Sermons sur divers sujets
Sur la dissipation

Chapitre 80 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute

Sur la dissipation

Sermon 79

Sur la dissipation

« Je dis cela — afin que vous puissiez vous attacher au Seigneur sans distraction. »

1 Corinthiens 7:35.

1. Dans presque toutes les parties de notre nation, et plus particulièrement dans les grandes villes populeuses, nous entendons parmi les personnes sensées une plainte générale touchant la dissipation, qui ne cesse de croître. On remarque qu’elle se répand de plus en plus, à la cour, à la ville et à la campagne. À entendre les continuelles mentions qu’on en fait, et les continuelles déclamations dont elle est l’objet, on s’imaginerait naturellement qu’un mot d’un usage si commun est parfaitement compris. Il est permis pourtant d’en douter. Bien plus, nous pouvons affirmer en toute sûreté que peu de ceux qui emploient souvent ce terme comprennent ce qu’il signifie. L’une des raisons en est que, bien que la chose soit depuis longtemps parmi nous, surtout depuis le temps du roi Charles II (l’un des mortels les plus dissipés qui aient jamais respiré), le mot, lui, n’est pas ancien. On ne l’entendait guère il y a cinquante ans, et guère avant le présent règne. Tant il est d’importation récente ! Et cependant il est si bien dans toutes les bouches qu’il est déjà usé jusqu’à la corde, étant l’un des mots à la mode du jour.

2. Une autre raison pour laquelle on le comprend si peu, c’est peut-être que, parmi les innombrables écrivains qui pullulent autour de nous, il n’en est pas un (du moins que j’aie vu) qui ait publié sur ce sujet ne serait-ce qu’une brochure de six sous. Nous avons, il est vrai, un court Essai sur la matière ; mais extrêmement peu de gens l’ont vu, car il se trouve au milieu d’un volume d’Essais dont l’auteur est peu connu dans le monde. Et même cet Essai est si loin d’aller au fond du sujet qu’il ne fait que l’effleurer légèrement, et ne donne pas même, du commencement à la fin, une seule définition de la dissipation (je l’y ai cherchée attentivement).

3. Nous avons coutume de parler de la dissipation comme se rapportant principalement, sinon entièrement, à la conduite extérieure, à la manière de vivre. Mais elle est au-dedans avant de paraître au-dehors : elle est dans le cœur avant d’être visible dans la conduite extérieure. Il faut qu’il y ait un esprit dissipé avant qu’il y ait une manière de vivre dissipée. Mais qu’est-ce que la dissipation de l’esprit ? C’est là la première et la grande question.

4. Dieu a créé toutes choses pour lui-même, et plus particulièrement tous les esprits intelligents. (Et, en vérité, il semble que l’intelligence, en quelque sorte ou en quelque degré, soit inséparable des êtres spirituels ; que l’intelligence soit aussi essentielle aux esprits que l’étendue l’est à la matière.) Il a fait ceux-ci plus directement pour lui-même, afin qu’ils le connaissent, l’aiment et jouissent de lui. Comme le soleil est le centre du système solaire, ainsi (autant qu’on peut comparer les choses matérielles aux spirituelles) nous ne devons pas craindre d’affirmer que Dieu est le centre des esprits. Et aussi longtemps qu’ils lui sont unis, les esprits créés sont en repos : ils sont en repos aussi longtemps, et pas plus longtemps, qu’ils s’attachent « au Seigneur sans distraction. »

5. Cette expression de l’apôtre (sans nous embarrasser pour le présent de l’occasion particulière où il l’employa) est extrêmement singulière : Pros to euprosedron toi Kyrioi. Le mot que nous rendons par s’attacher à signifie littéralement être assis dans une bonne posture pour écouter. Et saint Paul faisait là sans aucun doute allusion à Marie assise aux pieds du Maître. (Luc 10:39.) Pendant ce temps, Marthe était accablée de nombreux soins, était distraite, dissipée : periespato. C’est l’expression même d’où saint Paul tire le mot que nous rendons par sans distraction.

