Sermons sur divers sujets
La justice qui vient de la foi

Chapitre 7 · 28 min de lecture · 36 min d’écoute

La justice qui vient de la foi

Sermon 6

La justice qui vient de la foi

« Moïse définit ainsi la justice qui vient de la loi: L’homme qui mettra ces choses en pratique vivra par elles. Mais voici comment parle la justice qui vient de la foi: Ne dis pas en ton cœur: Qui montera au ciel? C’est en faire descendre Christ; ou: Qui descendra dans l’abîme? C’est faire remonter Christ d’entre les morts. Que dit-elle donc? La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons. »

Romains 10:5–8.

1. L’apôtre n’oppose pas ici l’alliance donnée par Moïse à l’alliance donnée par Christ. Si jamais nous nous le sommes imaginé, c’est faute d’avoir remarqué que la dernière partie de ces paroles, aussi bien que la première, fut prononcée par Moïse lui-même devant le peuple d’Israël, et cela au sujet de l’alliance qui existait alors. (Deutéronome 30:11, 12, 14.) Mais c’est l’alliance de grâce, que Dieu, par Christ, a établie avec les hommes dans tous les âges (aussi bien avant et sous l’économie juive que depuis que Dieu a été manifesté en chair), que saint Paul oppose ici à l’alliance des œuvres, conclue avec Adam lorsqu’il était dans le paradis, mais que l’on supposait communément être la seule alliance que Dieu eût faite avec l’homme, en particulier ces Juifs dont l’apôtre parle.

2. C’est d’eux qu’il parle avec tant d’affection au commencement de ce chapitre : « Le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour Israël, c’est qu’ils soient sauvés. Je leur rends le témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais sans intelligence ; ne connaissant pas la justice de Dieu » (la justification qui découle de sa pure grâce et de sa miséricorde, qui pardonne gratuitement nos péchés par le Fils de son amour, par la rédemption qui est en Jésus), « et cherchant à établir leur propre justice » (leur propre sainteté, antérieure à la foi en « celui qui justifie l’impie », comme fondement de leur pardon et de leur acceptation), « ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu », et par conséquent ils cherchent la mort dans l’égarement de leur vie.

3. Ils ignoraient que « Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient » ; — que, par l’oblation de lui-même offerte une fois pour toutes, il avait mis fin à la première loi ou alliance (laquelle, à vrai dire, ne fut pas donnée par Dieu à Moïse, mais à Adam dans son état d’innocence), dont la stricte teneur, sans aucune atténuation, était : « fais cela, et tu vivras » ; et qu’en même temps il nous avait acquis cette meilleure alliance : « Crois, et vis » ; crois, et tu seras sauvé ; sauvé dès maintenant, tant de la culpabilité que de la puissance du péché, et, par voie de conséquence, de son salaire.

4. Et combien d’hommes sont aujourd’hui tout aussi ignorants, même parmi ceux qui portent le nom de Christ ! Combien en est-il qui ont maintenant « du zèle pour Dieu », mais l’ont « sans intelligence » ; qui cherchent encore « à établir leur propre justice » comme fondement de leur pardon et de leur acceptation, et qui, pour cette raison, refusent avec véhémence de « se soumettre à la justice de Dieu » ! Assurément, mes frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour vous, c’est que vous soyez sauvés. Et, afin d’ôter de votre chemin cette grande pierre d’achoppement, je m’efforcerai de montrer, premièrement, ce qu’est la justice qui vient de la loi, et ce qu’est « la justice qui vient de la foi » ; secondement, la folie qu’il y a à se confier en la justice de la loi, et la sagesse qu’il y a à se soumettre à celle qui vient de la foi.

I. 1. Et d’abord, « la justice qui vient de la loi dit : L’homme qui mettra ces choses en pratique vivra par elles. » Observe constamment et parfaitement toutes ces choses pour les mettre en pratique, et alors tu vivras éternellement. Cette loi ou alliance (appelée ordinairement l’alliance des œuvres), donnée par Dieu à l’homme dans le paradis, exigeait une obéissance parfaite en toutes ses parties, entière et à laquelle rien ne manquât, comme condition de son maintien éternel dans la sainteté et le bonheur où il avait été créé.

