Chapitre 78 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute
Le culte spirituel
Sermon 77
Le culte spirituel
« C’est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. »
1 Jean 5:20.
1. Dans cette épître, saint Jean ne s’adresse à aucune Église particulière, mais à tous les chrétiens de ce temps-là ; quoique plus spécialement à ceux parmi lesquels il résidait alors. Et en eux il parle à toute l’Église chrétienne de tous les siècles suivants.
2. Dans cette lettre, ou plutôt ce traité (car il était présent avec ceux à qui il était plus immédiatement adressé, ne pouvant probablement plus leur prêcher à cause de son extrême vieillesse), il ne traite pas directement de la foi, comme l’avait fait saint Paul ; ni de la sainteté intérieure et extérieure, dont saint Paul, saint Jacques et saint Pierre avaient parlé ; mais du fondement de tout, — l’heureuse et sainte communion que les fidèles ont avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
3. Dans le préambule, il décrit l’autorité en vertu de laquelle il écrivait et parlait (1 Jean 1:1–4), et indique expressément le dessein de son présent écrit. Au préambule répond exactement la conclusion de l’épître, qui explique plus amplement le même dessein, et récapitule les marques de notre communion avec Dieu par ce « nous savons » trois fois répété (1 Jean 5:18–20).
4. Le traité lui-même traite, premièrement, séparément, de la communion avec le Père (1 Jean 1:5–10) ; de la communion avec le Fils (1 Jean 2 et 3) ; de la communion avec l’Esprit (1 Jean 4).
Secondement, conjointement, du témoignage du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; sur lequel sont fondés la foi en Christ, la naissance de Dieu, l’amour pour Dieu et pour ses enfants, l’observation de ses commandements et la victoire sur le monde (1 Jean 5:1–12).
5. La récapitulation commence (1 Jean 5:18) : « Nous savons que quiconque est né de Dieu », qui voit et aime Dieu, « ne pèche point », aussi longtemps que cette foi aimante demeure en lui. « Nous savons que nous sommes de Dieu » ; enfants de Dieu, par le témoignage et par le fruit de l’Esprit ; « et que le monde entier », tous ceux qui n’ont pas l’Esprit, « est plongé dans le malin ». Ils sont, ils vivent et ils demeurent en lui, comme les enfants de Dieu dans le Saint. « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu’il nous a donné » une « intelligence » spirituelle, « pour connaître le Véritable », le témoin fidèle et véritable. « et nous sommes dans le Véritable », comme les sarments dans le cep. « C’est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. »
En considérant ces importantes paroles, nous pouvons rechercher :
I. Comment il est le Dieu véritable ?
II. Comment il est la vie éternelle ? Je vais ensuite,
III. Ajouter quelques conséquences.
I. 1. Et d’abord, nous pouvons rechercher comment il est le Dieu véritable. Il est « au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement ». « Il était avec Dieu », avec Dieu le Père, « dès le commencement », de toute éternité, « et il était Dieu. Lui et le Père sont un » ; et par conséquent « il n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu ». Aussi les écrivains inspirés lui donnent-ils tous les titres du Dieu très-haut. Ils l’appellent maintes et maintes fois du nom incommunicable de JÉHOVAH, — qui n’est jamais donné à aucune créature. Ils lui attribuent tous les attributs et toutes les œuvres de Dieu. De sorte que nous n’avons pas à hésiter à le proclamer « Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu : égal au Père en gloire, coéternel en majesté ».