6. Et de même que ses nombreux soins dissipaient les pensées de Marthe et la détournaient d’écouter les paroles de son Seigneur, ainsi mille choses qui se présentent chaque jour sont propres à dissiper nos pensées et à nous détourner d’écouter la voix de celui qui parle continuellement à nos cœurs : je veux dire, à tous ceux qui écoutent sa voix. Nous sommes environnés de tous côtés de personnes et de choses qui tendent à nous tirer loin de notre centre. À vrai dire, toute créature, si nous ne sommes continuellement sur nos gardes, nous tirera loin de notre Créateur. Le monde visible tout entier, tout ce que nous voyons, entendons ou touchons, tous les objets de nos sens ou de notre entendement, tendent à dissiper nos pensées loin du monde invisible, et à détourner nos esprits de l’attention due à celui qui est à la fois l’auteur et la fin de notre être.

7. Cela se fait d’autant plus aisément que nous sommes tous, par nature, atheoi, athées, dans le monde ; et cela à un si haut degré qu’il ne faut rien moins qu’une puissance toute-puissante pour contrebalancer cette pente à la dissipation qui est en tout esprit humain, et pour lui rendre la capacité de s’attacher à Dieu et de se fixer sur lui. Car cela ne peut se faire tant que nous ne sommes pas de nouvelles créatures, tant que nous ne sommes pas créés de nouveau en Jésus-Christ, tant que la même puissance qui a fait le monde ne crée pas en nous « un cœur pur », et ne « renouvelle en nous un esprit droit ».

8. Mais qui est celui qui est ainsi renouvelé ? Celui qui croit au nom du Fils de Dieu. Celui-là seul qui croit au Seigneur Jésus-Christ est ainsi « né de Dieu ». C’est par cette foi seule qu’il est « créé de nouveau en », ou par, « Jésus-Christ » ; qu’il est rétabli dans l’image de Dieu où il avait été créé, et de nouveau centré en Dieu ; ou, comme l’exprime l’apôtre, « uni au Seigneur en un seul esprit ». Et cependant, même alors, le croyant peut trouver en lui les restes de cette affection de la chair, de cette pente naturelle à se reposer dans le bien créé, à se contenter des choses visibles, qui, sans une vigilance continuelle, appesantira son âme et le tirera loin de son Créateur. Le monde, les hommes qui ne connaissent pas Dieu, ne manqueront jamais d’y concourir, tantôt à dessein, tantôt peut-être sans dessein : car leur esprit même est contagieux, et change insensiblement le nôtre à sa propre ressemblance. Et nous pouvons être bien assurés que le prince de ce monde, le diable, les aidera de toute sa puissance. Il s’efforcera de toute sa force, et, ce qui est bien plus dangereux, de toute sa ruse, de nous détourner, s’il le peut par quelque moyen, de notre simplicité à l’égard de Christ, de notre simple attachement à lui, de notre union avec celui par qui nous sommes aussi unis en un seul esprit au Père.

9. Mais rien n’est plus certain que ceci, — que, bien qu’il puisse tenter le plus fort des croyants d’abandonner sa simplicité à l’égard de Christ, et de disperser ses pensées et ses désirs parmi les objets du monde, il ne peut y contraindre même le plus faible : car la grâce de Dieu lui suffit toujours. La même grâce qui l’a d’abord uni à Dieu est capable de maintenir cette heureuse union, en dépit de toute la rage, de toute la force et de toute la ruse de l’ennemi. Dieu ne s’est jamais laissé sans témoignage qu’il a le pouvoir de délivrer ceux qui se confient en lui de toute tentation qui peut les assaillir, et de celle-ci en particulier. Il a encore un petit troupeau qui, en fait, « s’attache à lui sans distraction » ; qui, s’attachant à lui d’un cœur ferme, n’est pas dissipé loin de lui, non, pas un instant, mais qui « est toujours joyeux, prie sans cesse, et rend grâces en toutes choses ».

10. Mais, pour autant que quelqu’un cède à cette tentation, il est dissipé d’autant. Le mot original signifie proprement disperser, ou éparpiller. Ainsi le soleil dissipe, c’est-à-dire disperse, les nuages ; le vent dissipe, ou éparpille, la poussière ; et, par une métaphore aisée, on dit que nos pensées sont dissipées quand elles sont éparpillées sans ordre çà et là. De même, nos désirs sont dissipés quand ils sont détachés de Dieu, leur centre propre, et éparpillés de côté et d’autre parmi les pauvres choses périssables et décevantes du monde. Et l’on peut dire, en vérité, de tout homme étranger à la grâce de Dieu, que toutes ses passions sont dissipées, —

Éparses au loin sur toute la terre,

Infiniment loin de DIEU.