2. Elle exigeait que l’homme accomplît toute justice, intérieure et extérieure, négative et positive : qu’il ne s’abstînt pas seulement de toute parole vaine et ne se gardât pas seulement de toute œuvre mauvaise, mais qu’il tînt chaque affection, chaque désir, chaque pensée dans l’obéissance à la volonté de Dieu ; qu’il demeurât saint, comme celui qui l’avait créé était saint, à la fois dans son cœur et dans toute sa conduite ; qu’il fût pur de cœur, comme Dieu est pur ; parfait, comme son Père qui est dans les cieux était parfait ; qu’il aimât le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force ; qu’il aimât toute âme que Dieu avait faite, comme Dieu l’avait aimé lui-même ; que, par cette bienveillance universelle, il demeurât en Dieu (qui est amour), et Dieu en lui ; qu’il servît le Seigneur son Dieu de toute sa force, et qu’en toutes choses il ne visât qu’à sa gloire.

3. Telles étaient les choses qu’exigeait la justice de la loi, afin que celui qui les accomplirait vécût par elles. Mais elle exigeait en outre que cette obéissance entière à Dieu, cette sainteté intérieure et extérieure, cette conformité du cœur et de la vie à sa volonté, fût parfaite en degré. Aucune atténuation, aucune indulgence ne pouvait être accordée à celui qui manquerait en quelque degré que ce fût, ne serait-ce que d’un iota ou d’un trait de lettre, à la loi extérieure ou à la loi intérieure. Si tous les commandements relatifs aux choses extérieures étaient observés, cela ne suffisait pourtant pas, à moins que chacun ne fût observé de toute sa force, dans la plus haute mesure et de la manière la plus parfaite. Et il ne suffisait pas non plus, pour répondre à l’exigence de cette alliance, d’aimer Dieu de toute puissance et de toute faculté, à moins qu’il ne fût aimé de toute la capacité de chacune d’elles, de toute la possibilité de l’âme.

4. Une chose encore était indispensablement exigée par la justice de la loi, à savoir que cette obéissance universelle, cette sainteté parfaite du cœur et de la vie, fût aussi parfaitement ininterrompue, qu’elle se poursuivît sans aucune intermission, depuis le moment où Dieu créa l’homme et souffla dans ses narines un souffle de vie, jusqu’à ce que les jours de son épreuve fussent achevés et qu’il fût affermi dans la vie éternelle.

5. Voici donc comment parle la justice qui vient de la loi : « Toi, ô homme de Dieu, demeure ferme dans l’amour, dans l’image de Dieu dans laquelle tu as été fait. Si tu veux demeurer dans la vie, garde les commandements, qui sont maintenant écrits dans ton cœur. Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. Aime comme toi-même toute âme qu’il a faite. Ne désire rien que Dieu. Vise à Dieu dans chaque pensée, dans chaque parole et dans chaque œuvre. Ne t’écarte pas de lui, par un seul mouvement du corps ou de l’âme, lui qui est ton but et le prix de ta haute vocation ; et que tout ce qui est en toi loue son saint nom, chaque puissance et chaque faculté de ton âme, en tout genre, en tout degré, et à chaque instant de ton existence. “Fais cela, et tu vivras” : ta lumière brillera, ton amour s’embrasera de plus en plus, jusqu’à ce que tu sois reçu dans la maison de Dieu dans les cieux, pour régner avec lui aux siècles des siècles. »

6. « Mais voici comment parle la justice qui vient de la foi: Ne dis pas en ton cœur: Qui montera au ciel? C’est en faire descendre Christ » (comme si c’était quelque tâche impossible que Dieu exigeât de toi d’accomplir au préalable pour être accepté) ; « ou: Qui descendra dans l’abîme? C’est faire remonter Christ d’entre les morts » (comme si cela restait encore à faire, et que ce fût en considération de cela que tu dusses être accepté) ; « Que dit-elle donc? La parole », selon la teneur de laquelle tu peux être dès maintenant accepté comme héritier de la vie éternelle, « est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons », — la nouvelle alliance que Dieu a maintenant établie avec l’homme pécheur, par Jésus-Christ.