2. Il est le Dieu véritable, la seule cause, l’unique Créateur de toutes choses. « en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, » dit l’apôtre Paul, — oui, la terre et les cieux eux-mêmes ; mais les habitants sont nommés, parce qu’ils sont plus nobles que la maison, — « les visibles et les invisibles ». Les diverses espèces en sont énumérées ensuite : « trônes, dignités, dominations, autorités ». De même saint Jean : « Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. » Et, en conséquence, saint Paul lui applique ces fortes paroles du psalmiste : « Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre, Et les cieux sont l’ouvrage de tes mains. »
3 . Et, comme Dieu véritable, il est aussi le soutien de toutes les choses qu’il a faites. Il porte, il soutient, il maintient toutes les choses créées par sa parole puissante, par la même parole puissante qui les a tirées du néant. Comme cela était absolument nécessaire pour le commencement de leur existence, cela l’est également pour sa continuation : si son influence toute-puissante se retirait, elles ne pourraient subsister un instant de plus. Tenez une pierre en l’air ; au moment où vous retirez la main, elle tombe naturellement à terre. De même, s’il retirait sa main un instant, la création retomberait dans le néant.
4. Comme Dieu véritable, il est aussi le conservateur de toutes choses. Non seulement il les maintient dans l’être, mais il les conserve dans ce degré de bien-être qui convient à leurs diverses natures. Il les conserve dans leurs diverses relations, leurs connexions et leurs dépendances, de manière à composer un seul système d’êtres, à former un seul univers complet, d’après le conseil de sa volonté. Avec quelle force et quelle beauté cela est exprimé : Ta panta en autoi synesteke. Par qui toutes choses subsistent : ou, plus littéralement, par lui et en lui toutes choses sont assemblées en un seul système. Il n’est pas seulement le soutien, mais aussi le ciment de l’univers entier.
5. Je voudrais remarquer particulièrement (ce qui n’a peut-être pas été suffisamment observé) qu’il est le véritable auteur de tout le mouvement qui est dans l’univers. Aux esprits, il est vrai, il a donné un faible degré de puissance de se mouvoir eux-mêmes, mais non à la matière. Toute matière, de quelque sorte qu’elle soit, est absolument et totalement inerte. Elle ne se meut pas, ne peut en aucun cas se mouvoir elle-même ; et chaque fois qu’une partie en paraît se mouvoir, elle est en réalité mue par quelque autre chose. Voyez cette bûche qui, pour parler comme le vulgaire, se meut sur la mer ! Elle est en réalité mue par l’eau. L’eau est mue par le vent, c’est-à-dire par un courant d’air. Et l’air lui-même doit tout son mouvement au feu éthéré, dont une particule est attachée à chacune de ses particules. Privez-le de ce feu, et il ne se meut plus ; il est fixé : il est aussi inerte que le sable. Ôtez à l’eau sa fluidité (qu’elle doit au feu éthéré qui s’y mêle), et elle n’a pas plus de mouvement que la bûche. Faites pénétrer le feu dans le fer en le martelant quand il est rouge, et il n’a pas plus de mouvement que l’air fixe ou l’eau gelée. Mais quand le feu n’est pas fixé, quand il est dans son état le plus actif, qu’est-ce qui donne le mouvement au feu ? Les païens mêmes vous le diront. C’est
Totam
Mens agitans molem, et magno se corpore miscens.
[L’âme universelle
Vit dans les parties, et meut le tout. — Éd.]
6. Poussons cela un peu plus loin : nous disons que la lune se meut autour de la terre ; que la terre et les autres planètes se meuvent autour du soleil ; que le soleil se meut autour de son propre axe. Mais ce ne sont là que des expressions vulgaires : car, à dire vrai, ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles ne se meuvent. Aucun de ces astres ne se meut lui-même : ils sont tous mus à chaque instant par la main toute-puissante qui les a faits.
« Oui, dit Sir Isaac [Newton], le soleil, la lune et tous les corps célestes se meuvent en effet, gravitent les uns vers les autres. » Gravitent. Qu’est-ce que cela ? « Eh bien, ils s’attirent tous les uns les autres, en proportion de la quantité de matière qu’ils contiennent. » « Non-sens d’un bout à l’autre, dit M. Hutchinson ; jargon, contradiction ! Une chose peut-elle agir là où elle n’est pas ? Non ; ils sont continuellement poussés les uns vers les autres. » Poussés ! par quoi ? « Par la matière subtile, l’éther, ou le feu électrique. » Mais souvenez-vous-en ! si subtile qu’elle soit, c’est encore de la matière : par conséquent, elle est en elle-même aussi inerte que le sable ou le marbre. Elle ne peut donc se mouvoir elle-même ; mais elle est probablement le premier moteur matériel, le grand ressort par lequel il plaît au Créateur et au Conservateur de toutes choses de mouvoir l’univers.
