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En quel sens nous devons quitter le monde

Chapitre 82 · 27 min de lecture · 34 min d’écoute

En quel sens nous devons quitter le monde

Sermon 81

En quel sens nous devons quitter le monde

« C’est pourquoi, Sortez du milieu d’eux, et séparez-vous, dit le Seigneur; ne touchez pas à ce qui est impur, et je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, Et vous serez pour moi des fils et des filles, Dit le Seigneur tout-puissant. »

2 Corinthiens 6:17, 18.

1. Qu’il y en a peu, dans le monde religieux, qui aient dûment considéré ces paroles solennelles ! Nous les avons lues et relues, mais nous ne les avons jamais prises à cœur, et nous n’avons jamais remarqué qu’elles contiennent un commandement aussi clair et aussi exprès qu’aucun autre de toute la Bible. Et il est à craindre qu’il y en ait moins encore qui comprennent le véritable sens de cette direction. D’innombrables personnes en Angleterre l’ont interprétée comme un ordre de sortir de l’Église établie. Et des milliers de gens l’ont comprise dans le même sens dans les royaumes voisins. Quantité de sermons ont été prêchés, et de livres écrits, dans cette supposition. Et, en vérité, beaucoup d’hommes pieux ont fondé principalement sur ce texte leur séparation d’avec l’Église. « Dieu lui-même », disent-ils, « nous commande : “Sortez du milieu d’eux, et séparez-vous.” Et ce n’est qu’à cette condition qu’il nous accueillera, et que nous “serons des fils et des filles du Seigneur tout-puissant”. »

2. Mais cette interprétation est entièrement étrangère au dessein de l’apôtre, qui ne parle pas ici de telle ou telle Église, mais d’un tout autre sujet. Ni l’apôtre lui-même ni aucun de ses frères n’a tiré de ces paroles une telle conséquence. S’ils l’avaient fait, c’eût été une contradiction formelle tant de l’exemple que du précepte de leur Maître. Car, bien que l’Église juive fût alors tout aussi impure, aussi peu sainte, au-dedans comme au-dehors, qu’aucune Église chrétienne aujourd’hui sur la terre, notre Seigneur n’en assistait pas moins constamment au culte. Et il ordonna à ses disciples de marcher sur ses traces en cela comme en tout autre point. C’est ce qu’implique clairement ce passage remarquable : « Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent; mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas. » (Matthieu 23:2, 3.) Bien qu’ils disent, et ne font pas, bien que leur vie contredise leur doctrine, bien que ce fussent des hommes impies, notre Seigneur, ici, non seulement permet, mais ordonne à ses disciples de les écouter. Car il leur ordonne de « faire et d’observer ce qu’ils disent ». Or cela ne se pouvait s’ils ne les écoutaient pas. Aussi les apôtres, tant qu’ils furent à Jérusalem, assistèrent-ils constamment au culte public. Il est donc certain que ces paroles n’ont aucun rapport avec une séparation d’avec l’Église établie.