7. Par « la justice qui vient de la foi », il faut entendre cette condition de la justification (et, par suite, du salut présent et final, si nous y persévérons jusqu’à la fin) qui fut donnée par Dieu à l’homme déchu, par les mérites et la médiation de son Fils unique. Elle fut en partie révélée à Adam, peu après sa chute, étant contenue dans la promesse originelle faite à lui et à sa postérité, touchant la postérité de la femme, qui devait « écraser la tête du serpent ». (Genèse 3:15.) Elle fut révélée un peu plus clairement à Abraham, par l’ange de Dieu, du haut du ciel, qui lui dit : « Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel : Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité. » (Genèse 22:16, 18.) Elle fut plus pleinement encore manifestée à Moïse, à David et aux prophètes qui suivirent, et, par eux, à beaucoup d’hommes du peuple de Dieu dans leurs générations respectives. Mais la masse, même de ceux-là, l’ignorait encore, et bien peu la comprenaient clairement. Et « la vie et l’immortalité » n’avaient pas encore été « mises en évidence » pour les Juifs d’autrefois, comme elles le sont maintenant pour nous « par l’Évangile ».

8. Or, cette alliance ne dit pas à l’homme pécheur : « Rends une obéissance sans péché, et vis. » Si telle était la condition, il ne retirerait pas plus de profit de tout ce que Christ a fait et souffert pour lui, que s’il lui était demandé, pour avoir la vie, de « monter au ciel et d’en faire descendre Christ », ou de « descendre dans l’abîme », dans le monde invisible, et d’en « faire remonter Christ d’entre les morts ». Elle n’exige pas qu’on accomplisse aucune chose impossible (bien que ce qu’elle exige fût impossible à l’homme seul, mais non à l’homme assisté par l’Esprit de Dieu) : ce ne serait là que se moquer de la faiblesse humaine. À vrai dire, à parler strictement, l’alliance de grâce n’exige pas de nous que nous fassions quoi que ce soit, comme absolument et indispensablement nécessaire à notre justification, mais seulement que nous croyions en celui qui, à cause de son Fils et de la propitiation qu’il a faite, « justifie l’impie » qui « ne fait point d’œuvre », et lui impute sa foi à justice. C’est ainsi qu’Abraham « eut confiance en l’Éternel, qui le lui imputa à justice ». (Genèse 15:6.) « Et il reçut le signe de la circoncision, comme sceau de la justice qu’il avait obtenue par la foi, — afin d’être le père de tous ceux qui croient, — pour que la justice leur fût aussi imputée. » (Romains 4:11.) « Mais ce n’est pas à cause de lui seul qu’il est écrit que cela », c’est-à-dire, la foi, « lui fut imputé ; c’est encore à cause de nous, à qui cela sera imputé », à qui la foi sera imputée à justice, tiendra lieu d’une obéissance parfaite, pour que nous soyons acceptés de Dieu, « à nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus notre Seigneur, lequel a été livré » à la mort « pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification » (Romains 4:23–25) : pour l’assurance de la rémission de nos péchés, et d’une seconde vie à venir, pour ceux qui croient.

9. Que dit donc l’alliance du pardon, de l’amour immérité, de la miséricorde qui pardonne ? « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé. » Le jour où tu crois, tu vivras certainement. Tu seras rétabli dans la faveur de Dieu, et dans sa faveur est la vie. Tu seras délivré de la malédiction et de la colère de Dieu. Tu seras vivifié, et passeras de la mort du péché à la vie de la justice. Et si tu persévères jusqu’à la fin, croyant en Jésus, tu ne goûteras jamais la seconde mort ; mais, ayant souffert avec ton Seigneur, tu vivras aussi et régneras avec lui aux siècles des siècles.