7. Le Dieu véritable est aussi le Rédempteur de tous les enfants des hommes. Il plut au Père de faire retomber sur lui l’iniquité de nous tous, afin que, par l’unique oblation de lui-même, offerte une fois, lorsqu’il goûta la mort pour tous les hommes, il fît un sacrifice, une oblation et une satisfaction pleine et suffisante pour les péchés du monde entier.
8. Encore : le Dieu véritable est le Gouverneur de toutes choses : « son règne domine sur toutes choses ». La domination repose sur son épaule, dans tous les siècles. Il est le Seigneur et le Dispensateur de toute la création, et de chacune de ses parties. Et de quelle manière étonnante il gouverne le monde ! Combien ses voies sont au-dessus de la pensée humaine ! Combien peu nous connaissons ses méthodes de gouvernement ! Nous savons seulement ceci : Ita praesides singulis sicut universis, et universis sicut singulis ! « Tu présides à chaque créature comme si elle était l’univers, et à l’univers comme à chaque créature en particulier. » Arrêtez-vous un peu sur cette pensée : quel glorieux mystère elle renferme ! Elle est paraphrasée dans les vers cités plus haut :
PÈRE, que ta gloire brille au loin !
Seigneur de l’univers, et le mien :
Ta bonté veille sur le tout,
Comme si le monde n’était qu’une âme ;
Et garde pourtant chacun de mes cheveux sacrés,
Comme si j’étais ton unique souci !
9. Et pourtant il y a une différence, comme il a été dit plus haut, dans son gouvernement providentiel des enfants des hommes. Un pieux écrivain observe qu’il y a un triple cercle de la providence divine. Le cercle extérieur comprend tous les fils des hommes : païens, mahométans, juifs et chrétiens. Il fait lever son soleil sur tous. Il leur dispense les pluies et les saisons fertiles. Il répand sur eux dix mille bienfaits, et remplit leurs cœurs de nourriture et de joie. D’un cercle intérieur il entoure toute l’Église chrétienne visible, tous ceux qui prononcent le nom de Christ. Il a pour eux un égard de plus, et une attention plus proche à leur bien-être. Mais le cercle le plus intime de sa providence n’enferme que l’Église invisible de Christ : tous les vrais chrétiens, dispersés en tous les coins de la terre ; tous ceux qui adorent Dieu (de quelque dénomination qu’ils soient) en esprit et en vérité. Il les garde comme la prunelle de l’œil : il les cache à l’ombre de ses ailes. Et c’est à eux en particulier que notre Seigneur dit : « même les cheveux de votre tête sont tous comptés. »
10. Enfin, étant le Dieu véritable, il est la fin de toutes choses ; selon cette déclaration solennelle de l’apôtre (Romains 11:36) : « C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. » De lui, comme Créateur, — par lui, comme Soutien et Conservateur ; et pour lui, comme fin dernière de tout.
II. En tous ces sens, Jésus-Christ est le Dieu véritable. Mais comment est-il la vie éternelle ?
1. Ce que cette expression veut dire directement, ce n’est pas qu’il sera la vie éternelle : bien que ce soit là une vérité grande et importante, et qu’il ne faille jamais oublier. « Il est l’auteur d’un salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. » C’est lui qui a acquis cette « couronne de vie » qui sera donnée à tous ceux qui sont « fidèles jusqu’à la mort » ; et il sera l’âme de toutes les joies de tous les saints dans la gloire.