3. Elles n’ont pas davantage de rapport avec la direction donnée par l’apôtre dans sa première épître aux Corinthiens. Voici le passage entier : « Je vous ai écrit dans ma lettre de ne pas avoir des relations avec les impudiques, non pas d’une manière absolue avec les impudiques de ce monde, ou avec les cupides et les ravisseurs, ou avec les idolâtres; autrement, il vous faudrait sortir du monde. Maintenant, ce que je vous ai écrit, c’est de ne pas avoir des relations avec quelqu’un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme. » (1 Corinthiens 5:9–11.) Ceci se rapporte entièrement à ceux qui sont membres d’une même communauté chrétienne. L’apôtre leur dit expressément qu’il ne donne pas cette direction — de ne pas avoir de relations avec telles et telles personnes — à l’égard des païens ou des hommes en général ; et il ajoute cette raison évidente : « autrement, il vous faudrait sortir du monde » ; vous ne pourriez y traiter aucune affaire. « Mais avec quelqu’un qui, se nommant frère, » — c’est-à-dire qui vous est uni dans la même société religieuse, — « est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme. » Combien cet avertissement est important ! Mais combien peu il est observé, même par ceux qui sont, à d’autres égards, des chrétiens consciencieux ! À vrai dire, certaines parties en sont malaisées à observer, pour une raison évidente : elles sont malaisées à comprendre. Je veux dire qu’il n’est pas aisé de comprendre à qui ces caractères appartiennent. Il est fort difficile, par exemple, de savoir, sauf dans quelques cas flagrants, à qui appartient le caractère de ravisseur ou d’homme cupide. Nous pouvons à peine connaître l’un ou l’autre sans paraître au moins « s’ingérant dans les affaires d’autrui ». Et cependant la défense est aussi forte touchant le commerce avec ceux-là qu’avec les impudiques ou les adultères. Nous ne pouvons qu’agir dans la simplicité de notre cœur, sans nous ériger en juges infaillibles (toujours disposés à être mieux informés), selon la meilleure lumière que nous ayons.

4. Mais, bien que cette direction ne se rapporte qu’à nos frères chrétiens (du moins tels par leur profession extérieure), celle du texte a une portée bien plus étendue : elle se rapporte incontestablement à tous les hommes. Elle nous demande clairement de nous tenir à distance, autant qu’il est possible, de tous les hommes impies. À vrai dire, il semble que le mot que nous rendons par ce qui est impur, tou akathartou, pourrait plutôt se rendre par une personne impure ; faisant probablement allusion à la loi cérémonielle qui défendait de toucher celui qui était légalement impur. Mais même ici, si nous entendions l’expression littéralement, si nous prenions les mots dans le sens le plus strict, la même absurdité s’ensuivrait : il nous faudrait, comme dit l’apôtre, « sortir du monde » ; nous ne pourrions demeurer dans les vocations que la providence de Dieu nous a assignées. Si nous ne devions pas du tout fréquenter les hommes de ces caractères, il nous serait impossible de traiter nos affaires temporelles. De sorte que tout chrétien consciencieux n’aurait rien d’autre à faire que de s’enfuir au désert. Il ne suffirait pas de nous faire reclus, de nous enfermer dans des monastères ou des couvents ; car, même alors, il nous faudrait avoir quelques rapports avec des hommes impies pour nous procurer le nécessaire de la vie.

5. Ces paroles doivent donc nécessairement s’entendre avec une restriction considérable. Elles ne nous défendent pas de fréquenter qui que ce soit, bon ou méchant, pour les affaires de ce monde. Mille occasions se présenteront où nous devrons les fréquenter pour traiter les affaires qui ne peuvent se faire sans eux. Et quelques-unes de ces occasions pourront exiger de nous des rapports fréquents avec des ivrognes ou des impudiques ; bien plus, il pourra parfois être nécessaire que nous passions un temps considérable en leur compagnie : autrement nous ne pourrions remplir les devoirs de nos diverses vocations. Une telle fréquentation des hommes, saints ou non, n’est donc nullement contraire au conseil de l’apôtre.

6. Qu’est-ce donc que l’apôtre défend ? Premièrement, de fréquenter les hommes impies quand il n’y a aucune nécessité, aucun appel de la providence, aucune affaire qui l’exige ; secondement, de les fréquenter plus souvent que les affaires ne l’exigent nécessairement ; troisièmement, de passer en leur compagnie plus de temps qu’il n’est nécessaire pour terminer nos affaires ; par-dessus tout, quatrièmement, de choisir des personnes impies, si ingénieuses ou si agréables qu’elles soient, pour être nos compagnons ordinaires ou nos amis familiers. Si quelque cas de ce genre admet moins d’excuse que les autres, c’est celui que l’apôtre défend expressément ailleurs : le fait de se mettre, dans le mariage, « avec les infidèles sous un joug étranger », avec une personne qui n’a pas l’amour de Dieu dans le cœur, ou du moins la crainte de Dieu devant les yeux. Je ne connais rien qui puisse justifier cela : ni le bon sens, ni l’esprit, ni la beauté de la personne, ni un avantage temporel, ni la crainte du besoin ; non, pas même l’ordre d’un père ou d’une mère. Car si un père ou une mère ordonne ce qui est contraire à la Parole de Dieu, l’enfant doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