10. Or, « cette parole est près de toi ». Cette condition de vie est simple, facile, toujours à portée de la main. « Elle est dans ta bouche et dans ton cœur », par l’opération de l’Esprit de Dieu. Au moment même où « tu crois dans ton cœur » en celui que Dieu « a ressuscité des morts », et où « tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus » comme ton Seigneur et ton Dieu, « tu seras sauvé » de la condamnation, de la culpabilité et du châtiment de tes péchés passés, et tu auras le pouvoir de servir Dieu dans une vraie sainteté tous les jours qui te restent à vivre.

11. Quelle est donc la différence entre « la justice qui vient de la loi » et « la justice qui vient de la foi » ? — entre la première alliance, ou l’alliance des œuvres, et la seconde, l’alliance de grâce ? La différence essentielle et immuable est celle-ci : l’une suppose que celui à qui elle est donnée est déjà saint et heureux, créé à l’image de Dieu et jouissant de sa faveur, et elle prescrit la condition à laquelle il peut y demeurer, dans l’amour et la joie, la vie et l’immortalité ; l’autre suppose que celui à qui elle est donnée est maintenant impie et malheureux, privé de la glorieuse image de Dieu, ayant sur lui la colère de Dieu, et se hâtant, par le péché qui a donné la mort à son âme, vers la mort du corps et la mort éternelle ; et à l’homme qui est dans cet état, elle prescrit la condition à laquelle il peut regagner la perle qu’il a perdue, recouvrer la faveur et l’image de Dieu, retrouver la vie de Dieu dans son âme, et être rétabli dans la connaissance et l’amour de Dieu, ce qui est le commencement de la vie éternelle.

12. De plus : l’alliance des œuvres, pour que l’homme demeurât dans la faveur de Dieu, dans sa connaissance et son amour, dans la sainteté et le bonheur, exigeait de l’homme parfait une obéissance parfaite et ininterrompue à chaque point de la loi de Dieu. Au lieu que l’alliance de grâce, pour que l’homme recouvre la faveur et la vie de Dieu, n’exige que la foi : une foi vivante en celui qui, par Dieu, justifie celui qui n’a pas obéi.

13. De plus encore : l’alliance des œuvres exigeait d’Adam et de tous ses enfants qu’ils payassent eux-mêmes le prix moyennant lequel ils devaient recevoir toutes les bénédictions futures de Dieu. Mais, dans l’alliance de grâce, voyant que nous n’avons rien pour payer, Dieu « nous remet tout gratuitement », pourvu seulement que nous croyions en celui qui a payé le prix pour nous, qui s’est donné lui-même comme « victime expiatoire pour nos péchés, pour ceux du monde entier ».

14. Ainsi la première alliance exigeait ce qui est maintenant loin de tous les enfants des hommes, à savoir une obéissance sans péché, laquelle est loin de ceux qui sont « conçus et nés dans le péché ». Au lieu que la seconde exige ce qui est tout près ; comme si elle disait : « Tu es péché ! Dieu est amour ! Par le péché tu es privé de la gloire de Dieu ; et pourtant il y a miséricorde auprès de lui. Apporte donc tous tes péchés au Dieu qui pardonne, et ils s’évanouiront comme une nuée. Si tu n’étais pas impie, il n’y aurait pas lieu pour lui de te justifier comme impie. Mais maintenant approche-toi, dans la pleine assurance de la foi. Il parle, et la chose arrive. Ne crains pas, crois seulement ; car le Dieu juste lui-même justifie tous ceux qui croient en Jésus. »

II. 1. Ces choses étant considérées, il serait aisé de montrer, comme je me suis proposé de le faire en second lieu, la folie qu’il y a à se confier en « la justice qui vient de la loi », et la sagesse qu’il y a à se soumettre à « la justice qui vient de la foi ».