La flamme de l’amour des anges
S’allume à la face de Jésus ;
Et toute la joie des cieux
Est dans ce regard ravi !
2. Ce qui est directement visé n’est pas qu’il est la résurrection ; bien que cela aussi soit vrai, selon sa propre déclaration : « Je suis la résurrection et la vie. » À quoi s’accordent ces paroles de saint Paul : « comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ. » De sorte que nous pouvons bien dire : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui,… nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir. »
3. Mais, laissant de côté ce qu’il sera plus tard, nous sommes appelés ici à considérer ce qu’il est maintenant. Il est maintenant la vie de tout ce qui vit, en quelque genre ou à quelque degré que ce soit. Il est la source de l’espèce de vie la plus basse, celle des végétaux, puisqu’il est la source de tout le mouvement dont dépend la végétation. Il est la fontaine de la vie des animaux ; la puissance par laquelle le cœur bat et les humeurs circulent. Il est la fontaine de toute la vie que l’homme possède en commun avec les autres animaux. Et si nous distinguons la vie raisonnable de la vie animale, il en est aussi la source.
4. Mais combien tout cela reste infiniment au-dessous de la vie qui est ici directement visée, et dont l’apôtre parle si explicitement dans les versets précédents (1 Jean 5:11, 12) : « voici ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie; » — la vie éternelle dont il est ici parlé, — « celui qui n’a pas le Fils » de Dieu « n’a pas » cette « vie ». Comme s’il avait dit : « Voici la somme du témoignage que Dieu a rendu à son Fils : c’est que Dieu nous a donné, non seulement un titre à la vie éternelle, mais son commencement réel : et cette vie est acquise par son Fils et déposée en lui ; lui qui a en lui-même toutes les sources et toute la plénitude de cette vie, pour la communiquer à son corps, l’Église. »
5. Cette vie éternelle commence donc quand il plaît au Père de révéler son Fils dans nos cœurs ; quand nous connaissons Christ pour la première fois, étant rendus capables de « l’appeler Seigneur par le Saint-Esprit » ; quand nous pouvons rendre ce témoignage, notre conscience nous rendant témoignage par le Saint-Esprit : « La vie que je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Et c’est alors que commence le bonheur ; un bonheur réel, solide, substantiel. C’est alors que le ciel s’ouvre dans l’âme, que commence l’état proprement céleste, tandis que l’amour de Dieu, comme nous aimant, est répandu dans le cœur, y produisant aussitôt l’amour pour tout le genre humain ; une bienveillance universelle et pure, avec ses fruits authentiques : l’humilité, la douceur, la patience, le contentement en tout état ; un acquiescement entier, clair et plein à toute la volonté de Dieu ; nous rendant capables d’« être toujours joyeux, et de rendre grâces en toutes choses ».
6. À mesure que croissent notre connaissance et notre amour de lui, par les mêmes degrés et dans la même proportion, le royaume d’un ciel intérieur doit nécessairement croître aussi ; tandis que nous « croissons à tous égards en celui qui est notre chef ». Et quand nous sommes en autoi peplerOmenoi, complets en lui, comme le rendent nos traducteurs, mais plus proprement quand nous sommes remplis de lui ; quand « Christ en nous, l’espérance de la gloire », est notre Dieu et notre tout ; quand il a pris pleine possession de notre cœur ; quand il y règne sans rival, Seigneur de chacun de ses mouvements ; quand nous demeurons en Christ, et Christ en nous, que nous sommes un avec Christ, et Christ avec nous ; alors nous sommes parfaitement heureux ; alors nous vivons « toute la vie qui est cachée avec Christ en Dieu » ; alors, et pas avant, nous éprouvons proprement ce que signifie cette parole : « Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »
III. Il ne me reste qu’à ajouter quelques conséquences des observations qui précèdent.
1. Et nous pouvons en apprendre, premièrement, que, comme il n’y a qu’un seul Dieu en haut dans le ciel et en bas sur la terre, de même il n’y a qu’un seul bonheur pour les esprits créés, soit au ciel, soit sur la terre. Ce Dieu unique a fait notre cœur pour lui-même ; et il ne peut trouver de repos qu’il ne repose en lui. Il est vrai que, tandis que nous sommes dans la vigueur de la jeunesse et de la santé, tandis que notre sang danse dans nos veines, tandis que le monde nous sourit et que nous avons toutes les commodités, oui, et le superflu de la vie, nous faisons souvent d’agréables rêves, et nous jouissons d’une sorte de bonheur. Mais il ne peut durer ; il s’enfuit comme une ombre ; et, même tant qu’il dure, il n’est ni solide ni substantiel ; il ne satisfait pas l’âme. Nous aspirons encore après quelque chose d’autre, quelque chose que nous n’avons pas. Donnez à un homme tout ce que ce monde peut donner, encore, comme Horace l’observait il y a près de deux mille ans, —
Curtae nescio quid semper abest rei.
Encore, —
Au sein de l’abondance, quelque chose encore,
À moi, à toi, à lui, fait défaut !
Ce quelque chose n’est ni plus ni moins que la connaissance et l’amour de Dieu ; sans lesquels aucun esprit ne peut être heureux, ni au ciel ni sur la terre.
2. Permettez-moi de rapporter ma propre expérience à l’appui de ceci : — je me souviens distinctement que, dès mon enfance, quand j’étais encore à l’école, j’ai souvent dit : « On dit que la vie d’un écolier est la plus heureuse du monde ; mais je suis sûr que je ne suis pas heureux ; car je ne suis pas content, et ainsi je ne puis être heureux. » Quand j’eus vécu quelques années de plus, étant dans la vigueur de la jeunesse, étranger à la douleur et à la maladie, et particulièrement à l’abattement (que je ne me souviens pas d’avoir ressenti un quart d’heure depuis que je suis né) ; ayant abondance de toutes choses, au milieu d’amis sensés et aimables qui m’aimaient et que j’aimais ; et me trouvant dans le genre de vie qui, de tous, convenait le mieux à mes inclinations ; je n’étais pourtant pas heureux. Je me demandais pourquoi je ne l’étais pas, et je ne pouvais imaginer quelle en était la raison. La raison était certainement que je ne connaissais pas Dieu, la source du bonheur présent aussi bien que du bonheur éternel. Ce qui prouve clairement que je n’étais pas heureux alors, c’est que, à la réflexion la plus calme, je ne connaissais pas une seule semaine que j’eusse jugé valoir la peine de revivre ; en la prenant avec toutes ses sensations intérieures et extérieures, sans aucun changement.
3. Mais un homme pieux affirme : « Quand j’étais jeune, j’étais heureux ; bien que je fusse entièrement sans Dieu dans le monde. » Je ne vous crois pas ; bien que je ne doute pas que vous ne vous croyiez vous-même. Mais vous vous trompez, comme je me suis trompé maintes et maintes fois. Telle est la condition de la vie humaine !
Des fleurettes, des myrtes parfumés semblent éclore :
Tout est beau de loin ; mais, de près,
La riante illusion se joue des yeux qui désirent
Par des épines, une lande déserte et un sable stérile.
Regardez devant vous quelque perspective lointaine : comme elle paraît belle ! Approchez-vous-en ; et la beauté s’évanouit, et elle est rude et désagréable. Ainsi en est-il de la vie. Mais quand la scène est passée, elle reprend son ancienne apparence ; et nous croyons sérieusement que nous étions alors très heureux, alors qu’en réalité nous étions loin de l’être. Car, comme personne ne l’est maintenant, personne ne le fut jamais, heureux, sans la connaissance aimante du vrai Dieu.
