieu, ceux-là mêmes qui « demeurent fermes dans la liberté par laquelle Christ les a affranchis » [Galates 5:1], qui sont maintenant réellement parfaits dans l’amour, peuvent encore être pour vous une occasion de tentation ; car ils sont encore environnés d’infirmités. Ils peuvent avoir l’esprit lent ; ils peuvent avoir une étourderie naturelle, ou une mémoire infidèle ; ils peuvent avoir une imagination trop vive : et chacune de ces choses peut causer de petites inconvenances, soit dans les paroles, soit dans la conduite, qui, sans être coupables en elles-mêmes, peuvent mettre à l’épreuve toute la grâce que vous avez ; surtout si vous imputez à la perversité de la volonté (comme il est très naturel de le faire) ce qui tient réellement à un défaut de mémoire ou à la faiblesse de l’intelligence ; si vous prenez pour des fautes volontaires ce qui est réellement involontaire. Combien était juste la réponse que me fit, il y a quelques années, une sainte de Dieu (maintenant dans le sein d’Abraham), lorsque je lui dis : « Jenny, assurément, votre maîtresse et vous ne pouvez plus être une épreuve l’une pour l’autre, puisque Dieu vous a sauvées toutes deux du péché ! » « Oh ! monsieur, me dit-elle, si nous sommes sauvées du péché, nous avons encore assez d’infirmités pour mettre à l’épreuve toute la grâce que Dieu nous a donnée ! »
7. Mais, outre les hommes méchants, les esprits méchants ne nous entourent-ils pas aussi continuellement de toutes parts ? Satan et ses anges ne rôdent-ils pas sans cesse, cherchant qui ils dévoreront ? Qui est hors de la portée de leur malice et de leur ruse ? Ni le plus sage ni le meilleur des enfants des hommes. « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. » Si donc ils l’ont tenté, ne nous tenteront-ils pas aussi ? Oui, et peut-être, s’il plaît à Dieu de le permettre, plus ou moins jusqu’à la fin de notre vie. « Aucune tentation », donc, « ne nous est survenue » à laquelle nous n’eussions raison de nous attendre, soit de la part de notre corps ou de notre âme, soit de la part des esprits méchants ou des hommes méchants ; oui, et même de la part des hommes de bien, jusqu’à ce que notre esprit retourne à Dieu qui l’a donné.
II. 1. Cependant, quelle consolation de savoir, avec la plus entière certitude, que « Dieu est fidèle, et qu’il ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces » ! Il connaît notre capacité, et il ne peut se tromper. « il sait de quoi nous sommes formés » exactement ; « Il se souvient que nous sommes poussière. » [Psaumes 103:14] Et il ne permettra pas qu’aucune tentation nous survienne, sinon telle qu’elle soit proportionnée à nos forces. Ce n’est pas seulement sa justice qui l’exige, elle qui ne pourrait nous punir de n’avoir pas résisté à une tentation, si celle-ci était à ce point disproportionnée à nos forces qu’il nous fût impossible d’y résister ; ce n’est pas seulement sa miséricorde, — cette tendre miséricorde qui s’étend sur nous comme sur toutes ses œuvres, — mais c’est, par-dessus tout, sa fidélité ; car toutes ses paroles sont fidèles et véritables, et toute la teneur de ses promesses s’accorde entièrement avec cette déclaration : « que ta vigueur dure autant que tes jours! » [Deutéronome 33:25]
2. Dans cet exécrable abattoir, l’Inquisition romaine (fort malheureusement appelée la Maison de la Miséricorde !), c’est la coutume de ces saints bouchers, pendant qu’ils déchirent sur le chevalet les nerfs d’un homme, de faire assister le médecin de la maison. Son office est d’observer de temps en temps les yeux, le pouls et les autres signes du patient, et d’avertir quand la torture a duré aussi longtemps qu’elle le peut sans mettre fin à sa vie ; afin que celle-ci soit conservée assez longtemps pour qu’il subisse le reste de leurs tortures. Mais, malgré tous les soins du médecin, il se trompe quelquefois, et la mort met un terme aux souffrances du patient avant que ses bourreaux s’en aperçoivent. Nous pouvons observer quelque chose de semblable dans notre propre cas. Dans quelques souffrances ou quelques tentations que nous soyons, notre grand Médecin ne s’éloigne jamais de nous. Il est autour de notre lit et autour de notre sentier. Il observe chaque symptôme de notre détresse, afin qu’elle ne s’élève pas au-dessus de nos forces. Et il ne peut se tromper à notre égard. Il voit exactement combien nous pouvons endurer avec la mesure de force que nous avons présentement. Et si elle ne suffit pas, il peut l’accroître au degré qu’il lui plaît. Rien n’est donc plus certain que ceci : en vertu de sa sagesse, aussi bien que de sa justice, de sa miséricorde et de sa fidélité, il ne permettra jamais, il ne peut jamais permettre que nous soyons tentés au-delà de nos forces ; au-delà de la force qu’il nous a déjà donnée, ou qu’il nous donnera dès que nous en aurons besoin.