La folie de ceux qui se confient encore en « la justice qui vient de la loi », dont les termes sont : « fais cela, et tu vivras », peut amplement se voir par ceci : ils partent mal ; leur tout premier pas est une erreur fondamentale. Car, avant de pouvoir jamais songer à réclamer quelque bénédiction aux termes de cette alliance, il leur faut se supposer dans l’état de celui avec qui cette alliance fut faite. Mais combien cette supposition est vaine, puisqu’elle fut faite avec Adam dans l’état d’innocence ! Combien faible doit donc être tout l’édifice qui repose sur un tel fondement ! Et combien insensés sont ceux qui bâtissent ainsi sur le sable ! qui semblent n’avoir jamais considéré que l’alliance des œuvres ne fut pas donnée à l’homme lorsqu’il était « mort par ses offenses et par ses péchés », mais lorsqu’il était vivant pour Dieu, lorsqu’il ne connaissait aucun péché, mais était saint comme Dieu est saint ; qui oublient qu’elle ne fut jamais destinée au recouvrement de la faveur et de la vie de Dieu une fois perdues, mais seulement à leur maintien et à leur accroissement, jusqu’à ce qu’elles fussent consommées dans la vie éternelle.

2. Ceux qui cherchent ainsi à établir leur « propre justice, celle qui vient de la loi », ne considèrent pas non plus quelle sorte d’obéissance ou de justice la loi exige indispensablement. Il faut qu’elle soit parfaite et entière en chaque point, ou elle ne répond pas à l’exigence de la loi. Mais lequel d’entre vous est capable de rendre une telle obéissance, ou, par conséquent, de vivre par elle ? Qui d’entre vous accomplit chaque iota et chaque trait de lettre, ne serait-ce que des commandements extérieurs de Dieu ? ne faisant rien, ni de grand ni de petit, que Dieu défende ? ne laissant rien d’inaccompli de ce qu’il ordonne ? ne prononçant aucune parole vaine ? votre conversation étant toujours telle qu’elle « communique une grâce à ceux qui l’entendent » ? et, « soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faisant tout pour la gloire de Dieu » ? Et combien moins êtes-vous capables d’accomplir tous les commandements intérieurs de Dieu ! ceux qui exigent que chaque disposition et chaque mouvement de votre âme soit sainteté à l’Éternel ! Êtes-vous capables d’« aimer Dieu de tout votre cœur » ? d’aimer tous les hommes comme votre propre âme ? de « prier sans cesse ? de rendre grâces en toutes choses ? » d’avoir toujours Dieu devant vous ? et de tenir chaque affection, chaque désir et chaque pensée dans l’obéissance à sa loi ?

3. Vous devriez considérer en outre que la justice de la loi exige non seulement l’observation de chaque commandement de Dieu, négatif et positif, intérieur et extérieur, mais encore son observation au degré parfait. En toute circonstance quelle qu’elle soit, la voix de la loi est : « Tu serviras le Seigneur ton Dieu de toute ta force. » Elle n’admet aucune atténuation, de quelque sorte que ce soit ; elle n’excuse aucun manquement ; elle condamne toute insuffisance par rapport à la pleine mesure de l’obéissance, et prononce aussitôt la malédiction sur le transgresseur ; elle n’a égard qu’aux règles invariables de la justice, et dit : « Je ne sais pas faire miséricorde. »

4. Qui donc peut comparaître devant un tel Juge, qui est « prompt à relever tout ce qui est mal fait » ? Combien faibles sont ceux qui désirent être jugés au tribunal où « nulle chair vivante ne peut être justifiée » ! — aucun des descendants d’Adam. Car, supposé que nous gardions maintenant chaque commandement de toute notre force, une seule transgression, quelle qu’elle soit et à quelque moment qu’elle ait eu lieu, détruit entièrement tout notre droit à la vie. Si nous avons jamais péché en un seul point, c’en est fait de cette justice. Car la loi condamne tous ceux qui ne rendent pas une obéissance ininterrompue aussi bien que parfaite. De sorte que, selon la sentence de cette loi, pour celui qui a péché une seule fois, à quelque degré que ce soit, il ne reste plus qu’« une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles » à Dieu.