4. Nous pouvons en apprendre, secondement, que cette heureuse connaissance du vrai Dieu n’est qu’un autre nom de la religion ; j’entends la religion chrétienne, qui, à la vérité, est la seule qui mérite ce nom. La religion, quant à sa nature ou à son essence, ne consiste pas dans tel ou tel ensemble de notions, ce qu’on appelle vulgairement la foi ; ni dans une suite de devoirs, si soigneusement réformés qu’ils soient de l’erreur et de la superstition. Elle ne consiste en aucun nombre d’actions extérieures. Non : elle consiste proprement et directement dans la connaissance et l’amour de Dieu, tel qu’il s’est manifesté dans le Fils de son amour, par l’Esprit éternel. Et cela conduit naturellement à toute disposition céleste, et à toute bonne parole et toute bonne œuvre.
5. Nous en apprenons, troisièmement, que nul n’est heureux sinon un chrétien ; un vrai chrétien intérieur. Un glouton, un ivrogne, un joueur peut être gai ; mais il ne peut être heureux. Le beau et la belle peuvent manger et boire, et se lever pour se divertir ; mais ils sentent toujours qu’ils ne sont pas heureux. Les hommes ou les femmes peuvent orner leur chère personne de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ils peuvent danser, et chanter, et courir çà et là, et voltiger de côté et d’autre. Ils peuvent rouler en tous sens dans leurs splendides équipages, et se tenir les uns aux autres d’insipides propos. Ils peuvent courir d’un divertissement à un autre : mais le bonheur n’est pas là. Ils « marchent » toujours « dans une ombre vaine, et s’agitent en vain ». Un de leurs propres poètes a prononcé avec vérité, au sujet de toute la vie de ces enfants du plaisir :
C’est une farce insipide, un vain spectacle :
De la poudre, un miroir de poche, et un beau.
Je ne puis m’empêcher de remarquer, au sujet de ce fin écrivain, qu’il approcha du but, et pourtant ne l’atteignit pas. Dans son « Salomon » (l’un des plus nobles poèmes de la langue anglaise), il montre clairement où le bonheur n’est pas ; qu’il ne se trouve ni dans la connaissance de la nature, ni dans la puissance, ni dans les plaisirs des sens ou de l’imagination. Mais il ne montre pas où on peut le trouver. Il ne le pouvait pas ; car il ne le savait pas lui-même. Pourtant il en approcha quand il dit :
Relève, ô grand Père, ton fils instruit ;
Et qu’en mes actes ta grande volonté soit faite !
6. Nous en apprenons, quatrièmement, que tout chrétien est heureux ; et que celui qui n’est pas heureux n’est pas chrétien. Si, comme il a été observé plus haut, la religion est le bonheur, quiconque la possède doit être heureux. Cela ressort de la nature même de la chose : car si la religion et le bonheur sont en fait la même chose, il est impossible qu’un homme possède la première sans posséder aussi le second. Il ne peut avoir la religion sans avoir le bonheur, puisqu’ils sont absolument inséparables.
Et il est également certain, d’autre part, que celui qui n’est pas heureux n’est pas chrétien ; puisque, s’il était un vrai chrétien, il ne pourrait qu’être heureux. Mais j’admets ici une exception en faveur de ceux qui sont sous une violente tentation ; oui, et de ceux qui souffrent de profonds troubles nerveux, qui sont, à la vérité, une espèce de démence. Les nuages et les ténèbres qui accablent alors l’âme suspendent son bonheur ; surtout s’il est permis à Satan de seconder ces troubles en y lançant ses traits enflammés. Mais, ces cas exceptés, l’observation demeure, et il faut bien y prendre garde : quiconque n’est pas heureux, oui, heureux en Dieu, n’est pas chrétien.