III. 1. « Avec la tentation il préparera aussi » (c’est le troisième point que nous avons à considérer) « le moyen d’en sortir, afin que nous puissions la supporter. »
Le mot ekbasin, que notre version rend par a way to escape (« un moyen d’échapper »), est extrêmement expressif. Son sens est à peu près rendu par le mot anglais out-let (« issue ») ; mais plus exactement par le vieux mot out-gate (« porte de sortie »), encore souvent employé par les écrivains écossais. Il signifie littéralement un chemin pour sortir. Et ce chemin, Dieu le trouvera ou le fera ; car celui qui a toute sagesse, comme tout pouvoir dans le ciel et sur la terre, ne peut jamais être embarrassé de savoir comment s’y prendre.
2. Ou bien il prépare le moyen de sortir de la tentation, en en ôtant l’occasion ; ou bien il délivre dans la tentation, c’est-à-dire que, l’occasion demeurant telle qu’elle était, elle cesse d’être une tentation. Premièrement, il prépare le moyen de sortir de la tentation en en ôtant l’occasion. L’histoire du genre humain, et en particulier celle de l’Église, nous en fournit des exemples sans nombre. Et il s’en est produit beaucoup de notre vivant, et dans le petit cercle de nos connaissances. J’en crois un, entre bien d’autres, digne d’être rapporté, comme un exemple mémorable de la fidélité de Dieu, qui prépare le moyen de sortir de la tentation : — Elizabeth Chadsey, qui demeurait alors à Londres (sa fille vit encore aujourd’hui, et ne fait point honte à sa mère), fut conseillée de prendre l’administration de la succession de son mari, que l’on supposait laisser de grands biens après lui. Mais lorsqu’on eut fait une enquête complète sur ses affaires, il apparut que cette supposition était entièrement dénuée de fondement, et que non seulement il ne laissait rien du tout après lui, mais qu’il était même fort endetté. Peu de temps après son enterrement, un homme vint chez elle et lui dit : « Madame Chadsey, vous devez beaucoup à votre propriétaire, et il m’a envoyé réclamer le loyer qui lui est dû. » Elle répondit : « Monsieur, je n’ai pas tant d’argent au monde ; à vrai dire, je n’en ai pas du tout ! » « Mais, dit-il, n’avez-vous rien dont on puisse tirer de l’argent ? » Elle répliqua : « Monsieur, vous voyez tout ce que j’ai. Je n’ai rien dans la maison que ces six petits enfants. » « Alors, dit-il, il faut que j’exécute mon mandat, et que je vous emmène à Newgate. Mais c’est un cas bien dur. Je vous laisserai ici jusqu’à demain, et j’irai essayer de persuader votre propriétaire de vous accorder un délai. » Il revint le lendemain matin et dit : « J’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai employé tous les arguments auxquels j’ai pu penser, mais votre propriétaire est inflexible. Il jure que, si je ne vous emmène pas en prison sans délai, j’irai moi-même. » Elle répondit : « Vous avez fait votre part. Que la volonté du Seigneur soit faite ! » Il dit : « Je me risquerai à faire encore une tentative, et je reviendrai demain matin. » Il vint le matin et dit : « Madame Chadsey, Dieu a pris votre cause en main. Personne ne peut plus vous causer d’ennui ; car votre propriétaire est mort la nuit dernière. Mais il n’a laissé aucun testament, et personne ne sait qui est l’héritier du domaine. »
3. Ainsi Dieu peut délivrer des tentations en en ôtant l’occasion. Mais n’y a-t-il pas des tentations dont l’occasion ne peut être ôtée ? N’en avons-nous pas un exemple frappant dans une publication récente ? « Je me promenais, dit l’auteur de la lettre, sur les falaises de Douvres, par une soirée calme et agréable, avec une personne que j’aimais tendrement, et que je devais épouser dans quelques jours. Tandis que nous étions engagés dans une conversation sérieuse, son pied glissa, elle tomba, et je la vis se briser en pièces sur la grève. Je levai les mains au ciel et m’écriai : “Ce malheur est sans remède. Il faut maintenant que je m’en aille dans le deuil tous les jours de ma vie ! Ma blessure est incurable. Il est impossible que je trouve jamais une autre femme pareille ! Une femme qui me convenait si bien à tous égards.” J’ajoutai dans l’angoisse : “Voilà une affliction à laquelle Dieu lui-même ne peut porter remède !” Et au moment même où je prononçais ces paroles, je m’éveillai : car c’était un rêve ! » C’est ainsi que Dieu peut ôter toute tentation possible, la rendant comme un songe au réveil !