11. La distraction, au sens de saint Paul, est étroitement apparentée à la dissipation, ou plutôt elle est la même chose : par conséquent, s’attacher au Seigneur sans distraction revient à s’attacher au Seigneur sans dissipation. Or, chaque fois que l’âme est détachée de Dieu, elle est dissipée ou distraite d’autant. La dissipation peut donc, en général, se définir : « le décentrement de l’âme hors de Dieu ». Et tout ce qui décentre l’âme hors de Dieu nous dissipe proprement.

12. Nous pouvons apprendre aisément par là quel est le sens propre et direct de cette expression commune : un homme dissipé. C’est un homme séparé de Dieu, désuni de son centre, que cela soit causé par le tourbillon des affaires, par la recherche des honneurs ou de l’avancement, ou par le goût des divertissements, de ces plaisirs frivoles qu’on appelle ainsi, ou de n’importe quelle bagatelle sous le soleil. Le vulgaire, il est vrai, réserve d’ordinaire ce caractère à ceux qui sont violemment attachés aux femmes, au jeu, à la boisson ; à la danse, aux bals, aux courses, ou à ce pauvre et puéril divertissement qui consiste à « faire courir renards et lièvres jusqu’à les mettre hors d’haleine ». Mais il convient tout autant au sot sérieux qui oublie Dieu par une étroite application à quelque emploi du monde, fût-il du genre le plus élégant ou le plus important. Un homme peut être aussi bien dissipé loin de Dieu par l’étude des mathématiques ou de l’astronomie que par la passion des cartes ou des chiens de chasse. Quiconque est habituellement inattentif à la présence et à la volonté de son Créateur, celui-là est un homme dissipé.

13. Nous pouvons apprendre aussi par là qu’une vie dissipée n’est pas seulement celle d’un beau poudré, d’un petit-maître, d’un joueur, d’un coureur de femmes, d’un coureur de théâtres, d’un chasseur de renards, ou d’une tête à l’évent de quelque espèce que ce soit, mais la vie d’un homme d’État honorable, d’un gentilhomme ou d’un négociant, qui est « sans Dieu dans le monde ». Conformément à cela, un siècle dissipé (tel qu’est le siècle présent, peut-être au-delà de tous ceux qui furent jamais, du moins de tous ceux dont l’histoire fait mention) est un siècle où Dieu est généralement oublié. Et une nation dissipée (telle qu’est à présent l’Angleterre, à un degré superlatif) est une nation dont la grande majorité n’a pas Dieu « dans toutes ses pensées ».

14. Une conséquence évidente de ces observations est (ce que quelques-uns tiendront peut-être pour un paradoxe) que la dissipation, au sens plein et général du mot, est exactement la même chose que l’impiété. Le nom est nouveau ; mais la chose est sans aucun doute presque aussi ancienne que la création. Et c’est là, à présent, la gloire particulière de l’Angleterre, en quoi aucune nation sous le ciel ne l’égale. Nous disons donc une vérité incontestable quand nous affirmons qu’il n’y a pas sur la face de la terre une autre nation (du moins dont nous ayons jamais entendu parler) aussi parfaitement dissipée et impie ; non seulement aussi totalement « sans Dieu dans le monde », mais le défiant aussi ouvertement. Il n’y eut jamais, dans l’histoire, de siècle dont nous ayons lu le récit, depuis Jules César, depuis Noé, depuis Adam, où la dissipation ou l’impiété ait si généralement prévalu, chez les grands et les petits, les riches et les pauvres.

15. Mais pourtant, Dieu soit béni ! —

Tous ne sont pas perdus : il en est qui préfèrent

La foi, et la piété envers Dieu !

Il en est, plus de sept mille, je l’espère, oui, ou dix fois ce nombre, en Angleterre, qui n’ont encore fléchi ni le genou ni le cœur devant le dieu de ce siècle ; qui, s’attachant étroitement au Dieu du ciel, ne sont pas emportés par le flot, par le torrent général, presque universel, de la dissipation ou de l’impiété. Ils ne sont pas dans les dispositions du doux Crispus, —

Qui nunquam direxit brachia contra

Torrentem, —

« qui ne tenta jamais de nager contre le courant ». Eux osent nager contre le courant. Chacun d’eux peut dire en vérité :

Nec me, qui caetera, vincit

Impetus, et rapido contrarius evehor orbi.