7. Le fondement de cette défense est exposé tout au long dans les versets qui précèdent : « Car quel rapport y a-t-il entre la justice et l’iniquité? Ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial? Ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle? » (En prenant ce mot dans son sens étendu, pour celui qui n’a ni l’amour ni la crainte de Dieu.) « Vous êtes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit: J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » Il s’ensuit : « C’est pourquoi, Sortez du milieu d’eux » — des injustes, des enfants des ténèbres, des fils de Bélial, des infidèles ; « et séparez-vous, ne touchez pas à ce qui est impur », ou à la personne impure, « et je vous accueillerai. »

8. Voilà le résumé de cette défense d’avoir avec les hommes qui ne sont pas saints plus de rapports qu’il n’est absolument nécessaire. Il ne peut y avoir de rapport profitable entre le juste et l’injuste ; comme il ne peut y avoir rien de commun entre la lumière et les ténèbres, — que vous l’entendiez des ténèbres naturelles ou des ténèbres spirituelles. Comme Christ ne peut avoir aucun accord avec Bélial, ainsi celui qui croit en lui ne peut avoir aucun accord avec un infidèle. Il est absurde d’imaginer qu’il puisse y avoir une véritable union ou un véritable accord entre deux personnes, tant que l’une demeure dans les ténèbres et que l’autre marche dans la lumière. Elles sont sujettes, non seulement de deux royaumes séparés, mais de deux royaumes opposés. Elles agissent d’après des principes tout à fait différents ; elles visent des fins tout à fait différentes. Il s’ensuivra nécessairement que souvent, sinon toujours, elles marcheront dans des chemins différents. Comment marcheraient-elles ensemble, tant qu’elles ne sont pas d’accord ? — tant qu’elles ne servent pas toutes deux ou Christ ou Bélial ?

9. Et quelles sont les conséquences de notre désobéissance à cette direction ? de ce que nous ne sortons pas du milieu des hommes qui ne sont pas saints ? de ce que nous ne nous séparons pas d’eux, mais contractons ou entretenons avec eux un commerce familier ? Il est probable que cela n’aura pas immédiatement de conséquences fâcheuses apparentes et visibles. On ne doit guère s’attendre à ce que cela nous entraîne immédiatement dans quelque péché extérieur. Peut-être cela ne nous fera-t-il pas d’abord négliger quelque devoir extérieur. Cela sapera d’abord les fondements de notre religion : cela amortira peu à peu notre zèle pour Dieu ; cela refroidira doucement cette ferveur d’esprit qui accompagnait notre premier amour. Si ces hommes ne s’opposent pas ouvertement à ce que nous disons ou faisons, leur esprit même agira pourtant, par des degrés insensibles, sur notre esprit, et y fera passer la même tiédeur et la même indifférence envers Dieu et les choses de Dieu. Cela affaiblira tous les ressorts de notre âme, détruira la vigueur de notre esprit, et nous fera de plus en plus ralentir le pas dans la course qui nous est ouverte.

10. Par les mêmes degrés, tout commerce inutile avec les hommes qui ne sont pas saints affaiblira notre évidence divine et notre conviction des choses invisibles : il obscurcira les yeux de l’âme par lesquels nous voyons celui qui est invisible, et il affaiblira notre confiance en lui. Il diminuera graduellement notre goût pour « les puissances du siècle à venir », et il amortira cette espérance qui auparavant nous faisait « asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ ». Il refroidira imperceptiblement cette flamme d’amour qui auparavant nous rendait capables de dire : « Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. » Ainsi il frappe à la racine de toute religion vivante, de notre communion avec le Père et avec le Fils.