7. N’êtes-vous pas une preuve vivante de ceci ? N’errez-vous pas encore çà et là, cherchant du repos sans en trouver ? — poursuivant le bonheur sans jamais l’atteindre ? Et qui peut vous blâmer de le poursuivre ? C’est la fin même de votre être. Le grand Créateur n’a rien fait pour être malheureux, mais il a fait toute créature pour être heureuse en son genre. Et, embrassant d’un regard les œuvres de ses mains, il les déclara toutes très bonnes ; ce qu’elles n’auraient pas été si toute créature intelligente, oui, toute créature capable de plaisir et de douleur, n’avait été heureuse en répondant à la fin de sa création. Si vous êtes maintenant malheureux, c’est que vous êtes dans un état contre nature : et ne soupirerez-vous pas après la délivrance ? « la création tout entière », étant maintenant « soumise à la vanité », « soupire et souffre les douleurs de l’enfantement ». Je vous blâme seulement, ou plutôt je vous plains, de prendre un mauvais chemin vers une bonne fin ; de chercher le bonheur là où il ne fut jamais et ne peut jamais être trouvé. Vous cherchez le bonheur dans vos semblables, les créatures, au lieu de votre Créateur. Mais elles ne peuvent pas plus vous rendre heureux qu’elles ne peuvent vous rendre immortel. Si vous avez des oreilles pour entendre, toute créature crie à haute voix : « Le bonheur n’est pas en moi. » Toutes ces choses sont, en vérité, « des citernes crevassées, Qui ne retiennent pas l’eau ». Oh ! retournez à votre repos ! Tournez-vous vers celui en qui sont cachés tous les trésors du bonheur ! Tournez-vous vers celui « qui donne à tous libéralement » ; et il vous donnera « à boire de l’eau de la vie, gratuitement ».
8. Vous ne pouvez trouver le bonheur si longtemps cherché dans tous les plaisirs du monde. Ne sont-ils pas « trompeurs dans la balance » ? Ne sont-ils pas plus légers que la vanité même ? Jusqu’à quand « vous nourrirez-vous de ce qui n’est pas du pain » ? — de ce qui peut amuser, mais ne peut rassasier ? Vous ne pouvez le trouver dans la religion du monde ; ni dans des opinions, ni dans une simple suite de devoirs extérieurs. Vain labeur ! Dieu n’est-il pas esprit, et ne doit-il pas, par conséquent, être « adoré en esprit et en vérité » ? En cela seul vous pouvez trouver le bonheur que vous cherchez ; dans l’union de votre esprit avec le Père des esprits ; dans la connaissance et l’amour de celui qui est la source du bonheur, suffisant pour toutes les âmes qu’il a faites.
9. Mais où peut-on le trouver ? Monterons-nous au ciel, ou descendrons-nous dans l’enfer, pour le chercher ? Prendrons-nous « les ailes de l’aurore » pour le chercher « à l’extrémité de la mer » ? Non, quod petis, hic est ! Quelle étrange parole sous la plume d’un païen ! « Ce que tu cherches est ici ! » Il est « autour de votre lit ». Il est « autour de votre sentier ». Il « vous entoure par derrière et par devant ». Il « met sa main sur vous ». Voici ! Dieu est ici ! non pas loin. Maintenant, croyez, et sentez-le près de vous ! Puisse-t-il maintenant se révéler dans votre cœur ! Connaissez-le, aimez-le, et vous êtes heureux !
10. Êtes-vous déjà heureux en lui ? Alors veillez à « retenir fermement ce à quoi vous êtes parvenus » ! « Veillez et priez », afin que vous ne veniez jamais à « déchoir de votre fermeté ». « Prenez garde à vous-mêmes, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense. » En agissant ainsi, attendez une croissance continuelle dans la grâce, dans la connaissance aimante de notre Seigneur Jésus-Christ. Attendez que la puissance du Très-Haut vous couvre soudain de son ombre, afin que tout péché soit détruit, et qu’il ne reste rien dans votre cœur, sinon la sainteté à l’Éternel. Et en ce moment, et à chaque moment, « offrez-vous vous-mêmes comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu », et « glorifiez-le dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu » !
Chapitre 78 terminé
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