5. N’est-ce donc pas le comble de la folie, pour l’homme déchu, que de chercher la vie par cette justice ? pour l’homme, qui a été « formé dans l’iniquité, et que sa mère a conçu dans le péché » ? l’homme, qui est par nature tout « terrestre, charnel, diabolique » ; « entièrement corrompu et abominable » ; en qui, jusqu’à ce qu’il trouve grâce, « n’habite rien de bon » ; bien plus, qui ne peut de lui-même concevoir une seule bonne pensée ; qui n’est en vérité que péché, une pure masse d’impiété, et qui commet le péché à chaque souffle qu’il respire ; dont les transgressions effectives, en paroles et en actes, sont plus nombreuses que les cheveux de sa tête ? Quelle stupidité, quelle déraison ne faut-il pas pour qu’un ver aussi impur, aussi coupable, aussi impuissant que celui-là, songe à chercher son acceptation par sa propre justice, à vivre par « la justice qui vient de la loi » !

6. Or, toutes les considérations qui prouvent la folie qu’il y a à se confier en « la justice qui vient de la loi » prouvent également la sagesse qu’il y a à se soumettre à « la justice qui vient de Dieu par la foi ». Il serait facile de le montrer à l’égard de chacune des considérations qui précèdent. Mais, pour laisser cela de côté, la sagesse du premier pas qui y conduit, qui est de renoncer à notre propre justice, ressort clairement de ceci : c’est agir selon la vérité, selon la nature réelle des choses. Car, qu’est-ce autre chose que de reconnaître, du cœur aussi bien que des lèvres, l’état véritable où nous sommes ? de reconnaître que nous apportons avec nous dans le monde une nature corrompue et pécheresse, plus corrompue, à la vérité, que nous ne pouvons aisément le concevoir ou trouver de mots pour l’exprimer ? que par là nous sommes enclins à tout ce qui est mal, et opposés à tout ce qui est bien ; que nous sommes pleins d’orgueil, de volonté propre, de passions déréglées, de désirs insensés, d’affections viles et désordonnées ; amis du monde, amis des plaisirs plutôt qu’amis de Dieu ? que notre vie n’a pas été meilleure que notre cœur, mais impie et profane de bien des manières, tellement que nos péchés effectifs, en paroles comme en actes, ont été nombreux comme les étoiles du ciel ? qu’à tous ces égards nous déplaisons à celui qui a les yeux trop purs pour voir l’iniquité, et que nous ne méritons de lui que l’indignation, la colère et la mort, le juste salaire du péché ? que nous ne pouvons, par aucune de nos justices (car, en vérité, nous n’en avons aucune), ni par aucune de nos œuvres (car elles sont comme l’arbre sur lequel elles croissent), apaiser la colère de Dieu, ni détourner le châtiment que nous avons justement mérité ; bien plus, que, laissés à nous-mêmes, nous ne ferons qu’empirer de plus en plus, nous enfoncer toujours plus avant dans le péché, offenser Dieu de plus en plus, tant par nos mauvaises œuvres que par les mauvaises dispositions de notre esprit charnel, jusqu’à ce que nous comblions la mesure de nos iniquités et attirions sur nous une prompte ruine ? Et n’est-ce pas là l’état même où nous sommes par nature ? Reconnaître cela, donc, du cœur et des lèvres, c’est-à-dire renoncer à notre propre justice, à « la justice qui vient de la loi », c’est agir selon la nature réelle des choses, et par conséquent c’est faire preuve d’une vraie sagesse.