11. Par les mêmes degrés, et de la même manière secrète et inaperçue, il nous préparera à « refaire en arrière nos pas vers la terre ». Il nous conduira doucement à retomber dans l’amour du monde, auquel nous avions entièrement échappé ; à glisser doucement dans la convoitise de la chair, la recherche du bonheur dans les plaisirs des sens ; — la convoitise des yeux, la recherche du bonheur dans le plaisir de l’imagination ; — et l’orgueil de la vie, la recherche du bonheur dans la pompe, dans les richesses ou dans la louange des hommes. Et tout cela peut se faire avec l’aide de l’esprit qui « séduisit Eve par sa ruse », avant que nous nous apercevions de son attaque ou que nous ayons conscience d’aucune perte.

12. Et ce n’est pas seulement l’amour du monde, dans toutes ses branches, qui se glisse nécessairement en nous, tandis que nous fréquentons les hommes d’un esprit mondain au-delà de ce que le devoir exige, mais toute autre passion et toute autre disposition mauvaise dont l’âme humaine est capable : en particulier l’orgueil, la vanité, l’esprit de censure, les mauvais soupçons, la pente à la vengeance ; tandis que, d’autre part, la légèreté, la frivolité et la dissipation se glissent en nous et croissent continuellement. Nous savons combien toutes ces choses abondent chez les hommes qui ne connaissent pas Dieu. Et il ne se peut qu’elles ne s’insinuent pas chez tous ceux qui les fréquentent souvent et librement : elles s’insinuent le plus profondément chez ceux qui ne redoutent aucun danger ; et plus que tout, s’ils ont une affection particulière, s’ils ont plus d’amour que le devoir n’en demande, pour ceux qui n’aiment pas Dieu et qu’ils fréquentent familièrement.

13. Jusqu’ici j’ai supposé que les personnes que vous fréquentez sont de celles que nous avons coutume d’appeler de braves gens ; de celles qu’on nomme, dans le jargon du jour, des hommes estimables, — l’un des mots les plus sots et les plus insignifiants qui soient jamais venus à la mode. Je les ai supposées exemptes de malédictions, de jurements, de profanation ; de la violation du sabbat et de l’ivrognerie ; de l’impudicité, en paroles ou en actions ; de la malhonnêteté, du mensonge et de la calomnie : en un mot, entièrement pures de tout vice déclaré, quel qu’il soit. Autrement, quiconque a seulement la crainte de Dieu doit à tout prix se tenir loin d’elles. Mais je crains d’avoir fait une supposition qu’on ne peut guère admettre. Je crains que quelques-unes des personnes que vous fréquentez plus que les affaires ne l’exigent nécessairement ne méritent pas même le titre de braves gens, — ne soient estimables en rien, et ne méritent que la honte et le mépris. Quelques-unes d’entre elles ne vivent-elles pas dans le péché déclaré ? — dans les malédictions et les jurements, l’ivrognerie ou l’impureté ? Vous ne pouvez l’ignorer longtemps, car elles prennent peu de peine pour le cacher. Or, n’est-il pas certain que tout vice est de nature contagieuse ? car qui peut toucher la poix et n’être pas souillé ? Vous devez donc sans aucun doute fuir celles-là comme devant la face d’un serpent. Autrement, combien vite « les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » !

14. J’ai supposé de même que les personnes qui ne sont pas saintes et que vous fréquentez souvent n’ont aucun désir de vous communiquer leur propre esprit, ni de vous amener à suivre leur exemple. Mais c’est encore là une supposition qu’on ne peut guère admettre. Dans bien des cas, leur intérêt peut trouver son avantage à ce que vous participiez à leurs péchés. Mais, en supposant que l’intérêt soit hors de question, tout homme ne désire-t-il pas naturellement, et ne s’efforce-t-il pas plus ou moins, d’amener ses connaissances à son opinion ou à son parti ? De sorte que, comme tous les hommes de bien désirent rendre les autres bons comme eux-mêmes et s’y efforcent, de même tous les méchants désirent rendre leurs compagnons aussi méchants qu’eux-mêmes et s’y efforcent.

15. Mais s’ils ne le font pas, si nous admettons cette supposition presque impossible, qu’ils ne désirent pas vous amener à leur propre disposition et à leur propre pratique et qu’ils n’y emploient aucun effort, il est toujours dangereux de les fréquenter. Je ne parle pas seulement des hommes ouvertement vicieux, mais de tous ceux qui n’aiment pas Dieu, ou du moins ne le craignent pas, et ne cherchent pas sincèrement « le royaume et la justice de Dieu ». Admettons que de tels compagnons ne s’efforcent pas de vous rendre semblables à eux ; cela prouve-t-il que vous ne couriez aucun danger de leur part ? Voyez ce pauvre malheureux atteint de la peste ! Il ne désire pas, il ne fait pas le moindre effort pour vous communiquer son mal. Prenez garde pourtant ! Ne le touchez pas ! Bien plus, n’approchez pas de lui, ou vous ne savez pas combien vite vous pourriez vous trouver exactement dans le même état. Pour achever la comparaison : quand même nous supposerions que l’homme du monde ne désire pas, ne se propose pas, ne s’efforce pas de vous communiquer son mal, ne le touchez pourtant pas ! N’approchez pas trop de lui ; car ce ne sont pas seulement ses raisonnements ou ses persuasions qui peuvent infecter votre âme, mais son souffle même est contagieux, particulièrement pour ceux qui ne redoutent aucun danger.

16. Si la libre fréquentation des hommes à l’esprit mondain n’a sur vous aucun autre mauvais effet, elle vous rendra sûrement, par des degrés imperceptibles, moins attachés aux choses du ciel. Elle donnera à votre esprit un penchant qui attirera continuellement votre âme vers la terre. Elle vous inclinera, sans que vous en ayez conscience, au lieu d’être entièrement transformés par le renouvellement de votre intelligence, à vous conformer de nouveau à ce monde, dans son esprit, dans ses maximes et dans sa vaine manière de vivre. Vous retomberez dans cette légèreté et cette dissipation d’esprit auxquelles vous aviez entièrement échappé ; dans ce superflu de la parure, et dans ces conversations sottes, frivoles et inutiles, qui vous étaient en abomination quand votre âme était vivante pour Dieu. Et vous déclinerez chaque jour de cette simplicité de langage et de conduite par laquelle vous faisiez autrefois honorer la doctrine de Dieu notre Sauveur.

17. Et si vous allez jusque-là dans la conformité au monde, on ne doit guère s’attendre à ce que vous vous arrêtiez là. Vous irez plus loin en peu de temps : ayant une fois perdu pied et commencé à glisser, il y a mille à parier contre un que vous ne vous arrêterez pas avant d’arriver au bas de la colline, avant de tomber vous-mêmes dans quelques-uns de ces péchés extérieurs que vos compagnons commettent sous vos yeux ou à portée de vos oreilles. Par là, la crainte et l’horreur qui vous saisissaient d’abord diminueront graduellement, jusqu’à ce que vous vous laissiez enfin entraîner à suivre leur exemple. Mais supposons qu’ils ne vous entraînent pas dans le péché extérieur : s’ils infectent votre esprit d’orgueil, de colère ou d’amour du monde, c’est assez ; cela suffit, sans une profonde repentance, pour noyer votre âme dans la perdition éternelle, puisque (abstraction faite de tout péché extérieur) « l’affection de la chair, c’est la mort ».

18. Mais, si dangereux qu’il soit de fréquenter familièrement les hommes qui ne connaissent pas Dieu, il est plus dangereux encore pour les hommes de fréquenter des femmes de ce caractère, car elles sont généralement plus insinuantes que les hommes et ont un bien plus grand pouvoir de persuasion, surtout si elles sont agréables de leur personne ou plaisantes dans leur conversation. Il faut que vous soyez plus qu’un homme, si vous pouvez fréquenter de telles personnes sans subir aucune perte. Si vous ne ressentez aucun désir insensé ou impur (et qui peut vous promettre que vous n’en ressentirez pas ?), il est pourtant à peine possible que vous ne ressentiez pas plus ou moins une mollesse déplacée, qui vous rendra moins disposés et moins capables de persévérer dans cette habitude de vous renoncer vous-mêmes et de vous charger chaque jour de votre croix, qui constitue le caractère d’un bon soldat de Jésus-Christ. Et nous savons que non seulement les impudiques et les adultères, mais même « les mous et les efféminés », ces disciples délicats d’un Maître qui s’est renoncé lui-même, « n’auront aucune part au royaume de Christ et de Dieu ».

19. Telles sont les conséquences qui doivent sûrement, quoique peut-être lentement, suivre le mélange des enfants de Dieu avec les hommes du monde. Et c’est par ce moyen, plus que par aucun autre, bien plus, plus que par tous les autres réunis, que le peuple appelé méthodiste risque de perdre sa force et de devenir semblable aux autres hommes. C’est, à vrai dire, dans une bonne intention et par un réel désir d’avancer la gloire de Dieu que beaucoup d’entre eux admettent une fréquentation familière avec des hommes qui ne connaissent pas Dieu. Vous avez l’espérance de les réveiller de leur sommeil, et de les persuader de chercher les choses qui appartiennent à leur paix. Mais si, après un temps d’épreuve suffisant, vous ne pouvez faire sur eux aucune impression, ce sera votre sagesse de les abandonner à Dieu ; autrement vous risquez plus de recevoir d’eux du mal que de leur faire du bien. Car si vous n’élevez pas leurs cœurs jusqu’au ciel, ils abaisseront les vôtres jusqu’à la terre. Retirez-vous donc à temps, « Sortez du milieu d’eux, et séparez-vous ».

20. Mais comment cela peut-il se faire ? Quelle est la méthode la plus facile et la plus efficace pour nous séparer des hommes qui ne sont pas saints ? Peut-être quelques conseils le rendront-ils clair à ceux qui désirent connaître et faire la volonté de Dieu.

Premièrement : n’invitez chez vous aucune personne qui ne soit pas sainte, sauf en quelque occasion tout à fait particulière. Vous direz peut-être : « Mais la civilité le demande, et assurément la religion n’est pas ennemie de la civilité. Bien plus, l’apôtre lui-même nous ordonne d’être courtois, aussi bien que d’être compatissants. » Je réponds : vous pouvez être civils, suffisamment civils, et cependant les tenir à une juste distance. Vous pouvez être courtois en mille occasions, et cependant vous tenir à l’écart d’eux. Et ce ne fut jamais le dessein de l’apôtre de recommander une courtoisie telle qu’elle doive nécessairement devenir un piège pour l’âme.

21. Secondement : n’acceptez sous aucun prétexte l’invitation d’une personne qui n’est pas sainte. Ne vous laissez jamais persuader de faire une visite, à moins que vous ne désiriez qu’elle vous soit rendue. Il se peut qu’une personne désireuse de faire votre connaissance renouvelle sa visite deux ou trois fois. Mais si vous vous abstenez fermement de la rendre, le visiteur sera bientôt las. Il n’est pas improbable qu’il soit froissé, et peut-être donnera-t-il des marques de ressentiment. Comptez là-dessus, afin que, lorsque quelque chose de ce genre arrivera, vous ne soyez ni surpris ni découragés. Il vaut mieux plaire à Dieu et déplaire à l’homme, que plaire à l’homme et déplaire à Dieu.

22. Troisièmement : il est probable que vous connaissiez des hommes du monde avant de connaître vous-mêmes Dieu. Que vaut-il mieux faire à leur égard ? Comment pouvez-vous le plus aisément cesser de les fréquenter ? D’abord, accordez un temps suffisant pour essayer si vous ne pourrez pas, par le raisonnement et la persuasion, employés aux moments favorables, les amener à choisir la bonne part. N’épargnez aucune peine ! Mettez en œuvre toute votre foi et tout votre amour, et luttez avec Dieu en leur faveur. Si, après tout, vous ne pouvez apercevoir qu’aucune impression soit faite sur eux, c’est votre devoir de vous retirer doucement d’eux, afin de ne pas être enlacés avec eux. Cela peut se faire en peu de temps, aisément et paisiblement, en ne rendant pas leurs visites. Mais vous devez vous attendre à ce qu’ils vous reprochent votre hauteur et votre manque de bonté, sinon en face, du moins derrière votre dos. Et cela, vous pouvez le souffrir pour une bonne conscience. C’est proprement l’opprobre de Christ.

23. Quand il plut à Dieu de me donner la ferme résolution d’être, non un chrétien de nom, mais un chrétien réel (j’avais alors environ vingt-deux ans), mes connaissances ignoraient Dieu autant que moi-même. Mais il y avait cette différence : je connaissais mon ignorance ; elles ne connaissaient pas la leur. Je m’efforçai faiblement de leur venir en aide, mais en vain. Cependant je découvris, par une triste expérience, que même leur conversation inoffensive, comme on l’appelle, amortissait toutes mes bonnes résolutions. Mais comment m’en défaire, c’était là la question que je retournais sans cesse dans mon esprit. Je ne voyais aucun moyen possible, à moins qu’il ne plût à Dieu de me transporter dans un autre collège. Il le fit, d’une manière entièrement contraire à toute probabilité humaine. Je fus élu fellow d’un collège où je ne connaissais pas une seule personne. Je prévis qu’une foule de gens viendraient me voir, par amitié, par civilité ou par curiosité, et qu’on m’offrirait de nouer des relations nouvelles et de renouer les anciennes ; mais j’avais désormais arrêté mon plan. Entrant alors, pour ainsi dire, dans un monde nouveau, je résolus de n’avoir aucune connaissance par hasard, mais par choix, et de ne choisir que celles dont j’avais lieu de croire qu’elles m’aideraient dans mon chemin vers le ciel. En conséquence, j’observai attentivement le caractère et la conduite de tous ceux qui me visitaient. Je ne vis aucune raison de penser que la plupart d’entre eux aimassent ou craignissent véritablement Dieu. Je ne choisis donc pas de telles connaissances : je ne pouvais attendre qu’elles me fissent aucun bien. Aussi, quand l’un d’eux venait me voir, je me conduisais aussi courtoisement que je le pouvais. Mais à la question : « Quand viendrez-vous me voir ? » je ne faisais aucune réponse. Quand ils furent venus quelques fois et qu’ils eurent constaté que je refusais toujours de rendre la visite, je ne les vis plus. Et je bénis Dieu de ce que telle a été ma règle invariable depuis environ soixante ans. Je savais que bien des critiques s’ensuivraient ; mais cela ne m’ébranla pas, car je savais fort bien que ma vocation était de passer « au milieu de la mauvaise et de la bonne réputation ».

24. Je conseille instamment à vous tous qui êtes résolus à être, non pas presque, mais tout à fait chrétiens, d’adopter le même plan, si contraire qu’il puisse être à la chair et au sang. Observez attentivement lesquels de ceux qui se trouvent sur votre chemin ont les mêmes sentiments que vous : lesquels d’entre eux, selon ce que vous avez lieu de croire, craignent Dieu et pratiquent la justice. Tenez-les pour dignes de votre connaissance : fréquentez-les avec joie et librement en toute occasion. Quant à tous ceux qui ne répondent pas à ce caractère, laissez-les tomber doucement et paisiblement. Si bienveillants et si sensés qu’ils puissent être, ils ne vous rendront aucun service réel. Bien plus, quand même ils ne vous entraîneraient pas dans le péché extérieur, ils seraient pourtant une entrave continuelle pour votre âme, et vous empêcheraient de courir avec vigueur et avec joie la course qui vous est ouverte. Et si quelques-uns de vos amis, qui couraient bien autrefois, « se détournent du saint commandement qui leur avait été donné », employez d’abord tous les moyens que la prudence peut suggérer pour les ramener dans la bonne voie. Mais si vous ne pouvez y réussir, laissez-les aller, en continuant seulement à les recommander à Dieu dans la prière. Cessez avec eux tout commerce familier, et sauvez votre propre âme.

25. Je vous conseille, quatrièmement, de marcher avec circonspection à l’égard de vos parents. Avec votre père et votre mère, qu’ils soient religieux ou non, vous devez certainement avoir commerce, s’ils le désirent ; et avec vos frères et sœurs, surtout s’ils ont besoin de vos services. Je ne sache pas que vous ayez une telle obligation à l’égard de vos parents plus éloignés. La courtoisie, il est vrai, et l’affection naturelle, peuvent exiger que vous leur rendiez visite quelquefois. Mais s’ils ne connaissent ni ne cherchent Dieu, ce devrait être certainement aussi rarement que possible. Et quand vous êtes avec eux, vous ne devriez pas rester un jour de plus que la bienséance ne l’exige. De plus, quel que soit celui d’entre eux avec qui vous vous trouvez, souvenez-vous de cet avertissement solennel de l’apôtre : « Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise » (aucune conversation), « mais quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent. » Vous n’avez aucune autorité pour vous écarter de cette règle ; autrement, vous « attristez le Saint-Esprit de Dieu ». Et si vous vous y tenez étroitement, ceux qui n’ont point de religion se passeront bientôt de votre compagnie.

26. C’est ainsi que ceux qui craignent ou aiment Dieu doivent « sortir du milieu » de tous ceux qui ne le craignent pas. C’est ainsi que, dans un sens clair et scripturaire, vous devez « vous séparer » d’eux, de tout commerce inutile avec eux. Oui, « ne touchez pas », dit le Seigneur, « à ce qui est impur », ou à la personne impure, au-delà de ce que la nécessité exige ; « et je vous accueillerai » dans la famille et la maison de Dieu. « Je serai pour vous un père » ; je vous embrasserai d’une affection paternelle ; « Et vous serez pour moi des fils et des filles, Dit le Seigneur tout-puissant. » La promesse est expresse pour tous ceux qui renoncent à la compagnie des hommes impies, pourvu que leur esprit et leur conduite soient, à d’autres égards aussi, conformes à leur devoir. Dieu s’engage ici absolument à leur donner toutes les bénédictions qu’il a préparées pour ses enfants bien-aimés, dans le temps et dans l’éternité. Que tous ceux donc qui ont quelque égard pour la faveur et la bénédiction de Dieu prennent garde, premièrement, de contracter aucune connaissance ou de former aucune liaison avec des hommes impies, au-delà de ce que les affaires nécessaires, ou quelque autre appel de la providence, l’exigent ; et, secondement, qu’ils rompent en toute hâte, autant que la nature de la chose le permet, toutes les connaissances de ce genre déjà contractées, et toutes les liaisons de ce genre déjà formées. Qu’aucun plaisir résultant de ces connaissances, qu’aucun gain trouvé ou espéré dans ces liaisons, n’entre en considération, quand on le met dans la balance contre un commandement clair et positif de Dieu. En pareil cas, « arrache l’œil droit », — arrache-toi à la connaissance la plus agréable, — « et jette-le loin de toi » : renonce à toute pensée, à tout dessein de la rechercher encore. « Coupe la main droite », — renonce absolument à la liaison la plus profitable, — « et jette-la loin de toi ». « mieux vaut pour toi entrer dans la vie, n’ayant qu’un œil », ou une seule main, « que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans le feu de la géhenne. »

Chapitre 82 terminé

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