[Voici la traduction qu’Addison a donnée de cette citation d’Ovide : —

« Je gouverne à l’encontre de leurs mouvements ; et je ne suis point

Ramené en arrière par tout le courant du ciel. » — Éd.]

S’ils ne peuvent faire refluer la marée, ils peuvent du moins rendre contre elle un témoignage public. Ils sont donc purs du sang de leurs compatriotes impies : ce sang retombera sur leur propre tête.

16. Mais par quels moyens pouvons-nous éviter d’être emportés par le courant débordant de la dissipation ? Il n’est pas difficile à ceux qui croient l’Écriture de répondre à cette question. Or, je crois réellement que la Bible est la Parole de Dieu ; et, dans cette supposition, je réponds : le remède radical de toute dissipation, c’est « la foi qui est agissante par la charité ». Si donc vous voulez être délivrés de ce mal, premièrement, « demeurez fondés et inébranlables dans la foi », dans cette foi qui apporte « l’Esprit d’adoption, qui crie dans votre cœur : Abba! Père! », par laquelle vous êtes rendus capables de rendre ce témoignage : « La vie que je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Par cette foi vous voyez « celui qui est invisible », et vous « avez constamment le Seigneur sous vos yeux ». Ensuite, « vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, maintenez-vous dans l’amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle. » Et aussi longtemps que vous marcherez selon cette règle, vous serez au-dessus de toute dissipation.

17. Combien cela s’accorde exactement (quoiqu’il y ait une différence dans l’expression) avec cette remarque du pieux Kempis ! « La simplicité et la pureté sont les deux ailes qui élèvent l’âme jusqu’au ciel. La simplicité est dans l’intention, la pureté dans l’affection. » Car qu’est-ce là, sinon (dans le langage de l’apôtre) une simple « foi qui est agissante par la charité » ? Par cette simplicité vous voyez toujours Dieu, et par la pureté vous l’aimez. Qu’est-ce, sinon avoir (comme dit l’un des anciens) « l’œil aimant de l’âme fixé sur Dieu » ? Et aussi longtemps que votre âme est dans cette posture, la dissipation ne peut trouver de place.

18. C’est donc avec un grand jugement que le grand et bon évêque Taylor, dans ses « Règles pour vivre et mourir saintement » (lui dont l’évêque Warburton, personne peu portée à louer, avait coutume de dire : « Je ne conçois pas de plus grand génie sur la terre que le docteur Jeremy Taylor »), place avant toutes ses autres règles celles qui concernent la pureté d’intention. Et n’a-t-il pas pour le faire l’autorité de notre Seigneur lui-même, qui pose cette maxime universelle : « Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé » ? Vise Dieu seul, d’un œil simple. À chaque pas que tu fais, regarde à lui seul. Poursuis une seule chose : le bonheur de connaître Dieu, de l’aimer, de le servir. Alors ton âme sera pleine de lumière : pleine de la lumière de la gloire de Dieu, de son glorieux amour qui resplendit sur toi de la face de Jésus-Christ.

19. Peut-il y avoir un plus grand secours pour la sainteté universelle que de voir continuellement la lumière de sa gloire ? Il n’est donc pas étonnant que tant d’hommes sages et pieux aient recommandé, à tous ceux qui désirent être vraiment religieux, l’exercice de la présence de Dieu. Mais, en le faisant, quelques-uns de ces saints hommes semblent être tombés dans une erreur (en particulier un excellent écrivain de notre pays, dans ses lettres touchant « L’Esprit de prière ») : ils mettent à cet exercice, dès leur entrée même dans la religion, des hommes entièrement non réveillés, non convaincus de péché ; alors qu’assurément ce ne devrait pas être la première chose, mais plutôt l’une des dernières. Ils devraient commencer par la repentance, par la connaissance d’eux-mêmes, de leur état de péché, de leur culpabilité et de leur impuissance. On devrait leur apprendre ensuite à chercher la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. Puis, qu’on leur enseigne à garder ce qu’ils ont reçu, à « marcher à la clarté de sa face », oui, à marcher « dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière », sans aucunes ténèbres, jusqu’à ce que « le sang de Jésus-Christ » les « purifie de tout péché ».