7. La sagesse qu’il y a à se soumettre à « la justice de la foi » ressort encore de cette considération, que c’est la justice de Dieu : j’entends ici que c’est ce moyen de réconciliation avec Dieu qui a été choisi et établi par Dieu lui-même, non seulement en tant qu’il est le Dieu de sagesse, mais en tant qu’il est le souverain Seigneur du ciel et de la terre et de toute créature qu’il a faite. Or, de même qu’il ne convient pas à l’homme de dire à Dieu : « Que fais-tu? » — de même que nul, à moins d’être entièrement dépourvu d’intelligence, ne contestera avec un plus puissant que lui, avec celui dont le règne domine sur toutes choses, — ainsi c’est une vraie sagesse, c’est la marque d’une saine intelligence, que d’acquiescer à tout ce qu’il a choisi ; de dire en ceci, comme en toutes choses : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui lui semblera bon. »

8. On peut considérer en outre que c’est par pure grâce, par un amour gratuit, par une miséricorde imméritée, que Dieu a daigné accorder à l’homme pécheur un moyen quelconque de se réconcilier avec lui, et que nous n’avons pas été retranchés de sa main et entièrement effacés de son souvenir. C’est pourquoi, quel que soit le moyen qu’il lui plaise d’établir, dans sa tendre miséricorde, dans sa bonté imméritée, pour que ses ennemis, qui se sont si profondément révoltés contre lui, qui se sont rebellés contre lui si longtemps et avec tant d’obstination, puissent encore trouver grâce à ses yeux, c’est sans aucun doute notre sagesse de l’accepter avec une entière reconnaissance.

9. Pour ne mentionner qu’une considération de plus : c’est sagesse que de viser à la meilleure fin par les meilleurs moyens. Or, la meilleure fin que puisse poursuivre une créature, c’est le bonheur en Dieu. Et la meilleure fin que puisse poursuivre une créature déchue, c’est le recouvrement de la faveur et de l’image de Dieu. Mais le meilleur, et à vrai dire le seul moyen donné aux hommes sous le ciel, par lequel l’homme puisse regagner la faveur de Dieu, qui vaut mieux que la vie elle-même, ou l’image de Dieu, qui est la vraie vie de l’âme, c’est de se soumettre à « la justice qui vient de la foi », c’est de croire au Fils unique de Dieu.

III. 1. Qui que tu sois donc, toi qui désires être pardonné et réconcilié avec Dieu et rentrer dans sa faveur, ne dis pas en ton cœur : « Il faut que je fasse d’abord ceci ; il faut d’abord que je triomphe de tout péché, que je renonce à toute parole et à toute œuvre mauvaise, et que je fasse toute sorte de bien à tous les hommes ; ou bien, il faut d’abord que j’aille à l’église, que je reçoive la sainte cène, que j’entende plus de sermons et que je dise plus de prières. » Hélas, mon frère ! tu t’es entièrement écarté du chemin. Tu es encore « ignorant de la justice de Dieu », et tu « cherches à établir ta propre justice » comme fondement de ta réconciliation. Ne sais-tu pas que tu ne peux rien faire que pécher, jusqu’à ce que tu sois réconcilié avec Dieu ? Pourquoi donc dis-tu : « Il faut que je fasse ceci et cela d’abord, et ensuite je croirai » ? Non, mais crois d’abord ! Crois au Seigneur Jésus-Christ, la victime expiatoire pour tes péchés. Que ce bon fondement soit posé d’abord, et alors tu feras bien toutes choses.

2. Ne dis pas non plus en ton cœur : « Je ne puis encore être accepté, parce que je ne suis pas assez bon. » Qui est assez bon — qui le fut jamais — pour mériter d’être accepté des mains de Dieu ? Un seul enfant d’Adam fut-il jamais assez bon pour cela ? ou le sera-t-il jusqu’à la consommation de toutes choses ? Et quant à toi, tu n’es pas bon du tout : il n’habite rien de bon en toi. Et tu ne le seras jamais, tant que tu ne croiras pas en Jésus. Tu te trouveras plutôt de pire en pire. Mais est-il besoin d’être pire pour être accepté ? N’es-tu pas déjà assez mauvais ? Assurément tu l’es, et Dieu le sait. Et toi-même tu ne peux le nier. Alors ne tarde pas. Tout est prêt maintenant. « Lève-toi, et sois lavé de tes péchés. » La source est ouverte. C’est maintenant le temps de te laver et de te blanchir dans le sang de l’Agneau. Maintenant il te « purifiera » comme « avec l’hysope », et tu « seras pur » ; il te « lavera », et tu « seras plus blanc que la neige ».