4. Ainsi Dieu peut délivrer de la tentation en en ôtant le fondement même. Et il peut tout aussi bien délivrer dans la tentation, ce qui est peut-être la plus grande délivrance de toutes. Je veux dire que, laissant l’occasion demeurer telle qu’elle était, il en ôtera l’amertume, de sorte que ce ne sera plus du tout une tentation, mais seulement une occasion d’actions de grâces. Combien de preuves de cela les enfants de Dieu n’ont-ils pas, même dans leur expérience de chaque jour ! Combien souvent sont-ils environnés de tribulations, ou visités par la douleur ou la maladie ! Et quand ils crient à l’Éternel, tantôt il éloigne d’eux la coupe : il ôte la tribulation, ou la maladie, ou la douleur, et c’est comme si elle n’avait jamais été ; tantôt il ne fait aucun changement extérieur ; la tribulation, la douleur ou la maladie extérieure demeure ; mais les consolations du Saint s’accroissent au point de les surpasser toutes ; et ils peuvent déclarer hardiment :
Le labeur m’est repos, la douleur m’est douce,
Quand tu es près de moi, mon Dieu.
5. Un exemple éminent de ce genre de délivrance est celui qu’on trouve dans la Vie de cet homme excellent, le marquis de Renty. Comme il souffrait d’une violente attaque de rhumatisme, un ami lui demanda : « Monsieur, souffrez-vous beaucoup ? » Il répondit : « Mes douleurs sont extrêmes ; mais, par la miséricorde de Dieu, je m’abandonne, non à elles, mais à lui. » C’est dans le même esprit que mon propre père, quoique épuisé par une grave maladie (un ulcère aux intestins, qui ne lui avait laissé que peu de repos jour et nuit pendant plus de sept mois), me répondit, lorsque je lui demandai : « Monsieur, souffrez-vous en ce moment ? » Il répondit d’une voix forte et sonore : « Dieu me châtie en effet par la douleur ; oui, tous mes os par une forte douleur. Mais je le remercie de tout ; je le bénis pour tout ; je l’aime pour tout. »
6. Nous pouvons remarquer encore un exemple d’un genre assez semblable dans la Vie du marquis de Renty. Comme sa femme, qu’il aimait très tendrement, était extrêmement malade, et qu’on la croyait près de la mort, un ami prit la liberté de lui demander comment il se sentait en cette occasion. Il répondit : « Je ne puis m’empêcher de dire que cette épreuve me touche à l’endroit le plus sensible. Je ressens vivement ma perte. J’éprouve plus qu’il n’est possible d’exprimer. Et pourtant je suis si satisfait que la volonté de Dieu soit faite, et non la volonté d’un vil pécheur, que, n’était la crainte de scandaliser les autres, je pourrais danser et chanter ! » Ainsi le Dieu miséricordieux, juste et fidèle, d’une manière ou d’une autre, « dans toute tentation préparera le moyen d’en sortir, afin que nous puissions la supporter ».
7. Tout ce passage est fécond en instruction. Quelques-unes des leçons que nous pouvons en tirer sont celles-ci :
Premièrement : « Que celui qui est le plus assurément debout prenne garde de tomber » dans le murmure ; de peur qu’il ne dise dans son cœur : « Assurément le cas de personne n’est semblable au mien ; personne n’a jamais été éprouvé comme moi. » Si, dix mille l’ont été. « Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine » ; telle que vous pouviez raisonnablement vous y attendre, si vous considériez ce que vous êtes : un pécheur né pour mourir ; un habitant pécheur d’un corps mortel, exposé à des souffrances sans nombre, intérieures et extérieures ; — et où vous êtes : dans un monde ébranlé et en désordre, entouré d’hommes méchants et d’esprits méchants. Considérez cela, et vous ne murmurerez pas contre le sort commun, la condition générale de l’humanité.
8. Secondement : « Que celui qui est debout prenne garde de tomber » ; de peur qu’il ne tente Dieu, en pensant ou en disant : « Ceci est insupportable ; ceci est trop dur ; je ne pourrai jamais en venir à bout ; mon fardeau est plus lourd que je ne puis porter. » Il n’en est pas ainsi, à moins que quelque chose ne soit trop difficile pour Dieu. Il ne permettra pas que vous soyez « tentés au-delà de vos forces ». Il proportionne le fardeau à vos forces. S’il vous faut plus de force, « Demandez, et l’on vous donnera ».
9. Troisièmement : « Que celui qui est debout prenne garde de tomber » ; de peur qu’il ne tente Dieu par l’incrédulité, en se défiant de sa fidélité. A-t-il dit : « Dans toute tentation il préparera le moyen d’en sortir » ? Et ne le fera-t-il pas ? Oui, en vérité ;
Et bien au-delà de ta pensée
Paraîtra son conseil,
Quand pleinement il aura fait l’œuvre
Qui causait ta crainte inutile.
10. Recevons donc chaque épreuve avec une calme résignation, et avec l’humble confiance que celui qui a toute puissance, toute sagesse, toute miséricorde et toute fidélité, nous soutiendra d’abord dans chaque tentation, et ensuite nous délivrera de toutes ; de sorte qu’à la fin toutes choses concourent au bien, et que nous éprouverons avec bonheur que toutes ces choses étaient pour notre profit, afin que nous « participions à sa sainteté ».
Chapitre 83 terminé
Sur la tentation