20. Ce fut par une pleine conviction de l’absolue nécessité où est le chrétien d’avoir constamment le Seigneur devant lui, qu’une petite société de jeunes gentilshommes d’Oxford, qui, il y a bien des années, avaient coutume de passer ensemble la plupart de leurs soirées afin de s’aider mutuellement à travailler à leur salut, placèrent cette question en tête de leur plan d’examen quotidien : « Ai-je été simple et recueilli dans tout ce que j’ai dit ou fait ? » Ai-je été simple ? — c’est-à-dire, ai-je eu constamment le Seigneur devant moi, et ai-je tout fait avec la seule vue de lui plaire ? — Recueilli ? — c’est-à-dire, ai-je promptement rassemblé mes pensées dispersées, et retrouvé ma simplicité, si j’en avais été détourné en quelque manière par les hommes, par les démons, ou par mon propre cœur mauvais ? Par ce moyen ils furent préservés de la dissipation, et chacun d’eux put dire : « Par la grâce de Dieu, je fais une chose (du moins, c’est mon but constant) : je vois Dieu, j’aime Dieu, je sers Dieu. Je le glorifie dans mon corps et dans mon esprit. »

21. La même chose semble entendue par deux mots peu communs qu’on rencontre fréquemment dans les écrits de ces hommes pieux qu’on nomme d’ordinaire les mystiques. Je veux dire l’introversion et l’extroversion. « Examinez-vous vous-mêmes », dit saint Paul aux Corinthiens, et en eux aux chrétiens de tous les siècles ; « Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? À moins peut-être que vous ne soyez réprouvés. » — c’est-à-dire incrédules, incapables de soutenir l’épreuve de la parole de Dieu. Or, être attentif à la voix de Christ au-dedans de vous, c’est ce qu’ils appellent l’introversion. Détourner l’œil de l’esprit de lui vers les choses extérieures, c’est ce qu’ils appellent l’extroversion. Par celle-ci vos pensées s’égarent loin de Dieu, et vous êtes proprement dissipés ; tandis que, par l’introversion, vous pouvez sentir toujours sa présence pleine d’amour ; vous prêtez continuellement l’oreille à tout ce qu’il plaît à votre Seigneur de dire à votre cœur ; et, si vous écoutez continuellement sa voix intérieure, vous serez gardés de toute dissipation.

22. Nous pouvons enfin apprendre de là quel jugement porter sur ce qu’on allègue souvent en faveur de la nation anglaise et du siècle présent : à savoir qu’à d’autres égards l’Angleterre est au niveau des autres nations, et le siècle présent au niveau de n’importe lequel des précédents ; on accorde seulement que nous sommes plus dissipés que nos voisins, et que ce siècle est plus dissipé que les siècles précédents. Mais, si l’on accorde cela, on accorde tout. On accorde que cette nation est pire qu’aucune des nations voisines, et que ce siècle est pire, essentiellement pire, qu’aucun des siècles précédents. Car, comme la dissipation ou l’impiété est la mère de tout péché, de toute injustice, de la dureté, de l’iniquité, de la fraude, de la perfidie, de toute disposition mauvaise, de toute parole mauvaise, de toute action mauvaise qui se puisse concevoir, ainsi elle les comprend toutes en effet. Tout ce qui est impur, tout ce qui est de mauvaise réputation, tout ce qui est profane ; s’il y a quelque vice : tout cela est compris dans l’impiété, qu’on nomme d’ordinaire la dissipation. Qu’aucun ami de la vertu et de la vérité ne dise donc un seul mot en faveur de ce monstre ; qu’aucun ami du genre humain n’ouvre une seule fois la bouche pour en atténuer la culpabilité. Ayez-la en horreur comme vous auriez en horreur le diable, dont elle est la progéniture et l’image ! Ayez-la en horreur comme vous auriez en horreur l’extinction de toute vertu et le règne universel d’un esprit terrestre, charnel, diabolique ; et fuyez-la comme vous fuiriez (si vous le voyiez s’ouvrir devant vous) l’étang ardent de feu et de soufre !

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