3. Ne dis pas : « Mais je ne suis pas assez contrit ; je ne suis pas assez sensible à mes péchés. » Je le sais. Plût à Dieu que tu y fusses plus sensible, et mille fois plus contrit que tu ne l’es ! Mais n’attends pas cela. Peut-être Dieu te rendra-t-il tel, non pas avant que tu croies, mais en croyant. Peut-être ne pleureras-tu guère jusqu’à ce que tu aimes beaucoup, parce qu’il t’aura été beaucoup pardonné. En attendant, regarde à Jésus. Vois combien il t’aime ! Qu’aurait-il pu faire de plus pour toi, qu’il n’ait pas fait ?

Ô Agneau de Dieu, fut-il jamais douleur,

Fut-il jamais amour pareil au tien ?

Regarde-le avec constance, jusqu’à ce qu’il te regarde et brise ton cœur endurci. Alors ta « tête » sera « remplie d’eau », et tes « yeux » seront « une source de larmes ».

4. Ne dis pas non plus : « Il faut que je fasse quelque chose de plus avant de venir à Christ. » J’accorde que, supposé que ton Seigneur tardât à venir, il serait convenable et juste d’attendre son apparition en faisant, autant que tu en as le pouvoir, tout ce qu’il t’a commandé. Mais il n’y a aucune nécessité de faire une telle supposition. Comment sais-tu qu’il tardera ? Peut-être apparaîtra-t-il, comme le soleil levant d’en haut, avant la lumière du matin. Oh ! ne lui fixe pas de temps ! Attends-le à toute heure. Maintenant il est proche ! il est même à la porte !

5. Et dans quel but voudrais-tu attendre plus de sincérité, avant que tes péchés soient effacés ? pour te rendre plus digne de la grâce de Dieu ? Hélas, tu es encore en train d’« établir ta propre justice ». Il fera miséricorde, non parce que tu en es digne, mais parce que ses compassions ne sont pas à leur terme ; non parce que tu es juste, mais parce que Jésus-Christ a fait l’expiation de tes péchés.

De plus, s’il y a quelque chose de bon dans la sincérité, pourquoi l’attends-tu avant d’avoir la foi ? — puisque la foi elle-même est la seule racine de tout ce qui est réellement bon et saint.

Surtout, combien de temps oublieras-tu que tout ce que tu fais, ou tout ce que tu as, avant que tes péchés te soient pardonnés, ne sert de rien devant Dieu pour t’obtenir ce pardon ? bien plus, qu’il faut que tout cela soit jeté derrière ton dos, foulé aux pieds, compté pour rien, sans quoi tu ne trouveras jamais grâce aux yeux de Dieu ; parce que, jusque-là, tu ne peux la demander comme un simple pécheur, coupable, perdu, ruiné, n’ayant rien à alléguer, rien à offrir à Dieu, sinon les seuls mérites de son Fils bien-aimé, « qui t’a aimé, toi, et qui s’est livré lui-même pour toi ! »

6. Pour conclure. Qui que tu sois, ô homme, qui as en toi-même la sentence de mort, qui te sens un pécheur condamné, et qui as sur toi la colère de Dieu : c’est à toi que le Seigneur dit, non pas : « Fais cela » — obéis parfaitement à tous mes commandements — « et tu vivras » ; mais : « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé. » « La parole de la foi est près de toi » : maintenant, à cet instant, au moment présent, et dans ton état présent, pécheur comme tu l’es, tel que tu es, crois à l’Évangile ; et « je ferai grâce à ton injustice, et je ne me souviendrai plus de tes iniquités ».

Page 1 / 1 · 28 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant